La Nymphe Endormie – Teresa Battaglia 02 : Ilaria Tuti

Titre : La Nymphe Endormie – Teresa Battaglia 02 

Auteur : Ilaria Tuti
Édition : Pocket (01/04/2021) – 656 pages
Édition Originale : Ninfa dormiente (2019)
Traduction : Johan-Frédérik Hel Guedj

Résumé :
Derrière la beauté bouleversante de la Nymphe endormie se cache l’horreur : au lieu de peinture, l’artiste a peint le tableau avec du sang. Voilà ce qui lance le commissaire Teresa Battaglia sur la piste d’un meurtre commis soixante-dix ans plus tôt, dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale.

Une enquête où il n’y a ni corps ni scène de crime, ni suspect ni témoin. Rien qu’une trace génétique que Teresa remonte jusqu’à une vallée isolée et mystérieuse du nord de l’Italie : le Val Resia.

Après avoir marché sur le toit de l’enfer, Teresa doit percer le secret du sommeil de la Nymphe. Vous n’oublierez jamais Teresa Battaglia. Mais il est possible qu’elle vous oublie…

Critique :
C’est grâce à un coup de coeur posté sur le blog de « Collectif Polar » (TAG de l’été) que j’ai eu envie de lire ce cold case, même s’il n’y avait pas la bande-son de la série, ni Lilly Rush.

Par contre, Teresa Battaglia, madame la commissaire, est un personnage fort, haut en couleur, sans verser dans la caricature, même si elle est remplie de secrets, de blessures et possède un mauvais caractère. Je l’ai adorée.

Contrairement à une lecture précédente (Une libération) où l’enquête policière était négligeable par rapport à la partie Historique, ici, c’est tout le contraire : l’enquête est importante, elle se taille la part du lion, tandis que ce qui s’est passé en avril 1945 sera limité.

Dommage ? Oui mais non… Ce que l’autrice nous offre est déjà important puisque centré sur les évènements qui ont eu lieu dans un petit vallon dont je ne vous dirai rien de plus, si ce n’est que je suis allée au lit moins bête qu’avant.

Ce qui fait la force de ce gros pavé, ce sont ses personnages, assez emblématiques, forts, travaillés, possédant une présence, de la profondeur. Ils sont touchants, chacun ayant ses secrets, ses fêlures.

Le rythme n’est pas rapide, et pourtant, je n’ai jamais souffert d’ennui durant ma lecture. Faut pas chercher docteur. Je suis entrée directement dans le récit, appréciant les personnages, l’énigme autour de la toile peinte, de son peintre, enfermé depuis 1945 dans un mutisme total et cette enquête dans un petit vallon oublié où l’on a écrasé, effacé la culture, les assimilant à un autre peuple.

C’est assez noir, comme roman, le passé n’est pas rose, les nazis sont passés, les soldats allemands aussi, les partisans de Tito de même, il reste des blessures, des non-dits, des regrets, des gens qui ont lutté pour la liberté et que l’on accuse d’avoir été des assassins. Le passé à beau avoir de la barbe, il est toujours présent dans ce vallon.

Une fois de plus, c’est un pavé que j’ai dévoré en deux jours, prenant le train en cours, puisque je n’ai pas lu le premier, où les personnages étaient présentés. Cela n’a posé aucun problème, je me suis coulée dans cette équipe comme si j’en avais toujours fait partie. Ils sont ambivalents, ils progressent, ils ne sont pas figés.

L’enquête progresse à petits pas, tout doucement, car le passé est enseveli sous les non-dits, sous les secrets de famille, du village, des morts, des bâtons mis dans les jambes de la commissaire, sans oublier sa maladie handicapante (je n’en dirai pas plus). Une réussite, tant au niveau du scénario que de l’écriture (traduction).

Un thriller passionnant, intéressant, intriguant et qui m’a aussi permis de découvrir le compositeur, Giuseppe Tartini et sa trille du diable, que j’adore et qui m’a bercée lorsque j’ai écrit cette chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

 

Shi – Cycle 1 – Tome 3 – Revenge ! : José Homs et Zidrou

Titre : Shi – Cycle 1 – Tome 3 – Revenge !

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : José Homs

Édition : Dargaud (2018)

Résumé :
Janvier 1852. Les photos prises dans la maison close ont été récupérées et leurs nouveaux possesseurs n’hésitent pas à s’en servir pour faire chanter les principaux concernés, leur extorquant ainsi d’importantes sommes d’argent qui serviront à de « nobles » desseins.

Quant à Jennifer, elle a été déclarée morte, brûlée dans l’incendie qu’elle aurait elle-même provoqué. Mais il n’en est rien. Personne ne peut arrêter la vengeance une fois qu’elle est en marche.

Plus de place pour la pitié en ce monde. Jay et Kita l’ont bien compris et se salir les mains ne les dérange plus.

Ne restent derrière elles que les cadavres de ceux qui ont eu le malheur de se mettre en travers de leur chemin et l’idéogramme « Shi », symbole de leur haine envers la société.

Critique :
Les hommes de la haute ont été s’amuser au lupanar, ne se contentant pas de relations « plan-plan », mais demandant des plaisirs à la carte, comme se faire fouetter, jouer au chien, avoir des relations avec des gamines impubères, se faire pisser dessus, se faire enfoncer un canon dans le cul…

Ils n’ont jamais vu le petit trou (oups) dans une toile, permettant de prendre des photos, appelées encore daguerréotype (à une époque où l’appareil photo était super rare et pas inclus dans n’importe quel smartphone bas de gamme – je précise pour les plus jeunes qui ne s’imaginent pas ça possible).

Lorsque l’on possède dans ses mains de pareilles photos, c’est assurément une main gagnante et on peut alors leur demander n’importe quoi. L’ancêtre du Revenge Porn, en quelque sorte…

Si je ne cautionne pas les revenge porn, ici, je suis plus tolérante et cela me fait même doucement ricaner (oui, le chantage, ce n’est pas bien, c’est mal).

Les auteurs continuent de nous parler de la ville de Londres, qui, bien qu’étant arpentée par des chevaux et non des voitures, n’en est pas moins extrêmement polluée : vingt-cinq mille chevaux à nourrir et cent tonnes de crottin à ramasser. Après, il faut s’en débarrasser, de la merde, comme de celles des vaches qui donnent le lait super frais aux gens friqués…

Bref, en 1852, Londres est une arche à la dérive. C’est aux pauvres, que l’on exige qu’ils mettent la main à la poche, les riches, les nantis, les hommes au pouvoir peuvent assassiner un pauvre, ce n’est pas grave du tout et une gamine résume bien ce qu’elle pense de tout cela : Dieu est du côté de ceux qui boivent le thé à 17h, la bouche en cul d’poule.

Dans les bas-fonds, il n’est pas recommandé d’aller s’y promener, si vous êtes un richard, car à pas d’âge, les gosses se promènent avec des armes pour attaquer, voler,…

Le ton est toujours empreint de cynisme et j’aime ça. Les auteurs sont lucides, ils ne se privent pas de taper sous la ceinture. Le ton utilisé par les personnages est grinçant, non dénué d’humour, parfois.

Les vengeances de nos deux femmes se mettent en place, on sait maintenant qui fait du chantage aux « galipetteurs », afin d’obtenir de l’argent et pourquoi ; des secrets sont levés ; des révélations sont faites et une horrible trahison termine ce tome 3. Et merde, je n’ai pas le tome 4 sous la main, ce qui me frustre !

L’élément fantastique n’est pas présent dans cet opus, les légendes japonaises autour des Dieux le sont, par contre. C’est de ces légendes, autour des différents dieux, qui sont exploitées par les auteurs et le tout s’incorpore bien dans le récit, pour le moment.

Par contre, cette fois-ci, pas de bond dans le temps pour arriver à notre époque, il faudra attendre pour connaître la suite des mésaventures du marchand de mines anti-personnel.

Un troisième tome qui continue dans la bonne lignée du premier avec un scénario original,  à tiroir et des dialogues soignés.

Le rythme est rapide, sans pour autant que l’on perde pied, les personnages sont tous bien distincts les uns des autres, ils acquièrent un peu plus de profondeur, sans jamais sombrer dans le manichéisme.

Les dessins sont toujours bien exécutés, maîtrisés et les couleurs sont parfaites. Bref, rien à redire, si ce n’est : vivement que je lise le tome 4 !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°253], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Shi – Cycle 1 – Tome 2 – Le roi démon : José Homs et Zidrou

Titre : Shi – Cycle 1 – Tome 2 – Le roi démon

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : José Homs

Édition : Dargaud (2017)

Résumé :
Sept mois se sont écoulés depuis les événements du Crystal Palace. Jay et Kita vivent chacune l’enfer : la première, mariée de force, la seconde, contrainte à se prostituer. Jour après jour, la haine les consume, elles qui maudissent leur destin et cette société qui écrase les femmes et les pauvres.

Mais l’heure de la revanche a sonné. Et celle-ci pourrait bien s’incarner dans des clichés compromettants qui risquent de faire voler en éclats l’empire britannique. Le réveil du démon approche. Qu’il déverse son pouvoir et sa colère sur ce monde d’hypocrisies.

Que vienne le règne du Roi Démon ! Est-ce là l’origine de « Shi », cette organisation terroriste qui, aujourd’hui, venge la veuve et l’orphelin ?

Critique :
Nous avions quitté Jay, fille de bonne famille et Kita, d’origine japonaise, dans les plus mauvaises postures qui soient : la première a été mariée de force à un pasteur et l’autre est forcée de se prostituer dans un bordel pour hommes de la haute société.

Sept mois se sont passés depuis les événements du Cristal Palace (et de l’expo universelle) et durant ces 7 mois, nos deux femmes ont nourri la bête que l’on appelle haine.

Alors que j’étais bien installée dans l’époque victorienne de 1851, voilà que les auteurs me propulsent à nouveau dans l’époque contemporaine, afin de constater les dégâts que firent les bombes qui explosèrent dans un jardin. Instants karma, le directeur de cette société, qui fabrique des mines anti-personnel, s’en prend plein la gueule et le médecin fait bien de lui rentrer dans le lard.

Hop, miracle de la technologie, on repart ensuite dans le Londres de 1851… Il faut lier les deux récits situés à 150 ans l’un de l’autre et c’est ce qui est fait ici.

Comme pour le premier tome, j’ai apprécié les dessins et les couleurs, assez sombres, de ce deuxième album. La ville de Londres est comparée à une demi-mondaine et c’est bien ce qu’elle est.

D’un côté, ceux qui naissent avec une cuillère en argent dans la bouche et de l’autre, les miséreux qui doivent trimer dur et les femmes qui doivent se faire mettre des bites dans le fondement pour gagner quelques sous.

La séparation est plus que visible et les auteurs ne se privent pas de nous montrer l’abîme sans fond séparant les classes sociales. Et pourtant, il se passe des choses pas très nettes et pas très ragoutantes, chez les gens de la haute.

On sent un petit élément fantastique arriver dans le récit, sans que cela m’ait dérangé, avant que n’arrive le plus gros élément fantastique, qui est bien incorporé au récit.

Le destin de nos deux jeunes femmes est tragique, comme fut celui de millions de gens à travers le monde et en Angleterre, mais puisque ce sont elles les protagonistes, leur destin abject nous touche directement.

Sur le final de l’album, nous allons retrouver les scènes de poursuite dans la neige et sur les toits que nous avions découvert dans le premier tome et ainsi, boucler la boucle : nous savons maintenant comment nos jeunes filles s’étaient retrouvées poursuivies par les cognes et les chiens.

Le deuxième album est différent du premier, mais il reste dans la lignée de l’excellence. Si le premier posait les bases de l’histoire, celui-ci les étoffe, fait évoluer nos personnages, nous apprends quelques petits secrets cochons (ah les daguerréotypes dans les bordel) et l’on sait maintenant ce qu’est l’organisation SHI et comment tout cela a commencé.

Vivement la suite !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°242], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Vies et mort de Lucy Loveless : Laura Shepherd-Robinson [LC avec Bianca]

Titre : Vies et mort de Lucy Loveless

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (05/05/2022)
Édition Originale : Daughters of night (2021)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Londres, 1782. Par une nuit d’été, Caroline Corsham tombe sur l’une de ses amies mourante, venue agoniser dans ses bras en lui murmurant un énigmatique « Il sait ».

Caroline comprend bientôt que son amie lui avait menti : Lucy Loveless, de son vrai nom, était la prostituée favorite d’un club d’hommes puissants.

Lorsqu’il apparaît que magistrats et notables ont davantage intérêt à étouffer le crime qu’à le résoudre, Caroline engage un voleur privé, Peregrine Child, pour trouver l’assassin de Lucy. Il fouillera jusqu’aux tréfonds de la société géorgienne, au cœur d’un monde d’artifices, de tromperies et de vies secrètes.

De désillusions en hypocrisies, Caro lèvera le voile sur tout un monde : celui où les hommes peuvent emmener de belles courtisanes au théâtre et coucher leur fils adultérin sur leur testament.

Un monde où les femmes, elles, paient de leur honneur tous les désirs dont elles sont l’objet… Jusqu’à y perdre la vie.

Critique :
Londres, 1782, par une belle nuit d’été… On pourrait penser que tout va bien, hélas, Caroline Corsham vient de trouver une connaissance qui vient de manger son acte de naissance, c’est un meurtre.

Hélas, la dame en question exerçait le plus vieux métier du monde et ça, Caroline ne le savait pas.

Une prostituée qui se fait assassiner, tout le monde s’en moque et on fait bien comprendre à Caro qu’il vaut mieux ne pas enquêter sur son meurtre, qu’elle aurait tout à perdre que la bonne société apprenne qu’elle allait vers la charmille, là où se retrouvent des gens souhaitant s’amuser à batifoler…

L’époque victorienne m’est familière, l’époque Géorgienne moins. C’est donc avec une grande attention que je me suis plongée dans ce polar historique, mâtiné de roman noir et de politique.

Les mœurs de l’époque n’ont rien à envier aux autres, car nous sommes toujours dans cette même dynamique qui existe depuis des siècles : des hommes riches, qui se croient tout permis, au-dessus des lois, qui pensent que les femmes sont des objets, juste là pour leur bon plaisir.

Et si ces messieurs peuvent cocufier leurs épouses, se vautrer dans les minous des pauvres catins, il est bien entendu vachement déconseillé aux dames de la bourgeoisie de faire de même (ou alors, faut être super discrète et ne pas tomber enceinte, sinon, la répudiation vous guette).

Le problème de l’enquête, c’est que malgré qu’elle soit ramassée sur quelques jours, les 544 pages paraissent longues à lire, tant à certains moments il ne se passe rien d’exceptionnel.

Plusieurs fois, j’ai été tentée de sauter des pages tant il me semblait faire du sur place et ne pas avancer. Nos deux protagonistes, Caro et monsieur Peregrine Child interroge souvent les mêmes suspects, qui n’ont rien de neuf à leur apprendre et cela donne l’impression de tourner en rond.

Ma persévérance a été récompensée par quelques retournement de situation qui m’ont fait pousser des « ho » d’étonnement total. Avec l’air de ne pas en avoir l’air, l’autrice a réussi à bien cacher son jeu et à me tacler plusieurs fois.

Le contexte historique est bien réalisé (même s’il manque un peu de description du Londres de 1782), on en apprend un peu plus sur les petites choses de cette époque, mais en plus, l’autrice a réussi sa galerie de personnages, dont un salopard de la pire espèce qui est flamboyant ! Il n’est pas le seul à être flamboyant…

De plus, les nombreux personnages ne sont pas toujours ce que l’on penserait qu’ils sont. Attention, certains sont de véritables  Kinder Surprise avec une surprise cachée dans la surprise (garanti sans salmonelle, dans le roman). Rien n’est tout à fait noir, personne n’est tout à fait blanc, tout est dans des nuances de gris, ce qui rend les personnages très réalistes.

Le côté politique est présent aussi, notamment avec les scandales qu’il faut étouffer, la puissance d’une certaine presse, qui peut envoyer une dame au pilori de la bonne société en dévoilant des ragots (vrais ou pas), les hommes riches qui décident de tout, qui sont protégés, le roi George, déprimé de perdre les colonies américaines, son héritier qui est dépensier…

Tout cela rajoute de l’épaisseur au récit et lui apporte son côté réaliste (des tas d’anecdotes sont tirées de la réalité, les explications se trouvent en fin de roman). De plus, il y a une histoire dans le récit, celle de Pamela, dont on comprendra, plus tard, son implication dans l’histoire.

S’accrocher et ne rien zapper est pourtant conseillé, si les lecteurs veulent en profiter jusqu’au bout et se faire surprendre. D’ailleurs, le final est exceptionnel et il m’a bien secoué. Impossible de le deviner, de le déduire, toutes mes suppositions ont été mises à mal et ont sombré dans l’eau.

Malgré la lenteur de certains passages et l’envie de sauter des pages, je suis contente de m’être accroché à ce roman et de l’avoir découvert. Sa construction est intelligente, son final est difficile à déduire et une fois la dernière page tournée, j’étais toujours soufflée.

Pour moi, c’est une LC de réussie avec ma copinaute Bianca ! Même, si, tout comme moi, elle a trouvé des longueurs. Nous nous rejoignons sur les portraits très bien fait des femmes (elles ont de l’audace, du culot, de la bravoure et ce que les mecs n’ont pas) et sur le fait que le final est inattendu ! Suivez le lien pour lire son avis.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°224] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Shi ‭– T‬ome 1 ‭–‬ Au commencement était la colère.. : José Homs et Zidrou

Titre : Shi ‭– T‬ome 1 ‭–‬ Au commencement était la colère..

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : José Homs

Édition : Dargaud (20/01/2017)

Résumé :
Pour cacher un scandale qui pourrait nuire à la prestigieuse Exposition universelle, le cadavre d’un nourrisson est enterré dans les jardins du lieu qui accueille cet événement.

Deux femmes, une noble anglaise et une Japonaise, la mère de l’enfant, partent en croisade contre l’Empire britannique pour élucider ce crime. Entre société secrète et manipulation corruptrice, les deux jeunes femmes que rien ne lie vont s’unir pour exposer la face cachée d’une machination infernale.

Critique :
Je n’avais jamais entendu parler de cette série bédé et c’est en fouillant les bacs de la biblio que je suis tombée dessus. Je l’ai donc empruntée.

Zidrou, je le connaissais de la série humoristique « Tamara », donc, c’était une bonne idée de la découvrir au scénario d’une bédé qui va dans le registre dramatique.

On commence par un instant karma ou, comment se sentir dans la peau d’une personne qui a perdu un membre, qu’il soit de sa famille ou un membre de son corps.

En effet, Lionel Barrington, président d’une société qui fabrique des mines anti-personnel (40.000 personnes employées dans le monde, ça lui donne un certain poids) a été acquitté : il n’est pas responsable de la mort d’un gamin qui a sauté sur une de ses mines anti-personnel. Il est content, le petit monsieur dans son costume, jusqu’à ce que… Boum badaboum, big boum badaboum…

Ensuite, nous nous retrouvons à Londres, en 1851 ! Heu, qui a utilisé la DeLorean de Doc ? Trois jeunes filles se font courser par des hommes et des chiens, dans la neige. Le rapport avec le début de l’album ? Comme si j’allais vous le dire !

La première chose que j’ai apprécié, dans cette bédé, ce sont les dessins. Réalistes, corrects, ils ne m’ont pas fait grimacer. Les coloris étaient agréables aussi. Sombre lors de la course-poursuite dans un Londres des bas-fonds, jaune éclatant lors de l’expo universelle.

La mise en page était dynamique, faite de grandes cases ou de toutes petites, afin d’accentuer le focus sur un détail important (comme le fait de poser le pied sur une mine).

Lors de l’expo, nous ferons la connaissance de Jennifer Winterfield, une jeune fille de bonne famille, passionnée de photographie (daguerréotypes) et bien plus ouverte d’esprit que les membres de sa famille.

Quel sera son rapport avec le mec qui vend des mines, à notre époque et les trois filles courant sur les toits pour échapper aux flics, c’est tout le suspense que je ne dévoilerai pas (je vous l’ai déjà dit).

Dans ce premier album, on va de surprise en surprise, sans pour autant que ce soit des effets de manche juste pour l’esbroufe. Tout est bien calculé et sans jamais verser dans l’exagération.

Un premier tome qui m’a séduit, autant par ses dessins que son scénario, par ses personnages féminins, de par le Londres victorien qui est mis en scène, avec son expo universelle, ses asiles, les préjugés des gens…

Bref, tous ces petits détails qui nous immerge de suite dans un Londres de l’époque, avec la mentalité de l’époque et tous les travers de la société.

Petit bonus, pas besoin d’attendre la suite pour avoir l’explication de ce qui unit les deux récits, celui dans l’Angleterre victorienne et le contemporain.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°223], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Sorcières – La puissance invaincue des femmes : Mona Chollet [LC avec Bianca]

Titre : Sorcières – La puissance invaincue des femmes

Auteur : Mona Chollet
Édition : Zones (2018)

Résumé :
Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.

Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?

Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Critique :
Non, non, ce livre ne parlera pas des filles qui ont étudié à l’école de magie de Poudlard. Parce que elles, ce sont de vraies sorcières…

Non, plus terre à terre, Mona Cholet va nous parler de ces femmes accusées d’être des sorcières et qui n’en était pas.

Une vraie sorcière, telle que Minerva McGonagall, ne se serait jamais laissée brûler sur un bûcher ! Elle aurait changé tous ces juges laïcs en lombrics rampants. Na !

Le problème, c’est que les sociétés n’ont jamais aimé que des gens vivent différemment des autres, en marge de leurs règles. Et nous ne parlons pas des sociétés du Moyen-Âge, mais de celles de la Renaissance ! Comme quoi…

Quand des femmes, veuves ou célibataires, indépendantes, avec du savoir médical, avaient décidé de vivre sans être sous la coupe d’un père, d’un mari ou d’un fils, ça faisait grincer des dents et on finissait toujours par crier haro sur le baudet et à intenter des procès à ces pauvres femmes qui avaient voulu, ô les folles, vivre de manière indépendante !

À croire que nous foutons vraiment la trouille aux mecs lorsque nous refusons d’être des petites choses fragiles, des femmes à protéger, que nous parlons d’indépendance, de vivre sans compagnon, de faire des bébés toutes seules (♫) ou pire, quand on se rebelle ou qu’on se dresse devant le mec qui voulait nous agresser, sans peur dans nos yeux, mais avec la flamme qui dit « Viens, approche mon gars et tu vas voir ce que tu vas prendre dans ta gueule »…

Cette étude ne sera pas consacrée qu’aux chasses aux sorcières, aux femmes indépendantes, veuves, impertinentes… Mais l’autrice abordera aussi une bonne partie des problèmes rencontrés par les femmes dans le Monde et au fil du Temps.

Bizarrement, nous sommes souvent réduites à notre utérus et à notre condition de femme. Trump a attaqué Hillary sur sa condition de femme, se gaussant d’elle lorsqu’elle devait aller aux toilettes (Trump ne doit jamais pisser ou chier, lui !)…

Encore de nos jours, certains hommes ont souvent tendance à nous proposer, avec cynisme, de retourner à nos casseroles et à nos gosses. Et surtout, de nous occuper de notre mari ! Oui, la femme n’est bonne qu’au ménage, à s’occuper des autres (et de son mari) et à pondre.

Parce que la femme, pour être épanouie, doit faire des gosses ! Seule la maternité en fera une vraie femme et gare à elle si un jour elle ose dire à voix haute qu’elle regrette d’avoir eu des enfants, que ça lui a gâché sa vie. Tout le monde lui tombera sur le râble.

Idem avec les femmes qui veulent vivre seules, indépendantes, sans homme, sans enfants… Nous sommes en 2021 et c’est toujours mal vu. Il faut s’en justifier sans arrêt et tout le monde vous dira qu’un jour, vous le regretterez de ne pas vous être mariée ou d’avoir refusé d’avoir des enfants.

Moi, je suis pour être une tata, pas une maman. Je suis une super tata (je me jette des fleurs) et j’en ai ma claque aussi de devoir me justifier parce que n’ai rien voulu faire grandir dans mon utérus. M’envoyer en l’air, oui, prendre du plaisir, oui. Pour les gosses, je laisse ça aux autres. Ça en défrise toujours certaines ou certains…

Pour conclure (dans le foin), cette étude qui nous parle de la place des femmes dans la société, du féminisme, de nos droits obtenus de haute lutte (une dure lutte), du fait que certains ne veulent pas partager le pouvoir avec la moitié de l’humanité, que certaines femmes, elles-mêmes, préfèrent rester dans le rang, ne se lit pas d’une seule traite.

Les sujets sont vastes, denses et il vaut mieux être au calme pour en apprécier toutes les informations données. C’est 230 pages d’un condensé qui ne se boit pas d’un coup, tant on a envie aussi de grimper au mur devant toutes les injustices dont nous furent les victimes, nous les femmes. Et dont nous sommes toujours victimes !

Le plafond de verre est toujours sur nos têtes et nos droits, chèrement acquis, peuvent disparaître du jour au lendemain, sans que nous nous en rendions compte.

Gare à nous, les sorcières des temps modernes, qui refusons le maquillage, la teinture pour nos cheveux et qui, lorsque nous vieillissons, ne bénéficions pas de la sagesse que les mecs acquièrent, eux, avec les cheveux gris !

Putain, on s’est quand même bien fait baiser durant tout ce temps ! Parce que même sans être une petite chose fragile, même sans vivre avec un homme castrateur, même en possédant une grande liberté d’action, même en ayant fait mes propres choix, on s’en prendra tout de même plein la gueule du fait de notre sexe féminin.

Une étude sociologique à lire et à faire découvrir.

Merci à Bianca pour celle LC hautement instructive ! Hormis quelques points de détail sur lesquels nous avons des avis différents, pour tout le reste, nous avons appris des choses et nous sommes au diapason.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Sorcières).

Peau d’Homme : Hubert et Zanzim

Titre : Peau d’Homme

Scénariste : Hubert
Dessinateur : Zanzim

Édition : Glénat 1000 feuilles (22/04/2020)

Résumé :
Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant.

Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout.

Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.

Critique :
Je ne ferai pas dans la dentelle : voilà une bédé intelligente qui traite de la condition de la femme et de l’homosexualité de manière très sensible, avec élégance et beaucoup de finesse.

Cette histoire, c’est une véritable satire sociale qui, à l’aide du fantastique, met en avant les inégalités hommes/femmes durant la Renaissance, en Italie (cela aurait pu être ailleurs).

La religion, très présente dont le prêtre fanatique accuse les femmes d’être des succubes, des démons, des filles de joie, faciles, bref, on est des putes.

Quant à ce qu’Angelo, le prêtre blond (et frère de Bianca) pense de l’homosexualité, ce n’est pas mieux, pour lui, c’est Sodome et Gommhore et il ne souhaiterait qu’une seule chose, c’est que les flammes de l’enfer (ou divines) s’abattent sur ceux qui s’ébattent.

Bianca est un personnage que j’ai adopté d’emblée. Elle a du caractère, des pensées assez libertaires pour l’époque (mais pas anachroniques) et, en passant la peau d’homme, va comprendre que l’hypocrisie est de mise dans cette société où les amours homosexuels sont tolérés tant que ça reste pour l’amusement, puisque les filles sont sous bonne garde.

Si vos amis vilipendent les homosexuels ou font des plaisanteries égrillardes sur votre future épouse, vous ne les détrompez pas, vous hurlez avec la meute de peur qu’elle ne se détourne de vous. L’amour que vous éprouvez pour un homme doit être tu.

Les auteurs mettent bien en avant ce déséquilibre entre les droits des femmes et celui des hommes qui eux,, peuvent forniquer partout, à couilles rabattues, même, tandis qu’une femme sera punie si elle prend un amant. Lui sera un séducteur qui a des besoins et elle, une trainée, une Jézabel, une prostituée.

Je ne vous en dirai pas plus, juste qu’il faut lire cette bédé car on est dans le haut du panier, le très très haut du panier.

Les sujets traités sont toujours d’actualité (féminisme, droits humains, religions, homosexualité, émancipation), les gens sont toujours intolérants (et je ne parle pas d’intolérance au lactose ou au gluten), on n’a pas encore mis au point un vaccin pour leur ouvrir un peu l’esprit à la tolérance (ou du moins pour qu’ils foutent la paix aux autres).

Pas de manichéisme dans ce récit, les auteurs nous démontrent bien que les fanatiques commencent avec les minorités avant de s’attaquer à tout le monde. Tant que l’on est pas dans l’œil du viseur, on se moque de ce qui peut arriver aux autres, mais une fois que l’on est touché, alors on crie à l’injustice…

Bianca a beaucoup de courage, aller à contre-courant est toujours dangereux, on se retrouve souvent seul(e), les risques pris sont grands et la mise au bon de la société pend toujours au nez de ceux ou celles qui ont osé s’insurger contre le manque de droits pour les femmes ou les minorités.

La crasse est toujours dans l’œil qui regarde…

Une bédé engagée, intelligente et qui n’a pas oublié la pointe d’humour pour assaisonner le tout.

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition : Serena Blasco & Nancy Springer

Titre : Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition

Scénaristes : Serena Blasco & Nancy Springer
Dessinateur : Serena Blasco

Édition : Jungle ! (2017/2020)

Résumé :
Quand Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes, découvre que sa mère a disparu le jour de son anniversaire, en ne lui laissant pour mot qu’un recueil sur les fleurs, et un carnet de messages codés, elle se met rapidement à sa recherche.

Elle va devoir recourir à son sens de la débrouille, ainsi qu’à d’ingénieuses techniques de déguisement afin de fuir le manoir familial alors que ses deux frères se sont mis en tête de l’envoyer en pension afin de faire d’elle une vraie « Lady ». Mais rien ne la prépare à ce qui l’attend.

Son chemin la conduit rapidement dans les quartiers sombres et malfamés de Londres, et elle se retrouve impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Enola arrivera-t-elle à s’en sortir seule, et continuer de suivre la piste de sa mère tout en échappant à ses deux frères ?

L’ adaptation des romans de Nancy Springer.

Critique :
Les enquêtes d’Enola Holmes, je les avais découverte il y a quelques années déjà et j’avais lu toute la collection.

Sa mise en bédé n’allait rien m’apporter si ce n’est de découvrir les personnages en images, mettre à jour ma mémoire (j’ai oublié les petits détails de l’histoire) et, qui sait, m’apporter du plaisir de lecture, comme les romans l’avaient fait à l’époque.

Enola, c’est avant tout de la littérature jeunesse, mais pas de celle qui prend ses lecteurs pour des crétins, qui lui évite les mots de plus de deux syllabes de peur qu’ils se fassent une entorse du cerveau oui qui lui masque la vérité de ce qu’il se passait à cette époque. Le jeune vicomte en fera l’amère découverte, lui qui a toujours vécu dans la soie.

D’ailleurs, dans la série de romans, l’auteure avait bien mis en scène tous les codes de l’époque victorienne, notamment dans les vêtements portés par les dames ou ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. La naissance, assez tard, d’un enfant, ne se faisait pas, dans la haute société. Sans doute que les femmes n’avaient plus droit à leur partie de gambettes en l’air une fois un certain âge passé…

Les dessins, sou forme d’aquarelles, ont des coloris très doux, un peu délavés. Mon seul ronchonnement sera pour le nez en trompette d’Enola… D’ailleurs, tout le monde semble avoir un nez en trompette !

Le pire sera pour Sherlock, de profil, ça lui fait presque un groin de cochon, ce maudit nez ! Sa représentation ne m’a pas satisfaite, il ressemble plus à un dandy en goguette qu’à Sherlock Holmes. Je l’ai même vu avec une pipe calebasse dans la main, ce qui est un anachronisme total.

Quant à Mycroft, c’est comme Sherlock, il ne ressemble pas vraiment au personnage de Conan Doyle. Les dessins, de style un peu girly, ne sont sans doute pas la meilleure manière de mettre ces deux hommes en valeur.

Enola est très féministe, indépendante, ne veut pas ressembler à une plante verte comme il est de nature pour les dames de la haute et ses deux frères ont des pensées et des actes très phallocratiques, très mâles, très typés société patriarcale. La tête d’Enola n’est pas assez grande pour stoker des informations, elle va exploser… Et j’en passe !

Les adeptes de la cancel culture vont en grincer des dents, pourtant, ce n’est que la vérité de cette époque, celle de 1888.

Hormis ces petits points d’achoppement avec les représentations des Holmes Bothers, j’ai apprécié relire les enquêtes d’Enola en version dessinée, j’avais oublié bien des choses et maintenant, ma mémoire est rechargée pour quelques temps.

Bien qu’il ait fallu saquer dans le récit original, le fait de se trouver face à une bédé de 80 pages permet de ne pas trop caviarder et de garder l’essentiel tout en lui ajoutant des petits plus, notamment le carnet en fin d’album, avec des mots codés et quelques explications sur les petits changement qu’Enola a fait à son corset.

J’ai retrouvé la fraîcheur qu’il y avait dans les romans dont j’avais déjà apprécié que l’auteure ne fasse pas l’impasse sur les saloperies de l’époque victorienne, que ce soit sur le maintien des femmes qui ne pouvaient pas éternuer (ni respirer) avec leurs corsets de merde ou sur la misère qui règne dans les bas-fonds, sans pour autant entrer dans tous les détails, mais en disant juste ce qu’il fallait pour éveiller les consciences.

Ma préférence ira toujours aux romans, mais avec ces adaptations en bédés, les plus jeunes qui auraient envie de découvrir la série peuvent le faire de manière plus amusante en regardant les images avant de bifurquer sur les romans.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°310], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°63], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Lady Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose bonbon : Sherry Thomas


Titre : Lady Sherlock – Tome 1 – Une étude en rose bonbon

Auteur : Sherry Thomas
Édition : J’ai Lu Pour elle – Aventures & passions (07/04/2021)
Édition Originale : Lady Sherlock, book 1: A Study in Scarlet Women (2016)
Traduction :

Résumé :
Comment gagner son indépendance quand on est une jeune femme de vingt-cinq ans soumise aux règles de l’Angleterre victorienne ?

Élémentaire : il suffit de ruiner définitivement sa réputation en provoquant un énorme scandale ! Et c’est exactement ce que fait la sémillante Charlotte Holmes, au grand dam de ses parents. Mais, à peine libérée du joug des convenances, elle plonge au coeur d’une enquête périlleuse qui concerne sa famille.

Forte de son don d’observation hors pair, Charlotte navigue dans les eaux troubles du gotha londonien, en quête de vérité, de liberté… et d’amour !

Critique :
Non, non, pas de panique, vous êtes bien à la bonne adresse, sur mon blog (ou sur ma chronique Babelio).

Personne n’a hacké mon compte pour y poster une chronique qui n’est pas mon genre littéraire… Ce n’est pas le 1er avril non plus…

Je vous rassure aussi : non, je n’ai pas attrapé une forme de variant de la covid nommé « Romanticus Guimauvus Harlequinus Debilus ».

J’avais juste envie de me marrer en imaginant vos têtes devant pareil titre de roman : du Harlequin, le champion de l’amûr, celui qui tamponne, qui tamponne, comme un fou. Bon, d’accord, ce n’est pas du Harlequin, mais du « J’ai Lu Pour elle – Aventures & passions », ce qui revient au même, non ??

C’est la surprise que je vous avais promise dans mon article de présentation pour le Mois Anglais.

Quelle idée (folle) j’ai eue ? Il y a des fois des romans qui croisent votre route, par le plus grand des hasards et cela aurait bête de ne pas le prendre, même si ce roman est foutrement éloigné de votre genre littéraire et que vous savez les risques que vous prenez à lire pareille littérature : du sirupeux, de la guimauve et des dialogues à tomber raide mort d’ennui (ou dans les clichés) ou à faire diminuer votre pauvre Q.I.

Bref, je sentais que la surprise littéraire que je vous réservais allait me faire hausser les yeux devant tant de bêtises et me faire soupirer de dépit. Peut-être même que mes yeux pleurerait devant tant de guimauve bêtifiante et dégoulinante.

Ben non… Première surprise : on est loin des romans d’amûrs guimauve d’antan (ou sont-ils tous ainsi maintenant ?) car le côté romance bêtifiante courue d’avance est quasi inexistante ! On oublie aussi le « Ils se marièrent et vécurent heureux (et baisèrent comme des castors) ». Putain, j’en suis pas revenue !

Pire, dans ce roman, il y a même de la profondeur dans le scénario, dans les personnages et dans les dialogues… Nom de Zeus, les romans de la veine des Harlequin et consorts ne seraient-ils donc plus les trucs sirupeux à deux balles qu’ils étaient ?? (non, je n’irai pas vérifier leurs autres publications !!!).

Avec ce roman, nous sommes plus dans un polar historique avec une pointe (ténue) de romance que dans une romance pure et guimauvienne que j’attendais dans ce genre de collection.

Si on m’avait donné ce roman à lire, après lui avoir arraché la couverture et tipexé toutes ses références, je me serais crue dans une série du même genre de celles d’Ann Granger (Lizzie Martin) ou d’Anne Perry (Charlotte & Thomas Pitt) : une enquête, l’époque victorienne bien présente en toile de fond, les conditions des femmes, le côté sociétal, les différences de classes et un peu d’amour. Point barre.

Anybref, je pensais écrire une chronique assassine après ma lecture et me voici en  train de tresser des lauriers à ce roman qui revisite intelligemment le mythe de Sherlock Holmes. Qui l’eut cru ? L’eusses-tu cru ? Moi pas, mais le fait est là et je ne m’en suis pas encore remise. Ça m’a troué le cul !

D’ailleurs, c’est bien simple, j’ai dévoré le roman. L’enquête est intéressante, intrigante et du fait de sa condition de femme, ce n’est pas Charlotte Holmes qui enquête mais un inspecteur, ce qui fait que l’héroïne principale partage l’affiche avec d’autres personnages sans qu’il y ait déséquilibre.

L’auteure a évité de nous faire une héroïne trop gnangnante ou trop romantique. Ouf.

Comme Sherlock Holmes (celui du canon), elle a du mal à montrer ses émotions et sa condition de femme la bride plus que son pendant masculin (comme quoi, posséder une bite, ça change toute ta vie). Son ami et confident aurait fait lui aussi un bon Sherlock car il maitrise ses émotions comme elle.

Le style d’écriture n’est pas débilitant, que du contraire. Il est agréable, facile à suivre sans jamais être simpliste. L’auteure connait son sujet sur les droits des femmes de l’époque victorienne et les règles à suivre dans la bonne société.

Pour moi, ce roman aurait pu (aurait dû) être publié ailleurs que dans une collection « Aventures & passions » car on a plus de polar et d’aventures que de passion, sauf celle pour le métier de détective qui étreint Charlotte Holmes.

Comme je le disais plus haut, il y a de la profondeur dans le récit, les dialogues et les conditions de la femme inhérentes à cette époque victorienne sont bien mise en scène, sans pour autant que l’on ait l’impression de lire une brochure historique ennuyeuse.

Bref, on a un bon équilibre des saveurs dans ce plat qui, vu la couverture et le titre, laissait présager un nanar confit, même si ce n’est pas le chef-d’œuvre de l’année. Une chose est sûre : si l’éditeur traduit les autres romans mettant en scène Lady Sherlock, moi je leur sauterai dessus (par curiosité intellectuelle, bien entendu).

Une fois de plus, la preuve noire sur blanc qu’il ne faut jamais préjuger de rien, ni méjuger parce que là, j’en ai été sur le cul (dans le bon sens du terme).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°278], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°30] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Agnès Grey : Anne Brontë

Titre : Agnès Grey

Auteur : Anne Brontë
Édition : Archipoche (2012/2020)
Édition Originale : Agnes Grey
Traduction : Ch. Romey, A. Rolet et Isabelle Viéville Degeorges

Résumé :
Miss Grey était une étrange créature ; jamais elle ne flattait et elle était loin de leur faire assez de compliments ; mais, quand elle parlait d’elles ou de quoi que ce fût qui les concernât en termes élogieux, elles pouvaient avoir la certitude que sa bonne opinion était sincère.

Elle se montrait dans l’ensemble très prévenante, discrète et pacifique, mais certaines choses la mettaient hors d’elle ; certes, cela ne les gênait guère, mais pourtant mieux valait ne pas la désaccorder puisque, lorsqu’elle était de bonne humeur, elle leur parlait, était fort agréable et pouvait parfois se montrer extrêmement drôle, à sa manière, qui était bien différente de celle de Mère, mais faisait toutefois très bien l’affaire pour changer. Elle avait des opinions arrêtées sur tout, auxquelles elle restait farouchement attachée…

Des opinions souvent rebutantes, puisqu’elle pensait toujours en termes de bien et de mal et avait une curieuse révérence pour ce qui touchait à la religion et un penchant incompréhensible pour les honnêtes gens.

Critique :
Agnès Grey, jeune fille à qui on n’a jamais laissé prouver sa valeur, décide d’être gouvernante. Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ??

La pauvre va se retrouver plongée dans un milieu social plus élevé que le sien où les enfants sont rois, les mâles étant des dieux qui ont toujours raison.

Le gamin dont elle est la gouvernante est un véritable petit tyran en culottes courtes et l’on ne peut pas remettre en question son statut de petit ange ou lui faire des remarques.

Pour ce gamin, c’est l’intervention de Sœur Marie-Thérèse des Batignolles qu’il aurait fallu pour le redresser ! Elle aurait fait une parfaite gouvernante pour ce petit merdeux, ce reliquat de fond de capote (anglaise) à qui les parents n’ont pas appris l’obéissance et le respect puisque eux mêmes en manquent.

Quant à ces fameux parents, coupables sur toute la ligne, dont le père a autant d’éducation que le dernier des derniers des barakîs de kermesse, il aurait fallu les faire monter au troisième étage, ouvrir la fenêtre et les balancer, tout simplement. Pour paraphraser Napo, cet homme, c’est de la merde dans un bas de soie !

Ensuite, faudrait secouer le gamin et lui promettre qu’il suivra le même chemin s’il n’arrête pas de martyriser les animaux et de corriger sa sœur, puisque ce petit Mussolini des bacs à sable pense qu’elle doit être corrigée régulièrement. Il y a des fessées qui se perdent…

Hélas, le problème de classe empêche Agnès Grey d’ouvrir sa bouche, de proférer un mot, une menace, de tirer les oreilles du petit dictateur, de le menacer de lui faire subir ce qu’il fait aux petits moineaux (les écarteler) et de foutre une claque à son père avant de lui apprendre à conjuguer le verbe « respecter les autres ».

Le monde est déjà une jungle pour les femmes qui ont de la poigne ou une grande gueule, mais à cette époque là, une gentille fille un peu bigote telle qu’Agnès, qui se lance sans arme ou sans gilet pare-balles, reste sans voix, impuissante (on l’aurait sans doute été devant ce merdeux) puisque sans moyen de pression face à un gamin qui se prend pour Jupiter et est sûr de son impunité.

Puisqu’il lui faut rester à sa place, malheureusement, cela rend la lecture insipide, endormante et je me suis énervée sur ce couple de la haute, souhaitant qu’on leur fît des nouvelles chaussures en béton armé et direction le lac. Oui, j’expédie, je ventile, moi !

Que j’eusse aimé que Agnès Grey montasse sur une table et crie, le poing levé « Capitaine, ô mon capitaine, je vais fucker ta putain de société de classe de merde, niquer ta race de dégénéré de l’éducation, cette bande de bâtard qui ne vaut même pas la bauge d’un cochon ! Vous allez crever comme des chacals, bande de chacals »… Mais ça aurait fait deux fois chacals.

Partagée entre l’envie de faire la révolution et de secouer cette pauvre Agnès qui ne pouvait que rester à sa place et faire oui-oui-amen parce que la religion est aussi importante que la classe sociale à cette époque, j’ai poursuivi vaille que vaille ce récit qui me faisait dresser sur mes ergots à toutes les pages, sans pour autant m’apporter d’autres émotions comme celles ressenties dans « Jane Eyre » ou « Les hauts de Hurlevent », les romans de ses sœurs.

Après l’impolitesse et le manque d’éducation de la première famille, Agnès Grey va bosser chez les Murray, plus polis mais tout aussi crétins que les premiers. Leur fille est tellement imbue d’elle-même, tellement charogne, qu’elle ferait passer Nellie Oleson pour une charmante enfant. C’est vous dire ! Encore une qui se prend pour ce qu’elle n’est pas et s’amuse à abaisser les hommes qui lui font la cour.

Anybref, c’est un rendez-vous de manqué avec Anne Brontë contrairement avec ses deux autres sœurs. L’écriture est insipide, sans relief et je me suis ennuyée ferme, sauf quand je bondissais au plafond devant le comportement de certains personnages.

Néanmoins, ce roman illustre parfaitement la condition des femmes du temps de l’époque victorienne, les différences entre les classes, l’éducation des enfants fort laxistes et l’impuissance de la gouvernante qui n’a aucune arme pour se faire respecter puisque les parents sont en accord avec le comportement du gosse.

Il illustre aussi la duplicité et la perfidie de certaines jeunes filles qui s’amusent avec les hommes comme le petit merdeux jouait avec des animaux sans défense, se régalant de son pouvoir sur eux.

Il n’empêche que ce fut un rendez-vous manqué.

PS : ce sera pour le 12 au matin, le levé de rideau de la fiche mystérieuse ! Des avis ? Des pistes ?

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°27] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.