Betty : Tiffany McDaniel

Titre : Betty

Auteur : Tiffany McDaniel
Édition : Gallmeister Americana (20/08/2020)
Édition Originale : Betty (2020)
Traduction : François Happe

Résumé :
“Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne.” La Petite Indienne, c’est Betty.

Née en 1954 dans une baignoire, Betty Carpenter est la sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la bonne société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee.

Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et soeurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu.

Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie alors sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années.

Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler au grand jour.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. A travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Critique :
Est-il possible de tenir un lecteur en haleine et en émerveillement avec une saga familiale de 700 pages, sans le perdre en route ?

Pas besoin de réfléchir, la réponse est un grand et massif OUI !

Ohio, durant les années 60-70… Les paysages décrits sont magnifiques, beaux, grandiose et le racisme y est vif, laid, imbécile, crasse, les clichés tenaces et débiles…

Pourtant, si les gens ouvraient un peu les yeux au lieu de se réfugier dans cette haine des autres, le Monde tournerait mieux.

Betty est une petite fille qui adore son papa. Sa mère est Blanche, son père est un Cherokee, ce qui fait d’elle une sang-mêlée et ce n’est pas au goût des autres car elle a la peau sombre, du moins, « sombre » pour les standards de l’époque. Et elle va bouffer des avanies à l’école…

Betty, elle est magnifique, c’est le genre de personnage attachant au possible, le genre de gamine qu’on aurait aimée avoir pour copine et son père est tout simplement hors norme, du genre qu’on aurait tendance à penser qu’il n’existe que dans les romans, et pourtant, ce roman est tiré d’une histoire vraie, celle de Betty, la mère de l’auteure…

Ce roman, c’est une ode à la vie, à l’amour, à la différence et les mots me manquent pour en parler tant il m’a remué les tripes et mis l’eau au bord des yeux (mais ça, faut pas le dire, hein).

La plume de l’auteure est une caresse pour les yeux, un délice pour l’esprit, un couteau pour le cœur, mais sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire et racoleur.

Ce qui est décrit dans ces pages, c’est tout simplement l’Humain tel qu’il était à cette époque et comme il est toujours en 2020 : un crétin fini qui aime humilier les autres, les avilir, les écarter à cause de différences de couleurs de peau ou d’ascendance. L’Homme dans toute sa splendeur (ironie).

Dans le roman de David Vann, « Aquarium », il y avait une scène d’une rare violence psychologique qui restera gravée dans ma mémoire, comme celle dans « My absolute Darling » (de Gabriel Tallent).

On peut y ajouter celle où la mère de Betty lui raconte une histoire le jour de ses 9 ans. Oh putain… Après ça, vous avez envie de lire « Cache-cache petit faon » que vous avez offert à votre nièce !

Betty, c’est le genre de roman qui vous marque à vie, dont vous vous souviendrez toujours. Même si dans quelques années vous en avez oublié la majeur partie, il reste toujours le sentiment que ce livre était un grand livre, comme je me souviens toujours de certains titres qui ont marqué ma mémoire au fer rouge.

Betty entre dès maintenant dans le panthéon de mes grandes lectures.

PS : Comme Betty est tiré d’une histoire vraie, j’espère que tout les enfoirés de crétins et toutes les jeunes gamines imbéciles le liront et sentiront la honte leur monter aux joues. Et pour le directeur de son école, je propose un champ de tir… De paintball, je serai gentille (mais à poil !).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°104].

Kim Jiyoung, née en 1982 : Nam-joo Cho

Titre : Kim Jiyoung, née en 1982

Auteur : Nam-joo Cho
Édition : NiL (02/01/2020)
Édition Originale : Palsip yi nyeon saeng kim jiyeong (2016)
Traduction : Kyungran Choi et Pierre Bisiou

Résumé :
Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance.

Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?

En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.

Critique :
Il ne fait pas bon être née femme sur terre, mais en Corée du Sud, ce n’est guère brillant, à découvrir leur modèle de société, on la croirait d’une autre ère.

Hélas non… Ne nous gaussons pas, ce que nous avons gagné en Europe l’était de haute lutte et nous pouvons les perdre à tout moment.

Mais eux, c’est bien pire car les garçons sont les rois et on en arrive à un déséquilibre garçons/filles dans les naissances alors que la Nature (ou Dieu, ou le hasard qui fait si bien les choses) fait toujours en sorte d’avoir un certain équilibre.

En 6 parties, décomposant la vie de Jiyoung, l’auteure va nous plonger dans la société patriarcale de la Corée du Sud et nous montrer de manière simple mais limpide, les problèmes que cela pose pour les filles et les femmes.

Nous sommes face à une société contradictoire, qui râle si les filles sont trop intelligentes, qui se gausse des filles qui ne le sont pas et qui n’est pas plus satisfaite des filles qui sont dans la moyenne !

Quoiqu’elles fassent, elles sont vilipendées, mises à l’écart, contraintes de renoncer à leurs carrières professionnelles dès qu’elles ont un enfant et même là, elles se font encore piquer parce qu’elles n’ont pas mis au monde un garçon ou parce que, pour une fois qu’elles ont un peu de temps, se sont assises à la terrasse pour boire un café. Les voilà devenues parasites qui vivent avec l’argent de leur mari.

Bref, en Corée, vaut mieux posséder une banane et deux kiwis si on veut vivre en paix, être le roi, se permettre tout ce que l’on veut, faire carrière et avoir la paix avec les tripoteurs qui ne se privent pas pour vous toucher partout.

Une scène est flagrante dans la contradiction des mâles coréens : alors qu’elle participe à un souper organisé par d’autres pour des membres de sa boîte, Jiyoung se fait draguer lourdement par un homme qui ensuite dira aller rechercher sa fille car elle a peur, seule dans les rues, sans même se rendre compte qu’il contribue allègrement à rendre le monde moins sûr pour sa propre fille.

Jiyoung est un personnage attachant, engluée dans une société qui ne lui donne pas de droits, ou si peu, dans une société où l’homme est roi, où l’homme décide, où les fils sont des dieux.

Elles ont beau se démener, essayer que sa change, crier à l’injustice, la société patriarcale est bien ancrée, chez eux comme ailleurs et pour faire changer les choses, il faudra encore bien des générations, l’auteure nous l’illustrant d’une manière brillante en fin de roman, avec le médecin qui ausculte Jiyoung et qui termine le roman par une pensée des plus abjectes et en totale contradiction avec ce qu’il venait de nous livrer en pensées.

Ce roman, c’est 219 pages de conditions de la femme coréenne, qui ne sont jamais que les conditions des femmes un peu partout dans le monde, et dans le nôtre aussi car n’avons nous pas entendu (et participé aussi ?) des personnes donner des conseils graveleux et inappropriés à un couple qui tardait à avoir des enfants ou qui n’en avait qu’un ?

Les plafonds de verre sont une réalités chez nous aussi, le patriarcat idem et si maintenant les femmes choisissent leur carrière avant de faire des enfants, c’est sans doute une réponse à ce qui se passait avant : quand une femme se mariait, elle devait quitter son job (dans les années 60, je le sais de par une personne âgée qui a vu de nombreuses secrétaires quitter la boite dès qu’elles se mariaient) parce qu’on disait qu’elle devait se consacrer toute entière à son mari et ses enfants…

Kim Jiyoung, c’est un condensé de toutes les femmes, de toutes nos privations, de tous ces droits que l’on n’a pas encore ou ceux qu’on a acquis en poussant des gueulantes.

C’est aussi pour ces femmes qui voient leurs droits partir en fumée, dans un grand pays comme les États-Unis, notamment tout ce qui touche à leur utérus. Putain, mais quel est le problème des bananes-kiwis avec notre utérus ? Foutez-lui la paix.

Avec des mots simples, l’auteure nous assomme en nous racontant toutes ces injustices, ces discriminations sur le sexe, sans pour autant virer dans le larmoyant, mais en nous contant la vie de tous les jours, au pays du Matin calme.

Sans le savoir, les femmes se résignent, écoutent leurs maris prendre des décisions pour elles, sans tact, pensant sans doute qu’ils font bien… Pire, les femmes ne sont pas toujours tendre pour leurs cadettes ou leurs brus et ont tendance à leur couper les ailes aussi.

Un livre choc, à lire. Très beau mais très dur pour nous les femmes. Si ça pouvait faire changer certains hommes de Cro-Magnon…

PS : il ne faut pas aller jusqu’en Corée du Sud pour tomber sur des comportements rétrogrades… Je connaissais une personne (décédée depuis), qui, jeune, se révoltait que sa mère nourrisse en premier lieu les hommes de la maison (le père et les frères) alors qu’elle et ses soeurs devaient manger ensuite et qui, une fois mariée et avec des enfants, fit la même chose que sa mère ! Pour cette femme, les hommes/garçons étaient plus importants que les femmes/filles et ses fils ou ses petits-fils étaient limite des dieux vivants. Comme quoi…

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.

Les femmes de Heart Spring Mountain : Robin MacArthur

Titre : Les femmes de Heart Spring Mountain

Auteur : Robin MacArthur
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (30/01/2019)
Édition Originale : Heart Spring Mountain (2018)
Traducteur : France Camus-Pichon

Résumé :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation.

Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête.

Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.

Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies.

Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Après « Le Coeur sauvage », un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d’une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l’avenir de notre planète.

Critique :
Si Patrick Juvet lit ce roman, il chantera ♫ Où sont les hommes ? ♪ car dans ces pages, les hommes sont les grands absents.

Bon, ils sont passés un jour, puisque les femmes ont eu des enfants, mais ensuite, ils ont disparu de la vie de ses femmes.

Il est des livres que l’on fluore dès leur sortie, se disant que lui, il est fait pour nous.

Il est des livres dont les thématiques sont emballantes car intégrées parfaitement au récit.

Imaginez une saga familiale sur plusieurs générations qui en même temps aborderait les origines Amérindiennes, les origines, l’identité, l’héritage de ses ancêtres, les secrets de famille, la planète et son avenir, ou plutôt, le nôtre (parce que la Terre, elle s’en sortira très bien, merci pour elle), la nature et ses dérèglements.

Et pourtant, je suis passée royalement à côté de ce roman ! Oui, ce roman qui m’avait mise l’eau à la bouche m’a noyé dans les nombreux portraits des différentes femmes qui le composent et m’a endormie car pas moyen de rester concentrée dessus, même pas trop envie de revenir plonger dedans.

Pourtant, le roman est composé de courts chapitres, ça aurait dû lui donner du rythme mais non, pas moyen d’entrer dans récit qui suivait ces trois générations de femmes ayant grandi sans père et explorant les années 1956 à 2011.

C’est donc avec une pointe de regret que j’ai posé ce roman qui avait tout pour lui, qui me semblait fait pour moi, composé de ce genre de portraits comme je les affectionne, qui explorait cette Amérique que j’aime découvrir, celle des petites gens.

Non, ce roman n’est pas un mauvais roman, pas du tout, c’est un grand roman, sans aucun doute, mais nous n’étions pas fait l’un pour l’autre, ou alors, pas maintenant.

J’aurais peut-être dû le laisser mûrir un an de plus en bibliothèque de chêne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°9.

 

L’envol du moineau : Amy Belding Brown

Titre : L’envol du moineau

Auteur : Amy Belding Brown
Édition : Le Cherche Midi (21/03/2019)
Édition Originale : Flight of the Sparrow (2014)
Traducteur :

Résumé :
Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre.

Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens.

Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage.

Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée.

Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères.

Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment.

Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?

Critique :
Lui, dès que j’ai lu son résumé juste après avoir flashé sur sa belle couverture, je savais qu’il était fait pour moi !

NetGalley et l’éditeur ayant donné un accord favorable à ma demande, et je les remercie, je me suis plongée dans cette histoire.

1672… Je ne vous ferai pas un topo de la mentalité des colons anglais de cette époque lointaine, mais je peux vous dire qu’ils étaient puritains au possible et plus catholique que tous les papes et cardinaux réunis, passé et présent confondus.

Ici, quand il arrive une chose, c’est la volonté de Dieu. On ne discute pas ! Dieu, si ça se trouve, Il n’a peut-être rien dit, rien décidé, rien prévu… Hérétique que je suis !

Quoiqu’il se passe, c’est SA volonté à LUI et on ne la remet pas en question. Tu trébuches, tu meurs, tu te fais enlever par des Indiens, c’est que c’était SA volonté, point barre et si tu en réchappes aussi.

Ça m’a fait froid dans le dos un tel prosélytisme, et l’auteur n’a pas manqué de soulever les illogismes de leur croyance puisque pour, un esclave, c’est la volonté de Dieu et donc, tenir des gens sous son autorité et les faire trimer, c’est chrétien, Il l’a voulu ainsi et vos gueules les mouettes (ou les moineaux).

À cette belle époque, nous les femmes (nous le charme), ben on avait le droit de la fermer, le droit d’obéir et les horribles 3K prônés par les nazis étaient d’application (Kinder, Küche, Kirche = Enfants, cuisine, église).

Mary Rowlandson, notre héroïne, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre dans sa vie, surtout qu’elle est mariée à un pasteur qui est plus rigide que l’outil de travail de Rocco après la prise de 4 comprimés bleus. C’est vous dire comment il est rigide, le gars et on ne remet pas son autorité en question, merci bien.

La scène de l’attaque du village de Lancaster, par les Indiens est très réaliste. J’ai serré les dents devant la violence de l’attaque et les morts inutiles, femmes et enfants tués juste pour le plaisir. Ne nous leurrons pas, les Indiens n’étaient pas des Bisounours.

Bizarrement, lorsque Mary Rowlandson est prisonnière des Indiens et que ceux-ci crèvent de faim, et bien, mes dents se sont serrées aussi devant tant de souffrances, pourtant, quelques chapitres auparavant, ils avaient massacrés femmes, enfants et hommes.

L’auteure a réussi un sacré tour de force ! Mettant en scène des Indiens avec une grande rigueur historique, elle les dépeint tels qu’ils étaient, sans en rajouter, dressant un portrait tel qu’on le fait de nos jours, et pas comme il l’était dans les années 1600 (ou même plus tard).

Sans oublier de nous les montrer avec les yeux des citoyens Blancs, puritains, chrétiens jusqu’au bout des ongles et persuadé que tout ce qui n’est pas chrétien est sauvage. Ce sont des païens ! Et je vous passerai les fake news qui leur collent aux mocassins !

J’ai vibré avec Mary, j’ai souffert avec elle et j’ai souri lorsqu’elle a découvert, avec stupeur, que les Indiens ne sont pas si sauvages que ça, pas si cruels non plus et que chez eux, la notion de partage est ancrée, celle de rire, d’élever ses papooses dans l’amour… Tout le contraire de ce qui se passe dans son monde à elle.

Bref, sans être chrétiens, ces hommes et femmes ont des principes qui ont tout du chrétien charitable. Mieux encore, notre Mary a plus de libertés en étant prisonnières des Indiens que dans sa propre maison !

Un livre empreint d’un grand humanisme, une femme qui a vu ses certitudes s’effondrer, qui a bénéficié de plus de liberté en captivité que dans sa vie d’épouse et qui a découvert que le portrait de ces païens n’était pas juste.

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… Les gens aiment croire, encore de nos jours, que les Autres sont mauvais, doué de duplicité, de violence, qu’on n’en fera jamais rien de bon et que s’ils veulent qu’on les accepte, ils doivent devenir tels que nous, avoir nos croyances, notre mode de vie, tout en sachant que même s’ils font tout comme il faut, ils seront toujours rejetés.

Un vibrant récit, une plongée dans une époque fort troublée où les gens se tournaient pour tout vers le Seigneur Dieu (maintenant, on se tourne vers d’autre), où la femme avait zéro droit et les Indiens encore moins, victimes déjà de massacres et de spoliations.

Un récit tiré d’une histoire vraie, récit terrible où une femme a dû batailler, non contre les sauvages, mais contre les siens, batailler contre les rumeurs, les ragots immondes, les gens avides de sensationnel et de récit glauque, le tout sans liberté aucune.

Poignant, humain, grandiose.

#LenvolDuMoineau #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).

 

Orgueil et préjugés : Jane Austen

 Titre : Orgueil et préjugés

Auteur : Jane Austen
Édition : Livre de Poche (2011)

Résumé :
Orgueil et préjugés est le plus connu des six romans achevés de Jane Austen.

Son histoire, sa question, est en apparence celle d’un mariage: l’héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett qui n’est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ?

Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui encore, l’épousera-t-elle ? Mais il apparaît clairement qu’il n’y a en fait qu’un héros qui est l’héroïne, et que c’est par elle, en elle et pour elle que tout se passe.

Critique :
Voilà un livre qui a failli faire de moi une serial-killeuse ! Pourquoi ? Mais parce que j’ai eu très souvent eu envie de commettre des meurtres durant ma lecture, pardi !

Rassurez-vous, j’ai apprécié ce livre dont une connaissance m’avait recommandé la lecture. Mais bon, les Classiques et moi, cela fait deux… Mes penchants naturels m’entraînant plutôt vers les polars, la bit-lit ou la fantasy.

Pourtant, n’écoutant que mon courage, j’ai entamé la lecture, plus sceptique que la fosse du même nom mais qui s’écrit pas pareil…

Conquise je fus, mais ce fut aussi la part belle pour les pulsions criminelles qui se sont réveillées lors de ma lecture.

La faute à qui ? A certains personnages… Je vous explique :

– Mrs Benner, la mère, souffrant des nerfs de manière imaginaire, mais sortant ce prétexte à tout bout de champs, futile, un peu bêbête, chiante, fofolle, bref, une mère qui me donnait envie de faire irruption dans le livre et de la dézinguer.

– Mr Collins, le pasteur chieur, qui, même avec tous les éléments sous son nez ne voit rien, confondant les « non » avec les « oui ». Plus casse-pied que lui, tu meurs. Un monument de prétention ridicule, de courbettes et de léchage de bottes. Véritable plaie.

A chaque fois qu’il ouvrait la bouche, je l’aurais bien étranglé ou enfoncé un bâillon dans le fond de sa gorge.

– Lydia Bennet, une des soeurs plus jeune, totalement fofolle, prête à tout, écervelée au possible, devenant une véritable chienne en chaleur dès qu’un homme en uniforme passe à proximité…

« Lydia, reviens, stupide cruche, je ne viens pas de dire qu’il y avait un militaire qui passait dans ma critique !! ».

Bref, une vraie petite dinde, comme je vous le disais plus haut et elle ne se rendra même pas compte de sa conduite détestable, ni du mal qu’elle aura fait à sa famille… Encore une que j’aurais bien baffé avec grand plaisir et sa mère avec, parce que ensuite, lors du retour de Lydia, elle se comportera encore plus de manière totalement irréfléchie.

– Lady Catherine de Brough est une pétasse pédante, se prenant pour le nombril du monde, donnant des leçons et des conseils à tous (des ordres, surtout, déguisés en conseils et avis éclairés) comme si elle avait la science infuse et la connaissance ultime. Mâdâme sait tout mieux que tout le monde…

Le genre de personne que nous avons tous connu dans notre vie et qui me donnait envie de passer à la guillotine, rien que ça ! Vieille folle, va, agrippée à ses principes comme une moule à son rocher.

Elle fera l’erreur de trop et… non, je ne l’ai pas éventrée, pour cette outrecuidance ultime, cette ingérence absolue, bien que l’envie ne m’ait pas manquée… mais cela aura eu une conséquence positive.

– Miss Bingley : petite vaniteuse, tournant autour de Darcy comme une mouche autour d’un pot de miel, se prenant elle aussi pour le centre du monde, moqueuse, une sale petite peste que j’aurais bien aimé pousser du haut des escaliers… le genre d’amie que l’on ne souhaite pas, hormis à sa pire ennemie.

– Whickam est quant à lui un opportuniste qui, telle la chanson de Dutronc, retourne sa veste et drague tout ce qui pourrait lui servir… Juste bon à pendre…

– Jane Bennet, la douce et gentille Jane… non, pas d’envie de meurtre sur elle, je l’aimais bien, même si elle est trop gentille. Incapable d’avoir une langue de vipère, de penser que les gens sont mauvais, même si on le lui met sous le nez, cherchant des excuses pour excuser le comportement de la personne. Cette fille aurait trouvé des excuses aux plus grands bouchers de l’Histoire. Malgré tout, je l’ai bien aimé.

Mes préférences iront à Elizabeth Bennet, à Fitzwilliam Darcy, à Mr Bingley et au pauvre Mr Bennet qui a épousé sa cruche de femme.

Pour ce qui est de ma critique de l’oeuvre, je dirais que même si c’est un livre où ne règne pas une action trépidante, sans suspense à proprement parler, je ne me suis embêtée en le lisant, tournant les pages en rythme.

La société de l’époque y est décrite avec une certaine férocité, une ironie mordante qui n’était pas pour me déplaire.

Et, malgré mes envies de passer certains personnages à la moulinette, sans eux, le livre aurait été moins bon. Ils en sont le sel, les épices, on réagit en les écoutant, bref, ils ont leurs raisons d’être.

Mon seul regret ? Oui, il y en a un et de taille : ne pas avoir lu ce livre plus tôt !!!

Livre lu dans le cadre du Challenge « La littérature fait son cinéma – 2ème année » chez Kabaret Kulturel. Participe aussi au challenge « Les 100 livres à avoir lu au moins une fois » chez Bianca.


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