Je m’appelle requiem et je t’… : Stanislas Petrosky

je-mappelle-requiem-et-je-t-stanislas-petrosky

Titre : Je m’appelle requiem et je t’…

Auteur : Stanislas Petrosky
Édition : Lajouanie (08/07/2016)

Résumé :
Moi, vous ne me connaissez pas encore, mais ça ne va pas tarder. Je m’appelle Estéban Lehydeux, mais je suis plus connu sous le nom de Requiem. Je suis curé, ça vous en bouche un coin ? Oubliez tout ce que vous savez sur les prêtres classiques, je n’ai rien à voir avec eux, d’autant que j’ai un truc en plus : je suis exorciste. Je chasse les démons.

Bon pas tous, parce que je dois d’abord gérer les miens, surtout quand ils font du 95 D, qu’ils dandinent du prose et qu’ils ont des yeux de biche. Chasser le diable et ses comparses n’est pas de tout repos, je ne vous raconte pas.

Enfin si, dans ce livre. Ah, un dernier détail : Dieu pardonne, moi pas.

lucife10Critique :
Le commissaire San-Antonio a un fils ! Et je parle pas du rejeton qui écrit ses aventures à la place de son père, non, je parle d’un vrai fils !

« Trash Cancan » ne le sait pas encore, mais ce fils, San-Antonio l’a eu avec Don Camillo, Audiard, le Père Gilbert et Sœur Marie-Thérèse des Batignolles ! Partouze totale.

Tout ces gènes – que dis-je ? la crème de ces gènes – ont été enfournés dans la matrice de Stanislas Petrosky pour donner naissance à Esteban Lehydeux, dit Requiem, prêtre de son état.

Non, je n’ai rien fumé la moquette, je sais toujours comment on fait des enfants et comment on peut ne pas en avoir. Ici, je parle d’une naissance littéraire, bien entendu, pas une véritable. L’enfant aurait eu une vie de dingue avec ses 4 pères et cette mère !

Ami(e) lecteur(trice), toi qui prend la peine de lire cette bafouille, toi qui perd du temps de vie à lire mes conneries, va plutôt te procurer le dernier roman de Petrosky, il est bien plus drôle que moi, plus doué, et plus politiquement incorrect que moi.

Si tu es dans une période de blues profond et que tu n’es pas une grenouille (ou un crapaud) de bénitier, ce roman déjanté (dont l’auteur a trempé sa plume dans le même encrier que San-Antonio et à été biberonné aux Tontons Flingueurs) est fait pour toi !

Certes, le personnage principal – un prêtre !! – est non conventionnel, a la bite en chaleur, la fourre dans quelques chattes (parfois dans des culs) boit du Jack’s à la communion, des bières aux repas (des bières belges !), fait quelques exorcismes de temps en temps, roule en Mustang,  manie l’argot et a un langage de charretier, mais, ma foi, il me plait bien ce cureton !

Bordel de Dieu, il en faudrait plus des comme ça parce que lui, quand il fourre son crucifix dans une foufoune (ou dans l’entré des artistes de la dame), elle a plus de 18 ans d’âge et est consentante, nom de Dieu. Et puisqu’il te le raconte si bien, on ne peut que lui donner son pardon. Pas vrai, Dieu ?? Oups, il est en colère sur son curé non conventionnel, Dieu.

On ne causera pas trop de péché de chair, parce que, comment dire ? C’est un véritable sujet de fâcherie avec le Patron. Si tu veux, pour lui coquette devrait juste servir à pisser,point barre.

Une enquête assez hard, dégueu, où les estomacs devront s’accrocher, des cascades sans filets, des extrêmes onctions adressés en paquet économique à des salopards de raclure de bidets, de la baise, de l’alcool, des gros mots, de la baise, quelques énervements et voilà notre prêtre agissant en Sherlock déguisé en Bruce Willis.

Je me suis fendue la poire durant toute ma lecture, avec les réflexions de Esteban – Requiem – adressées à son lecteur ou à ses ouailles.

Purée, l’auteur avait vraiment bouffé du San-Antonio, mais pas de trop, puisqu’il y a quand même de la profondeur dans son roman et je ne parle pas que de celle durant les scènes de sexe débridé.

Par contre, deux fautes, Stanislas (tu me permets ?) : dans ton roman, ton personnage ne s’adresse qu’à un potentiel lecteur mâle… Comment oses-tu mettre ainsi de côté la moitié de la planète Terre en oubliant une potentielle lectrice ?? Là, tu mériterais que je prenne un cierge pascal pour te le foutre, avec de l’élan, dans… ta tête ! What did you expect ?

Deuxième faute dans la crucifixion, très cher : on ne plantait pas les clous dans les paumes des mains, mais dans le poignet, entre le cubitus et le radius (mais je te pardonne, parce que même si tu as visité 1.000 églises, tu les as tous vu plantés dans la paumes des mains – fatale erreur dans les églises, mais tu me diras que s’il n’y avait que ça…).

Vous savez quoi, chers lecteurs et chères lectrices ? Ce roman, je ne vais pas le ranger dans ma biblio, non, je vais le garder à portée de main et au moindre coup de blues, je me lirai un chapitre des aventures de Requiem et je serai repartie sur le bon chemin, celui du rire et de la bonne humeur.

On peut postuler pour devenir la bonne du curé ?? Parce qu’avec un prêtre comme Esteban, moi, je retourne à messe !

Bon je cause, je cause ,je te fais part de mes états d’âme mais tu as acheté un bouquin policier, tu veux de l’intrigue, de l’aventure, du punch, du suspens, du sexe, toi ce que tu veux c’est un putain de « Page-Turner ».

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Enregistrer

Nuit mère : Kurt Vonnegut

nuit-mere-vonnegut

Titre : Nuit mère

Auteur : Kurt Vonnegut
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. »

Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge à succès exilé en Allemagne fut en effet le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi.

Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés.

Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

mother-nightCritique :
Voilà un roman qui sort des sentiers battus, aux antipodes de ce que je lis habituellement, et dont, au final, je suis sortie assez secouée.

Howard C. Campbell dit lui-même qu’il est un américain de naissance, un nazi de réputation et un apatride par inclination.

Cet homme que l’on devrait détester nous livre ce récit autobiographique, fictif, de sa vie durant la Seconde Guerre Mondiale en tant que grand propagandiste sur les ondes radios et du côté des nazis.

Récit autobiographie qu’il aurait envoyé à l’auteur, Kurt Vonnegut, depuis sa cellule à Jérusalem dans laquelle il attend son procès.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est qu’au début, on devrait haïr Howard pour ce qu’il a fait, mais au fur et à mesure des pages, on ne sait plus trop quoi penser de lui et la balance penche irrémédiablement vers le mec sympa plutôt que vers le vrai salaud.

L’équilibre étant toujours sujet à caution puisque Howard pourrait nous raconter des carabistouilles… ou pas !

Parce que si cet homme fut un propagandiste, ce ne fut pas vraiment de son fait, mais en tant qu’espion pour les États-Unis !

Dans ses discours farcis à la haine des autres et à la sauce antisémite, ses soupirs, ses toussotements auraient été des codes pour les Américains à l’écoute de ses diatribes haineuses.

Vrai ou pas vrai ?? Sans doute vrai, mais peu de personnes peuvent le confirmer et tout le roman sera rempli de faux-semblants, de ces gens qui pensent être une chose et qui sont l’exact opposé, de ces gens qui se disent purs et qui ne valent pas mieux que les nazis nostalgiques ou les nazis de l’époque du moustachu à la mèche de cheveux noire.

Nous sommes ce que nous feignons d’être, aussi devons-nous prendre garde à ce que nous feignons d’être.

Soyez sur vos gardes durant la lecture…

La plume de l’auteur est facile à lire, le roman se termine en quelques heures, il n’est guère épais (guerre et paix), mais il y a dedans quelques réflexions profondes dont les plus étonnantes sont celles entre Howard Campbell et Eichmann, ce dernier lui demandant s’il devait avoir recours à un agent littéraire ou encore les tournois de pingpong organisés au ministère de la Propagande.

Ici, les salauds ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être et les gentils non plus, tout le monde cache des choses, tout le monde cache ce qu’il est vraiment, et les gens tendent à devenir les personnages dont ils ont endossé les habits pour les besoins de leurs missions.

Nuit mère est un roman étrange, une confession d’un homme seul, d’un homme qui soulève de l’admiration chez les amateurs de la race Blanche et le dégoût chez les autres, exacerbant chez ces derniers des envies de lui casser la gueule puisqu’il fait un parfait bouc émissaire en tant qu’Américain ayant frayé avec l’Ennemi (oubliant de ce côté là que les banques américaines soutinrent l’effort de guerre des deux cotés, aussi bien des yankee que des casques à pointes et des bottines à clous).

Un roman rempli de faux-semblants qui me laisse un peu groggy et perplexe sur la nature Humaine (mais je l’étais déjà).

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Enregistrer

Il est mort les yeux ouverts : Robin Cook

Il est mort les yeux ouverts - Robin Cook

Titre : Il est mort les yeux ouverts

Auteur : Robin Cook (L’Anglais)
Édition : Gallimard-Folio Policier (1989)
« On ne meurt que deux fois » dans l’édition de la Série Noire

Résumé :
Un soir, dans Londres, le cadavre d’un vieil ivrogne est découvert avec les membres brisés et plusieurs marques de sévices à la tête.

Cette affaire banale n’intéresse guère la police criminelle qui la confie au narrateur anonyme, un enquêteur de la section A14, le service des décès non éclaircis. La victime s’appelait Staniland. Il tenait une sorte de journal de bord et s’enregistrait sur cassettes.

Grâce à ces documents, le narrateur va s’imprégner de la personnalité du mort et côtoyer ses anciennes fréquentations pour tenter de remonter la source du crime. Il est mort les yeux ouverts est le récit d’une errance les ténèbres.

L’enquêteur progresse à l’aveugle mais avec obstination dans sa quête, vers un dénouement inéluctable.

Dans chaque confession de Staniland, c’est une part de sa vie que dévoile Robin Cook.

Un livre d’une noirceur absolue, comme Cook lui-même, l’un des écrivains britanniques majeurs de sa génération.

on-ne-meurt-que-deux-fois-affiche_13233_45998Critique :
Comme notre sergent sans nom de l’Usine (Section A14 – le service des décès non éclaircis) le dit si bien « C’est une affaire dans laquelle il faut extraire la vérité petit à petit, et pas taper dessus avec une matraque ».

Je ne le savais pas mais ce roman est le premier consacré à l’Usine et moi, bien entendu, je les ai fais dans le désordre.

Il fallait tout de même oser créer un sergent de police atypique et ne pas lui donner de nom ! Et ça marche puisque je suis attachée à ce sergent qui enquête à son aise mais ne lâche rien !

Ici, un homme est mort, tabassé à mort. Charles Staniland, 51 ans. C’était un alcoolique qui vivait dans une maison délabrée, et, au travers de ses récits qu’il a laissé ou des cassettes audio qu’il a enregistré (l’ancêtre du CD), notre sergent va en apprendre plus sur sa vie et remonter la piste patiemment, en tirant sa crampe de temps en temps.

— Tu as été aveugle jusqu’ici. Tu n’as pas découvert ce qu’est la passion. Tu as eu beaucoup d’hommes, mais tu n’as pas vraiment pris de plaisir avec eux.
— Tu n’es pas loin de la vérité.
— Tu as déjà eu un orgasme ?
— J’en ai entendu parler. Je ne crois pas que j’en aie déjà eu un.
— Si tu en avais eu un, tu l’aurais su. Ça se pourrait cette fois-ci.
— Bah, tiens.

Ces documents, notre sergent va nous les faire découvrir en même temps que lui et notre enquêteur acharné à découvrir la vérité va s’imprégner de la personnalité du mort, côtoyer ses anciennes fréquentations, son ex-femme, sa maîtresse pour tenter de faire toute la lumière sur ce crime atroce.

Cet homme était une plaie ambulante, la souffrance incarnée. La remarque de cette inconnue était absurde : demander à Staniland d’éprouver des regrets ou des remords de ce qu’il était, ça équivalait à dire à un homme atteint d’un cancer parvenu à sa fin qu’il avait l’air malade.

Si j’ai aimé retrouver le style d’écriture de Cook, mes préférés de la série resteront « Les mois d’avril sont meurtriers » pour son humour noir qui m’avait fait rire et le magnifique « J’étais Dora Suarez » qui culmine très haut.

Il secoua la tête ; elle tremblota comme une huître au bout de la fourchette d’un pochard.

Celui-ci est moins violent que les deux autres sus-nommés, il y a moins de sang et pas de morceaux de cadavres qui trainent partout…

Malgré tout, n’allez pas croire que vous allez faire une ballade agréable !

Que nenni ! Durant l’enquête de notre sergent sans nom, vous allez découvrir un pan de la ville de Londres qui ne figure pas sur votre guide du Routard habituel (uniquement sur l’édition limitée « Bas-fond ») car ici, on côtoie la misère humaine dans toute sa splendeur !

Le livre aurait pu s’intituler « Ballade dans les ténèbres » tant notre sergent va progresser à l’aveugle, sans trop savoir où il va, interrogeant tout le monde qui a côtoyé le mort et même de ceux qui ne le connaissaient pas dans le but de trouver un indice.

La plume de Cook est acide, sa peinture de l’Angleterre des années 80 n’est pas tendre, il vous promène dans les lieux de misère mieux qu’un tour-operator et il vous déposera à la fin en vous plantant là, dans une chambre misérable, pas gêné de vous abandonner dans ce lieu où vous n’auriez pas mis les pieds de votre plein gré.

Un roman noir qui baigne dans les ténèbres, sans rayon de soleil, juste un plan-cul pour donner un peu de plaisir à notre sergent sans nom durant ses investigations.

Une enquête qui pourrait passer en second plan tant le reste de l’histoire est plus importante grâce à ses personnages caractériels et avec des cases en moins !

Robin Cook l(anglais) est assurément un grand monsieur du roman noir anglais et commencer par ce roman pour le découvrir est un bon plan, assurément !

Ensuite, faut lire impérativement les trois autres, dont 2 sont magistraux !

— Trouve-moi le carrier, Watson, dit le médecin en ricanant. Trouve-moi la masse, hein ? Moi de mon côté je vais m’occuper des cheveux et du groupe sanguin.
Il me mit en rogne.
— Imaginez que vous ayez un jour une petite amie de trop, docteur, dis-je, et que l’amant jaloux vous tabasse à mort. Ou bien, pas une petite amie. Un petit copain.
— Dites donc, j’espère que vous n’insinuez pas…
— Et imaginez-vous, la police, en train d’imiter Sherlock Holmes, penchée sur vos restes…, moi et votre assistant, là, avec toute la sagesse du monde sur sa figure et le mégot éteint au bec.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

La malédiction du Norfolk : Karen Maitland

Maitland-Malediction-11

Titre : La malédiction du Norfolk

Auteur : Karen Maitland
Édition : Sonatine (sept 2014) / Presse Pocket (2015)

Résumé :
1208. Le pape Innocent III, en conflit avec le roi Jean, prononce un interdit sur tout le royaume d’Angleterre.

Les églises et les cimetières sont fermés, le haut clergé quitte le pays, les prêtres ont défense de célébrer les offices ou de conférer les sacrements, ni confession, ni mariage, ni extrême-onction.

S’ensuit un véritable chaos spirituel dans le royaume, en particulier chez les plus démunis, ceux pour qui la foi est le seul recours.

C’est dans ce contexte particulièrement difficile qu’une jeune paysanne, Elena, est appelée au service du seigneur de Gastmere, dans le comté de Norfolk.

Là, on l’oblige à s’adonner à un étrange rituel, celui des « mangeurs de péchés », consistant, en l’absence d’extrême-onction, à prendre sur sa conscience tous les péchés non expiés d’un mourant.

Cette cérémonie va être le début d’une véritable descente aux enfers pour la jeune fille qui se retrouve bientôt accusée de meurtre.

Son cauchemar ne fait que commencer.

9782266257602Critique : 
Angleterre 1208. Suite à une grosse querelle entre le roi Jean d’Aquitaine-Angleterre (ex Jean Sans Terre) et le pape Innocent III, toute l’Angleterre est sans prêtres, sans curés, ses cimetières et églises sont fermées, plus d’offices célébrées… Plus rien, quoi ! RIEN !

Toute l’Angleterre ? Oui ! Ici, il n’y aura pas de « Un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur ».

Nous, en 2016, dans le cas où ça arriverait, ce ne serait pas aussi grave qu’à cette époque puisque les mariages passent d’abord par l’officier d’état civil et je me demande qui pense encore à se confesser de nos jours.

Oui, mais en 1208, ce n’est pas le cas ! Les croyances sont fortes, les gens sont « simples », l’Église est toute puissante et si tu meurs sans confession, je ne te raconte pas les tourments de l’Enfer que l’on te promet ! Idem pour un enfant mort sans être baptisé : les limbes ! Eux, ils en ont encore la trouille de tout ça, ces gens pieux et simples.

Faut dire qu’on les a gavé pire que des oies, avec toutes ses choses sur les non-confessés et les non-baptisés. Comme si Dieu allait vraiment envoyer des enfants innocents dans des limbes ! Anybref…

C’est dans ce contexte tendu entre Jean et Innocent que nous faisons connaissance des différents personnages qui vont nous entrainer dans cette histoire médiévale. Ils sont nombreux mais impossible de les confondre ou d’en faire une soupe car chacun est bien distinct de l’autre.

Notons Elena, jeune serve, belle, rousse flamboyante, une fille de campagne qui vient de se faire déniaiser par son fiancé mais qui restera toujours un peu niaise, idiote et naïve au fil des pages.

— C’est dangereux, tu es quand même capable de comprendre ça, non, espèce de petite idiote ? La prochaine fois, je ne serai peut-être pas là pour sauver ta misérable tête.

Énervante, Elena le sera souvent. Grosse envie de la baffer, parfois, mais nous sommes en 1208 et l’Éducation Nationale pour tous n’est encore que de la SF à cette époque. Alors, on lui pardonne son imbécilité et ses croyances qu’on lui a bourrée dans le crâne. C’est pas de sa faute…

Penser le mal, lui avait dit un jour le prêtre du village, était aussi condamnable que le commettre.

Nul besoin de prêtres là-bas [en Terre Sainte]. Le pape avait juré que tout homme qui périssait en combattant de la Croix mourrait absous de tous ses péchés.

Un qui mérite le détour, c’est Raffaele qui pourrait être aussi savoureux qu’une friandise de chez Ferrero à la noix de coco sauf que le pauvre n’a plus ses bonbons…

Au milieu de tout ces étalons ou, au pire, de ces « entiers » (puceau), notre Raffaele est un hongre ! On n’oubliera pas de dire merci à sa maman – la salope – qui l’a offert à l’Église (encore Elle !) pour qu’elle en fasse un Petit Chanteur À La Croix De Bois version castrat.

Sans compter que maître Raffaele valait mieux que n’importe quel messager céleste, dans la mesure où, comme le savait tout un chacun, il était castré, si bien que, contrairement à l’archange Gabriel, il ne risquait pas de vous laisser avec un bâtard dans le ventre.

Hélas, Raffaele n’ayant pas le talent d’un Farinelli et il est finalement renvoyé à ses chers parents et sa chance viendra en devenant l’écuyer, l’ami et l’intendant de sire Gerard de Gastmere lorsqu’ils en auront terminé avec les Croisades. Raffaele, stature imposante et voix de fillette, la vie ne fut pas facile pour lui et ne l’est toujours pas.

— Maître Raffe, vraiment ? Tu parles d’une veine ! Alors, comment il est, le Bouvillon ? On dit qu’il fait des trucs que même une pute à matelots connaît pas.

Son passé en Terre Sainte recèlera quelques récits sanglants qu’il nous contera au fur et à mesure du récit, tout en nous gardant du suspense, le vieux bougre ! Le final de son récit m’a serré les tripes.

Ce roman de 528 pages se lit tout seul, les entrées de chapitre nous dévoilant une partie de l’herbier de la mandragore (instructif et amusant), les personnages sont travaillés, les deux méchants – Osborn et Hugh de Roxham – sont de vrais salauds bien torchés, comme on les aime. Cruels, sadiques, jamais avares de répliques cinglantes et d’insultes bien senties. Et dans ces contrées, la Justice était expéditive et la torture normale.

— Mordiable, pourquoi faut-y que ça soit un des hommes de la suite de lord Osborn ! Avec un autre, on aurait pu s’contenter de pendre le premier gredin venu, dire que justice était faite, et on n’en parlait plus.

En plus de posséder du mystère, une enquête, des meurtres et des complots, le récit nous parle de la misère des gens de cette époque et met bien en avant la différence énorme entre les serfs, les gens nés « libres » et ceux dit « de noble extraction ».

Entre nous, on est tous extrait du même endroit, sauf peut-être les frères Roxham qui durent être extrait hors d’un cul de basse-fosse… Je pense qu’ils ne sont pas les seuls…

L’enfer étant pavé des meilleurs intentions possibles, notre pauvre Elena va en voir de toutes les couleurs et n’est pas encore sortie de l’auberge.

Quant à Raffaele, il a beau être un hongre qui a mal vieilli (ça fait souvent ça quand on les coupe), il est un personnage fort, puissant, tenace, têtu et il m’a conquis. Tout comme les personnages ô combien étrange de Ma la mère maquerelle et de Talbot.

— Qu’un mendiant pète dans cette ville et je le sais avant qu’il en sente lui-même l’odeur !

— Je ne condamnerais pour rien au monde une femme qui se servirait d’un couteau contre un homme qui le mérite. Mieux, j’admirerais son cran.

Un excellent roman historique, une belle plume, une narratrice hors du commun pour certains passages, une grosse louche de croyances, de bigoterie, des complots, du sang, de l’intrigue, du suspense, des retournements de situation, la vie dans un lupanar et le tout sans vous rendre l’Histoire – celle avec un grand H – indigeste.

Quelques passages m’ont serré le cœur car je me suis dit que les exactions commises par certains n’ont rien à envier avec celles commises par d’autres… Autre temps, même mœurs et imbécilités commises par des Hommes et ça me révulse. Et ce n’est pas à Lui que j’en veux, mais à eux !

— C’est impossible. L’Église nous avait certifié que si nous partions en croisade, tous les péchés commis avant et pendant les guerres saintes nous seraient immédiatement pardonnés, effacés, comme s’ils n’avaient jamais existé. On nous l’avait juré. C’était un infidèle. Un mécréant. Le tuer était un acte sanctifié, un acte juste. L’Église nous avait promis le pardon.

— Cette nuit-là, les prêtres qui accompagnaient l’armée de Richard vinrent bénir les hommes et tenter de les réconforter, leur assurant qu’ils étaient lavés de tous leurs péchés et qu’ils avaient œuvré pour la plus grande gloire de Dieu, car ces hordes païennes étaient de toute façon damnées, condamnées à brûler en enfer. Ils se juchaient sur un tertre ici ou là et déclamaient les paroles de saint Bernard de Clairvaux dans la touffeur de la nuit : “Le chrétien tire gloire de la mort d’un païen, parce que par là le Christ lui-même est glorifié.”

La vie est comme une roue, elle tourne et revient toujours à son point de départ, mais ils sont nombreux ceux qui ne l’ont pas encore compris…

Les loups pissent pour marquer leur territoire ; mais qu’ils sentent l’odeur d’une autre bande, et ils se retirent en silence. Pourquoi risquer un combat qui peut vous mutiler ou vous tuer ? Mais les humains, eux, vont se déchaîner et massacrer leurs semblables par milliers dans le seul but d’aller planter leur petit bout d’étoffe au sommet d’une colline ou d’un rempart.

— Semez ce que vous aimeriez récolter. Faites à autrui ce que vous aimeriez qu’il vous fasse.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et « A year in England » chez Titine.

CeU69glW4AA0m5X

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé

Un prisonnier modèle : Paul Cleave [Joe Middleton 2]

Prisonnier modèle, un - Paul Cleave

Titre : Un prisonnier modèle

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Joe Middleton s’est tiré une balle dans la tête. Par malheur, il s’est raté et a atterri à l’hôpital, escorté par une horde de policiers qui se demandent déjà s’ils n’auraient pas mieux fait de l’achever discrètement. Peut-être en effet auraient-ils dû.

Un an plus tard, Joe est toujours derrière les barreaux d’un quartier de très haute sécurité, accusé d’une série de meurtres plus horribles les uns que les autres. En attendant son procès, qui doit s’ouvrir quelques jours plus tard, il s’apitoie sur les vicissitudes de sa vie de détenu et tente encore de se faire passer pour un simple d’esprit auprès des différents experts en psychiatrie.

Mais pour ceux qui connaissent mieux Joe sous le nom du Boucher de Christchurch, seule une mort rapide est souhaitable.

À commencer par son ex-complice qui compte bien le faire abattre avant son entrée au tribunal ; Raphael, le père d’une de ses victimes, qui veut plus que tout au monde voir Joe payer ses crimes ; ou encore Carl Schroder, l’ancien policier qui a arrêté le tueur en série…

Critique : 
Quel plaisir de retrouver Joe Middleton, notre fameux Joe-Le-Lent, Boucher de Christchurch de son état.

Non, il ne découpait pas des côtelette à la boucherie Sanzot ! Joe, c’est tout simplement premier serial-killer qui m’avait fait rire.

Ici, on rigole moins… Joe est en prison – c’est sa place – et il n’a pas changé d’un iota : il pense toujours qu’il peut berner les gens, que lui seul a des droits et qu’on ne les respecte pas, que tout ceci est une erreur et qu’il va sortir libre de la prison avec sa ligne de défense imparable qui est « Je ne se souviens de rien ».

C’est bien connu, en prison, il n’y a que des innocents et niveau mauvaise foi royale, Joe n’est pas le seul champion du monde, la concurrence est rude avec Kenny-Le-Père-Noël.

— C’est dingue les trucs qui nous font paraître coupables, lui dis-je. Merde, le fait que tu te sois fait prendre dans une bagnole volée en costume de Père Noël avec un gamin enfermé dans le coffre, ça veut rien dire.
— Exactement, convient Kenny.
— Et le fait que c’était en avril n’a pas aidé. Ça t’a fait sortir du lot.
— Exactement. Alors quoi, c’est un crime maintenant de porter un costume de Père Noël à Pâques ?
— Ça devrait pas l’être. Tu crois que c’est un crime d’être déguisé en lapin de Pâques à Noël ?
— Et comment je pouvais savoir que ce gosse était dans le coffre ?
— Tu pouvais pas.
— Et je volais pas la bagnole, je croyais que c’était la mienne. Elle ressemblait à la mienne. Et il faisait noir. L’erreur est humaine.
— Les choses paraissent différentes dans le noir, dis-je.
— C’est ce que je veux dire. Ce gamin, il croit que c’est moi qui l’ai enlevé, mais comment il pourrait le savoir vu que je lui avais bandé les yeux ?
— Très juste. 

Surprise je fus lorsque j’appris qu’on avait écrit une suite de « Un employé modèle ». Que pouvait-on dire de plus ? N’allait-on pas tourner en rond et perdre le bénéfice d’une super lecture lors du premier opus ?

Vu les critiques élogieuses de mes potes blogueurs, j’ai ouvert le roman confiante, mais méfiante tout de même… Joe-Le-Lent aurait pu les payer pour qu’ils vantent la suite des ses aventures. Mdr

La suite est tout simplement jubilatoire, comme la première, mais dans un tout autre registre.

Paul Cleave a toujours une plume remplie d’humour noir et de cynisme.

Le roman, lui, est composé d’une recette imparable qui comprend : du suspense, du mystère, des bons mots, des situations cocasses, des rebondissements, des changements de narrateurs, une pincée de roman noir, du social, des embrouilles,…

Quant aux personnages, ils sont travaillés, on les connait, on a suivi leur parcours, ils ont leur force, leurs faiblesses. Pas de dichotomie entre les bons et les méchants, personne n’étant tout blanc ou tout noir. Quant à la mère de Joe, elle mérite l’Oscar du personnage le plus à l’Ouest !

Sans oublier que dans tous les romans de Paul Cleave interagissent entre eux, les personnages de l’un se retrouvant cité dans un autre, ou passant faire un petit coucou dans un autre… C’est une véritable toile d’araignée où tout se tient à merveille.

Il n’est pas nécessaire de les avoir tous lus pour comprendre, mais cela ajoute du piment pour le lecteur qui l’a fait, bien que ma mémoire passoire m’ait fait oublier des tas de petits détails.

Un employé Modèle possédait SA scène culte (dans le parc), les hommes doivent s’en souvenir, de cette perte horrible. Et bien, la suite en possède une autre qui m’a donné envie de vomir tout mon quatre heures et mon midi aussi. Beurk !

Les gardiens de prison sont forts devant un Joe emprisonné, mais ils feraient moins les mariolles et les durs devant un Joe en liberté ! Mais bon, ça risque pas.

« Bon appétit », me lance Adam, ce qui, je suppose, signifie Va te faire foutre en latin.
Je déballe le sandwich et ouvre le pain. Il y a des poils pubiens entre une tranche de fromage et une tranche de viande, suffisamment pour tricoter un pull à une souris – ce qui est ironique, car la dernière fois qu’Adam m’a apporté un sandwich, il y avait une souris crevée dedans. Je le remballe et veux le rendre à Adam, qui ne le prend pas.
« C’est soit ça, Middleton, soit tu crèves la dalle.
— Alors je crèverai la dalle. »
De la même manière que j’ai crevé la dalle après le sandwich au Mickey.

Une chose m’a fait réfléchir avec le comportement des gardiens de prisons et de certains flics…

A-t-on le droit de rabaisser un prisonnier accusé de multiples meurtres en lui faisant des saloperies ? Ne se met-on pas à son niveau en faisant cela ? Les flics auraient-ils bien fait s’ils avaient descendu Joe par « accident » lors d’une fausse tentative d’évasion ? S’ils l’avaient fait, cela aurait évité bien des drames.

Mais si on cautionne ce genre de comportements, n’est-ce pas la porte ouverte à tout et n’importe quoi, dont la déshumanisation de ceux qui se doivent d’être droit ? Vaste débat.

Une suite aussi jubilatoire que le premier tome, mais dans un registre différent, des retournements de situation, des chocs pour le lecteur, du suspense, du rire, de la peur, des petites subtilités, des questions que l’on se posera, pas de jugements, une intrigue complexe, de haut-vol, un puzzle dont les pièces se mettront en place lentement mais sûrement et des personnages qu’on prend plaisir à retrouver.

Un conseil : ne faites jamais confiance à Joe-Le-Lent… Ni à Mélissa X ! Mais plongez sans crainte dans cette suite délectable que le beau Paul Cleave nous a rédigé de sa petite plume acérée et jouissive.

J’ai un jour donné un coup de pied dans les couilles à un sans-abri et menacé de lui foutre le feu dans cette rue – même si, évidemment, je plaisantais. Je ne suis pas sûr qu’il ait saisi la plaisanterie – c’est le problème avec les gens, ils ne comprennent pas l’ironie.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (565 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon

Papillon de nuit : R.J. Ellory

Titre : Papillon de nuit                                                              big_5

Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Après l’assassinat de John Kennedy, tout a changé aux États-Unis. La société est devenue plus violente, la musique plus forte, les drogues plus puissantes que jamais. L’Amérique a compris qu’il n’y avait plus un chef, un leader du pouvoir exécutif, mais une puissance invisible. Et si celle-ci pouvait éliminer leur président en plein jour, c’est qu’elle avait tous les pouvoirs.

C’est dans cette Amérique en crise que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Vernet, son meilleur ami.

Nous sommes maintenant en 1982 et Daniel est dans le couloir de la mort. Quelques heures avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Et que la politique et l’histoire des sixties ne sont pas qu’une simple toile de fond dans la vie de Daniel, peut-être lui aussi victime de la folie de son temps.

Petit Plus : Publié en 2003 outre-Manche, Papillon de nuit est le premier roman de R.J. Ellory. Récit d’un meurtre, d’une passion, d’une folie, il nous offre une histoire aussi agitée que les années soixante.

Critique : 
Avec Ellory, mon esprit littéraire a joui une fois de plus. Le récit m’a pris à la gorge, au cœur, dans mes tripes, dans mes cou… Ah non, ça j’en ai pas !

Cet auteur a une manière bien à lui de décrire les années sombres des États-Unis, alors qu’il est anglais, et j’en redemande à chaque fois.

Ici, c’est tout un pan des sixties qu’il va mettre en scène. Les années 60 et sa putain de guerre du Vietnam, cette boucherie à ciel ouvert pour jeunes recrues qui ne savaient même pas où ça se trouvait.

Les années 60, c’est aussi l’époque où les Noirs acquièrent enfin des droits. Oui, mesdames et messieurs, ça ne remonte pas à si loin que ça, l’entrée des Noirs à l’université, dans ce grand pays qui se prend pour le gendarme du monde et grand donneur de leçons devant l’Éternel.

Enfin, le droit d’aller à l’unif… c’est sur papier ! La loi le dit, mais faut encore qu’on autorise ces personnes à franchir la porte. Du côté des États du Sud, ils résistent encore et toujours à la déségrégation raciale.

Tout cela va nous être raconté aux travers des souvenirs de Daniel Ford, prisonnier dans le couloir de la mort.

Nous sommes en 1982 et notre Danny Boy, racontant ses souvenirs à un prête, va nous narrer son histoire d’amitié avec Nathan, un jeune gamin noir, quand ils avaient tous les deux 6 ans.

La plume d’Ellory m’enchante toujours autant et son premier roman ne fait pas exception. Lui, il peut même se permettre de faire des phrases courtes, ça passe toujours.

L’alternance des récits, celui de 1982 mélangé à des souvenirs d’antan, rend le roman addictif, on ne le lâche plus et on découvre avec effroi ces années sombres des États-Unis.

Des personnages bien campés, bien détaillés, un récit fort, puissant, magnifique, addictif, de l’émotion à l’état brut, sans jamais plonger dans le pathos gratuit, Ellory nous sert là un plat de résistance gargantuesque sans avoir besoin de nous servir un pavé.

Non, le pavé, on se le prendra dans la gueule si on est un grand naïf et qu’on ne sait pas encore qu’on ne nous dit pas tout et que les complots sont aussi nombreux dans certains milieux que les punaises de lit dans de la literie d’une auberge pouilleuse du 18ème.

Je savais que l’on pratiquait de la démagogie et de l’intox à tous les étages, mais Ellory en a ajouté quelques uns dont je n’avais pas encore connaissance.

L’Amérique s’est aperçue que ceux qui pouvaient tuer son président en plein jour pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Il n’y avait plus un homme seul, le meneur de la nation, mais une fraternité invisible non élue. Et cette même fraternité nous a donné le LSD et la psychiatrie, l’amour libre, la pornographie, la violence à la télé, tout ce qui faisait qu’il était acceptable d’être dingue.

Un roman que j’ai dévoré, ne laissant aucune miette, me pourléchant les babines tout en le finissant sur les genoux, tant l’émotion m’avait saisie à la gorge, au cœur, dans mes tripes et dans mes cou…

Oui, si j’en avais eu, le récit m’aurait saisi là aussi. Un putain de super bon roman. Les mots me manquent.

BILAN - I-Love-Minion-Wallpaper - OKChallenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule et « A year in England » chez Titine.

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016

Le Facteur sonne toujours deux fois : James M. Cain

Titre : Le Facteur sonne toujours deux fois       big_3

Auteur : James M. Cain
Édition: Folio Policier / Série Noire Gallimard

Résumé :
Chômeur à vingt-quatre ans, Frank Chambers arpente les routes, une petite valise à la main, à la recherche d’un emploi. Il s’arrête à une station-service restaurant. Le patron, Nick Papadakis, qui exploite l’établissement avec son épouse Cora, lui propose un travail. Après avoir aperçu la jeune femme, Frank accepte de rester et devient rapidement son amant. Ensemble, ils décident de tuer Nick.

Petit plus :
À sa parution en 1934, ce roman reçut de nombreuses critiques élogieuses.

Novateur par son écriture concise et rythmée, le livre l’est tout autant par le choix de son sujet. Cette passion banale entre deux êtres très ordinaires débouche sur un crime dont les mobiles centraux sont l’argent et le sexe.

D’un regard distancié, sans porter le moindre jugement moral sur ses personnages, James Cain met en évidence leurs motivations et montre comment l’obsession de la réussite aboutit au naufrage d’individus fascinés par le rêve américain.

Ce récit a donné lieu à différentes adaptations cinématographiques, notamment en 1946 avec Lana Turner, puis, en 1981, avec Jack Nicholson et Jessica Lange.

Critique :
Ne cherchez pas une signification au titre, ni de facteur dans l’histoire…  L’auteur, James M. Cain lui-même, ayant indiqué avoir choisi ce titre à la dernière minute, étonné qu’un éditeur lui octroie enfin un contrat. Donc, pas de véritable sens à donner à ce titre pour le moins étrange.

Si ce roman ne raconte pas la vie dure d’un postier, il nous raconte un morceau de la vie de Frank Chambers, jeune « chômeur vagabond » de 24 ans, qui fait une halte dans une station-service-restaurant pour un repas.

Le patron, un grec du nom de Nick Papadakis, l’engage. Il tient son restaurant avec l’aide de sa belle jeune femme, Cora…

Là, je parie que vous voyez venir l’affaire qui est aussi grosse que le train postal Glasgow-Londres.

Et notre fringant ex-chômeur nous raconte, sans surtaxe, comment il est tombé amoureux de la femme du patron, rêvant qu’elle lui vérifie la colle de son timbre-poste.

J’avais tant envie de cette femme que je ne pouvais rien garder dans l’estomac.

Attirance qui se trouve être réciproque. Elle aussi veut se faire cacheter la lettre.

Sans tarder, il lui glisse son colis postal dans la boîte aux lettres (celle munie d’une fente), il lui cachette le timbre poste, le lèche, le retamponne, vérifie le colis sous tous les angles, fait des dépôts en liquide et tous deux nous rejouent la mythique scène de « L’arrière-train sifflera trois fois » (-18 ans)…

Non, les images et les détails ne sont pas compris dans le livre. J’extrapole un peu sur les scènes, mais ils s’envoient bien en l’air.

Liaison passionnée, sadomasochiste, même, puisque lors de leur premier baiser fougueux, Cora demandera à Frank de lui mordre les lèvres, ce qu’il fera, jusqu’au sang… Dracula en aurait défailli de jouissance. Entre eux, ce ne sera que morsures durant leurs étreintes brutales et rapides.

Elle semblait être l’ancêtre de toutes les putains du monde. Le diable en eut pour son argent, cette nuit-là.

Petit soucis dans leur romance timbrée et hautement sexuelle : le mari !

C’est là que nous remarquons que nous sommes en plein roman noir parce que, dans la collection Harlequin, le mari, voyant sa femme éprise d’un autre, aurait soit cédé sa place en pleurant de bonheur pour les deux tourtereaux, ou, au pire, demandé le divorce…

Avec un peu de chance, il aurait même eu un accident mortel, tout seul comme un grand, laissant par derrière lui une lettre dans laquelle il leur souhaiterait ♫ tout le bonheur du monde ♪… Oui, mais… On n’est pas chez Harlequin le champion de l’Amûûr, ici.

« Alors, on en fait quoi de mon graisseux de mari ? »
« Ben c’est tout simple, on le tue… »

Mais on entube pas… heu, on ne tue pas un grec aussi facilement que ça et notre ami survit au coup de la baignoire (Clo-Clo aurait apprécié que survienne la panne de courant, lui aussi).

Puisqu’il est gentil et un peu con, le mari ne remarque rien… La seconde tentative sera-t-elle la bonne ?? Nos expéditeurs veulent l’envoyer de nouveau ad patres, par recommandé cette fois-ci, avec accusé de réception de la part de Saint-Pierre.

Un mot, un geste, la Poste fait le reste… Signez ici pour l’âme du pauvre grec qui s’est quand même fait entuber.

On ne peut pas dire que ce livre pêche par un style littéraire utilisant les mots de plus de dix lettres du dictionnaire, ni que les dialogues soient d’Audiard, ils manquent même de descriptions de ce que font les protagonistes durant leur parlottes.

Malgré tout, la lecture se déroule sans accro, plus rapide que Chrono Post (pas difficile non plus d’être plus rapide que la Poste !).

Je pense que le style littéraire « un peu plat » est voulu, puisque c’est Franck Chambers qui nous raconte son récit juste avant de passer… Je ne vous dirai pas où !

On nagera dans le Noir, avec les tentatives de meurtres, le sexe bestial, l’envie,…

Avec un avocat retors et plus roublard que Perry Mason himself ! Un truc de fou où les agences d’assurances jouent leur grand rôle de faux-cul (elles sont faites pour ça).

Noir, parce que Franck Chambers est un gars qui a la bougeotte et que, une fois conquise la femme du grec, ben il n’aspire qu’à une chose : reprendre la route. Ils manquent même de séparer, la rancoeur ayant cédé la place l’amûûr.  Un comble alors qu’ils ont tué pour être ensemble.

Le noir, on s’y enfoncera jusqu’au genoux puisque deux coupables s’en sortiront… Et là où le Noir nous prendra à la gorge, c’est quand un innocent sera condamné à la potence. Ironie, quand tu nous tiens…

Qui avait dit « Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin ? ».

Décidément, dans les polars noirs, les hommes tombent à cause du fait qu’ils ont été tremper leurs biscuits dans des tasses de café dans lesquelles ils n’avaient pas à aller touiller.

Livre participant aux challenges « Thrillers et polars (2013-2014)«  de Liliba, à celui de « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel et au  « Challenge US » chez Noctembule.