La promesse de l’Ouest : Robert Lautner

Titre : La promesse de l’Ouest

Auteur : Robert Lautner
Édition : Presses De La Cité (19/03/2015)

Résumé :
Avril 1837. Le jeune Tom Walker quitte New York avec son père, commis voyageur.

Tous deux se dirigent vers l’Ouest, au-delà des montagnes et des plaines arides, pour vendre, de petite ville en petite ville, le célèbre revolver Colt.

La joie d’être sur la route, de partager un repas autour d’un feu et de dormir l’un près de l’autre, est cependant de courte durée.

Tandis que la nature se fait de plus en plus sauvage, une rencontre dévastatrice laisse Tom seul et démuni.

Déterminé à regagner l’Est et la civilisation, le jeune garçon place alors tous ses espoirs en Henry Stands, un cowboy taciturne croisé en chemin.

Ensemble, cet étonnant duo se lance dans un périlleux périple…

Voyage des ténèbres vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de la confusion de l’enfance vers la lucidité de l’âge adulte, La Promesse de l’Ouest est un magnifique roman.

« C’est une histoire palpitante, violente, inquiétante, profondément humaine et émouvante. » The Times

Critique :
Tom Walker est un jeune garçon de 12 ans qui vit seul à New-York avec son père et sa tante, sa mère étant décédée.

Son père, commis voyageur en lunette a décidé de changer de crémerie et sera le représentant exclusif d’un jeune entrepreneur dont beaucoup se demandent si son invention aura du succès : Colt…

« Le seigneur a fait les hommes. Et Sam Colt les a faits égaux . »

L’Ouest, le vrai ! Celui de 1837… Celui qui ne fait pas de cadeau, celui des révolvers à un coup et où le révolver de monsieur Colt pourrait changer la donne pour le meilleur et surtout le pire.

Dans un univers où la loi du plus fort ou de celui qui dégaine le premier, comment un homme aussi gentil que monsieur Walker pourrait-il survivre face à des crétins bas de plafond qui pense que la loi du plus fort est toujours la meilleure ?

« Bienvenue en terre hostile » aurait pu être le titre de ce roman car notre jeune Thomas va se retrouver seul, livré à lui-même et devoir négocier son rapatriement vers New-York… Et croyez-moi, on est loin d’Europe Assistance ou de Touring Secours !

Son seul salut réside dans un grand type bougon, taciturne, ancien ranger, Henry Stands, qui n’a absolument pas envie de trimbaler un gamin volubile mais timide dans ses basques.

Les personnages sont attachants, surtout Thomas et au fur et à mesure, je suis sûre que vous apprécierez aussi le ronchon Henry, car si pour Thomas ce voyage a tout d’un voyage de l’ombre vers la lumière qui le fera grandir, il en sera de même pour Henry.

Utilisant une écriture agréable à suivre, plantant ses décors plus vrais que nature, nous distillant de-ci de-là des réflexions sur le progrès, la religion, la culture, les armes à feu, la mentalité, l’auteur nous emmène dans un voyage des plus palpitants, sans pour autant avoir de l’action ou du suspense à tout les coins de page.

Quand les colons sont victorieux on parle d’une bataille, mais quand les indiens triomphent on appelle ça un massacre.

L’arme à feu à répétition a abrégé les guerres, sans aucun doute, mais uniquement parce qu’elle a accru la capacité des hommes à réduire le nombre de leurs ennemis, et non pas parce qu’elle a fait cesser l’horreur de leurs œuvres.

Jamais moralisateur, jamais ennuyant, l’auteur dénonce l’utilisation des armes à feu et les dégâts qu’elle peuvent faire mises dans de mauvaises mains.

Un roman qui raconte une aventure formidable, réaliste, un grand voyage qui se déroulera d’Est en Ouest et repartira dans l’autre sens avant d’avoir pu explorer toutes ces terres sauvages qu’étaient celles au delà de la Frontière.

Un roman qui trainait depuis un peu trop longtemps sur mon étagère et qui, sans la LC avec Bianca, aurait encore pris la poussière longtemps vu mon HAL (Himalaya À Lire). Sa chance fut qu’il était placé à côté du roman que je venais de terminer en LC…

Mais pourquoi l’aie-je laissé prendre les poussières aussi longtemps, moi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule,  Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Des clairons dans l’après-midi : Ernest Haycox

Clairons dans l'après-midi, des - Haycox

Titre : Des clairons dans l’après-midi

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud (2013) – Collection « L’Ouest, le vrai » dirigée par Bertrand Tavernier

Résumé :
Dans un coin perdu du Dakota, la jeune Josephine Russel fait la connaissance de l’énigmatique Kern Shafter, aux allures de gentleman, que ronge un lourd secret et un désir de vengeance. Shafter rejoint comme simple soldat le Septième de cavalerie que commande le général Custer.

Histoire d’amour et de vengeance sur fond de la plus célèbre bataille des guerres Indiennes, Little Big Horn, que Haycox retrace avec une extraordinaire lucidité. Un magnifique roman épique et intime, lyrique et précis.

la-bataille-de-little-big-hornCritique :
— Holà, Tavernier, à boire ! Servez-moi quelque chose de bon, de fort, de puissant, de goûtu. Pas une infâme piquette !

— Alors, madame, je vous conseille de boire à cette bouteille, de poser vos lèvres sur ces clairons de l’après-midi, vous m’en direz des nouvelles. Et puis, je suis Bertrand Tavernier, le directeur de la collection, pas le serveur.

— Excellent ce breuvage, Tavernier… On sent qu’il a pris son temps de murir en fût de chêne et que l’auteur a bien fait son travail, qu’il a su faire décanter son récit et lui additionner tout ce qui fait un grand cru.

— Vous m’avez demandé de vous servir de la qualité, madame, ce que j’ai fait en vous proposant ce grand-cru Western de chez Ernest Haycox, un maître en la matière. Ceci n’est pas un Western de gare. Vous sentez sa longueur en bouche ? Un roman que vous n’oublierez pas de sitôt, croyez-moi !

— En effet ! Il a une odeur de grandes plaines sauvages, un soupçon de Black Hills, de la Frontière, si proche, une odeur de poudre à fusil, de cheval, de sueur, de cuir des selles, de poker, des bagarres dans le saloon, du sang, de la trahison… Oh, des indiens qui galopent dans la bouteille !

— Bien sûr qu’il y a des indiens, sinon, ça manquerait de corps et vous avez sans doute souffert avec tout les corps, sur la fin… Vous remarquerez que les personnages principaux, qui composent de divin nectar, ont été travaillés, taillés avec amour, blessés, aussi, mais cela forge le caractère.

— Oh, j’ai ressenti un gros faible pour le mystérieux Ken Shafter : ses fêlures, ses zones d’ombre, la violence intérieure qu’il trimballe, son passé dont qu’on ne nous dévoilera qu’à petites doses, ses allures de gentleman, ses envies de vengeance.

J’ajouterai aussi que la jeune Josephine Russell est réussie, elle aussi, et à l’opposée des femmes que l’on a tendance à croiser dans des Westerns de mauvaises factures. Joséphine, c’est une jeune femme complexe,  libre et elle n’a rien d’une femme soumise. De plus, ses jugements sur Shafter sont pertinents.

“Vous avez été blessé une fois et vous avez cessé de grandir. Vous avez passé les dernières années de votre vie à rapetisser […]. Vous avez brillamment réussi à vous transformer en homme insignifiant”

— Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus !

— Que nenni, monsieur Tavernier ! Même les personnages les plus secondaires, que nous ne croiserons qu’une seule fois, sont brillamment mis en place et ils nous dévoilent un véritable pan de la vie à cette époque (les deux tenancières des hôtels en sont des exemples vivants), non loin de cette fameuse Frontière qui recule pendant que les autres avancent.

— Les habitants de la frontière veulent aller vers l’ouest. Ils voient que les Indiens leur barrent le chemin. Alors, ils vont tuer quelques Indiens et les Indiens vont les tuer. Cela provoquera un incident. Les gens d’ici se plaindront au Congrès et le Congrès fera pression sur le ministère de la Guerre. Et c’est nous que l’on enverra.

Même son Méchant de l’histoire est soigné et l’auteur nous brossera un portrait qui n’est ni tout blanc, ni tout noir, mais tout en nuance de gris, comme il le fait pour le général Custer, dont les différents protagonistes nous dresserons un portrait à charge ou à décharge, sans lui trouver des excuses ou tout mettre sur son dos.

Tour à tour indulgent et débordant d’intolérance furieuse, il [Custer] n’avait aucun semblant d’équilibre, et il était tellement aveugle face à son propre caractère qu’il enfreignait inutilement le règlement de l’armée au nom de la vertu absolue, alors qu’il condamnait et punissait instantanément un subordonné à la moindre infraction. Il était toutes ces choses : un ensemble primitif d’émotions, de désirs et de rêves jamais apaisés, jamais maîtrisés, ni raffinés par la maturité, car il n’avait jamais grandi.

Mon dieu, Tavernier, et cette plume ! Elle m’a emportée dans la vie courante de la garnison d’un fort, j’ai vécu avec ses soldats, suivi leurs rituels, eu faim et froid avec eux, ressenti l’épuisement des longues chevauchées et puis, ce climat du Dakota, qu’elle merveilleuse manière qu’a Haycox de le présenter.

[la tempête] brisa les lignes télégraphiques qui partaient vers l’est et arrêta les trains en provenance de Saint Paul. Elle surgit des grands espaces vides au nord, semblable à de grandes vagues indomptables, de plus en plus hautes, de plus en plus violentes, et cette fureur qui tonnait contre les murs de Fargo finit par emporter toutes les choses fragiles, en secouant chaque construction jusque dans ses fondations. Les habitants de la ville se comptaient et dressaient la liste de ceux qui s’étaient laissé surprendre, loin de chez eux, en sachant que la mort rôdait au-dehors.Une corde avait été tendue de l’hôtel au restaurant et du restaurant au saloon, et les gens se déplaçaient en suivant ce chemin borné, à l’aveuglette.

Ce temps qui change constamment, qui passe de la chaleur la plus accablante au vent le plus glacial, sans prévenir. La plume de Haycox nous le démontre bien par des petits épisodes de la vie quotidienne. Niveau décors, il n’est pas en reste non plus. On les voit, on les vit.

En fait, dans ce Western haut de gamme, on peut dire que toute l’action est sur la fin du récit, mais le talent de l’auteur fait que, ce qu’un cinéaste considérerait comme des moments “inutiles” sont absolument essentiels dans le récit et l’auteur ne s’en prive pas, pour notre plus grand plaisir.

Un roman Western fort, bien construit, bien raconté, des personnages travaillés, réalistes, ou le plus insignifiant a son rôle, où aucun n’obéit aux règles immuables du genre et qui nous conte une bataille dont on a entendu beaucoup parler mais dont on ne sait pas grand-chose, au final, et dont il est facile, avec le recul, de juger.

Le régiment avait affronté les Sioux au summum de leur puissance, la plus grande concentration de forces jamais vue dans les plaines. Invaincu et libre, ce pouvoir sioux repartait sans se presser maintenant, tandis que Terry et ses troupes dévastées étaient incapables de le suivre.

Sa description de la bataille de Little Big Horn est des plus réaliste, on s’y croirait, même si nous n’aurons qu’un seul point de vue, celui du groupe de Shafter et pas celui de Custer ou des Sioux.

De plus, si quelqu’un a un jour pensé – ou lu – que la bataille de Little Big Horn avait été un combat rapide, engagé et perdu en fort peu de temps, et bien, il avait tout faux : la bataille a au moins duré un jour et demi (et c’est long quand tu crèves de soif ou de douleur !!).

L’auteur nous décrit aussi, au plus juste, la panique des soldats, dont certains n’avaient jamais été au feu, ainsi que l’indécision dont font preuve certains officiers ou soldats, mais aussi le courage dont certains firent preuve !

— Et bien, si quelqu’un avait encore un doute sur le fait que la Belette a aimé ce western, ses personnages, son histoire, ses combats violents à la fin…
— Hé, au fait, M’sieur Tavernier, tu aurais pu appeler ce roman « Kern le survivant » !
— Tu as regardé trop le Club Dorothée, toi.
— Oui, sans doute…
— Je te ressers un verre de la cuvée « L’Ouest, le Vrai » ?
— Sans hésiter, Bertrand, mais pas tout de suite si tu le permets, laisse un peu celui-ci reposer, c’était du costaud, on n’en boit pas tous les jours au petit déjeuner !
— En effet… Bien que j’ai connu une polonaise qui en buvait au petit-déjeuner !
— Toi, tu as trop regardé les Tontons, toi !

Pour citer une conclusion de Bertrand Tavernier qui résume ce que je voudrais vous dire mais que je n’y arrive pas tant les mots se bousculent dans ma tête : « Portrait magnifique, à la fois mesuré et impitoyable, généreux et lucide. […] Haycox nous restitue une réalité complexe, âpre, déroutante, avec une vérité plus grande que certains historiens qui reconstruisent la réalité de manière abstraite. »

Je dirai plus sobrement « Putain, quel grand roman western qui rend ses lettres de noblesse au genre trop souvent décrié et méprisé ! ».

PS : Mes excuses les plus plates à monsieur Bertrand Tavernier, directeur de cette belle collection « L’Ouest, le vrai » auquel je prête des dialogues imaginaires avec moi pour cette chronique.

— J’y ai réfléchi, murmura Shafter. Le général Terry a divisé ses forces en deux sections, afin d’approcher les Sioux en tenailles. C’était une erreur. Puis Custer a séparé son régiment en trois. Autre erreur. Il devait attendre l’arrivée de Gibbon. Il devait envoyer un éclaireur pour savoir où était Gibbon. Mais il n’a pas envoyé d’éclaireur. Et il n’a pas attendu. Deux autres erreurs. Nous comptions sur Crook, mais Crook n’est jamais venu. Additionnez tous ces éléments.
— Si Terry n’avait pas divisé ses troupes, si Custer avait attendu…

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

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Contrée indienne : Dorothy Marie Johnson

Titre : Contrée indienne                                                                 big_4

Auteur : Dorothy Marie Johnson
Édition : Gallmeister (2013)

Résumé :
Dans l’intimité de loges indiennes ou celle de ranches à peine construits, à travers les plaines, derrière les murs des forts militaires ou dans les rues de villes nouvelles, pionniers, Indiens et cow-boys sont confrontés à la dure loi de l’Ouest.

Dotés d’un formidable instinct de survie, ces hommes et ces femmes résistent à la destruction de leurs foyers, de leurs croyances et de leurs rêves.

Ces onze nouvelles – dont deux restaient inédites en français – racontent les incidents devenus légendaires et les paysages encore sauvages de cette terre de frontières.

On retrouve parmi elles « L’Homme qui tua Liberty Valance » et « Un homme nommé Cheval » qui inspirèrent deux grands westerns de John Ford et Elliot Silverstein.

Avec Contrée indienne, Dorothy Johnson, grande dame de la littérature américaine, ressuscite le mythe de l’Ouest américain.

Critique : 
Puisque j’étais dans l’Ouest Américain, autant y rester et faire un petit voyage dans le temps vers les années 1860, celles où les indiens avaient encore quelques territoires, quand le Visage-Pâle n’avait pas encore conquis tout l’Ouest.

Ces petites nouvelles m’ont toutes enchantés et mon seul regret sera qu’elles n’aient pas été plus longues car en peu de pages, je m’attachais aux personnages, à leur récit.

De plus, ces récits font la part belle aux Indiens et j’ai aimé me plonger dans leur vie, leur culture, avant d’en être brutalement arrachée au mot « fin ».

Les pages défilent toutes seules, on tremble, on serre les dents, les fesses, on a peur, on sue, on espère, on soupire de soulagement ou on se crispe quand une balle fauche un personnage.

Pas de chichis dans l’écriture, elle est simple mais belle comme une selle western, piquante comme la poudre à canon, âpre et dure comme la vie dans l’Ouest, sèche comme ta gorge après une traversée du désert sans eau (ou sans bière).

Lorsque tu arrives à la dernière page, tu te surprends à secouer le roman, comme tu le ferais avec une gourde, dans le but de récupérer la dernière goutte, celle qui n’est pas pour le slip.

Ma préférée ? Impossible à dire tant à chaque fois je m’émerveillais d’une nouvelle avant de recommencer à la suivante.

Des nouvelles d’une vingtaine de pages, exemptes de gras, elles aussi, l’auteure arrivant à dire tout ce qu’elle a à dire en si peu de page. Exercice périlleux que celui de la nouvelle, mais ici, c’est fait avec brio (avec qui ?).

Bon sang, moi qui voulait le grand air, j’ai été servie, moi qui voulait du calme, j’ai eu mon lot de bousculades, de cris, d’attaques, de larmiches et je pense que là, pour me reposer, je vais tâcher de trouver « Pingui chez les cow-boy ».

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 2014 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Le Fils : Philipp Meyer

Titre : Le Fils                                                                                  big_3-5

Auteur : Philipp Meyer
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Roman familial, vaste fresque de l’Amérique des années 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux Prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages – trois générations d’une famille texane, les McCullough – dont les voix successives tissent et explorent avec brio la part d’ombre du rêve américain.

Eli, le patriarche que l’on appelle  » le Colonel  » est enlevé à l’âge de onze ans par les Comanches et passera avec eux trois années qui marqueront sa vie.

Revenu à la civilisation, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien et un entrepreneur avisé.

À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.

Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouve à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre du « Colonel ».

Mais comme ceux qui l’ont précédée, elle a dû sacrifier beaucoup de choses sur l’autel de la fortune. Et comme tous les empires, celui de la famille McCullough est plus fragile qu’on ne pourrait le penser.

Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire.

Critique : 
Roman à trois voix, trois générations aussi distincte l’une de l’autre malgré leur lien de parenté…

On pourrait résumer cela avec « Le fort, le veule et l’ambitieuse ».

Autant le récit d’Eli McCullough est passionnant, autant celui de Jeanne-Anne, son arrière-petite fille, est endormant. Des trois récit, c’est celui que j’ai le moins aimé, du moins, au début, vers les trois-quart, ça allait mieux.

Une fois devenue adulte, son ambition donnera du piment à son récit.

Quant à Peter, le fils d’Eli et grand-père de Jeanne-Anne, j’ai aimé son personnage de fils écrasé par l’ombre du père. Ce fils qui voudrait s’affirmer mais qui n’ose point. Cet homme empreint d’une grande humanité mais qui n’a pas su crier et s’imposer pour arrêter les autres lors d’un jour funeste.

On ressent bien la souffrance de Peter dans son récit qui, contrairement aux autres, semble tout droit sorti d’un agenda à cause de ses phrases parfois succincte genre « Ait sellé mon cheval ».

Si le récit du patriarche, le fondateur de la dynastie McCullough, est aussi prenant, c’est dû au fait qu’il s’est fait enlever à l’âge de 11 ans par les Comanches, juste après avoir assisté aux viols de sa mère et de sa sœur, avant leur mise à mort.

S’ensuivront 3 années de captivité où le petit Eli, à force de courage et de force, va se hisser petit à petit dans la tribu, devenant un indien à part entière.

Ce récit est une véritable fresque américaine qui va de 1850 à nos jours, retraçant en quelques 700 pages une partie de la colonisation des terres indiennes par les Blancs, la guerre de Sécession, la fin des guerres indiennes et des indiens, la Grande Guerre, la Seconde, sans oublier la fièvre de l’Or Noir.

La manière d’écrire les trois récits (avec une quatrième voix à la fin) est différente, donnant l’impression qu’il y a bien trois auteurs.

Les chapitres se terminent souvent en cliffhanger, frustrant le lecteur et lui donnant un suspense qui fera tourner les pages plus vite.

Hélas, comme je le disait, le récit de Jeanne-Anne m’a gâché une partie du roman car je n’ai pas su accrocher avec elle, prenant plus de plaisir avec les histoires d’Eli au siècle passé et avec celles de Peter, face à la Grande Guerre en Europe.

Malgré ce petit bémol, je ne regrette pas ma lecture, tant j’ai voyagé dans le temps et dans l’espace, découvrant les blessures secrètes des uns, la force de caractère des autres, serrant les dents devant certains passages et souffrant avec les personnages, que ce soit dû à une douleur physique ou morale.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Polar Historique » de Sharon, « XIXème siècle » chez Netherfield Park.