Green Blood : Masasumi Kakizaki

Titre : Green Blood – Tomes 1 à 5

Scénariste : Masasumi Kakizaki
Dessinateur : Masasumi Kakizaki

Édition : Ki-oon (2013) – Série terminée

Résumé :
À Manhattan à la fin du XIXe siècle, misère, criminalité et prostitution ravagent le quartier de Five Points, immense ghetto où échouent tous les laissés-pour-compte du rêve américain.

La pègre, qui a corrompu les autorités, y fait régner sa loi. Au sein de la marée d’immigrants qui transitent par New York jour après jour, le jeune Luke Burns s’efforce de rester honnête et joue les dockers pour survivre.

Il sait, comme tout le monde, que le clan mafieux le plus dangereux de la ville, les Grave Diggers, s’appuie sur des assassins impitoyables pour asseoir son autorité.

Mais ce qu’il ignore, c’est que le plus célèbre et le plus redoutable d’entre eux, le Grim Reaper, n’est autre que son frère aîné, Brad…

Critique :
Un manga aux airs de western… Des grands manteaux, des chapeaux, des flingues… Ça ne peut pas être mauvais, tout ça !

Et en effet, c’était bon, même si, dans ce manga western, on est dans du violent et du parfois « un tantinet exagéré », mais l’ensemble tient la route.

On commence dans un quartier de New-York, il y a fort, fort longtemps, dans les années 1880… La pègre règne sur tout le quartier de Five Points, ghetto habité par des pauvres gens qui crèvent de misère et qui trime du matin au soir. Bref, l’Amérique d’en bas !

Luc Burns est une jeune garçon qui s’en va suer au boulot avec le sourire, il entretient son grand frère, Brad, qui a l’air de pas en foutre une dans la journée, mais ce que Luc ne sait pas, c’est que Brad est le tueur à gage des Grave Diggers. Le fameux Grim Reaper dont tout le monde parle et craint, c’est lui.

Brad Burns est un tueur implacable et sévèrement burné… Ok, jeu de mot foireux, je sais.

Des tons sombres, des visages fermés, des yeux bizarres, parfois, limite globuleux, des morts, du sang, deux clans qui s’affrontent pour être le seul calife à Five Points, bref, que des salopards de chez salopards.

Sauf notre Luc qui reste toujours un optimiste convaincu, un non-violent… Le véritable gentil qui fait preuve d’altruisme, d’empathie, de générosité alors que son frère aîné ne rêve que de vengeance : tuer leur père, Edward King, qui tua lui-même leur mère.

Oui, c’est pas gai, je sais ! Mais c’était pas le monde des Bisounours non plus, en ce temps-là !

Ici, Police, Pègre et Politique sont dans le même bain, ils commencent tous par la même lettre, ce ne doit pas être un hasard… Les flics sont corrompus, arrosés par la pègre pour fermer les yeux et les politiciens ne sont pas des enfants de coeur non plus.

Si les deux premiers tomes se déroulent dans le quartier de Five Points, le reste se passe dans les immenses plaines de l’Amérique, les deux frères étant à la poursuite de leur père, chef de gang lui aussi, dans le but de lui trouer la peau et, chose étonnante, Luc a pris les armes, même si tuer n’est pas toujours facile pour lui.

Pas le temps de s’ennuyer, ça bastonne, ça cartonne, ça complote en coulisses et le Méchant (Kip McDowell) est assez réussi dans le genre psychopathe qui veut devenir calife à la place du calife (Gene McDowell, son père et le chef des Grave Diggers) et qui pense qu’il en a les couilles, qui a déjà tué (des clodos sans défense), et qui, à force de vouloir dégager Grim Reaper, risque de s’en prendre sur la gueule.

De plus, des flash-back émaillent le récit afin de nous faire revivre certaines scènes importantes de la vie de Luke et Brad, ou de l’arrivée sur le continent américain de leur père, Edward King, avec d’autres migrants.

Les dessins sont superbes, nerveux, sombres, rendant bien la sauvagerie de certaines scènes (ou la douceur des autres), ainsi que les décors miséreux des taudis ou des grandes plaines de l’Ouest.

Par moments, je l’ai trouvé un peu trop stéréotypés, avec le Méchant Kip aux yeux qui lui sortent des orbites, ou Edward King, qui est une montagne de muscles un peu trop exagérée. Ceci est un détail…

C’est sombre, sanglant, violent, sans concession, les personnages principaux que sont Brad et Luke vont devoir prendre sur eux, changer, évoluer, se battre, afin de rester en vie et de venger l’assassinat de leur mère.

Si Luke est touchant à être aussi gentil et prompt à aider les autres, Brad a aussi un coeur qui bat sous la cape noire du tueur car il est prêt à tout pour protéger son petit frère. Au final, aucun des deux n’est ni tout blanc, ni tout noir, car chacun pourra passer du côté obscur ou lumineux de la Force.

Bref, une fois que j’eu commencé le premier tome, je n’ai eu qu’une seule envie, me faire les autres et ça tombait bien parce que les 5 tomes qui composent cette série étaient tous disponibles et j’ai pu les avaler l’un à la suite de l’autre.

Un manga western qui se joue dans la fureur et qui a à vous offrir du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Une belle histoire de fraternité entre deux frères que tout oppose dans le caractère et la manière de vivre, ainsi qu’avec leur père, bête assoiffée de sang, prêt à tout pour remplir ses poches.

Une chouette découverte pour moi que ce manga seinen western et roman social !

PS : J’aurais bien mis 4 Sherlock, mais bon, nous sommes dans un manga, malgré tout, mon 3,5 est une excellente cote pour celui ou celle qui voudrait découvrir un manga nerveux, sombre et sanglant (Yvan, tu peux balancer sur le système de cotation…).

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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Pssica : Edyr Augusto

Titre : Pssica

Auteur : Edyr Augusto
Édition :

Résumé :
Rejetée par ses parents après la diffusion d’une vidéo intime, Janalice, quatorze ans, est envoyée chez sa tante, dans le centre-ville de Belém.

L’adolescente va se familiariser avec la faune interlope de ses rues : vendeurs à la sauvette, toxicomanes et maquereaux.

Mais sa beauté attire rapidement la convoitise et Janalice finit par se faire kidnapper en pleine rue.

Amadeu, un flic à la retraite, s’empare de l’affaire par amitié pour le père de la jeune fille. Sur les traces de Janalice, il entame un périple halluciné en Amazonie, à la frontière du Brésil et de la Guyane française.

C’est là que s’entrecroisent toutes sortes de trafics – orpaillage, piraterie fluviale, prostitution infantile et traite des blanches –, le tout avec la complicité de l’administration locale. Mais arrivera-t-il à temps pour sauver Janalice de l’horreur ?

Critique :
Pssica, qui veut dire « Malédiction » est un roman noir âpre, violent, trash, dérangeant, sans édulcorants, sans une once d’espoir, vu  la société dépeinte dans ces lignes.

Une société miséreuse, en déshérence, laissée pour compte, livrée à elle-même et aux mains des bandits en tout genre qui gangrènent toute la région, tout le pays (Brésil).

Corruption, racket, enlèvements, prostitutions de mineures, drogues, viols, vols avec violences extrêmes, actes de barbarie gratuite… Tel est le quotidien vécu par certains ou le job des autres.

Je vous avoue que face à la violence de certaines scènes, j’ai été dérangée, mal à l’aise… Le genre de roman totalement déconseillé aux personnes sensibles puisque même moi j’ai eu la sensation d’étouffement durant certaines passages assez trash.

C’est abject, à la limite de l’insoutenable. Deux récits horribles sur la noirceur humaine comme on aimerait qu’il n’es existe pas.

Un récit concerne la pédophilie couplé à la traite des femmes (oui, il y en a qui trinquent sévère, dans ces pages) et un autre sur une histoire de vengeance et de grande piraterie (et pas de ceux qui Tipiak des films !).

Manoel Tourinhos ne vit que pour se venger de l’homme qui a mutilé le corps d’Ana Maura.

Le style de l’auteur est résolument sans fioritures puisqu’il ne s’embarrasse pas de nous ajouter des tirets cadratins devant les dialogues, ni de guillemets. Rien ! Que dalle ! Tout s’enchaîne à la volée, dialogues, actions, narration… Ce qui donne une impression de joyeux bordel et le tout m’a fait perdre le fil plusieurs fois.

Il appelle le serveur. Une autre, s’il te plaît. Dis, il n’y a que des gamines, ici ? Elles sont vraiment trop jeunes, putain. Y’a pas des vraies femmes, dans le coin ? Des femmes de Belém, par exemple ? Celles-ci valent rien. Mortes de faim. Elles baiseraient pour une glace à l’eau. T’as de quoi payer ?

Allez, faut y aller. Déjà ? Faut pas traîner, je dois cravacher. J’ai une dette à éponger. Me dis pas que vous devez tout rembourser, ici ? C’est ce sale pédé qui nous taxe pour un oui pour un non. T’as vu le cadenas sur la porte ? Quand c’est fini, il nous enferme dans nos chambres.

Récit brut de décoffrage, la narration aussi, le tout balancé dans ta gueule avec la délicatesse d’une truelle qu’on te balancerait sur la tronche.

Les personnages sont eux aussi sculptés au couteau, à la serpe, sans trop de détails, brut de décoffrage eux aussi, comme tout le reste, avec des salopards de fils de pute dont on aimerait planter une balle dans la nuque.

Le genre de mec mauvais comme une teigne, qui tue, qui vole, qui viole, qui pirate son concurrent, mais qui pique sa crise quand ce dernier lui rend la monnaie de sa pièce. Et puis qui tombe amoureux tel un gamin.

Sapo abandonne la traque. Fait demi-tour pour faire main basse sur la cargaison. Le fils de pute. On s’est fait balancer, c’est sûr !

Un roman noir que l’on lit sans respirer, avec la nausée au bord des lèvres. Un roman que je ne coterai pas car si l’atmosphère plombée était réussie, le style foutraque m’a plus que déstabilisé et à fortement entravé ma lecture.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

Une poire pour la soif : James Ross

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Titre : Une poire pour la soif

Auteur : James Ross
Édition : Gallimard – Folio (1999)
Édition originale : They don’t dance much (1940)

Résumé :
En 1940, à la parution de ce chef-d’œuvre maudit, Raymond Chandler fut le seul à reconnaître une pépite dans « ce récit sordide et complètement corrompu », mais parfaitement crédible, « d’une petite ville de Caroline du Nord ».

Unique à plus d’un titre – il sera le seul jamais écrit par son auteur – ce roman de la Dépression est peut-être le plus brutal et le plus cynique jamais écrit à cette époque; un univers de violence, de luxure et de cupidité où tout le monde triche, en croque, en veut.

James Ross, né en 1911 en Caroline du Nord aux Etats-Unis et mort en 1990, est l’homme d’un seul livre. Une poire pour la soif, paru en 1940, se trouve à mi-chemin, entre Jim Thompson et Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. Un grand classique.

they-dont-dance-much-james-rossCritique :
C’est ce qui s’appelle regarder l’Amérique profonde par le petit bout de la lorgnette. tel un témoin privilégié qui pourrait assister à la corruption qui gangrène et ronge Corinth, une petite ville de la Caroline du Nord, peu après la Grande Dépression.

Ici, les gens bien vont à la messe le dimanche et s’ils veulent s’encanailler avec de la « gniole » ou de la fesse, ils sont priés de le faire avec discrétion.

Jack McDonald est un paumé de chez paumé ! Son coton ne donnera rien cette année non plus, faut payer les impôts, l’enterrement de sa mère qui a eu lieu il y a au moins 6 mois.

Cerné par les dettes, avec juste pour horizon la boisson qu’il écluse à la verticale, notre Jack ne voit pas ce qu’il l’empêcherait de bosser dans le futur roadhouse que Smut Milligan veut ouvrir pour tenter lui aussi de s’en sortir.

Depuis, quand je raconte aux gens qu’un soir j’ai fait tout Corinth avec un dollar en poche et que j’ai pas été foutu de trouver une goutte de gniole, ils disent tous que c’est des menteries ; que ça pourrait jamais se produire à Corinth, une chose pareille.

Quésako un roadhouse ? C’est un truc qui n’existe qu’en Amérique… Une sorte de bar-restaurant, station-service, hôtel (de passe), dancing, tripot clandestin où l’on joue et où l’on boit de l’alcool du gouvernement (on a payé les taxes dessus) ou distillé par Catfish, un homme de main de Smut Milligan.

Attention, pas de putes dans les cabanons loués par Smut aux gens qui voudraient faire la chose sans que cela se sache et ailleurs que sur les sièges arrières d’une bagnole. Smut, il a une conscience – ceux qui ont lu le roman doivent rigoler – et donc, pas de putes ou de maquereaux.

— Mais les gens d’ici louent bien une cabine pour deux heures, des fois.
— C’est différent.
— Ah bon ?
— Ouais. Les gens d’ici qui font ça c’est des gens comme il faut. Les filles, pour la plupart c’est des filles qui font partie de la chorale de l’église, et qui font ça aussi. Les gars viennent des meilleurs familles. Mais si je devais laisser des putes venir ici ce serait différent.

Il est bien dommage que James Ross n’ait réussi à faire publier que ce roman là car il y a dedans un potentiel énorme ! Raymond Chandler ne s’était pas trompé en parlant de pépite car c’en est une que j’ai tenu entre mes mains. Une pépite noire.

Dans un style bien à lui, James Ross nous décrit avec brio cette petite ville de Caroline du Nord, un peu beaucoup raciste, sexiste, cette société phallocrate dont les notables ou ceux qui ont une situation doivent sauver la face et se cacher pour boire de la gnôle ou fricoter avec des filles (ou se faire sauter par des mecs, si vous êtes une fille).

Jack est notre narrateur et il ne s’embarrasse de phrases pompeuses pour nous conter sa drôle de mésaventure, donc, pour ceux qui aiment le phrasé haut-de-gamme, ça risque de pas le faire. N’oubliez pas non plus que nous sommes dans les années 30 et qu’à cette époque là, la population afro-américaine se nommait elle même « négro »parce que tout le monde les nommait ainsi (je ne cautionne pas, je précise, c’est tout).

Entre nous, je ne sais pas s’il y a parmi toute cette galerie de personnage un à sauver, un qui vaudrait la peine que l’on se penche sur lui pour le sortir de cette vie de merde. Ici aussi la politique gangrène le tout et le politicien du coin est aussi pourri que tout les autres, même plus pourri puisqu’il se comporte comme un mafioso… mafiosi puisqu’il est seul.

Quand à notre Jack, il va se retrouver impliqué dans une affaire dont il ne se doutait pas une seule seconde qu’elle prendrait un tour aussi horrible, et restera en spectateur impuissant de la folie furieuse de Smut qui voudrait du fric et qui est jaloux de ceux qui en possèdent.

Un excellent roman noir de chez noir, sans une once de crème ou de sucre, même pas un grain de stévia pour adoucir l’affaire et un final d’un cynisme à aller se pendre au premier arbre qui passe.

Une réalité qui fait froid dans le dos, une description au cordeau d’une société de notables pour qui le qu’en-dira-t-on est plus important que tout, une plongée dans une société de minables (pour les autres) où boire est plus important que tout, où dépenser le peu de fric gagné à la sueur de son front est quasi une institution et où la cupidité des uns entrainera la chute de plusieurs.

Sûr que dans le roadhouse de Smut on ne dansait pas beaucoup (illusion au titre en V.O), qu’on buvait raide, qu’on jouait gros, qu’on crachait sa chique de tabac dans les crachoirs ou au sol et qu’il s’y est passé des vertes et des pas mûres, le tout sous le regard effaré du lecteur.

« Mais tout le monde dans la région savait ce qui se passait dans un roadhouse. Pratiquement tout ce que j’ai écrit comme fiction est basé sur des gens que j’ai connus. »

Ne rentrez pas dans ce roman noir pour y commander un café, mais demandez plutôt à Badeye, Sam ou Jack de vous servir une pinte de raide et méfiez-vous des dés truqués et des cartes biseautées de Smut qui, entre nous, est une véritable enflure de première.

Et surtout, surtout, montrez pas que vous êtes un paumé avec du flouze plein votre portefeuille !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (342 pages).

La mort nomade : Ian Manook [Yeruldelgger 3]

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Titre : La mort nomade

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
Yeruldelgger, commissaire de police à Oulan Bator, souhaitait prendre une retraite bien méritée mais ce sera pour plus tard : un enlèvement, un charnier, un géologue français assassiné et une empreinte de loup marquée au fer rouge sur les cadavres de quatre agents de sécurité requièrent ses services.

Une plongée dans les malversations des compagnies minières et les traditions ancestrales mongoles.

manook-la-mort-nomadeCritique :
♫ Elle préfère l’amour nomade, c’est juste une question de crédo ♪ Elle rêve d’un long voyage au 7ème ciel ♫ Elle préfère l’amour nomade ♪ Elle se laisse aller sur les hommes ♫ La steppe en est fière, c’est tradition ♪

Entre Yeruldelgger et moi, ce fut tout de suite le coup de foudre, dès les premières pages du premier tome, quand j’ai découvert ce policier mongol pas comme les autres et son équipe.

Les deux premiers tomes m’avaient emportés dans les steppes de Mongolie, dans la misère de la capitale, Oulan-Bator, en France et je  me demandais ce que le 3ème et dernier opus allait me réserver.

Un grand coup de pied au cul, c’est ce que j’ai reçu…

L’auteur nous offre un roman noir sur fond d’écologie qu’on viole dans tous les sens, sur un peuple qu’on spolie (pour rester polie et ne pas dire « qu’on baise en long et en large »), sur un peuple en butte avec ses traditions, avec ceux qui veulent les respecter et ceux qui trouvent ça d’un pathétique…

— Les traditions des uns sont toujours le carcan de l’oppression des autres, répliqua Tsetseg d’un ton qui coupa court à leur discussion.

Niveau traditions, on en apprend plus dans cette trilogie que dans un guide du routard et c’est plus digeste ici, bien que, en ce qui concerne la cuisine locale, je ne pense pas que je me laisserai tenter par du ragoût de queue de mouton ou de la tête de chèvre bouillie…

Rien à dire du côté du dépaysement car l’auteur nous immerge dans la culture mongole aussi bien que si nous étions sur place. Oserais-je dire « mieux » ?

Oui, j’ose le dire parce que ses personnages ne pratiquent pas la langue de bois, nous livrent le fond de leur pensée et les traditions mongoles qui nous semblaient « chouettes » le sont beaucoup moins une fois expliquées en profondeur.

Ce qui fait aussi la force de ce roman (comme pour les autres), ce sont les personnages qui sont typés, travaillés, qui évoluent, auxquels on s’attache et qu’on a du mal à voir partir ou à quitter.

Même les méchants et les salauds sont travaillés, on aime les détester, on aurait envie de les étriper nous-mêmes et c’est encore pire quand le méchant est en col blanc. Oui, ici, rien à voir avec de la kaillera, on fraie avec le beau monde des magouilles, qu’elles soient politiques ou financières.

— Mais il va falloir prendre tes plus beaux gants, Bekter, en soie blanche, parce que tu vas aller taper dans du beau linge, mais doublés latex parce que tu vas mettre les mains dans la merde. Cette femme, elle est de toutes les corruptions, de toutes les arnaques, de tous les coups tordus et elle a couché avec pratiquement tous les gouvernements successifs au grand complet depuis la chute du Régime d’Avant et peut-être bien avec une bonne partie du Parlement aussi.

– Cette folle me tient par où ça fait mal, et avec une poigne de fer et des ongles crochus en plus. Je ne pouvais pas faire autrement.

— Quand cette folle fait le ménage, elle n’y va pas au plumeau. Elle y va au chalumeau. Au lance-flammes !

Elle descendit directement au sous-sol en émasculant du regard ceux qui s’aventuraient à caresser des yeux son corps de vieille femme bien refaite dans son Chanel classique.

L’humour est aussi omniprésent des ces pages, comme si l’auteur avait bouffé un clown, me donnant des grands sourires fort bienvenus dans cette atmosphère fort sombre car l’auteur nous entraine dans ce que l’Humain a de moins glorieux : fric à gogo, prostitution, asservissement de l’Homme par l’Homme, destruction d’un pays, destruction d’un peuple, foutage en l’ai de la nature, et j’en passe.

— Aux États-Unis, dans les Appalaches, cinquante ans d’exploitation minière ont rasé quatre cents montagnes, comblé autant de vallées, et enseveli mille rivières. Et celles qui coulent encore ont une eau plus acide que du Coca-Cola.

Par contre, petit bémol, même si Yeruldelgger est toujours le plus productif, le plus créatif et le plus prolifique fouteur de bordel que je connaisse, il m’a semblé qu’il était plus en retrait, plus préoccupé par sa retraite, comme s’il prenait tous ces morts qui jalonnent son chemin à la légère.

— Tu n’es pas un mauvais homme Yeruldelgger, bien au contraire, mais tu es le plus productif, le plus créatif, le plus prolifique fouteur de bordel que je connaisse !

– Je m’en contrefous
– Yeruldelgger, on va au massacre.

C’est l’impression que j’aie eue, comme si le Yeruldelgger que j’avais connu était devenu plus détaché, juste préoccupé par le fait de ne pas se mettre en colère, comme si le flic en lui avait disparu, comme s’il était fatigué de la vie, de s’être battu pour des choses puériles tandis que dans son dos, on en a faisait des biens pires.

— Tout ton foutu pays n’est qu’un appel à la fouille et au viol géologique. Tu creuses n’importe où et tu trouves n’importe quoi. Or, cuivre, terres rares, charbon, uranium. Tu crois que ça n’intéresse pas tous les rapaces du capitalisme mondialisé ? Tout ici relève du secret industriel. Ce qu’on cherche, comment y accéder, comment l’extraire, comment le transporter, comment le traiter.

Ce sera mon seul bémol car l’auteur est arrivé à nous plonger dans une affaire complexe, aux ramifications importantes, à nous faire passer de la Mongolie, aux États-Unis, à l’Australie, au Québec et à relier tout cela sans forcer sur le trait ou en quittant le réalisme dans lequel nous chevauchions.

Parce que c’est ça qui fait aussi la force de cette histoire, c’est qu’elle est réaliste, elle est même sans doute encore en deçà de la triste réalité, parce que la fiction ne dépassera jamais la réalité, hélas.

– Mes images disent et diront toujours le contraire.
– Tes images mentent.
– C’est vrai, je les ai fait mentir, mais l’important c’est que ceux qui les voient les croient.
– Personne ne les diffusera sans vérifier.
– Elles ont déjà fait le tour de tous les médias de la planète. Dix-sept millions de vues sur la Toile en quarante-huit heures.

– Mais qui lit les minutes des procès ? Par contre tout le monde regarde la télé et ses raccourcis tendancieux.

Un roman noir dépaysant, des personnages que l’on était heureux de retrouver et triste de quitter, une critique amère de notre société de consommation, de la société mongole, un triste constat sur ce que devient le pays et son peuple, des magouilles, de la corruption au plus haut niveau, une méchante qu’on aimerait étouffer avec des queues de moutons en ragoût (et lui foutre une queue de billard où je pense), des paysages à couper le souffle, une terre martyrisée, écartelée, décimée…

Yeruldelgger se rendait compte. Trois fois le salaire moyen dans leurs rêves de richesse, mais pour trois mois d’été seulement. Une misère pour échapper à la misère, et en échange, toute cette terre épuisée, détruite, inutile. Rien ne repousserait plus dans ces herbes stériles, écrasées sous les remblais, brûlées par les acides et lessivées par les ruissellements. Plus aucun troupeau ne viendrait y pâturer. Des chevaux sauvages s’y briseraient les antérieurs, les yeux fous de panique, en trébuchant dans les trous d’eau sous les orages. Et les loups écœurés n’oseraient même plus dévorer leurs carcasses encore vivantes, effrayés par la cruauté des hommes envers leur propre territoire.

Un roman qui a de la profondeur, du suspense, des messages, de l’humour, de la tristesse, de l’écologie et qui vous emporte dans les immenses steppes mongoles où l’on aimerait chevaucher, les cheveux au vent.

Merci à l’auteur pour cette belle trilogie…

Et attention, entre l’amour nomade et la mort nomade, phonétiquement, il y a peu de différence… La petite mort face à la grande mort.

— Et à quoi tu joues, alors ? À la caravane de Sherlock Holmes ? Au bureau itinérant des affaires nomades ? Au flic routard ?

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Peaky Blinders – Saison 1 : Une série qui va te racketter pour te protéger !

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Peaky Blinders est une série télévisée britannique créée par Steven Knight et diffusée depuis le 12 septembre 2013 sur BBC Two.

La série raconte l’histoire d’une famille de criminels interprétée par Cillian Murphy, Helen McCrory, Paul Anderson et Joe Cole.

Surnommés les Peaky Blinders, ils ont la main-mise sur Birmingham et ses environs dans l’entre-deux guerre.

Saluée pour son aspect cinématographique, la complexité de ses personnages et l’interprétation des acteurs, ainsi que pour son utilisation d’une musique volontairement anachronique, la série a reçu une majorité de critiques positives.

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1. Synopsis :
Cette série retrace l’épopée d’une famille de gangsters de Birmingham à partir de 1919.

Elle est basée sur l’histoire du gang des Peaky Blinders qui a réellement existé juste après la Première Guerre mondiale.

Leur nom vient du fait que ces derniers avaient pour habitude de cacher des lames de rasoir dans la visière (peak en anglais) de leur casquette et de s’en servir pour aveugler (blind) leurs adversaires.

Ce groupe, dirigé par l’ambitieux et dangereux Thomas Shelby, attire l’attention de l’inspecteur en chef Chester Campbell, un détective de la police royale irlandaise sous les ordres de Winston Churchill, qui a été envoyé de Belfast pour nettoyer la ville de tous ses criminels.

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2. Acteurs principaux :

  • Cillian Murphy : Thomas Shelby
  • Sam Neill : Chester Campbell
  • Helen McCrory : Polly Gray, née Shelby
  • Paul Anderson : Arthur Shelby Junior
  • Sophie Rundle : Ada Thorne, née Shelby
  • Joe Cole : John Shelby
  • Aimee-Ffion Edwards : Esme Shelby, épouse de John Shelby
  • Annabelle Wallis : Grace Burgess
  • Natasha O’Keeffe : Lizzie Starke

Peaky-Blinders-saison-2-streamingCe que j’en ai pensé :
La série qui déchire sa race…

Un homme chevauchant à cru un cheval noir s’avance dans un quartier pourri où tout le monde détalle comme des poules devant un renard.

Peu de temps auparavant, on avait vu de l’animation dans un atelier de travailleurs chinois et celle qu’on recherchait se tient devant le cavalier, soufflant de la poudre rouge dans les naseaux.

Le cavalier crie à tous le nom du cheval, la course dans laquelle il va courir, qu’il faut parier dessus mais ne pas l’ébruiter et il s’en va sur sa monture.

Nous venons de faire connaissance avec Thomas Shelby, bookmaker de son état dans la famille de gangsters que sont les Peaky Blinders.

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Niveau décors, on est gâté ! Ça pue la misère noire dans les quartiers, on voit la fumée des entreprises, la crasse sur les visages, la terreur que les Peaky Blinders inspirent aux gens. Tout est bien reconstitué, on s’y croirait.

À noter une chose qui surprend, au départ, c’est la musique en arrière-plan. Non seulement elle est fort présente, mais en plus, elle est contemporaine !

La chanson du générique est Red Right Hand de Nick Cave and the Bad Seeds. La musique de Nick Cave, des White Stripes ainsi que celle de PJ Harvey ont également été utilisées dans le reste des épisodes.

Un véritable anachronisme en arrière-fond, mais je vous jure que passé les premiers étonnements, ça pulse et ça passe comme une lettre à la poste un jour de grand zèle.

Si la série va nous parler de ces gangsters et de l’arrivée d’un super policier en la personne de Sam Neil qui a délaissé ses dinosaures de Jurassic Park pour la police de Birmingham. Avec sa moustache, il aurait fait un parfait Watson, le Sam de Jurassic.

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Chester Campbell, son rôle (à l’ex-jurassic), est celui d’un policier qui vient faire le ménage dans cette fange et il sait à qui il a affaire puisqu’il possède les fiches militaires des principaux perturbateurs.

Hé oui, nos gangsters, nos communistes ont tous fait la Grande Guerre, ils viennent de revenir à la vie civile et ce ne fut pas facile, certains portent encore en eux les traumatismes de celle qui devait être La Der des Der !

À noter que lorsque Chester Campbell traverse certains quartiers de la ville, tout autour de lui n’est que beuverie, bagarres, fornications en tout genre, debout, couché, assis.

C’est une série violente, nous sommes face à une petite mafia, les commerçants paient les Peaky Blinders pour qu’ils assurent leur protection, les flics sont corrompus jusqu’à la moelle et notre policier doit faire venir des renforts nos corrompus en la personne de policiers Irlandais catho. Sont plus cathos que François Ier, limite.

Les gangsters sont violents, les patrons aussi, les ouvriers en ont marre de ne pas toucher grand-chose, le communisme est à l’œuvre, les flics ont le droit de vous tabasser et vous de fermer votre gueule.

Mais attention, ce sera pas facile de nettoyer tout au karcher parce que le Tommy Shelby, il doit avoir du sang des Lannister qui coule dans ses veines ! Il ne fait rien pour rien, magouille, tire des ficelles, fait des choses et tout est calculé au millimètre !

Cet homme révulse de par son « métier », de par son manque d’empathie, de par sa violence, mais il fascine aussi…

Et puis….

Non, je ne divulguerai pas les secrets de la Couronne en vous parlant d’autres trucs, je vous dirai juste que c’est une série à découvrir parce qu’elle en vaut foutrement la peine, bordel de Dieu !

Les personnages sont complexes, torturés, avec leurs bons et mauvais côtés, ils sont travaillés, évolues, les femmes ont un rôle aussi car on ne doit pas oublier que ce sont les femmes qui ont fait tout tourner (pays, entreprises, business, …) pendant que ces messieurs se battaient à la guerre.

Les décors sont bien recréés, les atmosphères aussi, la crasse, la misère, le climat social, les traumatismes de la Grande Guerre et les regards moqueurs, narquois et méprisant des gens qui ont été à la guerre face à ceux qui n’y étaient pas. Comme l’homme des dinos…

L’interprétation des acteurs est magnifique et l’utilisation d’une musique volontairement anachronique est une riche idée qui va bien à la série.

La saison 1 m’a bien plus, et j’ai plus qu’a regarder la saison 2 et continuer de pomper la saison 3.

Sorry, je pompe parce en France, elle est seulement diffusée depuis le 12 mars 2015 sur Arte et reste encore inédite dans les autres pays francophones. Alors merci le Net.

♫ C’est à voir, à voir, à voir ♪

Étoile 4

Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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Tant de chiens : Boris Quercia

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Titre : Tant de chiens

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :
Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d’une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos.

Par curiosité autant que par désœuvrement, Santiago commence à mener l’enquête, et il retrouve une jeune femme qu’il connaît bien, Yesenia. Tous deux ont grandi dans le même quartier avant que leurs chemins se séparent.

Entretemps, Yesenia a connu l’enfer : séquestrée et violée par son beau-père, elle ne vit plus que pour se venger. Au nom de leur amitié passée, elle va demander à Santiago d’abattre son bourreau…

img-2-small580Critique : 
Direction le Chili à la découverte d’un de ses flics : Santiago Quiñones qui se trouve en fâcheuse posture, les balles des narcotrafiquants sifflant au-dessus de sa tête, un rottweiller qui s’en prend à son partenaire, Jiménez…

Plusieurs pistolets mitrailleurs nous tirent dessus et les balles ricochent de partout, je suis planqué dans un cagibi où sont entreposées des bouteilles de gaz et les balles me sifflent aux oreilles.

Quand Quiñones s’en sort sans une égratignures, c’est pour apprendre que son partenaire est mort et qu’il avait les bœufs-carottes des Affaires Internes sur le dos.

Ce petit roman noir est un concentré de noirceur sur la vie au Chili. En peu de mots, de phrases, de réflexions (de Santiago ou d’autres), de pages, l’auteur survole ce qui ne va pas dans son pays et on parle de la corruption, de la misère des gens, de la pédophilie, des trafics de drogues, des gens désabusés, du sort des mapuches, des flics ripoux, des politiciens véreux…

Le style de Boris Quercia ne fait pas dans la dentelle et appelle un chien un chien et ces derniers seront nombreux dans ce court récit, tant les gens ont des vies de chiens.

On était déjà allées au commissariat et ils avaient envoyé le dossier au tribunal, mais il y avait un pont ce week-end là et personne n’avait envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde s’en foutait. Je les comprends. Chacun a ses propres blessures, alors pourquoi souffrir en plus pour celles des autres ?

Il y a ce chien enragé de la malchance qui m’a sauté à la gorge et qui ne me lâche plus.

Les phrases sont courtes, sèches, mordantes comme les canines acérées d’un chien, piquantes comme des épines de cactus.

Je cherche mes cigarettes et lui en offre une. Il ne fume pas, c’est ce genre-là.

« Tire-toi », je lui demande. Mais elle, loin de m’obéir, dégrafe sa robe et reste en face de moi, en petite culotte et talons hauts. « C’est gratuit », elle me dit, mais la vie m’a appris que rien n’est gratuit, et ça encore moins.

L’enquête de Santiago Quiñones est courte, rythmée, remplie de chausse-trappes, de pièges, de drogues, de saloperie, le tout distillé à la goutte près, de la came pure, non coupée, en somme.

Quant à notre flic, il est comme je les aime : ténébreux, pas toujours réglo, qui boit sans virer à l’alcoolo, qui ne crache pas sur une ligne de coke à l’occasion ou à se faire tailler une pipe dans des toilettes sales.

Un portrait noir mais pourvu de quelques lumières car s’il n’est pas tout noir, il n’est pas tout blanc non plus, notre flic. En tout cas, Santiago est lucide et le regard qu’il porte sur la société est servi dans sa vérité toute nue.

Si on apprend une chose en étant flic, c’est que les pères sont de vraies merdes dans ce pays. Ils fourrent leur bite et disparaissent. L’autre chose, c’est qu’ici personne ne paie pour ses fautes, à moins d’être pauvre. Mais ça ne compte pas, les pauvres payent toujours, ici comme ailleurs.

Une fillette qui vit dans la rue, dit Ricardo, a au moins son groupe de copains, des enfants comme elle qui vivent sous les ponts et sniffent de la colle. Ce sont des bandes urbaines avec des liens d’amitié très forts. Dans les foyers, l’amitié n’existe pas. Ce sont de petites prisons où tout dépend du sens moral de celui qui exerce le pouvoir, et l’histoire de l’humanité nous a suffisamment montré quel niveau d’abjection peut atteindre l’être humain.

La ville est aussi un personnage principal avec ses rues, ses habitants, sa pollution, ses salauds, ses pédophiles, ses trafics en tout genre. Une ville qui charrie encore son poison dans ses rues, elle qui a du mal à se remettre de la dictature.

C’est un grand type chauve, un peu voûté, comme souvent chez les gens grands au Chili. C’est un pays qui punit ceux qui dépassent la moyenne, les grands essayent de passer inaperçus et les très grands, comme ce type, se voûtent pour entrer dans le rang.

J’ai apprécié aussi que l’histoire ne parte pas dans le sens où je l’avais cru et qu’à un moment donné, tout en gardant ses protagonistes, elle bascule vers autre chose dont nous n’aurons le fin mot que dans les dernières pages, celles qui arrivent trop vite tant on aurait aimé prolonger le voyage.

Un petit roman noir corsé, une enquête qui sert de trame à présenter ce qui ne va pas dans le pays, à nous en brosser un portrait peu flatteur, une enquête rythmée, sans temps mort, avec quelques scènes de sexe pour faire passer tout cela.

Elle mord mon dos au travers de la chemise. Ça ressemble à une attaque cannibale. Je m’excite de plus en plus et j’ai du mal à me retenir, j’ai envie de la pénétrer, mais elle ne se laisse pas faire, elle continue à me travailler et à faire pression sur mon dos avec ses seins.

Une plume sèche, qui va droit au but et qui nous emporte directement au Chili.

Des personnages haut en couleur, des femmes fatales, des balles qui sifflent, une situation sociale de merde, des flics ripoux, de la violence non gratuite, de la drogue, des pipes, du sexe, des coups de pieds dans la fourmilière, des coups dans la gueule, des embrouilles, des magouilles, de l’horreur abjecte, des vérités vraies, …

Une fois qu’on t’a mis en taule, tu n’en sors plus, même si tu sors. C’est « l’université du crime », pour reprendre l’expression à la mode dans l’émission du Flaco Fuenzalida.

C’est du costaud, cette came de 199 pages concentrée et non coupée.

Bref, du hardboiled comme on l’aime : intelligent, brutal, sans fioritures et servi, cette fois-ci, avec une petite sauce chilienne bien piquante. Et on avale tout et on en redemande.

Un flic n’est pas là pour faire respecter la loi. Un flic est là, comme presque tout le monde, pour exécuter des ordres, des mandats. Arrêtez tel type. Enquêtez sur tel autre. Suivez cette dame, découvrez qui a envoyé ce mail. Si on ne supportait pas les injustices dans ce monde, on ne pourrait plus allumer la télé et regarder les informations. En fait, ce qui nous préoccupe vraiment, c’est arriver à la fin du mois, en vie d’une part, avec un peu d’argent de côté si possible d’autre part. Car être vivant sans un rond, ce n’est pas être vivant.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Le chasseur de lucioles : Janis Otsiemi

Titre : Le chasseur de lucioles

Auteur : Janis Otsiemi
Édition : Jigal (2012) / Presse Pocket (2014)

Résumé :
À Libreville, une prostituée est découverte sauvagement assassinée dans un motel de la périphérie. Les agents de la PJ – de fidèles abonnés des bordels de la capitale – pensent tout d’abord à un crime de rôdeur…

Quand une seconde fille est retrouvée égorgée dans un autre hôtel du quartier, les policiers sont encore loin d’imaginer qu’ils ont affaire à un client bien décidé à nettoyer la ville de toutes ses lucioles… Celui qui te veut du mal la nuit a commencé à t’en vouloir le jour.

C’est dans ce climat de psychose générale que les gendarmes de la DGR enquêtent de leur côté sur le braquage d’un fourgon de la Société Gabonaise de Sécurité dont le butin de plusieurs millions de francs CFA attise bien des appétits…

Critique : 
Vous voulez en apprendre un peu plus sur le Gabon ? Oubliez le Guide du Routard, trop gentil, et ouvrez plutôt ce roman !

L’auteur est sans concession aucune envers son pays, gangréné par la corruption qui se pratique à tous les étages, tout en sachant que plus on est haut dans la société, plus on peu corrompre et s’en mettre plein les poches.

On ne peut pas prêcher l’honnêteté en bas de l’échelle sociale quand d’autres, au plus haut niveau, s’en mettent plein les poches.

Celui qui voudrait rester honnête ne le pourrait pas. Oui, ici la corruption et le clientélisme sont des véritables sports nationaux.

Le tribalisme doublé du népotisme, du clientélisme et de l’allégeance politique est ici un sport national, comme le football l’est au Brésil. Plus qu’une chasse aux sorcières, l’épuration ethnique est légion dans toute l’administration gabonaise. Certains ministères étaient même réputés être la propriété d’une certaine ethnie. Vive la république tribaliste !

Ici, il dit tout ce qu’un guide touristique ne dirait pas et que le politiquement correct (ou la trouille des répressions) évite de dire, entre autre, les problèmes entre les ethnies. Si un bureau est rempli de Fangs, n’y faite pas entrer un Myènè.

Le dépaysement est garanti dans ce roman car nous ne faisons pas que de changer de pays, de continent, de culture…

L’auteur étant du pays, il nous parle en connaissance de cause, émaillant ses dialogues de mots bien de chez lui, avec les traductions en bas de pages, parce que leurs expressions ne sont pas les mêmes chez eux que chez nous. Ou le contraire, tout dépend dans quel pays on se place.

Ici, les flics n’ont rien de Sherlock Holmes, rien des Experts Miami… On bosse encore à l’ancienne et niveau recherches des preuves, ma foi, on tabassera le suspect d’abord, on vérifiera après. La preuve, la résolution des crimes ne passera pas par de puissantes déductions, mais devra plus à la chance et aux renseignements obtenus.

J’ai eu juste un peu de mal au départ avec les différents personnages, n’arrivant pas à assimiler qui était qui et faisant un bouillon avec tout le monde avant que le cerveau ne se reconnecte et enregistre le tout.

Un cadavre sur la plage, un trafic d’armes, une enquête, un braquage de fourgon blindé, une autre enquête, des prostituées (lucioles) qui se font assassiner sauvagement, on secoue et hop, on vous emballe le tout dans un chouette petit roman bien dépaysant, avec des chapitres courts, des proverbes bien de chez eux, des expressions aussi, une grosse louche de corruption et le tour est joué.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Territoires : Olivier Norek [LC avec Stelphique]

Titre : Territoires                                                                            big_4-5

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2014)

Résumé :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93.

Son équipe, de plus en plus soudée, n’aura cependant pas le temps d’en profiter. L’exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu’incompréhensible.

Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Critique : 
Putain, sa mère, c’t’enroule, elle déchire sa race !

Quelle claque ! Le premier opus était déjà costaud et envoyait du lourd, mais celui-ci le surclasse et monte d’un cran dans la qualité du récit.

Monsieur Norek est un récidiviste, chacun de ses romans semble être plus mieux que le précédent, on sent que notre caïd de la littérature va nous péter un train postal s’il continue dans cette voie du grand braquage du lecteur.

Bienvenue dans la zone, l’Aire 93, ouske c’est pas le monde des Bisounours, mec. Trois caïds de la drogue se sont fait descendre dans la cité…

Vous pourriez croire béatement et benoitement que c’est super génial. Et bien non, pauvres fous, vous venez de vous foutre le joint dans l’œil jusqu’au coude.

Les gars, j’ai étudié la compta, l’économie, le business et toutes ses règles du marché, sans oublier les coups bas à la concurrence, mais je ne l’avais pas encore appliqué au business de la Blanche ou de la Brune. Sérieux, là je pense que j’ai une reconversion de job à faire, moi !

Ce qui frappe dans ce roman, ce n’est pas tellement un coup de batte de base-ball, mais le réalisme du récit. On sent le flic sous l’auteur, ça pue le vécu, en plus de puer la corruption à tous les étages.

— Vous savez, j’ai toujours classé les infractions en deux mobiles. L’argent et le sexe. Vous m’avez ouvert l’esprit. Il n’y a jamais qu’un seul mobile, celui du pouvoir.

Oui, nous oublions trop souvent qu’il y a des connections entre les kailleras des citées et les Cols Blancs. Je ne suis pas naïve, du moins, je le pense, je sais qu’un arbre peut cacher une forêt et que si nous savions toute la vérité, nous aurions des sueurs plus que glacées, mais ici, j’en ai eu le palpitant qui a manqué quelques battements.

Sa citation favorite lui revint, comme d’habitude, mais son sens n’eut jamais autant de force :
— Alors on a les mains dans la merde et dans le sang. Jusqu’aux coudes.
— Pourquoi ? Vous imaginiez qu’on peut gouverner innocemment ?

Ce roman, c’est quoi ? Un récit empreint de réalisme, un scénario diabolique où le but du jeu n’est pas de savoir QUI a tué, mais QUI a commandité, ou QUI a posé le couvercle sur une marmite qui bouillonnait déjà et monté la vitesse du gaz.

Une équipe de flics que nous connaissons déjà, mais que nous avons plaisir à retrouver, bien que les suivre soit assez dangereux, surtout dans les citées. Heureusement qu’ils ont de l’humour en plus de leurs armes.

— C’est du chocolat.
— Pardon ?
— C’est pas du sang sur le Scotch, c’est du chocolat.
— Tu déconnes ?
— J’ai deux gosses à la maison qui bouffent comme des bébés dinosaures et qui préfèrent leurs doigts aux fourchettes, alors permets-moi de faire l’experte.

Un Méchant sadique psychopathe qui fout la trouille parce qu’il n’a que 12 ans, un pauvre chat (oui, monsieur Norek, là, je porte plainte), de la came plein les pages, des pneus brûlés et des voitures renversées, des émeutes dans la citée et une personne qui a provoqué l’étincelle pour mettre le feu, sans compter une autre qui arrose de pétrole.

« La violence crée la peur et la peur soumet les hommes ».

Ce roman, c’est aussi de la corruption au plus haut niveau, des magouilles et compagnie et les bonnes vieilles méthodes mafieuses de l’arrosage au flouze, des familles qui crèvent la misère dans les citées parce qu’on ne veut pas que le monde voit cette misère noire aux portes de la capitale.

Un vrai putain de roman noir parce que ça pue la désolation, parce qu’on se fiche de coincer les coupables puisque le problème est bien plus grave qu’une simple résolution de meurtres. J’en suis encore sur le cul… que l’auteur m’a troué.

Assurément, Territoires, il a tout d’un grand. ♫ Si tu m’crois pas hé, j’t’incendie ta bagnole à la récré ♪

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

BILAN - LC réussie - OKCHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Pourquoi je l’ai choisi :
On avait hâte avec Cannibal Lecteur de retrouver l’équipe de Coste, et surtout l’écriture de Norek depuis le coup de cœur du Code 93 !

Synopsis :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé…et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ? Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles – loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire – où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

Les personnages :
Quel plaisir de retrouver cette équipe de flics atypiques!!!! Leurs empathies ressortent plus encore dans cet opus, et déjà qu’on aurait bien aimé boire un coup avec eux sur le toit, là je m’y ferais même un petit pique-nique, histoire de partager encore un peu plus avec eux !!!

Je me demande si Victor n’aurai pas les qualités de Olivier…. Déjà il a les beaux yeux bleus et le sourire, apparemment…..

– Tu sais quoi Victor ? Tu mets une bonne dose de n’importe quoi dans nos vies. Et je t’en suis reconnaissante.

Ce que j’ai ressenti :
Entre adrénaline et réalisme, on peut vraiment affirmer que Mr Norek confirme son talent ! Impossible ou presque de lâcher ses pages. ♫♫ Ça balance pas mal à Paris ♫♫, mais ça vrille à Malceny… Encore une enquête dans le 93, qui cette fois ci nous entraîne sur les chemins de traverse de la drogue et ses conséquences….

Adrénaline…
Ce thriller n’a rien de reposant! On est happé dans cette ville en feu! Les explosions, les menaces et règlements de comptes rythment le roman avec intensité! La peur et l’angoisse nous saisit, l’odeur de pneu en feu nous envahit le nez, l’horreur de certaines scènes nous saisit jusqu’au cœur.

L’escalade de violence est un phénomène récurrent dans ses lieux, mais le voir de l’intérieur, je peux vous dire que ça fait son effet bœuf, bien plus que des images d’un documentaire….

…Réalisme.
Je crois que c’est ce qu’il me plaît le plus dans cet auteur: Sa manière d’écrire ! Il nous éclaire sur les véritables enjeux de la politique et de l’économie souterraine, mais avec un style. Il nous met dans la confidence en tant que lecteur, tout en nous offrant le regard critique et incisif d’un flic qui en vu pas mal.

Chaque phrase sonne juste, chaque situation nous semble réelle, chaque battement de cœur est chèrement gagné pour cette équipe qui risque leurs vies à chaque descente… C’est saisissant de vérités et c’est pour cela que c’est d’autant plus effrayant !!!!

« C’est le drame de nos vies, on consacre nos journées et nos nuits à aider de parfaits étrangers sans être capables de faire attention à ceux qui nous sont proches. »

Le mot qui me vient à l’esprit pour illustrer ce livre c’est : Jeux. Jeux de pouvoir et tour de passe-passe, Jeux de dupes et faux-semblants, Jeux de séduction et sourires carnassiers, Jeux d’argent et sanglantes retombées. Il ne fait pas bon vivre dans ses quartiers, l’auteur nous le confirme une fois de plus, mais on s’aperçoit que les infos brûlantes que l’on en reçoit sont à prendre avec parcimonie. Coté action/réaction on est servi, par contre tout le monde, se passe le dossier Bombe/cité au plus vite pour ne pas s’ébouillanter les doigts ! Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il ne vous reste qu’à ouvrir ces pages pour le découvrir !

La petite douceur de ce thriller énergique, c’est l’humour qui vient se glisser dans ses pages…Juste hilarantes ces petites notes !!!!!!

– Putain, j’ai vu des salopes de toutes les sortes, mais elle, elle fait la synthèse.

– Vous me faites marrer les mecs, les mecs, à croire que vous avez une baguette entre les jambes.
– Fais moi penser à écrire cette phrase sur tee-shirt.

En bref, je laisse le mot de la fin sur les mots de Norek : « Peut être un orage de merde se préparait-il au loin. Mais là, juste là, c’était un chouette moment. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

Black Cocaïne : Laurent Guillaume

Titre : Black Cocaïne                                                                    big_4

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Denoël (2013)

Résumé :
« Au Mali, tout est possible et rien n’est certain », ainsi parle Solo, ce Franco-Malien recherché par la police française qui a laissé derrière lui un passé obscur pour recommencer une nouvelle vie sur le continent noir.

Ancien des stups respecté de la profession, Solo est devenu à Bamako un détective privé populaire. Même si les souvenirs douloureux le hantent souvent, Solo les noie avec application dans l’alcool.

Jusqu’au jour où une belle avocate française l’engage pour faire libérer sa sœur arrêtée à l’aéroport avec de la cocaïne. Un dossier en apparence simple pour Solo, mais cette banale histoire de mule va prendre une tournure inquiétante.

Ses vieux démons réveillés, l’ex-flic se lance dans cette affaire dangereuse, entre tradition et corruption, avec la détermination de celui qui n’a rien à perdre.

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Critique : 
Bamako, la capitale du Mali, me faisais toujours penser à l’horrible chanson d’Amadou et Mariam qui m’avait cassé les oreilles un été, sur une chaine française… « Le dimanche, à Bamako, c’est le jour des mariages ». Une horreur.

Maintenant, lorsqu’on me parlera de Bamako, je penserai à Souleymane Camara, dit Solo, ancien flic de la brigade des Stups française, en exil dans ce pays qui ne pratique pas l’extradition de ses ressortissants.

Ce qu’il a fait à Lyon et qui a nécessité une fuite aussi loin, nous le saurons dès le prologue, ensuite, il nous faudra juste additionner un plus un pour comprendre la débauche de violence du début.

Solo, ça rigole pas comme mec, surtout quand on lui prend ce qu’il a de plus cher au monde. Là, il devient un vrai fauve.

Malien de par son père, français de par sa mère, métis donc, il a toujours l’impression d’être assis le cul entre deux chaises : en France, il était le Black de service, au Mali, il est le Blanc. Cherchez pas docteur…

Solo a fait son trou au Mali, est devenu détective privé, comme Sherlock Holmes… À la différence que le Consulting Detective anglais ne prenait une solution à 7% de cocaïne uniquement lorsque son cerveau n’avait pas d’énigmes à se mettre sous les petites cellules grises !

Notre détective franco-malien, lui, il carbure à l’alcool, aux rails de coke et autres pilules magiques telles les Benzodiazépines.

Vu ainsi, le personnage aurait pu être abject, l’auteur aurait pu en faire trop, mais il a su doser le cocktail de la personnalité de Solo pour en faire un personnage attachant, drôle, qui ne lâche rien dès que l’on touche aux siens.

L’affaire dont une cliente l’avait chargé semble banale, à priori : payer un magistrat pour faire sortir une mule à la demande de sa sœur (la cliente).

Mais cette affaire banale est comme un peu comme un chèche, on a le commencement, mais on ne sait pas à quel moment on atteindra le bout, après avoir déroulé des mètres de tissus.

L’écriture passe toute seule, elle coule comme l’eau dans votre gorge assoiffée d’aventures et l’histoire prendra une tournure inattendue, le tout devenant vite périlleux.

La plume est sans gants, plongeant dans des mots crus, pimentant le tout avec quelques scènes de sexe et diluant l’encre dans du sang.

Elle défit ma braguette et descendit mon pantalon. Elle eut un petit soupir d’aise lorsqu’elle réalisa combien je bandais. Elle s’empara de ma bite sans douceur, la dégageant de mon caleçon pour mieux l’engloutir. Elle me suça avec délectation, jouissant de son pouvoir sur moi. Je m’arrachai à sa bouche, pour ne pas jouir là comme un con, le pantalon en bas des pieds, à sa merci.

Dans un pays où tout est à vendre et où tout s’achète (suffit d’y mettre le prix), il n’est pas facile de remonter le flux de l’affaire afin d’arriver au commanditaire.

Drôle, mais sans concession, la verve de l’auteur vous plongera la gueule la première dans un pays gangrénés par les trafics et la corruption.

— Vous ne les avez pas tués, dit-elle en guise d’introduction.
— En fait assassiner une bande de narcos armés jusqu’aux dents est plus compliqué qu’il n’y paraît.

Le portrait du Mali est cash, brut de décoffrage, violent, mais on sent que là-dessous, l’auteur connait le pays et l’aime bien, malgré ses lourds défauts.

L’histoire ne perdra pas de temps en salamalecs inutiles, on rentre direct dedans, on fonce dans le tas, on prend des coups, on les rend, on enquête, on fouille, on défouraille et on en sortira groggy, secoué, éprouvé après cette putain de bonne lecture !

♫ Cette semaine, à Bamako, c’était les journées vendetta ♪

Un roman lu en une journée… J’étais encore un peu dans mon trip « Mois Anglais », oubliant que la vitesse de lecture n’était plus importante.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)

1974 : David Peace

Titre : 1974                                                                                big_2-5

Auteur : David Peace
Édition : Payot et Rivages (2003)

Résumé :
Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier.

Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead.

Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes.

Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire: policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…

Petit plus : Depuis ce premier volume de la tétralogie que David Peace a consacrée au Yorkshire, la réputation de l’auteur n’a cessé de grandir. Dès la parution de 1974, la presse avait été quasi unanime : « On ne saurait échapper à la musique d’une telle douleur », lisait-on dans le New York Times, tandis que Michel Abescat parlait dans Télérama d’un « requiem bouleversant d’humanité et de compassion ».

Critique : 
Si on devait coller une chanson sur ce roman, ce ne serait sûrement pas « Love is in the air » de Paul Young ou « All you need is love » des Beatles, mais bien « Paint it black » et « Sympathy for the devil » des Rolling Stones parce qu’on ne nage pas vraiment dans l’allégresse et les Bisounours !

Oui, qui dit roman noir anglais dit aussi chanteurs anglais. Of course. Restons dans le ton.

Edward Dunford est un jeune journaliste et pour être plus précise, c’est LE nouveau reporter criminel à l’Evening Post, dans la région de Leeds.

Débutant, pas encore au fait de tout ce qui s’est passé dans cette région, pas toujours très futé, un peu borné, mal poli, bref, le genre de personnage pour qui je n’ai eu aucune sympathie.

Quand je vous disait qu’on était dans du sombre, je ne plaisantais pas. d’entrée de jeu, on commence fort : la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera retrouvé dans une tranchée sur un chantier. Avant elle, il y a eu Jeanette Garland et Susan Ridyard en 1969 et en 1972.

Ceci est un roman noir, le premier de la quadrilogie « Red Riding Quartet ».

L’avenir, comme le passé, est écrit. On ne peut le changer, mais il peut contribuer à guérir les plaies du présent.

Pendant ses petites investigations, Edward va déterrer des choses qui auraient mieux fait de rester enterrées car certaines personnes n’aiment pas que l’on vienne fourrer son nez de journaleux dans leurs petites magouilles en tout genre.

Ceci devait être un grand moment de lecture et le résultat est que je suis mitigée.

J’ai aimé le portrait au vitriol de cette Angleterre raciste au possible, de ces flics corrompus jusqu’à la moelle et qui utilisent des méthodes ressemblant plus à de la torture qu’à des interrogatoires en présence de votre avocat.

A cinq heures du matin, dix policiers, sous les ordres du superintendant Noble défoncèrent la porte de la maison de ma mère à coup de masse, la giflèrent quand elle sortit du couloir et la repoussèrent dans le couloir,se précipitèrent dans l’escalier le fusil à la main, me tirèrent hors du lit, m’arrachèrent des poignées de cheveux, me donnèrent des coups de pieds qui me firent rouler dans l’escalier, me rouèrent de coups de poing quand j’arrivai en bas (…) A l’arrière de la camionnette ils me tabassèrent jusqu’à ce que je perde connaissance puis me giflèrent et urinèrent sur moi jusqu’au moment où je repris conscience.

La scène de l’attaque du camp des gitans par des flics est horrible à souhait et on en tremble de dégoût devant cette injustice et cette violence gratuite dont font preuve les flics véreux. À ce niveau là, on est gâté.

Ce qui m’a déplu dans ce roman, c’est le style littéraire constitué de phrases très courtes qui donne l’impression d’un texte décousu dû à cette brièveté, sans parler des dialogues qui sont dépouillé de tout.

Aucun détail dans ce que font les personnages durant leur conversation, c’est nu, c’est chiant, on perd le fil de « qui parle » et j’ai détesté le fait qu’Edward, narrateur, nous balance des multitudes de « je dis : » avant sa réponse.

De plus, Edward est un couillon, il n’a rien dans les tripes, il se fait tabasser sans rendre un seul coup (enfin, presque) et il est d’une vulgarité et d’une violence dans ses paroles… Je l’ai détesté.

Entre nous, si j’avais eu 5 cents à chaque fois qu’il a prononcé le mot de Cambronne, je serais en train de vous écrire d’une villa aux Maldives !

Tout ça mis ensemble durant presque 400 pages, et bien, c’est usant et épuisant. L’auteur aurait dû les utiliser à bon escient. Et je ne vous parle même pas des incessants rappel de son père, décédé en début de roman, avec les 36.000 « la montre de mon père ».

Putains de chiens.
Je versai le reste du scotch dans le verre et me souvins de l’époque où j’avais effectivement voulu devenir flic, mais avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putains de poulets.
Je bu la moitié du verre et me souvins de tous les romans que j’avais voulu écrire, et que j’avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putain de rat de bibliothèque.
Je ramassai un poil de chat sur mon pantalon, un pantalon que mon père avait fait, un pantalon qui nous enterrerait tous.

Quant au final, il est « trop »… trop de sang, trop de gore, trop de tabassages, trop d’horreur, le cortège est tellement « trop » que je l’ai lu comme dans un état second, la tête déjà ailleurs. C’est violent ad nauseam.

Un roman noir à la fois répulsif et attractif puisque je n’ai pas stoppé ma lecture.

Malgré cet avis en demi-teinte (ou demi-pinte), je poursuivrai ma tétralogie parce que, hormis ce style d’écriture merdique, le reste était sombre à souhait. Un vrai noir de chez noir.

Edward Dunford… J’espère ne plus suivre ce personnage étrange, mal dans sa peau, qui est devenu une créature fort sombre sur la fin, comme s’il avait tout peint en noir…

♫ I wanna see it painted black, painted black
♪ Black as night, black as coal ♪
♪ I wanna see the sun, blotted out from the sky
♫ I wanna see it painted, painted, painted, painted black ♪

♪ Pleased to meet you hope you guess my name. Oh yeah ♪
♪ Ah what’s puzzling you is the nature of my game. Oh yeah ♫

BILAN - Minion M'attendais à mieuxChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 Minions - OKCHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)