Joseph Laflamme – Tome 3 – Maria : Hervé Gagnon [LC avec Bianca]

Titre : Joseph Laflamme – Tome 3 – Maria

Auteur : Hervé Gagnon
Édition : 10/18 (2020)

Résumé :
Montréal, janvier 1836. Un livre bouleverse la ville : il relate de sordides histoires de fornication entre les Hospitalières de l’Hôtel-Dieu et les Sulpiciens, évoquant au passage profanation, assassinats et débauche.

La bonne société montréalaise est en émoi, et l’évêque de Montréal doit défendre la réputation de son diocèse.

Montréal, septembre 1892. Un charnier d’enfants est découvert fortuitement, rue Le Royer.

Puis, le corps mutilé d’un banquier est retrouvé à Griffintown et deux fillettes portant de terribles traces d’abus sexuels sont repêchées dans le fleuve, près de la rue de la Commune.

Les trois affaires ne semblent pas liées, jusqu’à ce qu’un vieux prêtre remette à Joseph Laflamme un exemplaire du livre de 1836, en lui laissant entendre que l’histoire se répète.

Pour réussir à dénouer l’intrigue, Laflamme, l’inspecteur Marcel Arcand et le reste du groupe devront pénétrer dans un univers de corruption aux ramifications insoupçonnées et déterrer un scandale enfoui depuis un demi-siècle.

Critique :
Décidément, la société est perverse et sordide. Notre Joseph Laflamme va le découvrir une fois de plus, aux côtés de l’inspecteur Marcel Arcand, en enquêtant sur des morts horribles.

Heureusement que toutes ces affaires sordides et glauques sont contrebalancées par des petites touches d’humour ou de scènes de la vie quotidienne, ce qui allège l’ambiance sombre de ce récit.

C’est avec grand plaisir que j’ai renoué avec notre petite troupe d’enquêteurs, avec ce groupe hétéroclite que je prends plaisir à suivre depuis maintenant trois romans.

Âmes sensibles, attention, ce roman est assez glauque dans ses crimes et dans les situations décrites. J’ai quelques fois fermé les yeux et respiré un grand coup. La perversion des Humains est sans limite, comme la connerie, et dans ce récit, on pourrait y aller à grands coups de #BalanceTonPervers.

Si dans ce troisième roman nous n’avons rien de neuf sous le soleil, c’est la palette des personnages qui m’a fait passer un bon moment de lecture.

Joseph, notre journaliste, commence à diminuer la boisson, il est amoureux, sa sœur est heureuse, elle sort progressivement de la misère noire et l’inspecteur Marcel Arcand est un policier dont j’apprécie la droiture.

L’auteur prend aussi le temps de nous décrire la ville de Montréal en 1892 ainsi que sa société bien pensante d’un côté et miséreuse de l’autre. L’Angleterre victorienne n’est jamais très loin tant les mentalités coincées des Canadiens ressemblent à celle des Anglais. La misère étant internationale (sans mauvais jeu de mot), elle est cousine de celle qui régnait dans les bas-fonds de Londres.

Une enquête sans temps morts, sans pour autant que l’on coure partout, mais l’auteur a monté son histoire de sorte que le lecteur (lectrice) ne s’ennuie pas durant les moments plus calmes, les tranches de vie de notre groupe d’amis venant les meubler agréablement. Ils évoluent tous, ce qui est agréable.

Les meurtres sont sordides, ce qui va en ressortir aussi et l’Humain n’en ressort jamais grandi (du moins, certains). À la fin du roman, le culot d’un personnage m’a même donné envie de le guillotiner, mais hélas, je n’ai pas pu le faire…

Si cette enquête n’amène pas de nouveauté dans le polar, elle reste néanmoins efficace, addictive et une partie du mérite en reviens aux personnages principaux qui sont les moteurs de toute cette aventure.

Une nouvelle fois, c’est une LC réussie avec Bianca. En 3 ans de LC, nous avons eu des abandons, des déceptions (parfois nous n’étions pas en symbiose), mais dans l’ensemble, si on devait tirer un bilan, il serait positif ! Un peu de vert dans tout ce rouge dû au covid, ça fait du bien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°106].

 

Darktown : Thomas Mullen

Titre : Darktown

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (2018) / Payot et Rivages (2020)
Édition Originale : Darktown (2015)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
Atlanta, 1948. Sous le mandat présidentiel de Harry S. Truman, le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith.

Mais dans l’Amérique de Jim Crow, un flic noir n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la vraie police.

Quand le cadavre d’une femme métisse est retrouvé dans un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse.

Alors que leur tête est mise à prix, il leur faudra dénouer un écheveau d’intrigues mêlant trafic d’alcool, prostitution, Ku Klux Klan et corruption.

Darktown est le premier opus d’une saga criminelle complexe et fascinante qui explore les tensions radicales au début du mouvement des droits civiques, dans la lignée de Dennis Lehane et Walter Mosley.

Critique :
Atlanta, 1948, une grande date pour certains, une hérésie pour d’autres : l’accession à la fonction de policier par des citoyens Noirs.

Attention, ces policiers n’ont pas le droit d’arrêter un Blanc, même en flagrant délit de crime, ils ne patrouillent pas en voiture mais à pied, ne peuvent pas entrer dans le bâtiment de la police, ont l’interdiction de boire de l’alcool même après leurs heures de service et se doivent de rester dans le quartier Noir d’Atlanta.

Un crime a lieu mais comme c’est une jeune fille Noire qui est décédée, personne ne bouge son gros cul de Blanc et nos policiers n’ont même pas le droit d’enquêter dessus.

Ce roman, il vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher jusque la fin. On a beau savoir l’Histoire de la ségrégation raciale, malgré tout, l’impact dans le plexus solaire est toujours aussi forte.

Ici, si tu es Blanc, tu te dois d’être raciste, de faire voir la vie dure aux Noirs, de les dénigrer, de défendre ta ville, ton quartier, contre l’envahissement… Si par malheur tu es un Blanc modéré dans ton racisme (tu ne tabasses pas, tu ne fous pas le feu, tu ne lynches pas, tu ne tues pas,…), fait en sorte qu’on ne l’apprenne pas, sinon, tu risques gros aussi.

Entre avanies que leurs font subir les Blancs (flics ou pas), les crachats, les insultes de types macaques, bougnoules, singes, négro (et j’en passe), la vie de flic Noir est une épreuve de chaque jour, dans ce Sud où les morts Confédérés sont encore honorés et où on a lynché des vétérans Noirs de la Première Guerre Mondiale.

Même la population Noire regarde ces huit policiers de travers, tant elle attendait énormément d’eux, oubliant qu’ils n’ont quasi aucun droit, si ce n’est d’arrêter des Noirs.

Lucius Boggs est un flic honnête, qui aimerait faire son travail correctement, c’est-à-dire enquêter sur la mort de la jeune Lilly et pas avaler les preuves toutes faites que les flics Blancs ont montées.

Problème c’est qu’en voulant faire le bien (trouver le coupable), il a ouvert la boîte de Pandore qui déverse son torrent d’injustices sur la famille de Lilly, comme si celle n’avait pas déjà assez souffert. Tout ça pour avoir voulu connaître la vérité sur son assassinat, mon cher Lucius, c’est cher payé car ils ont trinqué grave ensuite…

STOP… ON REMBOBINE ! Mais qu’est-ce que je raconte moi ? Mais non, Lucius, tu n’es pas responsable du déchaînement de haine sur la famille de Lilly ! Bordel de Dieu, c’est la faute aux Blancs, tout ça ! Qu’ils soient flics pourris racistes confédérés bas-du-front ou Blancs bien propres sur eux. C’est nous, les Blancs, qui sommes responsables du racisme et de la ségrégation…

Ce roman m’a pris aux tripes, j’ai lu des horreurs, j’ai vu des injustices qui m’ont données envie de bondir, de hurler, hésitant parfois entre le « Dieu tout puissant » ou le « putain de bordel de merde » (au choix) tant c’était effroyable ce que les Noirs ont vécu. J’en ai encore découvert, tiens, des horreurs.

Les personnages sont travaillés, ont de la profondeur et l’auteur évite le manichéisme et ne sombre jamais dans le pathos, même si le lecteur va encaisser des moments très durs durant la lecture, mais ils ne seront jamais aussi durs que ceux que vécurent et vivent encore les Noirs aux États-Unis (et ailleurs).

Partant d’une enquête classique sur l’assassinat d’une jeune fille Noire, l’auteur nous plonge dans la noirceur des quartiers d’Atlanta, dans les pensées abjectes des Blancs, dans un racisme primaire qui fait peur car pouvant basculer dans une violence sans nom pour un rien.

Un tout grand roman noir, social, où notre duo de policiers (Lucius Boggs et Tommy Smith) vont d’enfoncer petit à petit dans la fange nauséabonde qui macule les rues, les maisons ainsi que le cœur des habitants d’Atlanta.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°36].

La frontière sud : José Luis Muñoz

Titre : La frontière sud

Auteur : José Luis Muñoz
Édition : Actes Sud Actes noirs (02/09/2015)
Édition Originale : La frontera sur (2010)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Mike Demon (déjà aperçu dans Babylone Vegas) est vendeur d’assurances. Il mène une existence de bon Américain moyen tout en s’offrant des escapades amoureuses ou sexuelles lors de ses tournées.

À Tijuana, il promet à la prostituée sublime dont il est tombé follement amoureux de lui faire passer la frontière.

C’est sans compter Fred Vargas, un flic mexicain violent et véreux, qui fait chanter les bons pères de famille yankee venus s’encanailler de l’autre côté de la frontière…

Une double intrigue menée de main de maître pour un western noir sursaturé de violence et de sexe.

Critique :
Ce roman noir, c’est le film Pretty Woman en version glauque, poisseuse, sombre, violente, à la western, le tout assaisonné de poudre blanche, sursaturé de sperme à gogo et de sexe.

Mike Demon est comme le Belzébuth de la « Salsa du démon » (Grand Orchestre du Splendid) : il est en rut !

Qu’on lui enfonce du bromure en suppositoire dans le fion, ça lui fera les pieds, tiens !

Ce n’est pas de la bigoterie mais de l’énervement car bon sang, aucune leçon ne lui sert et il retombe toujours dans sa folie sexuelle avec n’importe quel trou féminin (le tout sans trop de respect, c’est du sexe bestial).

Ne chercher pas une morale dans ces pages, il n’y en a pas. Mike ne tirera aucune leçon de ses mésaventures, pire, il s’enfoncera dans le vice encore plus avant de basculer dans une autre catégorie, sans même ressentir du remord ou de la culpabilité.

Pour Mike, le sexe des femmes se nomme l’enfer parce que Satan l’habite (je vous offre le jeu de mot). Son épouse est moins portée sur la chose que lui et donc, monsieur la fourre dans tous les trous féminins qui ne sont pas ceux de son épouse.

De l’autre côté de la frontière, à Tijuana, il y a Carmela, la soeur de Ruben, drogué branleur et tueur à gage à ses heures. Une scène de ce roman m’a donné envie de vomir car on dépasse en glauquitude la relation Cersei/Jaime. Oui, c’est possible.

Malheureusement, il y a trop de passages à vide dans ce roman, trop de longueurs afin de présenter les personnages et de les placer dans leurs décors, leur boulot, leur vie.

La partie consacrée à l’autre côté de la frontière, à Tijuana, est hyper violente, sordide, donnant des sueurs froides avec les exécutions, les viols, la misère, la prostitution (pas toujours de son plein gré), les crimes, la drogue, les chantages, enlèvements et j’en oublie sans doute.

Fred Vargas est encore plus immonde que Mike. Non, je ne parle pas de l’auteure Fred Vargas mais de son homonyme, un flic mexicain violent et véreux qui adore faire chanter les américains friqués qui viennent avec Popaul visiter les petites femmes de Tijuana, dans tous les sens du terme. Et ça ne chante pas à The Voice !

Impossible pour moi de m’attacher à un personnage, si ce n’est cette pauvre Carmela qui est mal tombée avec son frangin libidineux et Mike Demon qui est un beau parleur, mais rien de plus.

Les ambiances sont poisseuses de sperme car ça baise à tous les étages, ça y pue la sueur, le sang, les morts, la corruption… L’auteur nous a mis la tête dedans et le goût restera coincé dans les narines, même à la fin de la lecture.

Malheureusement, trop de longs passages ennuyeux (ceci n’est que mon avis) que j’ai survolé tant je n’accrochais pas à ce roman noir, ce western survolté où la violence et le sexe se côtoient ad nauseum.

Pour la prostituée drôle, amusante et le loverboy sexy qui tient ses promesses avec un beau happy end sur une musique magique, choisissez Pretty Woman, une valeur sûre !

Une fois de plus, je dirai : au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°227 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 15].

 

 

La conspiration des médiocres – « Perro » Lascano 04 : Ernesto Mallo

Titre : La conspiration des médiocres- « Perro » Lascano 04

Auteur : Ernesto Mallo
Édition :
Édition Originale : La conspiración de los mediocres (2015)
Traduction : Olivier Hamilton

Résumé :
En Argentine, au début du règne du dictateur Videla, Perro Lascano, jeune policier intègre, enquête sur le suicide d’un Allemand.

Se rendant compte qu’il s’agit en réalité d’un meurtre, il contrarie ses supérieurs corrompus en creusant cette piste et trouve dans le bureau du mort un carnet rédigé par un homme qui a été gardien à Auschwitz.

Critique :
Ce quatrième et dernier tome des enquêtes de « Perro » Lascano est en fait sa première enquête car nous le retrouvons dans l’Argentine des années 70, tout jeune policier, mais déjà tel que nous le verrons ensuite : intègre, incorruptible, ne lâchant jamais rien, tel un chien tenant un os.

Par contre, notre chien est un solitaire et il ne rejoindra jamais la meute des assassins du Triple A (Alianza Anticomunista Argentina).

Lascano dérange, il gêne, et donc, quoi de plus simple que de le mettre sur l’enquête d’un suicide. Elle est bien bonne… Si on voulait se foutre de sa gueule, c’est loupé car le suicide n’en est pas un, c’est une exécution déguisée.

Le faux suicidé est un Allemand et l’enquête va en déranger plus d’un et certains voudront faire cesser la chasse du chien Lascano à tout prix, lui mettre un collier et une laisse autour du cou afin qu’il arrête de chercher des puces sur les dos qu’il ne faut pas.

À mon avis, je viens de lire le Perro Lascano le plus sordide, le plus glaçant, bref, le plus mieux. Lascano est jeune et nous découvrons avec lui l’Argentine de Isabel Perón (1974/1976), qui sera déposée par la junte militaire que dirige le général putschiste Jorge Rafael Videla.

Une fois de plus, la résolution du crime est accessoire, de toute façon, l’assassiné était un salopard de la pire espèce, comme tous les autres qui émigrèrent après la Seconde Guerre Mondiale en Argentine, sans que celle-ci ne s’offusque de leur passé (les autres pays non plus, notamment les États-Unis avec les scientifiques nazis).

Et si tout vous semble aller dans un seul sens, méfiez-vous, parce que Mallo n’a pas  pour habitude de suivre un chemin tracé mais de bifurquer à un moment donné et de vous emmener sur d’autres chemins, plus escarpés, plus sombres, moins connu…

La résolution de l’enquête devient donc accessoire pour le lecteur car moins importante que l’Histoire dans l’histoire que l’auteur dévoile, se servant de ce crime pour nous la conter.

Dans ce récit, ce qui est le plus glaçant, c’est la traduction du carnet de cet Allemand ainsi que les exactions des hommes de Videla, la corruption, les meurtres, les exécutions, la police infiltrée par les types du Triple A, les tortures, les disparitions des gens qui dérangent ou qui pourraient en dire trop sur un indice d’une scène de crime,…

Du début à la fin, j’ai eu du mal à lâcher le roman tant il était prenant, tant il était poisseux de violence et de sang, tant la chape de plomb pesait sur mes épaules à cause de l’atmosphère que l’auteur a su rendre réaliste puisqu’il nous parlait de ce qu’il avait connu dans son pays.

Comme à son habitude, Ernesto Mallo ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues qui se retrouvent noté en italique, tout simplement, avec les paroles des protagonistes qui se retrouvent toutes l’une sous l’autre, ce qui est plus facile à déchiffrer que lorsque les dialogues se retrouvent insérés dans la narration normale, comme je l’ai déjà vu.

Pour sa première enquête littéraire, Lascano paraît plus humain que dans les suivants car il est amoureux et donc, différent. La vie lui a déjà réservé bien des tourments, bien des peines, mais elle ne l’a pas encore cassé comme il semblait l’être dans les autres romans. Celui nous expliquera pourquoi.

Un roman noir écrit au vitriol, taillé au scalpel, un roman court mais ultra percutant, sombre, violent. L’auteur ne s’encombre pas de fioritures et va directement à l’essentiel. Du brut de décoffrage qui écorche la gorge et pique aux yeux.

Un Perro Lascano qui ne lâche rien mais qui va payer le prix de son honnêteté. Une enquête retorse où les atmosphères angoissantes du pays sont plus importantes que tout le reste. Il m’a glacé, ce roman noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°225 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 13].

 

 

Spain national flag background texture.

Tout pour la patrie : Martín Caparrós

Titre : Tout pour la patrie

Auteur : Martín Caparrós
Édition : Buchet/Chastel Littérature étrangère (06/02/2020)
Édition Originale : Todo por la patria (2018)
Traduction : Aline Valesco

Résumé :
Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux.

Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite.

Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

Critique :
L’Argentine des années 30… Il y a une fascination pour le régime d’Hitler dans ce gouvernement qui est très à droite, ainsi qu’une passion pour le foot qui semble déjà puer la corruption à plein nez.

Rivarola, le personnage principal, est un être désabusé, un peu cynique, chômeur, copain avec un petit dealer qui voudrait bien qu’il l’aide à retrouver le joueur de foot Bernabé Ferreyra qui a disparu alors qu’il lui doit de l’argent.

Son enquête ne se passera pas comme prévu et un meurtre plus tard, Rivarola va se transformer en enquêteur. Pas par amour de l’énigme, juste parce qu’il voit là une manière de s’en sortir financièrement.

Nous sommes dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, alors, un de plus ou un de moins…

J’ai aimé le portrait au vitriol d’une société et d’un pays vérolé par la corruption qui touche même le foot où les dirigeants des clubs se font des couilles en or avec l’argent que les pauvres gens dépensent pour venir voir des matchs et penser à autre chose qu’à leur misère.

Mais… Ben oui, il est là… Si au départ j’ai souri devant ces portraits d’hommes flemmards, désabusés (Rivarola et le Moineau) à un moment donné, le roman et moi sommes partis dans des directions différentes et jamais plus jamais nous ne nous sommes rejoints.

Est-ce que cela a tenu dans la manière d’écrire les dialogues ? Aux personnages dans lesquels je ne me suis jamais trouvée ? Manquait-il quelque chose au récit pour lui donner le goût de reviens-y ?

Sans doute un peu de tout cela car à un moment donné, j’ai décroché et c’est de manière lointaine que j’ai suivi le fil de l’enquête, n’arrivant même pas à m’indigner du final qui illustrait pourtant bien l’imbécillité et le fanatisme fait homme.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°221 (B??) et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 06].

 

Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03 : Gabriel Trujillo Muñoz

Titre : Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Folio Policier (2006)
Édition Originale : Mexicali City Blues : Loverboy
Traduction : Gabriel Iaculli

Résumé :
Tout est très sale, sur la frontière, la peau d’un Mexicain si bon marché, surtout s’il a deux gouttes de sang indien ; et dans le pays voisin, celui du rêve onéreux, on a parfois des besoins urgents : un rein, un pancréas…

Il suffit de savoir à qui s’adresser, et le tour est joué. C’est d’autant plus facile que, côté mexicain, les autorités sont hautement corruptibles.

C’est dans ces eaux troubles que va se débattre Morgado, le plus privé des privés, quand une grande et belle poulette vient lui montrer un film étrange et lui demande de chercher l’assassin du directeur de la Commission pour les droits de l’enfant.

Critique :
La preuve que l’on peut être court et intense, court et percutant, guère épais et en foutre plein la gueule à son lecteur/trice.

Gabriel Trujillo Muñoz attaque très fort et met les deux pieds dans du glauque poisseux qui colle aux doigts et qui fait crisper les orteils au fonds des charentaise.

Imaginez votre voiture qui a un soucis, il faudrait une pièce détachée bien spécifique mais pour cela, il faut attendre longtemps ou… aller la chiper sur une autre voiture.

Dans ce roman, ce n’est pas de voitures dont il est question, mais d’enfants malades et les pièces détachées que l’on prend ailleurs, pas besoin de vous faire un dessin : elles ne proviennent pas d’enfants qui seraient décédés à l’hôpital mais prélevée directement sur des enfants enlevés qui ne se relèveront jamais, sauf le jour de la résurrection (si ce jour existe) et les pauvres devront chercher leurs morceaux.

Putain, pour être glauque, c’est glauque !

Miguel Ángel Morgado est un avocat mexicain chargé de faire la lumière sur les enfants enlevés et la mort d’un médecin qui semble avoir découvert une piste et filmé une scène. Problème ? Les images sont pouraves.

Dans ce court roman, l’auteur nous décrit un Mexique qui serait la poubelle des États-Unis, juste bon à fournir de la drogue,  des travailleurs bons marchés, des prostituées, des organes prélevés sans accord sur des gosses, dans des cliniques privées et illégales, le tout pour guérir des enfants de riches Blancs friqués…

Hélas, la format court fait que l’auteur doit aller au plus pressé, le ton est radical, on ne tourne pas autour du pot et on va direct à la résolution, ou du moins, vachement vite. Comme dans la série les Experts où, avec des images pourries de 3 pixels, ils arrivent à lire le nom du gars dans le reflet de sa rétine, ici, son pote arrivera à lire un peu trop bien…

Pas crédible du tout, je l’avoue, mais le roman est plus un roman pour décrire le Mexique et ses gens, son racisme envers les Indiens, qu’un roman policier en bonne et due forme avec une recherche d’indices et des fausses pistes pour leurrer le lectorat.

Un gros bémol cependant : des tas de phrases sont en anglais… Mon anglais est rouillé et heureusement que je regarde souvent des séries en VOSTFR, ce qui m’a permis de tout comprendre. Bon sang, l’éditeur aurait pu se donner la peine de traduire et de les ajouter en fin de chapitre.

Anybref, je pinaille, mais de temps en temps, faut le faire. Dans l’ensemble, on se trouve face à un roman noir ultra court mais ultra percutant, pas de fioritures, on ne tourne pas autour du pot, on ne cherche pas midi à quatorze heure et on va direct à l’essentiel. On aimera ou pas.

Pour ma part, même si ça se précipite trop vite, le voyage valait le déplacement au Mexique. Maintenant, je vais vérifier que je n’ai perdu aucun organe…

— Mais nos hommes politiques veulent un bouc émissaire, et on ne peut pas trouver mieux qu’une Indienne qui n’est pas du pays.
— Comment ça, une Indienne qui n’est pas du pays ? s’exclama Morgado. C’est une Mexicaine, comme nous tous.
— Parlez pour vous, lança le docteur Acosta sans cacher son racisme. Pas en mon nom. Il ne faut pas confondre manganèse et bande à l’aise.
— Ni la connerie avec l’ignorance, répartit Guadalupe. Et il me semble que la première abonde, ici.

— Et maintenant, dis-moi, Morgado, qui est Sherlock Holmes et qui le docteur Watson ?
— Tu en es sûr ?
— Mon ordinateur en met sa souris au feu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°218 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 03].

 

 

 

 

 

Astérix– Tome 18 – Astérix chez les Helvètes : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix– Tome 18 – Astérix chez les Helvètes

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1970/2014)

Résumé :
Gracchus Garovirus, gouverneur de Condate (Rennes), s’enrichit sur le dos de Rome : il garde pour lui la quasi totalité des impôts collectés dans sa province et organise aux frais de l’Empereur des orgies mémorables.

Aussi, lorsque le questeur Claudius Malosinus vient examiner ses comptes au nom de César, il s’empresse de l’empoisonner.

Pour se sortir de ce mauvais pas, Malosinus fait appel à Panoramix et ses recettes miracles. Toujours prêt à secourir un malade, même romain, le druide a cependant besoin d’une fleur des montagnes très rare, l’étoile d’argent (Edelweiss). Une nouvelle mission s’engage pour Astérix et Obélix, jusqu’au pays des coucous, des banques et du fromage fondu !

Critique :
— Alors, Obélix, l’Helvétie c’est comment ?
— Plat !

Oui, si vous posez la question à Obélix, c’est ce qu’il vous répondra et il n’aura pas tort puisqu’il a loupé toute la partie de l’escalade dans la montagne et la redescente  sportive qu’Astérix fit.

Pas de chance, Obélix avait bu un plein chaudron d’hydromel et a fait une grosse sieste au moment où on allait grimper la montagne.

Cet album fait partie des mes préférés (ils sont nombreux) car j’avais adoré le personnage du questeur Claudius Malosinus et les petites finauderies de Panoramix pour protéger son patient romain des envies mortifères de Gracchus Garovirus, sorte de Balkany romain amateur d’orgies.

— Mon cuisinier, justement, a préparé du boudin d’ours et des cous farcis de girafe… Je crois qu’il reste aussi des tripes de sanglier frites dans de la graisse d’ urus.
— Avec du miel ?!

Une fois de plus, les clichés sont de sorties pour leur voyage chez nos amis Helvètes, sans pour autant être méchants puisque le but est de nous faire rire avec la manière dont nous voyons les autres.

Ainsi donc, nous aurons l’inviolabilité des coffres Suisse, pardon, Helvètes, leur manie de la propreté, leur exactitude, le fromage et un petit côté « on ne s’en fait pas », « tranquille ».

[Zurix] — Mais où vous cacher ?
[Petisuix] — J’avais pensé à l’un de tes coffres dans la cave…
[Zurix] — Il faudrait ouvrir un compte.
[Astérix] — Pour nous cacher dans un coffre ?
[Zurix] — Ce que vous mettez dans le coffre ne me concerne pas. La discrétion est totale ; pour moi, vous ne serez que deux numéros anonymes. Vous prenez un coffre chacun ou un compte à deux signatures ?

[Petisuix] — Bonjour, Zurix. Je viens chercher les Gaulois.
[Zurix] —Emmène-les loin d’ici ! Ils m’ont déshonorés ! Ils m’ont obligé à mentir au sujet de l’inviolabilité de mon établissement ! J’en ai ras la marmite à fondue des Gaulois !
[Petisuix] — Du calme, Zurix. Moi, ils m’ont obligé à salir mon auberge.
[Zurix] — Ce sont des choses comme ça qui poussent à la neutralité.

— Leur manie de la propreté !… Une orgie, ça doit être sale !… Cessez de frotter, par Jupiter !

On pourra citer comme thèmes importants le fait de soigner tout le monde, même un Romain, que l’on soit Gaulois ou Helvète, ainsi que le fait de ne pas dénoncer nos deux Gaulois, même au prix de la propreté de son auberge, sans oublier la corruption et les élus qui se servent dans la caisse.

— Vous…vous me tapez dessus et vous me soignez ensuite ?
— C’est une vocation : nous secourons tous les belligérants quelle que soit leur nationalité… 

De l’humour, comme toujours, au programme, du fin, du très fin qui se mange sans faim, comme le coup du demi-chef et le gimmik récurent avec le pont détruit que les Romains ont reconstruit et qu’il faudrait prévenir les gens avec une pancarte afin qu’ils ne traversent plus à la nage.

On voit bien que nous sommes en Suisse, ce tome (qui n’est pas de Savoie) est riche, bourré de pépites, d’humour en or brut et de rythme aussi trépidant que des banquiers au salon du billet vert.

Malgré les années, il ne prend pas une ride, il est toujours d’actualité et c’est un vrai plaisir de que de relire une fois de plus (je ne les compte plus).

Et puis, le final est excellent ! Car juste avant le banquet, on mettra les chose au poing… au point !

[Romaine] — Ah, divin Diplodocus, comme tu as des idées amusantes !
[Diplodocus] — Il le faut bien dans ce pays sévère… J’ai essayé d’organiser des jeux du cirque, mais les bêtes étaient tellement bien nourries qu’elles ne voulaient même pas goûter aux condamnés !

— Ils ont des éléphants !
— Mais non ils chantent imbécile.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°153.

Il était une fois dans l’est : Árpád Soltész

Titre : Il était une fois dans l’est

Auteur : Árpád Soltész
Édition : Agullo (19/09/2019)
Édition Originale : Mäso – Vtedy Na Východe (2017)
Traducteur : Barbora Faure

Résumé :
Fin des années 1990, dans l’est sauvage de la Slovaquie. Veronika, 17 ans, est enlevée par deux hommes alors qu’elle fait du stop. Après l’avoir violée, les deux malfrats prévoient de la vendre à un bordel au Kosovo.

Mais lors du transfert, la jeune fille s’échappe, puis porte plainte auprès de la police locale.

C’est alors que les choses se compliquent : les kidnappeurs semblent bénéficier de protections haut placées, et l’enquête piétine…

Aidée de Pavol Schlesinger, le journaliste qui raconte son histoire, Veronika tente d’échapper aux trois plus grands groupes criminels de l’époque : la police, la justice et les services secrets.

Réfugiée dans un hôtel désert à la frontière ukrainienne, elle fait la connaissance du mystérieux Igor, qui l’initie à la fabrication des bombes. Car si elle ne peut obtenir justice, Veronika refuse de laisser impunis ses tortionnaires.

Et la vengeance est un plat qui se mange froid…

Critique :
L’auteur a trempé sa plume dans le vitriol car ce n’est pas le portrait idyllique et enchanteur qu’il nous livre de la Slovaquie, mais plutôt un portrait d’un pays gangrené par la corruption, les mafias, les passeurs…

Un pays qui a vu arriver le capitalisme comme une diarrhée fulgurante, un pays où tout pue encore l’ancien régime de l’URSS.

Anybref, si vous pensiez lire le guide du Routard pour trouver les endroits à visiter, passez votre chemin, fuyez pauvres fous ! C’est le genre de roman qui ne vous donnera pas envie d’y mettre les pieds.

Trafics de migrants, de femmes, prostitution, ces entreprises ne connaissent pas la crise. Tout se vend, tout s’achète, la vie humaine a un prix, les organes aussi et on en ressort avec une envie de vomir tant c’est abject. Le réalisme a un prix et la vérité n’est pas belle à voir. Ici, elle est sans maquillage.

Si l’Office du Tourisme slovaque ne dit pas merci à ce roman, les politiciens de là-bas lui garderont un chien de leur chienne.. Les flics aussi, sans aucun doute. Pareil pour les services secrets…

Quand à la Justice, ça fait belle lurette qu’elle est partie en vacances sans prévenir le personnel et elle n’est pas prête de revenir.

Cette pauvre Veronika n’a vraiment aucune chance que justice lui soit rendue après le viol ignoble dont elle fut la victime puisque le justice et la police sont tous les deux sous la coupe des services secrets et que ça repue l’ex-URSS à plein nez mâtinée de relents de la Russie.

Non, il n’est pas facile de vivre en Slovaquie, l’auteur en sait quelque chose et il ne nous parle pas de son pays en bien. J’ai déjà lu des romans noirs très noirs, mais ici, c’est plus noir que noir et cherchez pas la lueur d’espoir.

Pas de pathos, pourtant… Nous sommes dans des sujets affreux (viols, enlèvements de mineures,…) mais jamais l’auteur ne nous la joue « je fais pleurer dans les chaumières ». Le ton est froid, chirurgical, sans émotions à vous faire chialer. On aimera ou pas, il ne m’a pas rebuté.

La chose qui m’a le plus dérangé (au départ) et qui a fait que j’ai failli abandonner la lecture, c’est le côté kaléidoscopique du roman, pour ne pas dire foutraque, bordélique !

On a déjà une pléthore de personnages, désignés selon leurs rôles (le père, la victime, la journaliste, le boss, le nettoyeur, le procédurier,…) ce qui rend les choses assez compliquées à suivre, au début et on ajoute à cela un roman divisé entre passé et présent (Dans l’Est, à présent ; Dans l’Est, autrefois).

J’ai ramé au départ, j’ai failli abandonner, mais je me suis accrochée car je sentais que ce qui se trouvait dans les pages était du concentré de roman noir et je ne me suis pas trompée. C’est tellement concentré que l’on en ressort lessivé, anéanti, dégoutté du monde et le final ne nous laisse même entrevoir une lueur d’espoir.

Un roman noir très sombre, trop sombre, mais qui décrit avec réalisme un pays et une société gangrené par la corruptions à tous les étages et où les truands peuvent s’en sortir à coup de billets vert tandis que les flics ne peuvent pas vivre décemment sans tremper leur quignon de pain sec dans cette soupe de corruption.

Un roman très noir, une fiction débridée, le tout se déroulant dans un pays miné par les affaires, une corruption institutionnalisée et des détournements de fonds qui feraient passer certaines grandes affaires de nos pays pour des anecdotes marrantes.

Un roman qui met en scène un pays qui a dû faire face à l’effondrement du communisme (et l’éclatement de la  Tchécoslovaquie) et qui s’est retrouvé avec une espèce de démocratie à la mord-moi le nœud, avec un libéralisme débridé que les gens n’avaient pas connu, le tout dirigé par des élites sans foi ni loi, guidés uniquement par l’appât du gain et le profit facile.

Árpád Soltész a rassemblé dans son roman plusieurs faits divers sordides, les a mixé ensemble pour nous montrer l’envers du décor de la Slovaquie, nous permettant de regarder sous les jupes des institutions d’État telles la justice, la police et les services secrets, tous infiltrés par les gangs ou autres mafias. Croyez-moi, c’est pas beau à voir.

Un roman noir déjanté qui file la nausée tant tout est sombre, sans espoir (ou si peu), tant tout est corrompu et où ceux qui ne veulent pas manger de ce pain-là sont mis à l’écart sur une voie de garage.

PS : Journaliste d’investigation, Árpád Soltész, dirige une agence journalistique portant le nom d’un de ses confrères, abattu dans la périphérie de Bratislava après avoir enquêté sur des affaires de corruptions et de fraudes fiscales.

Une partie de cette histoire s’est vraiment produite, mais d’une autre manière. Les personnages sont fictifs. Si vous vous êtes tout de même reconnu dans l’un d’eux, soyez raisonnable et ne l’avouez pas. Les gens n’ont pas à savoir quel salopard vous êtes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°135.

De bonnes raisons de mourir : Morgan Audic

Titre : De bonnes raisons de mourir

Auteur : Morgan Audic
Édition : Albin Michel (02/05/2019)

Résumé :
Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Critique :
J’aurais peut-être dû relire le résumé avant de commencer le roman, moi… Nous sommes à Pripiat…

Pripiat ? Ce nom éveille un écho en moi…

Tout à coup, les sirènes d’alerte retentissent dans mon crâne : je suis dans la ville fantôme, à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl et je n’ai pas de compteur Geiger avec moi, ni aucune protection.

Irradiée j’ai été.

Ce thriller m’a irradié, en effet. Un thriller qui mélange allègrement le roman policier, le roman d’action, d’espionnage, de roman noir, d’écologie, de guerre civile, de conflits entre peuple frères et de folie Humaine.

La recette est excellente, imparable, on dévore le roman même si, parfois, devant certains comportements, on a envie de vomir.

M’emmener en Russie dans un roman, c’est déjà me conquérir une fois, mais me faire passer la frontière Ukrainienne pour me déposer en zone d’exclusion, me parler un peu de politique, de conditions sociales, de l’ex-URSS et de l’accident d’avril 1986, c’est m’offrir des pralines délicates sur un plateau en or massif. Je me suis régalée.

Ne me demandez pas ce que je faisais le 26 avril, nuit de la catastrophe, je n’en ai plus aucun souvenir ! Trop jeune pour m’en souvenir et sans doute plus intéressée par les dessins animés que l’actualité, même brûlante.

L’auteur a mis les petits plats dans les grands, a soigné ses personnages, a soigné sa mise en scène, a soigné les décors à tel point que j’avais l’impression d’être à Pripiat, ce qui m’a fait flipper grave quand même.

D’ailleurs, j’ose le dire, durant toute ma lecture, j’ai flippé, mes tripes se sont serrées, j’ai eu mal au coeur, même si j’ai pris mon pied littéraire. Hélas, tout n’est pas que fiction et penser à quoi nous avons échappé alors que d’autres n’avaient pas d’échappatoires ou n’ont même pas survécu, ça fait froid dans le dos.

La plume est caustique, amère, le constat est sans fard, non maquillé et tout en suivant les enquêtes d’Alexandre Rybalko et de Melnyk, l’auteur nous dresse un portrait au vitriol de la Russie et de l’ex-URSS. Pas en mettant en cause le pays ou ses habitants (bien que certains…), mais ses différents dirigeants qui se sont succédé et qui ont foutu la vérole à tous les niveaux.

Anybref, la plume de l’auteur sait très bien vous expliquer les petits travers de l’Homme, les corruptions, les magouilles, les secrets bien gardés, les bassesses et tout ça tourne toujours autour du pouvoir et surtout de l’argent.

Glaçant… Oui, le roman est glaçant, tout en étant magnifique. Rien ne nous est épargné et l’auteur à l’art et la manière de nous faire comprendre la noirceur humaine, même si on la connait déjà.

Un thriller roman noir dur, froid, âpre, intelligent et des plus instructifs. Le dosage entre la politique, la psychologie, l’écologie, l’enquête, la corruption, le passé et le présent est savamment dosé et aucun ingrédients ne prend le dessus sur les autres.

En fait, c’est plus qu’un simple thriller, plus qu’un simple polar, plus qu’un simple roman noir, plus qu’un roman historique. C’est tout ça à la fois et c’est bien plus encore.

Sortez vos compteurs Geiger et aventurez-vous dans la zone d’exclusion en retenant votre souffle afin de ne pas soulever trop de poussières radioactives…

Avec amertume, il se dit que le monde se souvenait de dictateurs, de joueurs de foot brésiliens et d’artistes peignant des carrés blancs sur fond blanc, mais que personne ne pouvait donner le nom d’un seul de ces hommes qui avaient sauvé l’Europe d’un cataclysme nucléaire sans précédent. Qui connaissait Alexeï Ananenko, Valeri Bespalov et Boris Baranov ? Qui savaient qu’ils s’étaient portés volontaires pour plonger dans le bassin inondé sous le réacteur 4, pour activer ses pompes et le vider de son eau avant que le cœur en fusion ne l’atteigne ? Qui savait que si le magna d’uranium et de graphite s’était déversé dans le bassin, il se serait produit une explosion de plusieurs mégatonnes qui auraient rendu inhabitable une bonne partie de l’Europe ? Qui le savait ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°133.

Couleurs de l’incendie : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Couleurs de l’incendie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2018) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Critique :
Mais qu’est-ce que l’auteur allait bien pouvoir nous raconter alors que le volume précédent semblait mettre fin à tout l’histoire ?

Mais une autre histoire, pardi, avec des personnages qui étaient « secondaires » dans la première, les faisant passer de figurants importants à premiers rôles, notamment Madeleine.

♫ Madeleine c`est mon Noël ♪ C’est mon Amérique à moi ♫ Même qu`elle est trop bien pour moi ♪

Pourtant, ma lecture avait mal commencé, si on peut dire…

Dès le départ, le ton utilisé semblait être burlesque, comme si ce qu’il nous décrivait était une comédie. Hors, devant mes yeux horrifiés se jouait un drame. Un terrible drame qui se joua aussi devant les témoins impuissants de la scène mais ces derniers semblaient se comporter comme des poules, caquetant pour rien, jouant les égoïstes.

STOP ! J’ai fermé les yeux, rassemblé mes deux neurones et imaginé la scène… Naïve que j’étais encore ! Nous étions face à des êtres humains, autrement dit, une belle bande d’égoïstes de tout poil, ne pensant qu’à leur nombril. Comportement hélas des plus réalistes.

Puis, emportée par la foule ♪ qui nous traîne ♪ Nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre ♫ Nous ne formons qu’un seul corps ♫ Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre ♪ Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux ♫

Oui, j’ai été emporté par l’océan furieux de Lemaître, par cette histoire qui m’a permis de faire connaissance avec Madeleine qui était bien en peine, face à des requins qui rôdent autour d’elle, attiré par le fric, par le flouze, pas le pèze. Faut qu’elle le crache.

Flamboyant ! Bordel de nom d’une pipe avalée, j’ai pris mon pied littéraire avec les personnages, qu’ils soient dans le camp des pourris ou de ceux qui tentent de s’en sortir.

La profondeur était là, les portraits étaient réussis, soignés, chacun ayant son rôle dans cette histoire. La pièce se jouait et tous les acteurs étaient parfaitement à leur place.

Vitriol ! Oui, c’est le mot, l’auteur a trempé sa plume dans le fiel et ça casse, ça casse,  sur la bonne société française… Savoureux ! Caustique ! Truculent !

Les puissants, les nantis, les bourgeois, les bien-pensants, les politiciens… Bref, on tape sous la ceinture, mais avec grâce, avec classe et on a envie de se lever pour demander « encore ».

Madeleine n’ira sans doute pas manger des frites chez Eugène mais elle a savouré un autre plat, celui qu’on préconise de savourer froid, même si elle l’a dégusté tiédi. C’était pas du Edmond Dantès mais c’était terriblement bien ficelé quand même.

Lyrique ! À un moment, j’ai pouffé de rire, j’ai failli m’étrangler en retenant cet éclat que j’aurais mieux fait de libérer, mais trop tard.

Je m’en voudrais aussi de ne pas parler des décors, plus vrais que nature et de l’arrière-plan historique, parce que nous sommes dans l’entre deux-guerres, on a le capitalisme, le fascisme, la montée du nazisme avec un certain moustachu de sinistre mémoire qui vient d’arriver Chancelier et qui, d’ici quelques années, fera chanceler l’Europe et le Monde…

Un roman Historique flamboyant, des personnages à leur place, soignés, des détails historiques qui donnent plus de réalisme à l’histoire, un univers riche, un style caustique, ironique et un rythme de narration qui ne laisse jamais le temps de bailler.

Lemaître n’est pas un auteur qui commence sur les chapeaux de roues pour terminer bien avant, sur les jantes. Non, il commence en fanfare et durant tout le concert, jamais il ne faiblit ! Je suis debout et j’applaudis.

Bianca, avec qui je faisait cette LC, applaudit aussi à tout rompre à mes côtés. Nous sommes prêtes pour le troisième tome qui, on l’espère, fera aussi l’objet d’une LC.

Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands lorsque les circonstances s’y prêtent.

Pour un banquier, la faillite d’un établissement de crédit, c’est comme un deuil familial.

– Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. « Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu’est-ce qu’on fera ? »
– Vous commencez à m’emmerder avec vos citations !
– C’est vous qui l’avez écrit, monsieur le président. Pour votre campagne électorale de 1928.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°124.