[SÉRIES] Witness for the Prosecution – Témoin à charge : D’après Agatha Christie (2016)

La célèbre nouvelle d’Agatha Christie Témoin à charge (The Witness for the Prosecution), brillamment filmée au cinéma en 1957 par Billy Wilder, avec dans la distribution Tyrone Power, Charles Laughton et Marlene Dietrich a été adaptée en série par la BBC.

D’ailleurs j’ai appris que ceux qui sont attachés à la version de Billy Wilder risquaient de rencontrer quelques difficultés pour s’immerger dans la nouvelle. N’ayant pas vu le film ni lu la nouvelle, j’étais vierge de tout.

Cette excellente production britannique, France 3 l’avait diffusée un soir de réveillon de Noël et je ne l’avais pas vue.

La faute est réparée car je viens de la visionner (seulement ??), alors qu’elle était sur mon DD depuis longtemps (comme plein d’autres). No comment.

L’histoire :
Londres, 1923. Une riche héritière, Emily French, est retrouvée morte dans sa demeure londonienne. Une enquête est alors ouverte pour découvrir qui est le meurtrier. 

Accablé par la pauvreté et la culpabilité, John Mayhew (Toby Jones) mène une existence grise et sans passion. Le cas de Leonard Vole (Billy Howle)accusé du meurtre de Emily French, change tout pour cet avocat épuisé.

Persuadé de l’innocence de Leonard, il se lance à corps perdu dans le procès pour l’innocenter. Son seul témoin est Romaine Heilger (Andrea Riseborough), la « femme » de Leonard, mais celle-ci est pleine de surprises.

Tout accuse le jeune homme, et cette femme, froide et désinvolte, ne confirme pas son alibi. Pourtant, il clame son innocence avec force.

Convaincu de la sincérité de son client, John Mayhew met toutes ses forces dans la bataille. Alors que tout semble perdu, un témoignage inattendu vient tout bouleverser…

Ce que j’en ai pensé :
La vache ! Quelle mini-série étouffante !

Dans le bon sens du terme, il va de soi car les scénaristes ont été assez loin dans la psyché des différents personnages, nous faisant entrer dans une certaine intimité qui était nécessaire pour parfaire le final qui lui était… Inattendu ?

Hé, c’est d’Agatha Christie, ça doit être inattendu, le final, ça doit clasher, nous trouer le cul et je vous jure que ça vous le troue, si vous n’aviez jamais lu la nouvelle (le final de la série s’éloigne fort du film et du livre).

La série commence par la rencontre entre deux personnages, sur fond de Première Guerre Mondiale avant de basculer dans les années un peu folles, celles des années 20.

Madame French est une dévoreuse de mecs, elle doit avoir le feu à un certain endroit et tous ces pompiers volontaires ont pour mission de lui éteindre ce qui enflamme sa broussaille mais rien à faire, le lendemain, elle en cherche un nouveau car c’est une femme riche et capricieuse.

Une qui n’aime pas trop ça, c’est sa bonne. Vu ainsi, on la dirait amoureuse de sa patronne ou trop protectrice, pire qu’une louve. Vous pensez bien que lorsque Leonard Vole est ramené par Emily French et qu’il revient les jours suivants, ça ne fait pas plaisir au Cerbère qu’est sa bonne.

Quand on découvre le cadavre de la cougar French, vous imaginez qui est en tête des suspects ?

Un Agatha Christie que je ne connaissais pas, comme quoi, je ne sais pas tout… Une fois de plus, la Reine du crime joue avec les codes du polar et nous retourne pour mieux nous surprendre, mieux nous époustoufler, mieux nous faire dire « oh putain ».

La BBC sait comment filmer les scènes extérieures pour leur donner leur cachet so british, poussant le vice jusqu’à nous montrer le temps merdique qu’il fait chez eux, faisant tousser John Mayhew comme un rachitique.

Le côté années folles (années 20) ajoute quelque chose de plus à cette mini-série qui avait déjà tout pour elle : les décors, les personnages, les acteurs, leur talent, leur manière de se glisser dans la peau de leur personnage et le scénario béton armé de madame Christie, même s’ils ont changé un peu le final, le rendant encore plus époustouflant et horrible.

Lorsque je suis arrivée dans les dernières minutes, ma mâchoire était décrochée et j’ai eu du mal à la remettre en place.

Les Anglais sont forts pour les séries d’ambiance !

et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Qui a tué Roger Ackroyd ? : Pierre Bayard

Titre : Qui a tué Roger Ackroyd ?

Auteur : Pierre Bayard
Édition :

Résumé :
Même s’ils n’ont pas lu le chef-d’oeuvre d’Agatha Christie, Le Meurtre de Roger Ackroyd, de nombreux lecteurs, surtout parmi les amateurs de romans policiers, connaissent le procédé qui l’a rendu célèbre et croient pouvoir affirmer : l’assassin est [no spolier]. Mais est-ce si sûr ?

Comment se fier à un texte où les contradictions abondent et qui s’organise autour [no spolier], celui du [no spolier] ?

Et qui peut dire qu’Hercule Poirot, dans son euphorie interprétative, ne s’est pas lourdement trompé, laissant le coupable impuni ?

Roman policier sur un roman policier, cet essai, tout en reprenant minutieusement l’enquête et en démasquant le véritable assassin, s’inspire de l’œuvre d’Agatha Christie pour réfléchir sur ce qui constitue la limite et le risque de toute lecture : le délire d’interprétation.

Critique :
Mais oui, QUI a tué Roger Ackroyd nom d’un petit bonhomme (en mousse ? Heu non)

Chez nous, en Belgique, ce « QUI ? » fait de suite référence à un de nos homme politique, le Vieux Crocodile, autrement dit VDB qui après son enlèvement avait dit « QUI m’a enlevé ». On en avait même fait une chanson.

Mais trêve d’histoire Belgo-Belge et revenons à nos Anglais, pas encore brexité à cette époque et au meurtre de ce bon vieux Roger Ackroyd où la mère Agatha nous avait bien entubé tout au long du roman, la vilaine (pour notre plus grand plaisir), brouillant les pistes et nous mystifiant jusqu’aux dernières lignes.

Oui mais d’après l’auteur, le coupable désigné par Hercule Poirot n’est pas le bon ! Mais si ce n’est pas lui, alors, qui est-ce ? (célèbre jeu de société). Si ce n’est toi, c’est donc… Bon sang, mais c’est bien sûr !

Bon, j’aurais pu m’abstenir de lire son essai car j’ai vu venir le coup de loin, le seul autre coupable qui sortait de l’ordinaire était… [No spolier]. Et bingo ! J’ai gagné.

Amis lecteurs et amies lectrices, gaffe ! Ne lis pas cet essai si tu n’as pas déjà découvert une grosse partie de l’œuvre d’Agatha Christie, ou du moins, les plus célèbres de ses romans parce que monsieur Bayard, chevauchant le cheval du même nom, dévoile des noms de coupables à tour de bras !  Savoir leurs noms gâcherait le plaisir de lecture future.

Analysant le roman, l’auteur ne se prive pas de mettre en avant les incohérences, notamment de temps, prouvant par A+B que cette personne n’aurait jamais eu le temps de mettre tout cela au point !

Sans compter que niveau courage de tuer, il avait tout d’un mou du genou, qu’il aurait pu s’éviter un meurtre, les preuves le dénonçant du chantage commis étant faibles (et venant d’une suicidée criminelle), sans compter qu’il aurait pu même nier être le coupable, Poirot n’ayant que peu de preuves, donc, il pouvait dormir sur ses deux oreilles.

Quid alors ? Poirot aurait-il abusé de la tisane à base de citrouilles au point de se planter autant et de négliger l’interrogatoire d’un personnage présent mais que personne au grand jamais n’inquiète par des questions (du jamais vu dans les romans de la mère Christie) ? Ben oui…

Si la partie qui dévoile le véritable coupable est intéressante de par son étude sérieuse et qui s’appuie sur le récit même, si la première partie qui analyse certaines histoires d’Agatha Christie est tout aussi intéressante, j’ai eu tendance à piquer du nez une fois qu’il est entré dans la partie intitulée « DÉLIRE » parce que la psychanalyse, c’est pas ma tasse de café.

Qu’on soit ou non d’accord avec la théorie de l’auteur, force est de reconnaître qu’il a tout pris en compte, notamment le temps nécessaire à la réalisation du crime, le double texte de la narration, les omissions, les ellipses, les phrases ambiguës, le caractère propre à chaque personnage, les mobiles, les alibis et que son analyse tient la route.

Néanmoins, les lecteurs n’aiment pas trop qu’on leur mette le nez dedans en lui démontrant qu’ils ont cru Hercule Poirot et sa brillante théorie alors que lui-même s’est foutu le coin de la moustache dans l’oeil !

Mais ce n’est pas pour cela que le livre perd des plumes, c’est juste que la partie psychanalyse m’a un peu endormi, mais je suis sûre qu’elle comblera les amatrices (amateurs) du genre et fan d’Œdipe-roi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01] : Dror Mishani

Titre : Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01]

Auteur : Dror Mishani
Édition : Seuil (2014) / Points Policier (2015/2018)
Édition Originale : Tik N’Edar (2011)
Traducteur : Laurence Sendrowicz

Résumé :
Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait.

Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District.

Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Critique :
La littérature me fait voyager beaucoup, mais je n’avais encore jamais mis les pieds en Israël, hormis en lisant la Bible, c’est vous dire si ça fait un sacré bail !

Le dépaysement n’a pas été trop difficile, la seule chose qui me fasse sans cesse repenser que j’étais en Israël était le fait qu’ils soient en congé le samedi et que la semaine commence le dimanche, sinon, on ne peut pas dire que j’ai vraiment découvert le pays.

Pire, Avi Avraham est venu à Bruxelles durant son enquête, alors là, pour le dépaysement, on repassera, je me suis tapée la Grand-Place, la rue du Midi, le bar joyeux de l’Homo Erectus et autres endroits connus.

Malgré tout, c’était une sacré découverte que ce commandant de police un peu lymphatique qui pense que les crimes spectaculaires, c’est bon pour la littérature, que la plupart des résolutions des polars sont fausses et qu’en plus, en Israël, on n’a même pas de littérature policière tant les crimes sont simples à résoudre.

— Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? lui demanda-t-il soudain.
— Pardon ?
— Oui, pourquoi ? Pourquoi, chez nous, on n’écrit pas de romans comme ceux d’Agatha Christie ou comme La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
— Je ne m’y connais pas tellement en livres.
— Eh bien, je vais vous dire pourquoi. Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c’est une question de statistiques.

Raté mon pote ! Partant d’un mauvais pied, notre commandant ne va pas donner de l’importance à cette disparition et tout le reste de l’enquête, il sera à côté de la plaque, se disant qu’il a raté quelque chose, mais quoi ?

Avi Avraham n’est pas vraiment un personnage de littérature que l’on appréciera du premier coup, on est loin du commissaire Kostas Charitos qui éveille moult sympathies et durant tout le roman, aucun personnage ne viendra me titiller l’empathie ou la sympathie.

Pourtant, ce roman a de la puissance dans ses pages, dans la manière dont l’enquête progresse (du sur place !), dans la manière dont les différents interagissent entre eux et si je ne devais n’en retenir qu’un seul, ce serait le prof d’anglais, Zeev Avni, un être tourmenté, qui se cherche, qui a un passé trouble, d’après les petites infos qui filtrent ou du moins, il semble donner cette idée de par son comportement.

Voilà un personnage secondaire (Zeev) qui devient quasi plus important que le principal, notre commandant dont le prénom est le même que son nom de famille, comme si ses parents avaient bu en le déclarant ou n’avait pas fait preuve d’intelligence sur ce coup là. Avraham Avraham, j’vous d’mande un peu !

Mais revenons à nos moutons, ou à notre ado disparu, sans argent, sans papiers, sans vêtements de rechange et une mère qui est désemparée mais un peu à l’ouest elle aussi…

Des tas de résolutions tournaient dans ma tête, dont une me plaisait bien, une dont j’étais sûre que c’était la bonne… RATÉ ! Loupé royalement et j’ai terminé sur mon cul, avec le dégoût au bord des lèvres, l’envie de vomir…

L’auteur a réussi à me tenir en haleine avec un rythme qui n’a rien de trépidant, juste avec ses personnages hors norme, énigmatiques, qui ne se comportent pas comme on a l’habitude de la voir et avec une résolution d’enquête qui a tout du génie niveau piège tendu.

Un final inattendu, et qui, comme le célèbre Kiss Cool, possède un double effet, un double uppercut, parce que un, ce n’était pas suffisant, ce qui fait que je me suis retrouvée à la fin de mon roman avec la bouche ouverte en cul de poule et ne sachant pas trop à quel saint me vouer pour obtenir le fin mot de l’histoire, bien que je suspecte fort que ma compatriote venue de Bruxelles en vacances nous a donné le fin mot de  l’histoire.

Un roman policier que j’ai pris plaisir à découvrir car il était différent de ceux que j’ai lu, mais pas garanti que je reviendrai au commandant Avraham Avraham car j’en ai encore bien d’autres à découvrir.

PS : un roman que ma copinaute de Lc, Rachel, n’a pas apprécié et qu’elle ne chroniquera pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec nos quelques LC, mais nous ne sommes jamais raccord ! mdr 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

L’étrange incident : Walter Van Tilburg Clark

Titre : L’étrange incident

Auteur : Walter Van Tilburg Clark
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : The Ox-Bow Incident (1940)
Traducteur : Camille Guéneux

Résumé :
Lorsque, un jour de printemps, la nouvelle d’un vol de bétail et de l’assassinat du jeune et populaire cow-boy Kinkaid se répand, les hommes de Bridger’s Wells forment une milice pour venger ce crime.

Mais est-ce vraiment dans l’intention de rendre justice à l’un des leurs et de reprendre le bétail volé ? En moins de 24 heures, cette affaire en apparence simple dévoilera la psychologie complexe d’une communauté isolée et livrée à elle-même.

Huis-clos au grand air, ce western, déjà traduit par Gallimard en 1947, que nous publions dans une version révisée, rend palpable la vie des cow-boys au milieu du XIXe siècle dans une vaste région d’élevage au sud-ouest des États-Unis.

À travers le récit d’un témoin direct des agissements de ce groupe violent, Walter Van Tilburg Clark dresse le portrait d’hommes égarés et dénonce justice expéditive et tyrannie de la majorité.

Critique :
L’effet de la meute… Tout le monde en a au moins fait une fois les frais dans sa vie ou pire, a hurlé avec la meute et ne se souvient plus trop bien du pourquoi du comment.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, il est facile et rapide de rameuter la meute et de la faire hurler sur n’importe qui à propos de n’importe quoi, généralement une chose que cette personne à dite ou à faite et qui nous met en rage, alors qu’on devrait laisser couler.

Ici, un jeune garçon arrive tout affolé parce qu’on a tué un cow-boy du rancher Dew : Kinkaid. De plus, ces derniers temps, bon nombre de vaches ont été volées.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase et monter la pression est le fait qu’on ait tué ce cow-boy et volé une soixantaine de bêtes. 28 cavaliers vont se mettre sur la piste des voleurs et assassins, le tout sans aucune accréditation aucune du shérif, au mépris de toutes les règles et avec l’intention de les pendre haut et court.

Les suiveurs, tel un troupeau de vaches mené par celle qui est dominante, suivront les meneurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure et la majorité l’emportera toujours sur la minorité…

— […] Nous ne sommes pas des Indiens qui se contentent d’une misérable et lâche vengeance. Nous voulons la justice, et la justice ne s’obtient ni par la hâte ni par la colère.

Sherlock Holmes se méfiait des émotions et il avait raison : les émotions telles que la haine, la rage, la colère, vont aveugler ses hommes et les mener à une expédition que bon nombre n’auraient jamais accompli si ont leur avait donné le temps de réfléchir et s’ils n’avaient pas eu peur de passer pour des lâches, pour des mauviettes, devant les autres.

La plupart des hommes ont peur par-dessus tout d’être pris pour des lâches, et la lâcheté physique est pire à leurs yeux que la lâcheté morale. On peut cacher la lâcheté morale sous un tas d’arguments bruyants, mais même un animal sent quand un homme a peur. Si la rareté fait le prix d’une chose, le courage moral est alors d’une qualité cent fois supérieure à celle du courage physique.

Ne pas y aller aurait été perçu comme un acte de lâcheté, alors, tout le monde y est allé sans écouter une seule fois la voix de la raison. Un meurtre avait été commis, du bétail volé, il fallait des coupables, des boucs-émissaires pour passer sa rage dessus…

Ce western sombre met du temps à se mettre en place, la première moitié du roman servant à mettre en place les deux protagonistes principaux, Art Croft et son ami Gil  Carter, ainsi qu’une partie de ceux qui composeront cette bande de joyeux lyncheurs, occupés à attendre au carrefour que le posse comitatus (*) soit au complet.

[…] il suffisait de se mettre assez en colère pour ne pas avoir peur d’être dans son tort. Et c’était bien ce qu’ils étaient tous en train de faire. Chaque fois qu’un nouveau cavalier arrivait, ils le dévisageaient, comme s’ils le haïssaient, comme s’ils trouvaient qu’il commençait à y avoir trop de monde. Et il continuait d’en arriver ! Chaque minute qui passait rendait l’intervention de Davies plus ardue.

La seconde partie fait monter la pression, on sait qui sont les meneurs, on sait qui sont les hommes pas très chaud pour cette justice expéditive et une fois les hommes trouvés, là, on atteint des sommets niveau battements du cœur.

L’effet de meute joue en plein et l’auteur fustige cela en poussant loin la psychologie des personnages, leurs idées, leurs pensées, leurs dialogues, leurs actions. Muet, on assistera à l’horreur de l’acte au petit matin blême, dans un froid piquant, ne sachant pas trop quelle position adopter tant l’ambiance est malsaine et oppressante.

— Vous vous moquez pas mal de la justice, lui lança Martin. Ça vous est bien égal de pendre des innocents ou des coupables ! Vous n’en faites qu’à votre tête. Quelqu’un s’est fait voler quelque chose et il faut qu’un autre en subisse les conséquences. Vous ne voyez pas plus loin que ça.

Un lecture que j’ai terminée sur les genoux, dégoutée de l’Humain, le souffle court une fois la pression retombée, avant que l’auteur ne me repique avec une discussion entre Croft et Davies, le plus modéré de l’histoire expliquant que tout le monde avait déjà trouvé qui rendre responsable de tout ceci, oubliant déjà que personne ne les avait obligé à aller rendre justice eux-même et qu’ils y étaient parti avec cette volonté de pendre des hommes…

On peut se sentir terriblement coupable sans avoir rien fait, quand les gens qui se trouvent avec vous ne vous font pas confiance.

Il démontra que c’était tout aussi vrai quand ce mépris de la loi vient d’un chef ou d’un peuple. Il se propage alors comme une maladie, dit-il, et devient infiniment plus meurtrier, quand la loi est dédaignée par des hommes qui prétendent agir au nom de la justice, que quand elle est simplement inefficace, ou même quand ceux qui sont élus pour l’administrer sont des hommes malhonnêtes.

Un western noir rempli d’émotions à l’état brut, une piqûre envers la société américaine qui n’interdit le lynchage qu’en 1946 et un livre qui malgré son âge (édité en 1940), a toujours des relents de réalisme tant cet effet de meute est toujours présent, les lynchages se faisant médiatiquement, maintenant, avec toutes les conséquences graves qui peuvent en découler.

— Pas si directement que ça, me répondit-il, pas si ouvertement. Nous le faisons, parce que nous sommes dans la meute, parce que nous avons peur de ne pas être acceptés dans la meute. Nous n’osons pas montrer notre faiblesse à la meute. Nous n’osons pas résister à la meute.

L’Homme sera toujours un prédateur pour l’Homme, ne s’attaquant pas au plus faible, mais à celui qu’il jalouse, qui lui fait de l’ombre… Tout en se donnant moult justifications pour expliquer son geste.

— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[…] Ce que chacun de nous désire le plus passionnément est la puissance. Si on osait, on laisserait tomber la meute. Mais on n’ose pas, alors on s’en sert, on la manipule pour qu’elle nous aide à perpétrer nos petits massacres. Nous nous sommes rendus maîtres des chevaux et du bétail. Maintenant il nous faut dominer notre prochain, faire de l’homme un animal domestique. Le tuer pour nous en nourrir. Et plus la meute est petite, plus la part de chacun est grande.

[…] Je vous dis qu’elles sont pires que des loups. Elles ne se débarrassent pas des impotentes, elles se débarrassent des meilleures. Elles s’associent pour faire tomber celles qui ne veulent pas se mêler à leurs sales ragots, celles qui ont plus de beauté, de charme, d’indépendance, de tout ce qu’elles n’ont pas. 

(*) Le posse comitatus est le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Coin perdu pour mourir : Wessel Ebersohn [Yudel Gordon – 1]

Titre : Coin perdu pour mourir

Auteur : Wessel Ebersohn
Édition : Payot et Rivages (02/09/1994)
Édition Originale : A lonely place to die (1979)
Traducteur : Nathalie Godard

Résumé :
Le fils d’un politicien important meurt après avoir mangé des champignons vénéneux. Un domestique noir, qui a manifestement perdu la raison, est inculpé.

Mais Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, refuse cette version des évènements. Pour prouver l’innocence du simple d’esprit, il se rend dans une ville reculée de province afin d’interroger des parents et des amis de la victime, ainsi que la presse locale. Il doit alors faire face à un milieu hostile, effrayant, meurtrier.

Longtemps interdit en Afrique du Sud, Coin perdu pour mourir a pour héros Yudel Gordon, un psychiatre attaché à l’autorité judiciaire, découvert dans « La nuit divisée » et retrouvé dans « Le cercle fermé ».

Critique :
Tous les champignons sont comestibles, certains une fois seulement (© Coluche).

Et c’est ce qui est arrivé à petit patron Marthinus : tout le monde au repas à mangé des champignons et lui seul est mort empoissonné.

Si le coupable est tout trouvé, Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, trouve que le profil ne correspond pas, car Muskiet n’a pas l’eau et le gaz à tous les étages, de plus, c’est un impulsif, pas un type qui prémédite un crime avec du poison.

Alors, notre psychiatre va enfourcher sa tenue de détective et se rendre à Middelspruit. Si vous voulez savoir où elle se trouve, c’est en Afrique du Sud, le pays de l’Apartheid.

— Le jour avant que petit patron Marthinus est mort je vois Muskiet au kraal du bétail. Muskiet, son visage est gros comme si on l’a tapé. “Muskiet, qu’est-ce qui se passe ?” je dis. Muskiet me dit : “Anna, il m’a frappé encore. Le vieux patron Marthinus il me frappe jamais. Je veux pas que ce maudit crétin me frappe. Je le tue. Il croit que Muskiet est l’idiot. Je le tue.”

Yudel est Blanc et Muskiet Lesoro est Noir, c’était un kaffir. La victime était le fils de Marthinus Pretorius, l’employeur de Muskiet, un Afrikaner. Yudel est juif aussi… Je pense que tout est dit.

À la lecture de ce livre, je peux comprendre qu’il ait été interdit en Afrique du Sud (publié en 1979) car il démontre le côté patriarcal de cette société où on écoute la voix de l’ordre établi et où, comme à l’armée, les inférieurs aiment faire sentir aux plus inférieurs qu’eux, leur petite supériorité.

Quand on vivait, comme eux, dans une société patriarcale, quand on y avait grandi, on écoutait la voix de l’ordre établi, on emboîtait le pas au membre du Parlement, au dignitaire de l’Église, à son officier supérieur ou au premier venu installé une marche plus haut sur l’échelle sociale. On ne remettait jamais en question le point de vue de ceux du dessus, et on n’oubliait jamais sa place dans la hiérarchie. On ne laissait jamais non plus ceux d’en dessous oublier la leur.

— Ne t’inquiète pas, ils savent reconnaître l’autorité quand ils la voient. Comme tu me l’as toujours fait remarquer, on vit dans une société patriarcale.

Dans ce genre de roman noir, le crime n’est qu’un prétexte pour nous décrire le mode de fonctionnement de la société, pour nous expliquer les hiérarchies, pour nous démontrer que la corruption gangrène le tout et que la loi de l’Homme Blanc est plus forte que celle du pauvre Homme Noir.

C’était un phénomène fâcheux, qui voulait que les crimes commis par les gens de votre bord soient toujours moins odieux que ceux des autres. En poussant le raisonnement à l’extrême, on arrivait à dire que les gens de son propre groupe n’avaient jamais tort. Freek semblait vouloir justifier cette mini-vague de terreur. Qu’on n’ait arrêté personne ne paraissait pas le troubler. Si les choses se calmaient, on oublierait et tout irait bien. Les catholiques auraient peut-être dû bâtir leur monastère ailleurs, là où ils étaient les bienvenus.

Que la loi des flics est celle qui prévaut et que si Yudel tente d’y échapper, il risque de se faire tirer les bretelles, et méchamment en plus.

— Vous ferez ce que je vous dirai de faire. Et n’essayez pas de me faire passer pour un abruti.
— Pas la peine, sergent, vous vous en sortez très bien tout seul.
— Ne jouez pas au con, cria le sergent, ou je vous embarque, putain ! J’en ai rien à foutre que vous travailliez pour le Bureau des prisons. Pour moi c’est de la merde.
— Si vous savez qui je suis, pourquoi m’avoir demandé mon nom ? Et ne vous vantez pas, sergent, vous n’allez pas m’arrêter. 
Face à l’aplomb de Yudel, qui laissait supposer des appuis en haut lieu, l’assurance et la fureur du sergent commençaient à s’évanouir.

De tous les côtés on lui mettra des bâtons dans les roues et il lui faudra beaucoup de pugnacité pour mener cette enquête à bien. J’avais capté avant lui, mais cela n’a rien enlevé de mon plaisir, puisque j’étais prises dans les rets de cette société horrible qu’est celle de l’apartheid.

Entre autres, il y avait le fait indéniable que les lois du pays et l’efficacité sans relâche des forces de police veillaient à ce qu’aucun Noir ne dépasse les limites. S’il le faisait, on lui démontrait aussitôt son erreur et il l’oubliait rarement.

Ici, les Blancs, les Afrikaners, refusent la moindre avancée des droits civiques pour la population Noire. Des droits ? Et puis quoi encore ? Ici, tuer un Afrikaner est un crime, tuer un Noir ne l’est pas. Quant à tuer un psychiatre Juif, ce ne serait pas grand mal non plus, juste un simple homicide.

Tuer un Afrikaner était un crime. Tuer un Juif, rien de plus qu’un vulgaire homicide. Mais N’Kosana était noir. Le tuer ne correspondait à aucun crime défini.

L’auteur balance du lourd, trempe sa plume dans l’acide et rajoute une couche en nous parlant du Boere Nasie, cette organisation visiblement engendrée par un besoin névrotique de pouvoir, ou par la peur de le perdre, car une fois qu’on a le pouvoir et le dessus sur les autres, on aimerait pas qu’il nous chipe des doigts et se retrouver sous la botte de ceux que l’on nommait « inférieur » avant.

Ils m’ont fait penser à ces américains qui ont voté pour Trump parce qu’ils ont peur de ces étrangers qui réussissent mieux qu’eux ou les enfants, que ce soit à l’école ou dans la vie professionnelle.

Ce roman a beau dater de 1979, je l’ai trouvé très juste dans son analyse qui s’applique toujours à notre époque, même si, depuis, l’Afrique du Sud a eu un président Noir et les États-Unis aussi.

La fonction du Ku Klux Klan dans le sud des États-Unis était implicite, dans le mécanisme étatique de l’Afrique du Sud. Les Blancs rétrogrades ne s’étaient jamais sentis menacés au point de former une telle organisation. Ils se reposaient sur la certitude que le pouvoir et l’autorité se dressaient entre eux et les hordes noires.

Yudel savait qu’il n’y avait pas plus borné qu’un fanatique qui croyait sincèrement en sa cause – et pour cette raison, pas plus dangereux.

Un roman noir fort, puissant, qui décrit avec précision le système en vigueur en Afrique du Sud, surtout dans les petites villes où l’apartheid était encore plus prononcé, où les Noirs partaient bosser très tôt le matin, rentraient tard le soir, éreintés à force de courber l’échine, et où ils n’avaient pas le droit de se trouver au-delà d’une certaine heure dans les quartiers des Blancs.

[…] la certitude que tout ce qui était noir aurait déblayé les rues de Middelspruit pour Phontomol avant le couvre-feu de neuf heures.

Un schéma sud-africain classique. Pas une ville qui n’ait sa banlieue noire. Sans elle, où le magasin trouverait-il son livreur, le dépôt de charbon son ouvrier, ou Mrs van Schalkwyck sa bonne ?

Un auteur et un roman noir à découvrir, ne fut-ce que pour frémir et s’enrichir afin de ne jamais reproduire cela.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°19 Figure jaune- Livre à couverture dominante jaune) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

[SÉRIES] Columbo – Saison 4 / Épisode 4 – Eaux troubles

Dans mon article précédent sur le lieutenant Columbo, j’avais oublié de citer un épisode que j’adore aussi « Eaux troubles » (Troubled Waters) et qui me fait penser à « Mort sur le Nil » d’Agatha Christie car nous avons un blessé à l’infirmerie, et donc, incapable de commettre un crime. L’alibi parfait, non ?

Le plaisir de cet épisode est que madame Columbo a gagné une croisière sur un somptueux bateau, pardon, un navire, et donc, nous allons nous transformer en arpenteur de coursives, cherchant soit « sa femme », ou menant l’enquête, les cheveux au vent.

Dans cet épisode, on peut reconnaître John Steed, celui de la série Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), enfin, je veux dire Patrick Macnee, ainsi que Robert Vaughn (Les Sept Mercenaires) et Bernard Fox qui jouait le rôle du Détective en chef William Durk lorsque notre lieutenant à l’imper froissé était à Scotland Yard, ainsi que le Dr Watson aux côtés de Stewart Granger dans un « Hound of the Baskervilles », téléfilm de 1972.

Columbo sur un navire, ça vaut son pesant de canots de sauvetage ! Columbo face à un corps mort (pour des cormorans), ça donne un visage pâle et une envie de vomir, car notre policier ingénieux n’aime jamais voir des corps.

Du côté des officiers officiant sur le navire, on le regarde bizarrement car pour eux, pas de doute, c’est Lloyd Harrington, le pianiste qui a tué Rosanna Wales, la chanteuse de leur groupe puisqu’elle ne voulait plus de lui. Tout le désigne !

Mais Columbo, lui, il a une autre piste, celle de la plume d’un coussin trouvée à l’infirmerie et de suite, il discute avec le malade, Hyden Dansigger (Robert Vaughn).

Encore un bon moment passé parce que cela faisait longtemps que je ne l’avais plus vu et que je ne me souvenais plus du tout comment notre lieutenant au cigare allait faire pour démasquer le coupable.

Pourtant, cet épisode là, en plus de l’avoir vu de nombreuses fois, je l’avais lu, aussi, parce qu’il faisait partie des épisodes mis en roman.

[SÉRIES] Broadchurch – Saison 2 – La série qui te dira toute la vérité, rien que la vérité ! Même si elle fait mal…

Synopsis

La saison 2 reprend la suite logique de la saison 1, avec le procès de ****** (nom du coupable dans la saison 1).

En parallèle, l’affaire Sandbrook dont le capitaine Alec Hardy avait la charge refait surface.

Ce que j’en ai pensé : 
Une saison 2 ?? Mais qu’est-ce qu’on pouvait bien ajouter à la saison 1 ? Comment était-ce possible de faire mieux que la saison 1 ? On avait arrêté le coupable, il était passé aux aveux, on allait le juger, point final à la ligne, non ?

Et ben non, l’arrestation ne signifie pas condamnation et toute la saison 2 va tourner autour du procès de ****** qui, le salaud, vient de plaider non coupable !

Nan mais ho, il espère vraiment être libéré au procès ??

Le couple Latimer se tourne alors vers l’ancienne conseillère de la Reine Jocelyn Knight, qui refuse jusqu’à ce qu’elle apprenne que l’avocate défendant ******* sera Sharon Bishop, une ancienne protégée aux méthodes radicales.

En effet, elle décide d’exploiter la moindre faille dans le dossier et demande donc l’exhumation de Danny (le gamin assassiné dans la saison 1), qu’elle obtient.

Moi qui aime les procès, j’ai été servie ! Moi qui pensait que l’affaire était pliée, j’ai été servie ! Moi qui avait oublié les fautes de procédures, on me les a resservies !

Si cet enculé avait plaidé coupable, tout aurait été pour le mieux, mais je serais passée à côté d’une saison 2 riche en rebondissements, en adrénaline, en tension et en coups fourrés en tout genre.

Les acteurs sont dans leurs rôles, tous, on croirait suivre un véritable procès en cour d’assise et entre les deux avocates, tout est permis, perruque horrible sur le crâne comprise dans le prix !

On ressent aussi la souffrance des parents de Dany, les peurs de ses  parents dont la mère a accouché il y a peu de temps (comment aimer ce nouvel enfant quand on a perdu l’autre ?), l’emploi du temps du père peu de temps avant la meurtre est suspect, voire louche et on est pas loin de penser que le véritable coupable n’est peut-être pas celui que l’on juge.

Car oui, durant ce procès, il  n’y a pas que l’accusé qui est jugé, mais tout le monde y passe, la moindre de vos failles, faiblesses, erreurs, fautes, est passée au crible, on vous juge, on vous conspue, et si ce jour là vous avez pété de travers, cela vous sera reproché.

D’ailleurs, les parents du petit Dany ne sont pas les seuls à souffrir, le coupable avait une famille lui aussi, elle souffre, son gamin ne sait plus qui il est, il aime son père, ne veut pas le croire coupable, bref, plus personne ne tourne rond, dans cette petite ville, même pas le capitaine Alec Hardy dont son ancienne affaire revient le hanter, ses ennuis de santé et il refuse que le lieutenant Ellie Miller l’aide.

Maintenant, je connais le secret de Alec Hardy et je sais tout sur son ancienne affaire… Pffff, il a eu chaud, lui !

Le final est un grand moment de suspense, on se surprend à croiser les doigts, à sauter dans son divan, à agripper son verre de mojito et à faire sauter les glaçons hors du verre.

Un final magnifique… J’ai putain adoré cette série, autant la saison 1 avec une enquête prenante et remplie de mystères et tout autant la saison 2, différente avec le procès et toutes les failles qui vont toujours au bénéfice de l’accusé.

Pari réussi donc, la suite n’était pas inutile car elle nous montre ce que d’autres séries ne nous montre pas : l’envers du décor, ce qu’il se passe une fois que le coupable est arrêté, ainsi que son procès qui pourrait ne pas se passer comme prévu ou soulever les fautes de la police…

Bon, je me demande ce que me réserve la saison 3 !

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Agatha Raisin enquête – Tome 2 – Remède de cheval : M.C Beaton

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 2 – Remède de cheval

Auteur : M.C Beaton (Marion Chesney)
Édition : Albin Michel (01/06/2016)

Résumé :
Après la pluie, le beau temps ! Agatha Raisin est désormais bien installée dans son cottage de Carsely en compagnie de ses deux chats.

Cerise sur le pudding, le nouveau vétérinaire du village ne semble pas insensible à ses charmes.

Quand le beau véto succombe à une injection de tranquillisant destinée à un cheval rétif, la police locale conclut à un malencontreux accident.

Mais pour Agatha, dont le flair a permis de résoudre l’affaire de La Quiche fatale, il s’agit bien d’un meurtre. A l’étonnement de tous, le séduisant colonel James Lacey partage pour une fois l’avis de son entreprenante voisine.

Et nos deux détectives-amateurs se lancent dans une enquête bien plus périlleuse qu’ils ne l’imaginaient…

Critique :
Lire Agatha Raisin, c’est comme manger un paquet de chips : on sait que ce n’est pas de la véritable nourriture, mais on ne peut s’empêcher de retourner dans le paquet….

Certes, la mère Agatha est moins mauvaise pour la santé que les chips, mais ce n’est pas avec ce genre de lecture que vous allez vous nourrir intellectuellement.

C’est gras, riche en calories, et j’adore, tout simplement car c’est une lecture parfaite pour les vacances, lorsqu’on est au bord de la piscine à se faire rôtir la couenne.

Agatha ne change pas vraiment, elle est toujours aussi râleuse, jalouse, mal élevée, elle dit tout haut ce que d’autres auraient le bon sens de penser tout bas et elle n’hésite pas à mettre les deux pieds dans le plat.

Pourtant, notre quinquagénaire a déjà fait des efforts depuis qu’elle s’est installée dans les Costwolds et dans un charmant petit village où je pense que je me ferais chier comme un rat mort. Un peu comme Agatha, sauf qu’elle s’adapte tout de même à cette vie de village et des réunions des dames de la paroisse.

Ça se lit vite, très vite, d’une traite, avec un petit sourire durant sa lecture en découvrant les péripéties de notre chère Agatha qui a la diplomatie d’un éléphant éternuant dans un petit magasin de porcelaine.

Et puis, la voir se comporter comme une collégienne en chaleur devant son beau et séduisant voisin, James Lacey, se faire des films en s’imaginant l’épouser, l’embrasser, ou plus, si affinités.

Pas de bol, le séduisant militaire retraité est plus tenté pour jouer au Sherlock Holmes qu’au Rocco Sifredi…

Alors oui, ce n’est pas de la grande littérature, ni pour autant de la littérature de gare parce que c’est tout de même bien fichu, les personnages sont plaisants, Agatha sort de l’ordinaire, elle a un caractère à la Angela Merkel un soir de discussion importante lors d’un sommet européen, elle ne lâche rien, elle fonce bille en tête et c’est  pour cela qu’on l’adore, sans aucun doute.

Une lecture fort plaisante qui rempli son rôle : faire passer au lecteur un moment de détente fort agréable, sans se prendre la tête, les doigts de pieds en éventail et un ou deux mojitos à portée de main.

 

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

[Sherlock Holmes] Le Chien des Baskerville : Raymond Gérôme [Au théâtre ce soir – 1974]

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Le Chien des Baskerville, adaptation de Jean Marcillac, mis en scène par Raymond Gérôme pour l’émission Au théâtre ce soir en 1974.

Raymond Gérôme … Sherlock Holmes
André Haber André Haber … Watson
Christian Alers … Le docteur Mortimer
Jean-Pierre Gernez … Sir William Baskerville
Bernard Musson … Barrymore, le maître d’hôtel
Christiane Moinet … Eliza, la femme de Barrymore
Jean-Jacques Steen … Jones, le cocher de Londres
Robert Bazil … Billy, le second cocher
Pierre Hatet … Stapleton
Colette Teissèdre … Beryl
Liliane Patrick … Laura Lyons
Bernard Durand … Le valet de chambre

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Les décors sont bien entendu de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell.

Holmes-HoundBaskerville03-MODCe que j’en ai pensé :
Une fois les trois coups donné, les tentures s’ouvrent et on s’installe dans le salon de Baker Street.

On y retrouve un Holmes qui possède un petit bidou (ou coussin d’amour) et un Watson assez mince, ce qui est étonnant puisqu’on représente souvent (à tort) ce brave docteur ventripotent et croulant.

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Dr Watson

Passons, si vous le voulez bien, au décor du salon du 221b : un néophyte le trouvera correct, bien réalisé et reconnaîtra que c’est bien du Roger Harth (mdr) mais l’holmésien, lui, ne retrouvera pas les petits détails qui auraient fait de cet appart THE appart of Sherlock Holmes.

La preuve que le diable se cache dans les détails, Sherlock Holmes nous dit que nous sommes en 1890, hors, à cette époque, il était porté disparu (présumé mort) dans les chutes de Reichenbach…

Anybref, passons aux choses sérieuses  : la pièce de théâtre est assez semblable au roman, hormis les prénoms changés des Baskerville et quelques petits détails qui ne seront pas respectés mais c’est logique puisque nous sommes au théâtre et donc, certaines scènes extérieures devront rester à l’intérieur.

Mais j’y reviendrai.

Il y a un peu d’humour dans les répliques de Holmes envers Watson et le docteur Mortimer, de par son étourderie, nous fera sourire très souvent.

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Docteur Mortimer

Par contre, j’ai trouvé que Raymond Gérôme, l’acteur qui joue Sherlock Holmes, faisait un peu trop de mimiques qui ne vont pas au personnage.

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Déjà qu’il est ventripotent et que son pantalon a dû être coupé par un tailleur qui avait une aiguille dans l’œil, car il était fort ajusté au niveau des bijoux de famille que l’on a vu se dessiner de temps en temps.

Et puis, my god, les poses qu’il a prises parfois, dans le salon des Baskerville ! Encore un peu, il aurait pu dire d’une voix graveleuse « Alors cocotte, on a envie de me chevaucher » tant il était affalé sur une chaise avec l’allure d’un macho dans un harem de femmes en rut.

Si cette assise n’est pas digne d’un gentleman, il y a aussi, bien entendu, l’usage de la macfarlane et du deerstalker en plein Londres et de la pipe calebasse qui est anachronique à cette époque.

Mais bon, à l’intérieur, il porte un costume, donc, ça peut aller, je ne ferai pas de gros yeux sur cette cape et cette casquette de chasseur qui ne doivent être portées qu’à la campagne. Une fois dans la lande déserte et ténébreuse, il peut porter ses oripeaux !

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Si j’ai bien aimé le côté potache lors des répliques de Holmes envers Watson, si j’ai aimé le Watson proposé car ce n’est pas une débile profond, j’ai détesté les mimiques que nous sert à tout bout de champ l’acteur jouant Holmes. Elles sont de trop. Et trop is te veel.

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Quant à Barrymore, le majordome, il serait parfait pour jouer le rôle de Dracula en lieu et place de Béla Lugosi tant il a le physique pour ça.

La musique jouée lors de son entrée en scène avait tout pour aller avec les contes de la crypte. Brrrrr.

Niveau détails qui changent par rapport au roman canonique, on a un Sir David Baskerville qui est décédé (au lieu de Sir Charles) et un Sir William comme neveu (au lieu de Sir Henry) et bien entendu, on zappe tout l’aspect du détective qui fait semblant de rester à Londres pour affaire alors qu’il est sur la lande et observe tout.

Ici, nous avons deux décors distincts, le 221b et le salon de Baskerville, donc, pas moyen de faire autrement et je dois dire que ce n’est pas dérangeant puisque pas le moyen de faire autrement. Qui a dit que je me répétais ??

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Sir William Baskerville et Sherlock Holmes au 221b

Certes, les hurlement du chien ne font pas très réalistes, on dirait un technicien hurlant après s’être coincé le doigt dans une porte, certes le fait de nous commenter au travers d’une longue vue ce qu’il se passe sur la lande fait perdre de l’intensité dramatique à la chose, mais dans une pièce de théâtre, cela passe facilement et cela évite aussi de nous proposer un chien mal fichu comme dans les téléfilms avec Matt Frewer (les critiques qui cassent sont à venir).

La pièce dure 2h12, mais malgré quelques passages plus lents, je n’ai pas trouvé le temps long.

Si l’acteur principal avait perdu un peu de bide et fait moins de grimaces, c’eut été parfait, un peu comme la nouvelle version que j’avais vue à Bruxelles avec Olivier Minne jouant un Holmes sexy en diable mais dans des décors plus épurés.

Étoile 3

Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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British Mysteries 2016-2017

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Sherlock Holmes – Tome 1 : Leah Moore & John Reppion

Titre : Sherlock Holmes – Tome 1

Scénariste : Leah Moore
Dessinateur : John Reppion

Édition : Panini France (2011)

Résumé :
Chaque fois que l’acteur Robert Downey Jr incarne un personnage, il en fait une star ! Après Iron Man, il a ainsi relancé l’intérêt du public pour le personnage de Sherlock Holmes.

Du coup, l’excentrique détective fait une nouvelle percée dans le monde des comics-books.

Leah Moore (fille d’Alan) et John Reppion (qui nous ont proposé récemment leur vision de Dracula dans la même collection) s’intéressent à sa relation ambiguë avec son ennemi juré Moriarty.

Sherlock comics PlancheA_144658Critique :
Si le canon holmésien est « petit » (4 romans, 56 nouvelles), sa déclinaison en œuvres apocryphes est légion.

Bien entendu, les films de Ritchie et la série de Moffat-Gatiss a réveillé les scénaristes qui se sont empressés de nous produire du Holmes à toutes les sauces, tous les genres.

Pour parler de leur qualité, il me faudrait l’aide de De Funès… Mais si, souvenez-vous, dans « La grande vadrouille », quand Stanislas Lefort, chef d’orchestre à l’Opéra de Paris, a terminé la répétition et qu’il les remercie en disant « Messieurs, c’était très bien… Vous là-bas c’était bien… »

Et bien, ici, c’était…. *grimace d’insatisfaction* Non, vous c’était moyen !

Toute la complexité est de concevoir et de rédiger une intrigue fidèle à l’œuvre originelle… Du moins à ses personnages.

Niveau scénario, il y avait du bon… Londres, 1895. Une explosion de grande ampleur détruit totalement le grand entrepôt à la croisée de Challenger Lane et Doyle’s street.

Simultanément, la presse londonienne annonce la visite imminente du baron allemand Albrecht Lothair, et le rédacteur en chef du journal The Comet reçoit un courrier anonyme.

Ce dernier menace des pires représailles la nation britannique, si cette dernière accueille le fameux baron, au cœur des dissensions continentales relatives au statut de l’Alsace-Lorraine.

Sir Samuel Henry, ancien commissaire-adjoint retiré tôt de la police pour raisons de santé, tuberculeux et alité, écrit à Holmes.

Dans ce courrier, il avertit le célèbre détective qu’il a reçu une lettre anonyme par laquelle il apprend que, malgré son état de mourant, il sera assassiné dans sa chambre le lendemain soir à 19h00 ; son absence au fatidique rendez-vous impliquerait alors la mise à feu de nombreux explosifs disséminés dans Londres.

Holmes se voit convié, par le malade lui-même, à le rejoindre dans sa chambre quelques minutes avant l’échéance… avant d’y être retrouvé – suite à une détonation – un pistolet encore fumant en main devant le corps alité et ensanglanté de la victime, par des policiers et un docteur Watson stupéfaits !

Un meurtre en chambre close, un fameux « whodunit » anglais, Sherlock Holmes accusé de meurtre, une enquête, un meurtre à résoudre, des complots et des mystères. What’else ?

Des indices distillés au fil des pages, à vous de les relever – ou pas – afin d’ajouter un petit plus à votre lecture avant que tout ne soit résolu sur un plateau d’argent à la fin.

Génial, non ? Oui, mais le bât blesse quelque part !

Autant le « Sherlock vs Zombies » était bien fichu comme scénario et niveau dessins, autant ici on n’atteint pas un bon niveau dans les dessins.

Les arrières-plans sont monochromes et les personnages, comment dire… On dirait que parfois ils sont atteint de la petite vérole tant ils ont des petits trous noirs sur le visage. On ne pouvait pas agencer les ombres autrement ? C’est moche !

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Le visage de Watson est bouffi, les dessins sont inégaux, l’encrage est un espèce de flou gênant qui finit par faire réellement mal aux yeux, la tête de Lestrade aurait sans doute mieux convenu à Watson et la tête de bouledogue de Watson, avec un peu de travail, aurait pu aller sur celle de Lestrade.

Et Lestrade qui se permet d’appeler le Dr Watson « John »…

Holmes, lui, il est accusé de meurtre, arrêté, il s’évade et est repris bêtement, accusé levez-vous et hop, innocenté au tribunal, qui en aurait douté ?

Si le scénario avait l’air pas mal dans le postulat de départ, à l’autopsie, il se révèle être assez confus.

Les personnages vont et viennent et leurs actions ne sont pas toujours claires car elles sont parasitées par des scènes de remplissage destinées à créer une atmosphère de tension populaire ou à montrer que Holmes sait se battre, entre autre.

De plus, chaque fois qu’on tourne la page, l’histoire nous est contée avec un autre point de vue narratif, on doit faire face à un changements de lieu, de personnages, le tout sans texte de liaison et cela donne un aspect brouillon à la narration, une incompréhension – ggnnn on est où là ?? – et un sentiment qu’une migraine ne va pas tarder à se pointer !

Les dessins m’avaient fait grimacer, les couleurs aussi, les traits, n’en parlons pas… alors, si on y ajoute une narration alambiquée, moi, je démissionne !

Je pourrais résumer en disant « Tout ça pour ça ?? ». Vu le scénario de départ, je m’attendais à mieux… beaucoup mieux !

Je l’avais achetée en 2011, à sa sortie, lue à ce moment-là mais jamais chroniquée. Ma relecture n’a pas sauvé cet album, mon avis est peut-être même encore pire car je n’ai pris aucun plaisir dans ma relecture et j’ai même perdu ma concentration à certains moments.

Point positif, tout de même : Londres donne vraiment l’impression qu’elle est très sale et poisseuse, y compris dans le West End…. Mais ça ne sauvera pas le bazar !

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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