Le Retour de Moriarty : John Gardner

Titre : Le Retour de Moriarty

Auteur : John Gardner
Édition : JC Lattès (1976)
Édition Originale : The Return of Moriarty (1974)
Traducteur : Iawa Tate

Résumé :
Londres, 1894 – Le silence têtu de monsieur Holmes et Watson, les démentis répétés de Scotland Yard, n’empêcheront plus la vérité d’éclater : le professeur James Moriarty, que la presse et l’opinion publique tenaient pour mort, n’a pas péri aux chutes de Reichenbach.

Aujourd’hui la terrible menace de celui que l’on a surnommé le Napoléon du Crime pèse à nouveau sur Londres et c’est tout l’Empire Britannique qui tremble.

Mais dans quel but Moriarty bat-il le rappel de ses armées de faussaires, de coupe-jarret, de surineurs et de prostituées ? Pourquoi pourchasse-t-il Jack l’Éventreur dans les brouillards de Whitechapel ?

Quelle effroyable machination ourdit-il dans son repaire secret des docks de la Tamise ? Plus inquiétant encore, c’est le mutisme de Sherlock Holmes. Le détective de Baker Street acceptera-t-il de se dresser à nouveau contre celui qui fut, de toute éternité, son plus mortel adversaire ?

Critique :
Moriarty, sa vie, son oeuvre…

La lecture de ce roman m’a déconcertée car je m’attendais à un combat entre Holmes et son vieil ennemi, Moriarty. Que nenni !

Ce livre, c’est uniquement consacré au Napoléon du Crime et à son organisation criminelle.

Une sorte de livre de bord de sa « criminelle entreprise » qui ne connaissait pas la crise et le fait qu’il reprend les rênes que Moran avait laissée un peu trop lâche sur l’encolure de leur « personnel » si particulier.

Bref, le syndicat du crime vient de retrouver son président après trois ans d’absence.

Holmes est fort peu présent dans ce livre, contrairement à ce que le quatrième de couverture pouvait laisser croire en notant « le détective de Baker Street acceptera-t-il de se dresser à nouveau contre celui qui fut, de toute éternité, son plus mortel adversaire ? ».

Holmes est plus ténu qu’une ombre puisque l’on ne fera jamais que référence à sa présence, entre autre lorsque Moran va se positionner en face de chez lui pour le dézinguer ou quand Moriarty repense à ce qu’il s’est réellement passé aux chutes de Reichenbach.

D’ailleurs, je dois souligner que l’explication de Moriarty est une de celle que je n’avais pas encore lue. Elle a le mérite d’être crédible.

Nous avons eu droit aussi à une autre théorie : comment ce paisible professeur de mathématique est-il devenu cet homme à la tête d’une organisation criminelle à faire pâlir de jalousie les autres ? Je dois dire que l’astuce est bien trouvée.

Bref, ce livre est tout entier consacré à Moriarty et à la manière dont il a repris les rênes des affaires lors de son retour. On descendra dans les bas-fonds en compagnie de gens fort peu fréquentable et on découvrira qu’il vaut mieux ne pas doubler l’homme.

Moriarty a organisé sa bande en véritable « famille », donnant pour mieux recevoir, et tenant tout le monde dans une main de fer. Une sorte de mafia anglaise dirigée par son Parrain.

Malgré quelques passages un peu plus lents, le livre se lit avec facilité et bien que détestant le Napoléon du Crime, je dois reconnaître que le livre est bien écrit et je ne regrette pas la lecture.

 

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20. Sherlock Holmes : Les Six Napoléons – The Six Napoleons

SAISON 2 – [Le Retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 7

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : David Carson
  • Scénariste : John Kane
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 20ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 20 août 1986 – ITV Network (20ème épisode diffusé); États-Unis : 19 mars 1987 – WGHB; France : 7 mai 1989 – FR3 (20ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 30 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … John Watson
    Colin Jeavons … Inspector Lestrade
    Eric Sykes … Horace Harker
    Emil Wolk … Beppo
    Gerald Campion … Morse Hudson
    Vincenzo Nicoli … Pietro
    Steve Plytas … Venucci Snr
    Marina Sirtis … Lucrezia
    Vernon Dobtcheff … Mendelstam
    Nadio Fortune … Beppo’s Cousin
    Jeffrey Gardiner … Mr. Sandeford
    Michael Logan … Josiah Brown

Le pitch ? Alors qu’il semble être simplement venu déguster un whisky soda et fumer un cigare au 221b, l’inspecteur Lestrade, confortablement installé dans un bon fauteuil, se décide à confier l’affaire qui le préoccupe.

Un individu vole puis fracasse des bustes de plâtre à l’effigie de Napoléon aux quatre coins de Londres, sans rien dérober d’autre.

Holmes sourit à la théorie de Lestrade qui s’engage évidemment sur de fausses pistes, et aux explications médicales de Watson sur la monomanie.

Cette affaire loufoque prend alors un tour tragique. Chez le journaliste Horace Harker, où un troisième buste a été détruit sous un lampadaire, un meurtre a été commis. La victime est un italien de la famille Venucci.

Intro : Qui veut la peau de Napoléon Bonaparte ? Du moins, qui peut le détester au point de rechercher tous ses bustes en plâtre pour les fracasser sur le sol ? Certes, je déteste cet homme, mais bon, fracasser ses bustes me semble un peu excessif.

Y’a rien à dire, les épisodes de la Granada sont tous plus réussis l’un que l’autre et cet épisode possède encore beaucoup d’humour grâce à la personne de Lestrade.

Une enquête qui, comme d’autres, paraît ne pas en être une, et qui, au final, se révèlera plus importante qu’il n’y paraissait au début, un peu comme avec « La ligue des rouquins ».

J’adore, d’ailleurs, dans cet épisode, une scène muette où la caméra tourne dans la pièce, passant d’un protagoniste à un autre, captant les regards et les non-dits, en attisant notre curiosité.

Certes, dans cet épisode, Scotland Yard et la police n’en ressortiront pas grandi…

Les épisodes avec Lestrade sont rares et c’est bien dommage qu’il n’apparaisse pas plus dans les récits canoniques, entrainant par là qu’on ne le voit pas souvent dans la série, alors qu’à lui tout seul c’est un personnage assez comique de par ses entêtements.

Dans l’affaire de Napoléon, Lestrade et Watson seront même assez complices, expliquant avec sérieux à Holmes ce qu’est la monomanie, tous deux formant une coalition taquine contre Holmes.

À un autre moment, c’était Holmes et Watson qui s’amusaient de voir Lestrade jetant subrepticement un œil sur les dossiers de Holmes, croyant être seul au 221B.

On fait semblant de rien, Lestrade ?

Malice dans la scène où Holmes, Watson et Lestrade attendent dans le noir que le criminel arrive sur les lieux. L’homme du Yard et le docteur s’ennuient. À cette époque, on ne chassait pas le Pokémon et on ne jouait pas avec son smartphone durant les moments d’attentes.

Alléluia ! Tout fier, Watson nous extrait un sac de bonbons de sa poche et l’offre à ses comparses. Lestrade est heureux, il veut en prendre un.

Pas de bol, voilà que Holmes, le visage tendu et contrarié, déclare d’un ton brusque : « Ce n’est pas le moment pour des berlingots ! ». Watson les remet à leur place, la mine déconfite.

Il n’y aura pas que pour les bonbons que nos deux hommes afficheront une mine déconfite, car nos deux hommes, une fois de plus, ont 36 fiacres de retard sur Holmes, qui lui, a déjà tout compris.

Non seulement Holmes a de la vivacité d’esprit, mais aussi d’action car, possédant sa cane à bout plombé, il peut bondir, tel un chat sur la souris, sur le dos du casseur de buste qui, entre temps, a cassé aussi la tête d’un des propriétaires du buste du nain de jardin conquérant.

Cet épisode possède de l’humour, de l’action, du mystère, du suspense, mais aussi une scène et un dialogue d’anthologie !

LA scène concerne la splendide performance de Holmes-Jeremy Brett dans la révélation finale où Holmes, empoignant la nappe posée sur la table, la tire brutalement et, tel un magicien, laisse vaisselle et couverts en place.

La dextérité et l’adresse sont des traits typiques du détective. Mais les traduire dans la réalité avec cette totale maestria est le fait de Jeremy.

LE dialogue concerne les louanges que Lestrade fait à Holmes (canoniques) :

Inspector Lestrade : We’re not jealous of you, you know, at Scotland Yard. No, sir, we’re proud of you.
[Holmes attend la suite de la phrase]
Inspector Lestrade : And if you come down tomorrow, there’s not a man from the oldest inspector to the youngest constable… who wouldn’t be glad to shake you by the hand.
Sherlock Holmes : Thank you!
[Moment d’humilité et d’émotions]
Sherlock Holmes : Thank you.

Dialogue canonique :
— Eh bien ! dit Lestrade, je vous ai vu entreprendre bien des affaires, monsieur Holmes, mais je n’en ai jamais vu de mieux conduite. Nous ne sommes pas jaloux de vous, à Scotland Yard… Non, monsieur, nous sommes au contraire très fiers de vous, et si vous y veniez demain, il n’y aurait pas un de nous, depuis le doyen des inspecteurs jusqu’au plus jeune de nos agents, qui ne serait heureux de vous serrer la main.
— Merci, dit Holmes, merci ! et tandis qu’il détournait la tête, il me parut plus ému que je ne l’avait jamais vu. Un instant après, il était redevenu le penseur froid et pratique que je connaissais.

Le visage de Holmes est magnifique à voir et durant quelques secondes, on peut apercevoir son trouble car il ne s’attendait pas à des louanges venant de Lestrade, et encore moins des louanges aussi émotionnelles.

L’acteur possédait sa propre sensibilité et elle s’est reflétée dans sa réaction face à Lestrade, les deux se mélangeant car elle aurait pu être celle de Holmes aussi.

La caméra nous offre donc un beau cadré sur le visage de Holmes, captant sans rien rater les changements fugaces de ses émotions.

Là, on peut dire que notre détective préféré perd de sa superbe, qu’il s’est laissé gagner par ses sentiments nous montrant un bref instant que ses yeux sont embués de larmes. Splendide moment !

Tout y est en retenue, bien entendu, et notre détective redeviendra bien vite la machine froide à calculer, la froideur prenant le pas sur la passion.

La scène, où Holmes casse le dernier buste est très bien filmée et e suspense sera à son comble, les deux autres ne sachant toujours pas à quoi s’attendre, Holmes adorant mettre en scène ses résolutions afin de surprendre et d’impressionner son public.

C’est son côté théâtral, on y est habité et on en redemande… On sait que Holmes a un côté cabotin, excentrique et facétieux. Il aime voir son « public » subjugué et l’entendre applaudir et crier bravo. Encore un peu, Holmes se mettrait à le saluer pendant que le rideau rouge du théâtre se baisserait.

J’ai déjà lu que de maintes façons, Jeremy Brett mêlait son caractère à celui du détective.

En agissant ainsi, il a pu à certains instants magnifier son propre enthousiasme naturel et sa sociabilité. Car pendant ce tournage, sa maniaco-dépression était au plus fort et ses collègues remarquaient ses brusques changements d’humeur.

Une fois de plus, une réussite dans la transcription fidèle de la nouvelle canonique, du mystère, du suspense, de l’humour, une enquête relevée et beaucoup de complicité entre les acteurs. Jouissif !!

La saison suivante, ce ne sera plus aussi bien, Brett, de par sa maladie, ne sera plus aussi bon, hélas et je dois avouer qu’après cette saison, je n’ai plus aucun plaisir à regarder les épisodes.

Pour se coucher moins bête ce soir :

  • Napoléon n’a pas été choisi au hasard, sans cet épisode :  à cette époque, en Angleterre, la haine à son égard était encore vive.
  • Les Italiens eux aussi n’avaient pas les faveurs de Conan Doyle et apparaissaient comme un prolétariat et une pègre où s’immisce la Mafia.
  • La productrice June Wyndham Davies a choisi John Kane comme scénariste car elle avait beaucoup apprécié sa pièce de théâtre « Murder, Dear Watson ».
  • Eric Sykes est un acteur connu pour son registre comique. Il a beaucoup apprécié de jouer le rôle du journaliste Horace Harker, totalement désespéré et bouleversé par les événements. Son interrogatoire et son incapacité à rédiger un article sur sa propre mésaventure font une séquence tragi-comique. Le journaliste est finalement très drôle sous sa mine triste et désolée…

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

19. Sherlock Holmes : L’école du Prieuré – The Priory School

SAISON 2 – Le retour de Sherlock Holmes – ÉPISODE 6

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : John Madden
  • Scénariste : T. R. Bowen
  • Décorateur : Margaret Coombes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 19ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 16 juillet 1986 – ITV Network (19ème épisode diffusé); États-Unis : 12 mars 1987 – WGHB; France : 30 avril 1989 – FR3 (19ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min 10 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … Dr. John Watson
    Christopher Benjamin … Dr. Huxtable
    Alan Howard … Duke of Holdernesse
    Nicholas Gecks … James Wilder
    Michael Bertenshaw … Mr. Aveling
    Jack Carr … Reuben Hayes
    Brenda Elder … Mrs. Hayes
    Nissar Modi … Lord Arthur Saltire
    William Abney … Rivers

Le pitch ?
Docteur en philosophie et directeur de la prestigieuse école du Prieuré, à Mackleton dans le Nord de l’Angleterre, le Dr Huxtable s’évanouit en pénétrant dans le salon de Sherlock Holmes.

Dans tous ses états, il explique ensuite que le jeune Arthur Saltire, fils unique du duc de Holdernesse, grand et éminent aristocrate, qui était confié à sa garde, a disparu en même temps que son professeur d’allemand.

L’intervention du détective est inévitable devant la complexité et la gravité de l’affaire.

L’épisode concernant une disparition mystérieuse d’un enfant de 9 ans, il est sombre et grave et ils ont tout fait pour que cette gravité apparaisse à l’écran.

Déjà dans le générique on nous montrait subtilement la place vide sur le banc de l’école, les chaussures solitaires, les livres abandonnés… On sentait de suite que nous allions pénétrer dans un climat inquiétant, mais aussi intimiste.

Intro : On voit Watson entrouvrir la porte du 221b pour accepter une carte tendue par madame Hudson, mais il lui dit que pour le moment, Holmes n’est pas disponible. On voit ensuite Watson glisser la carte du visiteur dans la petite poche du gilet de Holmes et celui-ci s’en saisi, pour la ranger dans une autre.

Holmes faisait une sieste… Et Watson protégeait le repos de son ami.

Soudain, du bruit, le visiteur pousse la porte, il a les yeux hagards, la sueur sur le front et tout d’un coup, il s’écroule devant la cheminée de Holmes, sur son tapis (dans la nouvelle, c’est sur la peau d’ours).

Une fois son visiteur revenu à lui, Sherlock Holmes fait ses petites déductions sur cet homme qui est directeur d’un prestigieux établissement pour jeunes garçons de très bonne famille, mais notre détective lui annonce aussi qu’il est débordé de travail, qu’il ne pourra pas suivre  le Dr Huxtable, sauf si c’est vraiment une affaire importante…

Et elle l’est puisque le seul et unique héritier du duc de Holdernesse – Arthur Saltire – a disparu quelques nuits auparavant, et le professeur d’allemand aussi !

De plus, son père, alerté de la disparition de son fils unique, ne demande pas à la police de retourner tout, mais d’enquêter avec discrétion, la plus grande discrétion, car môssieur le duc n’aime pas les ragots ou que les gens parlent sur lui. Fatalement, en enquêtant ainsi, on n’arrive à rien !

Je vous vous parler aujourd’hui d’un épisode sombre, mais très bien réussi, possédant aussi des moments d’humour, qui deviendront de plus en plus rares ensuite, Jeremy Brett commençant sans doute à souffrir de maniaco-depression et le Watson de l’époque – Edward Hardwicke – avait entendu une remarque d’un technicien qui disait « Jeremy n’est pas lui-même aujourd’hui ».

Malgré tout, notre détective est toujours joué tout en finesse, ses petits sourires, ses mimiques discrètes, ses yeux pétillants, son énergie à parcourir la lande à la recherche d’indices…

Anybref, le premier moment d’humour est lorsque Holmes, ayant fait sa valise et étant habillé pour partir, croise dans le couloir une Mrs. Hudson chargée d’un pique-nique qu’elle a pensé à préparer :

— Comment avez-vous su ?
— L’expérience !

Aaaah, es grandes écoles privées réservées à l’élite aristocratique où ne fraye que le haut du tiroir, où l’on forme les élus de demain, les dirigeants, les Grands Hommes…

Les scènes tournées dans ce qui constitue l’école de l’élite est très bien rendue aussi, des tours, des vieilles pierres, des enfants en uniforme, qui se mettent au garde-à-vous lorsque vous entrer dans leur chambrée…

Un clivage entre classes sociales fortement marqué, d’ailleurs, l’arrivée du duc de Holdernesse provoque l’effervescence au Prieuré et le Dr Huxtable se hâte d’aller à sa rencontre pour ne pas le faire attendre.

À partir de ce moment, on va bien nous faire sentir que Holmes se fiche comme d’une guigne des puissants, des nobles, des monseigneur et des Monsignors (Il est l’or). Et il trouve que le duc aime un peu trop ne pas faire de bruit et qu’il ait demandé à la police de rester discrète.

Notre détective ne se comporte pas en carpette devant lui, il soutient ses regards, affiche des petits sourires ironique et lui lance quelques piques que le duc, pourtant issu d’une grand école, ne capte pas… Sa grâce est fâchée, même !

Holmes va lui en péter une belle dans les dents (de tirade, pas de poing) :

— Votre seul enfant a disparu, votre avenir, vos espoirs et même votre noble famille sont menacés d’être détruits. Qu’est-ce que la modestie face à cela ? Face à la vie d’un enfant ?

Non, Holmes n’aime pas les puissants, il ne les craint pas, n’a pas peur d’eux et on sent dans cette tirade tout le mépris qu’il a pour ce père qui ne cherche pas avec plus de fébrilité son seul et unique héritier !

En plus, il doit savoir, tout comme moi, que la fortune de ces puissants ne s’est pas faite parce que leur ancêtre a inventé et déposé le brevet du trombone ou de la fermeture éclair, mais en volant les autres, en pillant, en tuant, en magouillant…

C’est le cas ici puisque les ancêtre du duc de Holdernesse étaient des voleurs de vaches ! Il ferraient aussi les chevaux avec des fers reproduisant les sabots de la vache, masquant ainsi leurs traces dans la lande.

Pour ceux et celles qui ont lu la nouvelle, un détail ne sera pas passé inaperçu : on a modifié le personnage du duc de Holdernesse, le rendant intelligent et sensible !

Et tant mieux parce que le duc de ACD était décrit comme un vieil homme à l’esprit étroit, au physique ridicule avec sa barbe rousse descendant jusqu’à la poitrine et son immense nez.

Sans cette modification importante, nous n’aurions pas eu droit aux dialogues assez mouvementé entre Holmes et sa seigneurie qui ne devait pas avoir l’habitude de se trouver face à des gens qui n’étaient pas intimidé par lui et qui se foutaient pas mal de son rang social.

L’orgueilleux duc s’est senti froissé par l’impertinente ironie de Holmes et se faire tancer par un homme qui, socialement parlant, se trouve plus bas, a dû être horripilant !

Et pourtant… Si le duc est raide coincé au départ, fâché de la présence du détective sur l’enlèvement de son unique héritier, le duc et se montre peu coopératif, allant même jusqu’à s’adresser à lui par l’intermédiaire de son secrétaire, sa grâce ne tardera pas à comprendre que Holmes est un homme courtois, bien élevé, à la diction irréprochable et qu’il a dû fréquenter une très bonne école lui aussi.

De plus, sans même devenir copains comme cochon, le duc va apprécier la discrétion et le sentiment élevé de ses devoirs professionnels qui animent notre détective préféré.

Passons maintenant à l’enquête proprement dite, sur la lande déserte… Que Holmes et Watson vont sillonner à pied, à cheval et à vélo parce que contrairement à ce que pense le Dr Huxtable, Holmes bosse sur l’affaire et est bien décidé à la résoudre !

Et s’il s’est attardé sur les origines sombres de la famille du duc et amassé les ragots sur eux, c’est parce qu’il sait que tout est important. D’ailleurs, il va même expliquer au Dr Huxtable ce qu’il s’est passé la nuit et le mystère de la bicyclette unique disparue.

Le rythme de l’épisode est soutenu jusqu’à la fin, avec un suspense grandissant pour celui qui ne connaîtrait pas la fin…

Même pour celui qui sait tout, c’est toujours un plaisir de revoir cet épisode qui fait partie des très très bons (on mangera notre pain noir après).

L’amitié qu’il y avait entre Jeremy Brett et Edward Hardwicke et entre Holmes et Watson est très bien décrite dans une scène qui n’existe pas dans la nouvelle canonique mais qui se retrouve ici à l’initiative de Jeremy : Holmes et Watson après avoir suivi les traces de la bicyclette du prof d’allemand à travers la lande, se reposent un instant sur un promontoire rocheux.

Watson, ne comprenant pas pourquoi les traces de pneus disparaissent et reviennent se fait balancer un : « Watson, vous êtes brillant pour déceler l’évident »… et se tient coït.

De son côté, notre détective est plongé dans une intense réflexion, il est dans son monde et de ce fait, totalement hermétique à ce qui l’entoure. Notre brave docteur Watson tente vainement de lui faire comprendre qu’il meurt de faim et souhaite se rendre à l’auberge qu’il a repérée sur sa carte.

Las, pas de réponse, rien ne bouge du côté de la figure figée du détective. Notre docteur, n’écoutant que l’appel de son estomac, est même prêt à partir seul.

Miracle, Holmes sort soudainement de son mutisme contemplatif et lui dit :

— Mon cher ami, vous devez mourir de faim. Observez cette carte, vous verrez qu’il y a une auberge à 3 miles dans cette direction.

Mais putain, je viens de te le dire ! Non, Watson est trop bien élevé pour dire pareille chose. Alors que fait-il ? Presque soupirant, il opine de la tête d’un air las et suit son ami qui est déjà parti devant comme une flèche.

Cette idée de Jeremy a été reprise et travaillée par les scénaristes et donne au final un splendide moment d’interprétation, teinté d’humour et de sous entendus lourds de sens.

Tous ces moments d’intimité et de clins d’œil comiques donnent vie aux personnages et les rendent très attachants.

A l’auberge tant convoitée par Watson, Holmes fume une cigarette, tandis que son ami découvre avec dégoût, le plat que lui a servi l’aubergiste. D’un air ironique Holmes imperturbable lui demande si c’est bon… C’est dégueulasse !

Mais grâce à l’estomac de Watson, ils vont louer ensuite les deux chevaux de l’auberge et se rendre chez le duc, et c’est là, en partie, que la lumière va se faire dans le cerveau de Holmes. On dit quoi ? On dit « Merci Watson » !

Si le scénario a fait l’objet de modifications assez nombreuses par rapport à l’œuvre originale de Conan Doyle, le tout reste parfaitement cohérent et nous donne un final spectaculaire où la tension dramatique atteint son paroxysme dû à la mort du coupable qui était simplement renvoyé dans la nouvelle.

Pour moi, il méritait la pendaison, mourir de la sorte l’a soustrait à une comparution devant des juges, mais ça évite aussi un gros scandale !

Quant à notre duc qui ne voulait pas voir Holmes, qui ne voulait pas entendre ce que le détective avait à lui dire, il finira par lui témoigner toute sa confiance en lui signant un chèque de £12.000 alors que la récompense n’était que de 6.000. Preuve s’il en est que ce chèque est un témoignage de sa reconnaissance et non la simple rétribution de ses services.

Holmes ne se privera pas de l’empocher. Leurs regards se croiseront alors d’un air complice et cordial.

Encore un super épisode sans temps mort, où les personnages sont bien dans leurs rôles, où Jérémy n’a pas encore pris de poids à cause de ses médocs et où il jouait merveilleusement bien Holmes.

Je ne m’en lasse jamais de ces épisodes là !

Pour se coucher moins bête : 

      • Jeremy qui chanta comme soliste dans le chœur d’Eton où il fit ses études et qui était passionné de musique, apprécia beaucoup la bande son de Patrick Gowers et la participation du chœur de Winchester Abbey.
      • Cet épisode serait, selon Michael Cox, producteur puis producteur exécutif de la série, la seule adaptation filmée de la nouvelle de Doyle en soixante ans. Celle-ci a cependant fait l’objet d’adaptations radiophoniques.
      • Les tournages en extérieurs eurent lieu dans le Derbyshire qui offre de magnifiques paysages.
      • La propriété qui servit de cadre à l’école est Haddon Hall près de Bakewell et le fastueux château qui devint Holdernesse Hall est celui de Chatsworth, propriété du duc et de la duchesse de Devonshire.
      • Cet épisode est le préféré d’Edward Harwicke : « C’est le meilleur film que nous ayons fait. John Madden était un très bon réalisateur. La mise en scène d’un film doit être organique – le texte, l’action et l’image ne doivent former qu’un élément. Tom Sheppard a conçu le scénario comme une unité à part entière. »

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

18. Sherlock Holmes : L’Homme à la Lèvre Tordue – The Man with the Twisted Lip

SAISON 2 – [Le retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 5

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : Patrick Lau
  • Scénariste : Alan Plater
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 18ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 13 août 1986 – ITV Network (18ème épisode diffusé); États-Unis : 5 mars 1987 – WGHB; France : 23 avril 1989 – FR3 (18ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 35 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … Dr. John Watson
    Eleanor David … Mrs. St Clair
    Clive Francis … Neville St Clair
    Denis Lill … Inspector Bradstreet
    Patricia Garwood … Kate Whitney
    Terence Longdon … Isa Whitney
    Rosalie Williams … Mrs. Hudson
    Albert Moses … Lascar

Le Pitch ?
À intervalles réguliers, Holmes disparaît sans prévenir. Cette fois, Watson n’apprécie pas car il l’attend vainement. Il accepte alors d’aider son amie Kate, en allant chercher son mari, fumeur d’opium invétéré, au Bar de l’Or, Upper Swandam Lane.

Sur place, il est agrippé par un vieillard repoussant qui s’avère être… Holmes méconnaissable. Le détective enquête incognito sur la mystérieuse disparition de Neville Saint Clair, un journaliste qui travaille dans la City et dont seuls les vêtements ont été retrouvés dans la Tamise.

Or sa femme l’avait entrevu à la fenêtre d’une taverne d’un quartier populaire, victime apparemment d’une agression.

Mme Saint Clair revient sur les lieux, escortée par la police qui arrête un mendiant à la lèvre tordue, du nom de Boone, si répugnant mais si habile à la répartie qu’il gagne beaucoup d’argent.

Holmes reste très pessimiste sur le sort de Neville, mais sa femme est persuadée qu’il n’est pas mort, car elle vient de recevoir un mot écrit de sa main.

Intro : Un homme fait la manche, il est sale, mal en point, récite du Shakespeare et les élégants monsieur de la City lui remplissent sa sébile.

Les affaires marchent plutôt bien pour le mendiant Boone…

Pendant que les pièces tintent pour Boone, un homme élégant se dirige vers une ruelle assez mal famée.

Du côté du 221b, Watson est de mauvais poil car il devait dîner avec Holmes et ce dernier est parti avec une cliente.

S’asseyant devant le feu et pensant passer une soirée à lire le journal devant le feu, le brave docteur est dérangé par l’arrivée d’une dame, on le voit râler, puis changer de tête en tombant nez à nez avec une connaissance.

Allez hop, puisqu’on m’a signalé le mois dernier que je faisais dans le glauque du bush australien, dans les bas fonds des États-Unis ainsi que les poubelles de l’histoire d’Argentine, je vais donc me pencher un peu sur le « garbage » de la bonne société victorienne !

Pas de ma faute si cet épisode se penche un peu sur l’envers du décor de Londres à l’époque de sa reine Victoria et que l’on quitte quelque peu les beaux salons londoniens où les nobles et les riches boivent leur thé avec le petit doigt en l’air et la cuillère en argent posée délicatement sur la sous-tasse…

ENFIN, Sir Arthur Conan Doyle va envoyer son détective dans les bas-fonds londoniens et nous balader dans quartiers miséreux et mal famés de l’East End, là où Jack a fait son Ripper…

Anybref, là où c’est glauque à souhait et où on aura envie de se laver les main après avoir vu l’épisode ! Ou de se gratter si on pense qu’il pouvait y avoir des petites bêbêtes dans les vêtements de Boone.

Encore un épisode que j’adore, non seulement parce que l’on nous montre autre chose que des beaux salons et qu’on aperçoit Londres telle qu’on la voit peu souvent dans les aventures de Holmes.

[Il faut lire « Le peuple d’en bas » de Jack London]

Londres nous présente un visage à la Janus, avec, d’un côté, la bourgeoisie et les nobles, ceux qui pètent dans la soie et de l’autre, les miséreux qui vivent dans des taudis, dont Boone est le plus cruel exemple.

Dans ces ghettos où s’entassent hommes, femmes et enfants, il est dangereux de s’aventurer pour qui est étranger ou bien habillé. Mme St Clair en fera l’expérience.

Les images étranges de la caméra, les sons déformés lui font vivre un cauchemar éveillé, marchant au hasard, tiraillée et bousculée.

Le passage de la fumerie d’opium où Watson pénètre afin de récupérer le mari opiuman de son amie est assez glauque, on voit des hommes avachis comme des lavettes, la bave aux lèvres, les yeux dans le vague, et avec des places à louer dans leur tête.

Et puis, on sursaute lorsqu’une main agrippe Watson par le devant de son manteau et que l’on découvre  notre vieil ami à nous, Holmes.

— Vous croyez que j’avais ajouté l’opium à la liste de mes petites faiblesses ?

Si Holmes est en forme dans cet épisode et qu’il a de belles réparties, on dirait que Watson nous la joue femme délaissée, boudant toujours pour son dîner raté, et suivant Holmes un peu comme s’il subissait l’affaire, avec des pieds de plombs, ronchonnant plus tard sur le fait que Holmes ne l’a laissé dormir que 2 heures.

— Un vrai parangon de la vertu ! [Watson après que Holmes lui eut décrit le parfait monsieur Neville St Clair].
— Watson, cette pointe de scepticisme dans votre voix ne vous honore pas.

Il est un fait que vivre avec un type comme Holmes ne doit pas être de tout repos car lorsque ce dernier est sur une enquête, il ne s’intéresse plus à rien d’autre qu’à son affaire et les autres n’ont qu’à suivre le mouvement.

Holmes lui-même suivant le mouvement de madame St Clair qui a tout d’une femme remarquable et pas d’une pleurnicheuse, une femme de caractère, déjà qu’elle avait osé entrer dans Upper Swandam Lane, rue vachement mal famée !

D’ailleurs, Holmes mettra en garde Watson qui voulait se montrer galant et qu’elle ne lui cède pas sa place pour le souper léger :

— Watson, c’est une femme qui sait ce qu’elle veut, vous lui tenez tête à vos dépens.

Oui, Holmes mènera la danse durant tout l’épisode, nous laissant un Watson suivant le train, un peu en retrait, boudeur face  à un Holmes qui se moque de tout le reste, en ce compris des heures réglementaires de sommeil, sans compter que ce pauvre Watson a dû dormir dans une chambre enfumée puisque Holmes a fumé comme une cheminée pour tenter d’avoir l’illumination sur la disparition mystérieuse de Neville St Clair.

La scène qui suivra sera directement inspirée par un dessin de Sidney Paget qui avait dessiné Holmes méditant, la pipe en bouche, toute une partie de la nuit, les yeux clos, assis en position du lotus sur une pile de coussins, le tout filmé dans un halo de lumière quasi mystique.

Jeremy apprécia particulièrement de jouer Holmes en méditation car lui-même avait a été un adepte de la méditation toute sa vie. Voilà une autre facette qui les réunissait. Et la méditation, ça marche pour résoudre une affaire étrange de disparition !

La scène du réveil de Watson est drôle car Holmes, habillé de pied en cap, lui chatouille le pied qui dépasse du lit et lui balance un :  » Je vous ai réveillé pour vous demander si vous pourriez envisager la possibilité de vous lever ».

Watson demande l’heure (il est 6h du mat’), se plaint qu’il ne l’a laissé dormir que 2h et lui demandera si la vie de quelqu’un est en jeu.

La réponse est non, mais quand Watson demandera à Holmes s’il  ne peut pas aller vérifier sa théorie un peu plus tard, il lui sera répondu « Je vous attends en bas dans 5 minutes ».

Le silence de Watson sera éloquent, pourtant, Holmes n’hésitera pas à s’auto-flageller tout en menant de main de maître l’attelage à un cheval de sa cliente :

— Watson, vous êtres en compagnie d’un des plus grands idiots d’Europe. Je mériterais qu’on m’envoie d’ici à Charing Cross à coups de pieds !

Dans cet épisode rythmé qui nous montre une facette du Grand Londres peu reluisante, on nous fait voir aussi que le respect des convenances et de la bonne moralité sont primordiaux, sans oublier que la pression sociale étaient telles à l’époque que certains auraient préférés mourir ou rester en prison plutôt que de faire retomber sur sa famille la honte de leur activité de mendiant.

Oh les regards méprisants, désapprobateurs, de l’inspecteur Bradstreet et du brave docteur Watson devant Boone, quand ce dernier leur explique combien il gagne par année… et en sachant ce qu’ils savent sur son identité réelle !

Par contre, pas de jugement du côté de Holmes qui lui est heureux d’avoir résolu ce mystère insondable et qui est fasciné par cet homme qui a fait du théâtre et qui, comme  lui, savait se grimer et jouer un rôle.

Sans doute y voyait-il le reflet de son anticonformisme, de son art du déguisement, de son désir d’être libre, de ne dépendre de personne, de fuir la routine et les convenances pour vivre une aventure exceptionnelle.

Si Jeremy Brett avait, tout comme Holmes, un certain talent pour se déguiser et se rendre particulièrement laid et repoussant, on peut dire que l’acteur qui joue Boone a montré un égal talent, si pas mieux !

Un super épisode que je ne me lasse jamais de regarder ou de lire, même en sachant la solution de l’énigme, car c’était tellement bien trouvé !

De plus, on a quelques dialogues drôles et des réparties amusantes de Holmes envers Watson.

D’ailleurs, en arrivant à la prison où était détenu le mendiant Boone, l’inspecteur Bradstreet leur annonça, en se frottant les yeux, que le mendiant dormait encore et Watson de répliquer, des reproches dans la voix « À cette heure-ci, tout le monde dort encore ! ».

J’adore !

Pour ce coucher moins bête au soir :

  • L’intérieur de la fumerie d’opium a été reconstitué en studio à Manchester.
  • On assiste à un exemple typique du caractère holmésien, que l’on retrouve également au début du « Manoir de l’Abbaye ». L’actrice Patricia Garwood, qui joue Kate Whitney, l’amie de Watson, est la femme du scénariste Jeremy Paul.
  • Le côté shakespearien du personnage de Boone est souligné par la magnifique scène finale, ajout des scénaristes, où St Clair, jetant les vêtements de Boone au feu, récite un extrait de la tirade d’Horatio à la mort d’Hamlet.
  • Cet acte d’expiation par les flammes ressemble à un bûché funèbre. Il s’agit bien d’une partie intime de lui même que St Clair a sacrifiée.

16. Sherlock Holmes : Le Rituel des Musgrave – The Musgrave Ritual

SAISON 2 [Le Retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 3

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : David Carson
  • Scénariste : Jeremy Paul
  • Décorateur : Michael Grimes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 15 ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 30 juil. 1986 – ITV Network (16ème épisode diffusé); Etats-Unis : 19 fev. 1987 – WGHB; France : 2 avril 1989 – FR3 (15ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 35 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … Dr. John Watson
    James Hazeldine … Richard Brunton
    Michael Culver … Sir Reginald Musgrave
    Johanna Kirby … Rachel Howells
    Teresa Banham … Janet Tregallis
    Ian Marter … Inspector Fereday
    Patrick Blackwell … Tregallis

Le pitch ? Alors qu’il envisageait un weekend ennuyeux au château de Hurlestone dans le Sussex, chez son ancien camarade de collège, Sir Reginald Musgrave, Sherlock Holmes est confronté à une énigme mystérieuse.

Héritier d’une vieille famille, Musgrave a surpris en pleine nuit son maître d’hôtel Brunton qui examinait le « rituel des Musgrave », un vieux texte familial de questions et réponses, qui permet de déterminer un endroit du domaine.

Selon Holmes, Brunton, est un personnage singulier, instruit, très érudit, finalement plus intelligent que son maître, qui s’était étrangement satisfait de ce poste subalterne.

Or il a disparu et la femme de chambre, Rachel Howells, son ancienne fiancée, a un comportement hystérique, puis disparaît à son tour.

Les recherches restent vaines, on ne repêche qu’un sac rempli de morceaux de ferraille rouillés dans le lac.

Intro : Un homme, fébrile. Au loin, ♫ un cavalier qui surgit hors de la nuit, cours vers le grand chêne au galop… ♫ Oh, z’ai cru voir un mousquetaire ? Oui, j’ai bien vu… Sherlock Holmes contre d’Artagnan ??

Non, non, non, un homme revient parmi nous, ce n’était qu’une extrapolation de son esprit.

Ce qui ne l’est pas, par contre, c’est l’arrivée d’une jeune femme au regard lubrique, concupiscent. Elle se poste, debout, devant cet homme assis dans le foin (celui qui avait des visions).

Là, c’est moi qui en ait car la demoiselle soulève sa robe afin de montrer la fente de sa tirelire au monsieur qui, là-dessus, n’a qu’une seule envie : lui fourrer sa pièce dedans !

Niveau quête, ça a bien quetté, on a vu des brindilles de foin tomber entre les planches disjointes, nous et une femme au regard sombre, on les a vu l’un sur l’autre, mais on ne verra rien de plus…

Un coupé tiré par deux chevaux… Dedans, Holmes et Watson. Notre docteur a l’air enchanté et Holmes, enrhumé et de mauvaise humeur. Seul Watson à l’air content d’aller passer quelques jours chez Sir Reginald Musgrave, un ancien camarade de collège de Holmes.

Sherlock est ronchon, il peste sur Watson qui lui demande de ranger ses brols et lui apprend qu’il a pris sa malle au vieux dossiers, ceux d’avant l’arrivée de biographe.

Watson aimerait les voir, mais Holmes, résolument de mauvais poils, pose ses deux pieds sur la malle aux secrets !

Premier à nous montrer notre détective préféré en proie à ses humeurs sombres mais tout à fait canoniques puisque Sir Arthur Conan Doyle avait décrit son héros d’un naturel maniaco-dépressif, passant de périodes d’abattement à celles d’excitation dès qu’une énigme pointait le bout de son nez.

Un dialogue m’a fait rire. Entré dans la cour du château de Musgrave, Holmes, toujours sa couverture sur le dos, demande à son ancien camarade :

— Comment se porte votre épouse ?
— Mais, Holmes, je ne suis pas marié !
— Quelle sagesse !

Ah tiens, le majordome si intelligent qui accueille Holmes et pour qui se dernier a de la sympathie, c’est Brunton, celui qui jouait à la bêbête à deux dos avec la demoiselle…

Jeremy Brett nous met en scène un Holmes en proie à l’ennui, d’ailleurs, dans une scène, Watson, bien habillé pour le repas du soir, passe devant la chambre de Holmes où la porte est grande ouverte.

Ce dernier étant occupé dans la salle de bain (ou ce qui y ressemble) et notre docteur, voyant la malle aux anciennes affaires posée à même le sol, se rue dessus à pas de loup, un sourire de gosse affiché sur le visage.

Mais au moment de l’ouvrir, il aperçoit, sur la table basse, tout le nécessaire à Holmes pour s’injecter la solution à 7% de cocaïne. Ça lui refroidit ses ardeurs direct.

Durant tout le repas, Holmes sera hilare pour un rien. Un bien mauvais convive.

Cet épisode prend quelques largesses avec le canon holmésien car dans ce dernier, Le Rituel de Musgrave était une histoire que Holmes racontait à Watson, une ancienne affaire qu’il avait résolu quand il était jeune.

Dans le canon, Watson avait demandé que Holmes range ses affaires et ce dernier, afin d’y échapper, avait exhumé sa malle aux anciennes affaires, celles de ses premiers enquêtes…

Curieux et avide d’en apprendre plus sur les débuts de son détective de colocataire, Watson avait laissé tomber la corvée de rangement car impossible pour résister  à écouter son ami lui raconter l’histoire du rituel des Musgrave…

Pour les besoins de la série, il fallait inclure Watson dedans et il était difficile de rajeunir Jeremy Brett.

Donc, le scénariste, Jeremy Paul, a pris quelques libertés avec le texte original, et il l’a bien fait, corrigeant par là même une incohérence dans la nouvelle de ACD qui basait un point essentiel de déduction sur la hauteur d’un chêne, sans tenir compte de l’évolution de sa taille au cours des siècles.

Dans la série télé, la chose a été résolue de manière intelligente et subtile ! Je ne vous dira pas comment. Na !

On retrouve dans cet épisode que j’aime beaucoup des ingrédients chers à Conan Doyle : un rituel secret, un trésor, une découverte historique, une enquête sur fond d’Histoire, presque un roman d’aventure qui aurait bien été au Club Des Cinq.

Il y a du mystère, une disparition du majordome, inexplicable, majordome qui était talentueux et qui aurait pu exercer un autre métier plus prestigieux que celui-là.

Tout ces ingrédients réunis et habillement cuisinés nous donnent un épisode qui a du peps, de l’intrigue, du mystère, du suspense, et notre Holmes va se remuer le cul après être resté apathique sous sa couverture tout en ricanant nerveusement pour un oui ou pour un non.

L’acteur, en tout cas, joue bien le rôle du maniaco-dépresif et le tout est traduit par des jeux de physionomie, des mimiques, des yeux éteins, des regards lointains et par son habillement car comme le disait Sherlock de la BBC « Je suis malade, j’ai une couverture »

Connaissant maintenant les problèmes de santé de Jeremy Brett (bipolaire), je me dis qu’il n’a pas dû trop chercher pour nous jouer de manière convaincante un Holmes abattu et en proies à ses démons.

C’était ses propres démons qui étaient là, et pas vraiment ceux de Holmes.

Mais comme je vous le disais, Holmes pouvait passer de l’abattement le plus total à de l’énergie pure, pire que s’il avait bu 36 Raide Boule ! Une fois que le majordome a disparu, notre détective se transforme en général et mène ses troupes à la baguette et au pas de charge !

La logique est sienne et Holmes va se livrer à ce brillant exercice et son intelligence va niquer le rituel des Musgrave en le résolvant Il interrogera même, tel un maître d’école sévère, Musgrave et Watson sur les résultats de leurs calculs trigonométriques.

Remonté à balles de guerre, c’est au pas de charge qu’il va arpenter le parc du château, boussole en main, suivant les indications du rituel, dictées par Watson, qui peine à la suivre, tant il marche vite, brandissant sa cane pour inciter ses deux bras cassés à le suivre.

Si l’enquête est excellente, le tout reste tout de même sordide car on ne saura jamais si le bois est tombé tout seul où s’il a reçu un coup de main humain… Accident ou crime délibéré (vengeance), on le laisse à votre appréciation.

On a aussi l’appât du gain, la traitrise, le foutage de gueule de Brunton envers cette pauvre Rachel qu’il a utilisé juste pour arriver à ses fins et qui ne se gênait pas pour aller quetter avec une autre ensuite.

Mais malgré ces aspects sordides de l’histoire – l’Homme n’est pas un modèle de vertu – l’épisode est aussi rempli de situations burlesques et la chasse au trésor aurait pu avoir la musique de Benny Hill en arrière-fond.

On aura même une scène où Holmes va appliquer sa méthode, se mettant à la place du majordome et, sachant que ce dernier est aussi intelligent que lui, va imaginer comment il aurait lui-même procédé. Holmes, presque en transe, va visualiser clairement la scène du drame dans un flash back.

Bref, une fois de plus, un excellent épisode où Holmes nous donne toute la mesure de son talent, mais aussi celle de son mal-être, lui qui ne vivait que pour résoudre des énigmes et dont l’esprit se rebellait à la stagnation.

Jeremy Brett faisait très bien passer cela dans son personnage et le voir abattu en début d’épisode, en proie à ses démons, fait mal au coeur, mais tout le plaisir est de le voir revivre une fois que l’enquête pointera le bout de son nez.

Pour se coucher moins bête ce soir :

  • Le script remporta l’Award Edgar Allan Poe du meilleur épisode TV pour « Mystery! » à New York en 1988.
  • Le texte du rituel diffère entre la version anglaise et la version américaine de la nouvelle.
  • Jeremy Paul, le scénariste, a utilisé la version américaine, plus courte et où il n’y a pas de référence de date.
  • La demeure de Sir Reginald Musgrave est Baddesley Clinton, un manoir médiéval du Warwickshire.

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

15. Sherlock Holmes : Le Manoir de l’Abbaye – The Abbey Grange

SAISON 2 [Le Retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 2

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : Peter Hammond
  • Scénariste : Trevor R. Bowen
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 14ème épisode tourné et le 1er avec Edward Hardwicke
  • 1ère diffusion : Angleterre : 6 août 1986 – ITV Network (15ème épisode diffusé); Etats-Unis : 12 fev. 1987 – WGHB; France : 26 mars 1989 – FR3 (14ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 25 sec

Distribution :

  • Jeremy Brett … Sherlock Holmes
  • Edward Hardwicke … Dr. John Watson
  • Anne-Louise Lambert … Lady Mary Brackenstall
  • Conrad Phillips … Sir Eustace Brackenstall
  • Oliver Tobias … Captain Croker
  • Paul Williamson … Inspector Hopkins
  • Nicolas Chagrin … Mr. Viviani
  • Zulema Dene … Theresa Wright

Le pitch ?
Sherlock Holmes réveille son ami et lui demande de l’accompagner à Abbey Grange, dans le Kent.

L’inspecteur Hopkins sollicite d’urgence son aide, car Sir Eustache Brackenstall a été sauvagement assassiné, tandis que son épouse aurait été ligotée.

Mais, sur les lieux, Hopkins ne parle plus que d’un banal cambriolage par trois criminels bien connus, le trio Rendall qui a déjà sévi dans les environs.

Lady Mary Brackenstall, une Australienne mariée Sir Eustache depuis un an, les a formellement identifié.

Elle se plaint d’abord de cet ivrogne invétéré, avant de raconter comment elle a été assaillie par trois hommes, frappée et attachée, puis s’est évanouie. Son mari est alors survenu et a reçu un terrible coup de tisonnier.

Bien qu’il soit l’épisode 2 de la saison 2, c’est par cet épisode que les producteurs ont commencé la nouvelle saison du « Retour de Sherlock Holmes » afin que Jeremy Brett s’habitue à son nouveau Watson : Edward Hardwicke.

Il était vital  que le nouveau Watson soit parfaitement dans son rôle afin d’être crédible lors de l’épisode qui devait ouvrir la saison : « The Empty House ».

Pour ceux qui n’étaient pas là lorsque j’en ai parlé en juin 2016, ou qui était au fond à côté du radiateur, sachez que le Docteur Watson a changé entre la première saison et la deuxième et que l’on est passé de David Burke (à gauche) à Edward Hardwicke (à droite).

C’est la raison pour laquelle notre bon docteur se tient un peu en retrait par rapport à Holmes et a peu de lignes de dialogue.

Intro : Un bel attelage de deux chevaux blancs trottent dans la noirceur de la nuit, à leur côté, un homme sur son cheval et tous pénètrent dans la cour. Ce sont les flics qui arrivent à Abbey Grange, dans le Kent car on vient de leur signaler la mort de Sir Eustache Brackenstall.

Baker Street : Sherlock Holmes entre dans la chambre du docteur Watson et le secoue gentiment, lui disant :

— Come Watson, come. The game is afoot.

Et comme ce dernier fait mine de se rendormir, il lui dit, plus impérativement, de s’habiller et de venir avec lui.

Dans le train qui les emmène dans le Kent, Holmes reproche, une fois de plus à Watson, de ne pas présenter ses récits comme des cas scientifiques, mais de les romancer. Le brave docteur lui dit qu’il peut écrire s’il le souhaite et Holmes lui dit qu’il le ferra, lorsqu’il ne sera plus en activité (il le fit pour deux aventures, mais ce n’était pas un excellent conteur, il le remarquera lui-même).

Voici un épisode comme je les aime : fidèle au récit canonique, avec une jolie jeune femme qui explique tout à Holmes, lui disant qu’on l’a fait se déplacer pour rien, ce n’est qu’une horrible affaire de cambriolage, le tout devant les yeux d’un Watson attendrit par la jolie dame qui a été blessée par les trois cambrioleurs.

Jeremy Brett est en forme, du moins, dans son rôle de Holmes et je laisse pas transparaître à l’écran son mal être après le décès de son épouse et la défection de son ami, David Burke.

Sa santé était déjà précaire, mais rien ne le montre, il bouge, ne reste pas en place, escalade le manteau de la cheminée (pas de doublure cascade, il n’en voulait pas), observe les trois verres de porto, examine les traces de cire sur le tapis…

Il nous offre, une fois de plus, un Sherlock Holmes affuté, à l’acuité aiguisée, aux sens exacerbés, toujours à la recherche de la vérité.

Brett a beaucoup de texte à dire, d’explications, d’analyses longues et compliquées. Vu que Edward hardwicke débute dans le rôle de Watson, c’est à Brett qu’incombe la majorité du script.

Toujours en action, Jeremy escalade le manteau de la cheminée, avec une agilité féline – car, comme je vous l’ai déjà dit, il ne faisait jamais appel à une doublure.

Tout comme Columbo, Holmes cherche le petit détail qui cloche, le truc qui qui ne va pas, le détail minuscule et il a failli passer à côté ! Heureusement qu’il est le meilleur.

Sauf pour faire parler les femmes…

L’épisode fait aussi partie de mes préférés : Brett, malgré sa maladie, n’a pas encore commencé à avoir le visage gonflé suite à la prise de ses médicaments, il est toujours agile, malgré son âge et j’aime la manière dont il donne vie à Holmes, ses mimiques, ses mouvements de mains, la position de ses doigts, ses petits sourires en coin.

Et puis, comment rester insensible à une histoire d’amûr ?

Holmes restera insensible, lui, se dégageant même de l’étreinte de la belle Mary Fraser, Lady Brackenstall, lorsqu’elle se jettera dans ses bras pour le remercier.

Un épisode où Holmes nous dira qu’il a parfois fait plus de tort en arrêtant le coupable et qui s’érigera en juge, avocat, tandis que Watson se fera jury.

Et on termine l’épisode sur un verre bu devant la cheminée, avec un sourire en coin de Holmes envers Watson qui sourit, lui aussi, satisfait de sa journée.

Pour ne pas se coucher idiot !Beaucoup d’évènements eurent lieu et pesèrent sur la saison 2 qui failli ne pas avoir lieu… Le tournage reprit en 1985.

  • Décès de l’épouse de Jeremy Brett quelques mois auparavant, ce qui donna lieu à son incertitude à continuer la série;
  • Départ de David Burke (le Watson précédent), parti s’installer avec sa femme, l’actrice Anna Calder-Marshall et leur jeune fils, à Stratford pour jouer à la Royal Shakespeare Company;
  • Les changements de productions

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.