Les assassins de la route du Nord : Anila Wilms

Titre : Les assassins de la route du Nord

Auteur : Anila Wilms
Édition : Actes Sud Actes noirs (07/02/2018)
Édition Originale : Das albanische Öl oder Mord auf der Strasse des Nordens (2012)
Traducteur : Carole Fily

Résumé :
A la chute de l’Empire ottoman, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Albanie connaît, comme le reste du monde, de profonds changements. Les nouveaux dirigeants souhaitent moderniser le pays et imposer leurs lois sur l’ensemble du territoire, mais ils se heurtent à la résistance farouche des montagnards du Nord, qui continuent de vivre selon le Kanun, le code ancestral de ces régions reculées que l’on dit hantées depuis la nuit des temps.

Au printemps 1924, deux Américains y sont assassinés sur une petite route. Contraire au Kanun, qui place l’hospitalité au plus haut rang des vertus, le crime, qui a touché le fils d’un sénateur américain, plonge le petit Etat dans une crise diplomatique qui risque de dégénérer en guerre civile.

Mais que fabriquaient ces Américains sur la route du Nord ? Leur présence était-elle liée aux rumeurs selon lesquelles la région renfermerait d’abondantes ressources pétrolières ? Et qui a bien pu vouloir leur mort ?

L’effervescence s’empare de la capitale. On ne parle plus que de cela dans les cafés, les journalistes enquêtent, et bientôt les services secrets s’en mêlent…

Critique :
L’Albanie est un pays méconnu. Nous ne connaissons pas son histoire, sa culture. Rien. Nada. Que dalle. Que pouic.

Par contre, dans nos pays, circulent des tas de clichés sur ses ressortissants. À tort ou à raison puisque dans un peuple, il y a de tout : les bons comme les moins bons, comme les méchants, les dangereux.

Albanie, 1924… La Grande Guerre est terminée, je n’ai encore lu que quelques pages et déjà mon intérêt a été happé par ce que l’auteure nous raconte sur ce petit pays des Balkans.

Le meurtre des deux Américains, qui est un fait réel, va servie de base à l’auteure pour nous parler de l’Albanie, de ses habitants, de ses politiciens, de son pétrole et de ceux qui le convoitent.

Ces derniers temps, j’ai vraiment été mettre mon nez dans la pourriture des politiciens, des diplomates, des gros industriels… Bref, je n’étais pas au pays des Bisounours mais plutôt chez Magouilles & Cie.

Ne cherchez pas un enquêteur, pour ce crime, mais plutôt une chasse à l’homme, une erreur de justice puisque l’on pendra des innocents. Ne cherchez pas non plus du bon sens, il n’y en a pas, les gens parlent à tort et à travers au café du coin, parlent pour ne rien dire, inventent, essayent de se rendre intéressant.

On se croirait sur les réseaux sociaux, quand tout le monde trolle ou cause pour ne rien dire.

Passant d’un personnage à l’autre, afin de nous montrer les points de vue les plus larges et comprendre un peu mieux l’Historie de l’Albanie, l’auteure donne l’impression d’oublier nos deux tués sur la route du Nord, mais pas du tout ! Ils sont toujours là, leur ombre plane sur tout ce qui se déroule en Albanie à ce moment-là !

Ce roman policier est un mélange d’Histoire, de légendes, de culture de cette Albanie que l’on ne connait pas, que l’on connait mal.

Par exemple, le Kanun (les codes de lois édictés par les califes et sultans de l’ancien empire ottoman) ne régit  pas uniquement le code d’honneur et les vendettas, mais aussi les travaux publics et l’accueil de l’hôte.

Mêlant habillement la géopolitique, la diplomatie, explorant l’âme humaine et les jeux de vilains des politiciens, ce petit polar nous emmène dans une Albanie qui n’a rien à voir avec celle que l’on voit sur les affiches des agences de voyage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°175 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°20].

Rural Noir : Benoît Minville

Rural Noir - Benoït Minville

Titre : Rural Noir

Auteur : Benoît Minville
Édition : Gallimard – Série Noire (2016)

Résumé :
Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un « gang » insouciant.

Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l »innocence.

Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d’une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l’amitié, la famille, la culpabilité.

rural-noirCritique : 
Rural Noir, ce pourrait être le nom donné à une nouvelle série qui explorerait le Roman Noir dans ce qu’il a de « rural ». Une collection rien que sur la cambrousse, la vraie…

Parce que si la banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose, faut pas se leurrer non plus, la campagne n’est pas toujours aussi bucolique que les citadins pourraient le croire.

Ce Roman Noir explore deux périodes d’une bande de copains, sorte de Club des Cinq sans le chien et dans sa version un peu moins sage puisque nos ados de 14 ans picolent un peu, fument et ont, pour certains, déjà fourré leurs doigts là où il ne fallait pas… enfin, si, c’est là qu’il fallait les mettre… Bref, vous voyez ce que je veux dire.

La première période correspond bien entendu à une époque où Romain, Vlad, Julie avaient 14 ans et Chris, le plus jeune, 12 ans. Ils forment une bande, un « gang » et cet été là, un événement viendra foutre en l’air leurs vacances.

Mais avant que l’on apprenne ce qu’il s’est passé, nous aurons droit aux bêtises d’une bande d’ados, à leurs chamailleries, leurs bagarres, les petites jalousies, les premiers émois amoureux, les doigts qui vont là où…

On se retrouve dans cette bande de gamins… Surtout si l’on a grandi à la campagne et que l’on occupait ses mois de vacances à sillonner la région en pédalant ferme sur des vélos qui n’avaient rien de moderne.

L’autre période, c’est maintenant. Romain, quand il avait 19 ans, avait planté un beau matin son jeune frère, Chris, 3 mois après la mort de leurs parents et 10 ans après, il fait son grand retour dans le bled où tout à bien changé.

Beaucoup de tensions et de secrets, dans ces 245 pages qu’on ne lâche pas avant de les avoir toutes avalées.

Si les deux frères sont heureux de se retrouver, il y a de la colère dans le cadet, colère qu’il aimerait diriger vers son aîné, mais qu’il garde en lui. Il a morflé, le cadet, lorsque son aîné est parti sans un mot, sans une parole.

Quant à leur copain Vlad, le Captain du gang, il a bien changé et pas dans le bon sens.

Toute la ruralité est exprimée dans ce roman : plus aucune industries à fermer, les agriculteurs qui comment à manquer d’air, les commerces qui ont fermés, les cafés aussi et la drogue qui circule de plus en plus. Au moins une petite entreprise qui ne connait pas la crise.

Une ambiance lourde dans ce récit, oppressante, comme un soir d’été caniculaire où l’orage menace d’éclater dans le ciel. On aimerait que ça éclate, mais on sait que lorsque cela arrivera, des mots seront dit et ils feront mal à la chair, à l’âme, au coeur.

Heureusement qu’il y a les passages dans le passé pour adoucir un peu tout ça, même si on sait que l’on va au devant de révélations terribles pour que tout ait éclaté de la sorte ensuite.

Si les personnages principaux sont bien esquissés et que l’on peut se retrouver dans cette bande de gamins, leurs portraits adultes sont tout aussi réussis et les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus.

L’écriture de l’auteur est bien dosée, ni trop dure, ni trop douce, pas coupée avec de la mauvaise encre ou du marshmallow. C’est du brut noir de noir que tu avales.

Un roman noir avec une sacrée dose d’amitié, de fraternité, l’histoire d’un gars qui est parti du mauvais côté, mais que ses amis ne renient pas, même si les aléas de la vie les ont séparé.

C’est rempli de valeurs qui me sont chères, ce sont mes racines, c’est bourré de violence larvée à laquelle on lâche la bride de temps en temps. Il y a de la nostalgie, des regrets, des pardons qui ne viennent pas, des vieilles rancœurs, des vengeances…

Rural Noir, c’est à la vie, à la mort, à l’amitié, à la fraternité. C’est la cambrousse mais tu évites la bouse de vache à tes chaussures. Quoique, on marche bien dedans, mais c’est une autre merde. C’est la Blanche…

Bon sang, vous êtes encore à me lire alors qu’il faudrait plutôt allez lire ce roman !! Filez l’acheter !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (245 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

Mémoire assassine : Thomas H. Cook

Titre : Mémoire assassine                                             big_3-5

Auteur : Thomas H. Cook
Édition : Points (2014)

Résumé :
« Mon père a tué ma mère, ma soeur et mon frère. Puis il a attendu que je rentre à la maison… »

Steve Farris a tout pour être heureux : une femme attentionnée, un petit garçon charmant, un job qu’il adore. Cet équilibre apparent va se rompre le jour où il rencontre Rebecca, une chercheuse qui enquête sur les tueries familiales inexpliquées.

Les souvenirs remontent : il n’avait que 7 ans quand il revint de l’école un jour et trouva sa mère, sa sœur et son grand frère sauvagement assassinés. Son père, présumé coupable, avait lui disparu. Qu’est-il devenu ? Comment accepter l’inacceptable ? Et comment échapper à son propre passé ?

Critique :
♫ Je m’appelle Stevie, et je suis sans famille ♪ pour l’intro en version « soft ».

« Mon père a tué ma mère, ma sœur et mon frère. Puis il a attendu que je rentre à la maison… » nous explique Steve Farris, trentenaire qui, alors qu’il n’avait que 7 ans, s’est retrouvé sans famille : sa mère, sa grande sœur et son grand frère ont été abattus pas leur père. Ça c’est pour l’intro « hard » et sans fard.

Qu’est-ce que s’est passé lors de ce « bloody day » ? Pourquoi le père a-t-il été pris d’une frénésie meurtrière ? C’est ce que Steve va tenter de comprendre et de nous expliquer.

Élément déclencheur de ses réminiscences, tout sauf joyeuses ? Rebecca, une chercheuse qui veut écrire un livre sur ses pères qui, un jour, assassinèrent leur petite famille alors qu’ils avaient tout pour être heureux.

« Avant Rebecca, j’étais incapable de me rappeler ce qu’il m’avait dit alors, ce qui ne m’empêcha pas, au fil des années, d’échafauder toutes sortes de suppositions, répliques sans doute glanées à la télévision ou au cinéma qui ne me semblaient jamais sonner tout à fait juste. »

Notre Stevie qui avait réussi sa vie (boulot, femme et fils) va introspecter ses souvenirs de ces quelques mois qui ont précédés le joyeux massacre. Mais à force de plonger en soi, ne risque-t-on pas de perdre pied ?

« Je me rendais compte que j’étais sans défense, littéralement nu devant elle. Elle avait revêtu l’armure de la vérité, et j’étais un ver qui se tortillait à l’approche de son ombre gigantesque. »

Amis des ambiances joyeuses et des marshmallows au coin du feu de camp : au revoir ! Ici, rien de réjouissant, que du sombre ou du noir.

Petit à petit, l’auteur dévoile avec une précision diabolique les souvenirs qui remontent à la surface de la mémoire de Stevie, qui, sans doute pour se protéger, les avaient occultés.

« C’est comme s’il se tenait aux portes de ma mémoire, garde-frontière d’une sombre contrée. »

« Je pense que la mémoire est le lot de consolation qui nous est dévolu pour compenser la mort de chaque jour, le lieu auquel nous accédons pour reconstruire et réécrire notre vie, pour nous donner une seconde chance. »

Si la première partie m’a paru un peu « lente » suite à mon manque d’empathie avec les personnages, la seconde a passé comme une balle.

La plume de Cook est allée titiller les souvenirs d’un petit garçon avec habilité pour nous les retranscrire avec douceur au départ, s’enfonçant ensuite de plus en plus dans le malsain.

On sent que quelque chose va se produire, on se doute qu’une trame bien plus sombre se cache derrière cette horrible fait divers et mon esprit a supputé bien des théories avant de se faire planter le couteau en traitre, par l’auteur, dans les dernières pages.

Pan dans ma gueule… c’est vache, ça fait mal, mais ça fait du bien aussi.

Le Mal est-il héréditaire ? Les souvenirs ne feraient-ils pas mieux de rester enfouis, puisque la mémoire en a décidé ainsi ?

Cook vous décortiquera ça à la manière dont on ôte la carapace d’un homard : on croit qu’on a tout enlevé, qu’on est arrivé au bout, mais non, il reste encore des petits morceaux.

Vu mes débuts laborieux, je ne pensais pas aimer le roman, mais maintenant je peux dire que oui, j’ai aimé.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule (2014-2015), « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !