Régression : Fabrice Papillon

Titre : Régression

Auteur : Fabrice Papillon
Édition : Belfond (10 octobre 2019)

Résumé :
Ils sont prêts. Ils reviennent d’un lointain passé, d’une époque glorieuse.

Ils forment ce que Socrate et Homère nommaient déjà la race d’or. Ils viennent sauver la terre, et les hommes qui peuvent encore l’être. Pour les autres, ils n’auront aucune pitié.

L’heure du Grand Retour a sonné… et, pour le commandant Marc Brunier, celle de son ultime enquête.

36 000 ans avant Jésus-Christ. Une famille résiste au froid au fond d’une grotte de la péninsule Ibérique quand des hommes font irruption et massacrent les parents. Fascinés par la peau claire et les yeux bleutés du fils, les assaillants l’épargnent et l’enlèvent.

14 février 2020, Corse. Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, découvre un charnier dans une grotte de Bonifacio.

De son côté, la police retrouve un cœur en décomposition au pied d’un olivier millénaire du site préhistorique de Filitosa. Des scènes de crime similaires apparaissent sur d’autres sites de la préhistoire en Espagne puis en Angleterre.

Les premières analyses de la police scientifique sont stupéfiantes. Quelle est cette créature meurtrière dotée de capacités sidérantes ?

Aux confins de l’Europe et jusqu’à la Russie des goulags et de Tchernobyl, une chasse à l’homme exceptionnelle commence à travers le monde et les âges, où l’on croise Homère, Socrate et son disciple Platon, Jésus et l’apôtre Jean, mais aussi Rabelais, Nietzsche ou encore le terrifiant Heinrich Himmler.

Quel secret remontant à nos origines partagent tous ces hommes ? Après des millénaires de silence, une révélation est en passe de bouleverser l’équilibre même de l’espèce humaine…

Critique :
Non mais quelle idée saugrenue que celle de l’auteur de nommer un de ses personnages Vannina ♫ ah ah ah ah ♪ ah ah ah ah ♪

Durant les premières pages, j’avais Dave qui chantait sans cesse dans ma tête… Je n’ai rien contre, mais à la longue…

Sans oublier que l’auteur a nommé un des chiens pisteur « Jupiter » et moi, je voyais le mari de Brigitte, votre préz, courant avec la langue pendante… Non mais, un peu de sérieux, que diable !

Moi aussi je vais reprendre mon sérieux car ce roman n’est pas une comédie. Je dirais même plus que c’est un thriller assez efficace dans son déroulement car les temps morts ne sont jamais vraiment morts, mais instructifs à plus d’un titre. Assurément, on va se coucher moins bête.

Mon seul bémol (petit) sera tout de même pour cette Vannina Aquaviva, la capitaine de gendarmerie de Bonifacio, qui cumule des tas de qualités sportives, de combattante, de tête brûlée, de blessures profondes dans le cœur et l’âme, tout comme le commandant Marc Brunier qui est un flic qui abuse du pur malt et est bourré de traumatismes car il a vécu une chose horrible dans sa vie.

J’apprécierais de temps en temps d’être face à des flics normaux… Sans blessures profondes, traumatismes et autres. Je ne demande pas le flic lambda, celui qui n’a pas envie de bosser, ni de traverser la rue pour suivre les traces de sang qui commencent sur votre trottoir, mais bon, le juste milieu.

Sans compter qu’on en a un (Carlier, dit Pierre Richard) qui a tout du crétin qui n’a même pas su orthographier correctement le mot « gendarmerie » lorsqu’il a passé son examen d’entrée…

Stop, les pinailleries sont terminées car malgré mes réticences du départ face à ces personnages un peu trop mutilés par la vie, je suis vite entrée dans ce roman que j’avais pourtant regardé d’un œil torve avant de commencer, dubitative que j’étais.

Je précise bien « avant de commencer » car une fois les premières lignes entamées, j’étais dedans, dévorée par la curiosité et le plaisir de lecture.

C’est avec étonnement et moult questionnements que j’ai suivi l’enquête Corse (je n’ai pas pu résister) et que j’ai tenté de percer cette chape de brume qui me bouchait la vision. Qui avait tué ces gens de manière horrible ? Violente… Abjecte, barbare… Mystèèère.

L’auteur sait de quoi il cause, ça se voit, ça se sent, ça se lit… On est presque dans du détail scénaristique, pour une série, tant les détails foisonnent et sont clairs dans notre petite tête. Les scènes se jouent sous nos yeux et les acteurs prennent vie.

Plus on avance et plus on a l’impression que le mystère s’épaissi, que le fantastique vient de surgir dans notre lecture mais non, ce n’est que de la science… Serait-elle fiction, cette science ? Oui, un peu mais réaliste de par certains abords.

L’alternance entre le présent et le passé est plus que réussie. Rendez-vous compte que l’on commence en 36.000 ans avant J-C et qu’ensuite, on débarque en 2020, passant du passé au futur sans même que l’on souffre du jet lag.

Durant tout le roman, on refera des petits sauts dans le temps, côtoyant des personnages illustres (certains sont glaçants, tel Himmler) qui vont lever une partie du voile tout en l’opacifiant parce que faut pas croire que toute l’énigme va se foutre à poil d’un seul coup. Faut faire durer le plaisir et faire monter la pression.

La frontière entre la réalité, la science et la fiction est ténue et si on pourrait croire que bien des choses sont irréelles, la biographie finale jette tout de même un horrible doute… Oups, tout ne serait pas si fictif que ça, alors…

Régression est un roman qui fait avancer, qui fait réfléchir, car toutes les régressions ne sont pas si mauvaises que ça. Il y a régresser et régresser…

Et ici, nous ne parlons pas de personnes qui régressent dans le mauvais sens, un peu comme on en croise sur les réseaux sociaux (et ailleurs) et qui donnent l’impression de vouloir nous ramener à des époques où la liberté de paroles et de pensées était restrictive.

Un thriller scientifique que j’ai lu avec attention, concentrée que j’étais et qui met fin à ma série noire de lectures en demi-teintes de ces derniers jours. Un thriller qui n’a pas bâclé son final, ni son départ, ni son milieu…

— C’est cela qu’ils t’ont fait payer ! De les avoir placés devant leur ignorance, en les poussant toujours plus loin dans leurs contradictions. Un homme mérite-t-il de mourir pour cela ?

Mais lui en était convaincu : tous les hommes, malgré leurs différences, provenaient des mêmes ancêtres, qui avaient lentement évolué. Aucun ne pouvait être « singe » ou « inférieur » par essence. Les hommes avaient tous suivi leur chemin, s’adaptant à leur milieu, leurs contraintes. Les classer relevait de la mystification scientifique.

Pourtant, il fallait bien des arguments savants pour justifier la supériorité de l’homme blanc sur les « sous-hommes » des colonies… Pour les exploiter, les spolier… Lamarck était de plus en plus convaincu d’être instrumentalisé au profit des ambitions coloniales malsaines des monarques de la vieille Europe.

Considérer les indigènes comme des sauvages, voire des singes, leur ouvrait un boulevard : tout était permis, sans nul égard pour ces « sous-races ». Et les savants qui l’attestaient bénéficiaient de tous les honneurs, comme Cuvier le démontrait aisément.

En détruisant leurs forêts, comme en Amazonie, ou bien en les entraînant dans notre chute, en faisant monter le niveau des mers, au point d’immerger leurs îlots, ou bien en les asphyxiant, à cause de l’effet de serre et de la pollution globale. Sans les toucher, sans même tirer une seule balle, nous allions les éradiquer.
Nous n’étions que des Destructeurs.
Nous l’avions toujours été.
Mais nous venions de mettre au point l’arme ultime. Planétaire, insidieuse, bien plus puissante que cent mille bombes atomiques : l’arme atmosphérique et climatique.

— La comparaison est presque terminée. Pour votre information, dans notre génome, nous abritons tous entre un et quatre pour cent de gènes de Néandertal. Ce sont les conclusions auxquelles nous sommes parvenus en comparant des milliers d’ADN à celui de l’homme de Néandertal. Cela prouve que nous nous sommes croisés avec lui.

— Vous imaginez ? L’homme de Néandertal a survécu plus de quatre cent mille ans en Europe, et il s’est complètement éteint en trente mille ans seulement, après l’arrivée de Sapiens sur son territoire. Et c’est la même histoire pour tous les autres : Denisova, Florès, Luzonensis…

Une belle revanche pour cet homme dont la myopie ne cessait de s’aggraver [Himmler]. Parmi ses autres tares, il était petit et malingre. Il avait bien tenté de développer ses biceps, autrefois, mais n’y était jamais parvenu. Tout comme Hitler, il n’avait rien de l’étalon aryen si souvent glorifié dans ses discours criards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

Ici n’est plus ici : Tommy Orange

Titre : Ici n’est plus ici

Auteur : Tommy Orange
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (21/08/2019)
Édition Originale : There There (2018)
Traducteur : Stéphane Roques

Résumé :
A Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier.

Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.

Critique :
Là, c’est décidé, je vais aller me faire soigner parce que me voici de nouveau face à un livre encensé par la critique, élu Meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award… Excusez du peu !

Je ne suis pas devant une daube et pourtant, je ne pourrai même pas me fendre d’un « merci pour ce moment » car je n’ai ressenti aucune émotions devant les personnages et leurs histoires.

Enfin, aucune, j’exagère, j’ai senti vibrer un peu ma corde sensible, surtout lors du prologue mais ensuite, j’avais l’impression d’être sur la lune alors que j’aurais dû avoir les pieds sur terre.

Ce roman choral brossait différents portraits qui étaient intéressants puisque nous étions face à des gens fracassés, marginalisés, paumés, déracinés, ayant perdu leur identité propre, leur culture, n’était pas reconnu, ayant été génocidé (et je me fous que ce soit un néologisme, j’inaugure).

Tous ces personnages basés dans la région d’Oakland ont des origines indiennes et plus question de nier que ce peuple a souffert (mais pas sans rendre une partie des coups).

Il serait bête de dire qu’il ne souffre plus de nos jours. Comment être un Indien en 2019 ? Comment être un métis ? Comment gérer son nom Indien qui fait sourire les Blancs ? Comment vivre dans un Monde qui n’est plus le sien ? Comment être sur la Terre de ses ancêtres quand d’autres la foulent et la piétine ?

Ce roman avait tout pour ma plaire, une fois de plus : des Amérindiens ou d’origine, des questionnements, des êtres fracassés, marginaux, complexes, une quête d’identité qui n’est pas simple.

Un roman choral porté par 12 portraits de personnes qui allaient se croiser au Grand Pow-Wow d’Oakland sans que l’on sache ce qui allait se passer, hormis un drame puisqu’on avait imprimé en 3D un révolver pour passer les portiques de sécurité…

Oui, il y avait tous les ingrédients pour me filer un trip littéraire d’enfer et j’attendais beaucoup, l’ayant vu passer un peu partout avec des critiques positives, des coups de coeur…

Je pense que mon problème est venu de la construction du récit. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue dans leurs histoires, leurs récits et j’ai perdu pied, lâchant le fil d’Ariane, me déconnectant du récit.

Râlant, je vous l’avoue parce que j’aurais aimé l’aimer à sa juste valeur, surtout qu’il traitait d’un sujet que j’apprécie fortement : la vie des Amérindiens de nos jours. Mais voilà, une fois de plus, je n’ai pas suivi le rythme et le roman et moi nous nous sommes perdu au fil des pages pour ne plus nous rencontrer que très brièvement, au hasard d’un chemin de traverse.

Peut-être qu’il vous a donné des émotions que je n’ai pas eue, vous êtes des veinards ou peut-être qu’il vous en donnera, et vous serez chançards aussi. Moi, je vais me chercher un Petzi pour tenter de retrouver des émotions et relancer la machine littéraire qui, ces derniers temps, c’est vachement enrayée chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°74 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Pumpkin – Aux couleurs de l’automne : Couverture de livre orange).

Les femmes de Heart Spring Mountain : Robin MacArthur

Titre : Les femmes de Heart Spring Mountain

Auteur : Robin MacArthur
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (30/01/2019)
Édition Originale : Heart Spring Mountain (2018)
Traducteur : France Camus-Pichon

Résumé :
Août 2011. L’ouragan Irene s’abat sur le Vermont, laissant derrière lui le chaos et la désolation.

Loin de là, à La Nouvelle-Orléans, Vale apprend que sa mère a disparu lors du passage de la tempête.

Cela fait longtemps que la jeune femme a tourné le dos à sa famille, mais cette nouvelle ne lui laisse d’autre choix que de rentrer chez elle, à Heart Spring Mountain.

Elle y retrouve celles qui ont bercé son enfance : la vieille Hazel qui, seule dans sa ferme, perd la mémoire, et Deb, restée fidèle à ses idéaux hippies.

Mais si elle est venue là dans le seul but de retrouver sa mère, c’est aux secrets des générations de femmes qui l’ont précédée que Vale va se confronter, réveillant son attachement féroce à cette terre qu’elle a tant voulu fuir.

Après « Le Coeur sauvage », un recueil de nouvelles unanimement salué par la critique et les libraires, Robin MacArthur signe, d’une écriture pure et inspirée par la nature sauvage du Vermont, un émouvant premier roman sur le lien à la terre natale, et offre une réflexion lumineuse sur l’avenir de notre planète.

Critique :
Si Patrick Juvet lit ce roman, il chantera ♫ Où sont les hommes ? ♪ car dans ces pages, les hommes sont les grands absents.

Bon, ils sont passés un jour, puisque les femmes ont eu des enfants, mais ensuite, ils ont disparu de la vie de ses femmes.

Il est des livres que l’on fluore dès leur sortie, se disant que lui, il est fait pour nous.

Il est des livres dont les thématiques sont emballantes car intégrées parfaitement au récit.

Imaginez une saga familiale sur plusieurs générations qui en même temps aborderait les origines Amérindiennes, les origines, l’identité, l’héritage de ses ancêtres, les secrets de famille, la planète et son avenir, ou plutôt, le nôtre (parce que la Terre, elle s’en sortira très bien, merci pour elle), la nature et ses dérèglements.

Et pourtant, je suis passée royalement à côté de ce roman ! Oui, ce roman qui m’avait mise l’eau à la bouche m’a noyé dans les nombreux portraits des différentes femmes qui le composent et m’a endormie car pas moyen de rester concentrée dessus, même pas trop envie de revenir plonger dedans.

Pourtant, le roman est composé de courts chapitres, ça aurait dû lui donner du rythme mais non, pas moyen d’entrer dans récit qui suivait ces trois générations de femmes ayant grandi sans père et explorant les années 1956 à 2011.

C’est donc avec une pointe de regret que j’ai posé ce roman qui avait tout pour lui, qui me semblait fait pour moi, composé de ce genre de portraits comme je les affectionne, qui explorait cette Amérique que j’aime découvrir, celle des petites gens.

Non, ce roman n’est pas un mauvais roman, pas du tout, c’est un grand roman, sans aucun doute, mais nous n’étions pas fait l’un pour l’autre, ou alors, pas maintenant.

J’aurais peut-être dû le laisser mûrir un an de plus en bibliothèque de chêne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°9.

 

Juste avant de mourir : S. K. Tremayne [LC avec Bianca]

Titre : Juste avant de mourir

Auteur : S. K. Tremayne
Édition : Presses de la cité (21/03/2019)
Édition Originale : Just Before I Died (2018)
Traducteur : Isabelle Maillet

Résumé :
Pourquoi tu m’as fait ça, maman ?

Kath, Adam et leur petite Lyla, intelligente mais renfermée, habitent une ancienne ferme isolée en plein milieu de la lande, dans le Devon.

Un jour, Kath se réveille aux urgences après avoir été victime d’un grave accident de voiture. Elle n’a aucun souvenir des circonstances l’ayant conduite au drame.

De retour chez elle, choquée mais heureuse de retrouver sa famille, elle déchante vite : Lyla dessine d’étranges motifs et répète qu’elle voit un homme sur la lande.

Quant à Adam, il paraît en vouloir terriblement à son épouse, pour une raison que cette dernière ne s’explique pas.

Autour de la maison, Kath tombe sur des mises en scène macabres…

Alors que le comportement de Lyla devient de plus en plus inquiétant, Kath apprend que c’est en essayant de se suicider qu’elle a fini à l’hôpital. C’est le choc. Et le début de flash-backs angoissants qui vont la conduire elle aussi vers cet inconnu qui hante la lande.

Prêtant sa plume à un drame familial qui interroge le poids de l’hérédité, les liens du couple et le mystère qui entoure les enfants atteints du syndrome d’Asperger, le maître du thriller atmosphérique revient avec un quartet brumeux qui laissera le lecteur hagard, ivre de secrets inavouables et de stupéfiantes révélations.

Critique :
♫ Dis maman, pourquoi t’as fait un plongeon ? ♪

♪ Puisqu’il faut choisir, À mots doux je peux le dire, Sans contrefaçon, Maman dans l’eau a fait un plongeon ♫ (1)

Lorsqu’on est une gamine atteinte d’un syndrome d’Asperger ou d’un autisme latent (les parents n’ont pas consulté), apprend que sa maman a voulu se suicider en fonçant en bagnole dans une retenue d’eau, ça la fout mal.

Pourtant, à bien y réfléchir, Kath, la mère de Lyla, n’avait pas de bonnes raisons de vouloir mettre fin à ses jours.

Quand vous êtes une mère que tout le monde regarde avec pitié parce que l’on pense que vous avez fait une tentative de suicide, que votre mari vous en veut pour cet acte, que votre fille, déjà en proie à des problèmes à cause de son asperger, commence à battre la campagne en pensant que vous avez voulu l’abandonner…

Et si en prime, vous avez des trous de mémoire sur la semaine précédent cet accident et sur ce qui s’est passé dans votre tête à ce moment là, pour enquêter sur ce que vous pensez ne pas être une tentative de suicide, ça va pas être facile.

Voilà un thriller psychologique comme je les aime, avec des mystères, des phénomènes bizarres, une impression d’être épiée, un mari que vous avez vu mais qui vous jure que non, il n’était pas là, je vous jure que vous avez une petite sueur froide au milieu des sueurs chaudes provoquées par la canicule et son jour le plus chaud.

Nous sommes sur la lande du Dartmoor et s’il n’y a pas le chien maudit des Baskerville, il y a tout de même un truc de pourri au Dartmoor, en plus du brouillard, des tourbières meurtrières et de l’hiver…

L’auteur a su jouer avec ses personnages, alternant des points de vues, de manière à ce qu’on l’on frissonne, que l’on se pose des questions et que l’on en suspecte certains, sans toutefois dévoiler trop, trop vite, mais en nous laissant mariner dans notre jus le plus longtemps possible avant de balancer son final.

À un moment donné, j’avais compris. C’était sordide, mais j’avais capté.

Pour son final, on a du rythme, du suspense et elle joue avec nos nerfs, d’ailleurs, je lui garde un chien de ma chienne aussi et cet auteur passe directement sur ma kill-list avec les Norek et Minier.

Un thriller psychologique qui m’a amené un peu de frissons mais pas assez que pour faire diminuer la température caniculaire de ce 25 juillet où l’on a fait exploser tous les records.

Bianca a moins apprécié, de son côté. Partie avec une avance de 12 chapitres pendant que je me liquéfiais, elle avait toujours une confortable avance avant que je ne passe les grands braquets et que je fasse tout péter et que je ne termine l’étape avec des heures d’avance.

(1) Sur l’air de « Sans contrefaçons » de Mylène Farmer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°7.

Qaanaaq : Mo Malø [LC avec Bianca]

Titre : Qaanaaq

Auteur : Mo Malø
Éditions : La martinière (31/05/2018) / Points (2019)

Résumé :
Dans le vaste pays blanc, l’esprit de Nanook se réveille. Le grand ours polaire, seigneur des lieux, protégera les siens. Jusqu’au bout.

Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland.

C’est à contrecœur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté.

Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?

Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

Critique :
Si le polar vient du Groenland, l’auteur, lui, vient de France, donc, nous ne sommes pas dans du 100% made in Banquise mais rassurez-vous, vous aurez l’impression d’y être, surtout si vous le lisez durant un mois de mai pas très chaud avec un sale petit vent de nord-est qui refroidit tout.

Moi, je suis toujours partante pour aller résoudre des meurtres à l’autre bout du monde, tant que l’enquêteur me plait bien et que l’auteur arrive à me surprendre.

Le colonel Moutarde avec le poignard dans la biblio est un classique, mais si l’auteur arrive à rendre cela de manière atypique, intéressante, pu vue, moi, je signe des deux mains, même avec des moufles et un cache-nez.

Pour le compte, ici, le colonel Moutarde, c’est Nanook (Nanuuq en V.O) ! Et pour ceux qui pense à la marque de vêtements, allez demander à votre ennemi Gogueule ce qu’il a d’autre en stock, bande de moules.

Un crime énigmatique, pas de mobiles apparent, un tueur inhabituel, une enquête qui piétine, des flics dirigés par Rikke Engell, une cheffe qui n’a pas envie de cheffer (mais qu’on a envie de baffer) et un capitaine de police Danois, Qaanaaq Adriensen, envoyé pour faire toute la lumière sur cette sombre affaire, puisque, vous ne saviez peut-être pas, mais le Groenland appartient toujours au Danemark.

Sur fond d’envie d’indépendance, notre enquêteur Danois va faire la connaissance de ce pays qu’il ne connait pas, de ses mœurs étranges, de ses croyances encore fortement ancrées et de cette haine que certains Groenlandais ont, envers tout ce qui vient de son grand colon-isateur.

L’auteur connait son sujet, on sent bien qu’il a potassé et il nous met en scène, grandeur nature, un Groenland qui espère tirer profit de son pétrole pour s’émanciper du royaume où paraît-il, il y a quelque chose de pourri, d’après William Shakespeare (Hamlet)…

La politique sera donc une partie assez importante du récit, ce qui m’a fait bien plaisir parce que niveau rythme et action, c’était un peu faiblard et l’enquête trainait en longueur avec des flics aussi pressés de résoudre des meurtres que les nôtres le sont pour résoudre des actes de vandalismes (c’est vous dire leur énergie !).

Cette enquête sera galère pour Qaanaaq, à se demander parfois s’il est vraiment un grand flic surtout lorsqu’il téléphone à sa mère pour qu’elle l’aiguillonne un peu… Bon, pour sa défense, si on lui avait tout dit, il aurait eu plus facile.

En plus, le pauvre, niveau climat, dans la ville de Nuuk, on a plus tendance à se les geler qu’à avoir chaud (sauf à l’intérieur) et la bouffe mériterait une revisite des candidats de Top Chef.

Pour l’immersion, on a beau avoir un français à la barre, les sensations de froid étaient bien retranscrites et on s’y serait cru, même. Le dépaysement est garantit.

Un climat politique délétère, des magouilles chez les politiciens (ça ne nous change pas), des meurtres bizarres, des mystères opaques, un pays énorme mais peu peuplé, des habitants haineux envers les étrangers, des écolos extrémistes, des indépendantistes énervés, des personnages aux noms imprononçables et un pauvre enquêteur qui doit batailler ferme contre certains bâtons mis dans ses roues.

Pas le polar du siècle, mais un bon divertissement et un final inattendu, ce qui me fait remonter la cote car j’adore être surprise, pour ne pas dire un autre mot… Bon, ce n’était pas de la surprise exceptionnelle comme avec certains auteurs mais je saluerai sa manière de nous balancer le truc dans la tronche et celui-là, je ne l’avais pas vu.

Par contre, 100 pages de moins l’aurait rendu plus addictif, lui donnant un rythme un peu plus soutenu.

Cela ne m’a pas trop posé de problèmes parce que j’étais intéressée par le voyage au Groenland, par ses habitants, leurs modes de vie, leur culture, leurs luttes, la pauvreté qui règne chez certains et le côté politique avec ses magouilles en tout genre, mais pour un(e) lecteur(trice) qui n’aime pas trop ça (ou les allergiques à la politique en littérature), le roman pourrait se révéler être moins intéressant.

Ma copinaute de LC, Bianca, n’aimant la politique dans ses lectures qu’à dose homéopathique, aurait pu frôler l’indigestion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

La dernière frontière : Howard Fast

Titre : La dernière frontière

Auteur : Howard Fast
Édition : Gallmeister Totem (2014 – 2018)
Édition Originale : The Last Frontier (1941)
Traducteur : Catherine de Palaminy

Résumé :
1878. Les Indiens cheyennes sont chassés des Grandes Plaines et parqués en Territoire indien, aujourd’hui l’Oklahoma.

Dans cette région aride du Far West, les Cheyennes assistent, impuissants, à l’extinction programmée de leur peuple. Jusqu’à ce que trois cents d’entre eux, hommes, femmes, enfants, décident de s’enfuir pour retrouver leur terre sacrée des Black Hills.

À leur poursuite, soldats et civils arpentent un pays déjà relié par les chemins de fer et les lignes télégraphiques.

Et tentent à tout prix d’empêcher cet exode, ultime sursaut d’une nation prête à tout pour retrouver liberté et dignité.

Critique :
Sherman rédigea l’acte de nomination du général George Crook, lui donna les pleins pouvoirs dans les Plaines et lui ordonna d’abattre les Cheyennes comme on tire les loups qui maraudent.

Oui, les tirer comme des loups, comme des bêtes car pour eux, ce n’était même pas des humains…

Les États-Unis ne sortiront pas auréolé de gloire, avec ce roman d’Howard Fast qui raconte la longue marche que firent les Cheyennes depuis les rudes terres de l’Oklahoma où on les parquait, à celles qui furent les leurs, dans les Black Hills.

Imaginez 300 Cheyennes, dont à peine 80 hommes, dont la moitié seulement de ces guerriers est dans la fleur de l’âge, tout le reste étant des femmes, des enfants et des vieillards, marchant durant plus de 1.500 kilomètres avec 12.000 soldats à leur cul qui leur ont tendu des souricières où pas une souris n’aurait pu passer, pratiquant même ensuite la stratégie de la tenaille, bien connue de la 7ème Compagnie.

Douze mille hommes, près d’une division entière de soldats des États-Unis, vétérans endurcis des vieux régiments qui avaient combattu les Indiens, essayaient de capturer ces trois cents Cheyennes. Et, sur les trois cents, il n’y avait que quatre-vingts hommes environ, dont la moitié seulement étaient des guerriers dans la force de l’âge.

Et vous savez quoi ? Les Cheyennes sont passés, les Cheyennes ont marché, on les a rattrapé, combattu, on les a pourchassé, mais jamais on ne les a capturé, sauf ceux qui se rendirent afin de permettre aux autres d’échapper à tous ces hommes en bleus lancés à leur trousse comme s’ils avaient commis un crime atroce.

Leur seul crime était de vouloir rentrer chez eux pour ne pas mourir de faim en Oklahoma, ils voulaient juste rentrer chez eux. Pacifiquement. Rien de plus…

Honteux, horrible, à vomir, voilà ce qu’on aurait envie de hurler à la face de l’Amérique pour ce qu’elle fit endurer à ces pauvres Indiens, dépossédés de leurs Terres ancestrales – dont on leur avait pourtant garanti qu’ils les garderaient – parqués pire que du bétail sur une terre aride, crevant de faim, de soif, de maladie, n’ayant plus de bisons à chasser et qui ne demandaient qu’une chose : rentrer dans les Black Hills.

Ben non, pouvaient pas, les Indiens, pas de libre circulation de ces minorités, dans ce grand pays qu’est l’Amérique. Trois sont déjà foutu le camp et en représailles, on en demande 10 pour enfermer dans le trou à rat qu’est la prison de Dry Tortuga…

Ce livre, c’est une baffe donnée à la face des États-Unis, c’est un plaidoyer envers le courage qu’eurent ces hommes et ces femmes de partir sur un périple impossible, alors qu’ils étaient déjà à bout de force, juché sur des poneys maigres et fatigués.

Ce livre, c’est aussi une baffe jetée à l’Homme Blanc qui a peur de ce qu’il ne connaît pas, qui raconte des tas de mensonges sur les autres, inventant au fur et à mesure pour ajouter de l’huile sur le feu et faire le jeu de la propagande. C’est une ode à la tolérance, à l’humanisme, au fait qu’il faut traiter les autres comme des Êtres Humains et pas comme du bétail.

— Mais nom de Dieu, capitaine, même les Indiens sont des êtres humains. Vous ne pouvez pas affamer des enfants et mettre ça sur le compte de leur race.
— Je vous saurais gré de vous mêler de vos affaires, lieutenant, trancha Wessells.

Ici, c’est l’Homme Rouge qui en sort grandi car il est resté pacifique, ne voulant pas recommencer une guerre, tandis que l’Homme Blanc se comportera comme il le fait encore et toujours, alliant la bêtise à la brutalité, la violence avec l’entêtement.

Le Kansas recouvra son sang-froid et découvrit qu’il n’existait pas un cas, pas un seul et unique cas, d’un citoyen assassiné ou molesté par les Cheyennes, pas une seule maison incendiée : des chevaux avaient été enlevés, du bétail abattu, rien de plus.

Pourtant, lorsqu’on écoute le Blanc, ce sont les Indiens qui sont des sauvages, des êtres ne possédant pas plus d’esprit qu’un enfant. On devait manquer de miroir à l’époque…

Le récit d’Howard Fast est magnifique, prenant, bourré de bêtise humaine, de stratégie indienne, de volonté de paix alors qu’en face, on ne sait parler que de guerre et de conflits.

Les coulisses du pouvoir sont abjectes parce que réalistes, on suit tout cela impuissant, alors qu’on a envie de hurler toute sa rage devant autant de décisions absurdes (afin de justifier sans doute qu’on en a une grosse) car dura lex sed lex, sauf pour eux, politiciens.

Un roman dont on sort bouleversé, ému, la partie se déroulant à Fort Robinson étant à la limite de l’insoutenable, tant l’entêtement bête d’un officier va amener ce peuple fier et libre à devoir vivre des jours en enfer.

À Camp Robinson, le thermomètre marquait ce jour-là -30°. L’officier devait connaître ce détail. C’était une des informations données par tous les journaux de la région. Les squaws et les enfants ne possédaient pas une couverture qui ne fût en loques. Ils ont effectivement quitté leur réserve avec les mêmes vêtements qu’ils portent aujourd’hui, mais ils sont partis en août et nous sommes maintenant en janvier. En outre, les vêtements s’usent dans le Nebraska aussi bien qu’à Washington.

Un roman magnifique, un roman fort, un roman à lire et un formidable travail de l’auteur afin de récupérer des témoignages alors qu’il y avait la barrière de la langue, le Cheyenne étant une langue très riche mais très difficile à apprendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

Le sang du Suaire : Sam Christer [Défi CannibElphique]

Titre : Le sang du Suaire

Auteur : Sam Christer
Édition : France loisirs (2012) / MA (Pôle noir)
Édition Originale : The Turin Shroud Secret (2012)
Traducteur : Véronique Gourdon

Résumé :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde. D’où vient-il ? De quand date-t-il ?

L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican.

Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Le Sang du Suaire est un roman extrêmement bien documenté, riche de péripéties et de multiples rebondissements qui s’enchaînent à un rythme effréné.

Critique :
Alors, le suaire de Turin, est-ce une vraie relique qui aurait contenu le corps du Christ (amen) ?

Est-ce un faux habile ? Un vrai faux refait après la perte du vrai véritable ? Un vrai faux refait après le premier vrai faux qui aurait cramé dans un incendie ?

Besoin d’aspirines, peut-être ?

Anybref, les chercheurs scientifiques, après avoir brillamment résolu le mystère entourant les dessous des kilts écossais, compris le pourquoi du comment les jupes de Sa Très Gracieuse Majesté Elizabeth II ne se soulevaient jamais, même par grand vent et séchant sur le fait que les écossais ne prennent jamais froid aux couilles, ils se sont dit qu’ils se pencheraient bien un peu sur le suaire de Turin, qui était à Jésus Christ avant, enfin, on suppose. On suppute, même si certains disent que oui, il l’est !

Ce roman végétait sur mes étagères depuis des temps immémoriaux (6 ans) et c’est pour ma LC avec Stelphique que je l’ai sorti de l’endroit où il somnolait. En juin, faut sortir ses auteurs anglais !

Au départ, j’ai eu du mal à accrocher au duo de flics, surtout que nous avions de nouveau un grand torturé (l’inspecteur Nic Karakandez) et sa coéquipière (Mitzi Fallon) brutalisée par son abruti de mari alcoolo et chômeur de profession. Ça puait le déjà lu. De plus, on sentait à plein nez les flics américains que l’on voit dans les multiples séries en provenance de chez eux.

J’avais aussi la crainte de ce que l’auteur pourrait nous balancer sur le linceul gardé plus précieusement que l’hymen de Marie et le prépuce de Jésus (je finirai en enfer, moi) et entouré de tellement de mystères que toutes les hypothèses sont plausibles…

Ce que je ne voulais pas non plus, c’était une resucée du Da Vinci Code.

Emballée, je ne l’ai pas été au début, et puis, petit à petit, j’ai commencé à m’attacher à ces deux policiers, à craindre pour eux, à les encourager dans leur enquête, le cul entre deux pays et deux villes (Los Angeles en Amérique et Turin en Italie), à mener des investigations en leur compagnie, tout en suivant les pérégrinations d’un tueur en série qui rôde, d’un psychopathe zinzin qui se prend pour l’instrument de Dieu et pour anachorète qui doit provenir de chez les cénobite pas tranquille.

La question au sujet du suaire est ouverte, à vous de croire ce que vous voulez croire, de suivre les scientifiques ou les hommes à robe longue qui, dès qu’ils n’ont pas la réponse, invoquent le miracle (c’est un miracle Salomon, un vrai miracle).

Je ne sais si l’hypothèse émise dans le roman est plausible, mais elle passe bien et elle a eu le mérite de me faire sourire, tout en expliquant bien des choses. J’ai d’ailleurs envoyé un courrier à François pour lui demander son avis éclairé.

Au fur et à mesure, j’ai commencé à m’attacher aux personnages, au grand flic torturé, à sa collègue qui a des couilles, elle aussi et j’ai suivi leur enquête fébrilement, voulant savoir absolument la fin de l’histoire.

Bon, on a tout de même quelques airs de Da Vinci, mais depuis sa publication, qui n’en a pas vu qu’ils lui ressemblent tous, mais j’ai trouvé plus plausible le personnage de flic de Nic Karakandez que celui du professeur Langdon qui, sans jamais avoir donné un coup de poing de sa vie, a joué au James Bond Indiana Jones durant tout le roman !

Anybref, ça ne va pas casser trois pattes à un pape, ni déchirer le suaire ou déclencher une vague de protestations (hormis chez les coincés du culte), ni révolutionner le genre, mais je dois dire que ça se lit facilement, que c’est assez addictif et bourré de mystères avec le suaire et les meurtres violents qui ont lieu sans que l’on sache qui les commet.

En passant, je vais en profiter pour énoncer les petites choses qui fâchent, les petits trucs qui m’ont fait grincer des dents, comme, notamment, les expressions horrifiées affichées sur les visages des morts, ou, apaisées…

Nom de dieu, à notre mort, tout s’arrête et les muscles se relâchent, donnant cette impression d’apaisement et lorsque la rigor mortis arrive, les muscles peuvent se tendre à cause du manque d’eau et donner à nos traits des airs épouvantés ou torturés.

Mention « pas bien » au serial-killer qui a réussi à aller chier là où il mangeait, le crétin de bougre d’imbécile ! Là, je déposerai plainte devant l’auteur, c’était un peu poussé, comme le fait qu’il aille se rendre à la police aussi. J’ajouterai à cela les deux bonnes femmes, travailleuses dans une société, qui avaient tout de la caricature tant elles étaient méchantes et bêtes. Un peu de nuance n’aurait pas fait de mal !

Rien de transcendantal mais ça se lit avec plaisir, tout en se prenant la tête en tentant de résoudre les énigmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Nous avions ce livre, Ma Belette et moi même, dans la liste Défi CannibElfique pour déquiller en duo, et pour votre plaisir, les livres oubliés de notre PAL… Pour la petite histoire du livre-objet, il était encore emballé (depuis 2012, ça fait peur^^), donc j’ai eu le plaisir de le lire avec l’odeur d’un livre neuf… J’adore….

Synopsis :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde.

D’où vient-il ? De quand date-t-il ? L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican. Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Ce que j’ai ressenti :
La première impression qu’il m’est venue, c’est cet effet « Too much ». Pas inintéressant.

Pas mauvais, loin de là,  mais un poil de « Trop », et elle ne m’a pas quittée durant toute ma lecture.

Finalement le personnage le plus réussi, est sans doute le « Méchant » de l’affaire parce que, lui, pour qu’il soit crédible, il valait mieux « trop » en faire que « pas assez »…

Je pense qu’il m’a manqué un certain dosage de finesse dans la plume, c’était intéressant, mais ça l’aurait été plus sans cette surenchère de vouloir en faire trop.

Pour ce qui est de l’enquête qui se joue autour du Suaire de Turin étant donné, que cette impression de « Too Much » est bien restée imprégnée, j’ai eu du mal à accrocher à cette théorie, même si on ne saura jamais le fin mot de l’Histoire, à part peut être, à notre Jugement Dernier…

L’orgueil précède la chute.

Pour ce qui est du thriller en lui même le rythme est bien dosé, les rebondissements bien sanglants et les stratèges bien infiltrés.

C’était d’une belle efficacité, on ne s’ennuie pas à dénicher les petits secrets millénaires et un tueur en série quelque peu nauséabond…

Ça suinte, ça découpe, ça dissimule à tout va, et j’ai tourné bien vite les pages (bien moins vite que ma binôme comme d’habitude, mais bon, c’est quasi impossible de rivaliser de vitesse avec elle, en lecture, et j’ai de l’entraînement pourtant depuis 3 ans de LC^^ ).

Très bientôt, la scène de crime aura disparue. Lavée par madame la marée, la vieille complice de tant de meurtres.

Au niveau des personnages, j’ai une préférence pour Mitzi, et je pense que c’est celle qui m’a le plus touchée, parce qu’elle est faible et forte à la fois, victime et à la fois, une femme forte qui ne s’en laisse pas compter.

Son histoire personnelle et le cheminement vers sa nouvelle vie, est le petit fil qui m’a tenue toujours attentive.

Pour les autres personnages, j’ai ressenti encore cet effet de « trop », qui m’a un peu enlevé l’attachement envers eux…Et la fin ne m’a pas du tout convaincue…

D’après mon expérience, le Mal ne fait pas sa propre publicité. Il reste caché et se déplace comme un criminel en fuite.

En bref, c’était dans l’ensemble une lecture agréable, prenante, mais j’ai eu un peu de mal avec la plume.

Il ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il a quand même rempli sa part du contrat, puisque j’ai voyagé de Los Angeles à Turin en passant par le Liban , j’ai appris quelques informations bien intéressantes sur la science et les trésors mystérieux de la religion chrétienne et puis j’ai lu ce livre en duo, et il n’est pas plus doux que de lire avec son amie <3.

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 6/10

[SÉRIES] Grantchester – Saison 3 – La série qui me donne envie de voir le petit Jésus du beau pasteur

Grantchester est une série télévisée policière britannique tirée de la suite littéraire anglaise Les Mystères de Grantchester (The Grantchester Mysteries) écrite par James Runcie, et diffusée depuis le 6 octobre 2014 sur ITV.

La série se déroule au cours des années 1950, dans le village de Grantchester, voisin de Cambridge, dans le Cambridgeshire où le Révérend Sidney Chambers (pasteur anglican interprété par James Norton) développe une activité secondaire d’investigation — avec l’aide initialement réticente de l’inspecteur Geordie Keating (interprété par Robson Green).

La première saison de la série est fondée sur les histoires du premier livre, Sidney Chambers et l’Ombre de la Mort (Sydney Chambers and the Shadow of Death).

Scénariste : Daisy Goulam

  1. Nos enfants chéris (Episode 1), (réalisation Tim Fywell)
  2. Les liaisons clandestines (Episode 2), (réalisation Tim Fywell)
  3. Ici et maintenant (Episode 3), (réalisation Rébecca Gatward)
  4. Amours contrariés (Episode 4), (réalisation Rébecca Gatward)
  5. Une envie de liberté (Episode 5), (réalisation Rob Evans)
  6. L’heure des choix (Episode 6), (réalisation Rébecca Gatward)

Ce que j’en ai pensé :
Dieu que j’aimerais que tu m’envoies pareil vicaire dans ma paroisse ! Je serais une des plus assidues à l’église, me confessant sans cesse… Hein ? Pas de confession chez les anglicans ? Mais je vais me faire anglicane, moi !

À condition que James Norton continue de jouer les vicaires beaux comme le diable, mais là, paraît que c’est loupé parce que le sexy vicaire arrête le rôle. De quoi perdre ma Foi toute nouvelle.

Enfin, avant de pleurer la perte de mon chéri, parlons du plaisir que j’ai eu de replonger dans cette série, pour cette 3ème saison.

Toujours des enquêtes intéressantes, bourrée de mystères et de coupables en tout genre, ajoutons à cela des tas d’interrogations de la part de nos deux curés, le blond Sidney Chambers, le brun Leonard Finch ainsi que l’inspecteur  Geordie Keating.

Si certains se laisseront aller au jeu de l’amour, succombant à l’appel des sirènes, d’autres tenteront de renier leur envies première puisque jugée abjecte à cette époque.

Il faut dire aussi qu’en ces temps-là, le divorce était mal vu, toujours aux torts de madame et un curé avec une femme séparée et père d’un enfant, ça fait tout aussi mauvais genre que deux hommes ensemble. Faut rentrer dans le moule, pour ne pas dire dans « la moule »…

Bref, tout le monde doute, tout le monde veut franchir le cap, mais… Que dis-je c’est un cap ? Mais c’est une péninsule qu’ils vont devoir franchir !

Il y a un choix à faire, messieurs et le tout sera de savoir si celui que vous ferez sera le bon ou pas… Ni à qui vous ferez de la peine… Et comme choisir c’est mourir un peu, quoique vous fassiez, il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Faire des choix, oui, mais faut avancer tout en résolvant des enquêtes et en courant après l’argent disparu de la logeuse, Mrs Maguire qui mènera Sidney dans un milieu étrange bourré de faux-semblants où le mari de sa logeuse vit, lui que l’on pensait mort.

Niveau faux-semblants et hypocrisie, l’Église en est bourrée aussi et Sidney se pose de plus en plus de questions sur cette institution qui juge fort vite, qui ne tolère pas le moindre pas sur le côté, alors que tout le monde sait que l’Homme est pécheur et qu’une vie dans péché est impossible.

Un personnage qui m’a le plus ému, c’est Leonard. Ses questions et ses doutes sont aussi grand que ceux du beau Sidney, mais il émane de lui une telle douceur, une telle bonté, une telle timidité que le voir souffrir est un crève-cœur.

Il est un pilier indispensable à la série, tout comme leur logeuse, Mrs Maguire, qui a bien évolué depuis le premier épisode ! Sous sa carapace dure, un cœur bat. Mais elle reste toujours aussi bigote, la preuve de l’autorité de l’Église à cette époque.

Anybref, cette saison 3 bouge, on ne reste pas tranquille dans ses pantoufles, on avalera son thé de travers, tout le monde souffrira, et nous avec. Tout le monde se posera aussi des questions et se remettra en question, parce que si on reproche à l’un son infidélité, faut aussi savoir se faire reprocher son aventure avec une mère de famille séparée de son mari…

On ne s’emmerde pas et j’apprécie que les personnages aient leurs fêlures, leurs blessures, leurs faiblesses, sans pour autant virer méchant ou que les autres soient des personnages sans saveur, fades ou totalement hors sujet.

Quand au final, il est bourré d’intenses émotions sans oublier une saloperie de cliffhanger de la mort qui tue.

Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Les hommes n’appartiennent pas au ciel : Nuno Camarneiro

Titre : Les hommes n’appartiennent pas au ciel

Auteur : Nuno Camarneiro
Édition : JC Lattès – Littérature étrangère (2014)
Édition Originale : No meu peito não cabem pássaros (2011)
Traducteur : Brigitte Jensen

Résumé :
En 1910, le passage de deux comètes au-dessus de la terre propagea une onde de panique. Partout dans le monde des hommes devinrent fous, se suicidèrent ou simplement observèrent, silencieux et vaincus, ce qu’ils croyaient être la fin du monde.

Les personnages de ce roman vécurent à l’époque où le ciel prit feu, trois hommes trop sensibles et intelligents pour vivre une vie normale et portant en eux un monde imaginaire foisonnant.

En dépit des milliers de kilomètres qui séparent Karl, ce jeune immigré qui nettoie les vitres des gratte-ciels de New York, Jorge, cet enfant argentin qui s’invente des mondes et Fernando, ce jeune homme qui déambule dans Lisbonne sans savoir comment vivre, leurs vies sont liées par leur sensibilité, le regard qu’ils portent sur les hommes qui les entourent, les lieux où ils ont grandi et sont devenus des adultes.

Alors que leurs contemporains se laissèrent emporter par la peur, par une vision tragique des comètes, Karl, Jorge et Fernando furent touchés par le génie.

Cent ans plus tard tous trois demeurent dans nos mémoires.

Un premier roman époustouflant de la nouvelle voix de la littérature portugaise, qui rend hommage à sa manière à trois figures littéraires majeures du XXe siècle : Borges, Pessoa et Kafka.

Critique :
À quoi ça tient, parfois, une lecture… Si je n’avais pas été lire l’interview d’un collègue Babéliote (Le_Bison), jamais je n’aurais entendu parler de ce roman dont il publia un jour la chronique après l’avoir acheté par hasard.

Éveillant la curiosité d’autres membres, ceux-ci l’ont lu à leur tour et apprécié. Puisque je suis curieuse en littérature et que je ne m’étais pas encore faite un Portugais, je me suis dit « soyons folle ! ».

Il m’avait bien prévenue dans le fait que je trouverais pas de cadavre sanglant, mais que c’était bourré de poésie et que je devais le lire avec une bonne bière à mes côtés.

Une pénurie de bière m’a obligé de me tourner vers un café glacé… Cela n’a pas entravé mon plaisir de lecture.

N’ouvrez pas ce livre si vous cherchez un truc trépidant, mais si vous êtes à la recherche d’une écriture que l’on lit doucement pour mieux en profiter, à la recherche de phrases qu’il faut relire deux fois pour bien en saisir le quintessence, ce roman est fait pour vous.

Je suis passée de New-York au sommet des grattes-ciels à la moiteur de l’Argentine et puis, je suis passée à Lisbonne.

Karl, Fernando et Jorge. Trois portraits de personnes simples, mais pas simplistes, trois destins différents, trois vies aux antipodes l’une de l’autre, sauf en ce qui concerne leur sensibilité.

Et puis, au fil du récit, on sent bien que le Karl est Kafka, que Fernando est Pessoa et que Jorge est Borges, même si ce dernier était enfant au début du récit, tout comme Fernando.

C’est un roman que l’on ne dévore pas car il faut en savourer tous les mots, toutes les phrases, faut les relire deux fois, les répéter à haute voix et puis, on s’extasie sur le phrasé de l’auteur.

Une belle découverte ! J’ai eu raison d’écouter Le_Bison qui me conseillait de me faire un portugais !

Un roman spécial mais bourré de poésie.

Un roman qui, sitôt entré dans ma PAL a été lu de suite… Dernier entré, premier lu… Si ma prof de compta apprenait ma gestion désastreuse de mon Stock À Lire, elle me tuerai sur place.

Le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).