Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Gli arancini di Montalbano (1999)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
N’écoutant que son devoir, un berger, de son téléphone portable, alerte la police : il vient de découvrir dans un bunker abandonné le cadavre d’une femme.

Comme toujours dans les récits de Camilleri, il ne faut pas se fier aux apparences, ce berger a sans doute quelque mobile caché, et c’est tant mieux.

Ainsi commence l’une des histoires auxquelles le commissaire Montalbano nous convie ici, entre dégustation d’arancini et de rougets, méditation sur la plage et accès de mauvaise humeur météorologique.

Une fois de plus, Montalbano se régale à mener l’enquête au sein des pittoresques habitants de Vigàta, ce bourg imaginaire de Sicile orientale rendu bien réel pour des millions de lecteurs sous la plume d’Andrea Camilleri.

Critique :
Comme promis, après le mauvais temps de la ville de Londres en 1380, je me suis envolée pour le soleil de Vigàta, en Sicile. Pas de chance, lors de la première nouvelle, il pleuvait !

Le format des nouvelles va comme un gant au commissaire Montalbano, ne donnant jamais l’impression qu’on n’en a pas eu assez.

La première nouvelle n’est pas une enquête à proprement parler, c’est un mystère mystérieux qu’on a soumis à la sagacité du commissaire. Plus un épisode de la vie qu’autre chose.

Par contre, ensuite, nous avons des vrais petites enquêtes, dont pour certaines, j’avais trouvé la solution avant le commissaire. Ok, je ne chanterai pas trop fort, il me dépasse pour tout puisque lui, il trouve toujours la solution.

Ce qui est plaisant, dans les Montalbano, ce sont les personnages, hauts en couleurs (ah, Catarella !), les descriptions de la vie de tous les jours, les petits mystères que le commissaire veut toujours résoudre et qui, bien souvent, commencent de manière très bizarre, comme avec cet homme qui conserve tout… Oui, tout !

La traduction du titre en français est différente de l’originale puisque en V.I (version italienne), on parle d’arancini (boules de riz panées, farcies de mozzarella et de sauce bolognaise et cuitent dans la friteuse) et c’est un met que j’adore (je m’en suis faite péter lors de mon voyage en Sicile).

En fait, la démission de Montalbano n’en est pas vraiment une… Dans une des nouvelles, on a un meurtre violent, beaucoup de sang, éviscération et cannibalisme… Heu, on est dans un Montalbano, là ? Notre commissaire va briser le 4ème mur et sonner les cloches à son auteur. Oui, moyen. La seule qui m’a moins plu.

Lire un Montalbano, c’est une lecture reposante, agréable, une sorte de doudou pour les moments où l’on n’a pas le moral, pas envie de lire autre chose.

Montalbano, il a un caractère entier, c’est un personnage hors norme, mais l’auteur a fait en sorte qu’il partage la vedette avec ses adjoints, dont certains sont pirsonnellement en pirsonne plus grave que d’autres. Catarella bien entendu. Mimi est le dragueur de ces dames et Fazio a le complexe de l’état civil.

L’autre avantage de Montalbano, c’est qu’il ne court pas, qu’il prend le temps de réfléchir en mangeant à toutes les bonnes tables du coin, faisant honneur à la cuisine sicilienne et notamment aux poissons.

Le plus gros bémol de cette série, c’est que le village de Vigàta n’existe pas, donc, la tratoria San Calogero non plus et santa madonna, jamais je ne pourrai aller y déguster les mets exquis que le commissaire s’enfile !!!

Là-dessus, pour noyer mon chagrin, il ne me reste plus qu’à me suicider en dégustant une pizza Buitoni à la bactérie E.coli, le tout recouverte de lazagnes hennissante de chez Findus (viande en provenance de Veviba, à Libramont ?) et en dessert, je me ferai une overdose de Kinder Surprise et autres Choco-Beurk de l’usine Ferrero d’Arlon, parfumés à la salmonelle.

Si avec tous ces scandales alimentaires, je ne trépasse pas, alors c’est que je suis costaude !

Un conseil, mangez du Montalbano, c’est bien plus sain ! Encore un roman qui chante la Sicile, avec des petites enquêtes intelligentes, surprenantes, agréables à lire, amusantes et remplie de poésie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°201].

Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Un mese con Montalbano (1998)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Amateur de bonne cuisine et amoureux de son pays, la Sicile, Salvo Montalbano n’est pas un commissaire comme les autres : à la férocité de la vie, il oppose une intelligence humaniste et une ironie bienveillante.

Passionnels, accidentels, mafieux, les délits dont il s’occupe reflètent la nature humaine.

Commis par des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, beaux ou laids, ignorants ou lettrés, ces crimes ont pour point commun le regard posé sur eux par Montalbano qui éclaire cette folle comédie humaine de son oeil vif et amusé.

Sous le soleil ardent de l’Italie contemporaine, toute une société prend vie : du clochard érudit au petit commerçant mafieux malgré lui…

Le portrait d’un très ancien pays se compose : lumineux et âpre, vertigineux et passionnant. Un régal !

Critique :
Composer des nouvelles n’est jamais un exercice facile, les lecteurs ayant toujours la sensation que la nouvelle est trop courte, que la fin n’en est pas vraiment une, qu’ils ont passé trop peu de temps avec les personnages.

Hormis dans les nouvelles policières avec Holmes ou Poirot, puisqu’on peut les retrouver dans bien d’autres…

Pour le commissaire Montalbano, il en va de même : on le connaît bien, on a appris à connaître l’univers dans lequel il évolue, on a croisé ses subalternes, on a fait le tour du village…

Donc, zéro frustrations avec ce recueil composé de 30 nouvelles policières qui font le tour de bien des situations qui pourraient se présenter à notre commissaire amateur de bonne chère. Bon, vu la longueur des nouvelles, l’auteur ne perdra pas trop de temps à lui faire faire le tour des restos du coin…

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas que des enquêtes pour des crimes de sang, dans ce recueil, mais aussi des disparitions étranges, des règlements de compte entre mafiosos, la présence du diable dans la maison d’une vieille dame, des affaires qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, le meurtre d’un clochard,… Il y en a pour tous les goûts.

Lire ce recueil, c’est comme plonger sa main dans un paquet de bonbons qu’on adore (ou de chips, de biscuits, de glace, selon vos goûts) car il est difficile, une fois commencé, de s’arrêter. Le maître-mot était « Allez, encore une petite pour la route » et bardaf, à chaque fois j’en ai ajouté une…

Les points forts des romans de Camilleri, c’est d’abord son écriture, mélange entre le sicilien et l’italien que le traducteur, Serge Quadruppani, arrive à rendre en inventant des mots, remplaçant des lettres par d’autres, faisant chanter les dialogues.

L’autre point fort, ce sont les personnages, que ce soit le commissaire Montalbano ou tous les autres qui gravitent autour de sa personne, policiers ou personnages secondaires, qu’ils soient truculents ou sages, tous étant toujours très réalistes.

Ouvrir un Montalbano, c’est mordre à pleines dents dans un morceau de Sicile, aller manger dans les petites trattorias pittoresques et s’en foutre plein la panse tant les plats ont l’air succulents.

Lire un Montalbano, c’est s’offrir une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes, c’est oublier la grisaille ambiante, les emmerdements de la vie… C’est voyager en restant au fond de son canapé, avec une minuscule empreinte carbone (mon livre était de seconde main) et ne pas se faire emmerder avec des QR codes ou autres papiers à remplir.

Montalbano, c’est la Sicile à l’état pur, le soleil, la mer, la plage, la bonne humeur (ou pas, le commissaire a aussi ses mauvais jours) et découvrir des petites enquêtes rafraichissantes, qui ne se prennent pas la tête (j’ai découvert souvent le mobile et le coupable), mais qui font du bien au moral.

Certes, elles n’ont pas la puissance de certains romans de l’auteur, la place manque toujours dans une nouvelle, malgré tout, elles restent agréables à lire et bien diversifiées.

Alors franchement, what’else ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX], Le Mois du Polar chez Sharon et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Italie).

La bibliomule de Cordoue : Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau

Titre : La bibliomule de Cordoue

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Léonard Chemineau

Édition : Dargaud (26/11/2021)

Résumé :
Califat d’Al Andalus, Espagne. Année 976. Voilà près de soixante ans que le califat est placé sous le signe de la paix, de la culture et de la science. Le calife Abd el-Rahman III et son fils al-Hakam II ont fait de Cordoue la capitale occidentale du savoir. Mais al-Hakam II meurt jeune, et son fils n’a que dix ans.

L’un de ses vizirs, Amir, saisit l’occasion qui lui est donnée de prendre le pouvoir. Il n’a aucune légitimité, mais il a des alliés. Parmi eux, les religieux radicaux, humiliés par le règne de deux califes épris de culture grecque, indienne, ou perse, de philosophie et de mathématiques.

Le prix de leur soutien est élevé : ils veulent voir brûler les 400.000 livres de la bibliothèque de Cordoue. La soif de pouvoir d’Amir n’ayant pas de limites, il y consent.

La veille du plus grand autodafé du monde, Tarid, eunuque grassouillet en charge de la bibliothèque, réunit dans l’urgence autant de livres qu’il le peut, les charge sur le dos d’une mule qui passait par là et s’enfuit par les collines au nord de Cordoue, dans l’espoir de sauver ce qui peut l’être du savoir universel.

Rejoint par Lubna, une jeune copiste noire, et par Marwan, son ancien apprenti devenu voleur, il entreprend la plus folle des aventures : traverser presque toute l’Espagne avec une « bibliomule » surchargée, poursuivi par des mercenaires berbères.

Cette fable historique savoureuse écrite par Wilfrid Lupano (Les Vieux Fourneaux, Blanc Autour, …) et servie par le trait joyeux de Léonard Chemineau (Le Travailleur de la nuit, Edmond, …), fait écho aux conflits, toujours d’actualité, entre la soif de pouvoir et la liberté qu’incarne le savoir.

Critique :
Vous connaissiez sans doute le Bibliobus, ce bus/camion rempli de livres, DVD, K7 vidéos, qui se garait sur la place de votre bled et vous permettait de louer des œuvres diverses, si vous n’aviez pas une médiathèque dans le coin.

Voici son ancêtre : la bibliomule !

La première chose que j’ai appréciée, dans ce roman graphique, ce sont les dessins et les couleurs.

Tarid, l’eunuque bibliothécaire, est tout en rondeurs et elles lui allaient parfaitement, lui donnait un petit air comique. On s’attache à lui de suite. Un bibliothécaire qui veut sauver les livres d’un autodafé, au péril de sa vie, on ne peut que l’aimer.

La mule est têtue, semble être fainéante, mais on s’attache très vite à elle aussi, comme à Marwan le voleur et à Lubna, la jeune copiste noire. Ils forment, à eux 4, une fameuse équipe de bras cassés. Il leur faudra puiser dans leur courage, dans leur intelligence, leur savoir, leur ruse, pour arriver à échapper à tous ces soldats lancés à leurs trousses. Et faire des sacrifices.

Ce gros pavé est un régal à lire, tant par ses dialogues, que son scénario intelligent, mais aussi ses dessins. Les planches, même muettes, offrent des détails de la nature des plus jolis à étudier.

De tout temps, l’obscurantisme s’est opposé aux périodes éclairées, à croire que l’Humain aime brûler les livres, refuser les savoirs, ne se plongeant que dans la lecture d’un seul livre : un livre saint.

Un livre saint écrit par un Homme, sous la dictée de Dieu, paraît-il. On a le droit d’y croire, chacun est libre, mais on a l’obligation de laisser les autres se complaire avec d’autres livres. Amir le vizir n’était pas de cet avis. C’est un intégriste et il impose son point de vue à tout le monde, transformant le califat de Cordoue en un immense Fahrenheit 451.

C’est une bédé picaresque, une grande fresque d’aventures, mais pas que… On en apprendra un peu plus sur le passé de Marwan le voleur, sur celui de Tarid, ainsi que quelques allusions au sort des femmes en ce temps-là.

Il y a de l’humour, des émotions fortes (lorsque les livres brûlent), des personnages bien campés, qui n’ont rien de super-héros et c’est ce qui les rend attachant. Les faits historiques sont habillement mélangés avec la fiction, l’humour et le côté sérieux de l’histoire. Parce qu’elle a aussi des relents contemporains, cette histoire !

En s’ouvrant aux autres, les califes ont créés de la rancœur, les imams sont furieux que les femmes aient reçu de l’instruction, ainsi, lorsqu’Amir le vizir paraît et qu’il redistribue les cartes, afin de satisfaire les intégristes religieux, remettant tout le monde à la place qu’il est persuadé d’être juste, cela plait à ses partisans. Un air de déjà vu…

Cette histoire parle aussi des conditions de vie des gens, de leurs peurs, des famines, du fait que personne ne sait de quoi demain sera fait et que lorsqu’on vit dans la peur, qu’on passe sa vie au labeur, on n’a pas de temps pour s’amuser à étudier ou à lire.

Que la culture est réservée à ceux et celles qui ont le temps, qui ont de l’argent, ou qui sont des esclaves instruits, comme Tarid et Lubna. Que ce qui est acquit aujourd’hui peut disparaître demain, il suffit de quelques hommes au bon endroit. Les autodafés ne datent pas d’hier et ont encore lieu de nos jours, toujours pour les mêmes raisons.

Une bédé de 264 pages qui mêle habillement l’Histoire, le sérieux, l’humour, la légèreté, le roman noir, le fascisme, l’imbécilité, les croyances, la misère, l’amitié, l’obscurantisme et l’amour des livres.

Le tout dans un récit d’aventure picaresque, sorte de road-movie avec une mule têtue, aimant dévorer le livre de Al Khwârizmî. Une mule qui aime les mathématique, ça ne court pas les rues.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°101].

Sherlock Holmes – Une vie : André-François Ruaud et Xavier Mauméjean

Titre : Sherlock Holmes – Une vie

Auteurs : André-François Ruaud et Xavier Mauméjean
Édition : Les Moutons Electriques (13/11/2012)

Résumé :
Sherlock Holmes est une des plus grandes figures de la culture populaire et son seul nom est synonyme de mystère policier, de brouillard londonien et de crimes énigmatiques.

Depuis 1887, Sherlock Holmes est le détective privé par excellence. Devenu très rapidement un véritable mythe, avant même la sortie de sa soixantième et dernière aventure en 1927, Sherlock Holmes demeure pour certains un héros de fiction créé par Arthur Conan Doyle.

Mais pour le plus grand nombre, c’est un homme « qui a vraiment existé », dont les enquêtes sont rapportées par son ami, le docteur Watson.

C’est cette vie que nous avons voulu faire redécouvrir, sous la forme d’une véritable biographie.

Depuis sa naissance en 1854 jusqu’à sa disparition à l’orée des années 1930, une vie de légende, où se croisent également les figures de John H. Watson, du frère aîné Mycroft Holmes, de sir Arthur Conan Doyle, mais encore d’Oscar Wilde, de Winston Churchill, d’Arsène Lupin, de la compositrice Augusta Holmes ou du comédien William Gillette.

L’ère victorienne et au-delà : Sherlock Holmes, toute une existence.

Critique :
Sherlock Holmes est une légende ! Mais dans quel sens du terme faut-il prendre ce mot ?

Par la représentation, embellie, de la vie et des exploits de Holmes, qui se conserve dans la mémoire collective ou dans le sens que Holmes est devenu un détective célèbre, talentueux, qui a atteint le succès et une notoriété certaine dans son domaine ?

Ou est-ce un peu des deux à la fois à tel point que l’on ne sait plus où commence la fiction et où se termine la réalité (ou le contraire) ?

De toute façon, comme tout bon holmésien, on est d’accord sur le fait que Holmes a vraiment existé et qu’il n’est pas mort, sa chronique mortuaire n’étant pas parue dans le Times (celle d’Hercule Poirot, oui – mes excuses).

C’est le postulat que pose les deux auteurs : Et si Sherlock Holmes avait réellement existé, arpentant un Londres réel, Watson étant son biographe et Conan Doyle son agent littéraire en lieu et place d’être son père littéraire ? Mais alors, ça change tout…

Oui, le fait de poser le postulat d’un Sherlock Holmes réel permet d’aller beaucoup plus loin dans sa biographie que ne l’autorise les écrits canoniques (peu bavards) et de creuser plus loin en essayant de deviner les identités cachées sous certain personnages comme le roi de Bohême ou le duc Holderness…

Attention, gardez bien à l’esprit, en entamant ce pavé de plus de 500 pages, que les auteurs puisent aussi bien dans les récits canoniques que dans les apocryphes.

Holmes n’a jamais rencontré Lupin dans les récits de Conan Doyle, mais dans ceux de Leblanc, oui. Quant au recueil de nouvelles « Les exploits de Sherlock Holmes », ils sont de la main de Adrian Conan Doyle et Dickson Carr et n’appartiennent pas au canon.

Passant en revue un large éventail des aventures de Holmes, des personnages, s’attachant à nous démontrer que Mary Morstan n’était peut-être pas l’oie blanche que l’on pense, que Irene Adler était sans doute sous la coupe de Moriarty et que Watson ne s’est pas marié deux fois mais qu’il est juste retourne vivre avec Mary, après une séparation, ce guide vous fera sans doute voir d’autres choses dans le canon, lorsque vous le lirez (ou le relirez).

Le brave Watson m’avait à l’époque abandonné pour se marier : c’est l’unique action égoïste que j’aie à lui reprocher tout au long de notre association. J’étais seul.

Holmes dit lui-même dans « L’aventure du soldat blanchi » que Watson l’avait abandonné pour se marier et que c’était l’unique action égoïste qu’il avait à lui reprocher… L’aventure est datée de janvier 1903 et Watson avait épousé Mary Morstan à la fin du « Signe des quatre » qui se déroule en septembre 1888. Sauf si Holmes considère que le mariage avec Mary n’était pas un acte égoïste…

C’est un essai copieux, rempli de conjectures, d’hypothèses, de supputations qu’un non initié pourrait prendre pour argent comptant.

Malgré tout, ils se basent sur des études sérieuses, sur des enquêtes, sur des travaux, sur l’Histoire, la politique, la sociologie, pour reconstituer les chaînons manquants, pour construire les pièces manquantes au puzzle et nous donner une vision plus large de ce que le canon nous offre.

Maintenant que je l’ai enfin lu, je comprend pourquoi dans « London Noir » (pas encore chroniqué), André-François Ruaud parlait de la mère de Holmes qui aurait loué un appartement au 24 Montague Street.

C’est dû au fait qu’une véritable Mrs Holmes a vécu à cette adresse et que les auteurs ont repris ce fait véridique pour en faire une extrapolation en la déclarant mère de Sherlock.

Le chercheur Michael Harrison a découvert la preuve selon laquelle une certaine Mrs Holmes loua un appartement au n°24, Montague Street, en 1875. Une telle adresse correspond indubitablement au premier logement de Sherlock Holmes à Londres. Le détective, dans un rare moment de confidence, ne déclara-t-il pas à Watson : « Lorsque j’arrivai à Londres, je louai une chambre dans Montague Street, juste sur l’angle en partant du British Museum ». Ce renseignement démontre qu’il n’y avait pas de brouille particulière entre la mère et son fils cadet, car il apparaît douteux que cette Mrs Holmes ayant pris une location près de Russell Square n’ait pas été la propre mère de Sherlock, assurant le logement de son fils cadet voulant s’établir à Londres.

Véritable pavé consacré à Sherlock Holmes, au docteur Watson, à Conan Doyle mais pas que… Londres est aussi très présente, avec ses brumes, ainsi que la société victorienne, qui est passée à la moulinette, le tout au travers du prisme des enquêtes de Holmes et des faits qui se passèrent à son époque.

À noter que dans les « annexes », vous avez l’intégralité des aventures canoniques et d’autres, une ligne du temps intitulée « Sherlock Holmes et son temps, une chronologie » et, dans cette édition augmentée, des nouvelles plus une étude du Scandale en Bohême. Sans oublier des illustrations après chaque chapitre.

C’était copieux et cette lecture fut une belle découverte. Shame on me, cette biographie fait partie de ma PAL depuis juin 2011 ! Je ne m’y étais jamais attaquée et c’est bête car cette lecture était un vrai plaisir. Il m’a fallu 9 ans pour me décider, on a connu plus rapide…

Maintenant, deux questions ? La fiction devient partie intégrante de la réalité ou est-ce la réalité qui se fond dans la fiction ?

Tout dépend de votre point de vue, si vous considérez Holmes comme un personnage ayant réellement existé (et vous vous prêtez au jeu – The Game) ou si vous pensez qu’un personnage de fiction n’a pas à devenir réel. Dans le second cas, cette biographie vous semblera indigeste, sinon, régalez-vous !

PS : mais pourquoi les auteurs parlent de Mary Ann Nicholson alors que c’est Mary Ann Nichols, une des victime de Jack The Ripper. Je le saurais sans doute en lisant « Les nombreuses morts de Jack L’Éventreur » puisque les auteurs ont établis des biographies sur plein de gens (Hercule Poirot, Nero Wolfe, Arsène Lupin, Jack The Ripper, Frankenstein, Harry Potter, Miss Marple et Dracula).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°262 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Ancienne édition

Belek, une chasse dans le Haut Altaï : Galsan Tschinag

Titre : Belek, une chasse dans le Haut Altaï

Auteur : Galsan Tschinag
Édition : Philippe Picquier Poche (2007)
Édition Originale : ?
Traducteur : Dominique Vuathier

Résumé :
Un journaliste apprend la mort de Belek, un homme simple qui, parvenu au crépuscule de sa vie, tua un loup sans autre arme qu’un gourdin. De retour dans son village natal, il découvre que, sous des dehors anecdotiques, se cache l’un de ces drames qui tissent la vie des petites gens.

A l’orée du village, vit solitairement le vieux Dshaniwek, en butte à l’hostilité générale. C’est pourtant lui que choisit le narrateur pour aller traquer le loup.

Surpris par un orage, tous deux s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Interrogé sur le passé des lieux, le vieillard taciturne devient soudain loquace et raconte la déchirante histoire du fils qu’il n’osa jamais reconnaître.

Critique :
160 pages, c’est court, mais il n’a pas fallu deux lignes pour que je parte en voyage dans le pays Touva, extrême sud de la Sibérie (j’y étais déjà avec Sylvain Tesson).

Deux histoires, avec un début et une fin, le genre d’histoire qu’on aurait eu envie d’écouter un soir, devant un feu de camp, tant elles auraient été belles, dites à voix haute.

Deux histoires tragiques, bien entendu.

La première est celle de Belek, un pauvre bougre, un berger qui a été puni alors que les responsables étaient les p’tites bit** qui avaient des armes et voulaient chasser le loup en s’en prenant à des louveteaux sans défense.

Vous situez le genre de pleutres qu’étaient ces quatre kékés ? Des porteurs d’emmerdes et les emmerdes, ça vole toujours en escadrilles. Belek ne le savait pas et il l’a payé cher sans que les autres fussent inquiétés.

C’est une histoire émouvante, une histoire tendre aussi, celle d’une vengeance, celle d’un homme chassé du clan pour une erreur qui ne lui était pas imputable, une histoire de malédiction car dans ces terres, elle règne en maître.

En filigrane, nous aurons aussi de la politique, celle du Parti, des Rouges, mais pas des socialistes comme nous avons maintenant… Non ! Ici, ce sont ceux avec qui il ne faut pas trop discuter et où il ne fait pas bon avoir des biens.

La seconde histoire est celle d’un père qui n’osa jamais reconnaître son fils, qui se pensait voleur alors qu’il ne l’était pas, et celle aussi des Rouges, plus présente, puisque notre vieux Dshaniwek a été un membre important du parti.

La première histoire m’avait emportée loin de Bruxelles, donné des émotions et c’était un peu groggy que j’avais commencé la seconde, pensant, à tort qu’elle serait moins belle.

Elle a tout explosé. Le pays m’a apparu encore plus dur, encore plus violent, surtout ses paysages, ses montagnes, son climat. Une fois de plus, les personnages sont marquants, même les seconds rôles.

Bajak, que l’on regarde jeune garçon, avec l’envie de le fesser va se révéler être un homme de bien, un grand homme, un homme qui voulait juste vivre sans faire de bruit, sans déranger personne, en faisant le bien autour de lui. Mais…

Oedipe à l’envers… Dark Vador et Skylwalker avec plus de brio, de bravoure, de folie, de haine. On devrait détester son père, Dshaniwek, mais c’est impossible. On aimerait agir, intervenir, hurler « non » mais tel un témoin impuissant, les drames vont se jouer sous nos yeux.

J’ai refermé ce petit roman en soupirant car il était déjà terminé… Entre nous, je ne sais pas si j’aurais survécu à une autre histoire de la trempe de ces deux-là.

Une fois de plus, un roman où la Nature est très présente, où les Hommes doivent faire corps avec elle s’ils ne veulent pas mourir.

Deux histoires tragiques dans un pays magnifique pour celui qui le voit dans un reportage, mais en vrai, c’est un pays et un peuple aussi âpre l’un que l’autre car façonné par les vents et le climat rude.

Pour les Nuls et pour se coucher moins bête : La république de Touva est située dans l’extrême sud de la Sibérie. C’est le vingt-quatrième sujet fédéral de Russie en superficie, avec 168 604 km.

Elle est limitée au nord par le kraï de Krasnoïarsk et l’oblast d’Irkoutsk, à l’est par les républiques de Khakassie et Bouriatie, au sud par la Mongolie et à l’ouest par la république de l’Altaï.

En 1944, le Tannou-Touva intègre l’Union soviétique comme oblast autonome de Touva, puis, en 1961, celui-ci devient une république autonome au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, appelée république socialiste soviétique autonome de Touva.