Dave Robicheaux – 03 – Black Cherry Blues : James Lee Burke

Titre : Dave Robicheaux – 03 – Black Cherry Blues

Auteur : James Lee Burke
Édition : Rivages Noir (1991/1993/2019)
Édition Originale : Black Cherry Blues (1989)
Traduction : Freddy Michalski

Résumé :
Sous le territoire indien des pieds noirs se trouvent des réserves de gaz naturel que l’on estime à plusieurs millions de dollars. La compagnie de forage, qui les convoite, n’hésite pas à éliminer les militants indiens qui se dressent contre elle.

En voulant aider un de ses amis impliqué dans l’affaire, Dave Robicheaux se trouve pris dans un tourbillon de violence et n’a pour soutien que « le peuple de l’eau » et  » les voix qui parlent sous la pluie », celles de sa femme assassinée et de son père déchiqueté dans une explosion.

Black Cherry Blues a remporté le Grand Prix de la littérature policière 1992, ainsi que le Prix mystère de la critique.

Critique :
Lire un James Lee Burke, c’est plonger dans le bayou, dans la Nouvelle-Orléans, dans la Louisiane et se prendre la chaleur moite de la région.

Lire un roman avec Dave Robicheaux, son cajun, c’est manger des mots et des phrases qui doivent se déguster lentement, sous peine d’indigestion.

Non pas que sa plume soit lourde ou engoncée, juste qu’elle est prolixe dans ses descriptions, dans les états d’âmes de Dave et qu’ici, tout va à son rythme.

L’auteur n’est pas un manche, il sait « causer » et il vaut mieux savoir où l’on va sous peine de ne pas profiter du voyage comme il se mérite.

Une enquête de Dave Robicheaux, c’est de la lenteur, des emmerdes, du sang, de la violence, des écrevisses et des phrases avec l’accent cajun pour la petite Alafair, la gamine qu’il a adopté dans l’épisode précédent (que j’ai sauté par erreur, passant du tome 1 au 3).

Alors que j’étais bien dans le bayou, voilà que notre Robicheaux va mener son enquête dans le Montana et il va y laisser des plumes et des dollars car quand on s’attaque à des truands, faut pas s’étonner qu’ils vous la foutent profond dans le cul et que ce soit vous l’accusé d’un crime que vous n’avez pas commis.

Chez James Lee Burke, les personnages sont cabossés par la vie, l’alcool, la drogue, les combines foireuses. Robicheaux lui-même est un ancien alcoolo et ancien flic. C’est vous dire ses tourments. Son épouse est décédée des circonstances dramatiques et son fantôme la hante toujours, lui apportant des réponses, du réconfort.

Cela faisait longtemps que j’avais mené ma première enquête avec Dave Robicheaux et depuis, je n’avais plus eu le temps de me poser sur son ponton. Je suis allée à la pêche aux truands en sa compagnie et ce fut une belle aventure, même si on s’est pris des coups. Attention, on les a rendu.

Robicheaux est une belle âme, malgré ses défauts. Parfois un peu trop bien. Quand on a affaire à un salopard, on ne le met pas en garde d’un possible sabotage, on le laisse s’écraser tout seul comme une merde.

James Lee Burke est un grand auteur qui possède une belle plume et pour en profiter pleinement, il faut prendre le temps de le lire, d’aller à son rythme, d’écouter les états d’âmes de Dave Robicheaux et le laisser mener son enquête à son rythme et à sa manière.

Une excellente idée que j’ai eue de revenir à des classiques…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°21].

La pluie de néon : James Lee Burke

Titre : La pluie de néon                                                                   big_4

Auteur : James Lee Burke
Édition : Payot et Rivages (1999)

Résumé :
Se mêler des affaires des autres est parfois une manière de survivre. Surtout quand on a un léger problème d’alcool, de vilains souvenirs du Viêt Nam et une haute idée de la justice.

C’est le cas du lieutenant cajun Dave Robicheaux, que sa plaque à la Criminelle de La Nouvelle Orléans ne préserve pas des ennuis.

Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina lui révèle que les « Colombiens » veulent sa tête. Tout ça parce que Robicheaux a découvert le cadavre d’une jeune Noire dans le Bayou et met en doute la thèse de l’accident, soutenue par la police locale.

Dave met le doigt dans un engrenage infernal. Le lecteur aussi.

Petit Plus : Auteur majeur du roman noir américain, Burke inaugure, avec ce titre, le cycle Dave Robicheaux qui atteindra des sommets dans Dixie City.

Si l’humour reste présent dans cette plongée en eaux troubles, on est marqué par les souvenirs cauchemardesques du détective, procédé fétiche de l’écrivain.

L’intrigue est serrée, les dialogues rythmés, les descriptions dignes de Faulkner.

Critique : 
Puisque le temps n’est pas au soleil, plutôt que de me plonger dans un polar venant d’un pays Nordique, j’ai opté pour un bon bain de soleil sur la péniche du lieutenant Dave Robicheaux, flic à la Nouvelle-Orléans.

Moi qui pensais être pèpère, j’en fus pour mes frais… Pourtant, le postulat de départ avait l’air tout simple : une jeune fille noire est retrouvée noyée dans le bayou après overdose. Pas de quoi casser trois pattes à un policier, vous me direz.

Oui, mais, ça, c’était sans compter notre lieutenant qui flaira un truc pas net.

Déjà, notre ami est ce que l’on peut nommer un flic tenace. À côté de lui, un pit-bull affamé accroché à un os, c’est de la gnognotte !

Bon, Dave a un passé d’alcoolo, il replongera dans les vapeurs du whisky mélangé à la bière, il est parfois teigneux, têtu, violent, dézingueur de méchants à ses heures perdues, mais il a une qualité : il est incorruptible et il ne chante pas à tue-tête ♫ Vaninahahahaha ♪.

« Pourquoi ? Parce qu’en vérité, ce que je voulais, c’était boire. Et je veux dire par là que je ne voulais pas retomber doucement dans l’alcool, en petites glissades faciles, grâce à quelques Manhattan sirotés à un comptoir d’acajou avec repose-pieds en laiton, dans un bar aux box de cuir rouge, devant des rangées de verres brillant de lumière empilés devant un long miroir au mur. Je voulais des bouillettes à m’exploser la tête, Jack Daniels et bière pression, vodka sur glace, Beam sec et son verre d’eau à part, tequila brute qui vous laissait le souffle coupé à bouillonner dans vos propres humeurs ».

Ne nous y trompons pas, ceci est un roman noir, un roman sombre et l’auteur, à l’aide de sa plume, s’en va grattouiller sous le vernis de l’Amérique, celle qui est corrompue dans ses hautes sphères, celle qui est non démocratique de par sa guerre du Viêt Nam…

— Les mômes ne se cament pas parce que leurs parents et leurs professeurs sont permissifs. S’ils le font, c’est parce que des adultes leur vendent la came. Pas de complexités psychologiques, pas de mystères sociologiques.

Dave a fait la guerre et comme de nombreux soldats qui en sont revenus, il a l’esprit encombré de tas de souvenirs horribles. Chaque nuit, il doit lutter contre les cauchemars et les images qui l’assaillent.

Ne vous attendez pas à une grande enquête, le but du roman n’est pas vraiment de la résoudre en 380 pages, mais plus de vous entraîner dans les petites rues de la Nouvelle-Orléans, d’aller à la rencontre de certains de ses habitants – bons ou moins bons – de vous frotter à sa corruption, aux trafiquants d’armes et autres salopards qui peuplent les rues comme les ‘gators (alligators) hantent les eaux des bayous.

Malgré une intrigue aux multiples tiroirs, impossible pour le lecteur de perdre le fil de l’histoire car James Lee Burke, ce grand auteur, a balisé son histoire. Pas besoin de revenir en arrière pour comprendre, il suffit de suivre le fil d’Ariane.

Les personnages, nombreux, sont bien détaillés et nous réservent quelques surprises de leur cru. Ici, la Louisiane est elle aussi un personnage à part entière. C’est elle qui a forgé les habitants ainsi.

Niveau dialogues, l’argot est présent, sans pour autant plomber le style d’écriture de Burke, constitué aussi de bons mots. Sa plume m’a enchanté de par sa poésie et son humour. De plus, elle sait être caustique envers son pays.

Le ciel d’automne était d’un bleu si dur qu’une allumette frottée s’y serait enflammée, la lumière jaune si douce qu’on aurait pu la croire vieillie en fût de chêne.

— Si vous voulez me faire part de vos commentaires sur mon cas ce matin, il faudra faire comme tout le monde : prendre la queue. En ce qui me concerne, vous êtes déjà limite, votre parcmètre est en zone rouge.

— Je vous prenais pour un mec intelligent. Au lieu de quoi, j’ai l’impression que vous n’êtes pas capable de mettre un pied devant l’autre sans qu’on vous peigne des marquages au sol.

L’atmosphère est dense, les vieux ventilateurs à larges pales en bois tournent paresseusement au plafond, afin de rafraîchir un peu l’air, mais peine perdue, on sentira la température monter au fil de l’enquête en free-lance de notre Dave Robicheaux et les cadavres s’empileront à nos pieds.

Un conseil avant de lire, vérifiez que votre 6 coups est bien chargé au fond de votre poche, ne faites confiance à personne mais n’hésitez pas à déguster un sandwich aux crevettes et aux huitres entre deux bastons. Ah oui, n’oubliez pas votre anti-moustique.

Ceci était la première enquête de Dave Robicheaux, un flic qui a de la profondeur dans ses réflexions et de la ténacité dans ses actions. Pour ma part, je compte bien lire toute la série afin de me replonger dans ces romans noirs aux ambiances particulières.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015)et Le « Challenge US » chez Noctembule.