Cry Father : Benjamin Whitmer

Cry Father - Benjamin Whitmer

Titre : Cry Father

Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :
Depuis qu’il a perdu son fils, Patterson Wells parcourt les zones sinistrées de l’Amérique pour en déblayer les décombres. Le reste du temps, il se réfugie dans sa cabane perdue près de Denver.

Là, il boit et tente d’oublier le poids des souvenirs ou la bagarre de la veille dans un bar. Mais ses rêves de sérénité vont se volatiliser lorsqu’il fera la rencontre du fils de son meilleur ami, Junior, un dealer avec un penchant certain pour la bagarre.

Les deux hommes vont se prendre d’amitié l’un pour l’autre et être peu à peu entraînés dans une spirale de violence.

18775358Critique : 
Il est des gens qui ont une propension à se détruire de l’intérieur et de l’extérieur, brûlant la chandelle par tous les bouts et cherchant misère à tous les coins de bar.

Patterson Wells, déblayeur de décombres aux États-Unis en est un et son plus sérieux concurrent est Junior, le fils de son ami Henry, ancien champion de foutage en l’air de sa life.

« Pike » était déjà fort sombre mais pour « Cry Father », on vient de franchir encore un pallier dans la noirceur de certains personnages.

Vous êtes prévenu, ici, on ne vous apportera pas la lumière !

Patterson Wells n’est pas le genre de gars dont on chercherait la compagnie pour faire la fête. Le moral en berne depuis la mort de son fils, il ressasse cette perte au point qu’elle l’entraine vers le fond, dans l’abîme.

Sa vie est remplie de rouille et il la soigne à coup d’alcool ou avec d’autre substances ressemblant au bicarbonate du tonton qui toussait. Pour lui, la solitude est une vieille copine.

Le pire, c’est que lorsque son gamin était en vie, il ne s’en occupait pas des masses, trop occupé qu’il était à bosser comme un dingue, à faire les 35h en deux jours et à écluser pire qu’un régiment en goguette.

On peut dire que c’est cette propension à foutre leur vie en l’air – à l’aide d’alcool, de drogues et de bagarres – qui a réuni Patterson et Junior, bien que ce dernier fasse aussi dans le crystal meth (pas la fabrication, il n’est pas Heisenberg !).

Junior n’a pas envie de quitter la I-25 à Walsenburg. Il sniffe sa cocaïne directement dans le flacon, maintenant. En buvant du café de station-service noyé de bourbon. Tout est bon pour rester éveillé. Il sait qu’il ne devrait pas rallonger son trajet. Surtout pas pour faire route sur la San Luis Valley. Mais quand tu restes suffisamment longtemps sans dormir et que tu carbures à la cocaïne et aux vapeurs d’essence, tes mains font plus ou moins ce qu’elles veulent.

L’écriture est aride, cherchez pas de traces de bonheur, vous n’en trouverez pas, pour la rédemption, vous repasserez aussi. Ici, tout est noir, sombre, rouillé, tout n’est que vies en lambeaux pour ces deux âmes en perdition qui se télescopent un jour.

Comme dans Pike, on se trouve face à des pères qui n’assument pas, qui sont incapables de montrer leur affection ou de protéger leurs gosses, qui sombrent dans la violence, fréquentent assidument les bars et se laissent entrainer vers le fond de la piscine alors qu’il leur suffirait de lâcher le poids qui les y entraine.

À croire qu’ils aiment ça, la haine d’eux-mêmes.

Il est presque impossible d’évaluer les blessures que les jeunes hommes blessés sont capables de s’infliger. Passant leurs nuits à boire, prenant toutes les drogues qu’ils peuvent se payer, pataugeant dans le type de conversations circulaires et sans fin que seuls les jeunes hommes blessés peuvent supporter. Des conversations à tel point saturées d’auto-apitoiement et de haine de soi qu’elles ne peuvent s’achever que par imposition soudaine de la force physique.

Pas de jugement de la part de l’auteur, ses personnages sont libres, majeurs, vaccinés (je crois) et s’ils se foutent eux-mêmes dedans, on ne peut s’empêcher d’avoir mal pour eux (surtout pour Patterson), d’avoir les tripes nouées en les voyant presque se mettre le canon du révolver dans la bouche (métaphore).

La vie ne leur a pas fait de cadeau mais ils n’ont pas fait grand-chose pour garder la tête hors de l’eau non plus. Ici, les introspections sont hard.

Un roman fort sombre, sans fard, sans pincettes, sans concession, une écriture tout, sauf froide, et qui décrit, crûment, la VDM de certaines personnes dans les environs de Denver.

Les après-midi chaudes où le rouleau de puanteur d’huile et de charogne vient submerger la zone, vous avez l’impression que vous allez mourir étouffé dans une conduite d’égout. On appelle ça la grande puanteur, et la rumeur dit qu’on peut s’y faire avec le temps. La rumeur dit aussi que parmi les résidents de troisième génération certains prétendraient ne plus la remarquer du tout. Mais il y a très peu de résidents de troisième génération.

Comme le disait Raoul Volfoni « Faut r’connaître… c’est du brutal ! ».

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et « Une année avec Gallmeister : les 10 ans » chez LeaTouchBook.

Les Minions – The Movies [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 4/52]

Les Minions (Minions) est un film d’animation américain réalisé par Kyle Balda et Pierre Coffin, sorti en 2015.

Il s’agit d’un film dérivé et d’une préquelle de la saga Moi, moche et méchant.

1. Synopsis :
A l’origine de simples organismes monocellulaires de couleur jaune, les Minions ont évolué au cours des âges au service de maîtres plus abjectes les uns que les autres. Les disparitions répétitives de ceux-ci, des tyrannosaures à Napoléon, ont plongé les Minions dans une profonde dépression.

Mais l’un d’eux, prénommé Kevin, a une idée. Flanqué de Stuart, l’adolescent rebelle et de l’adorable petit Bob, Kevin part à la recherche d’un nouveau patron malfaisant pour guider les siens.

Nos trois Minions se lancent dans un palpitant voyage qui va les conduire à leur nouveau maître : Scarlet Overkill, la première superméchante de l’histoire.

De l’Antarctique au New York des années 60, nos trois compères arrivent finalement à Londres, où ils vont devoir faire face à la plus terrible menace de leur existence : l’annihilation de leur espèce.

2. Fiche technique :

  • Titre original : Minions
  • Titre français et québécois : Les Minions
  • Réalisation : Kyle Balda et Pierre Coffin
  • Scénario : Brian Lynch, d’après les personnages créés par Ken Daurio et Cinco Paul.
  • Direction artistique : Olivier Adam
  • Son : Darpan Patel
  • Musique : Heitor Pereira
  • Société de distribution : Universal Pictures
  • Budget : 74 000 000 dollars
  • Pays d’origine : États-Unis

Ce que j’en ai pensé :
Là aussi j’avais une grosse trouille doublée d’un gros bonheur lorsque j’ai appris l’arrivée d’un film consacré à ces petites créatures que j’adore.

Non, mais je dis ça au cas où certains ne l’auraient pas encore remarqué que j’ai un gros faible pour les Minions…

Autant vous l’avouer tout de suite, je l’avais vu peu de temps après sa sortie, mais la qualité du son n’était pas top (je l’avais Tipiaké et seuls ceux qui ont vu les pubs de la marque Tipiak comprendront).

Pour Noël, je me suis donc offert le DVD (un peu avant Nowel, même) et je me le suis regardé une seconde fois dans le cadre du Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

Bon, je serai juste dans ma critique, bien que vous pourriez croire que je ne sois pas impartiale vu combien je les adore…

Le début du film n’est qu’une succession de gags avec nos Minions qui servent des Grands Méchants et qui font tout foirer sans le vouloir, juste parce qu’il sont un peu crétins sur les bords.

Là, on se marre à fond, ensuite, ça diminue un peu avec leur grosse déprime avant de repartir pour de bon dans les gags lors du départ de Kevin, Stuart et le petit Bob (mon préféré).

Avec l’image du dessus, vous comprendrez aisément qui est le plus sérieux de la bande, le chouchou et le rebelle.

Leur arrivée à New-York est drôle, leur voyage jusque Orlando aussi, et j’avais souvent un sourire bête affiché sur mon visage d’enfant ou d’adulte qui aurait régressé dans son âge mental.

Londres… ma ville préférée, j’ai adoré aussi les gags et la mise en avant de Bob, le plus jeune, dans le rôle de… Je spolierai pas !

Oui, j’ai aimé le film, bien que sur la fin, les gags soient moins présent et que l’on ait plus des scènes plus « sérieuses » avec Kevin qui va tout faire pour sauver ses copains.

Si les plus petits adoreront, les plus grands essaieront de repérer les allusions à certains films bien connus dont nous auront quelques clins d’œil durant le film.

Et puis, dans ce film, on apprend aussi comment nos petits jaunes sont devenus les auxiliaires de Gru, le futur Grand Méchant…

Ok, je l’avoue, ça vole pas très haut, mais c’est un excellent anti-dépresseur, ça coûte moins cher que les médocs, même si, ensuite, on risque l’addiction aux petits bonhommes en forme de gélules jaune.

Ça vole pas très haut, les gags ne resteront pas tous dans les annales du gag, mais putain, qu’est-ce qu’on se sent bien après avoir regardé les Minions !

Étoile 4,5

Le « Challenge US » chez Noctembule, « A year in England » chez Titine et le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

La Fille du train : Paula Hawkins

Titre : La Fille du train                                                                   big_4

Auteur : Paula Hawkins
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi.

Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre.

Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime.

Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason.

Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Critique : 
♫ Ding Dong ♪ *voix suave * Les passagers à destination du polar psychologique sont priés d’embarquer.

Que ceux qui veulent aller vite changent de train et montent dans un TGV. Mais ils ne verront jamais ce qu’il se passe dans les maisons qui longent la ligne de notre banlieusard.

Qui n’a jamais été tenté de jeter un coup d’œil dans les maisons qui se trouvent à proximité d’une ligne de chemin de fer en passant juste à côté ? Rachel est comme vous et moi, elle a aussi ce petit travers.

Si Rachel avait eu un bon bouquin comme celui qui narre son histoire, elle aurait été tellement captivée par le roman qu’elle n’aurait jamais zieuté la vie de ce couple à la vie si parfaite et ne les aurait pas baptisé Jason et Jess.

Rachel… j’ai eu envie de la tuer, vous savez. De lui plonger la tête dans de l’eau glacée et de lui murmurer à l’oreille qu’il serait plus que temps de se reprendre au lieu de sombrer dans les délices des bouteilles de vin blanc (et elle a mauvais goût, du blanc, beurk !).

Rachel… plus épave que la « Licorne » après avoir sombré, plus imbibée qu’une éponge, elle vivote, telle une amibe, chez sa copine, se lamentant encore et encore sur son ex qui l’a quittée pour une autre. Sa vie par en… quenouille (vous avez eu peur, je parie) et elle ne fait rien pour inverser la courbe.

Rachel… qui m’a énervée à toujours geindre, à ne pas avoir de volonté, et à se plaindre encore et encore pour des choses qu’elle a faite mais dont elle ne garde aucun souvenir. Bref, un personnage que j’ai détesté de prime abord. On est d’accord que c’était de prime abord…

Ici, on fait dans le roman policier psychologique, les personnages sont bien travaillés, tous bien distincts les uns des autres, avec leurs qualités, leurs défauts.

Le récit est articulé autour de trois narratrices : Rachel l’éponge, Anna la voleuse du mari de Rachel et Megan « Jess », la femme qui se veut indépendante.

Le changement de narrateur vous empêche aussi de flinguer Rachel parce que, plus de 300 pages avec elle en train de se lamenter et de regarder sa vie partir en lambeaux, je n’aurais pas tenu sans commettre un crime.

L’avantage du récit, aussi, c’est les petits retours dans le passé, avec Megan, afin de savoir ce qu’il s’est passé avant sa disparition.

Chiche en personnages mais riche dans leur profondeur, ce roman, une fois ouvert, se referme difficilement. Hormis lorsque vous arrivez à la dernière page, of course.

Bien qu’on ne courre pas dans tous les sens, les aller-retour entre le passé et le présent pimentent le récit, font monter la pression (à bière) et nous font mousser.

Au débouchage, le vin avait l’air banal, peu engageant… Mais une fois la première gorgée avalée, les tanins se font sentir, le goût prend toute sa saveur et le récit roule sur la langue, est long en bouche, vous monte à la tête et on a qu’une envie : se resservir !

Bluffée j’ai été et bien que j’ai eu des soupçons sur le personnage qui avait tué le docteur Lenoir dans la bibliothèque avec la clé anglaise. Mais j’avoue qu’avant de pointer correctement le coupable, j’avais un peu visé à côté.

Un roman plus psychologique que trépidant (c’est pas 24H chrono), plus profond que léger, et bien plus intéressant qu’il ne me laissait penser au départ. Mention spéciale à un personnage foutrement bien campé ! Machiavélique ce roman.

♫ Ding Dong ♪ Veuillez attacher vos ceintures, ça pourrait secouer durant le voyage de ce train.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « A year in England » chez Titine.

Sale temps pour le pays : Michaël Mention

Titre : Sale temps pour le pays                                                   big_5

Auteur : Michaël Mention
Édition : Payot et Rivages (2012)

Résumé :
1976. Une vague de meurtres touche le nord de l’Angleterre ; les victimes sont des prostituées. La police locale est sur les dents. Un homme clé pour diriger l’enquête : l’inspecteur George Knox, personnage austère, « gueule à la Richard Burton », états de services légendaires.

Secondé par le détective Mark Burstyn, Knox se lance à corps perdu dans cette affaire qui tourne pour lui à l’obsession, tandis que sa femme Kathryn est en train de mourir d’un cancer.

Le temps passe et plus le tueur semble jouer avec la police en brouillant les pistes, plus Knox s’enfonce dans l’abîme. Un abîme à l’image du chaos social et politique ambiant. Bientôt, c’est comme si la traque du tueur devenait une quête dérisoire en regard de la dépression qui gagne le pays et ses habitants.

Fasciné par les possibilités romanesques de l’affaire de l’Éventreur du Yorkshire, Michaël Mention la revisite du point de vue d’un Français passionné par l’Angleterre des années 1970.

Petit plus : Bourré de clins d’œil au cinéma et à la musique, ce roman oscille entre hommage au roman noir, déconstruction ironique du roman de serial killer et authentique portrait d’une Angleterre déboussolée, à un moment charnière de son histoire récente.

Critique : 
♫ C’était au temps où l’Angleterre était par terre, ♪ C’était au sale temps de toutes ces grèves ♫ C’était au temps où y’avait pas encore la Dame de Fer ♫ Mais d’un Éventreur qui savait y faire !

L’Éventreur du Caniche a encore frappé… oups, je me trompe de race : c’est l’Éventreur du Yorkshire ! Sale bête qui s’attaque aux femmes qui exercent le plus vieux métier du monde…

Sur fond d’enquête policière afin de mettre fin aux agissements de celui, qui, tout comme Jack l’Éventreur, étripe les putes, l’auteur nous dresse le portrait d’une Angleterre moribonde et guère brillante dans ses années 75-80.

Le chômage y est important, les usines ferment toutes, les gens ne savent plus comment boucler leurs fins de mois qui sont dures, surtout les trente derniers jours.

Dans ce petit roman noir comme un café sirupeux, le contexte économique, social et politique de l’époque se résume en un mot : crise (ou bordel total). Le choc pétrolier a eu lieu et les Travaillistes se sont pris une déculottée aux élections.

C’est court, certes, mais c’est intense, percutant et uppercutant et je vous jure que vous ne peindrez pas la girafe durant votre lecture car la recherche du tueur (qui fera tout de même 13 victimes) met les flics du nord de la perfide Albion sur les dents et  la populace, qui serait prête à lyncher le premier venu, en émoi.

Les flics sont bien torchés, haut en couleur, avec leurs fêlures, leurs blessures secrètes, leurs douleurs, leurs doutes et certains seront marqué plus que d’autres durant cette enquête.

J’ai eu un faible pour George Knox (20 ans dans la maison poulaga, un air de Richard Burton et des Ray Ban miroir qu’il porte non stop) et le détective Mark Burstyn. Deux flics intègres qui se donnent à fond.

Une enquête qui s’enlise, des flics qui pataugent, un tueur qui se fout de leur gueule et peu d’indices, le tout sur fond de politique, de musique des seventies et de références cinématographiques. Le pied !

Vous aurez même droit, tant que nous sommes au rayon des horreurs, à l’arrivée au pouvoir de Miss Maggie, madame Tatcher, qui redressera le pays au détriment des sans dents, heu, des petites gens qui resteront dans le fossé, le pays les laissant crever à petit feu.

Un petit bijou de café noir comme je les aime : noir profond, noir sans espoir, noir comme l’âme du tueur.

Un roman noir qui vous rappe le palais, vous l’écorche, long en bouche avec des saveurs de misère et de sang…

À déguster sans modération…

BILAN - Coup de coeurChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix du roman noir français 2013) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois anglais 2015 flag CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - À tous prixSherlock___Running_Wallpaper OK

Mr Mercedes : Stephen King

Titre : Mr Mercedes                                                                         big_4

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2015)

Résumé :
— Je crois qu’il y a plein de gens qui rêvent de faire ce que j’ai fait… La seule différence, c’est que moi, je l’ai vraiment fait !

Midwest 2009. Un salon de l’emploi. Dans l’aube glacée, des centaine de chômeurs en quête d’un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés.

Le chauffard, lui, s’est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces.

Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre.

Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

Avec ce polar très noir, véritable plongée dans le cerveau d’un psychopathe qui ferait passer Norman Bates pour un enfant de chœur, Stephen King démontre une fois encore son époustouflant talent de conteur, qui s’affranchit des frontières et des genres.

Critique : 
Sûr que si le tueur avait utilisé une R6 pour faire son coup, il aurait tué moins de monde lorsqu’il fonça dans cette foule de chômeurs attendant dans l’aube glacée que le salon de l’emploi s’ouvre…

Par contre, le titre du roman aurait fait moins classe… L’avantage de la bagnole a fait 8 morts et 15 blessés.

Le King qui nous gratifie d’un polar, un vrai de vrai, sans monstre tapi sous le tapis ou sous le lit. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’en redemande.

Vous êtes un flic à la retraite, avec un bide digne d’une femme enceinte de 5 mois et vous passez vos mornes journées affalé dans votre fauteuil à regarder à la télé des programmes tellement débiles qu’à côté d’eux, une certaine Nabi** passerait pour un prix Nobel en physique nucléaire. C’est vous dire…

— Tu peux faire accéder une pute à la culture mais tu peux pas la faire réfléchir.

Votre carrière fut prolifique, mais c’est sur cette affaire non résolue qu’elle s’est achevée. Devant la platitude de votre existence, l’envie vous prend d’introduire le canon d’un révolver dans votre bouche afin de mettre fin à cette retraite de merde. Appuiera, appuiera pas ?

Ding, dong, vl’a l’facteur avec une lettre qui va vous changer la vie. Une lettre de celui que la presse surnomma Mr Mercedes vous est adressé et ce petit salaud vous nargue. Allez, on secoue sa bedaine et on résout cette putain d’enquête qui fait tache sur le CV de départ !

Éliminons d’emblée ce qui m’a énervé dans ce roman : l’utilisation du présent. Pour le reste, ce n’est que du bon.

Ceci est une enquête classique si ce n’est que, à la différence des Agatha Christie, pas de coupable à choisir dans la salle à manger puisque nous connaissons l’identité du tueur à la Mercedes.

Un psychopathe digne des plus fêlés parce qu’un méchant, ça doit être mieux réussi que les autres, un méchant bien travaillé, sans circonstances atténuantes. Comme je les aime.

Des personnages secondaires attachants (Jerome, Janey, Holly), possédant de l’humour et notre flic retraité qui, tel un chien de chasse, repart sur la piste de son Moby Dick. Un flic reste un flic, même à la retraite.

Heureusement qu’il sera secondé par sa fine équipe, dont un jeune gars bourré d’humour et des références à Sherlock Holmes à profusion.

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour deviner que Pete est arrivé le premier.

— J’en doute pas, mais comme ça, t’auras le temps de réfléchir à mon petit problème en faisant la queue. Imagine que t’es Sherlock, ça t’aidera peut-être.

— Ok. » Tyrone Feelgood Delight sort de sa boîte. « Missié être Sherlock ! moi simple docteu’ Watson ! »

— Donc c’est plus le mystère de la pièce fermée, c’est celui de la voiture fermée. Un problème à résoudre en quatre pipes, ça, m’sieur Holmes.

— Je sais pas, monsieur Hodges, on dirait une énigme à la Sherlock Holmes. Un vrai problème à résoudre en trois pipes mais je ne vais pas vous demander de ne pas m’adresser la parole pendant cinquante minutes.

Une écriture agréable, ne crachant pas sur l’humour ou les situations cocasses, sans temps mort malgré un récit qui roule sur son train de sénateur.

Si je devais choisir entre un dépannage au Paradis des Pedzouilles et me faire enfoncer une belette dans le cul, je choisirais la belette.

Du sang, du sexe, de la sueur et des larmes… De l’émotion brute ressentie (avec Sammy le camion de pompier et Janey – seuls les lecteurs comprendront), du rire, des sourires, de l’adrénaline, du suspense et des moments d’angoisses.

Le King, c’est tout ça. Il ne cesser jamais de m’enchanter et de me captiver.

Le King, c’est « It’s now or never » et un conseil « NOW » !

BILAN - Coup de coeurChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)CHALLENGE - US

Dernier jour sur terre : David Vann

Titre : Dernier jour sur terre [NUM]                                               big_3-5

Auteur : David Vann
Édition : Gallmeister

Résumé :
Le 14 février 2008, Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son université. Entre 15h04 et 15h07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort.

À l’âge de treize ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours d’un coup de revolver.

Quel itinéraire a suivi Steve Kazmierczak avant de se faire l’auteur de ce massacre ? Quel parcours l’écrivain David Vann devra-t-il emprunter pour se libérer de son héritage ?

L’auteur retrace ici l’histoire de ce meurtrier, paria solitaire, comme tant d’autres. Comme lui par exemple, qui enfant se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

Dans une mise en regard fascinante, l’auteur plonge dans la vie et l’esprit d’un tueur pour éclairer son propre passé, illuminant les coins obscurs de l’Amérique d’aujourd’hui où l’on se protège de toutes ses faiblesses une arme à la main.

Critique : 
Autopsie d’un meurtre de masse…

Comment un type qui a reçu le « Dean’s award » en 2006, attribué par son université, la Northern Illinois University, peut-il, deux ans plus tard, entrer dans un amphi et abattre 5 personnes, en blesser 18, avant de se donner la mort ?

Que s’est-il passé dans le cerveau de Steve Kazmierczak, 27 ans, pour en arriver à une extrémité pareille ? Quel dommage a-t-il subi dans son enfance, son adolescence, pour basculer de telle manière ?

C’est ce que David Vann va essayer de comprendre en étudiant et en passant au crible la vie de cet étudiant solitaire et paria.

L’écrivain aussi aurait pu tourner aussi mal que Steve Kazmierczak. Du moins, leurs parcours sont parfois étrangement parallèles.

Pourtant, d’après les rares amis de Steve, ce n’était pas un méchant garçon… Alors quoi ?

Ceci n’est pas vraiment un roman, mais plus une étude sociologique que l’on aurait pu intituler « autopsie de l’esprit d’un meurtrier ». Ou « Comment passe-t-on de gentil garçon un peu étrange mais gentil à tueur de masse ».

Lors de la tuerie et après, les médias et les journalistes, charognards patentés, ont écrit tout et n’importe quoi sur le tueur… Ici, l’auteur nous dresse un portrait bien plus juste, sans fioritures, sans atermoiements, un portrait brut du tueur et de cette Amérique qui pense que tout le monde a le droit de se promener armé pour se protéger.

Si certains passages du roman sont un peu limités niveau construction de la phrase (Sujet + verbe + complément), le reste passe tout seul et les parallèles mis en place entre l’enfance de l’auteur et celle de Steven sont très instructives. Surtout que l’un a basculé de l’autre côté et pas l’autre, bien que tout deux, étant jeune, ne rêvaient que de dézinguer quelques voisins à coup de révolver…

Chapitres et phrases courtes, récit rythmé, enquête fouillée : ça claque et c’est lapidaire.

Steve est certes coupable d’avoir acheté des armes et de les avoir utilisées contre des innocents, mais il ne devrait pas être seul dans le box des accusés posthumes : l’Amérique, sa société, les lobbies des armes à feu, la couverture de santé et tout le système qui devrait être sur le banc des accusés pour être ensuite revu afin de se prémunir contre ce genre de meurtres de masse.

Un récit détaillé, fouillé et qui a pour but de remettre les pendules à l’heure, tout en vous laissant choisir votre coupable, bien que ce roman soit un véritable réquisitoire à charge contre l’Oncle Sam.

L’auteur a beau enrober le venin de ses phrases afin d’éviter une diatribe, on le sent quand même bien passer. Mais bon, cette Amérique là, elle ne les pas volé, ces petites piques.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - US