J’irai tuer pour vous : Henri Loevenbruck

Titre : J’irai tuer pour vous

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : Flammarion (24/10/2018)

Résumé :
1985, Paris est frappé par des attentats comme le pays en a rarement connu. Dans ce contexte, Marc Masson, un déserteur parti à l’aventure en Amérique du Sud, est soudain rattrapé par la France.

Recruté par la DGSE, il est officiellement agent externe mais, officieusement, il va devenir assassin pour le compte de l’État.

Alors que tous les Services sont mobilisés sur le dossier libanais, les avancées les plus sensibles sont parfois entre les mains d’une seule personne…

Jusqu’à quel point ces serviteurs, qui endossent seuls la face obscure de la raison d’État, sont-ils prêts à se dévouer ?

Et jusqu’à quel point la République est-elle prête à les défendre ? Des terrains d opérations jusqu’à l’Élysée, des cellules terroristes jusqu’aux bureaux de la DGSE, Henry Loevenbruck raconte un moment de l’histoire de France qui résonne particulièrement aujourd’hui dans un roman d’une tension à couper le souffle.

Pour écrire ce livre, il a conduit de longs entretiens avec « Marc Masson » et recueilli le récit de sa vie hors norme.

Critique :
♫ Got a licence to kill… Licence to kill ♪

Non, je ne vous parlerai pas de ce James Bond (Permis de tuer) que je n’ai d’ailleurs jamais vu pour cause de Timothy Dalton et en plus, je cite ce film juste pour le clin d’œil au fameux « permis de tuer », car c’est un peu ce qu’on a donné à Marc Masson, mais sans les gadgets de James.

Assassin pour l’État… Mais sans contrat. On te vire quand on veut et si tu tombes, tu tomberas seul. Personne ne te tendra la main puisque tu as le statut d’un mercenaire/barbouze/fantôme (biffer la mention inutile) et que tu n’apparais sur aucun organigramme d’entreprise, que ce soit à la DGSE ou à la DST.

Pôle Emploi ne sera pas pour toi en cas de licenciement.

Voilà un thriller qui aura fait son boulot du début à la fin tant il m’a époustouflé et tenu en haleine, mêlant habillement la politique, l’espionnage, le terrorisme et la diplomatie, qu’elle soit en costard/cravate ou en treillis/AK-47.

Marc Masson… On devrait intenter un procès à ses parents pour cette répétition de Ma/Ma mais bon sang, quel personnage hors-norme que ce type ayant déserté l’armée, s’étant fait mercenaire privé puis gardien pour des orpailleurs et assassin privé pour se venger avant de passer à assassin de la Cinquième (Ve) République.

Peu de temps mort dans ce roman ! D’ailleurs, tout en lisant, concentrée, je n’avais pas regardé le nombres de pages lues, quand mon regard est tombé en bas et que j’ai vu « 150 ». QUOI ?? Je n’étais même pas au quart du roman ?? Impossible, me suis-je dit, vu toutes les aventures que je venais déjà de vivre. Ben si !

On mélange des faits réels avec des fictifs, on nous fais voyager en Amérique Latine, en France, au Liban, on change un peu l’époque et on nous plonge dans les années 80, celles que j’adore parce que « Club Dorothée »… Oui, la politique, en ce temps-là, je m’en foutais royalement !

Le récit m’a entraîné dans les arcanes de la politique comme je me doutais qu’elles existaient, mais malgré tout, ça fait toujours froid dans le dos de les lire inscrites noir sur blanc.

C’était précis, vivant, réaliste, sans pour autant devenir gonflant. Durant tout son récit, l’auteur a su rester précis dans ses données sans pour autant nous gaver de politique. Captivée que j’étais par les chapitres rapides et aux divers intervenants, je n’ai pas vu le temps passer et ai terminé ce récit un peu sonnée, groggy, le cœur en vrac, mais pas au niveau des émotions de « Nous rêvions juste de liberté », ce qui est normal, les histoires ne sont pas la mêmes.

Malgré tout, le personnage de Marc Masson a su me toucher, m’émouvoir et c’est avec un sourire triste que j’ai refermé le roman, contente d’avoir lu cette histoire mais triste de le quitter, bien que la page tournée ne signifie pas qu’on oublie tout.

Un roman hautement addictif, un récit haletant, réaliste, basé sur des faits réels, avec des personnages ayant existé ou existant encore. Un thriller qui nous replonge dans les années 80 et croyez-moi, on est loin du Club Dorothée et de l’insouciance qui me caractérisait à l’époque.

Un thriller qu’on a du mal à lâcher et qui fait plus que de nous divertir : il nous instruit aussi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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Mycroft Holmes : Kareem Abdul-Jabbar & Anna Waterhouse

Titre : Mycroft Holmes

Auteurs : Kareem Abdul-Jabbar & Anna Waterhouse
Édition : Bragelonne (14/09/2016)
Édition Originale : Mycroft Holmes (2015)
Traducteur : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Tout juste sorti de Cambridge, Mycroft Holmes commence déjà à se faire un nom au sein du gouvernement. Ce diplomate des plus britanniques entretient des liens forts avec la lointaine île de Trinité, où est né son meilleur ami Cyrus Douglas et a grandi Georgiana Sutton, sa fiancée.

Lorsque des rumeurs courent autour de mystérieuses disparitions à Trinité, d’étranges empreintes dans le sable et d’esprits attirant à la mort des enfants retrouvés vidés de leur sang, le trio se retrouve pris dans un tissu de sombres secrets qui se révèlent de plus en plus dangereux..

Critique :
Une aventure du grand frère de Sherlock, Mycroft, une aventure qui nous promettait bien des mystères avec ces enfants retrouvés morts, vidés de leur sang par des créatures qui ont les pieds à l’envers…

Le tout dans une ambiance exotique puisque nous irons jusque sur l’île de Trinidad pour une enquête mélangeant les temps morts, les redondances, les longueurs et de l’action pour un final grandiloquent et peut-être un poil trop exagéré…

À croire que le nom de Sherlock Holmes est vendeur puisque ces dernières années, on nous le met à toutes les sauces et qu’on sort même des livres avec, pour personnages principaux, des acteurs du canon holmésien.

Je veux bien que dans cette aventure, Mycroft est jeune et que ce qu’il a enduré dans ses pages pourrait bien le changer à jamais, mais je n’ai pas vraiment reconnu le Mycroft canonique dans cette aventure folle.

Les déductions y sont, l’homme est brillant, intelligent, il surclasse les autres, mais il est amoureux à en devenir bête d’amûr et se conduit dans ce roman tel un Indiana Jones ayant bouffé du James Bond au petit déjeuner et bu de l’Ovomaltine « John McClane » tant il est survolté !

Purée, il bondit dans tous les sens et nous sommes loin de l’homme indolent ne faisant que quelques pas journalier que nous croiserons dans l’oeuvre de Conan Doyle. Là, faudra qu’on m’explique comment il est passé de « j’ai la flamme » à « j’ai la flemme ».

Il y avait du bon dans ce roman, d’ailleurs, même si les quelques longueurs m’ont ralenti dans ma lecture, le reste, je l’ai dévoré avec appétit, mais la cuisine manquait d’épices, de sel, de cuisson, de réflexion et on a l’impression que le final est bousculé, qu’il arrive tel un chien dans un jeu de quille et les explications sont bâclées, expédiées rapidement et nous n’aurons même pas toutes les explications (ou alors, j’ai zappé une page sans m’en rendre compte).

Si vous chercher du Sherlock Holmes pur jus, vous serez déçus, d’ailleurs, le futur détective ne fera qu’une brève apparition dans un chapitre et c’est tout. Que les holmésiens pur jus passent aussi leur chemin, ils pourraient être déroutés.

Maintenant, si on cherche l’évasion à moindre coût, c’est l’occasion de se faire plaisir car le livre est un bien bel objet (j’entends Gerra qui imite Bellemare dans ma tête).

Un roman classé Steampunk alors qu’il n’en est rien, un roman qui se lit comme un livre d’action (avec des temps morts assez long pour avoir le temps de boire son café ou de faire sa vaisselle), dont le final est survolté et digne d’un film d’action à petit budget scénariste mais qui se rattrape dans les explosions et le suspense larmoyant où l’on a aucun doute sur l’issue de l’affaire.

Un scénario qui aurait mérité un travail plus fin parce que l’idée de départ était bonne, l’arbre que cachait la forêt aussi, mais les explications finales sont un peu trop vite expédiées alors qu’elles auraient méritées quelques pages de plus pour au moins creuser un peu plus le pourquoi du comment certains personnages se retrouvent à tremper dans ce brol moralement condamnable, sans compter certaines choses un peu téléphonées…

Un Mycroft Holmes plus que Canada Dry© car il n’en avait même pas la couleur ! Pour moi, il se serait appelé Truc Muche que ça aurait du pareil au même, mais évidemment, il n’aurait pas bénéficié de l’aura du nom prestigieux du grand frère du détective de Baker Street.

PS : Private joke pour Titine (Plaisirs à cultiver) et son idée de challenge « Trinité et Tobago » qu’elle voulais proposer afin d’être sûre que je ne l’inonderais pas de billets comme au bon vieux temps du Mois Anglais qu’elle organisait conjointement avec Lou et Cryssilda ! Et bien si, j’aurais au moins eu un billet ! PTDR

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

15. Sherlock Holmes : The Second Stain – La deuxième tache

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SAISON 2 – ÉPISODE 4

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : John Bruce
  • Scénariste : John Hawkesworth
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 16ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 23 juil. 1986 – ITV Network (17ème épisode diffusé); États Unis : 26 fev. 1987 – WGHB; France : 9 avril 1989 – FR3 (16ème épisode diffusé)
  • Durée : 50 min 30 sec

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  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … Dr. John Watson
    Patricia Hodge … Lady Hilda Trelawney Hope
    Stuart Wilson … Honourable Trelawney Hope
    Harry Andrews … Lord Bellinger, Prime Minister
    Colin Jeavons … Inspector Lestrade
    Sean Scanlan … Constable MacPherson
    Yves Beneyton … Eduardo Lucas
    Yvonne Orengo … Madame Henri Fournaye
    Rosalie Williams … Mrs. Hudson
    Alan Bennion … Bates

SECO2Le Pitch :
Sherlock Holmes reçoit la visite sous le sceau du secret, de Trelawney Hope, secrétaire aux Affaires Européennes, accompagné du Premier Ministre Lord Bellinger.

Il a perdu une lettre d’un souverain étranger qu’il avait apportée chez lui et dont pourtant n’avaient connaissance que les membres du cabinet. Elle contient un important secret d’État qu’Holmes les oblige à lui révéler. C’est une protestation contre le développement colonial de la Grande-Bretagne dont les adversaires du souverain pourraient se servir pour entraîner l’Europe dans la guerre.

Pour Holmes, il est certainement déjà trop tard, mais il veut tout de même aller voir les trois espions internationaux que cette affaire pourrait concerner.

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Cet épisode est probablement l’adaptation la plus fidèle de la série. Le souci de conformité au texte original est allé jusqu’à la recréation de la scène où Watson vient demander à Holmes, retiré dans le Sussex, l’autorisation de publier l’histoire.

Un cottage fut choisi à Rostherne, des ruches installées, et Brett revêtit consciencieusement les gants et le voile de l’apiculteur. Mais manifestement, il n’était pas heureux de devoir se vieillir pour le rôle.

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Heureusement pour lui, la séquence a fini au panier pour des raisons de longueur.

Il est à noter qu’ayant oublié (imbécile que je suis) le DVD de la série chez moi, j’ai été obligée de regarder cet épisode sur You Tube, intégralement en anglais, avec les sous-titres anglais basés sur de l’audio et je ne vous raconterai même pas comme le machin transformait « Holmes » en « Home ».

Heureusement que je ne me sépare jamais de mon petit traité d’holmésologie qui se trouve être mon PC assez bien rangé pour que je retrouve les notes prises un jour dans divers endroits. Plus ma mémoire !

Intro : 10, Downing Street. Le premier Sinistre (Lord Bellinger) sort de ce qui ressemble fort au célèbre numéro 10 mais on sait que c’est pas le vrai.

Bref, Lord Bellinger, suivi de son secrétaire aux Affaires européennes, Trelawney Hope s’engouffrent dans une voiture armoriée qu’ils échangent ensuite pour un cab. Quoi ? On ne veut pas que l’on sache que le Pays a besoin du grand Sherlock Holmes ??

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Baker Street : Voilà une scène qui ne se trouve pas dans le Canon Holmésien mais qui mériterait d’y figurer ! On découvre le 221b dans un joli foutoir et Watson qui ôte prestement à Holmes la tasse de thé qu’il avait en main, tandis que Mrs Hudson s’affaire, telle une abeille, en bougonnant de mettre un minimum d’ordre. Seul Holmes reste immobile au milieu de la tempête.

Sitôt arrivés, le ministre et le secrétaire expliquent à Holmes la terrible situation où ils se trouvent. Une lettre potentiellement explosive, envoyée par un potentat étranger, a été volée la veille au soir dans la valise officielle du secrétaire.

Moi, je lui collerait un C4 (licenciement) à ce secrétaire imbécile qui n’a pas su empêcher qu’on lui vole une lettre dans sa valise.

L’expéditeur de la lettre n’est pas nommé… Non, ce n’est pas un remake du « Scandale en Bohème », ce  n’était pas une photo compromettante ou une lettre d’amûr enflammé.

Si on connaissait la date de cette aventure, on pourrait vérifier si le terrible petit-fils de la reine Victoria, le kaiser Guillaume II…

Vous connaissez Holmes, au vu de ce qu’on vient de lui dire, directement il soupçonne la meuf à Trelawnay Hope et il lui demande si elle connaissait l’existence de la lettre.

Shocking premier Sinistre qui dit que son secrétaire a un sens trop élevé du devoir que pour parler des secrets d’états avec sa douce moitié…

Ok, Holmes interroge donc sur les circonstances du vol et sur le contenu de la lettre.

Trelawney Hope allait répondre quand le vieux crouton de Premier Sinistre lui coupe la parole (une expression de surprise déçue passe sur le visage de Holmes) et commence à lui décrire la lettre physiquement, tourne autour du pot et lui parle de la récompense qu’il pourra choisir, mais ne donne en rien des indications sur son contenu, croyant arriver à mystifier Holmes.

Mauvaise idée ! Holmes lui déclare alors qu’il ne peut se charger de l’affaire et qu’étant, comme ses visiteurs, fort occupé, il ne peut perdre son temps en conversations inutiles.

« Casse-toi, pauvre con » aurait dit un autre homme… Sherlock les a enrobés de miel, bien entendu, IL est bien élevé,lui… Holmes se contente de refuser, en termes courtois et indirects, de se charger de l’affaire.

Il est clair qu’il parodie l’hypocrisie du langage diplomatique, et l’acteur poursuit en ce sens
en affectant une douceur souriante, ainsi qu’une compassion infinie et respectueuse pour les deux hommes d’état surmenés. Mais le fait qu’il se lève et leur tourne le dos donne à ses propos une connotation ironique insolente.

Le ministre, offusqué, fait mine de sortir, puis se ravise et rend les armes. Personne ne résiste à Sherlock…

Cette missive a été écrite par un souverain qui est exaspéré par l’expansion coloniale britannique et son style est si offensant que, si elle était divulguée, elle enflammerait l’opinion publique anglaise. Une guerre coûteuse en argent et en hommes serait inévitable, et aucun des deux pays n’a envie de ça !

Putain, sont vite choqués, ces Anglais ! Aller faire une guerre pour quelques mots ou quelques noms d’oiseaux, c’est fort de café et de mojitos !

On leur dirait bien « Faites l’amour et pas la guerre » mais c’est sans compter sur les multiples ennemis ! Eux gagneraient de cette divulgation de missive et la bisbrouille qui naîtrait car l’Europe se partagerait en deux coalitions…

Et nous savons qu’à cette époque là, la poudrière des Balkans était déjà ZE point noir, donc, la moindre chose pouvait tout faire péter.

Cette aventure, si elle est policière, parle aussi pour la première fois dans la série d’espionnage et présente un tableau politique de l’Europe où la Grande-Bretagne tient un rôle déterminant.

Les répliques de Premier Ministre sont pertinentes et fermes, celles de Holmes courtes, précises et directes. Pour Holmes, la lettre doit déjà être loin et on doit se préparer à la guerre puisque ce bout de papier peut en déclencher une.

Holmes étant asocial et anticonformiste, il s’intéresse assez peu à la toute-puissante Grande-Bretagne.

Seul l’intérêt de l’affaire le motive.

Il a acquis une réputation qui lui permet non seulement de voir le premier ministre recourir à ses services en se déplaçant en personne chez lui, mais aussi de lui imposer ses volontés (son refus catégorique au début) et de refuser de lui indiquer la façon dont il a procédé à la fin.

Une autre scène importante, c’est celle qui suit l’achat de Watson du journal qui parle du meurtre de Westminster…

Holmes lui donne les trois noms des espions qui auraient pu tremper dans cette affaire de vol de lettre : Oberstein, La Rothiere ou Eduardo Lucas, et que le coupable va chercher à vendre la lettre au plus offrant.

Il sait que la situation est grave et même désespérée. Holmes est même prêt à racheter la lettre à n’importe quel prix, même si cela donnera une hausse des impôts (voilà pourquoi les vôtres et les nôtres ont augmenté ces derniers temps… une lettre compromettante sans aucun doute !).

Si dans le canon, l’auteur laissait à Holmes le temps de lire le journal, ici, il n’en est rien !

Allez hop, seconde visite : Lady Hilda Trelawney Hope est annoncée au 221B. Oui, la femme du sous-secrétaire du même nom, celui qui n’a plus retrouvé la lettre là où il l’avait mise (comme celui du « Traité Naval » qui s’était fait aussi voler son papelard !).

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Le but de Lady Hilda est de savoir ce que son mari risque après la perte de cette missive et aussi ce que leur Perfide Albion risque ! Et comme lui aurait répondu De Funès « You risk énormément » ou « I risk encore plus ».

Tandis que Watson se pâme devant sa beauté, Holmes, lui, reste de bois et se méfie de la grognasse comme de la peste, surtout qu’elle s’est mise à contre-jour pour qu’il ait plus de mal à détecter son extrême nervosité.

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Non, non, non, il ne lui dira rien et arrêtera même Watson d’un geste car lui, il allait tout balancer à la belle poitrine bien roulée !

Oh, le sourire sceptique qui s’affiche sur le visage de Holmes quand la Lady lui dit que son unique mobile est le désir de partager les inquiétudes de son mari, et quelle grimace ironique il nous gratifie lorsqu’elle lui répète qu’elle compte sur sa discrétion absolue.

Par ces quelques mimiques, l’acteur en dit des volumes sur la misogynie de son personnage.

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Ce que j’aime dans cette scène, c’est la tirade de Holmes sur les mystères de l’âme féminine…

— Le beau sexe est votre rayon, Watson…

Les propos de Holmes sur les femmes « leurs actions les plus banales peuvent se rapporter à quelque chose de très grave » sont ici de circonstance.

Mais malgré sa misogynie, il se montre indulgent et secourable.

Puis le fait qu’il fasse un demi-tour rapide dans le couloir lorsque Watson, lisant le journal, lui apprend le meurtre d’un des trois espions cités plus haut : Lucas.

On a même arrêté son valet, Holmes là vu !

Non, ça bouge moins, dans cet épisode !

Pour nos compères, commence la longue et pénible attente des faits nouveaux. On suggère l’interminable écoulement du temps par l’accumulation progressive des journaux sur la table, des mégots dans le cendrier, de la fumée dans l’atmosphère, et la vision répétée du balancier de la pendule…

Holmes, dévoré d’impatience, arpente sans relâche le salon et bois du thé présenté par madame Hudson.

Enfin les deux amis apprennent dans le journal (dans le canon, c’était grâce à Lestrade), que Lucas a été assassiné par son épouse créole, une malade mentale folle de jalousie.

Holmes n’attache pas au meurtre d’importance cruciale.

Ce qui l’obsède et le tourmente est le fait qu’aucune conséquence n’a suivi la disparition de la lettre.

Bordel de dieu, on vole une lettre qui pourrait foutre le feu à l’Europe si elle était divulguée et rien de ne se passe ! Pas été mise en circulation ? Oukellè alors ?

Tiens, dans cet épisode, il y a une scène drôle qui ne se trouve pas dans la canon.

Holmes discute avec Watson, lui dit que cette affaire est ardue, mais que s’il la résout, elle sera le couronnement de sa carrière !

À cette tirade (qui elle, est intégralement fidèle au texte de Conan Doyle), le réalisateur lui donne une chute de son cru : tout à l’idée de sa gloire future, Holmes allume sa pipe et jette derrière lui son allumette enflammée…

Et les journaux entassés le dossier de la chaise s’embrasent !

On pourrait penser que l’intrigue est à zéro et que tout est bloqué quand un nouvel élan est donné par la révélation de la deuxième tache dans une scène très efficace.

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Nos deux amis ont rejoint Lestrade sur les lieux du crime (celui de Lucas) et le policier montre ensuite au détective la tache de sang qui a profondément imprégné le tapis et qui, bizarrement, ne correspond pas à celle laissée sur le plancher.

Holmes a déjà compris qu’il suffit de faire tourner le tapis dans le sens contraire des aiguilles d’une montre pour que les deux taches coïncident. On a donc déplacé le tapis. Mais qui, et pourquoi ?

Durant ce moment, Holmes ne bronche pas, hausse-t-il juste un sourcil pour nous indiquer que lui, il a une idée du pourquoi du comment le tapis a été déplacé.

Ici, LA scène d’anthologie c’est celle où Holmes, après avoir vu la deuxième tache, fait sortir Lestrade par ruse pour pouvoir fouiller seul, le lieu du crime.

En un éclair, il se précipite par terre et gratte frénétiquement le parquet tel un Jack Russel devant un terrier et trouve ce qu’il cherchait.

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Juste à temps ! À son retour, Lestrade retrouve un Holmes imperturbable, dans la même position, comme si rien ne c’était passé.

L’inspecteur est bien loin d’imaginer l’agitation qui a régné dans la pièce en son absence et que l’énigme a été résolue.

Holmes va alors jouer au rusé renard pour trouver ce qu’il devait trouver, confondre la personne qui a subtilisé la lettre et le remettre afin qu’elle ne soit pas accusée. Pourtant, la personne n’était pas disposée à la lui remettre, cette foutue lettre !

— Vous pensez, Monsieur, que si ce document n’est pas recouvré, ce sera la guerre ? Alors, préparez-vous pour la guerre.

Le tout par un tour de passe-passe qui éveillera les soupçons du vieux Ministre, mais bon, Holmes a ses secrets diplomatiques lui aussi !

L’adaptation y ajoute le bond joyeux de Holmes et son cri de triomphe. Car Holmes a restauré la sérénité du gouvernement, et sauvegardé le bonheur d’un jeune couple.

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Finalement la clé de l’énigme est moins étonnante que dans d’autres des aventures, puisque à partir d’une affaire politique de portée mondiale, on découvre une simple affaire privée de lettre volée, à priori assez banale.

Il n’y avait pas 36.000 personnes qui pouvaient la voler, cette lettre !

Cet épisode est assez calme, on penserait même qu’il ne va rien se passer. La seule scène d’action étant le meurtre d’Eduardo Lucas…

Pour autant, on est pas dans un épisode de Derrick parce que le scénario est vif, bien construit, fidèle (à peu de choses près) à l’original et l’interprétation des personnages est toujours juste.

Sa réussite s’obtient par des situations drôles, des dialogues saupoudrés d’humour, une série de chassés croisés générant animation et suspens et on y découvre un Holmes plus expressif, plus enclin à montrer ses réactions.

Le dénouement est aussi amusant qu’osé, car Holmes va jusqu’à faire croire qu’il n’y a pas eu de vol.

Dans cette histoire, la réalité n’est pas du tout ce que l’on croit. Et bien sûr, on assiste à la capacité de déduction d’un esprit sagace, qui observe avec minutie et à la vivacité d’un détective toujours aussi vif et ardent.

Pour une après-midi de tranquillité !

Anecdotes : L’ensemble de l’épisode a pu être tourné à Londres, où tous les signes de la modernité ont été effacés, il a « simplement » suffit d’enlever les voitures et de cacher les marquages au sol à l’aide de feuilles mortes. Mais pour raisons de sécurité, l’équipe ne put pas tourner dans le vrai Downing Street.

Étoile 3,5

Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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