L’Empreinte : Alexandria Marzano-Lesnevich

Titre : L’Empreinte

Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Édition : Sonatine (24/01/2019)
Édition Originale : The Fact of a Body (2017)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort.

Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions.

Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté.

Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis.

Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme « Making a Murderer », ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine.

Aussi troublant que déchirant.

Critique :
Lorsque j’apprends qu’un enfant a été victime d’un pédophile ou d’un meurtrier (ou les deux combinés), mon sentiment premier est de lui souhaiter la prison à vie et je ne dois pas être la seule…

Mais que se passe-t-il lorsqu’on enquête sur ce crime horrible et que l’on découvre que la vie n’a jamais fait de cadeau à ce meurtrier de la pire espèce ?

Non pas une vie à faire pleurer dans les chaumières, je ne suis pas son avocate de la défense !

Si ces faits ne lui accordent pas l’indulgence du jury et le pardon de la société, ils tendent tout de même à nous dresser un autre portrait de l’assassin… Notre jugement changera-t-il ou pas ? Lui accorderons-nous le fait qu’il n’est pas tout à fait responsable de cette vie qu’il a cueillie de manière abjecte ?

Non, je ne vous demande de me répondre en 3h, je vous donne juste le fond de ma pensée et le fait que l’enquête de l’auteure et avocate (Alexandria Marzano-Lesnevich) m’a poussé à cette réflexion parce que j’ai découvert la vie de merde qu’à eu Ricky Langley. Même si je ne l’excuse pas.

Voilà un roman qui n’est pas facile à lire car on est face à un crime horrible, celui d’un enfant. Doublé d’une possibilité d’abus sexuel sur l’enfant, sans que l’on sache à 100% si ce fut avant ou après son assassinat ou si abus il y a eu par le meurtrier.

L’auteure a fait un véritable travail de fourmi, de forçat, pour arriver à nous livrer un récit expurgé du superflu mais en faisant des parallèles avec sa propre vie et des abus dont elle fut la victime.

Bizarrement, j’ai ressenti plus d’empathie pour Ricky Langley que pour le grand-père de l’auteure car Ricky savait qu’il était malade, il a tenté plusieurs fois de se faire soigner, interner, a demandé qu’on ne le libère jamais, là où le grand-père n’a eu aucun remords d’avoir eu des rapports avec deux de ses petites filles. Comme quoi le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit…

Ce roman est comme « De sang-froid » de Truman Capote : une enquête sur une affaire criminelle, le tout raconté de manière romancée car l’auteure a dû imaginer des dialogues ou des situations, n’ayant pas accès aux pensées des gens.

Et heureusement que le tout est romancé car la lectures des kilos de dossiers et des kilomètres de blablas judiciaire auraient été indigeste et c’est Alexandria Marzano-Lesnevich qui les a bouffé pour nous les régurgiter expurgés des choses inutiles.

C’est assez subtil, mais malgré le crime commis, l’auteure n’est pas pour la peine de mort, elle est même contre, même si son jugement évoluera au fil des pages en voyant son grand-père dans Ricky, c’est aussi un roman qui parle de rédemption et d’une chose qui devrait être impossible : la mère de l’enfant assassinée qui ne souhaite pas que le meurtrier de son fils soit exécuté.

C’est puissant, une sorte de vague qui t’emporte et qui te ramène ensuite sur la plage, sans que tu saches vraiment comment tu t’appelles et il m’a fallu plusieurs jours pour pondre une chronique tant j’avais été tourmentée par ma lecture et que mes questions sans réponses m’avaient tourneboulées.

On a beau avoir une opinion précise sur la peine de mort, elle peut changer si l’on est touché de plein fouet par une affaire ou si on fait un parallèle avec ses propres souffrances, comme c’est le cas ici pour l’auteure qui a dû vivre avec ça puisque ses parents avaient mis une chape de plomb sur les agissements de son grand-père, comme si ceux-ci n’avaient pas existé.

Un roman puissant, fort, émouvant, dérangeant, angoissant et des certitudes qui ont tendance à chavirer, à être mise à mal une fois que l’on suit le récit de la vie merdique qui fut celle de Ricky. Au moment où j’écris cette chronique, je n’ai toujours pas trancher et je pense que je n’y arriverai jamais.

Un putain de roman qui mêle un crime réel à la vie de l’auteure qui, tout en cherchant à éclairer cette affaire, a cherché des réponses à ses questions et nous a livré son récit avec passion, mettant à nu ses fêlures, sa fragilité et son impossibilité à vivre en couple, du moins, avec certaines personnes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01] : Dror Mishani

Titre : Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01]

Auteur : Dror Mishani
Édition : Seuil (2014) / Points Policier (2015/2018)
Édition Originale : Tik N’Edar (2011)
Traducteur : Laurence Sendrowicz

Résumé :
Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait.

Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District.

Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Critique :
La littérature me fait voyager beaucoup, mais je n’avais encore jamais mis les pieds en Israël, hormis en lisant la Bible, c’est vous dire si ça fait un sacré bail !

Le dépaysement n’a pas été trop difficile, la seule chose qui me fasse sans cesse repenser que j’étais en Israël était le fait qu’ils soient en congé le samedi et que la semaine commence le dimanche, sinon, on ne peut pas dire que j’ai vraiment découvert le pays.

Pire, Avi Avraham est venu à Bruxelles durant son enquête, alors là, pour le dépaysement, on repassera, je me suis tapée la Grand-Place, la rue du Midi, le bar joyeux de l’Homo Erectus et autres endroits connus.

Malgré tout, c’était une sacré découverte que ce commandant de police un peu lymphatique qui pense que les crimes spectaculaires, c’est bon pour la littérature, que la plupart des résolutions des polars sont fausses et qu’en plus, en Israël, on n’a même pas de littérature policière tant les crimes sont simples à résoudre.

— Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? lui demanda-t-il soudain.
— Pardon ?
— Oui, pourquoi ? Pourquoi, chez nous, on n’écrit pas de romans comme ceux d’Agatha Christie ou comme La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
— Je ne m’y connais pas tellement en livres.
— Eh bien, je vais vous dire pourquoi. Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c’est une question de statistiques.

Raté mon pote ! Partant d’un mauvais pied, notre commandant ne va pas donner de l’importance à cette disparition et tout le reste de l’enquête, il sera à côté de la plaque, se disant qu’il a raté quelque chose, mais quoi ?

Avi Avraham n’est pas vraiment un personnage de littérature que l’on appréciera du premier coup, on est loin du commissaire Kostas Charitos qui éveille moult sympathies et durant tout le roman, aucun personnage ne viendra me titiller l’empathie ou la sympathie.

Pourtant, ce roman a de la puissance dans ses pages, dans la manière dont l’enquête progresse (du sur place !), dans la manière dont les différents interagissent entre eux et si je ne devais n’en retenir qu’un seul, ce serait le prof d’anglais, Zeev Avni, un être tourmenté, qui se cherche, qui a un passé trouble, d’après les petites infos qui filtrent ou du moins, il semble donner cette idée de par son comportement.

Voilà un personnage secondaire (Zeev) qui devient quasi plus important que le principal, notre commandant dont le prénom est le même que son nom de famille, comme si ses parents avaient bu en le déclarant ou n’avait pas fait preuve d’intelligence sur ce coup là. Avraham Avraham, j’vous d’mande un peu !

Mais revenons à nos moutons, ou à notre ado disparu, sans argent, sans papiers, sans vêtements de rechange et une mère qui est désemparée mais un peu à l’ouest elle aussi…

Des tas de résolutions tournaient dans ma tête, dont une me plaisait bien, une dont j’étais sûre que c’était la bonne… RATÉ ! Loupé royalement et j’ai terminé sur mon cul, avec le dégoût au bord des lèvres, l’envie de vomir…

L’auteur a réussi à me tenir en haleine avec un rythme qui n’a rien de trépidant, juste avec ses personnages hors norme, énigmatiques, qui ne se comportent pas comme on a l’habitude de la voir et avec une résolution d’enquête qui a tout du génie niveau piège tendu.

Un final inattendu, et qui, comme le célèbre Kiss Cool, possède un double effet, un double uppercut, parce que un, ce n’était pas suffisant, ce qui fait que je me suis retrouvée à la fin de mon roman avec la bouche ouverte en cul de poule et ne sachant pas trop à quel saint me vouer pour obtenir le fin mot de l’histoire, bien que je suspecte fort que ma compatriote venue de Bruxelles en vacances nous a donné le fin mot de  l’histoire.

Un roman policier que j’ai pris plaisir à découvrir car il était différent de ceux que j’ai lu, mais pas garanti que je reviendrai au commandant Avraham Avraham car j’en ai encore bien d’autres à découvrir.

PS : un roman que ma copinaute de Lc, Rachel, n’a pas apprécié et qu’elle ne chroniquera pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec nos quelques LC, mais nous ne sommes jamais raccord ! mdr 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Sherlock Lupin & moi – Tome 6 – Les ombres de la Seine : Irene Adler

Titre : Sherlock Lupin & moi – Tome 6 – Les ombres de la Seine

Auteur : Irene Adler
Édition : Albin Michel Jeunesse (02/01/2019)
Édition Originale : Sherlock, Lupin & Io – Le ombre della Senna (2014)
Traducteur : Béatrice Didiot

Résumé :
Automne 1871. La guerre contre la Prusse est enfin finie, et Irene et sa famille retrouvent avec bonheur leur appartement parisien.

Évidemment, c’est aussi l’occasion pour la jeune fille de retrouver ses deux acolytes, Arsène Lupin et Sherlock Holmes. Le trio d’enquêteurs se reforme vite, un nouveau mystère les attend.

Le cousin d’Arsène, Fabien d’Andrésy vient de se volatiliser, après, semble-t-il, une sortie dans les bas-fonds parisiens.

Essayant de glaner quelques informations dans une taverne mal famée, les trois amis se retrouvent au cœur d’une guerre entre bandes rivales.

Les retrouvailles promettent d’être mouvementées !

Critique :
Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré !

Non, nous ne sommes pas à la fin de la Seconde Guerre Mondiale mais à la fin de celle qui laissait présager que ce ne serait pas fini, niveau contentieux, entre la France et l’Allemagne et que les matchs retours seront sanglants et meurtriers.

Nous sommes en 1971 et les casques à pointes ont gagné la guerre Franco-Allemande (ou franco-prussienne), l’annexion de l’Alsace-Moselle ne sera pas au menu de cette enquête de notre jeune trio, mais on se consolera en descendant dans les bas-fonds parisiens.

Ça me change de mes traditionnels bas-fonds londoniens que j’ai arpenté en long et en large (et malgré tout, je n’ai pas tout vu) et ça me change aussi du Paris traditionnel que je visite car ce genre de quartiers, je n’y mets pas les pieds, sauf accompagnée de Sherlock, Lupin et Irene, bien entendu.

On a beau être dans de la littérature jeunesse, on ne prend pas les jeunes lecteurs pour des cruches, dans ses pages, et on ne leur épargne pas la vérité non plus : la pauvreté, la misère, les mendiants qu’on a éclopés pour qu’ils rapportent plus, c’est une réalité à laquelle le jeune lecteur va être confronté.

En ces temps-là, il y avait déjà des gens riches qui aidaient les plus démunis, mais quand bien même on irait éplucher les patates pour la soupe populaire comme nos trois amis, au soir, tel Jack London et eux, nous rentrerions dans nos maisons douillettes pour manger plus qu’à notre faim, là où d’autres dormiront à la belle étoile ou sous les ponts de Paris.

Parlons-en des dessous des ponts de Paris ! Faudra que je vérifie si le système est toujours en place sous le pont d’Austerlitz (morne plaine)…

Ce sixième tome prend son temps pour s’installer, nous berce d’une douce langueur avant de nous jeter dans la Seine ainsi que dans les ruelles tortueuses fréquentées par la pègre. Cours, Irene, cours !

Un tome bien plus sombre que les premiers, bien plus mature aussi, avec un final qui m’a laissé sur le cul tant il était inattendu dans tous les sens du terme : on est dans de la littérature jeunesse et même s’il y avait des indices dans le texte d’Irene, j’étais loin de m’imaginer pareille fin du roman. Violent.

Non, on n’épargne plus les jeunes de nos jours et c’est tant mieux…

Une série qui continue de m’enchanter, un trio qui devient plus mature, des questions qu’Irene se pose sur l’amour que lui porte ses deux amis et des aventures toujours plus palpitantes, comme on en aurait rêvé de vivre à leur âge.

Retrouvailles à Strasbourg : Roger Seiter

Titre : Retrouvailles à Strasbourg

Auteur : Roger Seiter
Édition : Le Verger – Les enquêtes rhénanes (2016)

Résumé :
Bruxelles, 1891. Pour échapper au professeur Moriarty qui a juré leur perte, Sherlock Holmes et le docteur Watson sautent dans le premier train en partance – celui de Strasbourg. Ils y retrouveront une vieille connaissance…

Roger Seiter utilise ici le point de départ du Dernier problème de Sir Arthur Conan Doyle pour expliquer à sa manière le « Grand hiatus », cette période sombre de la vie de Holmes entre sa mort officielle dans les chutes du Reichenbach et sa réapparition miraculeuse.

Après avoir rencontré un beau succès avec cette histoire originale sous forme de bande dessinée, le scénariste Roger Seiter nous propose une expérience rarement tentée? : novéliser un album de BD. Il en résulte un récit très vivant, débordant d’action.

En véritable roman, Retrouvailles à Strasbourg donne la part belle aux personnages, explore leur passé, et prend le temps de l’émotion.

Critique :
Lorsque je veux me vider l’esprit après une lecture trop éprouvante, trop dure, j’essaie toujours de choisir un roman qui va me détendre, n’emmener dans une histoire intéressante et surtout plus calme émotionnellement.

Cet apocryphe holmésien traînait depuis trop longtemps sur ma PAL et c’était le bon moment pour l’en sortir.

L’histoire, je la connaissais, ayant lu la bédé « Retrouvailles à Strasbourg » mais sa novélisation est bien plus complète au niveau des émotions ressenties par Holmes…

Sans tomber dans ma mièvrerie ou la bluette d’adolescent, l’auteur ajoute quelques troubles à la machine à penser qu’est Holmes, lorsqu’il recroise la route de LA femme, celle qui lui damna le pion et dont il fut le témoin de mariage à son insu.

Et là, alors qu’il a fui Londres avec le brave Watson et que Holmes a déjà été victime de tentatives de Mort Subite à Bruxelles, une fois, les voilà qu’ils filent dans la ville de Strasbourg où là aussi Holmes est victime de la pègre locale et Watson enlevé.

Alors qu’il ne sait pas encore très bien à quel saint il va se vouer pour retrouver Watson, le voici face à l’opulente poitrine de la belle cantatrice : Irene Adler, LA femme, THE woman. On change de sein…

Reprenons depuis le début pour comprendre pourquoi on en est arrivé là (les distraits du fond qui ne suivent pas) : Holmes a passablement énervé le triste sire Moriarty en lui collant ses sbires à l’ombre et aux frais du contribuable (ou de sa Majesté ??) et ce dernier est comme un buffle rendu agressif par une guêpe qui lui aurait piqué les bijoux de famille.

Alors, notre Moriarty a délégué à d’autres salopards, un peu partout (sa petite entreprise ne connaît pas la crise) pour faire la peau à Holmes et l’accrocher au-dessus de sa cheminée, mais puisqu’on ne peut plus compter sur le petit personnel, qu’il soit bruxellois ou strasbourgeois, le professeur va devoir aller faire le job lui même.

Sa maman lui ayant dit qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, notre sale type va poursuivre Holmes pour aller le balancer dans les chutes du Reichenbach à Meiringen, Suisse.

Tout le monde sait que Holmes, tel Jésus, reviendra d’entre les morts, mais moins rapidement puisqu’il lui faudra 3 ans (et pas 3 jours)…

La fuite de Holmes comme nous ne l’avions jamais vraiment eu en détail, Conan Doyle se contentant de nous donner les villes traversées et oui, il est passé par la mienne !

Roger Seiter nous offre un « Dernier Problème » tel que j’eusse aimé l’avoir, avec des émotions, de l’action, des mystères, une enquête, des déguisements, de la ruse et quelques rougeurs devant la croupe incendiaire d’une Irene impudique qui se désape derrière un paravent mais avec un miroir derrière elle…

C’est frais, c’est enjoué, c’est enlevé, on passe du bon temps, on ne s’embête pas, on retrouve des personnages que l’on aime et dans un autre contexte, sans pour autant virer à la guimauve de bas étage ou à la romance version Harlequin.

Ok, je sais pertinemment bien que pour certain(e)s puristes, Holmes troublé par une femme, c’est déjà une crime de lèche-majesté, mais moi, ça ne me dérange absolument pas !

Mon seul bémol sera pour l’utilisation un peu trop radine de Watson, le pauvre étant fameusement en retrait par rapport aux autres personnages, d’ailleurs, il n’est même pas le narrateur de l’aventure, mais là, ça ne m’a pas dérangé que l’on passe à des narrateurs multiples.

Pour le reste, l’enquête est logique mais ne révolutionnera pas le genre policier. Malgré tout, elle est correcte et de bonne facture.

Et puis, l’auteur se permet de changer un détail à la fin, lorsque Holmes sort du ravin et ça rajoute du piquant au final car là, toutes les supputations sont ouvertes, et avec moi, ça vire vite au cochon !

Dommage que ce roman soit le seul et qu’il n’y ait pas une suite (il y en a une à la version bédé : Sherlock Holmes – Tome 3 – Sherlock Holmes et l’Énigme du Jodhpur de Manunta & Seiter).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

La vérité sur l’affaire Harry Quebert : Joël Dicker [LC avec Bianca]

Titre : La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Saga Marcus Goldman 1

Auteur : Joël Dicker
Édition : de Fallois (19/09/2012)

Résumé :
À New York, au printemps 2008, lorsque l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente: il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.

Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces.

Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

Critique :
Ben non, je n’avais pas encore lu ce roman qui a été plébiscité partout et obtenue de nombreux prix ! Moi, une fois que l’on parle trop d’un roman, j’ai tendance à le fuir et à revenir vers lui une fois l’agitation retombée.

C’est donc avec quelques années de retard et grâce à une LC avec Bianca, que je me suis enfin penchée sur ce roman.

Par contre, ce qu’il ne faut jamais faire, avant d’entamer un roman, c’est aller lire les chroniques de ses petits camarades Babéliottes !

Soit ils encensent le livre et on s’attend à tomber sur du tout bon et on peut finir déçu(e)…

Ou alors, on lit les trois premières chroniques et bardaf, ce sont celles qui descendent le roman et là, après avoir bien rigolé en les lisant, on n’a vraiment plus envie de commencer la lecture ! Si vous voulez, j’ai les noms des membres qui m’ont bien fait rire avec leurs chroniques virulentes, drôles et étayées.

Alors, docteur, le verdict ? Vais-je me retrouver dans le camp de ceux qui ont aimé ou de ceux qui l’ont descendu en flèche ?

Dans le camp de ceux qui ont apprécié car je m’attendais à mourir d’ennui (faut meubler les 857 pages) ou à soupirer d’emmerdement et rien de tout ça, malgré quelques petits bémols que je vais souligner plus bas.

Je me suis attachée aux personnages principaux, même à des autres, moins mis en avant, j’ai suivi avec passion l’enquête de Marcus Goldman, m’exclamant à chaque retournement de situation et, tout comme lui et l’inspecteur Gahalowood, j’ai suspecté tout le monde.

À noter que ma première brillante idée était la bonne, mais je l’avais mise sur le côté car je ne trouvais pas le mobile ni le « comment », quand à mes suspicions suivantes, on va les oublier car foireuses !

L’auteur a réussi à ne jamais faire baisser la tension, ou du moins, juste un peu la calmer, l’agencement du roman était fait d’une manière qui mélangeait les retours dans le passé et ceux du présent, sans pour autant lui donner des airs de foutoir et la résolution de l’intrigue était bien tarabiscotée, mais tout à fait réaliste et logique.

Mes bémols, maintenant… La mère de Marcus, véritable mère juive dans toute sa caricature était un peu lourde alors que le père de Marcus est sans couilles, quant à Tamara, la patronne du Clark’s, mère de la pauvre Jenny et épouse du pauvre Bobo avait tout d’un généralissime de dictature. C’est un peu lourd sur la distance.

— Markie chéri, écoute, je dois te demander : es-tu amoureux de ce Harry ? Fais-tu de l’homosexualité avec lui ?
— Non ! Pas du tout ! […] Tu me demandes si je suis homosexuel ? non ! Et même si c’était le cas, il n’y aurait rien de mal à ça. Mais j’aime les femmes, Maman.
— Les femmes ? Comment ça, les femmes ? Contente-toi d’en aimer une, veux-tu ! Les femmes ! Tu n’es pas capable d’être fidèle, c’est ça que tu essaies de me dire ? Es-tu un obsédé sexuel, Markie ? Veux-tu aller chez un docteur psychiatre pour te faire faire des soins mentaux ?

Maintenant, passons à l’histoire d’amûr entre Harry Quebert (avait la tête du docteur Mamour alors que je n’avais pas encore visionné la série), 34 ans, et Nola, 15 ans… Là, ça coince un peu car leurs dialogues manquaient de passion : je les ai trouvé plats, nunuches, niais.

Lorsqu’on aime, à 15 ans, certes, on est folle, on ne réfléchit pas, on est passionnée, on a le sang qui bout (parfois le contraire), bref, c’est sulfureux ! On veut du sexe et si nos paroles sont débiles, elles sont en tout cas plus passionnées que celles de Nola et Harry. Là, c’était aussi plat que la poitrine de Birkin (et encore, la poitrine à Birkin a plus de relief que leurs dialogues).

De ce que je me souviens, on n’en était pas à dire des « chéri » ni à se comporter avec lui comme une maman avec son fiston ou une épouse fidèle et aimante qui soigne son n’époux aux petits oignons…

Un peu moins de pudibonderie, que diable ! L’Amérique aime le sexe (la pipe présidentielle !) et les auteurs Suisses ne doivent pas mettre le sexe dans un coffre-fort à la banque !

Par contre, l’auteur a bien cerné le fait que la moindre anicroche nous rend tellement déprimée qu’on a envie d’aller s’asseoir sur la berge du ravin (cadeau), prêtes à faire le grand saut car rien ne va dans notre histoire d’amour. Nous sommes ainsi, nous, les filles, lorsque nous sommes follement amoureuse à 15 ans (avec le recul, j’ai honte de mes vieux amours de jeunesse).

Autre truc énervant au possible, c’est la répétition de certains phrases, comme « C’est compliqué » ! Bordel de nom de dieu, à croire que tous les personnages de ce roman n’avaient que ça à la bouche lorsqu’on essayait de les aider à sortir de leur merde !

— C’est compliqué, Marcus.
— Mais je suis là pour comprendre..
— C’est trop compliqué…

Si j’avais eu 5€ à chaque « C’est compliqué » ou à chaque « Nola, Nola chérie », « N-O-L-A » et « Harry, Harry chéri », j’aurais eu de quoi m’offrir un looong week-end en amoureux à la côte d’Opale, tiens. Ça, ça m’a gonflé à mort, mais bon…

De plus, certains phrases étaient indignes d’un auteur, ou alors, les correcteurs étaient en grève à ce moment là.

Et dernier bémol, et non des moindre : l’auteur n’aurait jamais dû nous donner des extraits du fameux livre « Les origines du mal » car s’il est dit dans le roman que c’est un chef-d’œuvre digne de figurer au panthéon des grands romans et Harry Quebert avec les plus grands des auteurs américains, la prose qu’on nous donne en extrait ressemble plus à du Harlequin retravaillé qu’à autre chose. Dommage.

Ma chérie, vous me manquerez. Vous me manquerez tant. Mes yeux pleurent. Tout brûle en moi. Nous ne nous reverrons plus jamais ; vous me manquerez tant. 

J’ajouterai aussi les quelques phrases qui ont tout de la philosophie de comptoir ou de celle qu’on a pas besoin de nous écrire car nous nous en doutions déjà…

« L’amour c’est très compliqué.  C’est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L’amour ça peut faire très mal »

Le seul à savoir si Dieu existe ou n’existe pas, c’est Dieu lui-même.

Alors là, vous êtes en train de vous dire « bon sang, mais tout ces bémols, ça fout pas un peu le tout en l’air ?? » En tout cas, ça me met le cul entre deux chaises pour la cotation !

Le point positif de ce livre, est l’enquête policière menée par l’écrivain Markus Goldman et qui nous entraîne dans tous les petits secrets pas nets des habitants de la ville de Aurora, ceux qui ont l’air de laver plus blanc que blanc et qui, dans le fond, sont sombres à l’intérieur.

Additionnons à cela les multiples fausses-pistes, les secrets découverts sur le tard, les annonces fracassantes de certains et vous comprendrez qu’en tant que lecteur, vous aurez l’impression d’être sur un ring de boxe et de vous prendre des coups de plus en plus violents sur tout le corps.

Sans oublier le final qui vous laissera sur le cul – ou K.O – parce que si ma première hypothèse était la bonne, jamais je n’aurais soupçonné autant de ramifications, autant de mystifications, et à ce niveau, l’auteur a bien fait le job. Là, il mériterait un 4,5/5.

Mais les dialogues mièvres, les redondances du « c’est compliqué », la philo à deux balles et cerise sur le gâteau, l’histoire d’amour fadasse entre N-O-L-A chérie et Harry chéri qui ne fait pas rêver, va lui faire perdre de nombreux points et finir avec un 2,5/5.

En additionnant les deux cotes, on obtient un 7/10 ou un 3,5/5, ce qui fait chuter la moyenne de l’année et positionne l’élève Dicker sur la sellette.

Malgré tout, je ne regrette pas cette LC avec Bianca car je m’attendais à me faire chier royalement et j’ai trouvé cette lecture addictive et une solution recherchée et pas simple du tout à voir venir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
Suite au décès prématuré d’un prisonnier confédéré appartenant à un petit groupe d’indiens cherokee, le jeune lieutenant Blueberry se retrouve bien malgré lui sur la piste d’un étrange envoyé de la banque Rothschild qui a mystérieusement disparu.

Alors qu’à Washington d’étranges accords se nouent sous la férule d’Alan Pinkerton, il se lance dans une folle aventure au péril de sa vie.

Premier tome d’un nouveau diptyque signé de main de maître par François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont.

Critique :
L’album commence fort avec le massacre d’une patrouille de Nordistes par des Sudistes, embusqués derrière un talus et ça dégomme sec !

Comme toujours, le nerf de la guerre est l’argent et dans ce tome-ci, nous n’avons pas moins qu’un train rempli d’or qui est essentiel à l’effort de guerre, qu’il soit Nordiste ou Sudiste…

Vous n’êtes pas sans savoir que des banques américaines, lors de la Seconde Guerre Mondiale, mangeaient à tous les râteliers et finançaient aussi bien les américains que les allemands, histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, sans doute…

Et dans ce train qui n’est pas le postal Glasgow-Londres, il y a de l’argent en provenance de la banque pour laquelle l’employeur du tabasseur a bossé : Rotschild !

— Car vous n’êtes pas sans savoir que c’est notre banque de Londres qui finance l’effort de guerre nordiste.
— En effet, Monsieur Lewis, en effet, comme je n’ignore point également… que par le plus grand des miracles… pff… c’est votre banque de Paris… qui dans cette guerre… finance les troupes du général Lee…

Et le type disparu est le seul à connaître la combinaison gagnante qui ouvre la boite au trésor…. Chargé de mission ? Blueberry, bien entendu ! Accompagné du sergent Grayson et ils ne seront pas trop de deux pour venir à bout de toutes les chausses-trappes tendues sur leurs parcours.

Véritable petite enquête afin de savoir qui a enlevé l’envoyé de la banque Rotschild, sans oublier le train bourré d’or coincé quelque part, un Allan Pinkerton flirtant avec on ne sait trop quelle ligne et des Indiens en colère pour toutes les saloperies, génocides et autres spoliations de terre dont ils furent victimes par l’Homme Blanc.

Un tome qui pulse, des dessins agréables à regarder, une histoire comme ne l’aurait pas renié le Blueberry adulte sous la plume de ses premiers pères (Giraud et Charlier) car c’est relevé, épicé, sans temps morts et notre jeune bourru mal rasé brille toujours par son inventivité et sa bravoure, sans parler de sa répartie et de sa manière bien à lui de se prendre des coups sur la tête.

Mon seul regret est de ne pas avoir encore mis la main sur la suite et que l’album est parfois un peu obscur, nébuleux et qu’il m’ait fallu plusieurs retours en arrière pour être bien sûre que je n’avais rien raté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Le Meilleur Ennemi de Sherlock Holmes : Martine Ruzé-Moëns

Titre : Le Meilleur Ennemi de Sherlock Holmes

Auteur : Martine Ruzé-Moëns
Édition : Du Net (11/04/2018)

Résumé :
Qui aurait cru que le véritable Sherlock Holmes serait amené à rencontrer, un jour du printemps 1924, Sir Arthur Conan Doyle en personne ?

Cette confrontation donnera le départ à une enquête passionnante aux rebondissements multiples.

Elle va amener le vieux détective à sortir de sa retraite et à reprendre du service. La vie d’une jeune femme est en danger.

Pour la sauver, il va parcourir la Grande Bretagne du Sussex jusqu’à l’Écosse.

Critique :
Qui est le meilleur ennemi de Sherlock Holmes ? Moriarty, seriez-vous tenté de dire… Ben non, Moriarty n’a pas réussi à le tuer.

Par contre, Sir Arthur Conan Doyle, son père littéraire, a tout de même commis un infanticide et il avait prévenu sa mère avant !

Un indice ? Non, ne regardez pas en bas de votre écran, mais sur la couverture du roman qui illustre bien le contenu une fois que l’on commence à le lire.

Un nouveau postulat est posé, je n’y avais jamais pensé, il est original, bien vu, et dit comme ça, on peut justifier bien des choses en utilisant le personnage de Holmes à sa manière à soi.

Entre nous, à force de lire des tas de nouveaux postulats durant mon mois de juin, je ne sais plus comment je m’appelle et je pourrais y perdre mon latin et mon grec.

Cette enquête se déroule lorsque Holmes est âgé, à la retraite et qu’il s’occupe de ses abeilles. Donc, pas de chance, le docteur Watson ne sera pas présent, mais j’ai eu mon compte de petits plaisirs avec Holmes et Mathilde…

Sans révolutionner le roman policier, l’auteure nous propose une disparition mystérieuse et un Holmes enquêtant afin de sauver la jeune fille. Un Holmes vieillissant mais toujours en forme et qui aura plusieurs affaires dans le four.

Mon seul bémol sera pour l’explication finale d’un personnage qui me faisait penser à un gros mensonge tant cette personne n’était pas réaliste dans sa manière d’expliquer. À l’entendre, je pensais dur comme fer qu’elle mentait et racontait des carabistouilles.

Ou alors, c’était un tour pour mieux nous embrouiller…

Anybref, j’ai pris plaisir à suivre Holmes dans son enquête, à découvrir une rencontre improbable entre lui et qui vous savez, sans oublier toutes les petites infos qui parsèment ce roman.

Attention tout de même de ne pas en abuser, ça pourrait vite devenir indigeste pour les néophytes comme pour les érudits. Ici, ça passe, les infos s’insèrent bien dans l’histoire sans coller une indigestion.

Pas de résolution à la Agatha Christie ou à la Thilliez, donc, si c’est ce genre de came que vous recherchez, oubliez ce pastiche…

Mais si vous souhaitez voir Holmes sous un autre jour, sans pour autant être aux antipodes de son personnage originel, si vous voulez découvrir un nouveau postulat qui est novateur (en tout cas, je ne l’ai jamais lu) et suivre une enquête tranquillement, ce roman est fait pour vous, même si je l’ai trouvé en deçà de son précédent « Mon ami Sherlock Holmes ».

Malgré tout, pas de regrets de l’avoir acheté et lu car il en valait la peine pour des tas de petites choses.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Gil Jourdan – Tome 5 – L’enfer de Xique-Xique : Maurice Tillieux

Titre : Gil Jourdan – Tome 5 – L’enfer de Xique-Xique

Scénariste : Maurice Tillieux
Dessinateur : Maurice Tillieux

Édition : Dupuis (1962)

Résumé :
René Cambon se présente à l’agence Gil Jourdan, persuadé que son frère Jean, chercheur dans l’armement aurait été enlevé par la république sud-américaine de Massacara pour le forcer à mettre au point une arme nouvelle.

Sachant que son frère refusera de collaborer, René craint qu’il ne soit en grand danger. Gil accepte de l’aider.

Ils se rendent dans ce pays, mais espionnés depuis Paris, leur arrivée est attendue et un piège leur est tendu pour les condamner au bagne pour espionnage.

Mais Gil Jourdan est déterminé à s’évader, d’autant plus qu’au bagne, il retrouve le fameux Jean Cambon.

Critique :
Si je ne devais garder qu’un seul album de la collection, c’est celui-ci qui aurait tous les honneurs tant il est excellentissime au niveau des dialogues, des jeux de mots, des situations absurdes.

De plus, niveau dépaysement, on est servi puisque Jourdan et Libellule vont aller enquêter dans une petite république bananière d’Amérique du Sud, qui a tout de la dictature.

Évidemment, puisque nous sommes dans de la bédé et que la censure censurait, la dictature est présentée de manière drôle, à la limite de la bouffonnerie, mais si on gratte un peu sous le vernis des éclats de rire et des imbécilités de l’armée, on retrouve ce qui fait la signature d’une dictature.

Fausses preuves, prison au milieu du désert dont on ne s’évade jamais, prisonniers qui sont plus politiques que criminels, gardiens de prison bêtes et méchants, bouffe infâme, travail à la chaine dans des conditions de travail indigne et inhumaine.

Mais pas de panique, les petits enfants peuvent la lire, puisqu’ils la verront au premier degré, eux.

Moi, je ne me suis toujours pas remise du dialogue entre son excellence et son sous-fifre :

— Puisqu’ils savent que nous savons qu’ils savent que nous savons, nous pourrions…
— Ouvrir une savonnerie.
— Une savonnerie, excellence ?
— Avec tous vos savons, ça doit être facile.
— Ahaha, c’est la meilleure de la république !

À chaque relecture, je savoure une fois de plus les bons mots, je les fais rouler sur ma langue, je les déguste lentement et je me marre, une fois de plus !

Bon, les puristes diront que ce que fera Jourdan est impossible, qu’il a eu trop de veine, que tout ça était un peu trop bien goupillé pour être réaliste, mais on s’en fout ! Nous sommes dans de la bédé et les héros ne meurent pas.

Tillieux au sommet de son art niveau dialogues, mais pas de panique, il en gardera sous le coude pour les prochaines, dont « Le gant à trois doigts » et « Le Chinois à deux roues ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois Belge chez Mina et Anna (Avril 2018).

Passé parfait – Les quatre saisons 1 : Leonardo Padura

Titre : Passé parfait – Inspecteur Mario Conde 1 [Les quatre saisons 1]

Auteur : Leonardo Padura
Édition : Points (07/05/2008)
Édition Originale : Pasado perfecto (1991)
Traducteur : Caroline Lepage

Résumé :
La Havane. Hiver 1989. Le lieutenant Mario Conde est chargé d’enquêter sur la mystérieuse disparition du directeur d’une grande entreprise.

Rafael Morin était étudiant avec Mario Conde, il était beau, brillant, et il a épousé Tamara, le grand amour de Mario.

Le lieutenant Conde s’engage dans une double recherche sur son passé et sur le disparu.

Dans ce premier roman de la tétralogie Les Quatre Saisons, Leonardo Padura présente ses personnages : le Vieux, commissaire et grand fumeur de cigares, Carlos El Flaco, l’ami d’enfance, vétéran des guerres d’Angola cloué dans son fauteuil roulant, Josefina la cuisinière qui crée des banquets avec rien, et tout le petit monde d’un quartier populaire de La Havane autour de Mario Conde, le flic amateur de rhum et de littérature, le représentant de la génération « cachée », celle dont la lucidité mesure cruellement les échecs des utopies.

Critique :
Cuba… La Havane, le paradis du cigare (les mauvaises langues diront que Bill Clinton aimait qu’on lui fume le Havane). Cuba, pays de Fidel Castro et pays sous embargo.

Découvrir les enquêtes de l’inspecteur Mario Conde faisait aussi partie de mes petits challenges personnels car j’aime varier mes plaisirs policier et voyager afin de découvrir des endroits moins connus.

La grosse question sera : est-ce que je reviendrai à La Havane ?

Pas sûr… Autant Mario Conde aime la littérature, le rhum et la bonne cuisine, tout comme moi, je ne pense pas que je referai une virée avec lui, ou alors, juste pour lui donner une seconde chance parce que mes impressions après cette lecture sont mitigées.

♫ Quatre consonnes et trois voyelles c’est le prénom de Raphaël, ♪ Je le murmure à mon oreille et chaque lettre m’émerveille, ♫ 

Sorry, mais lorsqu’on entend les gens parler de Rafael, on pense à la chanson de Carla Bruni tant ce type pue le premier de la classe, le mec à qui tout réussi, le mec intelligent, gentil, formidable, en tant que collègue ou mari…

Par contre, du côté de Mario Conde, il est super jaloux de lui, il l’a envié et a rêvé de lui péter sa petite gueule d’amour. On pourrait le suspecter d’être partial sur cette enquête.

Là où le bât a blessé, c’est que l’enquête sur la disparition de Rafael Morin, ancien de l’école de Conde, est assez poussive, lente, et m’a donné l’envie de sauter des pages au lieu d’aller m’accouder au bar et de m’envoyer de whisky Ballentine avec l’inspecteur atypique et Tamara, la somptueuse l’épouse du Rafael, celle pour qui Conde se branle encore le manche tout en pensant à sa poitrine et au reste.

Au départ, j’ai apprécié tous les retours en arrière dans la vie de Mario Conde, suivre ses souvenirs d’école, de sa vie d’enfant, d’ado, ses débuts dans la police, l’embargo du pays, suivre sa vie après le boulot, ses amis, la bouffe chez la maman de son meilleur ami, mais au bout d’un moment, j’ai eu l’impression que l’enquête tournait en rond et que ça n’avançait pas, et donc, j’ai un peu perdu le fil et sauté des pages.

Une enquête, qui, dans son final, sera fort classique, si pas banale, tant ce problème là est vieux comme le monde.

Alors, je ne sais pas si je reviendrai à La Havane (♫ Dans un grand Boeing bleu de mer ♫) pour boire un verre de rhum avec Mario Conde, l’inspecteur un peu fracassé, car des policier cassé, la littérature en regorge et ma PAL aussi.

Peut-être lui laisserai-je une seconde chance, juste pour voir La Havane au printemps après l’avoir découverte en hiver.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Hortense : Jacques Expert [LC avec Bianca]

Titre : Hortense

Auteur : Jacques Expert
Édition : Sonatine (09/06/2016)

Résumé :
1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille, Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Son ex-compagnon est un homme violent, auquel elle refuse le droit de visite. Un jour, il fait irruption chez elle et lui enlève Hortense.

2015 : Sophie mène une vie morne, solitaire. Un dimanche pluvieux, elle se fait bousculer par une jeune femme dans la rue. Persuadée qu’il s’agit d’Hortense, elle la suit. Sans rien lui dévoiler, elle sympathise avec elle.

La relation qui se noue alors est pleine de mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et cette jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?

Une intrigue fascinante et haletante, inspirée d’un fait divers.

Critique :
♫ Quand je pense à Hortense, je danse, je danse ♪

Zut, la rime originale ne fonctionne pas !

Vous vous demandez sûrement comment on peut plaisanter avec un sujet aussi poignant que la disparition d’une enfant de même pas 3 ans et comment j’arrive à être guillerette devant la peine et le désarroi de sa mère.

Ben justement, faut que j’évacue la tension que ces quelques 330 pages (en grande édition) viennent de me faire subir. Parce que nom de Dieu, je l’ai marathonée, cette lecture, tant je voulais savoir ce qui était arrivée à la petite Hortense et si le final allait être happy end ou pas.

Comment est-ce possible de faire battre autant le palpitant d’une pauvre lectrice avec un récit, somme toute, assez banal, de la vie de Sophie, la mère éplorée d’Hortense, qui, 22 ans après sa disparition, subit toujours le manque de sa petite fille.

Elle ne vit plus, ou quasi plus, ses journées sont monotones, et, tout en vivant sa vie par procuration, elle nous raconte ce que fut sa vie de femme amoureuse, sa vie de mère, l’enlèvement de la petite, son combat pour la retrouver.

Poignant, je vous le dis, sans pour autant être larmoyant ou faire preuve de voyeurisme.

L’auteur, un peu sadique sur les bords (et pas que sur les bords), en profite aussi pour nous donner les différents points de vue de plusieurs protagonistes de l’enquête, et ce faisant, nous avons une vision plus large de la personnalité de Sophie, de son calvaire, mais aussi de son caractère, qui, au fil des pages et du temps, deviendra franchement agressif et paranoïaque.

Autant j’aurais aimé la consoler, autant j’ai eu parfois envie de lui dire d’y aller mollo dans la manière de répondre aux gens.

Tout le roman m’a tenu en haleine, ne sachant jamais s’il y avait anguille sous roche ou pas, et dans quel pâté j’allais retrouver une couille : je ne suis pas déçue, j’ai adoré l’histoire, le côté psychologique des personnages, le scénario, le découpage de l’histoire, les multiples questions que je me suis posée, ainsi que le suspense.

Pour tout ces ingrédients, je mets une bonne note parce que même si j’avais soupçonné, j’ai tout de même été sur le cul.

De plus, le personnage de Sophie étant ambigu, le voir raconté par d’autres, nous permet de l’éclairer un peu plus et d’arriver à un peu mieux le cerner car elle oscille entre le gris clair et le gris foncé, de par sa manière d’agir avec les autres.

Il en ira de même pour les autres personnages et cette manière de les présenter est toujours positive, car bien souvent, ils ne sont pas toujours ce que l’on pense d’eux au premier abords. Pour certains, il faudra même attendre l’ultime dénouement pour savoir s’ils sont bien ce que l’on pense qu’ils sont, ou pas.

Là où je suis plus mécontente, c’est dans l’abrupt dénouement : on te balance le final et puis c’est terminé, alors que tout un tas de questions restent sans réponses !

Et ce ne sont pas des questions banales, elles sont hyper importantes pour expliquer certains points qui, sans ces explications, resteront obscurs à jamais, et incompréhensibles. Même le plus crétin des flics se les poseraient, ces questions.

Me voici donc mitigée : oui j’ai adoré le récit, oui j’en ai eu pour mes sous niveau palpitations, mystères, suspense, oui j’ai apprécié que l’on joue avec moi, mais j’aurais aimé quelques pages de plus, afin d’expliquer l’inexplicable ou tout du moins, les questions légitimes qu’un lecteur est en droit de se poser…

Un thriller psychologique rudement bien monté, où l’on doutera à toutes les pages, ou les éclairages pourraient nous montrer un personnage sous un autre jour (bon ou moins bon), mais avec un final bâclé dans ses explications et où il reste des mystères qui auraient mérités d’être résolus.

Ma copinaute de LC, Bianca, est restée comme moi avec tout un tas de questions sans réponses, ce qui nous donne une lecture commune super, mais bourrée de points d’interrogation.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).