Atom Agency – Tome 2 – Petit hanneton : Yann & Olivier Schwartz

Titre : Atom Agency – Tome 2 – Petit hanneton

Scénariste : Olivier Schwartz
Dessinateur : Yann

Édition : Dupuis (16/10/2020)

Résumé :
Depuis la fin de la guerre, personne n’a revu Annette, la belle ambulancière : une héroïque « Rochambelle », cette unité féminine intégrée à la 2e division blindée du général Leclerc.

Cinq ans plus tard, c’est l’ébullition au 36 Quai des Orfèvres : le commissaire Vercorian est sur le point de coffrer l’ennemi public n°1.

Alors quand un ancien compagnon de la 2e DB vient lui demander son aide pour retrouver Annette, il se débarrasse de l’affaire en vantant les mérites de son fils, le détective privé de l’Atom Agency.

Critique :
Comme j’ai un gros faible pour les séries policières se déroulant dans les années 50-60, j’ai tout de suite matché avec la nouvelle bédé Atom Agency qui, de par ses personnages, a quelques airs de ressemblance avec Gil Jourdan, le rire débile de Libellule et les conneries de l’inspecteur Crouton en moins.

Atom est issu de la diaspora arménienne et les auteurs n’hésitent pas à nous immerger dans les coutumes de ce peuple dont nous savons peu en nous les montrant dans leur vie de tout les jour et en émaillant les dialogues de mots arméniens, certains traduits et d’autres pas car trop insultant (zut, j’aurais aimé).

Atom, fils de Tigran Vercorian, commissaire au 36, a du mal à trouver sa place et ses bons résultats dans l’enquête des bijoux de la Bégum lui ont valu de pouvoir ouvrir une agence de détective privé avec une secrétaire et un ancien catcheur.

Ce deuxième album commence avec des scènes de la seconde guerre mondiale puisque leur enquête sera de découvrir ce qui est arrivé à une infirmière apprécié de tous, Petit Hanneton, qui disparu totalement alors qu’elle conduisait son ambulance.

Les clients de Atom ne sont pas n’importe qui : Jean Gabin et Jean Marais qui ont fait la guerre et ont connu Annette, dite Petit Hanneton. Mais il n’y aura pas que cette enquête car d’autres mystères vont venir se greffer sur celle-ci et se poursuivront dans le tome 3, sans aucun doute.

Les auteurs ont planté le décor d’un Paris en 1950 de plus intrigant : des bouchers pas content qui s’expriment en louchébem, leur argot personnel pas toujours évident à comprendre, hormis « en loucedé » (en douce) que j’utilise souvent et « loufoque » passé dans le langage courant (fou), des sales gueules de bandits sorti du passé de son paternel, des flics qui courent après l’ennemi public n°1…

J’ai vraiment apprécié cette immersion dans une époque où les téléphones étaient à pièces dans les cafés, l’Internet inexistant, les habits différents et où tout le monde fume dans la salle du 36 ! Je suis non fumeuse mais ça ne me dérange pas les personnages de bédé qui fument, ça ne m’a jamais incitée à le faire.

Anybref, une bédé d’ambiance années 50 où les détectives font le boulot à l’ancienne, menant l’enquête, arpentant les trottoirs, cherchant un peu partout les indices et remontant la piste lentement mais sûrement.

Je serai au rendez-vous pour le tome 3, en espérant qu’il soit pré-publié dans mon cher Spirou du mercredi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°123].

Octobre : Søren Sveistrup [LC avec Bianca]

Titre : Octobre

Auteur : Søren Sveistrup
Édition : Albin Michel (2019) / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : Kastanjemanden (2018)
Traduction : Caroline Berg

Résumé :
Début octobre. La police fait une découverte macabre dans une banlieue de Copenhague. Une jeune femme a été tuée et abandonnée sur un terrain de jeu. On l’a amputée d’une main et au-dessus de sa tête pend un petit bonhomme en marrons.

On confie l’affaire à la jeune inspectrice Naia Thulin, à qui on donne comme coéquipier un inspecteur en burn out, Mark Hess.

Ils ne tardent pas à découvrir que le bonhomme en marrons est porteur de mystérieuses empreintes, celle de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Mais un suspect a déjà avoué avoir assassiné la fillette et le dossier semble clos.

Quelques jours plus tard, on découvre une deuxième femme assassinée et au-dessus de sa tête, un autre bonhomme en marrons sur lequel se trouvent à nouveau les empreintes de Kristine Hartung. Thulin et Hess cherchent un lien entre l’affaire de la disparition de la fille de la ministre, les femmes mortes et l’assassin qui sème la terreur dans tout le pays, et s’engagent dans une course contre la montre.

Car ils en sont convaincus : le meurtrier est en mission et il n’en a pas encore terminé…

Critique :
Ce roman, c’est comme un paquet de Dragibus (ou autre bonbon) : on ne sait plus s’arrêter une fois que l’on a ouvert le paquet, ou alors, avec beaucoup d’abnégation.

Il est tellement addicitf que l’on devrait prévenir les lecteurs avec un bandeau rouge vif « Attention, avec ce roman, vous en oublierez de manger/bouger ».

Dès l’ouverture, vous serez plongé en 1989 et dans un bain de sang, avant de repasser de nos jours pour une série de meurtres sordides où les policiers perdent leur latin (ou leur danois).

Je me suis attachée de suite aux enquêteurs principaux : Naia Thulin, jeune femme forte qui doit supporter Mark Hess, un ancien d’Europol qui a été mis dehors. Leur duo fonctionne bien car notre duo réserve quelques surprises et évolutions inattendues.

Les chapitres sont courts, rythmés, bourrés de suspense, de mystère, de questionnements sur les crimes sordides, sans compter qu’une affaire classée semble vouloir refaire surface… L’a-t-on classée trop vite ? Ou bien le meurtrier joue avec les kloten (cojones)  des flics ?

Pas le temps de s’embêter dans ce policier danois, les pages se tournent toutes seules, le récit se dévore et l’auteur a fait en sorte que nous ayons tout le temps envie de continuer l’enquête car à aucun moment il ne relâche la pression (ou si peu) tout en en gardant sous la pédale.

Suspectant tout le monde à la fois, je n’ai rien vu venir quand l’auteur m’a envoyé la balle dans le figure. Le genre de chose que j’apprécie toujours dans un polar.

Octobre a tenu ses promesses, il m’a tenu en haleine, m’a fait passer l’heure du dîner (midi) sans aucun souci puisque je dévorais à pleines dents ce thriller policier si bien construit que l’on ne voit pas le temps passer.

Je me remercie ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette LC au pied levé car ce polar m’a sorti de mon marasme littéraire de ces derniers jours où ce que je lisais manquait de saveur. La machine est relancée ! Elle aussi a adoré, d’ailleurs, elle l’a eu terminé avant moi, ce qui est un exploit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°114].

Stranger Things – Saison 01 – La série qui ♫ Strangers things the night ♪

Synopsis :
Le 6 novembre 1983 dans la petite ville d’Hawkins dans l’Indiana, le jeune Will Byers rentre chez lui après une partie de « Donjons & Dragons » lorsqu’il disparaît dans des conditions mystérieuses.

En enquêtant sur sa disparition, ses amis Dustin, Lucas et Mike rencontrent Eleven (Onze), une jeune fille en fuite aux capacités télékinésiques qui pourrait bien les aider à retrouver Will et percer les mystères de la ville d’Hawkins.

En parallèle, des événements étranges prennent place dans la maison des Byers, tandis que le chef de la police, Jim Hopper, commence à avoir des soupçons sur l’implication du laboratoire national d’Hawkins dans la disparition du jeune garçon.

Pour obtenir les réponses à leurs questions, la famille du jeune Will, ses amis et la police locale devront faire face à des forces terrifiantes et mystérieuses afin de le retrouver.

  • Épisode 1 : La Disparition de Will Byers
  • Épisode 2 : La Barjot de Maple Street
  • Épisode 3 : Petit papa Noël
  • Épisode 4 : Le Corps
  • Épisode 5 : La Puce et l’acrobate
  • Épisode 6 : Le Monstre
  • Épisode 7 : Le Bain
  • Épisode 8 : Le Monde à l’envers

  • Réalisateurs : Matt Duffer – Ross Duffer
  • Acteurs : Winona Ryder, David Harbour , Finn Wolfhard, Millie Brown, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Natalia Dyer, Charlie Heaton, Noah Schnapp, Joe Kerry, Cara Buono, Matthew Modine, Shannon Purser
  • Genre : Fantastique, Drame, Thriller
  • Série : Stranger Things
  • Nationalité : Américain
  • Chaîne TV : Netflix
  • Date de sortie : 15 juillet 2016
  • Durée : 55min/épisode

Ce que j’en ai pensé :
Bon sang, j’ai adoré cette série, je l’ai regardé en flippant ma race et je n’en ai même pas parlé !

Alors que je suis pour le moment sur la saison 2, je me suis dit qu’il était temps de vous donner envie de la voir…

Vous aviez adoré le film « Les Gonnies » où une bande de gamins résolvait ce que des adultes avaient été incapables de faire ?

L’ambiance amitié forte dans le livre « ÇA » vous avait fait chaud au coeur et vous aimeriez la revivre à nouveau ?

Les années 80 sont vos années de références parce que pour vous, qui étiez jeunes à ce moment-là, c’étaient des années parfaites ? (même si nous savons qu’elles ne l’étaient pas).

Le côté fantastique ne vous fait pas peur et de temps en temps, ça ne vous dérange pas de frissonner devant une série si celle-ci est excellente ?

Alors, nom d’une pipe, foncez voir Stranger Things ! Mon p’tit n’veu de 7 ans l’a vue et ça ne l’a pas traumatisé… Moi j’ai angoissé quand même.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est le côté amitié qui lie les 4 garçons et qui fait que lorsque l’un d’entre eux disparaît mystérieusement, les 3 autres font tout ce qu’ils peuvent pour le retrouver, tentant d’alerter les adultes qui ne les écoutent pas… Fatalement, quand on parle d’une créature mystérieuse, ça fait sourire les adultes.

Nos 4 gamins sont un peu les loosers de l’école, ils aiment les sciences, ne sont pas les plus populaires, bref, il est facile de s’identifier à eux, même si on est une femme.

Jonathan, le frère de Will Byers, le gamin qui a disparu, n’est pas le mec le plus populaire du bahut non plus, pourtant, jamais il ne lâchera l’affaire, continuant dans relâche à chercher son petit frère.

L’ambiance est tendue, plus tendue que la corde d’un string prêt à lâcher et j’avoue avoir sursauté souvent durant le visionnage des 8 épisodes qui constituent la saison 1 car Will Byers ne sera pas le seul à disparaître.

Autant vous dire que j’aurais préféré regarder la série le matin, au grand jour, plutôt que le soit avant d’aller faire dodo… Le suspense est maîtrisé, les effets spéciaux aussi et l’angoisse monte, monte…

Le mystère s’épaissi aussi avec l’apparition d’une jeune fille prénommée Eleven (j’ai regardé la série en V.O STFR) qui semble sortir d’un laboratoire d’expérience scientifique (Stephen King n’est pas loin) car elle possède des pouvoirs de télékinésie.

Il m’est impossible de vous parler de tout ce qui est arrive dans cette série car chaque épisode est un petit bijou de suspense, de mystère, d’action, de fantastique, d’horreur, d’amitié, d’aventures, de peurs, de questionnement…

L’amitié entre les gamins manquera de voler en éclat plusieurs fois, le danger sera à chaque coin de rue, dans tous les murs et il ne sera pas que fantastique, mais aussi humain car ceux qui ont laissé échapper une telle créature veulent à tout prix la récupérer, ainsi que leur cobaye Eleven.

Une série fantastique où la disparition d’un gamin sera résolue par ses copains, un côté fantastique qui s’intègre bien dans le scénario, des personnages intéressants, bien campés, autant dans les enfants que dans les adultes et l’angoisse qui est présente dans tous les épisodes.

J’ai adoré et c’est pareil pour la saison 2 (qui m’angoisse un peu moins)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°35].

 

Le Livre de M : Peng Shepherd

Titre : Le Livre de M

Auteur : Peng Shepherd
Édition : Albin Michel Imaginaire (17/06/2020)
Édition Originale : The Book of M (2018)
Traduction : Sylvie Homassel

Résumé :
Que seriez-vous prêt à sacrifier pour vous souvenir ?

Un jour, en Inde, un homme perd son ombre – un phénomène que la science échoue à expliquer. Il est le premier, mais bientôt on observe des milliers, des millions de cas similaires. Non contentes de perdre leur ombre, les victimes perdent peu à peu leurs souvenirs et peuvent devenir dangereuses.

En se cachant dans un hôtel abandonné au fond des bois, Max et son mari Ory ont échappé à la fin du monde tel qu’ils l’ont connu. Leur nouvelle vie semble presque normale, jusqu’au jour où l’ombre de Max disparaît…

Critique :
Extrait de la cassette audio retrouvée sur une personne sans ombre…

PLAY ▶

Mon ombre a disparu, comme pour bon nombre d’êtres humains sur la Terre.

Je sais que d’ici quelques temps, je commencerai à oublier des choses importantes, comme si j’étais atteinte d’Alzheimer mais en pire puisque je ne saurai plus lire, ni que je dois manger, ni que je dois boire et pire, j’oublierai de respirer.

Avant le grand Oubli, je voudrais dire merci à certaines personnes qui m’ont accompagnées depuis que les ombres ont commencé à disparaître… Et comme notre mémoire était contenue dans nos ombres, l’Oubli commence peu à peu. Je suis la Belette Cannibal Lecteur et je tenais un blog avant que nos civilisations ne s’effondrent.

Ory (Orlando Zhang), tu m’as agacée au départ, avec ton air paternaliste, d’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à te constituer un visage et tes contours sont restés flous durant une partie de notre voyage de malade. Sous la carapace se cachait une belle personne, obstinée, têtue, mais solidaire là où l’humanité ne l’était plus.

Maxine, ma chère Max, suivre ton périple en écoutant tes enregistrements sur cassette audio fut éprouvant car tu as enduré tellement de choses depuis la perte de ton ombre et de tes souvenirs. Comme moi, tu as compris les tentations d’utiliser ce don, quitte à perdre un peu plus ce que tu étais.

Ma chère Naz (Mahnaz Ahmadi), mon archère iranienne, des couilles, tu en as ! Un des plus beaux portraits selon moi.

Je suis contente d’avoir eu une partie de l’histoire à rebours, de me retrouver, dès le départ, plongée dans ce monde post-apocalypse, post-pandémie (même si ce n’est pas dû à un virus), sans le recul nécessaire, sans préparation, même si j’ai mis un peu de temps à m’adapter.

Après quelques tâtonnements, après avoir renoncé au confort de l’électricité et de tout ce que j’ai l’habitude d’avoir, les différents personnages m’ont expliqués les débuts de ce qui fut le commencement de la fin du Monde. Glaçant, même si de prime abord, l’homme sans ombre à fait le buzz. J’aurais été comme la majorité : curieuse.

Le roman choral se prêtait bien à ce genre de récit, il m’a permis de mieux comprendre ce qu’il se passait et d’avoir une vision globale de l’horreur de devenir un sans-ombre, de se voir tirer dessus par de ceux qui avaient encore la leur…

Notre périple m’a montré la ville de Boston, New-York et Washington en proie à des dégénérés sanguinaires qui, sans leurs souvenirs, redevenaient parfois des bêtes sauvages. Ma tension est montée d’un cran car moi aussi, je pouvais devenir ÇA, un jour prochain.

Mon incorporation dans une troupe de combattants a été bénéfique pour ma survie, mais vous m’excuserez si j’ai froncé les sourcils à la vue des grades. Quand on est dans la merde et qu’on se regroupe pour survivre, on ne s’amuse pas à nommer un Général ! Un chef, un responsable, un meneur, oui, mais un Général, sans blague ?

Oui, désolée, j’enregistre tout cela en vrac, avant que j’oublie tout…

Cette aventure avait beau être folle, reprendre une partie des codes du post-apo tout en développant les siens et ne pas se contenter de faire des scènes de batailles pour un sac de riz ou un paquet de PQ, j’ai peur depuis que j’ai perdu mon ombre car je sens que des souvenirs s’effacent… Qui suis-je, déjà ? Ou vais-je ? Ma mémoire devient gruyère et je ne sais même plus ce qu’est le gruyère. Vite, faut terminer avant l’Oubli !

Ce roman post-apo n’est pas exempt de petits défauts, mais ils sont noyés dans l’énormité de l’oeuvre, de l’histoire qui, sans jamais se perdre, nous prend par la main et nous entraîne dans un Monde violent, où la solidarité est souvent un gros mot, où la magie n’est pas celle de Harry Potter (tiens, qui c’est, lui ?) car sans baguettes et avec un prix à payer est énorme.

Un Monde où un prophète inattendu pourrait émerger sous une forme encore plus inattendue… Et où la solidarité pourrait arriver, malgré tout. Il faut juste espérer que Celui Qui Rassemble, Celui Qui A Un Milieu Mais Pas De Commencement, ne soit pas une chimère.

Un très bon roman post-apo qui au lieu de prendre l’autoroute habituelle est passé par des chemins plus sinueux, moins connus afin de nous conduire à la Nouvelle-Orléans d’une manière plus qu’inhabituelle.

Ceci est la fin de mon message parce que je ne sais même plus pourquoi j’ai ce truc en main… L’Oubli commence, mes souvenirs s’effacent et je vais tout oublier, même de vivre…

STOP ◼

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°15].

Il était deux fois : Franck Thilliez

Titre : Il était deux fois

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (04/06/2020)

Résumé :
En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato.

Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée. Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise…

Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage.

Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… Dehors, il pleut des oiseaux morts.

Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7.

Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Critique :
Certains romans de Franck Thilliez devraient porter, comme les paquest de clopes, des mentions obligatoires telles que : « Peu nuire gravement à votre nuit », ou « Rend les mains moites et provoque une accélération cardiaque » ou « Fera fumer votre cerveau » ou « Peut entraîner une addiction sévère » ou « Attention, à ne pas emporter sur une plage, danger de ne pas voir la marée monter ».

À chaque roman, l’auteur met la barre plus haute et réussi à franchir l’obstacle avec maestria.

Là, Gabriel Moscato, lieutenant de gendarmerie s’endort dans la chambre 29, au deuxième étage et se réveille ensuite dans la chambre 7, au rez-de-chaussée.

Blague de potache ? Bizutage ? Somnambulisme ? Sauf qu’il s’est endormi en 2008 et qu’il se réveille en 2020… Coma ? Utilisation de la Delorean du doc Emmett Brown pour aller dans le futur ?

Thilliez surfe sur le fantastique mais comme Conan Doyle dans « Le chien des Baskerville », tout a une explication logique et scientifique. Malgré tout, on comprend que Gabriel flippe un max en comprenant qu’il a fait un bond de 12 ans.

Imaginez un l’horreur… Lorsque vous vous couchez, Barak Obama a toutes ses chances pour la présidence et lorsque vous vous réveillez, boum, il y a un excité à la mèche peroxydée qui twitte furieusement.

Pire, vous vous êtes endormi sous Sarkozy et bam, à votre réveil, vous êtes sous Macron… Et entre les deux, vous avez été sous Hollande et vous n’avez rien senti. Bien que votre vie sexuelle ne me regarde pas…

Sérieusement, je ne voudrais pas être le psy qui analysera un jour le contenu de la tête de Franck Thilliez ! Il doit avec de ces trucs de ouf, là-dedans…

Parce qu’à chaque roman, pour nous faire toujours plus fort, faut être un créateur fou, avoir une imagination des plus dingues (et logique) pour que toutes les pièces s’emboîtent dans chacun de ses romans ou sur deux romans, comme c’est le cas ici.

J’imagine l’auteur, devant son mur, gribouillant partout, faisant des flèches pour relier son grand projet, le tout avec des yeux fous, un sourire de pervers sadique aux lèvres, poussant un rire démoniaque, tel celui qui fini la chanson « Thriller » (de Michaël Jackson) car il sait que, une fois de plus, il va faire tourner en bourrique ses lecteurs, les rendre chèvre et nous ne demandons que ça !

L’auteur prend son temps pour placer son décor, une ville où vous n’auriez pas envie d’aller en vacances, de présenter ses personnages.

Gabriel, borderline, tigre féroce, bulldozer, qui te casse la gueule avant de te questionner après, têtu aussi et Paul, gendarme lui aussi, son collègue, très froid, qui cache ses sentiments mais qui va se dégeler au fur et à mesure. Ils sont humains, terriblement humain, ces deux hommes qui le cachent bien.

Si l’enquête commence elle aussi à son rythme, ensuite, elle s’accélère et là, plus moyen de poser le roman. Une fois de plus, j’ai surveillé la cuisson du dîner (midi) avec le roman posé non loin de moi…

Non content de vous faire monter l’adrénaline, Thilliez vous instruit aussi pour le même prix. Ne l’emportez pas sur une plage, vous ne verrez pas le temps passer et la marée vous submergera sans que vous en preniez conscience.

Le thriller de Thilliez, c’est un puzzle éparpillé qu’il va patiemment construire sous vos yeux et il faudra attendre la dernière pièce avant de voir l’oeuvre toute entière.

C’est tordu mais droit, tout est mélangé mais tout est logique, ça sent le fantastique mais c’est du rationnel. C’est un labyrinthe mais si vous suivez Thésée, vous arriverez à la sortie, le cœur battant à fond, les tripes retournées, le cerveau fumant, à cheval entre le plaisir de l’avoir lu (et de savoir) et la frustration de devoir attendre le suivant pour reprendre une dose de Thilliez.

Challenge Thrillers et Polars chez Sharon (du 10 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°03].

Les détectives du Yorkshire – Tome 2 – Rendez-vous avec le mal : Julie Chapman

Titre : Les détectives du Yorkshire – Tome 2 – Rendez-vous avec le mal

Auteur : Julie Chapman
Édition : Robert Laffont La bête noire (14/06/2018)
Édition Originale : The Dales Detective Series, book 2: Date with Malice
Traduction : Dominique Haas et Stéphanie Leigniel

Résumé :
Quand Mme Shepherd se rend à l’Agence de recherche des Vallons, convaincue que quelqu’un cherche à la tuer, Samson O’Brien, détective privé, met cela sur le compte des divagations d’une vieille dame un peu sénile.

Pourtant, après une série de curieux incidents à la maison de retraite de Fellside Court, il en vient à se demander si, finalement, il n’aurait pas dû la prendre plus au sérieux…

Alors que les fêtes de Noël approchent, Samson se lance dans une enquête complexe, qui lui demandera de renouer avec les habitants de Bruntcliffe – les mêmes qu’il a fuis une dizaine d’années auparavant.

Et qui mieux que la tempétueuse Delilah Metcalfe, propriétaire de l’Agence de rencontre des Vallons, peut l’aider à regagner leur confiance ?

Ensemble, Samson et Delilah vont devoir coopérer pour déjouer les menaces qui planent sur les personnes âgées de la région. Avant qu’il ne soit trop tard…

Critique :
Y aurait-il un tueur dans le Yorkshire ? Des voleurs de bélier bien pourvu par la nature ? (le bélier, pas les voleurs)

Y aurait-il des personnes mal intentionnées qui voudraient tuer une paisible petite vieille ? Bref, y a-t-il quelque chose de pourri au royaume de Bruntcliffe ?

Samson en doute mais moi, je sais depuis que j’ai lu Agatha Christie, que lorsqu’une dame âgée vient de plaindre de choses étranges survenue à la maison de repos, de vols, de retour des choses, de mystères, qu’il y a anguille sous roche !

J’ai découvert cette nouvelle série de cosy mystery en juin 2019 et j’avais la ferme intention de poursuivre ma découverte car si la série possède de l’humour, on est loin des errances amoureuses et de la fainéantise d’une Agatha Raisin. Désolée pour ses fans mais on vole plus haut ici.

Samson est un détective beau et sexy. Si uniquement vêtu de son boxer, il est plus sensuel que Sherlock Holmes en robe de chambre, pour ce qui est de la science de la déduction, il ne ferait même pas de l’ombre au petit orteil de Holmes…

Notre enquêteur qui fut flic dans une vie antérieure va mettre un temps fou à percuter sur l’enquête pour le vol d’un bouc reproducteur pourvu de grosses… (enfin, disons que la Nature a été généreuse avec ce bouc) et comprendre aussi qu’a la maison de repos, il y un truc pas net !

Évidemment, si Samson s’était trouvé à la place du lecteur, il aurait eu accès à des indices plus rapidement. S’il m’avait écouté, aussi…

Dans un roman policier, il n’y a pas que l’enquête qui soit importante. Si les personnages sont fades, le scénario peut être en béton, ça marchera moins bien. Idem pour les ambiances, les atmosphères… Si l’auteur les loupe, les approfondit trop ou pas assez, l’équilibre parfait est rompu et de nouveau, on se casse la gueule.

Pas de ça ici. Nos deux personnages principaux, Samson et Delilah, sont réussis, possèdent des défauts, équilibrés avec leurs rares qualités. Mais les personnages secondaires ne sont pas négligés, ils font partie des décors et la bande de petits vieux du home sont réussis, à tel point qu’ils sont super attachants.

Qui dit petit village, dit esprit de clocher, de gens qui se connaissent, qui vous ont vu grandir, se souviennent de vos bêtises, qui ont votre arbre généalogique dans un recoin de leur tête. En un seul mot : l’enfer ! (c’est les autres). Vous avez pété de travers au petit-déjeuner ? Avant le dîner (midi), tout le monde le saura.

Et au fait, si vous êtes d’ailleurs (ça peut être de Londres, du bled paumé plus loin ou pire, de l’étranger), avant d’être accepté, il vous faudra des siècles. Ce côté anglais très attachés à leur village/ville est une touche en plus dans ce roman, lui donnant un caractère A.O.C, très réaliste.

Plusieurs enquêtes, de rythme, des tas de petites histoires qui arrivent à nos deux personnages principaux, mais aussi aux secondaires. Sans jamais étouffer le récit, leur vie privée, sentimentale et familiale sont mises en pages, ce qui donne du peps au roman et plus de profondeur aux différents personnages.

Hélas, on ne sait pas vraiment plus sur la venue de Samson dans son village d’origine. L’auteure en garde sous le pieds pour les prochains romans. Zut alors, j’aurais aimé savoir, moi ! Et ce promoteur immobilier véreux, il est louche, on aura quelques petits événements en plus le concernant, mais nous resterons dans le flou à la fin de ce deuxième tome.

Un cosy mystery rythmé, chaleureux comme une tasse de thé, copieux comme un pudding anglais, avec de morceaux de véritable humour anglais, des crimes, des meurtres, des enquêtes à la bonne franquette et des personnages attachants, profonds, sans oublier un bouc qui ne sent pas bon et un chien, Calimero, qui fait beaucoup de bêtises.

J’adore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°272, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°18] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

 

Le club des prédateurs – Tome 2 – The party : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 2 – The party

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (24/05/2017)

Résumé :
Le Bogeyman, l’ogre mangeur d’enfants, travaille au service de gentlemen réunis à Londres au Club des prédateurs. Liz sait que son père dirige ce cercle très fermé.

Quant à Jack doit sauver ses amis retenus prisonniers par le Bogeyman.

Critique :
Le premier tome m’avait dégoûté, horrifié de pas la thématique abordée, celle du capitalisme dévorant, celle des riches qui bouffent les pauvres, qui les exploitent, qui en abusent et qui s’engraissent sur leur dos.

Ceux qui ont lu la bédé sauront donner tout le sens à ces phrases et comprendront que cette thématique est dure à digérer.

On reste dans le glauque et les fonds de page en noir rendent encore un peu plus l’atmosphère oppressante.

La misère humaine est toujours représentée, mais moins que dans le premier tome puisque dans ce dernier album, on clôt l’histoire et il fallait se concentrer sur le fameux club des prédateurs.

On est loin des clubs que l’on voit dans Sherlock Holmes (Diogene Club) ou le Centaur Club de Blake et Mortimer… C’est select mais une fois entré dedans, on n’en sort plus jamais…

Les dessins sont toujours harmonieux, le tout dans des couleurs sépias, beiges, sombres… Normal, nous ne sommes pas dans un pays de licornes et de Bisounours, loin de là.

Deux réclamations déposée au bureau du même nom. La première sera pour la résolution que j’ai trouvée un peu trop précipitée. Pour la première partie, nous avions 56 pages tandis que la seconde ne comporte que 46 planches, ce qui corsète l’histoire, l’empêchant de s’étoffer, de s’épanouir tout à fait puisque tout doit aller très vite.

Dommage, la résolution aurait mérité mieux. Quand c’est trop court, c’est trop court. Oui, je fais de la philosophie à deux balles.

La seconde réclamation sera pour le fait qu’on en saura pas plus sur le pourquoi du comment du Club des Prédateurs. Zéro explication sur le pourquoi ils font ça toutes les semaines. D’accord, ils sont pété de thunes, ils ont le pouvoir, personne ne viendra leur demander des comptes, mais bon, de là à manger ÇA toutes les semaines…

Nous aurions été face à un club de pédophiles, les explications n’auraient pas été nécessaires, mais un club de… Je pense que cela aurait mérité quelques explications, surtout qu’à ce rythme là, c’est vachement mauvais pour la santé, Creutzfeldt-Jakob n’est pas loin… Donc, des explications n’auraient pas été du luxe.

Par contre, j’ai adoré les personnages qui sont toujours le cul entre deux chaises, l’auteur n’ayant pas sombré dans la dichotomie des riches tous pas gentils et des pauvres tous gentils.

Jack (pauvre) doit basculer du côté obscur, se résoudre à un crève-cœur effroyable pour mettre fin au Club, le père de Liz (riche) a beau être un salopard de la pire espèce, il tient à sa fille et même le cuisinier du Club aime sa fille, handicapée mentale. Et pourtant, ce qu’ils font au Club dépasse l’entendement.

Pire, on pensait Jack en chevalier redresseur de tort, voulant venger la mort de son père, tué par le Bogeyman (croque-mitaine) mais on en apprendra un peu plus sur son père et apparemment, ça ne dérageait pas trop Jack, à cette époque là. Ça ne le dérange même pas de venir manger dans la cuisine de celui qui est chargé de préparer les plats spéciaux de ces messieurs du Club… Gloups.

Si sur le premier tome, la couverture laissait présager un prédateur (en effet, il en était un, mais pas sexuel) donnant la main à une jeune fille, on a un changement d’image sur le tome 2 avec la même fille, dans un lit, la bouche barbouillée de sang et un homme gisant au pied du lit. Prédateur sexuel ? Vampirisme ? Moi je le sais mais je ne vous le dirai pas, na !

Un diptyque glauque, sombre, noir, horrible. Une belle description de la société victorienne dans ce qu’elle avait de plus horrible (exploitation des enfants et de l’Homme par l’Homme), belle illustration du capitalisme dévorant, au sens propre et figuré.

Dommage que la fin soit un peu trop précipité, laissant en bouche un arrière-goût d’inachevé, comme si un troisième album devait suivre, mais non, la série est close.

Les lecteurs/trices auraient mérité 10 pages de plus pour étoffer ce final et donner une fin qui ne nous laisse pas sur notre faim. Un comble, vu le sujet traité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°259 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Un mot de l’auteure, pris sur le Net : Valérie Mangin (V. M.) : Le « Club » est le résultat de pas mal d’influences. La première est celle de l’histoire de la révolution industrielle anglaise. Le cliché veut qu’elle a dévoré ses enfants au sens où le miracle économique n’a été possible qu’en sacrifiant les groupes sociaux les plus faibles : les ouvriers, les plus jeunes… J’ai voulu exploiter ce cliché au sens propre pour en montrer toute l’horreur. Bien sûr, je me place aussi dans une tradition littéraire. On ne peut pas penser un récit avec un héros enfant dans le Londres du XIXè siècle sans penser à Dickens, ni faire une histoire de cannibalisme en oubliant l’Humble proposition de Swift [Note de la Belette : pamphlet ironique où l’auteur trouve LA solution permettant de réduire la misère et la surpopulation qui touchent alors l’Irlande : se servir des nourrissons comme source d’alimentation !]. Mais j’ai aussi été influencée par tous ces contes de fée qui montrent des enfants aux prises avec des ogres qui veulent les manger. L’enfant doit vaincre les monstres pour devenir adulte mais, parfois, les monstres sont trop forts pour lui, comme mon Bogeyman

V. M. : « Oui, l’Angleterre est le berceau de la littérature gothique. Je lui devais bien cet hommage. Et puis, c’est aussi le pays dans lequel la révolution industrielle a été la plus dure et les conditions de travail les plus mortifères. À 9 ans, les enfants y travaillent déjà 9 heures par jours avec seulement 1 heure de pause pour le déjeuner. Les grandes luttes qui déboucheront sur le droit du travail et la protection sociale n’ont pas encore eu lieu. Karl Marx, qui est à Londres à ce moment-là, publiera d’ailleurs « Le Capital » deux ans plus tard. »

Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (27/01/2016)

Résumé :
Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l’effrayant Bogeyman (croque-mitaine), le meurtrier de son père.

Le hasard va le rapprocher d’une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.

Mais des rues mal famées jusqu’au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Critique :
Une fois de plus, sans le Mois Anglais, jamais je n’aurais sélectionné cette bédé, je ne la connaissais même pas avant (merci le Net).

Sans lire le résumé, je me suis plongée dedans, appréciant directement les dessins, fourmillant de détails, notamment entre les pauvres et les bourgeois.

Tout le monde assiste à la pendaison d’une gamine qui a assassiné le poissonnier qui l’avait surprise en train de voler des déchets pour les manger.

La bonne société palabre sur les pauvres, sur leur intelligence à peine plus haute que celle d’animaux ou d’indigènes de la Nouvelle-Calédonie, sans même être choqué que pour survivre, certains doivent bouffer des déchets. Eux se bâfrent de sandwich pendant la pendaison, alors que les autres crèvent la dalle sous leurs yeux.

La conscience tranquille parce qu’ils visitent les pauvres, en tant que lecteur/trice, on ne peut que s’indigner de la pensée de ses personnages imbus d’eux-même et de leur pouvoir. Et puis, les enfants que ces femmes pauvres pondent, ça fait de la main-d’oeuvre bon marché pour la filature du mari de mâdâme.

Il y a bon nombre de bédés qui m’ont fait des effets monstres, notamment en terme d’humour, de scénario, de profondeur, de dessins… J’ai déjà lu des bédés noires, mais là, j’ai rarement été dans de l’aussi glauque, de l’aussi dérangeant, à tel point que je n’avais plus très faim à la fin de ma lecture.

Si on voulait choquer, c’est réussi !

Le scénario est travaillé, les décors encore plus et les différents personnages nous entraîneront dans deux divers univers aux antipodes l’un de l’autre : une famille pauvre qui crève de faim, une famille riche qui ne manque de rien. Le travail des gosses dans les filatures face à l’oisiveté d’une épouse qui ne désire qu’une chose, que sa fille Elizabeth fasse plus tard un beau mariage.

Les paroles prononcées par les bourgeois font mal au bide, mais elles ne sont que le reflets des pensées de l’époque, faudra les avaler, les digérer (si c’est possible) et ne pas les oublier car même de nos jours, j’entends encore des conneries aussi énormes que celles présentes dans l’album.

Les personnages de Jack, jeune voleur déguisé en ramoneur et d’Elizabeth, la jeune fille riche, sont sympathiques car notre demoiselle, bien qu’ayant une cuillère en or dans la bouche, a un coeur et pense à la charité chrétienne, la vraie, celle qui ne rejette personne, celle qui accepte tout le monde, surtout le plus faible qu’elle doit protéger.

On sent qu’il y un truc pas net avec le fameux Bogeyman, ce croque-mitaine qui fait peur à tous les gosses mais sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle révélation en fin d’album. Sciée j’ai été, dégoûtée aussi. Jack The Ripper peut aller se rhabiller car la scène tout aussi terrible que celle présente dans le manga Black Butler, quand Ciel est enlevé (mais différente)…

Là, c’est ce qui s’appelle un tacle. Je vais laisser passer quelques jours et ensuite, je lirai le tome 2 pour voir si quelqu’un va mettre fin aux agissements du Bogeyman et de ces riches bourgeois qui se croient au-dessus des lois et de l’Humanité.

Une bédé sombre, très noire, qui, cyniquement, nous portraitiste l’Angleterre victorienne dans ce qu’elle a de plus honteux : l’exploitation des pauvres, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le capitalisme dévorant, la misère humaine, les pendaisons publiques, les esprits étriqués de ceux qui avaient de l’argent et la débauche de ces costumes cravates bourrés de fric mais sans aucun état d’âme, conscience…

Une bédé qui me reste sur l’estomac, même si elle est très bien faite. Ceux qui l’ont lue sauront pourquoi…

PS : à noter que la couverture donne déjà le ton avec une jeune gamine qui donne la main à un homme adulte portant un masque de loup. Sachant que dans les contes pour enfants, le loup représente le prédateur sexuel (pauvre animal), on se doutait que si la référence n’était pas pédophile, elle impliquerait sans aucun doute un autre truc pas net.

— Elizabeth, elle est gentille même si elle ne croit pas au Bogeyman…
— Ça ! Personne n’y croit ! Mais c’est bien cette ordure qui a tué mon père ! Si seulement on pouvait attirer les bobbies dans sa tanière ! Mais le quartiers est trop pauvre pour eux : ils risqueraient de se salir !
— Ils finiront bien par le trouver Jack : tous les méchants sont punis un jour ou l’autre.
— Tu parles ! Ce qui arrive au peuple tout le monde s’en fiche. Il n’y a pas de justice pour nous! La justice c’est seulement pour les bourgeois !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°258 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

La fin de l’histoire : Luis Sepúlveda

Titre : La fin de l’histoire

Auteur : Luis Sepúlveda
Édition : Métailié Bibliothèque hispano-américaine (02/03/2017)
Édition Originale : El Fin de la Historia (2016)
Traduction : David Fauquemberg

Résumé :
Juan Belmonte a mené toutes les batailles de la fin du XXe siècle sur le continent sud-américain, d’abord aux côtés d’Allende, puis des sandinistes au Nicaragua.

Depuis des années il a déposé les armes et vit en Patagonie près de la mer avec sa compagne, Verónica, qui ne s’est pas encore complètement relevée des tortures qu’elle a subies sous la dictature de Pinochet.

Mais son passé le rattrape, et les services secrets russes qui connaissent ses talents d’agent clandestin et de sniper vont le forcer à leur prêter main forte.

À l’autre bout du monde, un groupe de cosaques nostalgiques a décidé de libérer le descendant du dernier ataman, Miguel Krassnoff. Fils des cosaques russes qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale dans les régiments SS, Krassnoff est devenu général de l’armée de Pinochet, avant d’être emprisonné à Santiago pour sa participation à la répression et à la torture pendant la dictature militaire.

Et Belmonte a de bons motifs de haïr “le cosaque”, des motifs très personnels.

Critique :
Chili… La dictature de Pinochet, les tortures, les gens disparus, l’exil…

On brasse large, dans le roman de feu Sepúlveda, que ce soit au niveau des pays et de la ligne du temps.

D’ailleurs, j’ai croisé Poutine dans son bureau, des cosaques, des Russes, des communistes, des anciens guérilleros…

Désolé, on a peut de beau linge dans les pages de ce roman sombre, noir, mais puissant comme le café du matin, celui qui vous botte les fesses.

Je ne sais pas ce que l’Histoire officielle a dissimulé (beaucoup de choses) mais au moins, la littérature en dévoile une partie, même si la réalité dépassera toujours la fiction.

Les personnages de l’auteur ne sont pas des enfants de coeur et Juan Belmonte, le principal, a un passé violent, trouble, un passé de guérillero. Il a fuit le Chili d’Augusto Pinochet, à été ensuite formé dans une école militaire russe qui a fait de lui un sniper, avant qu’il ne finisse chez les sandinistes au Nicaragua et dans la guerilla bolivienne.

Il a beau vivre dans un bled paumé de la Patagonie (je suis abonnée à cette terre, moi), les enfoirés de pute de fils vous retrouvent toujours pour vous confier une nouvelle mission, sinon, des choses enfouies pourraient resurgir dans les mains des keufs.

Difficile de ne pas s’attacher à Belmonte, à son ami, qui, avec lui, veille sur Veronica, sa compagne brisée par les tortures.

La fin de l’histoire commence dans un sens, va dans un autre, brouille les cartes, les pistes, pour se terminer avec une intensité infernale. J’avais le doigt crispé et je ne vous dirai pas mes pensées, mais elles furent à l’opposées de ce que fera Belmonte finalement. Veronica a plus de force que moi.

Avec Sepúlveda, on empoigne un AK-47 ou un Uzi et on dézingue les politiciens, au sens figuré, bien entendu et comme il reste des munitions (on est en illimité), on balancera aussi sur les escrocs de tout bord, surtout ceux qui ont les mains pleines de sang.

Faut suivre, sinon, on risque d’être largué, mais c’est tellement prenant que les sauts temporels et géographiques ne posent que peu de problèmes. La plume virevolte sur les pages et entraîne le lecteur dans une danse endiablé.

J’aurais aimé découvrir ce roman du vivant de l’auteur… Il était programmé pour le Mois Espagnol de Mai 2019 et puis je n’avais pas eu le temps. L’auteur étant décédé depuis peu, je ne pouvais plus reporter. Mais pourquoi diable n’aie-je pas trouvé le temps de le lire avant ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°219 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 04].

 

La Tête sous l’eau : Olivier Adam

Titre : La Tête sous l’eau

Auteur : Olivier Adam
Édition : Robert Laffont (23/08/2018)

Résumé :
Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. »

Il se trompait. Ma sœur serait bientôt de retour parmi nous mais on n’en avait pas terminé.

Critique :
Après avoir utilisé mon cerveau en lisant François Cheng, je me suis tournée vers le livre que j’avais déjà extrait de ma PAL et, sans le savoir, j’ai accordé du temps de cerveau disponible à ma cervelle.

L’art est difficile, la critique est aisée et je me retrouve devant à mon écran pas tout à fait blanc, face à une particularité que bien des auteurs de critiques, qu’ils soient du dimanche ou d’un autre jour, ont dû rencontrer un jour (ou peut-être une nuit)…

Oui, j’ai apprécié ma lecture, oui j’ai passé un bon moment, oui j’ai pris une bouffée d’air frais, oui j’ai fait trempette dans la mer froide, oui je suis allée me coucher tard parce que je voulais terminer ce roman, mais…

Ben oui, le fameux « Mais » est de retour et nous ne sommes qu’en avril.

Si en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil, ce roman, lui, a tendance à se balader avec pas grand-chose sur le dos : peu de dialogues au départ (Antoine, le petit frère de Léa, est le narrateur), peu d’informations sur les personnages, certains manquant même de profondeur et de développement (les parents) et une sensation de « trop peu » dans la résolution de l’enquête.

Qui était-il vraiment ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Quel était son but ? Il faudra se contenter de se dire que certaines personnes étaient au mauvais endroit au mauvais moment et que c’est la faute à pas de chance.

D’accord, le but de l’histoire est de ce concentrer sur deux ados (Léa et Antoine), que les parents ont déracinés de Paris, parce qu’ils voulaient habiter en Bretagne, dans un bled paumé et vivre comme si on était toujours en vacances.

De venir fouiller dans la tête de Léa, qui ne sait vivre qu’à Paris et qui ne veut vivre que là-bas, sur ses amours déracinés aussi (on comprend vite aux travers de ses lettres à qui elle s’adresse) et sur la reconstruction de l’après enlèvement (pas de spoiler, c’est dans le résumé éditeur).

Oui mais, là aussi, ça manque un peu d’épaisseur vestimentaire ! Littérature pour jeunes adultes ou adolescents ne veut pas dire non plus qu’il faut survoler le sujet, l’effeuiller de loin et puis laisser les lecteurs/trices dans le doute, dans les questions qui auraient mérité un peu plus de réponses et pas une explication au rabais.

L’auteur a pourtant réussi à se mettre dans la peau d’un ado de 15 ans (Antoine), même si je l’ai trouvé peu ou pas tourmenté de ce qui est arrivé à sa sœur, un peu comme s’il était dans sa bulle (c’est sans doute l’explication logique), même si, après le retour de sa soeur, il joue tout de même au petit frère sur qui elle peut compter.

Les réactions débiles de ses collègues de classe sont parfaitement dans l’air du temps et eux, c’est à se demander s’ils ont eu, un jour, un cerveau pour réfléchir plus loin que le bout de leur imbécillité.

Et la bât blesse une nouvelle fois pour manque d’épaisseur car l’auteur ne développe pas assez le cauchemar qui commence après le retour de Léa… Et je ne parle pas de ses parents, mais des copains de classe.

Ce qu’elle vit et ressent après, le sale coup qu’on lui a fait, est horrible, je n’ose même imaginer ce que je ferais si une telle chose m’arrivait (je flingue toute la classe de connards sans cervelle et je me suicide après ?), mais l’auteur passe vite à autre chose et ne prend pas assez de temps d’explorer le monde des ados, notamment leurs foutus réseaux sociaux.

Râlant parce que le roman est bon, agréable, se lit facilement, vite, donne envie d’être lu, d’être fini mais, il y a un goût de trop peu dans certaines parties et tous les grands chefs le disent : du goût, du goût, du goût ! Là, on survole et comme le disaient si bien mes profs au sujet de mes leçons : il n’y a pas eu d’approfondissement !

Malgré tout, il a fait le job de me divertir et ça, je ne lui enlèverai pas !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°208.