Dans la tête de Sherlock Holmes – Tome 2 – L’Affaire du ticket scandaleux : Cyril Lieron et Benoit Dahan

Titre : Dans la tête de Sherlock Holmes – Tome 2 – L’Affaire du ticket scandaleux

Scénariste : Cyril Lieron et Benoit Dahan
Dessinateur : Benoit Dahan

Édition : Ankama Éditions (24/09/2021)

Résumé :
Alors que Sherlock Holmes et le Dr Watson sont sur la piste du magicien chinois Wu-Jing, le ministre des Colonies Britanniques est à son tour visé.

Cette fois, ce sont les plus hautes sphères de l’État qui sont frappées. Quel genre de complot le sulfureux mage peut-il bien tramer ?

Le célèbre détective est décidément confronté à un personnage aussi secret qu’inquiétant et il n’est pas au bout de ses surprises…

Critique :
Alors là, une fois de plus, je m’incline bien bas et tant pis pour mes raideurs ! Voilà une bédé intelligente et foutrement bien faite !

Non seulement le scénario de l’enquête tient la route parfaitement, non seulement il n’y a pas d’élément fantastique et en plus, tout se tient, tout est clair et le fil rouge est toujours là pour vous guider, même quand il se casse.

Si j’avais dû penser à un album pareil, je pense que j’aurais fini mes jours à l’hôpital psychiatrique. En tant que lectrice, je termine au panthéon de la bédé, au summum du plaisir livresque.

Donner aux lecteurs (et lectrices) le plaisir de se retrouver DANS la tête de Sherlock Holmes au moment de ses déductions, de ses pensées lorsqu’il fume 5 pipes pour résoudre cet épineuse énigme dont je ne m’étais pas doutée de la solution finale avant de la découvrir par transparence (suggérée par les auteurs).

Ce qu’il se passe dans la tête de Holmes est bien imaginé, bien mis en scène, bien illustré (ah, la biblio avec les livres importants) et durant toute l’histoire, nous suivrons donc ce fameux fil rouge illustrant le fil de l’enquête.

Les auteurs ont même pensé à ajouter un plan de Londres pour nous montrer la route suivie par Holmes et Watson, en fiacre. La cerise sur le gâteau déjà somptueux…

L’Angleterre ne sortira pas grandie du final… Nos nations n’ont pas à se gausser, elles n’en sortiraient pas grandies non plus !

Une excellente bédé mettant en scène un Sherlock Holmes tel que je l’apprécie le plus : suivant une enquête, faisant des déductions, entraînant un pauvre Watson dans son sillage, qui, comme nous, ne comprendra pas avant de se trouver face à leur ennemi, qui, heureusement, n’est pas Moriarty !

Une bédé intelligente, innovante, surprenante (même si je ne suis plus surprise puisque j’ai lu le premier tome direct après sa sortie), qui ne sombre jamais dans l’excès et qui réussi à ne pas se prendre les pieds dans le tapis.

L’exercice n’était pas simple, vu la particularité de ce récit qui nous plonge dans la tête de Holmes et qui nous montre, au travers de petits médaillons, les différents indices récoltés. Qu’ils soient importants ou pas…

Génial, tout simplement !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°58], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°73], et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages).

L’inconnu de la forêt : Harlan Coben

Titre : L’inconnu de la forêt

Auteur : Harlan Coben
Édition : Belfond (15/10/2020)
Édition Originale : The Boy from the Woods
Traduction : Roxane Azimi

Résumé :
WILDE. SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul. Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu. Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables. Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Critique :
Corben Dallas, oui, Harlan Coben, non… Je pense qu’entre lui et moi, ce sera comme Capri : fini !

C’est le genre de thriller que j’aurais adoré lire lorsque j’avais 20 ans, mais maintenant que j’ai quelques années de plus, ce genre de récite passe difficilement car je l’ai trouvé vide.

Comme un squelette sans ses organes, sans sa peau… Les personnages m’ont donné l’impression d’être sans relief, sans épaisseur, fadasses, juste là pour l’histoire, comme des figurants de seconde zone.

Le personnage principal, Wilde, le Mowgli qui a vécu dans la forêt manque de crédibilité, de profondeur, alors qu’il le pilier central du roman. Sorte d’écolo intello qui aurait les capacités de déplacement en forêt aussi silencieux que ceux de Black Panther…

Mieux, tout gamin, il a appris à lire tout seul en regardant des émissions de télés faites pour les élèves. Les enseignants peuvent donc aller pointer dès à présent à Popol Emploi, la téloche fera leur job ! Désolé, ça n’est pas passé chez moi… Un peu gros ! Trop de qualités tuent le personnage.

Quant au méchant politicien, sorte de clone de Trumpinette (mais en édulcoré), il n’a que peu de présence et semble être lui aussi sans consistance.

Pourtant, les thèmes abordés dans ce thriller étaient intéressants et universels : le harcèlement scolaire, un politicien qui semble être une menace s’il vient à être élu, le patriotisme, la fin qui justifie les moyens, le sacrifice de l’un pour en sauver des millions, l’extrémisme, le système judiciaire contre lequel on ne peut aller contre car c’est le système,…

Oui, bien vu, dommage qu’aucun de ces thèmes ne soient vraiment approfondis ! Ils sont survolés… Quelques lignes de-ci, de -là… C’est expédié vite fait, mal fait.

Pire, l’auteur parle du harcèlement scolaire subi par la jeune Naomi, mais il a oublié d’y ajouter les émotions dans son texte. C’est froid, tellement froid que je n’ai pas frémi (alors que je bondis toujours sur le sujet). Dans un romans de Stephen King (pour ne pas le citer), une scène de harcèlement me hante encore des années après ! Jamais je l’oublierai la boîte à lunch Scooby-Doo.

Ce manque d’émotions ressentie à la lecture de ces horreurs faites à cette ado m’a aidé à comprendre pourquoi personne du corps professoral ne réagissait dans l’entourage de Noami : la faute de l’auteur ! Les personnages sont restés de marbre tant le sujet du harcèlement était mal traité.

Malheureusement, pour un thriller, le récit est un peu poussif, surtout au départ. Ensuite, ça bouge un peu plus, mais jamais au point de m’avoir scotché au récit. Les dialogues sont plats, sans reliefs aucun, plus pour meubler des silences ou noircir des pages.

Un bon point pour le final qui évite le happy end et qui tacle le système judiciaire américain et les extrémistes de tous poils qui malgré les preuves mises sous leur nez, hurlent toujours au fake news ou à la vidéo truquée, tant ils n’ont pas envie de remettre en question leur idole, son discours et ses idées.

Pour eux, il est plus simple de rester accroché à leurs convictions pures et dures que de les voir valser, se briser et d’ensuite devoir réfléchir et changer. Quant on est à fond avec une équipe, quoiqu’elle fasse, on reste fidèle et on ne va pas changer de club.

Bon, comme vous l’avez sans doute compris, cette lecture ne restera pas dans les annales littéraires et finira au tableau des déceptions de 2021.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu de Coben, c’était l’occasion pour moi d’y revenir et de passer un bon moment de lecture (j’avais la foi). Hélas, elle ne fut pas palpitante comme ce fut le cas avec d’autres romans.

Déception totale. Lui et moi, je pense que ce sera terminé. Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°55].

Black Butler – Tome 30 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 30

Scénariste : Yana Toboso
Dessinateur : Yana Toboso

Édition : Kana (23/04/2021)

Résumé :
May Linn s’est infiltrée dans le manoir d’un baron qui séduit ses bonnes. Elle s’y heurte à une domestique très combative… Au cours de leur affrontement, May Linn se remémore la première partie de sa vie…

Elle avait perdu toute trace de féminité et même d’humanité, ressemblant à un animal blessé qui montre ses crocs… jusqu’au jour où on lui a servi une tasse de thé merveilleusement parfumée…

Critique :
Vous vous souvenez de l’entracte qu’il y avait parfois au cinéma ? Et bien, le tome 30 de Black Butler en est une…

Sans l’odeur de pop corn, malheureusement (il ne tient qu’à vous d’en manger en le lisant, vous êtes prévenu).

J’avais laissé May Linn, infiltrée dans la maison d’un baron en fâcheuse posture et je m’attendais donc à la suite de cette histoire et voilà que ce tome commence avec une proposition d’embauche de Sebastian vis-à-vis d’un personnage qui ressemble à s’y méprendre au comte Ciel.

Ce sera toujours un gros bémol pour moi dans les mangas : les visages de personnages différents qui se ressemblent bien souvent (sans parler des coiffures qui ne sont  reproductibles que chez le meilleur coiffeur). Fin de cet aparté.

Puis, retour en arrière de 10 ans… Londres, ses gosses affamés qui volent les riches et l’on découvre un jeune garçon, ressemblant à Ciel plus jeune, qui essaie de s’en sortir. Là, je vous le dis de suite, je n’avais pas capté de qui on parlait… La pièce est tombée ensuite.

Effectivement, c’est intéressant de connaître le passé des personnages principaux qui gravitent dans l’entourage de Ciel, mais bon sang, pas en plein milieu d’un cliffhanger ! Pas au milieu d’un arc narratif afin d’ajouter un tome de plus et faire traîner sa résolution, surtout que pour ces trois derniers tomes, on en est à une publication sur l’année (les tomes 27-28 avaient été publiés en 2019, le 29 en 2020 et le 30 en 2021).

L’histoire était intéressante, on en apprend un peu plus sur un personnage important dans la maison Phantomhive, mais cet interlude arrive au mauvais moment et casse le récit de l’arc narratif en cours, reportant sa résolution à encore plus tard.

C’est un peu frustrée que je ressors de ma lecture puisque j’aurais aimé que la mangaka avance dans son dernier arc narratif…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°14] et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°70].

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition : Serena Blasco & Nancy Springer

Titre : Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 1 – La double disparition

Scénaristes : Serena Blasco & Nancy Springer
Dessinateur : Serena Blasco

Édition : Jungle ! (2017/2020)

Résumé :
Quand Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes, découvre que sa mère a disparu le jour de son anniversaire, en ne lui laissant pour mot qu’un recueil sur les fleurs, et un carnet de messages codés, elle se met rapidement à sa recherche.

Elle va devoir recourir à son sens de la débrouille, ainsi qu’à d’ingénieuses techniques de déguisement afin de fuir le manoir familial alors que ses deux frères se sont mis en tête de l’envoyer en pension afin de faire d’elle une vraie « Lady ». Mais rien ne la prépare à ce qui l’attend.

Son chemin la conduit rapidement dans les quartiers sombres et malfamés de Londres, et elle se retrouve impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Enola arrivera-t-elle à s’en sortir seule, et continuer de suivre la piste de sa mère tout en échappant à ses deux frères ?

L’ adaptation des romans de Nancy Springer.

Critique :
Les enquêtes d’Enola Holmes, je les avais découverte il y a quelques années déjà et j’avais lu toute la collection.

Sa mise en bédé n’allait rien m’apporter si ce n’est de découvrir les personnages en images, mettre à jour ma mémoire (j’ai oublié les petits détails de l’histoire) et, qui sait, m’apporter du plaisir de lecture, comme les romans l’avaient fait à l’époque.

Enola, c’est avant tout de la littérature jeunesse, mais pas de celle qui prend ses lecteurs pour des crétins, qui lui évite les mots de plus de deux syllabes de peur qu’ils se fassent une entorse du cerveau oui qui lui masque la vérité de ce qu’il se passait à cette époque. Le jeune vicomte en fera l’amère découverte, lui qui a toujours vécu dans la soie.

D’ailleurs, dans la série de romans, l’auteure avait bien mis en scène tous les codes de l’époque victorienne, notamment dans les vêtements portés par les dames ou ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. La naissance, assez tard, d’un enfant, ne se faisait pas, dans la haute société. Sans doute que les femmes n’avaient plus droit à leur partie de gambettes en l’air une fois un certain âge passé…

Les dessins, sou forme d’aquarelles, ont des coloris très doux, un peu délavés. Mon seul ronchonnement sera pour le nez en trompette d’Enola… D’ailleurs, tout le monde semble avoir un nez en trompette !

Le pire sera pour Sherlock, de profil, ça lui fait presque un groin de cochon, ce maudit nez ! Sa représentation ne m’a pas satisfaite, il ressemble plus à un dandy en goguette qu’à Sherlock Holmes. Je l’ai même vu avec une pipe calebasse dans la main, ce qui est un anachronisme total.

Quant à Mycroft, c’est comme Sherlock, il ne ressemble pas vraiment au personnage de Conan Doyle. Les dessins, de style un peu girly, ne sont sans doute pas la meilleure manière de mettre ces deux hommes en valeur.

Enola est très féministe, indépendante, ne veut pas ressembler à une plante verte comme il est de nature pour les dames de la haute et ses deux frères ont des pensées et des actes très phallocratiques, très mâles, très typés société patriarcale. La tête d’Enola n’est pas assez grande pour stoker des informations, elle va exploser… Et j’en passe !

Les adeptes de la cancel culture vont en grincer des dents, pourtant, ce n’est que la vérité de cette époque, celle de 1888.

Hormis ces petits points d’achoppement avec les représentations des Holmes Bothers, j’ai apprécié relire les enquêtes d’Enola en version dessinée, j’avais oublié bien des choses et maintenant, ma mémoire est rechargée pour quelques temps.

Bien qu’il ait fallu saquer dans le récit original, le fait de se trouver face à une bédé de 80 pages permet de ne pas trop caviarder et de garder l’essentiel tout en lui ajoutant des petits plus, notamment le carnet en fin d’album, avec des mots codés et quelques explications sur les petits changement qu’Enola a fait à son corset.

J’ai retrouvé la fraîcheur qu’il y avait dans les romans dont j’avais déjà apprécié que l’auteure ne fasse pas l’impasse sur les saloperies de l’époque victorienne, que ce soit sur le maintien des femmes qui ne pouvaient pas éternuer (ni respirer) avec leurs corsets de merde ou sur la misère qui règne dans les bas-fonds, sans pour autant entrer dans tous les détails, mais en disant juste ce qu’il fallait pour éveiller les consciences.

Ma préférence ira toujours aux romans, mais avec ces adaptations en bédés, les plus jeunes qui auraient envie de découvrir la série peuvent le faire de manière plus amusante en regardant les images avant de bifurquer sur les romans.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°310], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°63], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Mapuche : Caryl Férey

Titre : Mapuche

Auteur : Caryl Férey
Édition : Gallimard Série noire (2012) / Folio Policier (2014)

Résumé :
Jana est Mapuche, fille d’un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd’hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.

Rubén Calderon aussi est un rescapé un des rares « subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune sœur, durant la dictature militaire.

Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires…

Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice.

De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d’une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d’un des hommes d’affaires les plus influents du pays.

Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales…

Critique :
Ayant souvent voyagé à travers le monde avec l’agence « Caryl Ferey », c’est toujours avec crainte que je prends un billet d’avion dans sa compagnie car je sais que je vais trinquer, avoir mal au bide, au cœur, aux tripes.

Il m’a fallu 9 ans avant de sortir celui-ci de ma PAL (et pourtant, je voulais le lire au plus vite) et avant de l’ouvrir, j’ai pris une grande respiration.

Argentine, Buenos Aires, dans les taudis avec des gens qui tirent le diable par la queue en se prostituant…

Une Mapuche (Jana) dont le peuple a été génocidé durant des siècles et un travelo, « Paula » sont amis. Une belle amitié, forte, puissante, mais nous sommes en voyage avec Caryl Ferey, alors, oubliez les Bisounours et entrez dans l’Histoire super sale de l’Argentine et des enfants volés durant la dictature (parents torturés et assassinés ensuite).

J’ai attendu 9 ans avant de me faire gifler, boxer et mettre au tapis… Non je ne déposerai pas plainte, ça fait toujours du bien de se faire tabasser par la littérature et par des personnages forts, puissants, réalistes et qui ont pris une place dans ma vie, comme s’ils étaient vraiment vivants.

Une fois de plus, l’auteur mélange adroitement les faits historiques dans un récit de fiction, imbriquant l’un dans l’autre afin d’essayer de nous faire prendre conscience de ce que furent les années de dictature en Argentine.

Il est impossible de prendre tout en compte (sans compter que les morts ne peuvent plus témoigner) dans les atrocités qui eurent lieu et des périodes qui ont suivi où certains ont tenté vaille que vaille de faire comparaître en justice les tortionnaires avant qu’une amnistie générale ne leur donne l’absolution totale, au mépris des mères et grands-mères qui ont perdu leurs enfants, petits-enfants.

Malgré tout, l’auteur a tout de même réussi à nous brosser un tableau fort sombre, violent, limite à vomir pour une scène qui sera racontée dans un cahier.

Si vous n’avez pas envie de lire un roman sombre, glauque, violent, vaut mieux ne pas le lire, même si l’auteur ne fait que raconter ce qu’il fut durant ces années de plomb. Le cœur trinque et les tripes se serrent en imaginant la douleur de ces personnes qui ont perdu des proches (et encore, ne l’ayant jamais vécu, on ne pourra jamais ressentir leur douleur).

La réalité historique est déjà d’une violence rare et l’auteur en a ajouté dans son récit, doublant la dose. Avec toutes ces personnes qui mouraient dans d’atroces circonstances, j’aurais pu décrocher du récit, mais Jana et Rubén Calderon, le détective, m’ont scotchés à leur histoire et grâce à eux, j’ai pu traverser ces horreurs.

Mapuche est un roman noir fort sombre, qui mélange adroitement les faits réels et un récit de fiction, lui donnant plus de poids que si nous avions juste lu des chiffres ou des faits ad nauseam. Le roman ne nous apprend pas tout mais il est tout de même éclairant sur ce qu’il se passe durant les années de la dictature militaire et dont on ne parle pas assez souvent.

Maintenant, lorsqu’on me parlera de la coupe du monde en Argentine (78), je penserai aux gens que l’on torturaient pendant que d’autres marquaient des goals et couraient sur la pelouse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°258] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Le Ciel à bout portant : Jorge Franco

Titre : Le Ciel à bout portant

Auteur : Jorge Franco
Édition : Métailié (16/01/2020)
Édition Originale : El cielo a tiros (2018)
Traduction : René Solis

Résumé :
Si une des grandes questions de la littérature est comment “tuer” le père, que faire quand son propre père a été le bras droit de l’un des plus grands assassins du pays ?

Larry arrive à Medellín douze ans après la disparition de son père, un mafieux proche de Pablo Escobar.

À son arrivée, ce n’est pas sa mère, l’ex-Miss Medellín, qui l’attend, mais Pedro, son ami d’enfance, qui vient le chercher pour le plonger dans l’Alborada, une fête populaire de pétards, de feux d’artifice et d’alcool où tous perdent la tête.

Larry retrouve son passé familial et une ville encore marquée par l’époque la plus sombre de l’histoire du pays. Il ne pense qu’à fuir son enfance étrange liée au monde de la drogue. Mais il cherche aussi une jeune fille en pleurs rencontrée dans l’avion et dont il est tombé amoureux.

Entrecroisant des plans différents, Jorge Franco, étonnant de maîtrise narrative, fait le portrait de la génération des enfants du narcotrafic, qui sont de fait les victimes de leurs pères, et nous interroge sur l’importance de la mémoire pour que l’histoire ne se répète pas.

Une construction impeccable et des personnages ambigus et captivants : un roman qui ne vous laisse aucune trêve et qu’on dévore, fasciné.

Critique :
Larry aurait pu avoir pour père un cassos, il a eu un narcos… Un proche de Pablo Escobar et il ne s’occupait pas de beurrer les tartines.

Dans les deux cas, il est très difficile de sortir de sa condition, elle vous colle à la peau, vous êtes « le fils de… » et si quand Escobar était le chef, tout allait bien pour vous, une fois qu’il s’est fait descendre, la vita di merda a commencé.

La construction narrative de ce roman noir n’est pas linéaire, mais elle est constituée de trois récits à des époques différentes : celui de Larry qui revient en avion à Medellín ; ce qu’il se déroule maintenant depuis son retour et enfin, ses souvenirs de jeunesse, lorsque son père était un proche d’Escobar et ce qu’il s’est passé quand le chef fut abattu le le 2 décembre 1993.

Est-ce que la ville a changé depuis qu’Escobar est mort ? Oui et non… Mais si l’on gratte un peu, si l’on se donne la peine de regarder de plus près, on se rend compte que tout compte, pas grand-chose n’a changé, même si, vu d’ici, les apparences donnent à penser que oui.

Le récit de Larry est intéressant au plus haut point car il met en avant les hypocrisies des uns, les amis d’avant qui vous lâchent ensuite, ceux qui avaient peur et qui se déchaîne, maintenant que la Bête est morte.

Notre narrateur n’est pas tendre, appelle un chat « un chat » et si la violence n’est pas très présente dans ce récit, on la sent tapie non loin, prête à surgir, en tapinois. Elle est plus suggérée que mise en scène.

Les blessures de Larry sont profondes et en Colombie, il lui est difficile d’échapper à son statut de « Fils de Libardo », alors qu’à Londres, il se fond dans la masse, anonyme.

Comme Larry qui tombe de sommeil et qui aimerait dormir de tout son soûl mais qui en sera empêché par moult personne, le lecteur n’aura pas le temps de s’embêter, sans pour autant que le récit aille à cent à l’heure. C’est juste qu’il est intéressant à lire, de par la multitude des portraits des personnages et dont aucun n’est sans consistance. Mention spéciale à la mère le Larry, ex-Miss Medellín, à qui ont a envie de coller des baffes bien souvent.

Sans en faire trop, l’auteur nous immerge totalement en Colombie, à Medellín, grâce à ses personnages travaillés qui seront nos guides dans le présent et le passé et qui, au travers de leur récit, de leurs souvenirs, tenterons de nous expliquer ce qu’est la ville de Medellín, la Colombie et ses habitants.

Tragique mais poétique car l’écriture, sans être excessive, était d’une justesse que j’ai apprécié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°245] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Au bal des absents : Catherine Dufour

Titre : Au bal des absents

Auteur : Catherine Dufour
Édition : Seuil Cadre noir (10/09/2020)

Résumé :
Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement.

Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquêter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n’hésite pas longtemps.

Tout ce qu’elle a à faire c’est de louer la villa « isolée en pleine campagne au fond d’une région dépeuplée » où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, même pour quelques semaines ?

Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont évaporés du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Une famille entière disparaît, un manoir comme premier suspect. Entre frissons et humour Au bal des absents est une enquête réjouissante comme on en lit peu.

Critique :
Est-il possible, dans un roman fantastique, de faire du social, de tirer à la kalach sur Pôle Emploi, le chômage, les formations à la con (qui ne mènent à rien), sur le RSA, sans que le tout ne soit un gloubi-boulga immangeable ?

Pardon, j’oubliais de dire que l’auteure fait aussi une belle déclaration d’amour aux livres du King et s’amuse avec les films d’horreur et  d’épouvante, qu’ils soient kitschissimes ou cultissimes.

Oserais-je dire que c’était presque un roman feel-good même s’il m’a fait dresser les poils des bras ? Ou était-ce tout simplement un roman fantastique d’épouvante (mais pas trop) qui se serait accouplé avec un roman social, à tendance noire (parce que le social chez les friqués, c’est pas un roman noir) et dont l’humour, noir, bien entendu, servirait à graisser les rouages ?

Inclassable, ce roman est tout bonnement inclassable, sauf à la caser dans les putain de romans qui réussissent à faire passer un excellent moment de divertissement, tout en ayant un fond et de l’épaisseur, autant dans son scénario que dans son personnage principale.

Claude, femme de 40 ans, émarge du RSA et la voilà qu’elle se retrouve à jouer les détectives privées dans une maison perdue dans le trou du cul de la France pour rechercher ce qui a pu arriver à une famille de touristes américains, disparue un beau jour…

Inclassable je vous dis, même avec un point de départ ultra conventionnel. Déjà, Claude n’est pas une femme banale, elle a du caractère, de la hargne et jamais je ne regarderai ma binette de jardin de la même manière.

Ce roman policier, roman noir, fantastique (dans les deux sens du terme) est à découvrir car sous le couvert du divertissement et de l’épouvante, il parle d’une société à double vitesse : celle qui laisse les plus démunis sur le côté, celle qui enfonce les demandeurs d’emploi au lieu de les aider, celle qui nous étouffe sous la paperasserie, celle des plans sociaux, des dégraissement, des start-up nation (je cause bien le dirigeant de multinationale, hein ?)…

L’angoisse est bien dosée, jamais trop exagérée et souvent suggérée (votre esprit est votre pire ennemi dans cette lecture). Malgré tout, j’ai frémi de peur mais toujours avec le sourire aux lèvres car Claude est une enquêtrice drôle qui manie aussi bien l’humour sarcastique que la binette de jardin.

Jamais le roman ne devient désespérant et malgré les ennuis, les coups du sort, le peu d’argent possédé par Claude (qui lui fait développer des combines pour manger, boire ou se laver gratuitement), jamais on a la sensation d’une ambiance plombée.

Plume trempée dans l’encrier du cynisme, additionnée d’humour noir, l’écriture est incisive, mordante, désopilante et laisse peu de moment de répit au lecteur. Mais l’encre n’est pas aussi noire que le café corsé, il y a de la lumière dans ce roman social, de l’espoir.

PS : Ok, peu d’espoir qu’un jour, les sites de l’administration arrêtent de buguer quand on a besoin d’eux, peu d’espoir aussi qu’au bout du fil (si on arrive encore à y trouver de la vie), une personne compatissante et professionnelle nous réponde que « oui, le site c’est de la merde, mais pas de soucis, on va tenir compte de votre inscription et vous aider ». Ça arrive parfois, mais c’est comme les apparitions de la Sainte Vierge : très rare !

Une lecture comme j’aimerais en faire plus souvent. Addictif à tel point que j’ai tout dévoré d’un coup. Un roman à lire car le plus horrible dans tout cela, c’est notre société à la « marche ou crève ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX].

La cité de larmes : Kate Mosse

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Titre : La cité de larmes

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (21/01/2021)
Édition Originale : The City of Tears (2020)
Traduction : Caroline Nicolas

Résumé :
1572. Depuis dix ans, les guerres de Religion ravagent la France. Aujourd’hui, enfin, un fragile espoir de paix renaît : Catherine de Médicis a manœuvré dans l’ombre et le royaume s’apprête à célébrer le mariage de la future reine Margot et d’Henri, le roi protestant de Navarre.

Minou Joubert et son époux Piet quittent le Languedoc pour assister à la cérémonie. Alors que la tension est déjà à son comble dans les rues de Paris, on attente à la vie de l’amiral de Coligny. C’est le début du massacre de la Saint-Barthélemy. Précipités dans les chaos de l’Histoire, Minou et Piet sont sur le point de prendre la fuite quand ils découvrent la disparition de Marta, leur fillette de sept ans…

Après La Cité de feu, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque historique et familiale pleine de rebondissements. Du Paris de la Saint-Barthélemy à Amsterdam en passant par Chartres, elle tisse sa toile et le lecteur, captivé, regarde s’écrire l’Histoire.

Une famille plongée dans l’enfer de la Saint-Barthélemy : l’Histoire de France comme vous ne l’avez jamais lue !

51176327Critique :
L’Histoire de France racontée par une Anglaise ! Et dans cette histoire, la perfidie n’est pas toujours du côté d’Albion…

Celle qui n’est pas encore Marianne se comporte aussi comme une traîtresse et plus le sang coule et plus les gens ont envie de le faire couler.

On a toujours quelque chose à venger et à ce rythme-là, on peut assassiner au nom d’une vieille rancune ou des morts durant des siècles.

Si je retournais dans le passé, je ferais en sorte d’éviter le mois d’août 1572 et la ville de Paris, car bien que étiquetée catho tendance « je me pose beaucoup de questions et je ne sais rien de rien », je risquerais ma tête en tant que non pratiquante, profane…

Une fois encore, l’auteure nous entraîne dans les horreurs des guerres de religions, dans les querelles sanglantes entre protestants (huguenots) qui pratiquent la religion réformée et les catholiques qui pratiquent la totale et ne démordent pas que leur religion est la seule, la vraie, la plus mieux, bref…

Pas de place pour les autres croyants qui voudraient un culte plus sobre, si ce n’est de la place au cimetière. Aimez-vous les uns et les autres… Tu parles !

Les ambiances sont travaillées pour que les lecteurs n’aient aucun doute sur l’époque à laquelle ils sont transportés, le travail de documentation de l’auteure est titanesque et c’est toujours un plaisir de découvrir l’Histoire de France dans ses romans.

Par contre, autant où le premier opus m’avait emporté de suite (La cité de feu), autant où celui-ci a pris plus de temps à arriver à un certain rythme de croisière et à entrer dans l’action. Les débuts sont un peu lents et il a fallu que l’on arrivasse à Paris, quelques jours avant la funeste Saint-Barthélemy pour que le roman se mette à bouger vraiment.

Entre nous, j’aurais préféré avoir plus de pages sur cet épisode sanglant que fut la Saint-Bath… Là, c’est assez vite expédié. Je l’avais vécu de l’intérieur avec Ken Follet (Une colonne de feu) mais j’aurais aimé que Kate Mosse y passe plus de pages.

Les femmes ont leur place dans les romans l’auteure et ce n’est pas jouer les seconds rôles, celui de la potiche de service qui fait à manger pour les hommes !

Non, dans ce roman, les femmes ont de la force de caractère, même si elles se font toujours rabrouer par les mecs qui leur demandent de tenir leur place, mais malgré tout, elles en veulent, elles ont la hargne et tous les mâles dans ses pages ne sont pas des Alphas, phallocrates, misogynes et empêcheur de dire haut ce que les femmes pensent tout bas.

Les chapitres sont nombreux mais assez courts, ce qui donne la possibilité à l’auteure de multiplier les points de vue des personnages et de nous faire voyager entre l’un et l’autre. Plusieurs intrigues se dérouleront sous nos yeux avant que toutes ne se rejoignent pour un final démentiel qui sera bourré d’action (sans pour autant en arriver à celle d’un 007, restons sérieux).

Un très bon roman historique qui parle des guerres de religions, des jeux de pouvoir entre les têtes couronnées, de massacres de Protestants, de haine de l’autre, d’inégalités sociales, de religions intransigeantes et qui met en scène un couple attachant (Minou et Piet), leur famille et bien des secrets enfouis que certains ne voudraient pas voir remonter à la surface.

Un roman historique hautement documenté, possédant des couleurs sociales, des références historiques, une jolie plume pour nous conter le tout et un rythme assez lent au départ, avant de prendre une vitesse de croisière plus intéressante pour la lectrice que je suis.

Étoile 3,5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°223], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°08].

Thrillers polars 05

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Rien ne t’efface : Michel Bussi

Titre : Rien ne t’efface

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses De La Cite (04/02/2021)

Résumé :
Par amour pour un enfant, que seriez-vous prêt à faire ? Maddi, elle, ira jusqu’au bout…

2010. Maddi est médecin généraliste à Saint-Jean-de-Luz, une vie comblée avec Esteban, son fils de 10 ans.

Ce jour d’été là, elle le laisse quelques minutes seul sur la plage. Quand elle revient, Esteban a disparu.

2020. Maddi a refait sa vie, et revient sur cette plage en pèlerinage. Au bord de l’eau, un enfant est là. Même maillot de bain, même taille, même corpulence, même coupe de cheveux. Elle s’approche. Le temps se fige. C’est Esteban, ou son jumeau parfait.

Maddi n’a plus qu’une obsession, savoir qui est cet enfant. Il s’appelle Tom, il vit à Murol en Auvergne. Elle prend la décision de s’y installer.

Plus Maddi espionne Tom, et plus les ressemblances avec Esteban paraissent inexplicables : mêmes passions, mêmes peurs… même tache de naissance.

Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour découvrir la vérité, et sauver son enfant ? Ou ce garçon qui lui ressemble tant.

Ce qu’elle ressent profondément, c’est que Tom est en danger. Et qu’elle seule peut le protéger.

Critique :
♫ Quoi que je fasse ♪ Où que je sois ♫ Rien ne t’efface, je pense à toi ♪ Et quoi que j’apprenne ♪ Je ne sais pas ♫ Pourquoi je saigne ♪ Et pas toi ♫

Michel Bussi doit avoir, planqué chez lui, un manuel qui donne toutes les recettes afin de produire un roman addictif !

Pas possible autrement, il doit avoir piqué à Agatha Christie LE manuel qui permet de bais** son lectorat, de l’enfumer, de jouer avec et de lui faire lire ce qu’il veut lui faire lire afin qu’il ne lise pas entre les lignes.

Ajoute-t-il ensuite de l’ammoniaque, comme les cigarettiers pour nous rendre accro dès la première ligne lue ? Du sucre, comme les industriels de la malbouffe afin que l’on ne puisse plus s’empêcher de reprendre une bouchée de son récit ?

En tout cas, ce bougre de petit salopiaud (c’est dit gentiment, hein !) a encore réussi à me jouer cinq lignes et pourtant, lorsque je j’ouvre un de ses romans, je suis doublement attentive car j’ai l’habitude de me faire entub**, heu, ,enfumer !

Mon cerveau à fumé, tentant de trouver une réponse logique à ces mystères, ces coïncidences étranges, une réponse scientifique, sans les trucs de la réincarnation ou une théorie propre à Fox Mulder et ses enlèvement par extra-terrestres. Bordel de Dieu, j’ai jamais trouvé !

Mon léger bémol sera pour le personnage principal, Maddi Libéri, médecin de son état, à laquelle je n’ai jamais vraiment sympathisé, ni accroché (son comportement est réaliste, néanmoins), alors que j’ai kiffé grave les personnages secondaires comme Savine Laroche, l’assistante sociale et Nectaire Paturin, le secrétaire de mairie (Miss Marple et Hercule Poirot).

Leurs dialogues étaient plein d’humour, de bonne entente, de petites piques, de vannes et ce qui m’a le plus amusé, c’est la manière dont a Nectaire d’utiliser la phrase de Blondin (The good, the bad and the ugly) : « Le monde se divise en deux catégories » et d’y ajouter ensuite la réflexion de son cru. Ça ne vaut pas les proverbes sur les chameaux d’Assad (Département V) mais c’était bien drôle.

Résumer les romans de Michel Bussi à des romans qui se jouent de nous serait réducteur. L’auteur sait aussi monter un récit, nous le rendre addictif au possible (lu en même pas 2 jours), nous emporter ailleurs (Biarritz et l’Auvergne) tout en nous mettant le cerveau sens dessus dessous avec des choses, qui, certes, relèvent des croyances de chacun (réincarnation) mais en nous les présentant avec tellement de logique que l’on en vient à douter de sa non-croyance.

Ce que j’apprécie aussi, c’est que l’auteur ne se plante pas dans son final, qui ne fait jamais « pchhiiittttt » (le fameux tout ça pour ça) et qu’il reste toujours dans le réaliste et ne sombre pas dans le fantastique, celui qui explique tout, sans que l’on doive se casser le cul pour que tout le récit et les mystères s’expliquent.

Un roman dont les personnages sont réalistes, où les actions de Maddi Libéri sont logiques car elles sont celles d’une mère qui a perdu un enfant il y a 10 ans et qui est prête à s’accrocher à tout afin de prouver que l’âme de son enfant s’est réincarnée dans un autre, même à perdre son côté cartésien dû à son métier de médecin.

Un roman où les personnages secondaires ne sont pas laissés en plan mais sont travaillés aussi, un récit addictif, un roman policier qui nous tient en haleine, qui joue avec nous, mais sans jamais nous mentit (on n’a qu’à savoir lire, nom d’une pipe) et nous emmène aux frontières du réel, mais sans jamais dépasser la ligne rouge.

Addictif et bien écrit, j’ai dévoré ce roman et échafaudé un millier de théories toutes plus loufoques l’une que l’autre alors que si j’avais éliminé l’impossible, ce qui serait resté, même improbable, aurait été la vérité.

Pas un problème, j’adore me faire mener en bateau par un écrivain.

PS : il y a un an, en Belgique, le Confinement 1 commençait et me dévastait le moral… Nous sommes 1 an plus tard, le moral va bien et nous n’avons à déploré aucune perte dans la famille ou les proches. Je n’aurais pas espéré ça il y a 1 an, quand tout le monde se mettait sur la tronche pour du PQ (j’y ai échappé aussi !).

Par contre, il y a 2 ans, Minou faisait son entrée chez nous (ok, un peu avant le 13) et je n’aurais jamais espéré en être là deux ans après. Comme quoi, tout est possible, autant dans l’adversité que dans l’apprivoisement d’un chat sauvage ;-))

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°215].

Eté, quelque part, des cadavres : Yeon-Seon Park [LC Rachel]

Titre : Eté, quelque part, des cadavres

Auteur : Yeon-Seon Park
Édition : Matin Calme (14/01/2021)
Édition Originale : Summer, Bodies Somewhere (2016)
Traduction : Mathilde Colo-wu et Yeong-hee Lim

Résumé :
L’ado qui se levait tard, sa Mémé et Apollon : Trio d’enquête pour quatre disparitions.

Ce matin-là, Musun – la narratrice – a été réveillée par le réfrigérateur. Parce qu’il n’y avait pas d’autres bruits dans la maison. À 11 heures ? Étrange. Elle s’est levée et atrouvé ce petit mot dans la cuisine, avec quelques billets : « Ma chérie, nous te laissons dormir. Occupe-toi bien de Mémé. On revient dans un mois. Ton Papa qui t’aime. »

Toute la famille était rentrée à Séoul en l’abandonnant avec Mémé ! L’horreur ! Dans ce trou perdu où les smartphones ignoraient internet ! Avec cette grand-mère qui sarclait son champ dès cinq heures du matin… Un cauchemar…

La cohabitation avec Mémé débute mal. Jusqu’au troisième jour, quand Musun retrouve un dessin qu’elle a fait 15 ans plus tôt, quand elle avait cinq ans : une carte au trésor ! Et quand elle montre le dessin à Mémé, la vieille marmonne… « Ah… ça… Tu te souviens pas ?… C’était l’été… le jour où les quatre jeunes femmes ont disparu… »

C’est alors que l’enquête commence vraiment, avec dès le lendemain le renfort de l’héritier des Yu, quatorze ans, dont la fabuleuse beauté a immédiatement inspiré à Musun son surnom : Apollon.

Critique :
La littérature du pays du matin calme est fort peu présente dans mes étagères mais je suis en train de réparer ce tort avec l’aide des éditions du même nom (Matin Calme, pas Tort !).

Le titre de ce roman, ainsi que la première phrase du résumé, pourraient faire fuir les futurs lecteurs, mais ce serait une erreur car ce roman policier est jubilatoire !

Non, on ne rit pas à gorge déployée ! Mais quand des anti-héros tels qu’une ado qui se lève alors que le cul du soleil est au zénith, sa Mémé qui n’arrête pas de bougonner, ronchonner, l’engueuler (et de bosser) et un bel ado de 14 ans, surnommé Apollon se mettent à jouer les Sherlock Holmes ou les Hercule Poirot sur les quatre disparitions de jeunes filles qui eurent lieu il y a 15 ans, ça ne peut que donner du burlesque.

Burlesque, oui, mais pas à n’importe quel prix non plus ! L’enquête n’est pas bâclée, les personnages non plus et la trame est extrêmement bien faite car à aucun moment on ne s’embête tout en découvrant quelques pans de la vie en Corée du Sud.

Sous des dehors amusants (vu le trio d’enquêteurs), l’enquête cache tout de même une affaire grave puisque 4 jeunes filles ont disparu le même jour, laissant leurs parents au désespoir, certains plus que d’autres.

Assassinat ? Enlèvement par des types louches ? Fugues toutes les quatre en même temps ? On sait que si enlèvement il y a eu, ce n’est pas par des extra-terrestres, sinon, Fox Mulder serait déjà sur place.

Un roman policier qui ne manque pas de fraicheur, de sourire et qui, sous des airs amusants, est tout de même plus sérieux qu’il ne laisse paraître. La grand-mère est truculente et ses relations avec sa petite-fille sont des moments assez drôle. Le tout sera de s’apprivoiser l’une et l’autre qu’elles sont toutes deux aux antipodes en ce qui concerne leur mode de vie.

Voilà un intéressant voyage au pays du Matin Calme que je viens de réaliser grâce à ma copinaute Rachel et ce livre est à ajouter aux très rares que nous avons adorés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°174].