Black Butler – Tome 31 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 31

Scénariste : Yana Toboso
Dessinateur : Yana Toboso

Édition : Kana Dark (15/04/2022)

Résumé :
Afin de mettre un terme aux collectes de sang organisées par son frère et ses alliés, Ciel et ses partisans infiltrent 4 lieux suspects répartis sur le territoire britannique.

Mais alors que May et Ranmao semblent en mauvaise posture, Ciel et Sebastian découvrent un enfant dont la capacité pourrait être un atout décisif.

Critique :
L’arc narratif sur les collectes de sang se poursuit…

Dans le numéro 30, nous avions laissé May et Ranmao en mauvaise posture. Leur mission auprès du baron de Heathfield est terminée.

De leur côté, Ciel et son diable de majordome continuent d’infiltrer la société qui collecte du sang et ils envoient tout le monde en mission.

Ce tome 31, après avoir mis fin à la partie consacrée à nos deux drôles de dames, met à l’honneur le cuisinier Bard et Lau, personnage ambigu que j’apprécie : ils doivent s’infiltrer dans un sanatorium où l’on ne badine pas avec l’hygiène !

On a du rythme, de l’action, les personnages féminins ne sont jamais en reste, même si, avec le mangaka, soit elles sont de gentilles petites filles ou alors, des femmes de combat ! Pas de juste milieu.

On reste dans des scénarios très sombres et l’on comprend pourquoi il est noté que ce manga est pour un public averti. Mon clavier est azerty et moi, je suis avertie depuis le départ.

Les petits travers de la société victorienne sont bien représentés, détaillés, sans que l’on s’appesantisse dessus. Pas besoin d’en rajouter, on comprend très bien ce qui est dit, montré, expliqué, notamment en ce qui concerne les différences de classes et la misère dans Londres.

La série ne flanche pas, même si certains arcs narratifs m’ont moins bien plu dans le passé. Celui avec les collectes de sang est important, puisqu’il dure depuis longtemps, tout en étant attaché à d’autre au paravent.

Oui, il y a aussi une continuité dans les différents tomes, que ce soit au niveau des personnages que l’on recroise, ou au niveau des scénarios qui sont dans le prolongement les uns des autres.

Une série manga que je vais continuer de suivre parce que j’adore ça !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°217] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

1977 : Guillermo Saccomanno

Titre : 1977

Auteur : Guillermo Saccomanno 🇦🇷
Édition : Asphalte Noir (05/03/2020)
Édition Originale : 77 (2008)
Traduction : Michèle Guillemont

Résumé :
Buenos Aires, 1977. La dictature argentine mène sa « guerre sale » : la répression des opposants est massive et systématique. Toutes les nuits, des escadrons de la mort abattent des militants ou les emmènent vers une destination inconnue. Ils ne sont dès lors plus jamais revus.

Professeur de littérature dans un lycée, Gómez tâche de faire profil bas alors que le nombre de disparus grandit sans cesse autour de lui. Jusqu’au jour où l’un de ses élèves, Estéban, qu’il affectionne particulièrement, est raflé dans sa salle de classe même.

Rongé par l’insomnie et la paranoïa, Gómez passe ses nuits dans des bars interlopes en quête d’aventures avec des hommes de passage. Il va jusqu’à entamer une relation trouble et violente avec un policier fédéral qui l’effraie autant qu’il le fascine. Mais son conflit intérieur entre morale et survie va devenir intenable quand un jeune couple de dissidents se réfugie chez lui.

1977 est un roman essentiel sur la terreur institutionnalisée. En montrant combien il est difficile de conserver son humanité dans un climat totalitaire, Guillermo Saccomanno nous rappelle que l’Histoire se répète – et que les avertissements du passé sont hélas rarement entendus.

Critique :
1977 avait tout pour me plaire : un roman noir sur la guerre sale en Argentine.

Dictature (depuis le coup d’état de 1976), répression, assassinats, milices, rafles et un prof de littérature qui tente de ne pas se faire remarquer par les milices qui sévissent dans la ville.

Attention, je ne sous-entends pas que j’aime ces horreurs que des Hommes infligent à d’autres Hommes ! Jamais de la vie.

C’est juste parce que j’ai toujours apprécié l’Histoire et en apprendre plus sur les dictatures est toujours un bon moyen de contrer les gens qui, dans mon entourage (boulot), seraient tentés par un dictateur à la tête du plat pays. Imbéciles, va ! Lisez, nom de Dieu et choisissez les lectures qui vont vous éclairer.

Ce roman devait être, un de plus, qui allait m’éclairer, me donner matière à frémir, à me faire croiser les doigts que jamais nous ne sombrions dans une dictature.

Hélas, entre ce livre et moi, le coup de foudre n’a pas eu lieu, ce fut même une lecture froide, sans émotions, tant le style du récit m’a déplu dans sa manière d’être raconté.

Brouillon, chaotique, voilà comment je résumerais cette lecture. Une fois de plus, pour les dialogues, les tirets cadratins et les guillemets sont aux abonnés absents et c’est toujours plus complexe de s’imprégner d’un récit lorsque les dialogues ne sont pas bien mis en évidence. Et puis, ce récit qui part dans tous les sens, qui ne m’a pas passionné, qui m’a fait bailler d’ennui…

Dommage pour moi, car ce livre parlait de choses importantes : de la survie sous une dictature, de la morale qui fout le camp, de la paranoïa qui s’installe, de la peur d’être raflé à son tour, pour des motifs futiles, inventés, imaginés, iniques. Juste parce que certains ont du pouvoir et vous pas… Sous le règne de la terreur, il n’est pas facile de vivre, de faire confiance.

Dommage aussi parce que la ville de Buenos Aires, ainsi que sa population, étaient des personnages à part entière de ce roman noir, de ce roman social, policier et historique. On sent bien que la plume de l’auteur est amère, qu’il fait une critique violente de ce régime et de ceux qui y participèrent…

Mais, la rencontre n’a pas eu lieu entre le roman et moi et croyez-moi que je le regrette amèrement car il faisait partie de ceux que j’avais sélectionné lors de la rentrée littéraire de 2020 (oui, j’ai énormément de retard) et dont j’attendais beaucoup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°207] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°13).

Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco : Jean-Christophe Rufin

Titre : Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (06/04/20222)

Résumé :
La jeune Martha Laborne s’est évaporée à Acapulco. Mauvaise nouvelle pour le Quai d’Orsay : c’est la fille d’un homme politique français. La « Perle du Pacifique » était dans les années soixante le paradis des stars hollywoodiennes. Hélas, la ville aujourd’hui est livrée aux pires cartels mexicains de la drogue.

Aurel Timescu, notre calamiteux Consul, est envoyé sur place. Comme à son habitude, il est fermement décidé à ne rien faire. Son hôtel, le Los Flamingos, est hanté par les fantômes de Tarzan, d’Ava Gardner ou de Frank Sinatra. En suivant ces héros qui l’ont tant fait rêver dans son enfance, il va subir une complète métamorphose.

Un Aurel hédoniste, dandy et buveur de tequila se révèle. C’est bien malgré lui qu’il va se retrouver exposé à des intrigues meurtrières, à des dangers inconnus et au plus redoutable d’entre eux : la passion pour une femme exceptionnelle.

Critique :
Pour bien faire, j’aurais dû suivre l’ordre et lire les tomes précédents, compris entre le 2 et le 4. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, mais soudainement, j’ai eu une envie folle d’aller me dorer la pilule au soleil d’Acapulco.

Aurel Timescu, le plus calamiteux des Consuls y allait justement, alors, je me suis glissée dans la poche de sa veste en tweed. Il y faisait caliente, mais cela me permettait de voyager à moindre frais et avec un diplomate ! Même si ce n’est pas le diplomate qui fait rêver.

La mission d’Aurel est simple : ne rien faire !! Poser son cul dans un hôtel, siroter des cocktails, se baigner, mais surtout, surtout, ne rien faire pour chercher la fille de l’homme politique français qui a disparu. Coucouche panier, Aurel !

Ça tombe bien, Aurel n’est pas du genre à se fouler au boulot. Que du contraire, moins il en fait, moins on lui en demande, mieux il se porte ! J’avais la certitude que nous allions nous la couler douce, au Los Flamingos hôtel, en slash (tongs) et guayabera, à boire de la tequila ou des margarita.

Loupé, tout le monde est venu nous pourrir la vie avec des infos et des pistes sur la disparue dont nous n’avions rien à faire.

Aurel, c’est l’enquêteur improbable, le fainéant magnifique, celui qui ne fait pas de bruit, mais que tout le monde remarque. Celui qui voudrait passer sous les radars et qui n’y arrive pas. Aurel, je l’adore. Il n’est pas beau, il s’habille comme l’as de pique (et encore, en pire), mais il est tellement atypique qu’on l’aime de suite.

Les romans policiers de l’auteur semblent être avant tout là pour donner une touche d’humour, de légèreté, comme si l’on s’amusait follement, tout en enquêtant dans des pays (et des villes) où l’on n’a pas l’habitude d’aller. Ce serait réducteur de penser cela.

Sous ses airs d’amuseur local, l’auteur fait pourtant mouche et ne se prive jamais de parler de l’envers du décor, de nous montrer ce que les cartes postales ne montreront jamais : la violence, la pauvreté et autres sujets de société.

En fait, les enquêtes d’Aurel sont un mélange entre « Échappées belles » (à petites doses) et de « Envoyé spécial », le tout sous le couvert d’une enquête où notre Aurel fait le minimum du minimum.

Et malgré tout, je vous garantis que l’on ne s’ennuie pas du tout. Les personnages secondaires sont soignés, détaillés, ils prennent vie, ont leur importance. Aurel gagnera en profondeur, ressentira des émotions, craindra pour sa vie et se prendra pour Sinatra ou Johnny Weissmuller. Il aurait pu être ridicule, grotesque, mais non, il ne l’est pas, bien qu’il le frôle de peu. Il est surtout touchant, sans en avoir l’air.

Aurel est comme les romans qui le mettent en scène : on dirait de la littérature faite pour l’amusement, on sent que l’auteur s’est amusé à écrire ce cinquième tome, qu’il a puisé dans sa carrière de diplomate, que les seconds rôles existent réellement, quelque part…

Mais sous le couvert de littérature amusante, l’auteur n’oublie pas d’aborder les problèmes du Mexique, les tensions sociales, les narcos, les assassinats, la violence terrible, la corruption, les flics qu’il vaut mieux éviter et le déclin de cette station balnéaire, devenue la cible des racketteurs. On est en tong, mais on n’oublie pas le principal.

Aurel, je vais revenir en arrière et je ne zapperai pas tes précédentes enquêtes. Si tu pouvais me chanter, avec ta belle voix de crooner « Strangers in the night », je serais ravie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°206] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°12).

 

Hangman – Les fantômes du bourreau : Sébastien Bouchery

Titre :Hangman – Les fantômes du bourreau

Auteur : Sébastien Bouchery
Édition : LBS (09/03/2022)

Résumé :
Wisconsin, 1885. Assassin notoire, Travis Moses surnommé Le bourreau, sort de prison après 32 ans de réclusion. Prêt à retrouver sa place dans une société métamorphosée par la guerre civile, il retourne vivre dans la ville qui a forgé sa légende. Il y fait la rencontre de Sienna Hawk, journaliste à Chicago, venue pour écrire un livre sur sa vie. Contre une somme attrayante, Moses accepte.

Mais c’est sans compter la rancune tenace du marshal Pilby, prêt à tout pour faire replonger Moses et obtenir, enfin, la vengeance que tous attendent.

Au fil de son histoire qu’il raconte à la journaliste, Moses retrace les souvenirs d’un passé sombre et terrifiant, où la vérité ouvre une porte inattendue qui mène droit dans la tourmente et l’enfer.

Critique :
Ceci est un western qui n’est pas tout à fait un western…

Une grande partie des codes western sont présents, mais pas comme on pourrait le penser. Exit les duels dans la rue, les départ au galop, les attaques de banque, de diligences, de trains et pas de de cow-boys dans les parages…

Juste un shérif, une population en colère, des meurtres horribles de jeunes gens et un homme qui vit à l’écart et que l’on soupçonne d’être l’auteur des 12 disparitions et des 8 corps morts retrouvés. Un des habitants dit avoir trouvé un collier africain appartenant à ce vagabond, Travis Moses, dont on dit qu’il a passé du temps en Afrique.

Non, même si nous sommes dans un western, les allergiques au genre peuvent le lire, sans soucis, car c’est aussi un polar historique, où les ambiances de l’époque sont bien rendues (racisme, phallocratie). Sans oublier la haine de l’autre, les désirs de vengeance, sans même réfléchir afin de savoir si l’homme accusé est bien le coupable.

Puisque de nos jours, on en vient presque à lyncher des gens, sans preuves, juste parce qu’on a dit, sur les réseaux sociaux, que c’étaient des assassins, pédophiles, kidnappeurs…

Vous imaginez la réaction d’une population en 1853 après qu’on lui ait soustrait 12 de ses adolescents ? Autant parler à des sourds lorsqu’on est muet, c’est ce que tentera pourtant de faire le pauvre shérif. Une scène réussie et glaçante.

32 ans plus tard, Travis Moses, le bourreau, est de retour, libéré, délivré. Dans la ville, ça sent plus mauvais qu’un régiment de chiens qui auraient pété dans un ascenseur ! Comment refaire sa vie, comment arriver à la rédemption si personne ne vous tend la main, si toutes les portes se ferment devant vous ?

Divisé en plusieurs parties, ce western qui n’en est pas vraiment un, va aller assez loin dans l’horreur, notamment lorsque Travis Moses va raconter à la journaliste les supplices subis par ses 5 dernières victimes.

L’auteur, sans pour autant basculer dans l’exagéré ou dans la violence gore, juste pour faire du gore, m’a tout de même donné envie d’avoir des patates sur le feu ou des factures à payer… Certains passages sont hard, mais on arrive à les passer tout de même.

Puis, alors que j’étais captivée par le récit, l’auteur m’a taclée violement, m’envoyant valser au sol. Oh l’enfoiré, je ne l’avais pas vu venir ! Bravo, c’est ce petit plus qui augmentera la cotation de ce western, car cela change tout. On est entré dans une autre dimension.

Des chapitres courts, un récit qui ne manque jamais d’haleine, sans pour autant entrer dans un rythme endiablé, ce western sombre avait tout pour me plaire, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il joue aussi bien sur les ambivalences pour l’assassin Travis Moses. Un coup on le déteste, un coup on souffre avec lui…

Comme dans la chanson de Jacques Dutronc, j’ai retourné ma veste et je l’ai tellement retournée qu’elle craque de tous les côtés. Il en fut de même avec le Marshall Pilby : on comprend son acharnement sur Moses, mais parfois, on aimerait qu’il lui lâche la grappe, puisqu’il a payé sa dette par 32 ans de prison.

Un western sombre, qui ne manque pas de profondeur, de psychologie, avec des personnages bien travaillés, ambigus. L’intrigue est comme une toile d’araignée, mais ce n’est qu’une fois pris dedans que l’on s’en rend compte.

Tout se dévoilera au fil du récit, l’auteur restant le seul maître à bord de son récit et il le pilotera avec brio jusqu’à ce final bourré d’adrénaline, de balles qui sifflent et de révélations qui trouent le cul.

J’ai kiffé son roman western « Dusk«  et « Hangman » le rejoindra sur l’étagère des coups de coeur !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°196] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Délivre-nous du mal : Chrystel Duchamp

Titre : Délivre-nous du mal

Auteur : Chrystel Duchamp
Édition : L’Archipel (22/01/2022)

Résumé :
Commandant de police à Lyon, Thomas est chargé de retrouver Esther, mystérieusement disparue. Les mois passent et l’enquête s’enlise, tandis que d’autres femmes de la région s’évanouissent sans laisser de trace.

Jusqu’à ce que l’une d’elles soit retrouvée pendue dans une usine désaffectée, le crâne rasé et la langue arrachée. C’est le début d’une série de macabres découvertes.

Critique :
Délivre-nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation ? Amen ?

Non, pas d’Église dans ce thriller, ni même de prêtre, malgré tout, laissez les enfants assez loin de ce récit qui est violent et glauque dans la mise en scène des cadavres.

Une femme a disparu. En France, on a le droit de disparaître, sans rien dire à personne.

Peut-être, mais quand on part, on prend ses papiers, son argent (qu’on a retiré à la banque auparavant) et on ne laisse pas son chat enfermé dans sa chambre, sans manger et sans boire, non ? L’enquête principale commence ainsi, avec une femme qui est persuadée que sa soeur a été enlevée. L’enquête partira dans des directions inattendues…

Autant où son précédent roman « Le sang des Belasko » m’avait conquis à 100%, autant où celui-ci me laisse mitigée. Je suis partagée entre deux sentiments : j’ai apprécié certaines choses dans le récit, et pourtant, j’ai une sensation de vide en moi, comme si je n’avais pas accroché à cette lecture, ou accroché à moitié.

Le début était prometteur pourtant : le roman commence par des prologues qui se terminent abruptement, laissant le lecteur dans un suspense énorme, sans que l’on en sache plus pour le moment. Les dates ne sont pas les mêmes, la question sera de savoir comment ces trois prologues se rejoindront dans le récit. Pour le premier, on comprendra vite comment.

Ma sensation de vide durant ma lecture vient du fait que j’ai eu l’impression que cette histoire manquait de liant. L’épisode avec le petit village de Oingt est sans doute de trop dans ce récit.

J’avais commencé à décrocher un peu du récit et là, avec ce qui va suivre, j’ai eu l’impression de me retrouver face au fameux concept du « jumping the shark » (autrement dit, la scène qui va trop loin), même si elle faisait référence à un épisode historique réel. Dans le récit, par contre, c’est plus poussé que dans le fait divers réel.

Quant bien même cet épisode se rattache ensuite au récit central, ce qui me heurte, c’est que cela va trop loin dans la folie vengeresse et ça a fichu en l’air les messages importants que possédait ce récit, notamment sur la banalisation des viols, des féminicides, de toutes ces femmes battues que l’on n’écoute pas, dont on ne prend pas assez au sérieux les dépôts de plainte.

Comme si les personnages n’avaient pas été réalistes, ce qui est bizarre comme sensation, puisque notre policier peste sur l’administration qu’il doit faire, qu’il passe plus de temps au bureau que sur le terrain et qu’il lui semble s’être transformé en secrétaire.

C’est tout à fait le résumé de la fonction de policier ou d’enquêteur. Sans doute est-ce la manière dont c’est amené dans le récit qui l’a fait sonner faux. Idem avec les aveux de sa fille, qui semblent n’être là que pour rajouter du glauque au glauque, alors que cela n’apporte rien au récit, si ce n’est de l’eau au moulin de certain(e)s.

C’est un sentiment d’irréalité, de fausseté dans les monologues (ou dialogues) qui m’a attrapé à plusieurs moments et qui ont gâché cette lecture qui était prometteuse, car nous étions dans un polar qui n’avait rien de commun avec les habituels.

L’autrice sortait des sentiers battus en mettant de l’originalité dans la construction du récit et dans son contenu (mais pas dans les personnages, hélas). Elle avait réussi à piquer ma curiosité et je me demandais ce qui se cachaient derrière ces disparitions suspectes. Mon sentiment de départ était que cette lecture était prometteuse… Zut, loupé.

Le final, un peu bâclé, un peu trop rapide, laisse comme un goût d’inachevé, là où le final du « Sang des Belasko » était remarquable. Même si les derniers chapitres, sous forme de lettres, expliquent bien des choses, cela n’enlève rien au sentiment de gâchis qui m’a étreint durant une bonne partie du récit.

Pourtant, ce roman n’est pas à jeter aux orties, c’est ce qui fait que je suis, une fois de plus, le cul entre deux chaises, même s’il penchera plus du côté des « lectures qui ont foirées » alors que l’autre roman de l’autrice est dans mes coups de cœur.

Sans doute est-elle plus douée pour les polars psychologiques que dans les enquêtes policières avec des vrais flics.

J’essaierai son autre roman « L’art du meurtre » pour ne pas rester sur ma chute… Allez, en selle !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°191].

L’Armée d’Edward : Christophe Agnus

Titre : L’Armée d’Edward

Auteur : Christophe Agnus
Édition : Robert Laffont (10/02/2022)

Résumé :
La plus grande chasse à l’homme de l’histoire commence… Elle pourrait changer le monde.

0 h 30 (heure de New York), localisation non renseignée
Au coeur d’une « war room », des jeunes gens, les yeux rivés sur leurs écrans, organisent une opération inimaginable.

8 h 04, Ubatuba, Brésil
Fernando Pereira de Almeida, sénateur et businessman, disparaît mystérieusement alors qu’il prend son bain de mer matinal.

11 heures, Jupiter International Golf Course, Floride
Le président des États-Unis se volatilise sous les yeux de ses gardes du corps et d’une foule ébahie au départ du trou n°1, comme si le sol s’était ouvert sous ses pieds…

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Critique :
♫ Oh, oh you’re in the army – now ♪ (*) Oui, maintenant, tu fais partie de l’armée, celle d’Edward. Et dans cette armée, faut être le meilleur, derrière un clavier ou être un ancien de l’armée, faut mouiller le maillot et bosser caché.

POTUS a disparu sous les yeux de ceux qui le surveillaient. Pour les cancres du fond de la classe, Potus, ce n’est pas le nom d’un hamster ou d’un chat, non, c’est simplement l’anagramme de « President of the United States of America ».

Non, ce n’est pas le Donald, mais une sorte de clone, un mec imbu de lui-même, qui ne lit aucun rapport, qui joue au golf et qui se fout du réchauffement climatique comme je me fous de sa première paire de chaussettes. Il ne sera pas le seul à disparaître de la surface de la Terre, enlevés par des mystérieux kidnappeurs qui ne laissent pas de traces. Non, Mulder peut rester au bureau, pas de E.T !

Ce techno-thriller est addictif, ne manque pas de ressource, ni de souffle, ni d’imagination. L’auteur a pensé à tout, à tout bien ficelé le paquet et nous l’a livré avec une sacrée dose d’adrénaline, de mystère et de suspense. Une sorte de 24h chrono, mais le tout étalé sur une vingtaine de jours, avec plein de personnages, sans que l’on ait de soucis pour les différencier.

Sincèrement, je ne savais pas du tout dans quoi je m’engageais lorsque j’ai ouvert ce thriller, me fiant à l’avis de l’ami Yvan. Je ne qualifierai pas ce thriller d’être l’un des meilleurs de ces dernières années, mais je dois dire qu’il a des couilles, qu’il met le paquet et qu’il m’a fait du bien par où il est passé (je parle du roman, bande d’obsédés !!!).

Mon bémols, puisqu’il y en a un minuscule, c’est que j’ai trouvé un poil de manichéisme dans les personnages, au sens que les vilains pollueurs, plein de fric, égoïstes, n’ont vraiment rien pour les rattraper (hormis le POTUS qui évoluera au fil des pages) et que les Gentils de l’armée d’Edward sont des gentils et réussissent tout.

Ok, c’est jubilatoire de voir les méchants se faire mettre à terre, c’est jouissif lorsque les gentils gagnent et font la nique aux gars du FBI, CIA, GAFFAM et autres sigles… Oui, je sais que, IRL, les salopards n’ont pas toujours quelque chose pour adoucir leurs portraits, mais… En littérature, j’apprécie que la balance ne penche pas exclusivement du même côté. Ceci n’est que mon avis…

Utilisant la fiction à bon escient, l’auteur a monté un scénario où tout se tient, ou tout se relie, ou rien n’est déductible à l’avance, comme si nous étions pris dans une énorme machinerie mais que nous ne sachions pas où elle va nous emporter.

Alors je me suis laissée porter par la vague, acceptant les technologies de pointe proposées par l’auteur, admirant cette profondeur cachés dans son récit, qui, de prime abord, n’a pas l’air d’être là.

Au fur et à mesure du récit, des réflexions vont apparaître, les messages vont passer et lorsque l’on regardera tout cela après avoir fermé le roman (faut aller bosser, dormir, manger), on comprendra que la profondeur est bien présente dans le scénario, que l’auteur est allé très loin dans son récit, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis, qu’il nous a offert de belles surprises et a réussi à tenir son lecteur en haleine sur plus de 500 pages.

Pour connaître la vie des gens, il faut la vivre. Quoi de mieux que de le faire vraiment ? Que de se mettre dans leurs chaussures, de vivre avec eux, de souffrir avec eux ? Pour connaître ce roman, il faut l’ouvrir, le lire et alors, vous saurez…

Un excellent techno-thriller qui a le mérite de pousser à la réflexion, de faire passer des messages sans que cela soit moralisateur, de ne pas sacrifier le fond ou la forme, d’utiliser le suspense ou les rebondissements avec intelligence, bref, de proposer un thriller intelligent, avec de l’action et des réflexions.

Mon mini bémol, je vais m’asseoir dessus parce que là, l’auteur s’est cassé le cul pour nous pondre un thriller couillu, péchu et bien foutu. Moi, j’en redemande !

(*) « In The Army Now » : Status Quo

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°186].

Lanfeust de Troy – Tome 9 – La forêt noiseuse : Christophe Arleston et Didier Tarquin

Titre : Lanfeust de Troy – Tome 9 – La forêt noiseuse

Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Didier Tarquin

Édition : Soleil (03/11/2021)

Résumé :
12 ans se sont écoulés. Lanfeust a repris son métier de forgeron et propose ses services de village en village. Sous cette couverture, il est en fait un agent au service du Conservatoire d’Eckmül…

Rien ne va plus dans le monde de Troy. Les sages, relais de la magie, disparaissent un à un. Lanfeust lui-même a perdu son pouvoir. Qui est cet être mégalomane qui plonge villes et villages dans le chaos ?

Et quid de cet arbre gigantesque d’où semblent provenir tous les maux qui les accablent ? Lanfeust et Hébus, à nouveau réunis, partent au Delpont enquêter sur ces étranges disparitions…

Critique :
Chouette, le retour de Lanfeust ! Et Lanfeust de Troy, en plus. Oui, j’avais envie de remettre les pieds à Eckmül sans pour autant entamer une relecture du cycle.

21 ans après la parution du tome 8, Arleston et Tarquin nous offrent un tome 9.

Lanfeust n’est plus un gamin, ni un jeune homme, et je me demande si je ne le préférais avec son ancien look que le nouveau.

Hébus, le troll, est devenu un sage à Eckmül, ce qui le change de sa vie antérieure. Oui, le monde de Troy a bien changé…

La peur est toujours qu’un nouveau tome ne soit pas à la hauteur et n’arrive pas à la cheville de l’ensemble du cycle. D’un côté, on a envie de se plonger dedans et de l’autre, on renâcle un peu.

Les dessins de Tarquin sont toujours aussi agréables à regarder. Ils ne varient pas (ou si peu) et les codes habituels se retrouvent dans les cases. Rien à redire sur les couleurs, tout est impeccable.

Troy a un problème, plusieurs problèmes : les mages qui relaient la magie meurent tous prématurément, leurs remplaçants n’arrivent jamais à bon port et les gens changent de pouvoir ou le perde totalement.

C’est une catastrophe ! Que se passe-t-il ? Afin d’en savoir un peu plus, il faut aller enquêter discrètement et régler les emmerdes. Pour cette mission, il faut envoyer Lanfeust, devenu forgeron itinérant après avoir sauvé le monde.

On prend presque les mêmes et on recommence des aventures. Ce sera une mission pour Hébus, Lanfeust, aidés par les deux jeunes, Aspette et Atastrophe. Un jeune fille apprentie forgeronne et un jeune apprenti sage. Une fille qui n’a pas froid aux yeux et un jeune garçon qui a vite peur.

Un nouveau duo à l’ancienne, comme du temps de C’ian et Cixi (une fille qui n’avait pas froid aux yeux, ni ailleurs, face à sa sœur, bien plus prude).

Les auteurs n’ont pas oublié de mettre au point un méchant bien méchant, avec un pouvoir magique vachement difficile à contrer. Bref, il y avait de quoi faire durer l’affaire sur deux albums au minimum, ou plus.

Ben non, moi qui avait l’angoisse de ne pas avoir la fin de l’histoire et de devoir attendre la publication du tome suivant, j’ai été étonnée de voir que l’histoire se terminait avec ce tome.

Devoir attendre pour lire la suite m’aurait frustrée, mais que cet album se termine aussi vite me frustre encore plus (jamais contente!).

L’humour manque un peu à l’appel, je trouve. Les anciens albums de Troy possédait cet humour potache qui me faisait pouffer de rire à tout bout de champ, sans oublier qu’en retournant les albums, on découvrait des phrases cachées, même dans les formules magiques.

Ici, nous aurons juste droit à un détournement de la chanson Alexandrie, Alexandra. En ce qui concerne notre monde, nous aurons les petits oiseaux qui relient tout le monde ensemble en leur donnant des nouvelles de ce qui se passe de par le monde, en ce compris des théories complotistes.

Cette série m’a habitué à mieux, beaucoup mieux, et à des cycles plus longs qu’un one-shot. L’histoire prend du temps à se mettre en place (ce qui est normal) et ensuite, tout se précipite un peu trop rapidement, comme si Lanfeust avait juste eu affaire à un méchant normal, de petite envergure, alors que celui mit au point par les auteurs avait de quoi lui en faire voir un peu plus longtemps.

Maintenant, pour ceux ou celles qui prennent la série en route, pas de problème, on explique vite fait bien fait les principes de magie sur Troy et on peut se permettre de lire cet album sans devoir attendre pour lire la suite.

Apparemment, à ce que j’ai compris, les albums qui suivront seront tous en one-shot.

Oui, j’ai des bémols, oui, j’aurais aimé que l’histoire dure plus longtemps, oui, il y avait matière à faire plus, mais malgré tout, j’ai pris du plaisir à retrouver mon Lanfeust et ce cher Hébus.

Cette saga d’heroïc-fantasy a enchanté une grand partie de ma vie et j’ai toujours pris plaisir à la relire. Alors, je serai au rendez-vous pour le tome 10, si tome 10 il y a…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°177] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble : Robert Galbraith [par Dame Ida Prima Fana Assoluta]

Titre : Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (16/02/2022)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 5: Troubled Blood (2020)
Traduction : Philippe Résimont

Résumé :
Cormoran Strike est en visite dans sa famille en Cornouailles quand une inconnue l’approche pour lui demander de l’aide. Elle aimerait retrouver sa mère, Margot Bamborough, disparue dans des circonstances jamais éclaircies en 1974.

Strike n’a encore jamais travaillé sur une affaire classée, et en l’occurrence, 40 ans se sont écoulés depuis les faits. Intrigué, il accepte, malgré le peu de chances de résoudre l’affaire et la longue liste des cas sur lesquels lui et son associée Robin Ellacott travaillent déjà. Cette dernière est embourbée dans un divorce déjà compliqué, ses sentiments pour Strike n’arrangeant rien.

Petit à petit, l’enquête apparaît comme extraordinairement complexe. Sur leur chemin, Robin et Strike rencontrent des témoins peu fiables, s’interrogent sur des jeux de tarots, tout en poursuivant des pistes qui semblent mener vers un serial killer psychopathe. Ils apprendront bientôt, à leurs dépens, que même des affaires classées peuvent se révéler dangereuses…

Ce cinquième volume de la série des Cormoran Strike, épique et labyrinthique à souhait, nous offre une lecture haletante. Incontestablement le meilleur roman de Robert Galbraith à ce jour.

L’avis de Dame Ida :
Comme vous le savez si vous avez suivi mes fiches sur cette série, le Robert Galbraith qui a signé cet opus n’est autre qu’un alias de JK Rolling, la célébrissime auteure de la saga Harry Potter.

Elle avait en effet préféré au départ se lancer dans le genre policier, discrètement, afin que les lecteurs puissent aborder cette nouvelle série sans la comparer à ses productions antérieures et pour toucher un autre public, qui n’aurait peut être pas tenté l’essai, si le premier roman était sorti sous son nom.

Ayant démontré toute sa crédibilité dans le polar dès la première enquête de Strike, elle n’a pas forcément veillé à ce que le secret demeure et l’information a fini par fuiter.

J’ai beaucoup aimé ce roman comme j’ai beaucoup aimé les précédents.

C’est que je me suis attachée au gros nounours hirsute bougon et mal-léché qu’est Cormoran Strike. Et Robin, son associée, est l’exemple même de la jeune-femme résiliente et sacrément intelligente, pleine de ressources. Suivre leur évolution au fil des tomes de la série est un vrai plaisir que l’on prolongera avec délice grâce à ce nouveau volume.

Lorsque je les avais découverts dans la première enquête, j’ai eu un peu peur en constatant que Rolling, qui aime jouer avec les codes des genres littéraires, avait planté le décor assez stéréotypé du polar…

Avec un privé tirant le diable par la queue pour ne pas sombrer dans les abysses de la ruine et une nouvelle secrétaire terriblement sexy qui va se révéler être un soutien indéfectible, sans parler de l’attraction sexuelle impossible qu’ils exercent l’un sur l’autre sans qu’ils ne puissent la consommer.

Bref rien que du vieil archétype éculé que Rolling a su dépoussiérer, recycler et moderniser pour nous offrir du polar de bonne facture. Et chaque nouveau volume depuis, vient nous prouver qu’elle poursuit sur cette lancée. Celui-ci suit parfaitement l’habitude et justifie les quelques années d’attente depuis le précédent.

En outre, si je trouve toujours un peu hasardeux de comparer les auteurs de romans policiers entre eux, car ils ont tous un style qui leur est propre et situent leurs romans dans une époque qui leur est propre également, la complexité des intrigues et le développement de la psychologie des personnages que Rolling nous propose n’est pas sans me faire penser au génie d’Agatha Christie. Fausses pistes, indices décisifs distillés l’air de rien… Et parfois même de d’action comme on en voit évidemment jamais avec Poirot et Marple.

Toutefois, je mettrai un petit bémol : ce roman a les défauts de ses qualités… Mais sur ce point il faut bien reconnaître que le facteur subjectif est important. Comme dirait l’autre : la beauté est dans l’œil de celui qui regarde.

Je m’explique : Ce roman est très long. Un peu moins de mille pages. C’est un format inédit pour les enquêtes de Strike, même si on avait déjà remarqué avec Harry Potter, que chaque nouveau volume était plus gonflé que le précédent…

956 pages, pour un polar c’est énorme car un bon polar doit avoir un rythme régulier et équilibré sur la durée, alternant entre légers ralentissements et accélérations, introduisant quelques passages introspectifs ou développements sur l’évolution psychologique de personnages que nous suivons déjà depuis un moment.

C’est le cas en l’occurrence, mais sur mille pages cela peut paraître un brin fatigant même quand c’est très bien mené. En effet, la qualité de l’écriture et de la construction du roman ne sont pas en cause… C’est simplement qu’un tel format peut être difficile à suivre pour une lectrice lambda dont le temps de cerveau disponible pour la lecture s’avère très moyen (mea culpa, mea maxima culpa… même si je ne suis pas seule dans ce cas!).

Robin et Cormoran reprennent ici un « cold case » vieux de 40 ans qui a fait l’objet d’une enquête préalable et que la dite enquête à retenu une multitude de pistes que nos héros se sentirons obligés de reprendre une à une. Et autant de pistes cela signifie aussi beaucoup de personnages… De fait, on sent que l’enquête va être très longue puisque toutes les impasses devront être vérifiées une à une, mobilisant des espoirs et des déceptions… et l’écoute attentive et critique de bien des témoignages qu’il faudra recouper.

A cela s’ajoutent d’autres enquêtes parallèles. Car le cabinet de Cormoran et de Robin, renforcé par trois autres détectives et une secrétaire (Robin a fait du chemin depuis la première enquête : elle est passée enquêtrice associée) doit bien tourner et payer toutes ses charges. Même si ces enquêtes subsidiaires ne prennent évidemment pas la place de l’enquête principale, c’est encore des informations en plus que le cerveau doit traiter.

Et puis Robin et Cormoran on des vies privées évidemment compliquées, sinon ça ne serait pas drôle. Entre le divorce compliqué de Robin… Entre le père de Cormoran qui se rappelle à son bon souvenir via ses autres enfants… Entre la tante très malade de Cormoran… Et le fantôme de son ex qui ondule de la toiture et essaie de lui rappeler qu’elle existe…

Sans parler des bonnes âmes qui voudraient les caser l’un avec l’autre les obligeant à s’en défendre alors qu’ils finiraient par s’envoyer enfin en l’air si on les lâchait un peu… Voilà encore un lot copieux d’intrigues subsidiaires à suivre en plus des fils des enquêtes.

Tout cela pour dire que malgré le maintient d’un rythme parfait et d’un bon équilibre narratif, le lecteur ou la lectrice ne pourra jamais relâcher son attention s’il veut bien comprendre ce qu’il ou elle lit.

La moindre inattention ne pardonne pas. Entre les passages d’une enquête à l’autre, d’une piste à l’autre, d’un des nombreux personnages à l’autre j’étais bien contente d’être en congés et d’être en mode repos pour me concentrer sur ce livre sans faire de pause de quelques jours (comme ça peut m’arriver souvent) entre deux sessions de lecture. Et même ainsi j’avoue que mon cerveau ramolli de vieillie quinqua a parfois eu du mal à remettre certains noms à leur place.

On peut se dire… Oui… un gros pavé comme ça, on prend son temps pour le déguster et le digérer… Mais il faut quand même avoir un estomac, ou ici plutôt un cerveau, dans des dispositions optimales pour se régaler pleinement. Et malgré ma relative disponibilité au moment de ma lecture, la bonne construction du roman, l’intrigue diabolique, la critique douce amère du matérialisme de la bourgeoisie britannique, la distillation des éléments capitaux toujours au bon moment et son style toujours aussi agréable avec parfois une touche de comique très british sans avoir l’air d’y toucher (la scène du repas chez Robin est désopilante malgré son côté dramatique!), j’avoue avoir eu par moment du mal à suivre.

Bref c’est un très bon roman qui se mérite car il très dense, au point de noyer votre mémoire d’une avalanche d’informations à engranger et à trier. Une sorte d’Himalaya qui exige du lecteur des efforts constants et régulier pour arriver au sommet. Et comme pour une telle ascension, ça réclame non seulement d’être en forme, mais d’avoir un certain entraînement.

Spoilers et polémiques (il s’agit d’un spoiler partiel rapporté comme énoncé par ceux qui l’ont dévoilé… mais qui en plus n’est pas exact ! Car le personnage désigné coupable n’est que suspect pour notre enquête…) :

Ce roman sort dans un contexte troublé. Des médias LGBT qui entendent dire aux gens de leur communauté ce qu’ils convient de penser ou de lire, appellent au boycott du livre au motif que le meurtrier serait une personne transgenre et que JK Rolling y exprimerait sa transphobie.

Il serait bon de lire les livres avant de dire des conneries sur leur contenu en prétendant les spoiler qui plus est. Mensonge volontaire ou simple publication de « on dit que » interprétatifs non vérifiés par des prétendus journalistes qui ne vérifient pas les informations qu’ils écrivent ? Je n’en sais rien.

Mais en revanche j’en suis certaine : on ne peut certainement pas réduire la transidentité supposée d’un tueur psychopathe au fait d’enfiler parfois une perruque et de mettre du rouge à lèvres pour approcher plus facilement ses victimes rassurées par une femme ! Le dit suspect n’exprimera en effet à aucun moment la moindre revendication transidentitaire. Et même si d’autres personnages s’interrogent sur son éventuelle homosexualité, cette interrogation est aussi l’occasion pour l’auteure de se moquer gentiment des représentations stéréotypées.

D’autant que le fait que le suspect ait choisi des femmes comme victimes pour ses scénarios pervers pose cliniquement que son objet sexuel électif est bel et bien hétérosexuel. On fait franchement mieux comme transgenre et comme gay ! C’est « juste » un sociopathe hétéro qui a développé des stratégies pour endormir ses proies !

En outre, ceux qui sur-interprètent mensongèrement le livre sur le registre de la transphobie passent sous silence la présence dans ce roman d’un couple homosexuel marié, présenté d’une manière totalement banale et anodine, au point d’en faire un non-évènement qui ne mérite même pas la moindre justification.

Et on rencontrera également un autre personnage gay, sympathique, qui pourrait même être présent dans le prochain opus. On fait également franchement mieux quand on veut donner dans la LGBT phobie !

Elle n’est ici qu’inventée afin de justifier un boycott scandaleux contre une auteure appartenant à un courant féministe portant un regard critique sur l’image de la féminité véhiculée par les femmes transgenres sur la base des stéréotypes issus du regard et du désir masculin.

Que ce questionnement plaise ou déplaise à la communauté LGBTQA+ qui veille à maintenir l’union politique entre ses diverses composantes sur le dos d’une auteure est une chose…

Mais justifie-t-il d’être réduit au silence au nom du triomphe attendu d’une pensée unique ?

[SÉRIES] Miss Marple – Saison 1 – Épisode 1 – Un cadavre dans la bibliothèque (2004)

Une jeune femme blonde est découverte étranglée dans la bibliothèque de la demeure du Colonel Arthur Bantry et de sa femme Dolly. Celle-ci fait alors appel à son amie de longue date, Miss Marple, pour tirer les choses au clair.

Distribution : 

  • Geraldine McEwan (VF : Lily Baron) : Miss Marple
  • Ian Richardson (Conway Jefferson)
  • Tara Fitzgerald (Adelaide Jefferson)
  • Jamie Theakston (Mark Gaskell)
  • Giles Oldershaw (Edwards)
  • Florence Hoath (Pamela Reeves)

Ce que j’en ai pensé :  Ma préférence à moi, c’est Hercule Poirot, mais lorsqu’il n’y a rien à la télé, Miss Marple fait parfaitement l’affaire.

J’avais enregistré cet épisode sur la box et il est venu à point nommé pour remplir une soirée télé. Mon mari a même regardé avec moi…

Un manoir, une immense bibliothèque, des livres jusqu’au plafond (et des toiles d’araignées) et, au milieu, le cadavre d’une femme.

Sérieusement, on ne range pas les cadavres dans une bibliothèque, s’il vous plait ! Ça fait désordre. Seul le colonel Moutarde peut y commettre des crimes, avec le chandelier ou toute autre arme qui lui conviendra.

Comme les propriétaires du manoir, comme les flics, Miss Marple ne comprend pas pourquoi cette femme a été tuée là. Le téléspectateur non plus. Surtout que l’épisode avait commencé durant la seconde guerre mondiale, avec une famille réunie autour d’une table, avant qu’une bombe ne leur tombe dessus…

Le rapport, on le comprendra plus tard, lorsque nous retrouverons les membres de cette famille (pas de mauvais jeux de mots), dans une station balnéaire où Miss Marple va aller continuer son enquête.

Comme toujours, avec Agatha Christie, rien n’est simple et j’avais eu beau me tordre les petites cellules grises, je n’avais absolument rien trouvé, rien vu venir et je me suis amusée à accuser tout le monde du crime.

Pourtant, il y avait des tas de petits détails qui auraient pu me mettre sur la piste, hélas, je n’ai jamais réussi à les relier entre eux. Je me doutais qu’il y avait anguille sous roche, une couille dans le pâté… Rhââ, pas moyen de trouver avant la solution finale.

Hercule Poirot restera mon chouchou chez la mère Christie, pourtant, j’ai pris du plaisir avec cette Miss Marple, ses petits sourires, ses vêtements de bobonne, ses petits airs de ne pas en avoir l’air, son sourire mutin, son air innocent et sa manière, bien à elle, d’enquêter.

Ce n’est pas une enquête trépidante, elle ne court pas partout, la Miss Marple, elle va à son aise. Ni mon mari, ni moi, n’avons baillé devant cet épisode.

Oui, j’avais lu ce roman dans ma jeunesse, vu qu’il y avait mes deux vices dans le titre (cadavre, donc meurtre et bibliothèque), mais je n’en avais gardé aucun souvenir, alors que j’ai toujours dans ma mémoire les résolutions de certains romans de la reine du crime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°148] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°30].

Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Un mese con Montalbano (1998)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Amateur de bonne cuisine et amoureux de son pays, la Sicile, Salvo Montalbano n’est pas un commissaire comme les autres : à la férocité de la vie, il oppose une intelligence humaniste et une ironie bienveillante.

Passionnels, accidentels, mafieux, les délits dont il s’occupe reflètent la nature humaine.

Commis par des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, beaux ou laids, ignorants ou lettrés, ces crimes ont pour point commun le regard posé sur eux par Montalbano qui éclaire cette folle comédie humaine de son oeil vif et amusé.

Sous le soleil ardent de l’Italie contemporaine, toute une société prend vie : du clochard érudit au petit commerçant mafieux malgré lui…

Le portrait d’un très ancien pays se compose : lumineux et âpre, vertigineux et passionnant. Un régal !

Critique :
Composer des nouvelles n’est jamais un exercice facile, les lecteurs ayant toujours la sensation que la nouvelle est trop courte, que la fin n’en est pas vraiment une, qu’ils ont passé trop peu de temps avec les personnages.

Hormis dans les nouvelles policières avec Holmes ou Poirot, puisqu’on peut les retrouver dans bien d’autres…

Pour le commissaire Montalbano, il en va de même : on le connaît bien, on a appris à connaître l’univers dans lequel il évolue, on a croisé ses subalternes, on a fait le tour du village…

Donc, zéro frustrations avec ce recueil composé de 30 nouvelles policières qui font le tour de bien des situations qui pourraient se présenter à notre commissaire amateur de bonne chère. Bon, vu la longueur des nouvelles, l’auteur ne perdra pas trop de temps à lui faire faire le tour des restos du coin…

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas que des enquêtes pour des crimes de sang, dans ce recueil, mais aussi des disparitions étranges, des règlements de compte entre mafiosos, la présence du diable dans la maison d’une vieille dame, des affaires qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, le meurtre d’un clochard,… Il y en a pour tous les goûts.

Lire ce recueil, c’est comme plonger sa main dans un paquet de bonbons qu’on adore (ou de chips, de biscuits, de glace, selon vos goûts) car il est difficile, une fois commencé, de s’arrêter. Le maître-mot était « Allez, encore une petite pour la route » et bardaf, à chaque fois j’en ai ajouté une…

Les points forts des romans de Camilleri, c’est d’abord son écriture, mélange entre le sicilien et l’italien que le traducteur, Serge Quadruppani, arrive à rendre en inventant des mots, remplaçant des lettres par d’autres, faisant chanter les dialogues.

L’autre point fort, ce sont les personnages, que ce soit le commissaire Montalbano ou tous les autres qui gravitent autour de sa personne, policiers ou personnages secondaires, qu’ils soient truculents ou sages, tous étant toujours très réalistes.

Ouvrir un Montalbano, c’est mordre à pleines dents dans un morceau de Sicile, aller manger dans les petites trattorias pittoresques et s’en foutre plein la panse tant les plats ont l’air succulents.

Lire un Montalbano, c’est s’offrir une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes, c’est oublier la grisaille ambiante, les emmerdements de la vie… C’est voyager en restant au fond de son canapé, avec une minuscule empreinte carbone (mon livre était de seconde main) et ne pas se faire emmerder avec des QR codes ou autres papiers à remplir.

Montalbano, c’est la Sicile à l’état pur, le soleil, la mer, la plage, la bonne humeur (ou pas, le commissaire a aussi ses mauvais jours) et découvrir des petites enquêtes rafraichissantes, qui ne se prennent pas la tête (j’ai découvert souvent le mobile et le coupable), mais qui font du bien au moral.

Certes, elles n’ont pas la puissance de certains romans de l’auteur, la place manque toujours dans une nouvelle, malgré tout, elles restent agréables à lire et bien diversifiées.

Alors franchement, what’else ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX], Le Mois du Polar chez Sharon et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Italie).