L’héritier de Moriarty : Annelie Wendeberg [LC avec Bianca]

Titre : L’héritier de Moriarty

Auteur : Annelie Wendeberg
Édition : Presses de la cité – Sang d’encre (26/04/2018)
Édition Originale : The Journey (2014)
Traducteur : Florence Hertz

Résumé :
Anna Kronberg revient… enceinte et traquée.

Enceinte de son pire ennemi, Anna Kronberg a repris espoir quand elle est parvenue, épaulée par Sherlock Holmes, à empoisonner Moriarty.

Mais le redoutable professeur a tout mis en œuvre pour pouvoir continuer, même après sa mort, à torturer la mère de son enfant à naître : il a demandé au colonel Moran, son homme de main et grand chasseur de gibier, de mettre la main sur Anna et Holmes, puis d’attendre la naissance de l’enfant, d’enlever le nouveau-né et de tuer les deux acolytes.

Commence alors une course-poursuite entre plusieurs continents, sur fond de menaces d’attaques bactériologiques, de réseaux d’espionnage et de prémisses de grand conflit mondial.

Holmes et Kronberg sont prêts à tout pour contrer les funestes projets de Moriarty, même à mettre en scène une fausse-couche…

Critique :
C’est avec un polichinelle dans le tiroir que nous retrouvons Anna Kronberg, pataugeant dans la lande humide en compagnie de Sherlock Holmes.

Dans son ventre, l’enfant de Moriarty grandi et, suivant la haute silhouette de Holmes, elle fuit le colonel Sebastian Moran.

Ce troisième épisode, je l’attendais et le craignais à la fois car il fallait rebondir sur un tome 2 très huis clos où Holmes était peu présent et où Anna avait affronté Moriarty.

Enceinte et en fuite, cela pouvait vite tourner en eau de boudin ou en guerre larvée avec un Holmes excédé par une femme en cloque qui, soyez certain, n’a pas envie de mettre sur l’mur, au-dessus du berceau, une photo d’Arthur Rimbaud !

Et puis, avec un Holmes aux p’tits soins, qui s’défonce en huit pour qu’elle manque de rien la p’tite… Et bien, ça la fout en rogne, Anna, qu’on lui fasse preuve de sollicitude ou qu’on la croie en porcelaine.

L’auteur a bien tiré son épingle hors du jeu, sans tomber dans les pièges d’une pareille histoire, évitant tous les écueils guimauviens et nos amis avaient beau être à pied et trempé, on s’est vite retrouvé à la moitié du récit qu’on n’y avait rien vu.

Le couple Holmes-Kronberg marche du tonnerre sans jamais sombrer dans la mièvrerie. Il est composé de respect, de sentiments amoureux (pour Anna), d’amitié, de cerveaux connectés et d’un Holmes qui a envie de faire un pas en avant tout en faisant trois pas en arrière.

Accorder leurs violons semble être une tâche pour le moins difficile, surtout que Holmes ne montre jamais ses sentiments et que s’il se dévoile un peu, c’est pour mieux se refermer, tel une huitre à qui on voudrait voler sa perle.

Un passage que j’ai bien aimé, ce sont les réflexions d’Anna sur les prostituées et sur le carcan dans lequel la société victorienne se réfugie, regardant ailleurs. Le fait d’avoir visionnéé des reportages sur Jack The Ripper m’a ouvert une fenêtre en plus dans le récit.

Anna n’a pas sa langue en poche et elle ne se prive pas de fustiger cette société qui refuse des droits aux femmes, qui les empêche d’accéder à certaines professions, sur le fait que cette société bien-pensante évite de parler de sexe et qu’elle fasse comme si les femmes tombaient enceinte de par l’opération du Saint-Esprit ! Savoureux !

Niveau rythme et suspense, on n’est pas volé. L’ombre de Moran et de son sbire plane sur le récit et si l’homme était un animal, on sentirait son haleine fétide sur nos talons. D’ailleurs, tout comme Holmes et Anna, on n’est jamais trop sûr d’avoir réussi à le berner.

L’ennemi est à la hauteur, c’est un chasseur de grands fauves et si Holmes est traqué aussi, c’est Anna qui fait souvent figure de chèvre pour appâter le chasseur transformé en tigre.

Le récit se veut réaliste au niveau des douleurs ressentie par une femme enceinte ainsi que dans la scène d’accouchement. Le fait qu’Anna soit médecin donne aussi plus de corps à ce genre de détails puisqu’elle connait bien l’anatomie humaine.

Dommage que le récit n’ait pas été un peu plus long ce qui l’aurait étoffé. C’est bien joli de nous reparler de la menace bactériologique des tomes 1 et 2, mais l’auteure ne pousse pas assez loin cette menace et cela donne un sentiment inachevé, comme si on avait mis des épices sur le plat principal mais oublié de saler un des accompagnement.

Le final est comme il devait être, dans la logique. J’aurais aimé un autre, mais ce que mon coeur désirait mon esprit ne pouvait le valider car il aurait été à l’encontre de ce que les trois tomes nous avaient montré.

Une belle trilogie politico-historique avec, en toile de fond, les prémices de ce qui deviendra La Grande Guerre avec son cortèges d’horreurs dont on aura un bref aperçu dans l’annexe.

Une trilogie holmésienne où Holmes n’est pas le personnage principal mais qui se retrouve tout de même aux avants-postes avec une compagne d’enquête qui n’a pas démérité sa place.

Une LC surprise avec Bianca car non programmée au départ. Ma binôme savait que j’attendrais le mois de juin pour le lire et elle a attendu avec moi aussi, afin que nous le découvrions ensemble. Merci à elle.

3,78 Sherlock

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

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Gil Jourdan – Tome 2 – Popaïne et vieux tableaux : Maurice Tillieux

Titre : Gil Jourdan – Tome 2 – Popaïne et vieux tableaux

Scénariste : Maurice Tillieux
Dessinateur : Maurice Tillieux

Édition : Dupuis (1959)

Résumé :
Après avoir découvert à Gênes le point de départ du trafic de Popaïne vers la France, Gil Jourdan aidé par sa fidèle secrétaire Queue-de-Cerise, fait suivre la cargaison pour connaître leur destination exacte.

S’engage alors une infiltration dans un château de la banlieue parisienne où Gil et Libellule vont tenter de mettre la main sur le livre de comptes du chef de ce réseau de trafiquants.

Critique :
Comme je vous l’avais appris dans la chronique de l’album précédent, en ce temps là (années 50-60), la censure était sévère et il était malvenu de parler de cocaïne aux jeunes lecteurs de l’hebdomadaire Spirou et donc, Tillieux dut changer le nom de cette drogue en popaïne, ce qui fait moins sérieux, je vous l’avoue.

Malgré tout, cette enquête a du peps, de l’humour, du mystère et de l’action. What’else, je vous le demande ?

Voilà nos deux amis, Jourdan et Libellule, s’embarquant pour Gênes afin de trouver comment la popaïne entre en France.

Mais, n’oublions pas que l’inspecteur Croûton est toujours vachement fâché de s’être fait doubler par Jourdan déguisé en taximan et qu’il a été la risée de la police de s’être fait souffler son prisonnier de la sorte.

Le voici donc muté aux stupéfiants (lui qui ne l’est pas, stupéfiant) et envoyé en mission à Gênes aussi. Où il y a Gênes, il y a du plaisir et cela va donner quelques bons gags lorsque nos deux amis croiseront la route de l’inspecteur sur les quais d’embarquement.

C’est une véritable enquête doublée d’une filature en bonne et due forme qui se trouvera au cœur de cet album, le second des aventures de Gil Jourdan et de sa fine équipe.

Une fois de plus, les dialogues sont savoureux, aux petits oignons, Libellule a toujours un rire aussi bête que bruyant et notre inspecteur va encore s’en prendre plein la gueule pour pas un balle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois Belge chez Mina et Anna (Avril 2018).

Tif et Tondu – Tome 25 – Le Retour de la Bête : Maurice Tillieux & Will

Titre : Tif et Tondu – Tome 25 – Le Retour de la Bête

Scénariste : Maurice Tillieux
Dessinateur : Will

Édition : Dupuis (1977)

Résumé :
En Angleterre, des squelettes portent un cercueil et sèment le trouble dans tout un village.

De son côté un nouveau savant fou se prépare à organiser le casse du siècle en se servant d’hologrammes afin de créer des mirages…

Critique :
Pour mon billet du jour, je vous parlerai du retour de… Gérard Lambert ? Non, Renaud, aujourd’hui, on parle du retour de la Bête ! La grosse bébête qui était sortie des abysses et qui hantait Limehouse Dock !

Sérieusement ? Elle est de retour ? Il me semblait que Tif et Tondu l’avait transformée en salade de poulpe !

En fait, oui elle est de retour, mais pas tout à fait en chair et en os (si tant que cette bête horrible avait des os). Une sorte de Méluche, si vous voyez ce que je sous-entend… Il n’avait pas le monopole des hologrammes.

Allez, on retourne en Angleterre, mais cette fois-ci nous irons faire un tour à la campagne après avoir fait une courte visite dans le Londres avec sa Tamise et son smog.

Will nous restitue correctement la campagne anglaise aussi bien que la capitale de l’Angleterre. Le trait est précis et on se doute que pour cet album, il y a eu un travail de documentation.

Certes, quand nos deux amis vont faire un tour chez nos voisins d’en face, ça me sert pour le Mois Anglais, mais j’ai toujours eu plaisir à retrouver nos deux amis en compagnie de l’inspecteur Fixchussets ou de la comtesse Kiki d’Yeu.

D’habitude, c’est Tif qui est la figure burlesque du duo, mais dans cet épisode-ci, c’est notre Tondu (le chevelu, donc) qui nous fait sourire en se tortillant au sol, salué par un un ver dont il se demandera toujours si le ver lui avait vraiment parlé où si les nombreux coups reçus sur le crâne ne lui avaient pas faire avoir des hallucinations auditives.

Les esprits tatillons diront que l’album est facile car on se sert de la créature sortie des abîmes dans l’album 19 pour nous faire une histoire où elle n’est présente que par procédé holographique, mais je trouve que le coup était bien joué par le professeur afin de réaliser un super casse. ZE casse of the siècle !

Sans oublier la petite dose d’humour ajoutée par le scénariste, ce qui fait toujours plaisir lorsqu’on lit les dialogues.

Une chouette enquête où le bandit se rendra compte qu’il aurait mieux fait de ne pas chercher des poux à Tondu !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

De force : Karine Giebel

De force - Karine Giébel

Titre : De force

Auteur : Karine Giebel
Édition : Belfond Noir (2016)

Résumé :
Elle ne m’aimait pas. Pourtant, je suis là aujourd’hui. Debout face au cercueil premier prix sur lequel j’ai posé une couronne de fleurs commandée sur internet.

Car moi, j’ai voulu l’aimer. De toutes mes forces. De force. Mais on n’aime pas ainsi. Que m’a-t-elle donné ? Un prénom, un toit et deux repas par jour. Je ne garderai rien, c’est décidé.

A part le livret de famille qui me rappelle que j’ai vu le jour un 15 mai. De mère indigne. Et de père inconnu. Lorsque j’arrive devant la porte de mon ancienne chambre, ma main hésite à tourner la poignée. Je respire longuement avant d’entrer.

En allumant la lumière, je reste bouche bée. Pièce vide, tout a disparu. Il ne reste qu’un tabouret au centre de la pièce. J’essuie mes larmes, je m’approche.

Sur le tabouret, une enveloppe. Sur l’enveloppe, mon prénom écrit en lettres capitales. Deux feuilles. Écrites il y a trois mois. Son testament, ses dernières volontés. Je voulais savoir. Maintenant, je sais.

Et ma douleur n’a plus aucune limite. La haine. Voilà l’héritage qu’elle me laisse.

bodyguard-1992-10-gCritique : 
On commence direct « en force » avec la mort d’une femme dont le narrateur nous présente comme sa mère, sa mère qui ne l’a jamais aimé.

Ça ressemble à du déjà-lu… Comment Karine Giebel va-t-elle réussir à nous présenter une autre histoire, à se renouveler, à me faire vibrer ?

Elle doit avoir de la potion magique dans sa plume parce qu’elle y est arrivée ! Après une entrée en matière qui semble classique, on part ensuite sur tout autre chose : l’agression d’une jeune fille – Maud Reynier – et son sauvetage par un joggeur, Luc Garnier.

Puisque mademoiselle est en danger et que son Saint-Luc est bodyguard, pourquoi ne pas l’engager ? C’est ce que le père de Maud – Armand Reynier – fera. Armand, un homme riche, un respectable (mais craint) chirurgien, un homme caractériel.

Oui, jusque là, ça semble téléphoné et on sent venir un « Bodyguard 2 », sauf que Maud n’a rien d’une Whitney Houston. Ben non, rien à voir avec le film, en fait…

Véritable huis-clos à partir d’un moment dans la maison des Reynier, tensions, mystères… On ne sait plus à quel saint se vouer tant tout le monde pourrait être coupable de trahison ou de double-jeu.

Qui joue avec qui ? Qui n’est pas net dans ses bottes dans cette maison ? La bonne Amanda « Leblanc » ? Le jardinier « Olive » ? Le colonel Moutarde ?

Quels secrets cachent-ils ? Est-ce la belle-mère Charlotte « Rose », la fille Maud « Pervenche », le Luc « Kevin Costner Olive » ou le professeur Reynier « Lenoir » ? Mystèèèèère ! Qui est plus traitre qu’un Judas ? Ou bien est-ce personne…

— Comment vous avez fait pour…
— Pour te retrouver ? Allons, Reynier, réfléchis un instant ! Qui est au courant que tu es ici ?
Armand baisse les yeux, en proie à un terrible doute.
— Alors, qui ? répète le colosse. Luc, Maud et…
— Charlotte, murmure le chirurgien.
— Ta femme, en effet ! Ou bien…ta gouvernante ! A moins que ce ne soit ta propre fille…
Reynier relève les yeux vers le tueur.
— Tu voudrais bien savoir qui t’as trahi, hein ? Mais tu le sauras, ne t’en fais pas.

Véritable thriller psychologique avec un père qui étouffe sa fille; une fille qui voudrait que papa lui lâche la grappe, mais bon, pas de trop quand même; une belle-mère jalouse et un bodyguard qui se demande dans quel bordel il est venu se fourrer…

Tout le monde est suspect, tout le monde a un truc louche à cacher, des secrets, et c’est au fil des pages que tout nous sera révélé avec beaucoup de suspense et de tensions pour le cœur.

Un roman que j’ai dévoré, des personnages peu nombreux mais bien travaillés, un suspense qui monte crescendo, des surprises, de la psychologie, mais je n’ai pas retrouvé la profondeur ou l’émotion d’un « Purgatoire des innocents » ou d’un « Meurtres pour rédemption ».

Malgré tout, j’ai vibré en dévorant ce roman rempli de haine larvée, d’amour étouffant, de relations dominant-dominé, de personnages qui évoluent, en bien ou en mal et de secrets cachés.

J’en suis sortie groggy… Madame Giebel a réussi à ne pas faire du déjà-lu malgré un scénario basique et des situations qui fleurent bon le déjà-vu. La psychologie des personnages et l’impression du huis-clos ont relevé le plat cuisiné mainte et mainte fois.

♫ I Will Always Hate You… ♪

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

L’indien blanc : Craig Johnson [Walt Longmire 3]

Titre : L’indien blanc                                                                         big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2011)

Résumé :
Walt Longmire est le shérif du comté d’Absaroka depuis près d’un quart de siècle et n’a pas pour habitude de s’éloigner de ses terres familières du Wyoming.

Quand il décide d’accompagner son vieil ami Henry Standing Bear à Philadelphie, où vit sa fille Cady, il ne se doute pas que son séjour va prendre une tournure tragique.

Agressée pour une raison inconnue, Cady se retrouve dans un profond coma, première victime d’une longue liste, et Walt doit se lancer sur la piste d’un vaste réseau des trafiquants de drogue. Commence alors une longue errance urbaine sous la surveillance d’un mystérieux Indien blanc.

Petit Plus : Ce nouveau volet des aventures de Walt Longmire nous entraîne dans une course-poursuite haletante au cœur de la Cité de l’amour fraternel et confirme l’appartenance de ce shérif mélancolique à la famille des grands héros de roman policier.

Critique : 
QUOI ?? Comment cela se fait-il que l’on ne reste pas dans le comté d’Absaroka pour cet opus ?

Comment est-ce possible que cette enquête du shérif Walt Longmire ne se déroule pas dans le trou du cul du Wyoming, sous 50cm de neige ??

Et où c’est qu’il va, mon shérif préféré ? ♫ On the streets of Philadelphia ♪ Bon, d’accord, si c’est pour y retrouver Denzel Washington et Tom Hanks ou écouter The Boss Spingsteen chanter… Non ? Pour y rejoindre sa fille, Cady ? Je suis preneuse !

C’est toujours un plaisir pour moi de remettre mes bottes dans le Wyoming, plus particulièrement dans le comté régit par notre shérif Walt Longmire.

Imaginez combien je fus déstabilisée en apprenant qu’il allait sortir de son bled paumé pour rejoindre la ville de Philadelphie et que je ne passerais pas du temps avec la joyeuse bande habituelle de ses adjoints et flics de service.

Mais puisque le chien et Henry Standing Bear, son ami Cheyenne, étaient de la partie, j’ai tout de suite trouvé le voyage intéressant. Mais une fois arrivé à Philadelphie, rien ne s’est passé comme prévu. Bardaf, ce fut l’embardée…

On ne lit pas une enquête du shérif Walt Longmire pour sa vitesse d’action. Le lecteur en quête de thriller ou policier trépidant devra passer sa route… À ses risques et périls car il ratera par la même occasion un roman profond, des personnages humains, un shérif à 100 coups de fusil des flics borderline et alcoolo que l’on a tendance à trop croiser ces derniers temps.

Oui, on ouvre un roman avec Walt Longmire pour retrouver des amis, une famille, une bande de joyeux drilles de flics qui contrebalancent souvent les moments délicats par quelques vannes bien placées. Surtout le shérif.

Nous convînmes de nous rencontrer le lendemain, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, mais avant tout, à l’heure du petit déjeuner. Ils me dirent de garder le portable de Cady. Je leur demandai si j’avais droit à un insigne en plastique du PPD, mais ils me rappelèrent les restrictions budgétaires.

Mon ami Henry Standing Bear disait que la bibliothèque était l’endroit où les avocats allaient dormir pour deux cent cinquante dollars de l’heure environ.

Il faut dire que lorsque vous surnommez votre ami indien « La Nation Cheyenne », que votre adjointe Vic est surnommée par sa famille « La Sainte Terreur » ou « La terreur » tout court et qu’un autre de vos adjoints soit un Basque, ça laisse présager des moments comiques…

Quitter le comté d’Absaroka n’était pas une mauvaise idée, tout compte fait ! Arpenter les steets of Philadelphia fut un plaisir de fin gourmet car ils avaient emmené avec eux un petit morceau du Wyoming.

L’enquête prend son temps, sans trainer non plus, les cadavres se ramassent, telle les feuilles mortes, à la pelle et il faudra faire gaffe de ne pas se recevoir une balle mal placée.

Une enquête menée avec la hache de guerre déterrée mais sans pouvoir faire justice sois-même puisqu’on arrivera toujours, telle la Cavalerie, avec du retard.

De l’humour, une enquête, des moments émouvants, d’autres plus coquins, des balles qui vous frôlent et de la Blanche qu’il ne vaut mieux pas trafiquer.

L’auteur sait comment mélanger tous les ingrédients qui font un bon polar, et il le fait au shaker et pas à la cuillère. J’adore le déguster affalée dans le divan et me laisser porter par son écriture qui ne renie jamais les bons mots ou les pensées philosophique.

Nous nous trouvions dans un endroit qui ressemblait aux réserves indiennes là-bas, chez moi, un endroit où les rêves mourraient sans avoir eu le temps de naître, un endroit pour les vivants et plus probablement pour les morts.

— Nous appelons ça le débourrage forcé. Là, d’où je viens, quand on a un cheval qui a trop de caractère, on l’attache tout simplement à une mule pour la nuit. Quand on revient le lendemain matin, on a un cheval différent.
Elle m’observa.
— J’imagine que c’est toujours la mule qui gagne ?
— Oui presque toujours.

Toujours un plaisir de retrouver la fine équipe de Walt Longmire et de suivre leurs enquêtes, même si celle-ci comportait des tas de poulets philadelphiens.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Nous rêvions juste de liberté : Henri Loevenbruck

Titre : Nous rêvions juste de liberté                                            big_5

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : Flammarion (2015)

Résumé :
« Nous avions à peine vingt ans, et nous rêvions juste de liberté. »

Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto.

Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres.

Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paye cher.

Critique : 
♫ Je vous parle d’un temps, Que les plus de vingt ans, Ne peuvent plus connaître ♫ Les routes en ce temps-là ♪ On les avalait d’jà ♪ Couché sur nos bécanes… ♪
Et si l’humble ville de Providence, Qui nous a servi de nid, Ne payait pas de mine, C’est là qu’on s’est connu, Moi qui n’avait pas d’amis et vous qui m’avez accueilli. ♪

La Bohem, la Bohem… Non les mecs, j’ai pas fait de fautes, ne me faites pas un scandale en Bohème parce que Bohem, c’est le surnom d’Hugo, un jeune gars de 16 ans à qui la vie n’a pas fait de cadeau, que l’école à préféré enfoncer plutôt que de secourir. Comme tant d’autres.

Hugo, il s’est fait trois copains dans cette école privée. Et putain de Dieu, il fallait du talent à l’auteur pour arriver à me faire aimer ces quatre petites graines de blousons noirs ! Sales gamins de merde, mais avec des règles morales : on vole pas les pauvres gars, on fait pas chier les meufs.

Avec eux, j’ai fait les 400 coups, avant que nous ne quittions la ville de Providence, juché sur Lipstick, la bécane d’enfer de Bohem. Mon seul regret sera de ne pas avoir su convaincre mon pote, mon frère, mon ami, Freddy, de nous suivre dans notre périple.

J’ai avalé tellement de kilomètres avec Bohem, La Fouine et Oscar, que j’en ai la gorge sèche, nouée, brûlante. Nous avons bouffé du bitume, dormi à la belle étoile, notre peau a bruni au soleil lorsque nous avons traversé le désert au guidon de nos brêles, tout les trois, puis avec trois autres motards ivres de liberté aussi.

Les jours d’après, on a roulé pareil, à s’arrêter quand on voulait, à faire les pitres sur la route, à dormir à même la terre, à manger un peu n’importe quoi et à payer une fois sur deux, à la tête du patron. On commençait à avoir la peau sacrément brûlée par le soleil et ça sentait pas vraiment la rose toutes ces journées sans se laver, sans se changer, mais, bon sang, on s’en foutait, on était pas sur la route pour embaumer la planète, les pirates qui sentent bon c’est pas des vrais pirates, et plus on se trouvait sales plus on se trouvait beaux, comme aventuriers, avec la peau qui tire et la crasse qui fait ressortir les rides du sourire.

On s’est bouffé quelques mandales dans la gueule, aussi… j’en ai encore les maxillaires tout ankylosés, ils sont tout dur quand j’essaie de faire bouger ma mâchoire.

C’est avec ses mots à lui que Bohem/Hugo nous raconte son périple, son voyage les cheveux au vent, la blanche dans les narines et avec les keufs au cul aussi, souvent…

Et les mots de Hugo, c’est pas du Victor ! Genre que ça ferait même grincer les dents des académiciens car c’est brut comme un arbre à came, noir comme du cambouis, mais ça ronronne comme des moteurs de motos sur la ligne de départ, quand on essore les poignées de gaz.

C’est pas du Baudelaire, mais putain de merde, qu’est-ce que ça fait du bien à tes tripes. Il t’invente même des mots, le Bohem, comme le faisait le Frédéric Noeud… Non, Dard !! Dard, pas Noeud… « Entrouducuter », fallait le pondre, ç’ui là !

Le voyage avec mes p’tits gars tient plus d’un road-trip que d’une promenade de santé, le dimanche, avec bobonne. Mais bordel de cul, qu’est-ce que ce fut bon de rouler les cheveux au vent, même si j’ai plus d’affinités avec les motos sportives qu’avec les chopper où on a les pieds dans le phare, façon Easy Reader.

Marrant comme les gars qui veulent plus de la société et de ses règles finissent par monter des clubs de motards avec des règles, eux aussi ! Loyauté, Honneur et respect ! Avec une hiérarchie et du protocole. L’homme restera toujours le même et sans règle, c’est le chaos et rien ne progresse lorsqu’on est dans le chaos.

Ce fut un voyage éprouvant, émouvant, beau comme un châssis de moto, fou, un voyage de malade, un voyage que je referais bien encore une fois. Des personnages attachants (pourtant, z’ont rien pour, ces petites teignes que j’ai aimé), profonds, des amis pour la vie, des frères de sang…

De l’amitié, de la vitesse, de la folie, un zeste d’iscariotisme (moi aussi j’invente de mots) et ça donne un cocktail détonnant, une furie.

Fais chier, merde, j’ai les yeux rouges à cause du soleil que je viens de regarder dans les yeux. Merde, une limaille dans mon œil ! Là, je chiale comme une gonzesse sur la fin du parcours.

Roule, mon Bohem, tu es libres de toutes entraves. Fais rugir ton moteur, mon Bohem, la route est longue et sans fin. Lève la roue avant, mon Bohem, ta moto glisse sur la route de la liberté retrouvée.

La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre.

Roule et ne pense pas aux miles, aux kilomètres… La liberté a un prix et tu as mis le flouze sur la table pour pouvoir la garder, quand d’autres se sont enchaînés à des bars, à des bagnoles, à du fric, malheureux deniers…

Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir.

Renie jamais ton âme, mon Bohem, ne renie jamais tes serments, ne lâche jamais ton guidon et roule jusqu’à plus soif. Parce quand t’arrêtes de rouler, t’es mort.

On roulait comme on respirait : pour pas mourir.

Merci à l’auteur d’avoir écrit ce magnifique voyage, ce putain de bordel de merde de coup de cœur, et fais chier qu’il y ait inséré des épluchures d’oignons entre les pages finales parce que je ne vois plus le clavier de mon PC…

Et j’ai pas les mots qu’il faut pour rendre hommage à ce roman qui m’a troué l’âme et perforé le cœur.

J’espérais qu’avec la nuit il voyait pas ces putains de larmes, ces salopes toutes salées qui coulaient encore sur mes joues.

Le « Challenge US » chez Noctembule.

BILAN - Coup de coeur

Papillon de nuit : R.J. Ellory

Titre : Papillon de nuit                                                              big_5

Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Après l’assassinat de John Kennedy, tout a changé aux États-Unis. La société est devenue plus violente, la musique plus forte, les drogues plus puissantes que jamais. L’Amérique a compris qu’il n’y avait plus un chef, un leader du pouvoir exécutif, mais une puissance invisible. Et si celle-ci pouvait éliminer leur président en plein jour, c’est qu’elle avait tous les pouvoirs.

C’est dans cette Amérique en crise que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Vernet, son meilleur ami.

Nous sommes maintenant en 1982 et Daniel est dans le couloir de la mort. Quelques heures avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Et que la politique et l’histoire des sixties ne sont pas qu’une simple toile de fond dans la vie de Daniel, peut-être lui aussi victime de la folie de son temps.

Petit Plus : Publié en 2003 outre-Manche, Papillon de nuit est le premier roman de R.J. Ellory. Récit d’un meurtre, d’une passion, d’une folie, il nous offre une histoire aussi agitée que les années soixante.

Critique : 
Avec Ellory, mon esprit littéraire a joui une fois de plus. Le récit m’a pris à la gorge, au cœur, dans mes tripes, dans mes cou… Ah non, ça j’en ai pas !

Cet auteur a une manière bien à lui de décrire les années sombres des États-Unis, alors qu’il est anglais, et j’en redemande à chaque fois.

Ici, c’est tout un pan des sixties qu’il va mettre en scène. Les années 60 et sa putain de guerre du Vietnam, cette boucherie à ciel ouvert pour jeunes recrues qui ne savaient même pas où ça se trouvait.

Les années 60, c’est aussi l’époque où les Noirs acquièrent enfin des droits. Oui, mesdames et messieurs, ça ne remonte pas à si loin que ça, l’entrée des Noirs à l’université, dans ce grand pays qui se prend pour le gendarme du monde et grand donneur de leçons devant l’Éternel.

Enfin, le droit d’aller à l’unif… c’est sur papier ! La loi le dit, mais faut encore qu’on autorise ces personnes à franchir la porte. Du côté des États du Sud, ils résistent encore et toujours à la déségrégation raciale.

Tout cela va nous être raconté aux travers des souvenirs de Daniel Ford, prisonnier dans le couloir de la mort.

Nous sommes en 1982 et notre Danny Boy, racontant ses souvenirs à un prête, va nous narrer son histoire d’amitié avec Nathan, un jeune gamin noir, quand ils avaient tous les deux 6 ans.

La plume d’Ellory m’enchante toujours autant et son premier roman ne fait pas exception. Lui, il peut même se permettre de faire des phrases courtes, ça passe toujours.

L’alternance des récits, celui de 1982 mélangé à des souvenirs d’antan, rend le roman addictif, on ne le lâche plus et on découvre avec effroi ces années sombres des États-Unis.

Des personnages bien campés, bien détaillés, un récit fort, puissant, magnifique, addictif, de l’émotion à l’état brut, sans jamais plonger dans le pathos gratuit, Ellory nous sert là un plat de résistance gargantuesque sans avoir besoin de nous servir un pavé.

Non, le pavé, on se le prendra dans la gueule si on est un grand naïf et qu’on ne sait pas encore qu’on ne nous dit pas tout et que les complots sont aussi nombreux dans certains milieux que les punaises de lit dans de la literie d’une auberge pouilleuse du 18ème.

Je savais que l’on pratiquait de la démagogie et de l’intox à tous les étages, mais Ellory en a ajouté quelques uns dont je n’avais pas encore connaissance.

L’Amérique s’est aperçue que ceux qui pouvaient tuer son président en plein jour pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Il n’y avait plus un homme seul, le meneur de la nation, mais une fraternité invisible non élue. Et cette même fraternité nous a donné le LSD et la psychiatrie, l’amour libre, la pornographie, la violence à la télé, tout ce qui faisait qu’il était acceptable d’être dingue.

Un roman que j’ai dévoré, ne laissant aucune miette, me pourléchant les babines tout en le finissant sur les genoux, tant l’émotion m’avait saisie à la gorge, au cœur, dans mes tripes et dans mes cou…

Oui, si j’en avais eu, le récit m’aurait saisi là aussi. Un putain de super bon roman. Les mots me manquent.

BILAN - I-Love-Minion-Wallpaper - OKChallenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule et « A year in England » chez Titine.

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016

Nains – Tome 1 – Redwin de la forge : Nicolas Jarry & Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 1 – Redwin de la forge                              big_4

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (2015)

Résumé :
Un adolescent nain, Redwin, de l’ordre de la Forge, malmené régulièrement par un sale gosse Rom, veut devenir contre vents et marées un seigneur des runes.

Un seigneur des runes a l’honneur de se battre pour son clan contre le champion adverse. En cas de conflit, cela évite un bain de sang, uniquement deux combattants, un vainqueur et le conflit est réglé. Le père de Redwin s’oppose à cette ambition.

Mais Redwin qui souffre que l’on traite souvent son père de lâche, décide de devenir seigneur des runes par ses propres moyens et quitte définitivement son père. S’en suit alors une initiation tant à l’art de forger des armes qu’à celui de se battre.

Pour devenir un seigneur des runes, Redwin affrontera mille guerriers, dont Rom qui partage son ambition. Il y perdra beaucoup, son âme et son père…

Critique :
Même principe que pour la magnifique série « Elfes » : un scénariste et un dessinateur différents pour chaque album, album qui doit avoir une fin, mais pas trop fermée pour que l’on puisse faire une suite en cas de succès.

Dans cette série des Nains, le scénariste sera le même pour les 5 tomes. La seule différence.

Bon, l’autre différence sera de taille puisque l’on passe des oreilles pointues à des Gimli (le nain du Seigneur des Anneaux).

Ulrog est un nain curieux… Il est le plus grand forgeron nain de sa génération, il pourrait forger des armes puissantes, il est un orfèvre en la matière, il connait les runes puissantes à graver dessus, il sait comment leur donner vie, mais il refuse de mettre son art au service de la guerre et ne forge donc aucune arme. Les autres nains l’ont bannis, presque et personne ne le respecte.

Ulrog s’en torche le cul de ce que les autres pensent ou pas, lui, il est en ordre de conscience, mais pour son fils, Redwin, être traité de lâche ou de fils de lâche, c’est un calvaire, une torture, surtout qu’il voudrait bien forger des armes, lui, afin de devenir le Seigneur des Runes de leur ordre.

Voici une histoire classique d’un fils qui voudrait plus, alors qu’il ne manque de rien, un gamin qui voudrait laver tous les affronts que lui a fait subir Rom, un nain de son âge. Un fils qui va trahir son père, le renier, afin d’accomplir son rêve et pouvoir se vautrer dans le luxe et fourrer pieutard dans le joufflu des filles.

Classique, mais servi par des dessins magnifiques, des décors à couper le souffle, des couleurs et des ambiances à vous trouer le cul.

Il y a de la profondeur, dans tout cela. Même si on a affaire au problème éternel du fils qui se rebelle contre le père (tuer le père, pour Freud) parce qu’il croit que papa est un lâche.

Les personnages sont attachants, même Redwin, même quand on le voit s’enfoncer dans l’entêtement le plus crétin. On a mal avec lui, on a envie de lui crier qu’il s’est gouré de chemin, mais on sait qu’il ne nous écoutera pas, trop enfoncé qu’il est dans sa bêtise qu’il ne voudrait même pas se l’avouer à lui-même.

Parti de chez son père pour aller vivre chez son oncle Jarsen afin d’apprendre l’art de la forge et l’art du combat, Redwin n’aura de cesse de forger des armes afin de les exploiter au cours de combats. Il a du talent et son oncle espère bien réaliser un retour sur investissement lorsque son neveu arrivera au faîte de sa gloire.

Voilà un garçon qui ne savait pas se battre et qui, après des heures et des heures d’entrainement, mettra sa mauvaise science à son service en combattant dans les arènes de la cité des sang-mêlé, apprenant la haine et la violence…

Un scénario au poil, des combats sanglants, des arènes où se mêlent les remugles de chair perdues, la sueur et le vomi. Des personnages travaillés, attachants, qui évolueront avec l’âge.

Sans oublier le langage « spécial nains » utilisé dans le récit. La plupart des mots sont facilement compréhensibles, pour les autres, un lexique vous tend les bras en fin d’ouvrage, avec le cahier des dessins.

Un parcours initiatique où Redwin apprendra que le courage n’est pas celui dont on fait preuve durant un combat dans une arène, que l’or et la richesse n’apporte pas le bonheur et lui démontrera tout l’amour que son père avait pour lui. Et son talent !

Le côte Obscur de la Force est toujours à éviter…

Une putain de bien belle histoire avec des nains teigneux comme on les aime. Mais y’a de l’amour, dans tout ça…

The seven-per-cent solution – Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express [Sherlock Holmes – FILMS]

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Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express (The Seven-Per-Cent Solution) est un film américano-britannique de Herbert Ross sorti en 1976.

C’est l’adaptation du roman, paru en 1974, « La solution à sept pour cent » de Nicholas Meyer, qui signe lui-même le scénario.

Meyer est l’auteur de deux autres romans pastiches de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle : « L’Horreur du West End » (1976), dans lequel le détective côtoie Oscar Wilde et Bram Stoker, et « Sherlock Holmes et le fantôme de l’Opéra » (1993).

1. Synopsis :

En 1891, Sherlock Holmes est retrouvé par le docteur Watson dans un état de totale prostration causé par l’usage de la cocaïne.

Avec l’aide de Mycroft Holmes, Watson parvient à entraîner Holmes à Vienne afin de lui faire suivre une cure de désintoxication auprès du docteur Sigmund Freud.

Après diverses péripéties, tous les trois seront conduits à prendre l’Orient-Express pour sauver une ancienne patiente de Freud qu’un sultan veut emmener en Turquie.

2. Fiche technique :

  • Titre français : Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express
  • Titre original : The Seven-Per-Cent Solution
  • Réalisation : Herbert Ross
  • Scénario : Nicholas Meyer, d’après son roman La solution à sept pour cent et d’après les personnages créés par Arthur Conan Doyle
  • Musique : John Addison
  • Photographie : Oswald Morris et Alex Thomson (seconde équipe)
  • Distribution : Universal Pictures
  • Pays d’origine : Royaume-Uni et États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 113 minutes
  • Format : Couleur Technicolor – 1.85:1 – 35 mm
  • Date de sortie : États-Unis: 24 octobre 1976 / France : 16 avril 1980

3. Distribution :

  • Alan Arkin (VF : Jacques Ferrière) : Dr Sigmund Freud
  • Robert Duvall (VF : Gabriel Cattand) : Dr John H. Watson / le narrateur
  • Nicol Williamson (VF : Jean Roche) : Sherlock Holmes
  • Vanessa Redgrave : Lola Deveraux
  • Laurence Olivier (VF : Philippe Dumat) : Professeur James Moriarty
  • Régine (VF : elle-même) : Madame
  • Samantha Eggar : Mary Morstan Watson
  • Joel Grey : Lowenstein
  • Charles Gray (VF : William Sabatier) : Mycroft Holmes

Alors, avant toute chose, faut en préciser une : le titre est très mal trouvé !! Si en V.O il a tout son sens « The seven-per-cent solution » et aurait dû être traduit par « La solution à 7% ». Phrase célèbre que toute personne ayant lu « Le signe des quatre » connait.

Non, eux, en V.F, ils en ont fait « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express »… Hors, si Holmes va bien poursuivre un train et monter dans celui-ci sans y être invité, il ne s’agit pas du vrai Orient-Express dans lequel Hercule Poirot avait résolu un meurtre !

Il attaque un train privé qui se dirige vers Istanbul, c’est tout…

Ce que j’en ai toujours pensé :
Bon, pas évident de revoir après tant d’années un film que j’avais apprécié en son temps.

Allait-il « passer » ou « passer à la trappe » ?

Je vous l’avoue de suite, à l’époque où je l’avais vu pour la première fois, j’avais adoré ! Surtout que j’avais lu le roman de Nicholas Meyer (qui lui avait des passages un peu longs mais un final de malade) avant de découvrir ce film.

Le postulat de départ n’est pas une nouveauté pour les holmésiens de tout poil : en effet, certains pensent et disent tout haut que Holmes et le professeur Moriarty ne faisaient qu’une seule et même personne et que Holmes s’était inventé sa Némésis.

Je n’ai jamais partagé cette idée mais elle vaut la peine d’être étudiée et je l’avais bien aimée dans le roman.

Dans le film, donc, le professeur Moriarty, le Napoléon du Crime, le Mal incarné n’est qu’un pauvre professeur, harcelé par un Holmes en manque de cocaïne.

Avec l’âge, j’ai trouvé des tas de défauts au film, dont celui, notamment, de pousser un peu trop le piston de la seringue à cocaïne !

Oui, Holmes prenait une solution à 7% de cocaïne quand il s’ennuyait et qu’il n’avais pas d’affaire, mais ici, ils en font véritablement un drogué en manque qui doit aller se faire soigner dans un centre de désintoxication de suite.

Mycroft Holmes, joué par Charles Gray, qui le rejouera pour la série de la Granada.

Pourtant, malgré quelques incohérences et des cascades qui auraient plus leur place dans un James Bond que dans un Holmes, le film s’est laissé revoir avec plaisir.

Déjà, le générique ne manque pas d’originalité puisqu’il nous présente les personnages via des dessins de Sidney Paget (le dessinateur anglais de Sherlock Holmes).

Sherlock Holmes (Nicol Williamson) est dans un état critique, il transpire abondamment en racontant à Watson que Moriarty est le Napoléon du Crime. L’appart du 221b est un capharnaüm pas possible et Watson le regarde trembler et casser des tasses de thé sans avoir l’air de trop s’émouvoir.

Une seringue posée sur un écrin de velours bleu est bien visible. Si vous n’aviez pas compris, vous voilà mis au parfum Cocaïne !

Un flash-back avec un petit garçon montant l’escalier, le tout sous des lumières bleues donne un petit air mystérieux au récit de Holmes. Ce flash-back aux tons bleus sera le fil rouge durant tout le film puisqu’il reviendra souvent, sans que l’on sache à quoi fait-il référence, hormis à la fin.

Nous sommes face à un Watson (Robert Duvall) qui est loin d’être le benêt habituel dans les séries. Dans les récits canoniques, il n’a certes pas l’intelligence de Holmes, mais il est comme le lecteur : pas un imbécile, juste un non-voyant.

Le film le met aux avants-postes puisque c’est lui qui prendra la décision d’amener Holmes jusqu’à Vienne, chez un certain docteur Sigmund Freud, en lui faisant courir derrière le leurre qu’est le professeur Moriaty.

Le Moriarty de la BBC fiche la trouille, mais celui de ce film est un paisible professeur qui en a marre que Holmes lui tourne autour en l’accusant ce qu’il n’est pas. J’aime ce film aussi pour ce fait là : il explore d’autres hypothèses et ça nous change de l’habituel.

En route pour Vienne ! Mais Holmes ne le sait pas encore… Mais virez-moi cet attribut horrible sur la tête de Holmes !

Nicol Williamson ne sera jamais mon Holmes préféré. De ce côté-là, John Neville (A study in terror) a plus de classe.

Ici, notre Holmes se promène partout revêtu de sa deerstalker et de son grand manteau cape, même en ville ! Hors ces vêtements ne sont portés qu’à la campagne.

Il fumera même la pipe calebasse devant la maison de Moriarty. Anachronisme puisque non existante à cette époque.

À croire que les scénaristes voulaient à tout prix que l’on sache, à coup sûr, que nous étions bien face à Sherlock Holmes, qu’ils l’ont affublés de tout ces accessoires non canoniques, mais qui, au fil du temps, on fixé l’image du détective dans l’imaginaire collectif.

L’acteur qui joue Watson a de la présence, les pieds bien ancrés dans la réalité et de l’envergure. Il est le biographe de Holmes, mais aussi son ami, son garde-fou, celui qui invente avec Mycroft Holmes un plan pour faire soigner Holmes de son addiction.

Mention au frère de Sherlock, Mycroft, qui est le même que celui de la série Granada : Charles Gray (plus jeune).

Toby, chien renifleur très connu, en voyage avec Holmes et Watson.

Si à son arrivée à Vienne, comprenant qu’on s’est joué de lui, Holmes devient bougon, il comprend aussi qu’il est temps de se faire soigner.

La rencontre avec Freud dans son bureau donnera lieu à des déductions.

L’avantage de le regarder en V.O.STFR est que l’on entend bien l’accent germanique sous l’anglais de Freud.

Dans le bureau du docteur Sigmund Freud.

Freud utilisera l’hypnose pour tenter de guérir l’addiction de Holmes à la cocaïne, mais son côté psychologue comprendra aussi que les racines de ce mal sont profondes et que si on ne s’y attaque pas, il replongera.

Le film n’est pas très trépidant dans ces moments là, on assiste à quelques scènes de la vie de famille des Freud et des passages où Holmes est en proie à des cauchemars dû sans doute au manque de drogue.

Beaucoup d’antisémitisme aussi. Freud étant juif, il ne plait pas à tout le monde, surtout qu’il a des idées révolutionnaire et tout le monde n’apprécie pas de s’entendre dire qu’il a voulu coucher avec sa mère…

[Holmes en proie à des cauchemars terribles et au manque de cocaïne] — Vivement que Michel Onfray vous démonte, Freud !!

« Suivez le pendule et laissez-vous z’hypnotiser »

L’enquête qui se greffe dans l’histoire n’est pas mal, elle permet à Holmes de sortir de la routine et de faire travailler son esprit qui rouille quand il n’est pas au travail.

Par contre, la scène dans le manège, avec les chevaux gris présenté en cobra et qui chargent nos amis, ça fait pas vrai du tout ! (La cobra est une épreuve de présentation de juments ibériques attachées ensemble par le cou).

Des chevaux qui chargent des hommes comme des taureaux ?? Sans parler qu’à la fin, ils foncent dans une porte de sortie qui semble fort épaisse et bardaf, ils ont font du petit bois d’allumettes ! Pas réaliste du tout.

Un Stradivarius ? Non, LE stradivarius !

Manque de réalisme aussi dans plusieurs scènes, mais la pire restera la scène de la bagarre au sabre sur le toit d’un wagon, le train étant en marche…

On commence par un combat dans le wagon et on finit au-dessus, parfois même en ne se tenant plus qu’à la barre de côté… Juste digne d’un mauvais James Bond avec Roger Mooore dans le rôle titre.

Oui, le film est truffé de ce genre de scènes irréalistes, mais il se regarde quand même avec plaisir, juste pour passer du bon temps.

La scène finale me fait toujours sourire… Une autre explication de la disparition de Holmes et du fait qu’il ait demandé à Watson d’écrire sa mort le temps qu’il prenne du repos.

Bien entendu, nous avons eu le fin mot de l’histoire du flash-back ! Il me fait toujours froid dans le dos, même si je le connais depuis longtemps.

En conclusion, ceci n’est pas LE film holmésien à noter dans les annales, mais il vaut tout de même la peine pour découvrir un autre éclairage, d’autres hypothèses sur le fameux professeur Moriarty, le Napoléon du Crime dont personne ne connaissait l’existence, hormis Holmes !

Prendre le train, c’est salissant ! Et fatiguant.

Vacances bien méritées pour Holmes !

Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et Le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

Un Nommé Peter Karras‭ – George P. Pelecanos [D.C. Quartet 1]

Titre : Un Nommé Peter Karras‭ – Série D.C.‭ ‬Quartet                      big_5
 
Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2011)

Résumé :
Peter Karras, fils d’immigrants grecs, et Joe Recevo, issu d’une famille italienne, sont liés depuis l’enfance par une forte amitié.

Alors que la Grande Dépression frappait les États-Unis, ils appartenaient à la même bande de gamins dans un quartier pauvre de Washington. Ils ont grandi, participé à la Seconde Guerre mondiale et sont devenus les hommes de main de Burke, un caïd qui prête de l’argent.

Peter n’aime pas intervenir auprès des mauvais payeurs, surtout lorsqu’il s’agit de familles grecques.

Après deux échecs, Burke décide de le corriger. Estropié à vie, Peter devient cuisinier dans le restaurant de Nick Stefanos.

Un soir, il voit débarquer Burke et ses hommes venus racketter son employeur. L’heure de sa vengeance vient de sonner !

Petit Plus : Premier volet d’une passionnante chronique consacrée à Washington, ce récit qui décrit longuement les destins de plusieurs camarades d’enfance, est une réflexion sur l’honneur et l’amitié.

Il se poursuit par « King Suckerman » avec Dimitri Karras, le fils de Peter.

Critique :
DC, vous connaissez ? Non, je ne parle pas du groupe AC/DC ! DC… Washington DC (pour District Columbia), bande de moules.

En suivant le jeune Peter Karras – Spartiate d’origine – lors de sa jeunesse dans les années 30, juste après la Grande Dépression, en passant par la Seconde Guerre Mondiale et jusqu’en 1949, nous suivons aussi la ville de Washington DC dans ce qu’elle a de plus sombre.

De 1933 à 1949, ce sont les quartiers les pauvres que nous explorons aux travers de quelques personnages…

— Ah, ces grecs, si vous leur coupiez les mains, y avait fort à parier qu’ils ne sauraient plus parler.

Des immigrés grecs, italiens, chinois, cherchant tant bien que mal à s’en sortir, afin de nourrir leur famille, que se soit de manière honnête ou via la pègre locale, cette tique qui peut vous sauter un jour sur le dos pour vous pomper une partie de votre sang en vous proposant de vous protéger.

Ce qui est le plus étonnant avec ces immigrés grecs et italiens, qui furent eux-mêmes la cible d’un racisme ambiant, c’est qu’ils refusaient que les Noirs mangent dans leurs restos !

Ce n’est qu’ensuite, lorsque leurs petites gargotes eurent moins de monde, qu’ils ouvrirent leurs salles aux Noirs. Mais je ne devrais plus être étonnée de rien, moi.

L’écriture est agréable, presque « simple », pourtant, ce serait une erreur de dire que l’auteur écrit de manière simpliste. C’est… comment dire… ça ressemble à de la simplicité, mais ce n’est pas de la simplicité ! Simply the best…

— Vous autres, les gars, vous revenez de la guerre, et parce que vous en avez réchappé, vous pensez que tout et tout le monde doit se mettre à genoux devant vous. Tout vous est dû, dans un joli paquet cadeau, avec un ruban autour, rien que pour vous. Parce que vous avez survécu, vous croyez que vous êtes immortel. Mais je vais vous dire un truc : c’est juste un répit qu’on vous a accordé. Un simple répit.

Par contre, c’est sans concession pour cette Amérique des années 30. On plonge dans les quartiers les plus chauds, peuplés d’immigrés, ceux que les gens d’un statut social « plus élevé » ne veulent pas voir dans leurs rues.

Malgré tout, malgré les défauts et la critique de cette ville, on sent qu’il y a de l’amour derrière. L’auteur la connait, cette ville, lui même étant fils d’immigrés grecs, il l’aime, cette ville, mais il ne se prive pas pour la mettre en scène dans ses coins les moins reluisant.

Au niveau des personnages, c’est bien simple, on a l’impression de les connaître, de les côtoyer depuis des années, on les voit grandir, prendre des mauvaises directions…

Ils ont leurs défauts, leurs qualités, leurs péchés aussi, bien que la messe ne soit pas encore dite tout à fait pour tous. La rédemption peut encore avoir lieu.

— Qu’est-ce que tu vas en faire ? demanda Stefanos.
— Je vais faire plaisir aux poissons demain matin, Nico. Voilà ce que je vais faire. T’inquiète pas pour ça, d’accord ? Je m’occupe de ces types, et du caro aussi. T’inquiète pas.
— Je m’inquiète pas, dit Stefanos.
Mais il se demandait déjà quel châtiment Dieu réservait aux hommes qui ôtaient la vie à d’autres hommes.

Dans ce roman noir, il y a une ambiance terrible dans les pages, des atmosphères sombres, des contextes sociaux extrêmement forts, de la pauvreté, de la débrouillardise, du racisme et de l’amitié.

Qui dit pauvreté dit mafia ou pègre… l’argent peut arriver facilement dans votre poche, couler à flot, vous donner la sensation d’une vie facile, sans tracas, mais vous savez aussi que quand on dort avec son chien, il ne faut pas s’étonner de se réveiller avec des puces.

Le chemin le plus facile n’est pas le chemin le plus honnête… Il faut avoir du courage pour rompre avec certains et adopter une vie correcte, exempte de règlements de compte ou de dette.

Durant ma lecture, je me suis attachée à Peter, à Nick, à Costa, à Joe, à Florek… et je n’avais pas envie de les quitter en fermant le livre.

Un grand roman noir qui prend son temps pour planter le décor, ressemblant plus, au départ, à un roman « Historique » sur les conditions de vie des immigrés qu’à un polar et dont la construction nous donne même un petit puzzle chronologique de la vie de Peter Karras.

Excellent ! À déguster sans modération mais en prenant son temps afin que le roman fonde dans la bouche.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez NoctembuleLire,  « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix du Roman Noir étranger du Festival du Film de Cognac – 2001) et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !