Les étrangers dans la maison – Inspecteur Charles Resnick 2 : John Harvey

Titre : Les étrangers dans la maison – Inspecteur Charles Resnick 2

Auteur : John Harvey
Édition : Payot et Rivages (janvier 1995)
Édition Originale : Rough Treatment (1990)
Traducteur : Olivier Schwengler

Résumé :
Maria Roy a menti en décrivant les cambrioleurs qu’elle a surpris chez elle, comme deux petits noirs en blousons. Harold, son mari, n’a pas tout dit sur ce que contenait son coffre-fort.

Quant au grand type élégant qui s’est courageusement interposé contre un commando venu saccager le restaurant chinois où il dînait, il est autant industriel du textile que lester young était chanteur d’opéra…

Tant que ces gens-là se mentent les uns aux autres, tout le monde y trouve plus ou moins son compte. Mais lorsque chacun a leur tour, ils viennent mentir au détective-inspecteur charlie resnick, il cherche le lien entre les menteurs, un kilo de cocaïne en vadrouille et une vague de cambriolages non éclaircis.

Quitte à mettre son nez dans les affaires d’un collègue indélicat et à fréquenter l’univers impitoyable de la télévision…

Critique :
Lire une enquête de l’inspecteur Charlie Resnick, c’est comme écouter du jazz : un jazz lent, rempli de grisaille où les notes sont jouées de manière nonchalante, avec quelques pointes d’ironie qui saillent dans cette mélodie qui ne manque jamais de consistance.

Autrement dit, si vous voulez un roman qui swingue et qui twiste, passez votre chemin et changez de disquaire !

Notre inspecteur officie dans la ville de Nottingham, et, tel le Shérif de Robin des Bois, il se retrouve face à des cambriolages dont ses collègues policiers n’arrivent pas à trouver les auteurs.

Dans les romans de Harvey, on prend le temps de planter le décor, de faire opérer les cambrioleurs pendant que l’inspecteur polonais (Resnick) cherche à vendre sa maison.

On étoffe aussi un peu les personnages qui gravitent dans les pages, que ce soient les cambrioleurs, les cambriolés, les policiers, les chefs, les collègues… Personne n’est laissé pour compte, même les seconds rôles, et donc, vous comprendrez que si l’on donne une place importante aux personnages, aux décors et à leurs tranches de vie, on est incapable de proposer un rythme trépidant.

Mais lorsqu’on se plonge dans une enquête de l’inspecteur Resnick, l’amateur de sandwich, de café, de jazz, de chats et au côté bourru, c’est parce que l’on recherche l’adrénaline ailleurs que dans les courses poursuites ou les rebondissements à chaque fin de chapitres !

Au départ, quand il avait commencé à ne plus pouvoir dormir, il avait réduit sa consommation de caféine : moins pendant la journée, plus du tout le soir. Résultat, son équipe en avait fait les frais. On ne pouvait plus rien lui dire sans qu’il devienne odieux.

Nous sommes dans l’Angleterre des années 80/90, celle de la Dame de Fer, celle des inégalités sociales qui furent creusées par le Thatcherisme galopant et sa politique de libéralisme à gogo. Vous voyez, le décor et l’ambiance ont toute leur importance et sont des personnages à eux tout seul.

Ici, pas de flics brillants, pas de super héros, pas de méchants machiavélique, juste des petits trafiquants de drogue, des petits voleurs à la semaine, des magouilleurs du dimanche, bref, que du réaliste.

Ce que j’apprécie chez cet auteur, en plus de ses ambiances bien senties de l’Angleterre qui se réveille avec la gueule de bois à cause du chômage qui gonfle comme un ballon de baudruche (ou ce que vous aimez voir se gonfler, bande de coquins), c’est sa prose émaillée de petites piques, de jolies réparties, de belles saillies, bien expédiées, bien envoyées, bien utilisées.

— Robert semble avoir eu sa petite crise, apparemment ?
— Ça se produit souvent ?
— Ce type est réglé comme une horloge. Robert présente plus de symptômes pré-menstruels que moi ou n’importe quelle femme de mes relations. Sauf qu’il ne saigne pas.

Le flegme britannique mâtiné de bons mots qui font sourire.

— Alors, si j’ai bien compris, un après-midi bestial et elle boucle sa valise ? Mais qu’est-ce que t’as dans la braguette ? Un missile radioguidé ?
— C’est pas ce qu’on a dans la… commença Grabianski.
— Oui, je sais, compléta Grice. C’est l’art de s’en servir, O.K. ! tu m’épargnes la soirée thématique.

— Je t’ai dit que j’avais faim. Alors je vais manger et toi tu restes si tu veux pour t’offrir une maladie vénérienne de luxe.

— C’est pas beau, ça ? Millington qui la ramène sur la guerre des Tongs, maintenant ! Les cours par correspondance ont encore frappé !

Jack Skelton et hésita un instant à frapper à la porte pour demander ce qui n’allait pas, mais il n’en fit rien, bien sûr. Autant s’inviter à une garden-party de la Reine pour lui demander des nouvelles de son transit intestinal.

Et puis, avec lui, on a toujours le plaisir d’être surpris par l’arbre qui cache bien souvent une forêt d’autres choses.

Un plaisir de fin gourmet que je ne conseillerai qu’aux amateurs de romans noirs qui cherchent les ambiances tamisées et aux notes de jazz langoureuses.

Trente-six heures s’étaient écoulées depuis le cambriolage et pourtant la trêve continuait. Elle ne l’agonissait plus d’injures et c’est à peine si elle se montrait revêche. L’autre soir, pour un peu, elle lui aurait même fait une petite pipe et il avait dû faire semblant de dormir pour la décourager.

En retroussant sa lèvre supérieure, Levin découvrit deux incisives assez impressionnantes pour casser une belette en deux d’un seul coup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°15 – Diadème de Beryls – Vol de bijoux), le Mois du polar (Février 2018) chez Sharonet Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

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Battues : Antonin Varenne

Titre : Battues

Auteur : Antonin Varenne
Édition : Manufacture Livre (2015) / Points Policier (2016)

Résumé :
Les hommes laissèrent les distances se creuser entre eux et commencèrent à marcher d’un pas plus long et rapide.

La pente dans le dos et n’y croyant plus vraiment, ils accéléraient naturellement, distançant Rémi qui continua à s’user les yeux sur le moindre morceau de terre, la moindre tache de couleur aperçue.

Il pensait à Philippe, roulé dans un tas de feuilles mortes, sur un humus pourrissant, à quelques mètres de lui, peut-être, et lui revenait le souvenir de l’odeur du sang qui se mélangeait à celle de la prairie fauchée; la douleur qui le ramenait à la conscience en des chocs déments; la folie des secondes, coincé sous la ferraille. Il avait attendu, comme Philippe, peut-être, un œil fiché au ciel, se demandant si quelqu’un allait lui venir en aide ou s’il allait crever ici.

Critique :
Varenne, c’est pas un tocard ! « Il Capitano » est le plus riche trotteur de l’histoire ! Et son homonyme écrivain est tout comme lui : c’est pas un tocard, c’est aussi un champion, mais dans l’écriture, lui.

Les deux peuvent se targuer de m’avoir fait vibrer quelques fois, même si l’auteur n’a pas encore gagné le Grand Prix d’Amérique.

Comment pourrait-on qualifier le roman Battues ? Presque de rural noir, même si on est plus dans du Forestier Noir, vu qu’on va arpenter les forêts.

Un Roman Policier Noir ? Oui, il l’est aussi un peu car le déclin d’une ville, passée de la prospérité à la dégringolade, cette dernière étant inversement proportionnelle à la montée de son taux de chômage et de misère commerciale puisque tous les commerces sont vides, à remettre, périclites, sauf les bistrots, tiens.

Battues ne se lit pas comme un thriller, on en est loin, l’auteur prenant le temps de poser ses jalons, de planter son décor, ses personnages, tout en mélangeant l’ordre de ses chapitres, nous donnant la version lors de la déposition devant le commissaire avant de nous montrer ce qu’il s’est vraiment passé.

Les titres des chapitres sont originaux, bien trouvés, comme je vous le montre en exemple : « 20 ans après l’accident, 9 jours après la découverte du premier cadavre, 12 heures après la fusillade ».

On pourrait croire, vu ainsi, que ce genre d’agencement des chapitres pourrait embrouiller la tête et nous faire perdre l’ordre du récit, mais que nenni ! Pas besoin de café fort, d’aspirines ou de GPS pour s’y retrouver, tout coule de source.

Niveaux décors, ils sont grandioses, que ce soit la petite ville de R. qui s’asphyxie toute seule, les forêts majestueuses et rasées sur certains versants par les bûcherons de la scierie, on a l’impression d’y être et d’avoir réellement croisé cette harde de sangliers.

Les personnages sont bien campés, torturés, avec leurs défauts et leurs qualités, certains étant plus têtus que d’autres, ce qui est le cas de Remi Parrot, le garde-chasse qui n’a pas dû voir les épisodes des Experts et oublié qu’il ne faut pas corrompre une scène qui pourrait être rattachée celle d’un crime !

Locard l’a toujours dit : toute personne qui intervient sur une scène de crime y laisse des traces de sa présence et emporte avec elle des traces de cette scène ! Mais Remi n’écoute pas la voix de la raison et fonce à tout va.

Quand à la petit ville, sa description du départ est bien faite, aussi précise qu’un rapport d’autopsie, sans oublier qu’elle est gangrenée et sous la coupe des deux familles les plus riches et les plus puissantes du coin : les Messenet et les Courbier.

Mon seul bémol sera pour le manque de précision lors des dialogues. Je les ai trouvé « pauvres » dans le sens où j’aurais aimé que l’auteur précise plus l’état d’esprit du personnage à ce moment là, ou tout simplement qui disait quelle phrase car il m’est arrivé de devoir lire plusieurs lignes avant de remettre chaque paroles dans la bonne bouche.

Un roman noir aux relents de tourbe, de poils de sanglier, de battues, de poudre à fusil, de sang de cochon sauvage, de remugle de cadavres, d’alcool, de médocs et d’entourloupes en tout genre car les puissants aiment se vautrer dans les magouilles qui rapportent du fric ou du pouvoir.

Un roman forestier noir profond, qu’on déguste avec sagesse car écrit avec passion.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Un hiver de glace : Daniel Woodrell

Titre : Un hiver de glace

Auteur : Daniel Woodrell
Édition : Rivages Thriller (2007) – Payot et Rivages (2011)

Résumé :
Jessup Dolly s’est éloigné au volant de sa Capri bleue sur la route creusée d’ornières en abandonnant à leur sort ses trois enfants et une épouse qui n’a plus toute sa tête. Il a promis de revenir avec un sac bourré de billets.

Or, Jessup n’est jamais revenu. Dans la maison isolée, les placards sont vides et il fait froid. Ree, l’aînée âgée de seize ans, veille comme elle le peut sur le reste de la famille.

Elle ne tarde pas à apprendre que son père a bénéficié d’une mise en liberté conditionnelle moyennant une hypothèque sur sa maison et ses terres. S’il ne se présente pas au tribunal le jour du jugement, les Dolly seront sans toit, au coeur de l’hiver.

Alors, telle une héroïne de Dickens, Ree prend la route et affronte la neige, la nuit, le froid, et surtout l’hostilité des autres membres du clan Dolly qui n’aiment pas les questions. En quête de son père, ou de son cadavre.

Peut-être est-ce effectivement un cadavre qu’elle cherche, car Jessup était « le meilleur fabricant de blanche » du coin et sa disparition doit être liée à ce douteux trafic.

Critique :
♫ Tombe la neige, impassible manège ♪ Vous ne mangerez pas ce soir ♪ Nous crient nos vides placards ♪

Je devais être royalement inspirée pour lire ce roman qui a toutes les ambiances d’un Dickens, juste après avoir lu un Dickens.

Dans le genre « misère sociale », j’ai fait coup double, l’élément fantastique en moins.

Ce doit être l’effet Noël : je lis des romans noirs, sombres et désespérants !

Si Ree Dolly, 16 ans, avait su chanter, elle aurait pu hurler, sur ce soyeux tapis blanc déprimant : « Papaoutai » car papa parti et s’il ne revient pas à temps pour sa convocation au tribunal, on viendra leur saisir leur bicoque et leurs maigres possessions. Ils se retrouveront dehors, comme des chiens.

Papa Jessup, sa chanson préférée, c’est celle de Renaud « La Blanche ». Non content d’en consommer, c’est surtout la fabriquer son taff, et il paraît qu’il excelle dans cet art.

Il excelle aussi dans l’art de se faire mettre en taule et de laisser sa famille se démerder toute seule.

— C’est bien d’avoir des balloches, Sonny, mais faut pas les laisser te rendre couillon. 

La pauvre Ree s’occupe donc de ses deux petits frères, de sa mère qui à la tête qui bat la campagne, vit dans une baraque qui se déglingue, a peu d’argent pour faire les courses, c’est l’hiver, et dans les Ozark, l’hiver, ça rigole pas !

Cerise sur le gâteau, Ree est issue de cette famille Dolly dont tous les casiers judiciaires de ces membres, mis bout à bout, doivent faire dans les 20 km de méfaits en tout genre.

Ici, les gens vivent dans des roulotte, dans des maisons peu modernes, tout le monde se connait, et au travers des recherches de Ree, l’auteur nous dressera des portraits de paumés profonds, de délinquant, de cousins au fort taux de consanguinité, de jeunes en désespérance, paumés, avec pour tout avenir, rien de bien folichon à l’horizon, si ce n’est le trafic de drogue, ou sa consommation, le tout avec de l’alcool pour faire descendre le tout.

Si ça c’est pas du Dickens qui aurait bu un coup avec Victor Hugo !

Toutes ses douleurs s’agrégèrent pour former un chœur qui chantait la souffrance dans sa chair et son esprit.

Pourtant, Ree, elle en a dans la culotte ! Une sacrée paire de couilles, même, pour aller oser interroger des membres de sa famille, proche ou parente, pour tenter de savoir où a disparu son père, dans quelle combine il est allé se foutre, dans quel labo il est en train de fabriquer de la Blanche.

C’est court, c’est 180 pages de sombritude sur fond blanc immaculé, ce qui fait mieux ressortir le sang sur la neige. Et la famille, c’est pas toujours ce qu’on a inventé de mieux.

— Le sang, ça compte pour du beurre pour le grand homme ?!! Hein ?!! Eh bien, vous pouvez lui dire de ma, part, au grand homme, que je suis souhaite une longue vie pleine de vide, à part le hoquet jusqu’à la fin de ses jours ! Vous lui direz de la part de Ree Dolly !!! 

L’omerta règne dans ces immensités recouvertes de neige et il lui faudra plus que du courage pour trouver des réponses à la disparition de son père et essayer de sauver sa famille de l’expulsion.

Une plume incisive, des descriptions précises, sans pour autant en abuser, un décor planté avec promptitude, nous donnant l’impression d’y être pour de vrai, un récit glauque, mais pas pathétique, un récit fort, des personnages qui marquent.

Des pins dont les branches basses s’étalaient au-dessus de la neige fraîche formaient pour l’esprit une voûte plus solide que n’en pourraient jamais créer prie-dieu et chaires.

Un vrai roman noir comme je les aime, sombre, profond, comme l’Amérique qu’il décrit, le tout sur un épais tapis neigeux, qui ne rend pas les choses plus faciles.

Les mots alors n’étaient plus que l’expression d’une exigence vorace et les paroles requises prononcées d’une voix sourde, parfois avec un tel accent de vérité qu’il lui arrivait même d’y croire de tout son cœur jusqu’à ce que le halètement final se fasse entendre, sans fard et que l’homme se mette à chercher des yeux ses bottes sur le plancher.

♫ Tout est blanc de désespoir,  Triste certitude ♪ Le froid et l’absence ♫ Cet odieux silence ♫ Blanche solitude ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Frank Sinatra dans un mixeur : Matthew McBride

Titre : Frank Sinatra dans un mixeur

Auteur : Matthew McBride
Édition : Gallmeister (04/05/2015)

Résumé :
Il faut une certaine dose de courage pour braquer une banque au volant d’une camionnette de boulangerie. Ou une certaine dose de bêtise. En tout cas, ça ne passe pas inaperçu. Et quand il s’agit de remettre la main sur le butin, flics et voyous se lancent dans la course.

Pour Nick Valentine, ex-policier devenu détective privé, c’est l’occasion rêvée de se refaire. À chaque loi qu’il transgresse, à chaque bourbon qu’il descend, à chaque cachet d’Oxycontin qu’il avale, il s’approche un peu plus du jackpot.

Ou de la noyade dans le Missouri.

Critique :
Si vous êtes à la recherche d’un roman noir couillu, déjanté, barré, politiquement incorrect, avec un détective alcoolique devenant diaboliquement efficace après quelques verres d’alcool, alors, munissez-vous de plusieurs Corona, d’une boite d’Oxycontin, de croquettes pour chiens et installez-vous dans un fauteuil confortable.

Un roman noir barré, c’est le cas de le dire !

Les personnages que l’on croise dans ses pages ne sont pas vraiment fréquentables et Nick Valentine, notre détective, a tout du détective des romans noirs car, en plus de boire comme un trou, il flirte aussi dangereusement avec la ligne rouge, qu’il franchi bien souvent.

L’alcool peut être le pire ennemi d’un homme,
Mais la bible nous dit d’aimer nos ennemis. [Frank Sinatra]

Je dirais même qu’il flirte aussi avec la ligne blanche qu’il n’hésite pas à sniffer de temps en temps, quand ce ne sont pas ses médocs qu’il transforme en poudre pour qu’ils fassent plus vite effet.

Je plaçai un OxyContin 20 milligrammes au milieu d’un billet d’un dollar que je repliai serré, et je réduisis le comprimé en poudre avec le bord rond d’un Bic. Je frottai le papier entre mes doigts pour le broyer aussi fin que possible.

On pourrait croire qu’avec pareil cocktail dans les veines, Valentine serait un piètre détective privé, mais loin de là, il a du flair et son ami le commissaire fait souvent appel à lui pour résoudre certaines de leurs enquêtes complexes, comme cet homme retrouvé pendu à une poutre dans sa cave. Poutre tellement solide que Valentine aurait pu la briser avec sa bite (c’est lui qui l’a dit).

Norman Russo avait bien choisi sa journée pour se tuer. Il faisait un temps de merde et il n’y avait rien à la télé. Je ne la regardais pas tant que ça, moi-même. J’avais mieux à faire. Boire, par exemple.

— Et il attache la corde à une planche si mince que je pourrais la casser en deux avec ma bite.

Si du côté de la loi (faut le dire vite) nous avons un détective alcoolo avec la détente facile, de l’autre côté, nous avons des malfrats qui viennent de cambrioler une banque dans une camionnette de boulangerie, mais c’étaient deux branquignoles de première classe !

Par contre, Sid (dit l’Angliche) et Johnny Sans Couille, au service de leur patron, eux, ce sont des vrais méchants qui aiment jouer au puzzle avec certaines personnes qui auraient énervé sévère leur boss, ou joué avec ses pieds.

Johnny Sans Couilles était aussi inutile qu’une paire de nichons sur un poisson. Mais M. Parker l’adorait et lui avait même inventé son surnom. Johnny Sans Couilles était une merde molle, mais en fin de compte, il était marrant. À se pisser dessus de rire. Et c’est pour ça qu’il avait survécu aussi longtemps. C’était un comique.

La plume est drôle, sans être hilarante non plus, le tout dans des bonnes proportions, ce qui nous donne un sourire un peu béat face à l’histoire que nous lisons et face à ses personnages hauts en couleur, dont le plus drôle sera le chien de Nick Valentine.

Parfois les chiens valent mieux que les gens.

Frank se mit à aboyer et à m’emmerder. Je lui demandai s’il avait besoin d’aller chier.
— Aaarp.
Je pris le téléphone sans fil de mon bureau et emmenai Frank chier ses rondins dehors.

J’ai été surprise par les dialogues, car ils se présentent de temps en temps sous forme de narration et non de dialogues dans les formes de l’art. D’habitue, je n’aime pas trop ça, mais dans ce roman, ils sont passés comme un fourgon rempli de fric sur une autoroute déserte.

Big Tony dit que nous n’avions qu’une solution, que nous devions agir vite et bien. Il dit qu’une fois cette ligne franchie, on ne pourrait plus revenir en arrière. Je dis que les seules lignes qui m’intéressaient étaient les lignes tracées à la craie autour de leurs cadavres.

Niveau humour, comme je vous le disais, on ne se pissera pas dessus de rire, mais on a tout de même un joli sourire devant les métaphores, certains dialogues ou certaines des pensées de Valentine.

Une brunette qui sentait le cacao passa et me pressa l’entrejambe en toute simplicité, comme si nous étions au supermarché et que ma bite était un avocat.

Anybref, voilà un roman noir comme je les aime, c’est déjanté, c’est couillu, politiquement incorrect, l’humour y est grinçant et notre détective n’a rien d’un super héros, il boit comme un trou, se shoote, bouffe des médocs comme d’autres du chocolat, mais il a arrêté de fumer et de boire du café, parce que ce n’est pas bon pour la santé…

Jubilatoire, je vous le disais ! En plus, ça se lit d’une traite, comme Nick Valentine fait avec les alcools en tout genre. Mais attention, quand on a une descente telle que lui, faut éviter de manger ensuite.

Je n’avais qu’une règle en matière de boisson. Ne pas manger quand je buvais. Il n’y a rien de pire que de gâcher la torpeur induite par cinquante dollars de bières avec un hamburger à cinq dollars, alors je séparais toujours les deux. Comme devrait le faire tout bon ivrogne.

Il rit encore et me dit qu’ils avaient du café formidable. Le café était encore meilleur que les pains perdus. Il me demanda ce que j’en pensais.
Je dis à Ron que je détestais ça. J’avais renoncé au café depuis un certain temps ; j’apprécierais qu’il n’en reparle plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

 

Les harmoniques – Beau Danube Blues : Marcus Malte [Défi CannibElphique]

Titre : Les harmoniques – Beau Danube Blues

Auteur : Marcus Malte
Édition : Gallimard (2013)

Résumé :
Une voiture quitte les rives de l’océan pour Paris à travers la nuit et des nappes de jazz qui s’échappent d’un autoradio.

A son bord, deux hommes. Mister est un pianiste de jazz. Un black amoureux de Trane et de Lady Day. Bob, son complice, son frère de coeur, est un ancien prof de philo reconverti en chauffeur de taxi. Encore plus que Monk ou Getz, lui vénère les classiques grecs et Schopenhauer.

Les deux hommes foncent vers la capitale mus par l’obsession de Mister : Vera, une jeune femme qu’il a récemment rencontrée, vient d’être retrouvée morte, brûlée vive.

Les coupables ont été arrêtés sur le champ, mais Mister ne croit pas à la version officielle. Il décide de mener sa propre enquête. Ses questions et sa curiosité vont les amener à lever le voile sur une histoire qu’il aurait mieux valu garder secrète, et à côtoyer une faune peu recommandable.

Composition virtuose, arpèges narratifs complexes et subtils, envolées lyriques… ce roman éblouissant de Marcus Malte avance, style en avant, sur la corde raide.

Entre l’ombre et la lumière, la violence et la mélancolie, Les harmoniques est un incroyable roman noir – clair-obscur plutôt.

Une mélopée déchirante qui mêle le politique, la passion, la révolte et le sexe. Comme tous les grands standards du blues.

Critique :
On m’avait dit le plus grand bien de ce livre, notamment Domi, la moitié d’Yvan. Collectif Polar aussi. Bref, des gens à qui je fais confiance niveau littérature !

Alors j’avoue que j’ai été un peu désarçonnée lorsque j’entamai ma lecture et que je me retrouvai face à un meurtre à résoudre…

Heu ? Un simple meurtre à résoudre ? Un banal cas de Whodunit ? Un grand black qui cherche à en savoir plus sur l’assassinat violent d’une gentille fille qui venait s’accouder sur son piano ?

Ça commence ainsi, par un truc banal (si un assassinat par le feu peut être considéré comme banal) : le meurtre de la gentille Vera à qui on a fait le coup de Jeanne d’Arc.

Les flics ont même été super rapides et compétents sur le coup puisque trois jours plus tard (non, elle n’est pas ressuscitée comme l’autre) ils ont arrêté les coupables.

Mais Mister, le grand Black pianiste n’y croit pas du tout et aidé de Bob, son pote chauffeur d’un vieux taxi, il va mener l’enquête.

Oui, on commence avec un truc simple, mais j’avais oublié que nous étions avec Marcus Malte et qu’on n’allait pas se retrouver avec le Colonel Moutarde dans le vieux hangar avec l’essence et le briquet !

La petite histoire va s’inscrire dans la Grande… Rien n’est simple, rien n’est facile, rien n’est acquis, surtout pas la vérité que l’on va nous dévoiler au fur et à mesure que nous tournerons les pages.

De plus, l’écriture de Marcus Malte est toujours aussi poétique, lyrique, ses phrases m’emportent souvent très loin et croyez-moi, c’est le petit Jésus en culotte de velours, sa plume, maniant la philosophie et l’humour, même si elle ne se prive pas d’égratigner.

Oui, sa plume m’enchante, et elle chante car ce roman sent bon les airs de jazz et l’auteur a même inclus la play-list pour le cas où nous voudrions écouter les mêmes chansons que nos deux enquêteurs improbables : le grand noir et le petit blanc.

Les deux personnages que sont Mister et Bob sont des gens comme on aimerait avoir dans nos amis, surtout Bob qui est toujours là pour vous aider, lui, son vieux taxi, sa philosophie et ses cassettes audios remplies de vieux chanteurs de jazz.

Un roman qui commence de manière simple et qui devient plus dense ensuite, de par son scénario et de par l’Histoire qu’il nous conte, une que nous n’entendons pas souvent et dont nous ne savons pas grand-chose : l’ex-Yougoslavie.

Un roman bourré d’émotions, une lecture magnifique, dense, belle, émotive, qui ne m’a pas laissée de marbre. J’en ai eu des frissons partout.

Un grand merci à celles qui me l’ont conseillée et à ma binômette de LC qui me l’a fait sortir de mes étagères surchargées !

— Qu’est-ce qu’il raconte, le centenaire ? siffla le barman.
— Lui, il dit que ours craindre le morsure de la belette, intervint Milosav.
— La belette ?… La belette !… La belette…
Renato testa le mot sur tous les modes, comme un acteur cherchant le ton juste.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur]  sur le forum de Livraddict (N° 48-  Son dernier coup d’archet – Livre où la musique tient une place importante).

Pourquoi je l’ai choisi :

Avec l’énorme coup de cœur pour Le Garçon du même auteur, j’ai voulu découvrir ses précédents romans… Et, bon, j’adore toujours autant déstabiliser le planning de ma binômette, et lui proposer des « oldies » en Lecture Commune…

Synopsis :

Vera est morte assassinée. Brûlée vive. Mister, le pianiste, l’aimait, comme elle aimait sa musique. Il veut comprendre : qui l’a tuée ? Pourquoi ? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi philosophe et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la jeune vie de Vera, jusqu’aux rives lointaines du Danube, jusqu’aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l’enquête des deux hommes fera ressurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler. Plus qu’un roman, c’est une ballade qui se joue ici. Un long blues nostalgique et envoûtant en même temps qu’un poignant chant d’amour et de rage. 

Ce que j’ai ressenti:…Comme le doux son d’un coup de CŒUR….

« Où se niche le génie? Où se niche la sagesse? Où se niche le merveilleux? »

Jazzy, ou comment la musique envahit l’espace d’écriture, fait des Harmoniques derrière le contexte d’un conflit européen, se retrouve entre les lignes d’une poésie noire envolée dans les esquisses d’un corbeau, se mêle au lent ronronnement d’un moteur lancé sur l’asphalte, se perd dans les arpèges d’une passion platonique…

Tu l’entends ce Jazz qui se nourrit de nostalgie, de violence et de beauté ?  Marcus Malte nous ballade sur des notes obscures, réveille des douleurs dissimulées et sublime son polar de lyrisme philosophique.

« Ensuite pour se persuader que l’humanité n’a pas engendré que des porcs et bouchers et ogres barbares, mais aussi quelques fées ou enchanteurs dotés du pouvoir de transformer le bruit en son, les cris en notes, les rafales en arpèges, les plaintes en mélodies, les sanglots longs en violons- la vie en harmonie. Pour continuer à croire qu’il existe autre chose, autre part. »

Cette enquête atypique menée par deux personnages « Black and White » dans une guimbarde jaune est un moment de lecture intense entre humour et drame.

Le temps d’une playlist enivrante et de quelques jolies références littéraires, on se plaît à démêler une affaire sombre de meurtre impuni, d’une victime qui aurait pu disparaître de la surface de la terre sans bruit, mais la  passion de Vera pour la musique et l’adoration d’un homme  en voyant ses yeux, aura suffit à lui rendre un peu de son identité et mettre en lumière le temps de 400 pages, les accents slaves.

« Nul autre don que le don de soi. »

Plus que tout, j’adore l’écriture de cet auteur ! Je la trouve expressive, sensorielle, magnifique… Elle s’embrase avec panache jusqu’au bouquet final… Encore une fois, je suis totalement conquise…

Au delà de son intrigue menée admirablement jusqu’à la dernière note, on sent une volonté dans le style : la force des mots, le plaisir de rendre hommage à la musique et à l’Art. L’intensité qu’il met dans ses descriptions rend cette lecture bouleversante.

Comme un air de musique, elle tourne dans ta tête, cette poésie, et tu lis et relis les passages, te délectant de tant de beauté d’écriture et tu t’envoles vers des courants de pensées essentielles…

Marcus Malte, en grand géant, orchestre son histoire avec passion,  jouant des basses violentes des canons, d’un tempo plaintif d’un saxophone en mal d’amour, de l’harmonie d’une amitié infaillible…

Flambant Coup de Cœur.

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Par le vent pleuré : Ron Rash


Titre : Par le vent pleuré

Auteur : Ron Rash
Édition : Seuil (01/08/2017)

Résumé :
Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis des décennies.

Été 1969 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead.

Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et prendre dans le tourbillon des tentations.

Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.

Critique :
Ron rash est un auteur qui a le don de m’emporter ailleurs, de donner de la profondeur et de la présence à la Nature, de me créer des personnages forts et même de m’émouvoir au-delà du possible avec certains de ses romans.

Le dernier paru, « Le chant de la Tamassee », m’avait moins emporté que les autres, mais c’était son premier écrit et réédité, par contre, niveau Nature, j’avais été servie.

Pour son roman de la rentrée littéraire septembre 2017, j’ai l’impression de ne pas avoir retrouvé ce que faisait la puissance de l’écriture de Ron Rash, un peu comme si en ouvrant un Stephen King, je tombais sur un récit qui ne lui ressemblait pas du tout.

Je suis pour les auteurs qui sortent de leur zone de confort, qui testent d’autres choses, d’autres histoires, mais là, j’ai vraiment l’impression que ce roman aurait pu être écrit par un autre que lui et même si nous étions dans ses Appalaches habituelles, je n’ai pas été emportée par l’histoire.

Attention, je ne dis pas ce que roman est chiant ou mal foutu, juste que je n’ai pas ressenti les émotions qui m’assaillent habituellement lorsque j’ouvre un de ses romans.

Pourtant, le début avait bien commencé, l’introduction était pour le moins originale.

L’alternance des époques variait selon les chapitres, sans que l’on perde le fil de l’histoire, passant alternativement de 1969 à notre époque, nous faisant découvrir Eugene, le narrateur, jeune homme de 16 ans et son frère Bill, 21 ans, rencontrant une jeune fille à problèmes et à la sexualité débridée.

Eugene va grandir à son contact, et pas toujours dans le bon sens puisqu’il boira comme un trou, fumera des pétards, volera des médicaments et aura un comportement d’imbécile face à cette jolie sirène qui lui fit perdre son pucelage.

Dans ce roman qui oscille entre une nouvelle fort longue et un roman court – qu’on n’oserait pas faire plus long au risque de finir par se mordre la queue – il y a peu ou pas de Nature grandiose, mais une sorte de huis clos dans cette petite ville de Sylva, tenue par une main de fer dans un gant de fer par le docteur Matney, grand-père despotique d’Eugene et Bill.

Le portrait du grand-père est superbement réalisé, tout en finesse, sans trop en dévoiler au départ, mais on sent déjà bien que ce type est un petit dictateur et que grâce à son statut de médecin de la ville, il sait bien des choses sur tout le monde, de vos hémorroïdes à votre chaude-pisse, en passant par la grossesse hors mariage de votre fille…

Pas de Nature sublimée, donc, mais une immersion dans une cellule familiale où un homme tient toute une petite ville dans sa main de fer, où un médecin a la puissance d’un parrain, faisant des autres ses pantins. Une plongée dans un huis clos oppressant de deux jeunes garçons qui aimeraient s’opposer au vieux, mais n’osent pas toujours car le prix à payer sera exorbitant.

Si le roman avait été signé Thomas H. Cook, je l’aurais compris, nous étions dans ses atmosphères bien à lui, mais de Ron Rash, j’attendais d’être emportée dans une nature sauvage, avec des personnages autres que ceux que je viens de côtoyer car Eugene, notre narrateur, m’a passablement ennuyé à certains moments, avec ses atermoiements, lui qui n’a jamais vraiment grandi, ni pris ses responsabilités, lui qui boit comme un trou alors qu’il n’avait rien à oublier.

Bref, le roman est bon, mais mes attentes étaient toutes autres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

 

Scalped – Tome 1 – Pays indien / Tome 2 – Casino boogie : Jason Aaron & R.M. Guéra

Titre : Scalped – Tome 1 – Pays indien / Tome 2 – Casino boogie

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : R.M. Guéra

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (2012)

Résumé :
Il y a quinze ans, Dashiell « Dash » Bad Horse a quitté une vie misérable et abjecte dans la réserve indienne de Prairie Rose, avec l’espoir de découvrir un monde meilleur.

Aujourd’hui, il revient sur ses pas et constate que rien n’a vraiment changé – sinon l’apparition d’un casino flambant neuf et la victoire du crime organisé et de la drogue sur la fierté d’un peuple.

Au coeur de cette tourmente se tient le leader tribal Lincoln Red Crow, un ancien activiste du mouvement militant « Red Power » devenu patron du crime.

Il estime qu’après 100 ans de spoliations et de massacres des Lakotas par l’homme blanc, le temps est venu de rendre à celui-ci la monnaie de sa pièce.

Armé de son nunchaku, d’une attitude déterminée et d’un sombre secret, Dash doit survivre à un monde de jeux, de combats armés, d’agents du gouvernement, de Dog Soldiers, de massacres, de labos de méthamphétamines, de sexe trash, de pain frit, de fierté amérindienne, d’Êtres du Tonnerre, mais aussi à la beauté rude des Badlands. .. et même à un ou deux scalps.

Critique :
Ami lecteur, ne commence pas ce comics après ta séance chez le coiffeur, car c’est un comics qui décoiffe !

Évite aussi de laisser traîner les albums sur la table du salon, tu pourrais choquer ta belle-mère bigote ou impressionner tes enfants, qui voudraient là-dessus découvrir la saga et de ce fait, t’en priveraient !

Bienvenue à Prairie Rose, une réserve indienne pourrie située dans le Sud Dakota, aux États-Unis.

Ricane déjà devant l’ironie du nom de la réserve : Prairie Rose !

Non, il n’y pas de jolis petits poneys colorés qui s’ébattent dans des arcs-en-ciel de nuages… D’ailleurs, si tu commences à apercevoir des petits poneys, ne change pas de dealer, il t’a refourgué de la toute bonne came !

À Prairie Rose, où survit la communauté des Lakota, tout n’est que magouilles, crimes, prostitution, alcoolisme, drogues…

D’ailleurs, les auteurs te plantent le décor de suite : plus de 80% de chômage, le plus haut taux d’alcoolisme du pays, une espérance de vie de 15 ans inférieure à la moyenne nationale.

Nous sommes ici face à un comics qui s’inspire des codes du roman noir et de son côté hard-boiled (dur-à-cuire), le tout transposé dans l’univers d’une réserve indienne qui est sous le joug de Lincoln Red Crow, sorte de parrain tout puissant qui tient tout le monde sous sa coupe grâce à son casino.

Le héros principal, si on peut appeler ça un héros, est Dashiell Bad Horse (Prénom en référence à Dashiell Hammet, grand auteur de romans noirs), revient dans la réserve 15 ans après l’avoir quitté.

Nous sommes face à un type au crâne rasé, arrogant, têtu, violent, rempli de haine envers sa mère à qui il reproche de s’être plus occupée de ses activités de militante pour la libération amérindienne que de lui, il est sociopathe, borderline, utilise un nunchaku pour se battre ou des flingues.

Imagine un peu, cher lecteur ou chère lectrice, que notre Dashiell Bad Horse est foutu le camp il y a 15 ans, se jurant bien de ne jamais remettre les pieds dans ce nid de cafard et le voici de retour, provoquant moult bagarres et il ne trouve rien de mieux que de se faire engager comme policier tribal par Lincoln Red Crow, ce caïd qui a la main mise sur toute la région et qui se la joue en grand défenseur de son peuple…

Là, il plane un gros mystère sur la présence de notre chauve volcanique, mais pas de soucis, les auteurs ne te laisseront pas mijoter dans ton jus durant 36 albums et tu sauras bien vite le pourquoi du comment notre bagarreur fouteur de merde s’est retrouvé à fouler les herbes sèches de son ancienne réserve.

Cette série noire qui pète le feu se déroule de nos jours, ou dans un passé guère éloigné et se concentre sur la vie d’Indiens oglalas dans cette réserve indienne pourave du Dakota du Sud ravagée par le crime organisé, la drogue, l’alcoolisme et autres joyeusetés, entre ces gens qui ne savent plus qui ils sont, ni quelle est leur place dans cette société qui ne veut pas leur en faire.

Les personnages sont taillés à la serpe, les dialogues aussi, la violence est omniprésente, le sang aussi, le tout baignant dans une atmosphère glauque, et je ne vous parlerai même pas du langage ordurier, qui a tout à fait sa place vu le milieu dans lequel on évolue.

Tout le monde a son importance dans cette série… Même les morts dans les placards, parce que les morts, ça te poursuit, ça revient te hanter la nuit, comme les mauvais souvenirs ou ta haine envers ta culture, ta famille, ta propre mère.

Les auteurs se sont inspiré (merci Wiki) de l’histoire de l’American Indian Movement et en particulier des événements qui ont conduit à la condamnation à perpétuité de Leonard Peltier.

Moi qui adore le roman noir, le hard-boiled, je suis aux anges avec cette série comics qui a fait un énorme tabac aux States, même si je n’aime pas trop les dessins fort sombres et très encrés.

Un rythme haletant qui prend tout de même le temps de planter son décor, ses personnages, à te dévoiler les mystères cachés derrière chaque personnage, ses motivations, ses envies… le tout à l’aide de flashbacks qui peuvent faire perdre un peu le fil de l’histoire au début, mais je vous rassure de suite, on remet vite tout l’ordre.

Exemple : arrivé à la fin du tome 2, on a pas plus avancé dans l’histoire qu’à la fin du tome 1, mais on a un éclairage totalement différent et un complément de ce qu’on vient de nous raconter. Il y a une vraie maitrise chez Aaron de cette technique-là. Et cet usage du flashback fonctionne très bien en comics, parce que le genre l’absorbe parfaitement. 

C’est encore ce sacripant de Actu Du Noir (Jean-Marc) qui m’a fait découvrir cette série de comics et il serait grand temps que je lui garde un chien de ma chienne, à ce vil tentateur, parce que là, ça fait la je-ne-sais-quantième série qu’il me conseille !

“‘Scalped’ de Jason Aaron est la meilleur chose que j’aie lu depuis longtemps. C’est sombre, beau, et pas pour les enfants. La narration graphique est à son apogée.”  (Damon Lindelof, co-créateur de LOST).

Petit plus rien que pour toi, lecteur, lectrice : Le scénariste Jason Aaron admet la référence à « The Wire » et cite volontiers « Deadwood », autre production de la chaîne HBO, dont « le personnage de Al Swearengen a été un modèle, à bien des égards, pour ce qu’il voulait faire avec le personnage de Red Crow dans “Scalped‘ ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Yaak Valley, Montana : Smith Henderson

Titre : Yaak Valley, Montana

Auteur : Smith Henderson
Édition : Belfond (18/08/2016)

Résumé :
Dans le Montana, en 1980.
Autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue dans les bas-fonds de Tacoma, Luke, son frère, recherché par la police.

Et puis il y a Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah Pearl, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche, que la civilisation n’est que perversion et que le salut réside dans la survie et l’anarchie.

Pearl qui s’est exclu de la société, peut-être par paranoïa, peut-être aussi pour cacher qu’il aurait tué son épouse et leurs cinq enfants.

Au milieu de cette cour des miracles, Pete pourrait être l’ange rédempteur, s’il n’était pas lui-même complètement perdu…

Petit Plus : LA révélation de cette rentrée littéraire, dans la lignée de Cormac McCarthy et de Richard Ford. Soulevant les contradictions les plus violentes et dérangeantes d’une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux, Smith Henderson livre une peinture au vitriol du Montana des années 1980.

Critique :
Qu’est-ce qu’il y a de chouette à découvrir dans le Montana des années 1980 ? Non, laisse tomber ton ami Google, en ce temps là, il n’était pas encore dans le cerveau de ses concepteurs…

Tu veux un conseil d’ami ? Visite le territoire avec Peter Snow (non apparenté à Jon Snow ou Ramsey Snow, je précise), un assistant social dévoué pour le bien des enfants, qui fait ce qu’il peut, comme il peut, qui s’inquiète pour les enfants qui sont sous sa charge, même si, de son côté, il a tout foiré avec sa fille.

Peter a tout d’un looser, il a des tendances alcoolo, une grande gueule qu’il ne sait pas fermer, l’envie d’aider tout le monde, sauf lui, qui réussi dans son job là où il a échoué avec sa femme et sa gamine.

C’est un personnage tout en contradiction que tu aimeras, même si parfois quelques envies de le baffer viendront te chatouiller les mains. Pourtant, il est touchant dans sa volonté de réparer ses erreurs et de sauver des enfants, même si l’Enfer est souvent pavé de bonnes intentions…

Dans ce roman, tout prend des dimensions gigantesques, que ce soit l’abîme dans lequel certains végètent (alcool, drogues, famille d’accueil ou famille de fous), ou dans les proportions du territoire du Montana, surtout avec son immense forêt dans la Yaak Valley où on pourrait y planquer des dinosaures tant elle est immense.

Et notre assistant social a fort à faire pour couvrir cette immensité de territoire et face à l’ampleur de certains de ses dossiers qui comportent en leur sein quelques cas sociaux comme on en croise peu dans sa vie. Enfin, qu’on n’aimerait pas croiser dans la réalité !

Crois-moi, l’ami, tu ne pourras que t’incliner devant cette belle brochette de marginaux de tous poils, ces laissés pour compte, ces drogués qui ne pensent qu’à leur shoot et jamais à leurs gosses, face à des espèces de néos-nazis, ou face à des illuminés qui pensent que l’Armageddon ou l’apocalypse est proche, que le complot judéo maçonnique est bien réel, qu’on nous ment sur tout, même si l’origine de la terre et qu’en fait, les dinosaures n’ont jamais existé.

Si, si, demande à Jeremiah Pearl de te parler de tout ces complots et ces réécritures de l’Histoire…

Jeremiah, c’est un sacré illuminé, un coureur des bois totalement parano  qui a entrainé son gamin Benjamin dans sa folie religieuse, et face auquel notre pauvre Peter est démuni, lui qui voudrait aider son gamin et qui a bien du mal, déjà qu’il a des difficultés avec sa gamine…

Sa rédemption serait-elle d’arriver à sortir Benjamin du bois et à le réinsérer dans la société, lui qui pense que la télé c’est le Mal car sa mère le lui a matraqué dans sa tête de gosse ?

Ici, la seule chose qui ne soit pas une merde ou un échec total, c’est le récit ! Pour être emporté, tu le seras, l’ami, et je te jure que tu vas voir du paysages, mais tu ne pourras jamais le relater dans un bon vieux Guide du Routard, sauf si tu veux faire un spin-off « Le Guide du coureur des bois paranoïaque à mort ».

Dans ce roman, il y a de la richesse dans les personnages principaux, dans l’histoire que va vivre Peter et tout les autres qui gravitent autour, dans leurs blessures, dans leurs passés, dans leurs fêlures, leurs dialogues, même si certains auraient mérité plus de travail, relégué au rang de faire-valoir qu’ils furent.

L’écriture est sèche, sans trop de fioritures, brut de décoffrage, on ne tourne pas autour du pot, on va droit au but.

Mon seul bémol sera pour les chapitres consacrés aux confessions de Rachel, la fille de Peter Snow, celle qui a fugué, à un moment donné, ce récit greffé dans le récit devient envahissant, redondant. Ils auraient pu être zappé et à leur place, donner plus d’étoffe à certains, comme le juge, Luke le frère de Pete ou Mary, une de ses copine.

Une lecture qui ne vous laissera pas de marbre, ni indemne, un récit énorme, des personnages hauts en couleurs. Un roman déprimant car on sombre vraiment dans ce que le Montana a de moins reluisant en terme d’habitants.

Peut-être pas un chef-d’œuvre au niveau des émotions intenses (d’autres romans m’en ont donné plus), mais qui méritait d’être lu car la peinture au vitriol de cette société était des plus instructives et des plus violentes.

Ne manquait pas grand-chose pour exploser mon petit coeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Aliss : Patrick Senécal [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Aliss

Auteur : Patrick Senécal
Édition : ALIRE (01/09/2005) / Fleuve Noir

Résumé :
… Alice, une jeune fille curieuse, délurée, fonceuse et intelligente de Brossard. À dix-huit ans, poussée par son besoin d’affirmation de soi, elle décide qu’il est temps de quitter le cégep et le cocon familial pour aller vivre sa vie là où tout est possible, c’est-à-dire dans la métropole.

À la suite d’une rencontre fortuite dans le métro, Alice aboutit dans un quartier dont elle n’a jamais entendu parler et où les gens sont extrêmement bizarres. Mais c’est normal, non ? Elle est à Montréal et dans toute grande ville qui se respecte, il y a plein d’excentriques, comme Charles ou Verrue, d’illuminés, comme Andromaque ou Chess, et d’êtres encore plus inquiétants, comme Bone et Chair…

Alice s’installe donc et mord à pleines dents dans la vie, prête à tout pour se tailler une place. Or, elle ne peut savoir que là où elle a élu domicile, l’expression être « prêt à tout » revêt un sens très particulier…

Critique :
Caliss de criss d’Aliss ! Lorsque j’ai commencé la lecture de ce roman, je ne savais pas du tout où je mettais les pieds pour la bonne et simple raison que  je n’avais pas lu le résumé…

Je me savais dans un roman fantastique mais ne comprenant pas durant les premières pages où l’auteur m’emmenait, sans parler de mon impression bizarre de « déjà vu » et d’écriture sous acide, j’ai filé sur Babelio afin de savoir le fin mot de l’affaire.

Une réécriture, une relecture moderne et grinçante de « Alice aux pays des merveilles », le conte de Lewis Carroll revisité, voilà ce que j’avais en main !

Alice aux pays des merveilles que j’appelle toujours « Ça glisse au pays des merveilles » depuis un certain épisode de Friends (VF)…

Ce conte que j’ai en horreur depuis un certain dessin animé des studios Disney que j’avais vu petite et dont je n’avais rien capté, si ce n’est un espèce de traumatisme dès que j’entendais prononcer le titre de l’œuvre de Carroll.

J’avais déjà du mal avec le début du livre, n’arrivant pas entrer dans l’histoire, à apprécier les différents personnages et la suite fut encore pire puisque j’ai lâché prise et sauté des passages entiers du roman !

La faute n’en incombe pas à l’écriture qui avait un côté grinçant que j’apprécie d’ordinaire, les passages sexuels assez hot ne sont pas responsables non plus de mon abandon…

La faute ne vient pas non plus de la relecture que l’auteur fait du conte de Carroll car il y a de la créativité certaine, même une certaine créativité, de l’inventivité, de l’audace et tout les familiers de l’œuvre n’auront aucun mal à reconnaître les différents personnages, même ceux qui, comme moi, sont allergique à Alice et à son foutu pays des merveilles.

Chez moi, l’allergie doit toujours être bien présente et elle persistera jusqu’à la fin, sans aucun doute car je suis passé totalement à côté du roman. Abandon en cours de route donc, juste été lire la fin afin de savoir ce qu’il lui arrivait.

Il y a des jours, comme ça…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Chronique d’un abandon: Quand la lumière ne nous atteint pas, et que les crocs de l’intrigue ne tient pas ses lectrices…

Ce que j’en ai pensé… : Par Stelphique
Il était une fois deux blogueuses baroudeuses des pages et qui toujours, main dans la main, empruntent les chemins les plus sombres des livres noirs. Chacune avec leurs supers pouvoirs, l’une avec ses dents acérées de Cannibal et l’autre avec ses ailes lumineuses d’Elfe pour éclairer l’obscurité …

Elles décident de se lancer sur les traces d’Aliss, de Patrick Senecal…

Dans les coulisses de leur loge d’amitié, il y eu cette discussion :
— Stelphique, il y a un problème …
— Ah bon , c’est quoi ??!
— Ben Aliss …
— Et ??!
— C’est la revisite de Alice au pays des merveilles …
— Oui, je le savais, j’adore ce genre de livres !
— Je déteste …
— Ah … *Grand flottement elfique*….
Quelques moments plus tard, Stelphique contacta la Belette Cannibal :
— Moi aussi, j’ai un problème avec Aliss.
— Ah, c’est quoi ?
— Le personnage…Trop effrontée, je crois que je ne vais pas aimer les chemins qu’elle va prendre…
— J’accroche pas de mon côté …
— Il est trop tôt pour que Je m’en fasse une idée mais je te vois tu es plus loin que moi sur le chemin.
— Oui, j’ai un rythme de coureuse de marathon en compétition quand je lis ! Je ne suis pas le Cannibal Lecteur pour rien !
— Alors, Cannibal ? On abandonne Aliss à ses découvertes?
— Ben oui …
— J’ai quand même une note positive à soulever….
— Ah oui ?
— J’aimerai bien lire du Nietzsche maintenant…
— *Cannibal qui botte en touche* Ouais Ben on verra ça plus tard, là on a un Fabio Mitchelli à commencer…

Et voilà, nos deux baroudeuses des aventures sombres, qui laissèrent Aliss, à ses aventures revisitées …

Il est dès fois, où la magie ne fonctionne pas, pourtant chacune aurait pu y trouver son compte pour différentes raisons, ça aurait pu être le livre de tous les feux d’artifices pour la fan des contes revisités ou pour la grande amatrice des sensations fortes avec cet auteur canadien talentueux, mais d’un commun accord, nous avons décidé de laisser vivre Aliss dans son pays des merveilles revisité, et continuer de notre côté à visiter d’autres lieux de perdition…

L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.