La Neige de saint Pierre : Léo Perutz [LC avec Rachel]


Titre : La Neige de saint Pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Zulma (03/10/2016)
Édition Originale : St. Petri Schnee (1933)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede.

Pour y soigner des paysans ? Pas si évident, car dans le secret de son laboratoire, la baron vient de découvrir une drogue surpuissante : la neige de saint Pierre. Dont il compte bien faire usage à grande échelle.

Interdit par les nazis dès sa parution en 1933, la Neige de saint Pierre est, par-delà l’enquête aux allures de rêve hallucinatoire, le roman de la manipulation et du pouvoir.

Critique :
Rêve ou réalité ? Cette question a failli rester sans réponse, pourtant, quelques indices me donnent à penser que c’était la réalité…

Imaginez que vous vous réveillez sur un lit d’hôpital, vos derniers souvenirs sont qu’une personne vous a assommé avec un fléau…

Le médecin vous signifie qu’on n’utilise plus de fléau pour battre le blé, nous sommes en 1932 tout même et qu’en plus, vous avez été renversé par une voiture.

Youyou, il y a quelqu’un là-dedans, McFly ?

Le doute s’installe. Avez-vous rêvé votre histoire ou vous ment-on ?

Puisque le doute l’habite, le jeune docteur Georg Friedrich Amberg va donc faire appel à ses souvenirs pour nous expliquer son histoire et nous donner la vérité, qui est ailleurs, comme toujours.

L’auteur, au moyen des souvenirs de son personnage principal, va nous entraîner dans un petit village, perdu au fond du trou du cul de la Westphalie, où règne le baron von Malchin et où tout est encore à l’ère manuelle, comme dans des temps reculés.

Si les expériences de petit chimiste de Gaston Lagaffe étaient réputées pour être dangereuses pour tout l’immeuble des éditions Dupuis, ainsi que pour celui de leurs voisins, Ducran et Lapoigne, les expériences chimiques du baron et de son associée, la belle Kallisto Tsanaris (Bibiche pour les intimes) ne le sont pas moins.

Croyez-moi, l’univers de ce roman est spécial, tournant parfois au huis-clos puisque nous sommes dans un petit village et que le baron voudrait, au travers de son fils adoptif, Frederico, ultime descendant de l’empereur Frédéric II (qu’il dit), rétablir la dynastie des Hohenstaufen du Saint Empire Romain Germanique (Ier Reich). Rien de moins…

Bizarre cette idée de vouloir rétablir un grand Empire… C’est moi ou ça pue l’idée du grand Reich de l’autre moustachu de sinistre mémoire ?

Vu que son roman a été interdit dès 1933 par les nazis, ces petits êtres sadiques, je pense qu’en effet ces tristes sires y ont vu, eux aussi, une allégorie des idée de grand empire prônée par leur grand guignol fanatique aux idées détestables et assassines.

Mince alors, ils avaient donc un cerveau ? Ou alors, délation, quand tu nous tiens.

Anybref, voilà une lecture que je n’aurais jamais faite dans ma copinaute Rachel et sans l’erreur qui fut sienne d’acheter ce roman en lieu et place de « La nuit sous le pont de pierre » du même auteur et que j’avais coché pour mon Mois du Polar (PTDR).

Une erreur qui a bien fait les choses car elle m’a permise de lire ce roman étrange, qui se lit facilement et qui parle des rêves un peu fous d’un baron, peut-être pas si frappadingue que ça, et qui va tenter, grâce à une substance chimique, de manipuler les foules pour leur rendre… Je ne vous dis rien de plus.

C’est un roman qui explore à la frontière entre la réalité et le fantasmagorique, qui se promène aux frontières du réel, faisant hésiter le lecteur et le personnage sur les faits qui se sont produits et dont il a été le témoin direct.

Malgré le fait que tout le monde lui dit le contraire, notre docteur se raccroche à ses souvenirs et se demande pourquoi on tente de le manipuler. La réalité serait-elle une illusion ? Ou le rêve est-il vraiment la réalité et on veut l’empêcher d’en parler ?

Un roman qui met en avant, avec moquerie, le Premier Reich, touchant par là-même le Troisième qui se voulait aussi grand, qui parle de la foi comme de l’opium du peuple (mais d’une autre manière que je ne divulgâcherai pas), qui parle de la manipulation des masses par quelques personnes, le tout sur un ton assez badin, amusant, mêlant habillement le roman d’investigation à celui d’anticipation.

On comprend l’interdiction de l’époque ! Mais maintenant, on peur le lire sans peur et sans reproches.

Une LC avec Rachel qui, malgré les cafouillages du départ, aura été une belle découverte. Elle, comme moi, a apprécié sa lecture. D’ailleurs, elle vous le confirmera dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°202.

Santa muerte : Gabino Iglesias

Titre : Santa muerte

Auteur : Gabino Iglesias
Édition : Sonatine (20/02/2020)
Édition Originale : Zero Saints (2015)
Traducteur : Pierre Szczeciner

Résumé :
Santa Muerte, protegeme…

Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ».

Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer, lui trancher les doigts et les donner à manger à… une chose, avant de lui couper la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance.

Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur portoricain cinglé et d’un tueur à gage russe, il est prêt à déchaîner l’enfer.

C’est le début d’une odyssée survoltée, mystique et punk, infusée de magie yoruba, foutrement intense et délicieusement flippante.

Critique :
Au premier abord, on pourrait classer ce roman noir dans la catégorie des romans « barrés » ou « frappadingue » tant il est déjanté, a des relents de fantastique et des saints inconnus de ton calendrier catholique, orthodoxe et tout ce que tu veux.

Et en effet, ce ne serait pas une erreur de classement car si on le regarde en gros, c’est de l’action pure, de la violence, des drogues, des armes à feu et une histoire de vengeance vieille comme le monde.

Pas de la vengeance raffinée à la Monte-Cristo, mais de celle au Beretta, au Desert Eagle et à l’Uzi (à ne pas confondre avec de l’ouzo).

Pourtant, dans le fond, il n’y a pas que ça…

Ce n’est pas que l’histoire d’une vengeance, car au travers de l’histoire de Fernando, immigré clandestin mexicain, dealer de toutes sorte de drogues et videur de boite, c’est aussi celle de tous les clandestins qui tentent de passer la frontière pour vivre le rêve Américain, ou tout simplement, essayer de sortir de la misère ou échapper à des tueurs ou quitter un pays exsangue.

Fernando a beau être un revendeur et le type qui rapporte le fric à Guillermo, le dealer en chef, il mène une vie rangée, tranquille, sans faire de vague et en priant beaucoup  la Santa muerte…

Notre personnage principal n’ a rien d’un dur, d’un salaud. Il pourrait même chanter ♫ Je ne suis pas un héros ♪.

En un mot, il est réaliste, un presque monsieur-tout-le-monde, qui sait se servir des armes, car s’il n’a rien d’un ange, il n’a pas non plus les cojones pour s’attaquer à plus fort que lui.

Pourtant, il va devoir aller se greffer de suite une solide paire de cojones car ceux qui ont tué son boss et Consuelo, sa mère de substitution, prêtresse de la Santería, ce sont des MS13…  Mara Salvatrucha, pour ceux qui ne pigent pas et qui n’ont pas encore fait des traces de freinage dans leurs slips ou culottes !

Un roman noir qui est intense, court, ne te laisse pas le temps de reprendre ton souffle et te fera croiser la route de personnages (Le Russe et El Principe) dont tu ne sais pas trop s’il vaut mieux ne jamais les croiser ou alors, si les avoir pour potes, pourrait t’aider si un jour tu veux dézinguer des membres du terrible gang des MS-13…

Un barrio noir qui mélange habillement la violence, l’humour, l’amitié, la vengeance, les drogues et autres cachetons favoris du Docteur House. Sans oublier les cierges, les bougies, les neuvaines et les prières à des tas de saints.

Après ma prière, j’ai allumé une bougie supplémentaire pour San Lázaro et une autre pour Changó en me disant qu’il valait mieux assurer mes arrières. Je n’avais pas de pommes, mais il me restait au frigo un peu de lait, du fromage et une part de pizza. J’ai aussi ouvert le placard sous l’évier pour y prendre ma meilleure bouteille de rhum, celle que je réservais à la Santa Muerte, et j’en ai rempli un verre. J’ai tout déposé devant mes deux statues et j’ai promis à Changó que je lui rapporterais deux sacs de pommes s’il me venait en aide.

Donc, si tu veux lire ce petit roman qui pulse, ami lecteur, amie lectrice, n’oublie pas ton chapelet, un gros cierge, tes offrandes à la Santa Muerte ou autre saint(e) qui a tes faveurs, tes balles à têtes creuses, de l’eau bénite (parce qu’on ne sait jamais), une grosse paire de cojones et des flingues !

Prière à la Santa Muerte – Jour 3
Ô, Mort toute-puissante, reine des Ténèbres et de l’Au-Delà, Dieu t’a accordé l’immortalité et je t’implore avec toute la ferveur que renferme mon cœur de diriger contre mes ennemis le pouvoir que tu détiens sur l’ensemble des mortels. Qu’ils ne puissent avaler le moindre repas, qu’ils ne puissent s’asseoir à aucune table, qu’ils ne puissent trouver le sommeil ni connaître la tranquillité. Qu’aucun de leurs desseins néfastes ne se réalise. Santa Muerte, Dame blanche adorée, je te demande de forcer mes ennemis à s’incliner devant toi, vaincus, et de les contraindre à l’humilité. Je te supplie de m’accorder la force de les écraser. Qu’ils rampent à mes pieds et me voient comme le bras armé de ta justice divine et éternelle. Je te supplie, ô Santa Muerte, reine de mon cœur, de m’accorder les faveurs que je te demande par cette novena. Je te supplie de m’accorder ton aide afin d’annihiler Indio et ses hommes, ces vermines qui ont fait couler le sang des innocents. Que ta volonté soit faite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°192.

Frontière blanche : Matti Rönkä

Titre : Frontière blanche

Auteur : Matti Rönkä
Édition : L’archipel Suspense (23/02/2011)
Édition Originale : Tappajan näköinen mies (2002)
Traducteur : Johanna Kuningas

Résumé :
Ancien agent du KGB, Viktor Kärppä a quitté sa Russie natale pour la Finlande afin de fuir son passé.

À Helsinki, où il a ouvert une agence de détective privé, il rend divers services à des trafiquants locaux, traversant souvent la frontière pour passer en douce des documents ou prendre livraison d’alcool ou de cigarettes.

Lorsque Aarne Larsson, marchand de livres anciens et nostalgique du nazisme, lui demande de retrouver sa femme Sirje, qui a mystérieusement disparu, Viktor pense qu’il s’agit là d’une simple affaire de routine…

Or, bien vite, il découvre que Sirje est la sœur d’un baron de la drogue, l’Estonien Jaak Lillepuu.

L’enquête de Viktor semble soudain intéresser beaucoup de monde, trop à son goût : un inspecteur de la police d’Helsinki, à qui il donne parfois des tuyaux, ses anciens « camarades » du KGB et Jaak Lillepuu en personne. Un jour, ce dernier disparaît à son tour…

Critique :  »
« Prix du meilleur polar nordique 2010 » disait le bandeau-titre… Soit la concurrence n’était pas terrible, soit les jurés et moi n’avons pas les mêmes goûts en matière de polar nordique.

Honnêtement, il y a du bon dans ce polar, notamment dans les atmosphères qui parsèment le roman, la région dans laquelle l’action se situe, cette frontière entre la Russie et la Finlande et la description de la mentalité des gens.

Il ne faut pas non plus s’attendre à du trépidant, à des courses poursuites, ici, on va piano et on essaye de sauver sa peau.

Viktor Kärppä est un détective au passé trouble, au passé effacé, à l’identité changée… Faisant le grand écart entre des mafieux du coin à qui il donne des petits coups de mains et les flics, qu’il renseigne, Viktor est un homme difficile à cerner et de ce fait, je ne me suis pas attachée à lui.

Son enquête sur une épouse disparue semble être un cas banal et une enquête pépère. Même si toutes les pistes sont froides et se terminent en cul-de-sac, il était loin de s’imaginer que ses questions sur l’épouse disparue soulèveraient autant de bâtons dans ses roues.

Malgré tout, j’ai eu du mal à garder les yeux ouverts, j’ai dû faire une pause et m’amuser à autre chose (faire le grand ménage de la semaine) avant de revenir à ma lecture et la terminer.

On a des rebondissements à la fin, des doubles jeux, des étonnements, mais j’en suis sortie avec un mot à la bouche « Oui bof » et un air blasé. L’auteur se paie même le luxe de laisser ses lecteurs faire le cheminement de la réalisation des meurtres, une fois qu’il nous a mis devant la solution.

Il avait envie de s’épargner des explications, même si elles sont assez simples à comprendre. Je sais que nous ne sommes pas des imbéciles, mais ça donne l’horrible impression qu’on se moque du lecteur.

Râlant car ce roman avait lui aussi tout pour me plaire, avec son récit à cheval entre la Finlande et ma Russie chérie (j’aime le pays, pas le gouvernement), cette région qu’est la Carélie, moitié Russe, moitié Finlandaise et qui symbolise d’un côté la richesse occidentale et de l’autre la pauvreté.

Avec ces Finlandais de Russie, objet de mépris dans l’ex-URSS et devenus les catalyseurs de tous les ennuis, les boucs émissaires, les responsables de tous les maux, car considérés comme des Russes par les Finlandais.

Hélas, les pérégrinations pour retrouver l’épouse disparue prend le plus de place et l’enquête n’est pas super trépidante, même si elle a tout de même plus de vie qu’une enquête du commissaire Derrick, mais là, ce n’est pas compliqué non plus.

Allez, au suivant et pour la littérature nordique, je me contenterai des romans de ce cher Arnaldur Indriðason qui ne me déçoit jamais car il prend le temps de donner plus de corps à son histoire, même si Erlendur ne court jamais.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°187 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°32].

Hunter – Tome 03 – Freeman : Roy Braverman

Titre : Hunter – Tome 03 – Freeman

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (05/02/2020)

Résumé :
Puissant comme un ouragan sur le bayou
Épicé comme un jambalaya créole
Enivrant comme un Ramos Gin Fizz
Endiablé comme un air de zydeco
Envoûtant comme le parfum des belles-de-nuit
Sensuel comme La Nouvelle-Orléans
Noir comme un roman de James Lee Burke

Patterson, en Louisiane. Deux millions de dollars disparaissent. Pendant un ouragan d’une rare violence. Dans la maison du boss de la mafia locale.

La traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un fabuleux tandem de flics que tout oppose mais dont chacun poursuit une quête personnelle, une serveuse qui aime trop l’un des deux flics, le FBI, Freeman et sa fille Louise (celle-là même qui avait été retenue prisonnière quatorze ans dans un trou perdu des Appalaches dans « Hunter »), un collecteur de dettes arménien, et tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics et de petites frappes…

Cela pourrait être le début de beaucoup de polars. Sauf que c’est au coeur du bayou, et que c’est Roy Braverman qui est aux manettes.

Et que la traque va être bercée par le rythme envoûtant de la zydeco, imprégnée des senteurs de la cuisine cajun, caressée par les parfums sensuels de la flore de Louisiane, et rendue plus haletante encore par la menace des crocs acérés des alligators…

Critique :
Voilà un roman noir qui sent bon l’Amérique, comme s’il avait été cuisiné par un grand chef de là-bas alors qu’il l’a été mitonné par un frenchie à la mode cajun.

Louisiane… J’ai débarqué en plein ouragan (pas Katrina), alors qu’en Belgique, les tempêtes Ciara et Dennis s’en donnaient à cœur joie, ajoutant une atmosphère réaliste à cette fin du monde qui régnait dans le roman de l’auteur.

Heureusement pour moi, je ne me suis pas prise un crocodile dans la gueule… Le zoo d’Anvers et Pairi Daiza avaient dû lester leurs sauriens de sacs à main remplis de monnaie.

L’ambiance et le ton était donné et je m’y suis coulée comme un vieil alligator dans son bayou, me vautrant dans la boue poisseuse de ce roman qui clôt une trilogie dont les romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre.

Mais quitte faire les choses biens, autant faire les trois dans l’ordre et prendre son plaisir car la galerie de personnages vaut son pesant d’or, certains sortant même du lot car j’ai un faible pour Mardiros, le collecteur de dettes arménien.

Entre nous, si ce dernier roman porte le nom de Freeman, le policier qui avait tout mis en oeuvre pour retrouver sa fille Louise dans le premier tome, il n’est pas vraiment le personnage principal pour moi.

Le roman aurait d’ailleurs pu se nommer Zach Beauregard ou Doug Howard vu qu’ils sont plus présent dans ces pages que notre Freeman.

Mais je pinaille sur des détails ! Voilà un roman qui foisonne de petites histoires, d’enquêtes dans l’enquête, de petites tranches de vies, de bataille des polices, de FBI, bref, il y a la dedans de la vie qui grouille, tels des asticots sur un cadavre.

Oui, c’est glauque et poisseux, les morts ne sont pas décédés de leur belle mort, on a un cadavre de gosse, on a de la misère sociale, de la misère tout court, des gosses qui savent qu’ils ne s’en sortiront pas, des flics corrompus, un malfrat qui fait sa loi, bref, tous les ingrédients d’un roman noir…

Une excellente cuisine de tous les ingrédients d’un roman noir, le tout assaisonné de sauce cajun bien épicée, de morceau de gators dans l’assiette, de cocktails en tout genre, de personnages hors-norme, atypiques, d’une dose d’humour, de balles qui sifflent, de salopards de bandits mais aussi de gens riches qui se pensent au-dessus des lois.

Dans ce roman, tout peut arriver, rien n’est assuré, les trahisons peuvent surgir de partout, tel un alligator attendant que vous passiez dans les hautes herbes, les coups-bas pareils, mais parfois, on pense qu’on vient de se prendre un poignard dans le dos et c’était un sacré coup de main.

Ce roman noir, c’est la Louisiane comme si vous y étiez et je ne risque pas d’aller passer mes vacances là bas, sauf à y aller avec Air Braverman, filiale de Air Manook.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°179 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°24].

 

Transsiberian back to black : Andreï Doronine

Titre : Transsiberian back to black

Auteur : Andreï Doronine
Édition : Manufacture de livres (12/04/2017) / 10/18 Domaine étranger (05/04/2018)
Édition Originale : Transsiberian Back2Black (2015)
Traducteur : Thierry Marignac

Résumé :
« Tokha, un petit mec trapu, gagnait son fric de manière extravagante – attaquant dans le dos des passants isolés, en les assommant par-derrière avec des chats gelés à mort et durs comme de la pierre. »

Un jeune auteur de Saint-Pétersbourg raconte le quotidien tragicomique d’un camé. Sans illusion, sans la moindre sentimentalité inutile, ces récits noirs en grande partie autobiographiques, tragiques et pleins d’humour, font de la grande ville du Nord une métropole anonyme à la beauté lépreuse, et dont les palais tant vantés cachent d’innombrables taudis.

Critique :
♫ You go back to her ♪
♪ And I go back to ♪
♫Black, black, black, black, black, black, black ♫

Avec un titre pareil, il m’était impossible de ne pas penser à la chanson d’Amy Winehouse « Back To Black » que j’adore.

Ce roman est composé de 12 nouvelles et pour une fois, je ne pourrai pas dire qu’elles n’en disent pas assez ou qu’il manque quelque chose puisqu’elles sont en fait des tranches de vie d’un camé.

Trainspotting à la sauce russe ? Oui, tout à fait… La vie des camés est décrite sans concession, sans filtres et c’est glauque, violent, sordide, surtout lorsqu’on s’aventurera dans les bas-fonds de la vielle de Petersbourg.

Par contre, je n’ai pas ri ! Il n’y a rien de risible là-dedans, même si nous sommes souvent face à des situations cocasses, mais elles donneraient plus envie de pleurer devant cette déchéance humaine.

Si je vous parle de rire, c’est parce que sous le 4ème de couverture, il était noté en commentaire : « La noirceur de Transsiberian back to black n’a d’égal que sa légèreté. J’ai rarement autant ri à la lecture d’un texte violent et sordide ».

Là, ne comprends toujours pas car aucune situation ne m’a fait sourire, malgré l’autodérision du narrateur qui n’est jamais que l’auteur qui nous raconte sa vie de drogué, sa vie d’avant.

Pire, si la première histoire m’a plu, le reste m’a plutôt ennuyé, n’arrivant pas à l’attacher à un personnage, même le principal et j’ai fini le roman en sautant des lignes et des paragraphes.

Un roman noir très glauque, cash et trash, rempli de déchéance humaine, d’une vie à se traîner car sous l’emprise de la drogue, à vendre son âme, pour un peu de fric, à ne plus ressembler à un Homme tant la spirale infernale de la poudre blanche les tient dans ses rets.

Ne cherchez pas la lumière, il n’y en a pas. Le récit a indigné des gens car ils ne comprenaient pas comment l’auteur pouvait parler avec autant de légèreté de la drogue.

Malheureusement, il ne m’a pas donné l’ivresse attendue, je n’ai pas plané avec lui. J’aurais peut-être dû le sniffer ou lieu de me l’injecter…

Allez, au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°166 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°11].

Je suis le fleuve : T. E. Grau

Titre : Je suis le fleuve

Auteur : T. E. Grau
Édition : Sonatine (09/01/2020)
Édition Originale : I Am the river (2018)
Traducteur : Nicolas Richard

Résumé :
Subir. Survivre.

Depuis la fin de la guerre du Vietnam, Israël Broussard survit tant bien que mal à Bangkok. Cinq ans plus tôt, il a participé à la mystérieuse opération Algernon, au cœur de la jungle laotienne.

Ce qui s’est passé là-bas ? Il ne s’en souvient plus, il ne veut plus s’en souvenir.

Et pourtant, l’heure est venue de s’expliquer…

L’intensité et la crudité dérangeante de sa prose font de Je suis le fleuve une expérience de lecture à nulle autre pareille.

Ce voyage halluciné et sans retour à travers les méandres d’une psyché dévastée évoque irrésistiblement Apocalypse Now.

Critique :
♫ One night in Bangkok makes a hard man humble ♪ Not much between despair and ecstasy ♪

One night in Bangkok and the tough guys tumble ♫ Can’t be too careful with your company ♪ I can feel the devil walking next to me ♫

I can feel the devil walking next to me… Je peux sentir le démon marcher près de moi…

Voilà une phrase qui sied bien au personnage halluciné, traumatisé et azimuté qu’est l’ex-soldat Israël Broussard.

Mon problème avec ce roman a commencé dès l’entrée en scène de cet étrange personnage et j’ai eu un peu de mal à me concentrer sur ma lecture tant son comportement était bizarre, oscillant entre rêves éveillés (ou pas), cauchemars, visions, folie, démence… Ne biffez aucune mention, elles sont toutes utiles.

Vu sa psyché dévastée, il aurait eu sa place dans le film Apocalypse Now, sans aucun doute, mais il n’arrive tout de même pas à la cheville du colonel Kurtz… Ou alors, je dois revoir mes classiques de toute urgence (faut une prescription ?) !

Ce que Israël Broussard a vu de la guerre du Vietnamn ce n’était pas La croisière s’amuse (Love Boat), loin de là.

Pourtant, l’auteur nous donnera peu de détails sur l’horreur que fut cette guerre. Il en brosse les grandes lignes, les grandes monstruosités et Monsanto nous fait même un petit coucou avec ses produits défoliants toute concurrence.

En fait, on dirait que toutes les monstruosités, tous les actes barbares sont concentrés dans le personnage de Broussard. Non pas parce qu’il les a commis (même si on se doute que son traumatisme vient d’un acte violent) mais parce qu’il les a subies en participant à ce conflit.

À lui tout seul, il regroupe une bonne partie des syndromes post-traumatiques dont souffrent les soldats après une guerre.

On ne lit pas se livre tranquillement, il n’est pas un long fleuve tranquille, dedans on y côtoiera même un chien noir qui semble tout droit sorti des Enfers et qui poursuit Broussard sans relâche, malgré ses shoot à diverses substances.

Bizarrement, Molosse Noir poursuit Broussard depuis une mystérieuse opération au Laos qui n’est renseignée nulle part. La Grande Muette n’aurait-elle pas validé cette opération ?

Comment passe-t-on d’un homme traduit en cour martiale pour avoir refusé de tirer sur l’ennemi à un homme traumatisé par une opération clandestine dans un pays neutre ? Demandez à la taupe Chapel…

Une fois de plus, l’Amérique ne sort pas grandie de ces pages… Une fois de plus, le Super Gendarme du Monde en prend plein sa gueule pour pas un rond, l’auteur frappe sous la ceinture et je n’irai pas lui demander d’arrêter. Qu’il frappe seulement, tant que c’est avec des mots… Et ses mots poignardent.

Dommage que j’ai un peu galéré au départ parce que cela m’a fait perdre une partie du plaisir de lecture. Malgré tout, je n’ai pas tout perdu puisque le pays qui se fout de tout le monde s’est fait tacler sévèrement.

Heureusement qu’après mon patinage de départ j’ai persévéré car il s’est révélé au final un très bon livre dont le personnage le plus ressemblant au colonel Kurtz niveau folie n’était pas Broussard mais Chapel, la taupe, et son plan plus qu’halluciné !

Avec des personnages profonds, illustrant la diversité de l’Amérique à eux tous seuls (avec leur haine raciale, leurs préjugés et leurs différences culturelles), ce roman de guerre est spécial car il vous plonge directement dans la tête d’un ancien soldat qui se terre dans un trou pour échapper à ses cauchemars réincarnés en chien énorme.

En s’accrochant un petit peu et en dépassant ce côté bordélique du départ, on entre peu à peu dans un roman sur la guerre du Vietnam différent des autres, où la jungle et la ville de Bangkok prennent vie…

Un roman où les pires cauchemars vous poursuivent, sans qu’il y ait intervention de l’élément fantastique, simplement parce que la guerre a fait de vous un traumatisé, un pauvre hère hanté par ce qu’il a commis, parce qu’un ou plusieurs gouvernements, un jour, on décidé de se faire la guerre et de vous y envoyer la faire à leur place.

La guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens (Carl von Clausewitz).

Lorsqu’un gouvernement se prépare à la guerre, il décrit ses adversaires comme des monstres (Carl Sagan).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°151.

Art Keller – Tome 02 – Cartel : Don Winslow

Titre : Art Keller – Tome 02 – Cartel

Auteur : Don Winslow
Édition : Seuil (08/09/2016) / Points (04/01/2018)
Édition Originale : The Cartel (2015)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Dix ans après La Griffe du chien, Don Winslow revient avec un livre encore plus fort sur la montée en puissance des narco-empires.

2004. Adan Barrera, incarnation romanesque d’El Chapo, ronge son frein dans une prison fédérale de Californie, tandis qu’Art Keller, l’ex-agent de la DEA qui a causé sa chute, veille sur les abeilles dans un monastère.

Quand Barrera s’échappe, reprend les affaires en main et met la tête de Keller à prix, la CIA et les Mexicains sortent l’Américain de sa retraite : lui seul connaît intimement le fugitif.

La guerre de la drogue reprend de plus belle entre les différentes organisations, brillamment orchestrée par Barrera qui tire toutes les ficelles : la police, l’armée et jusqu’aux plus hauts fonctionnaires mexicains sont à sa solde.

Alors que la lutte pour le contrôle de tous les cartels fait rage, avec une violence inouïe, Art Keller s’emploie à abattre son ennemi de toujours.

Jusqu’où ira cette vendetta ?

Critique :
Je sens que le syndicat d’initiative du Mexique ne va pas afficher ce roman dans sa vitrine car il a dû faire fuir les touristes qui voulaient visiter les régions du Sonora, du Sinaloa, les villes de Ciudad Juarez, de Nuevo Laredo…

Maintenant, si vous êtes un narcotrafiquant… Libre à vous d’aller vous promener dans les rues, tant que le loup n’y est pas… Si les loups Barrera ou Ochoa y étaient, ils vous mangeraient ♫

Voilà un roman qui vous scotche les mains au papier, qui vous les rend moite, qui vous fait déglutir difficilement, vous tord les tripes et vous donne parfois envie de rendre le repas.

Réaliste, terriblement réaliste, horriblement réaliste. J’ai arrêté de compter les morts, comme les gens des villes qui, devant toute cette débauche de cadavres, les enjambaient sans y faire attention.

C’est incroyable, se dit-il, cette capacité qu’à l’être humain, ce besoin peut-être, d’instaurer un sentiment de normalité dans les conditions les plus anormales. Des gens vivent dans une zone de guerre, dans un état de menace permanente, et pourtant, ils continuent à faire les petits gestes quotidiens qui constituent une vie normale.

Ça jette un froid, la banalisation de la mort telle que celle décrite dans le roman. Apparemment, on s’habitue à tout, même aux assassinats de masse et aux corps jonchant les rues. Tant que ce n’est pas le sien ou un proche, on banalise et on avance, le dos courbé pour ne pas se faire avoir aussi.

Il contemple les corps dépiautés – manière choisie par Adán Barrera pour annoncer son retour à Nuevo Laredo – en songeant qu’il devrait être plus affecté. Des années plus tôt, son coeur s’était brisé devant le spectacle de dix-neuf corps, et aujourd’hui, il ne ressent rien. Des années plus tôt, il pensait ne jamais voir un spectacle plus atroce que le massacre à la mitrailleuse de dix-neuf hommes, femmes et enfants. Eh bien, il avait tort.

879 pages de noirceur sans nom, ça pourrait paraître indigeste mais ça ne l’est jamais, même si, pour votre santé mentale et votre petit cœur, des pauses lectures des « Aventures de Oui-Oui » sont recommandées…

On peut vraiment résumer ce roman noir par « Le guerre et paix au pays des cartels », car comme toutes les guerres, ça commence par des territoires que l’on veut garder, agrandir, conquérir et par des jeux d’alliances subtils car il s’agit de ne pas jouer le mauvais cartel… Votre vie en dépend.

N’oubliez jamais que les amis du matin peuvent ne plus l’être à midi, que votre cousin peut vous la mettre profond (la dague dans le dos), que votre femme/maîtresse peut aussi vous donner à l’ennemi.

À se demander d’ailleurs pourquoi tout le monde veut faire narcotrafiquant car on n’y fait jamais de vieux os et on a beau être plus riche que Crésus, on vit comme un réfugié, changeant de planque régulièrement, se méfiant de tout le monde, regardant toujours derrière son épaule.

Une fois de plus, avec Winslow, les personnages ne sont ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, ni même tout à fait gris…

Barrera, le patrón, semble correct, niveau narco : il ne tue pas les femmes, ne les viole pas, fait son trafic de drogue sans toucher aux civils. Sympa, le mec, non ? Oui, mais, dans « La griffe du chien« , il a balancé deux gosses du haut d’un pont après avoir tué leur mère. Et pas que ça…

Le chef des Zetas n’a pas de principes, c’est un salopard de la pire espèce mais il n’est pas le seul coupable, d’autres le sont aussi, dont les États-Unis… Eux non plus ne sortent pas grandis de ce roman, ils ont été rhabillé pour tous les hivers.

Quant au Mexique, ses habitants de lamentent qu’il ne soit plus connu que pour les cartels de la drogue et les massacres que pour ses monuments, ses places, son Histoire et que les « célébrités » ne soient plus les écrivains, les acteurs, les producteurs maisles narcos et des tueurs psychopathes dont l’unique contribution à la culture sont des narcocorridas chantées par des flagorneurs sans talents.

Lorsque l’on mange à la table du diable, il faut une grande cuillère et si Art Keller veut arriver à ses fins, la fin justifiera les moyens et il ira s’asseoir à la table car il n’a rien d’un Monsieur Propre, lui aussi a un portrait nuancé, mais réaliste, comme tous les autres.

Quand la secrétaire annonce à Tim Taylor qu’un certain Art Keller souhaite le voir, la nouvelle provoque l’enthousiasme réservé généralement à une coloscopie.

D’ailleurs, on ne peut s’empêcher d’apprécier Keller, même s’il se salit les mains d’une manière qu’il ne voulait sans doute pas. Parfois, pour obtenir une chose, il faut fermer les yeux sur d’autres choses, peu reluisantes. La fin justifie les moyens.

De la corruption, de la corruption, et encore ce la corruption… C’est ce qui fait tourner le monde, tout le monde ayant un prix et même si vous en voulez pas tremper dans la corruption, quelques menaces et tout de suite, le ton change. Vous acceptez ou vous mourez. Ou un de vos proches mourra.

Audiard le disait déjà : Dans les situations critiques, quand on parle avec un calibre bien en pogne, personne ne conteste plus. Y’a des statistiques là-dessus.

J’ai eu mal pour ce pauvre journaliste Pablo Mora, victime d’un dilemme insoluble, j’ai eu mal pour toutes ces petites gens, pris entre deux feux, sans avoir eu le choix, et qui se font assassiner pour leur appartenance à un cartel ou l’autre, même s’ils n’avaient pas choisi mais avaient subi.

Un roman noir qui ressemble à une enquête grandeur nature sur le monde des cartels, sur leur manière d’agir, de faire, de corrompre tout le monde. Un roman violent, très violent où les morts sont plus nombreux que dans GOT.

Un roman sur tout ces sans-noms qui sont morts dans l’indifférence de tous car ils étaient Mexicains. Un roman qui fait mal au bide, qui donne des sueurs froides, qui vous donne envie de remercier le ciel ou qui que soit de vous avoir faire naître en Belgique ou en France et pas dans une région infestée par les cartels.

Un roman noir qui coupe le souffle, un roman noir sur la vengeance, sur la conquête d’un trône fait de poudre blanche ou de cristaux bleus, sur les coups bas, les assassinats, les découpages d’êtres humains, le muselage de la presse et autres joyeusetés.

Don Winslow était attendu au tournant pour ce deuxième tome et il m’a semblé encore plus brillant que le premier. Son ton est toujours cynique, sans emphase, piquant et sans illusions aucune.

Toutes ces vérités assénées à coup de matraque, de flingue, tout ce que l’on nous cache, tout ce dont on ne nous parle pas aux J.T, tout se dont on se fout puisque nous ne nous sentons pas concerné. Toutes nos croyances sur la drogue et le monde qui l’entoure, sur la guerre contre les cartels qui n’en est pas une et toutes ces armes qu’on leur a fourni en pensant les combattre.

Vous êtes coupables de meurtres, vous êtes coupables de tortures, vous êtes coupables de viols, d’enlèvements, d’esclavagisme et d’oppression, mais surtout, j’affirme que vous êtes coupables d’indifférence. Vous ne voyez pas les gens que vous écrasez sous votre talon. Vous ne voyez pas leur souffrance, vous n’entendez pas leurs cris, ils sont sans voix et invisibles à vos yeux, ce sont les victimes de cette guerre que vous perpétuez pour demeurer au-dessus d’eux. Ce n’est pas une guerre contre la drogue. C’est une guerre contre les pauvres.

Vous qui entrez dans ce roman, abandonnez toutes illusions. Mais bon sang, quel pied littéraire, quel rail de coke !

Certains lieux sont habités par l’horreur, elle s’infiltre dans les murs, elle envahit l’atmosphère, et son odeur vous suit après votre départ, comme si elle voulait entrer par les pores de votre peau, jusque dans votre sang, votre cœur.
Le mal à l’état pur.
Le mal au-delà de tout espoir de rédemption.

Pour ma première lecture de 2020, j’ai choisi un pavé qui a été lourd à porter, tant il est obscur, sans lumière, sans possibilité de happy end.

Un coup de poing dans ma gueule, dans mon ventre, une lecture dérangeante, mais addictive et éclairante. Là, on a déjà mis la barre très haute et il se retrouvera dans mes livres qui comptent pour l’année 2020.

Le Mexique est devenu un gigantesque abattoir. Et tout ça pour quoi ? Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer.
De l’autre côté du pont se trouve le marché gigantesque, l’insatiable machine à consommer qui fait naître la violence ici. Les Américains fument l’herbe, sniffent la coke, s’injectent l’héroïne, s’enfilent de la meth, et ensuite ils ont le culot de pointer le doigt vers le sud, avec mépris, en parlant du « problème de la drogue et de la corruption au Mexique ».
Mais la drogue n’est plus le problème du Mexique, se dit Pablo, c’est devenu le problème de l’Amérique du Nord.
Quant à la corruption, qui est le plus corrompu ? Le vendeur ou l’acheteur ? Et quel degré de corruption doit atteindre une société pour que sa population éprouve le besoin de se défoncer afin d’échapper à la réalité, au sang versé, et aux souffrances endurées par ses voisins ?

Enlevez la foi à un fidèle, la croyance à un croyant, qu’obtenez-vous ? Le plus acharné des ennemis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°141.

Benzos : Noël Boudou

Titre : Benzos

Auteur : Noël Boudou
Édition : Taurnada (14/11/2019)

Résumé :
Vous est-il déjà arrivé de vous réveiller avec cette sensation de déjà-vu ?

Sauriez-vous faire la différence entre le vrai et le faux ?

Avez-vous une confiance absolue en vos proches ?

Nick semble mener une vie tranquille, entouré de sa femme et de ses voisins. Pourtant, le jour où des amis de longue date arrivent, son existence tout entière va basculer dans l’étrange et l’impensable.

Réalité ? Psychose ? Quelle preuve avez-vous finalement de votre réalité ?

Critique :
Non, Benzos n’est pas le nom d’une nouvelle céréales pour le petit déjeuner, ni celui d’une boisson chocolatée et énergique. Ce n’est pas non plus le nom du boss d’Amazon mal orthographié…

Benzos, c’est l’abréviation des benzodiazépines (au scrabble, si tu le places, tu gagne !) et si n’en prend pas, tu ne peux pas savoir que ce sont des anxiolytiques, utilisés dans le traitement médical de l’anxiété, de l’insomnie et autres.

Ne souffrant d’aucun de ces troubles, je ne peux pas comprendre que certains qui en souffrent bouffent des benzodiazépines comme d’autres des ©Dragibus.

Et Nick Power, le personnage principal de ce roman les avale à la chaîne, sans oublier de les faire descendre avec de la bière, de l’alcool ou un p’tit joint. On se dit qu’à se rythme là, soit il va clamser soit il va finir défoncé grave sa race (il l’est déjà) et commencer à avoir des hallucinations.

Ben tiens, ça commence… Le couple d’amis qui est arrivé hier soir, avec qui il a mangé du rôti et qui ont disparu au matin, le rôti se trouvant toujours dans le frigo, cru… Et le couple d’amis qui revient au soir, comme si c’était leur premier jour, comme s’ils n’étaient jamais venu hier…

Moi aussi j’ai failli tourner en bourrique comme Nick ! Était-il fou ? Nous faisait-il un délire grandeur nature ?

Je n’ai plus lâché le roman tellement je voulais savoir de quoi il retournait, même si à un moment donné j’ai trouvé la couille de canard dans le pâté de foie gras d’oie (ou le contraire). J’avais bien déduis, malgré tout, il me reste quelques questions sans réponses que j’ai posées à l’auteur via un MP.

Note pour plus tard : lui demander aussi pourquoi tous les rêves de Nick sont bourrés de sexe, de pipe, de sperme et de sang… À la fin, cela devenait redondant, toutes ces scènes de cul oniriques et réelles (oui, c’est moi qui dit ça !).

Si j’ai ressenti peu d’empathie pour Nick qui se gave de cachetons à longueur de journée, j’en ai eu pour tous ces gens qui souffrent de troubles du sommeil (et autres) et à qui ont ne sait prescrire que des médocs au lieu de creuser plus loin pour trouver l’origine du problème, comme on ferait pour une dent qui fait mal, un dos, un genou…

La médecine et certains médecins ont dû ressentir le pied qui arrivait droit dans leurs parties car l’auteur frappe sous la ceinture, avec peu de mots, peu de phrases, mais tout est dit. Tiens, bouffe-le dans ta gueule (c’est plus poétique en wallon, cette expression).

Certains médecins sont très généreux avec les prescriptions d’anti-dépresseurs (j’ai vu un reportage édifiant à la télé Belge) et ça ne fait jamais que la fortune des labos pharmaceutiques puisque les gens deviennent accros sans que ça résolve leurs problèmes. Bon, eux ils pensent que ça les a résolus, mais mon cul…

Non, Nick n’est pas un personnage que j’ai aimé, mais j’ai flippé avec lui devant toutes ces journées qui avaient l’air de recommencer indéfiniment et ce couple d’ami qui n’en finissaient pas de revenir pour la première fois, encore et encore.

Plusieurs fois j’ai eu envie de plonger la tête de Nick dans de l’eau froide pour le réveiller, pour le faire stopper ses prises de médicaments, pour lui donner l’électrochoc nécessaire et qu’il comprenne qu’il foutait sa santé et sa vie en l’air avec ça.

Un petit thriller psychologique qui fait monter la tension assez rapidement, qui entretient le suspense tel un feu de camp où l’on remuerait les braises pour attiser le feu de la curiosité avant d’y verser un accélérateur pour booster le suspense encore plus fort.

Un roman court, juste ce qu’il faut pour faire passer un après-midi avec le palpitant qui palpite et le cerveau qui crépite pour tenter de démêler le faux du vrai… Bien que tout pourrait être vrai ou tout pourrait être faux… Ça, je ne vous le dirai que contre un virement sur mon compte off-shore ! Mhouhahahaha.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°137.

Benzos était ma 365ème lecture de 2019. Ma dernière de l’année aussi. Le 31, je n’ai pas lu, j’avais trop à faire.

On dirait que quelqu’un nous a battus

Le baiser de l’ogre : Elsa Roch

Titre : Le baiser de l’ogre

Auteur : Elsa Roch
Édition : Calmann-Lévy Noir (09/10/2019)

Résumé :
Paris, en pleine nuit. Amaury Marsac, chef de groupe à la Criminelle, découvre dans le hall d’un immeuble sa plus jeune équipière, Lise Brugguer, gisant entre la vie et la mort.

Près d’elle, un cadavre d’homme à la tête explosée, mais pas d’arme.

Avant de sombrer dans l’inconscience, Brugguer lui révèle qu’elle a une fille de trois ans, qui est peut-être en danger, et que lui, Marsac, doit veiller sur elle.

Marsac est stupéfait d’apprendre l’existence de cette enfant. Et quand il la rencontre, petite fille muette aussi mystérieuse qu’attachante, la protéger devient son obsession.

Mais pourquoi Brugguer était-elle dans ce hall ? Quelles étaient ses relations avec la victime, vermine criblée de dettes ? Et qui pourrait en vouloir à cette petite fille ?

Marsac va devoir démêler les faux-semblants et déterrer les secrets du passé de son équipière pour percer la vérité. Et vaincre l’Ogre…

Critique :
Comment savoir si, à la fin d’une lecture, on a aimé ou pas ? Comment savoir si l’histoire que l’on vient de lire était super ou pas ?

Tout simplement en me projetant dans le futur et en me posant cette question : lorsque je ferai un bilan littéraire, me souviendrai-je encore de ce roman, des émotions ressenties ? Que garderais-je en mémoire ?

Car oui, il est des romans que l’on a adoré, des thrillers ou policiers que l’on a dévoré et à la fin de l’année, on n’en a gardé aucun souvenir. C’est terrible, l’épreuve des souvenirs littéraires, pour certains romans car ils ne passent pas le cap alors que d’autres, lu il y a plus de 30 ans, résonnent encore dans la mémoire, même si elle en a gommé des détails.

Donc, lorsque après une lecture je me retrouve en train de me questionner sur mon ressenti, déjà, ça sent mauvais dans l’air.

Une fois de plus, je me retrouve le cul entre deux chaises face à un roman que je n’ai pas détesté, que j’ai lu sans m’ennuyer, où j’ai ressenti des émotions mais où des détails m’ont chiffonné dès le départ.

Alors, une inspectrice retrouvée à côté d’un type assassiné, elle-même blessée et qui demande à son chef de ne rien dire aux autres membres de l’équipe de sa présence blessée sur les lieux d’un crime et que ce chef accède à sa demande, moi j’appelle ça de la folie, du vice de procédure.

Bref, une grosse couille dans le pâté et du pain béni pour un avocat de la défense qui mettrait la main sur ce genre d’irrégularité au moment du procès.

Certes, nous apprendrons après le pourquoi du comment de cette demande folle, mais sur le moment, je n’ai pas compris pourquoi le chef Marsac accédait à toutes ses demandes un peu folles, surtout que ça le mettait en porte-à-faux avec les autres membres de l’équipe qui partaient perdants en analysant la scène de crime et allaient perdre aussi un temps de fou. Pour moi, il y a des blâmes qui auraient dû tomber.

Pourtant, une fois passé ces quelques incohérences (il y en avait d’autres), j’ai apprécié la plume de l’auteur qui n’a rien de simpliste, la preuve en est que j’ai dû aller vérifier quelques mots au dico, que l’auteure utilise trois fois le mot « anamnèse » (faudra que je le replace, celui-là) et qu’elle ne se contente pas de construction de phrases banales telles que  « sujet-verbe-complément ». C’est plus recherché chez elle.

J’ai apprécié aussi les secrets enfouis, que Marsac va déterrer au fur et à mesure, l’ombre d’un danger qui plane sur son inspectrice blessée, leurs incursions dans le monde des salons de massages et de tout ce qu’ils cachent derrière les paravents, l’horreur de la pédopornographie (qu’on m’apporte un flingue),…

Mais surtout, surtout ce que j’ai le plus aimé et qui restera dans ma mémoire, c’est la petite Liv, une gamine de 3 ans souffrant du trouble du spectre de l’autisme.

Lorsque je ferai mon bilan et que je passerai en revue tous les livres lus cette année, c’est le personnage de Liv qui restera dans ma mémoire pour ce roman.

C’est elle qui m’a marqué, même si elle ne parle pas, car sa présence était lumineuse et à la limite, la résolution de l’enquête, je m’en fichais pas mal, tant que l’auteure me faisait passer du temps avec l’enfant.

Sans elle, le roman serait oublié car rien dans sa résolution n’est exceptionnel. Mais Liv, elle, elle est exceptionnelle !

Plus marquante que le chef Marsac, toujours endeuillé par la disparition de sa petite sœur, tel le commissaire Erlendur (qui cherche encore et encore son petit frère  dans les romans de l’auteur Arnaldur Indriðason).

Une fois de plus, c’est un personnage féminin qui est réussi et qui me marquera durablement. Girl Power !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°116.

 

Les Quatre de Baker Street – Tome 8 – Les Maîtres de Limehouse : Jean-Blaise Djian, David Etien & Olivier Legrand

Titre : Les Quatre de Baker Street – Tome 8 – Les Maîtres de Limehouse

Scénaristes : Jean-Blaise Djian & Olivier Legrand
Dessinateur : David Etien

Édition : Vents d’Ouest (16/10/2019)

Résumé :
Enquête au cœur du quartier chinois ! 1895. La tension monte sur les docks londoniens…

D’un côté, la loi du silence d’Oncle Wang et de ses sbires, qui règnent d’une main de fer sur le quartier chinois.

De l’autre, la violence aveugle des Mad Dogs, truands cockneys bien décidés à venger leur chef mystérieusement assassiné.

Chargés par Sherlock Holmes de surveiller cette situation explosive, Billy, Charlie et Black Tom, accompagnés du fidèle matou Watson, vont se retrouver pris entre le marteau et l’enclume…

Qui se lèvera pour tenir tête aux Maîtres de Limehouse ? Qui se cache derrière le signe du Scorpion Ecarlate ? Et qui sera la prochaine victime ?

Située au coeur de Limehouse, le Chinatown de Londres, cette nouvelle enquête des Quatre de Baker Street nous plonge dans un univers inédit où le crime se fait plus exotique mais non moins redoutable.

Une nouvelle aventure pleine d’action, de mystère et d’émotion !

Critique :
Que de chemin parcouru pour notre 3 jeunes enquêteurs et le chat Watson… On les a connu très jeunes, on les avait laissé à la fin du tome 7 qui sonnait la fin d’une époque et nous les retrouvons plus âgés, presque ados.

C’est Charlie qui a le plus évolué. Notre garçon manqué ne va plus savoir se faire passer pour un garçon car sa silhouette se féminise et les formes commencent à apparaître.

Une fois de plus, nos jeunes amis vont se frotter à plus fort qu’eux, à des types dangereux.

À ma gauche, le gang des Mad Dogs, des cockneys violents et à ma droite, ceux de la Triade d’Oncle Wang qui, comme les mafias, se fait payer pour assurer la protection des commerçants chinois et de tous les habitants du quartier où ils opèrent.

On a beau être dans de la littérature jeunesse, nous ne sommes pas dans l’île aux enfants où c’est tous les jours le printemps. Pas de pays joyeux, ni d’enfants heureux, mais les quartiers miséreux où chaque gosse se débrouille comme ils peut.

La réalité n’est pas toujours belle à voir, même si les dessins de David Etien sont un plaisir pour les yeux et si ses décors sont soignés, tous comme les différents personnages.

Le scénario est toujours excellent, travaillé, bourré de suspense, de péripéties, d’action et quand bien même notre Billy n’a rien vu venir du coupable, j’ai trouvé que la solution était amenée de manière subtile et pleine d’émotions.

Nos enquêteurs grandissent, mais j’espère que nous aurons encore quelques albums avant la fin de la série car jusqu’à présent, ils ont toujours été d’une grande qualité scénaristique, ne se contentant pas de présenter et de mettre en scène des enquêtes, mais s’attachant aussi à la profondeur des personnages et au réalisme du Londres de l’époque victorienne où les droits des enfants et des femmes étaient de la SF.

Vivement le tome 9 !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°114, et le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.