Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1] : Anthony Neil Smith

Titre : Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1]

Auteur : Anthony Neil Smith
Édition : Sonatine (21/03/2019)
Édition Originale : Yellow Medicine (2008)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d’être viré de la police du Mississippi.

Il végète aujourd’hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l’alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées.

Si Billy franchit toutes les lignes, on peut néanmoins lui reconnaître une chose : il a un grand cœur. Ainsi, lorsqu’une amie lui demande de tirer d’affaire son fiancé, impliqué dans une sale affaire de drogue, c’est bien volontiers qu’il accepte.

Quelques jours plus tard, Billy est arrêté par le FBI, enfermé dans une cellule au milieu de nulle part, et sommé de s’expliquer sur tous ces cadavres qui se sont soudain accumulés autour de lui.

Critique :
Si tu aimes les flic élégant et propres sur eux, style le commissaire Swan Laurence, alors tu risques de t’étrangler devant le shérif Billy Lafitte, véritable flic bad ass et borderline.

Cet homme aime rendre service et personne ne se rend compte des choses bien qu’il a accompli après l’ouragan Katarina.

Bon, il a touché de l’argent, mais tout travail mérite salaire, non ? Et puis, il aidait les pauvres gens qui seraient passés en tout dernier sur les listes d’aide.

Charité n’est pas récompensée puisque le voilà muté dans le trou du cul du Minnesota et de nouveau, en voulant aider, il se retrouve avec un tas d’emmerdes au cul. Une diarrhée d’emmerdes, carrément et une chiée de cadavres…

Billy Lafitte est un flic qui a de l’humour, cynique, une sorte de Dead Pool sans le costume (et avec moins d’humour) qui se retrouverait pris dans un engrenage dont il n’a pas le contrôle et où tout le désigne comme le seul coupable.

On a du rythme, de l’action, des cadavres sous tous les dessous de lit, des vilains méchants vraiment pas beaux et très cons, comme les flics, d’ailleurs, mais on manque cruellement d’idées novatrices et de peps qui donnerait envie de rester concentré dans l’histoire ou lieu de regarder la moindre mouche qui passe.

Si le quatrième de couverture faisait allusion à Jim Thompson et James Crumley, c’était sans doute une erreur de leur part, car nous sommes loin d’un flamboyant Nick Corey, d’un Lou Ford et même d’un Milo Milodragovitch et d’un C.W. Sughrue.

Ok, c’est un récit bien burné, avec un héros pas toujours très finaud, le genre qui défonce tout puis réfléchi ensuite, un grand stratège de mon cul, bref, le genre de gars qui a tendance à tout faire foirer et à s’entêter au-delà du raisonnable.

Assurément, un personnage qui sort des sentiers battus mais le scénario, lui, il avait des airs éculés et ne m’a pas emballé plus que ça.

Un roman noir burné, un personnage déjanté, hors-norme, des méchants limite trépanés mentaux, un scénario un peu bancal et une envie d’arriver au bout pour passer à autre chose.

On est bien en-deçà de ce que j’espérais pour ce roman au vu des bonnes critiques lues et de son pitch qui m’avait fait baver à l’avance. Comme quoi, les retours et les impressions littéraires sont personnels à chaque lecteur/trice.

Pas dit que je poursuivrai les aventures de Billy Lafitte dans le tome suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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Comme les lions : Brian Panowich

Titre : Comme les lions

Auteur : Brian Panowich
Édition : Actes Sud/Actes noirs (06/03/2019)
Édition Originale : Like Lions (2018)
Traducteur : Laure Manceau

Résumé :
Pendant des décennies le sanguinaire clan Burroughs a régné sur Bull Mountain, Georgie. Ils ont donné dans le trafic d’alcool, la culture de marijuana et ont distribué de la meth dans six états.

Maintenant ils sont tous morts, ne reste que Clayton – le bon fruit né d’un arbre pourri – le dernier survivant.

Sheriff de Bull Mountain il veut enterré son héritage brutal et stopper les violents conflits sur lesquels les Burroughs ont construit leur empire.

Mais les prédateurs débarquent avec l’intention de ré-établir la pompe à drogue et argent de la ville. La mort d’un jeune d’un clan adverse va ameuter les loups à la porte de Clayton.

Pour sauver sa montagne et sa famille Clayton doit choisir entre le passé auquel il ne peut échapper et la loi…

Critique :
Paraît que le lion peut s’accoupler 50 fois par jour, mais l’orgasme du cochon dure 30 minutes… À vous de voir dans lequel des deux vous voudriez vous réincarner.

Oui, le lion est un sacré copulateur, mais aussi un gros fainéant puisque ce sont les lionnes qui chassent et qui se tapent tout le boulot.

Gardez bien cela à l’esprit lorsque vous commencerez à lire ce roman noir comme son prédécesseur (Bull Mountain), mais un chouïa moins sombre, je trouve.

Ici, nous n’avons plus Abel tuant Caïn (non, non, je ne fais pas erreur, je me comprends) mais une guerre des gangs qui évite tout de même les clichés des exécutions en pleine rue puisqu’une partie du gang de Viner ne voulait pas aller marcher sur les plates bandes du clan Burroughs, hormis le fiston Viner, tête brûlée par lequel toute la merde va commencer et immerger tout le monde.

Clayton Burroughs, est de retour ! Pas en grande forme, il s’était pris deux balles dans le coffre dans le tome 1 et maintenant, il boite, boit de nouveau et hésite toujours entre être un sheriff à part entière ou continuer la petite entreprise hyper lucrative commencée par son grand-père, puis reprise par son p’pa et ensuite par son frère aîné : le trafic de drogue en tout genre.

Pour le moment, la lucrative entreprise connait la crise puisque plus un gramme de drogue n’est acheminée dans la montagne et la plupart des caïds ou hommes de mains de son frère sont parti voir ailleurs si le trafic de meth ne se porterait pas mieux.

L’auteur s’engouffre dans un sujet bien connu, celui de la nature qui a horreur du vide et dans notre cas, c’est celui du milieu de la drogue et des truands qui n’aime pas laisser vide la case des trafics en Géorgie du Nord.

L’auteur a su planter un décor réaliste, plus vrai que nature et des personnages qui, bien que faisant partie du clan Burroughs, bien qu’étant des truands, on s’y attache, surtout à Clayton, sa famille et Mike Le Croûteux.

Intelligent, l’auteur a su dresser d’eux des portraits affinés, sans trop s’appesantir sur leur passé, mais tout en nous disant assez pour qu’on ait envie de les apprécier. C’est tout en finesse et en justesse.

Le portrait qu’il nous dresse est celui des bouseux, des gars du Sud qui ont choisi la facilité en passant du mauvais côté de la Loi et si certains sont bas de plafond, d’autres plus tourmentés, certains n’ont rien à voir avec des ploucs et leur cerveau marche du tonnerre niveau stratégie.

Sans en faire trop niveau paysages, le décor est tout de même planté et on sent bien qu’ici nous sommes dans le Sud profond, une fois de plus, celui qui offre le plus de diversité sociale.

Alors oui, il y a de la violence, oui ça risque de saigner, oui on a des morts et certains sont mérités car quand on fait le malin, faut pas s’étonner de tomber dans le ravin et d’entrainer tout le reste du clan avec soi.

Voilà un roman noir comme je les aime, même si celui-ci est moins sombre que d’autres et qu’il possède tout de même une petite lueur de clarté qui donne envie de croire à la possibilité de rédemption ou de changement de mentalité chez certains.

Et puis, le final m’a laissé sur le cul, littéralement et là, je me dis que l’auteur a réussi un coup de pute magnifique. J’adore me faire botter les fesses de la sorte en terminant un roman.

Un roman noir maîtrisé, une suite qui est dans la lignée du premier tome et mes craintes de voir le tout partie en carabistouilles (c’est pas vraiment le mot que je voulais utiliser, je vous laisse deviner mon choix) étaient infondées.

On reste dans du plus classique que pour Bull Mountain mais tout est sous le contrôle de l’auteur qui, il le savait, était attendu au tournant. Pari réussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

En lieu sûr : Ryan Gattis

Titre : En lieu sûr

Auteur : Ryan Gattis
Édition : Fayard Littérature étrangère (27/03/2019)
Édition Originale : Safe (2017)
Traducteur : Nadège T. Dulot

Résumé :
Los Angeles, 2008. Ex-addict et délinquant, Ricky « Ghost » Mendoza est déterminé à rester clean jusqu’à la fin de ses jours.

Rentré dans le rang, il force désormais des coffres-forts pour le compte de toute agence gouvernementale prête à payer ses services, des Stups aux Fédéraux.

Mais quand il découvre que la personne qui compte le plus pour lui croule sous les dettes, il décide de faire une embardée risquée : forcer un coffre et en prélever l’argent sous le nez du FBI et des gangsters à qui il appartient, sans se faire prendre – ni tuer.

Thriller au rythme haletant, le nouveau roman de Ryan Gattis projette le lecteur dans un Los Angeles sombre et incandescent, et pose la question la plus difficile qui soit : jusqu’où iriez-vous pour protéger ceux que vous aimez ?

Critique :
On aurait pu appeler ce roman « Ghostbuster » car notre Ricky « Ghost » Mendoza va se faire chasser par des chasseurs sachant chasser avec leurs chiens.

Ricky, ex-junkie est revenu dans le droit chemin et met ses talents de perceur de coffres-forts au service des agences gouvernementales de Los Angeles car il est doué dans son métier et est clean.

Mais voilà, quand un coffre est bourré de fric jusqu’à la gueule et que personne ne vous regarde, la tentation est grande de prendre le pognon et de jouer à Ricky ou la belle vie (les gens de ma génération comprendront l’allusion).

J’avoue que j’ai été bluffée quand au mobile de Ricky… Oui, il pique du fric à des dealers/gangs mais pas pour la raison que l’on pense et c’est là que réside le point fort du roman, en plus de nous proposer des personnages assez décalés et inhabituels puisqu’ici, exit les policiers, tout se joue entre gangsters et notre perceur de coffres.

L’auteur ne se prive pas de tirer à coup de bazookas sur les banquiers et les subprimes qui ont entrainé la faillite du système ainsi que de multiples expulsions des gens de leurs domiciles. Les coups sous la ceinture sont permis et certains risquent de grimacer, surtout si ce sont des banquiers ou autres gangsters en cols blancs.

Le récit est concentré sur quelques jours, même si Ricky fera quelques retours dans le passé pour nous éclairer sur le genre d’homme qu’il a été et celui qu’il est devenu, le tout sur des musiques mélancoliques et un vieil amour perdu.

Niveau peps, rien à dire, on n’a pas vraiment le temps de s’emmerder dans ces pages.

Là, vous vous dites que si je lance un compliment, c’est qu’un bémol va suivre et vous avez gagné ! Mon plus gros bémol ira à l’usage de mots argotiques spécifiques à l’américain ou au milieu, le tout sans renvoi en bas de page pour la définition et je peux vous dire que ce n’est pas toujours évident de comprendre le sens du mot dans la phrase.

Pour certains, ça coulait de source vu le contexte, mais pour d’autre, il m’aurait fallu interroger le moteur de recherche bien connu et c’est chose impossible dans les transports en commun et puis, zut, le traducteur ou l’éditeur pour faire en sorte que les mots soient expliqués afin que les lecteurs ne perdent pas de temps en recherche, ça casse le rythme de lecture.

Les frères Lehman vont finir aux chtar. Moi je dis que c’est bien. Ça leur apprendra à foutre la merde dans les prêts hypothécaires. Ils les ont tellement trafiqués et retrafiqués qu’on sait plus ce qu’y a dedans. Putain, prendre les gens pour des proies comme ça. Les dévorer. Prendre sa maison à une famille qui essaie de payer comme elle peut et appeler ça « faire des affaires ». Il y a rien de pire à mes yeux. Rien. Pas même tuer quelqu’un.

J’avais donc compris que le chtar c’était la prison, que le brelic était un révolver, mais que signifiait être keus ? C’est être mince… Un Homies ? Ben c’était un pote. Bader veut dire être triste et un marave, c’est un combat, une bagarre entre, au moins deux personnes qui ont un différend. Mais ne me demandez pas ce que veut dire quince…

Ce sera mon seul bémol. Pour le reste, c’est aussi noir que du café torréfié à partir de jus de chaussettes sales et c’est sans édulcorant ou sucre quelconque, même pas un nuage de crème pour adoucir le récit : brut de décoffrage, aussi violent qu’un coffre-fort qui te tomberait sur le pied alors que tu ne portes pas tes bottines de sécurité.

J’ai aimé l’ambiance noire qui se dégage de ces pages, le fait que la crise financière plane tel un vautour, prêt à bouffer tout le monde, sauf les trafiquants, j’ai aimé le personnage de Ricky Mendoza mais il m’a manqué quelques émotions en plus pour que le roman s’imprime durablement dans ma rétine et dans mes tripes.

Mais s’il ne me marquera comme certains romans noirs l’ont fait, je n’ai pas à me plaindre de la marchandise car il a fait son job : me divertir, faire monter mon adrénaline, mon rythme cardiaque et me surprendre.

Un bon p’tit café noir bien sombre et, comme le disait si bien Ricky : parce qu’il fait pas seulement sombre par ici, on est carrément dans une obscurité qui a mis des lunettes de soleil et un manteau noir pour aller traîner dans une cave. Genre, noir sombre.

N’oublie pas ta lampe de poche car le récit est sombre.

Je remercie NetGalley et les éditions Fayard d’avoir donné suite à ma demande de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le chant des revenants : Jesmyn Ward

Titre : Le chant des revenants

Auteur : Jesmyn Ward
Édition : Belfond (07/02/2019)
Édition Originale : Sing, Unburied, Sing (2017)
Traducteur : Charles Recoursé

Résumé :
À treize ans, Jojo essaie de comprendre : ça veut dire quoi, être un homme ? Non pas qu’il manque de figures masculines, avec en premier chef son grand-père noir, Pop.

Mais il ya les autres, plus durs à cerner : son père blanc, Michael, actuellement en détention ; son autre grand-père, Big Joseph, qui l’ignore ; et les souvenirs de Given, son oncle, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Et Jojo a aussi du mal à cerner sa mère, Leonie, une femme fragile, en butte avec elle-même et avec les autres pour être la Noire qui a eu des enfants d’un Blanc.

Leonie qui aimerait être une meilleure mère, mais qui a du mal à mettre les besoins de Jojo et de la petite Kayla au-dessus des siens, notamment quand il s’agit de trouver sa dose de crack. Leonie qui cherche dans la drogue les souvenirs de son frère.

À l’annonce de la sortie de prison de Michael, Leonie embarque ses enfants et une copine dans la voiture, en route pour le pénitencier d’état.

Là, dans ce lieu de perdition, il y a le fantôme d’un prisonnier, un garçon de treize ans qui transporte avec lui toute la sale histoire du Sud, et qui a beaucoup à apprendre à Jojo sur les pères, les fils, sur l’héritage, sur la violence, sur l’amour…

Critique :
Souvenez-vous, Mini-Mir était réputé pour faire le maximum… Et bien dans ce roman noir, je suis tombée sur une mère qui en faisait le minimum, pour le même prix.

Si je commence par un brin d’humour, c’est pour faire le vide en moi et tenter de reprendre pied après cette lecture qui n’était pas de tout repos tant les personnages qui gravitaient dans ces pages étaient sombres et certains l’étaient même tellement qu’on aurait aimé les bazarder de suite, comme les parents de Jojo et Kayla.

Ce n’est pas que Léonie n’aime pas ses gosses, mais elle les aime mal, elle est égoïste et ne pense même pas à leurs besoins vitaux comme boire et manger. Par contre, elle pense toujours à ses besoins vitaux à elle qui sont le crack sous toutes ses formes.

Si Kayla, 3 ans, n’avait pas son grand frère Jojo, 13 ans, pour s’occuper d’elle ainsi que leurs grands-parents maternels, ils seraient mort de faim depuis longtemps. Quant au père, Michaël, en taule depuis 3 ans, il n’a même vu sa gamine naître.

Double péché du père, pour sa famille à lui, c’est qu’il était Blanc et qu’il a fait deux enfants avec une Noire. Si les enfants peuvent compter sur les grands-maternels, ceux du côté de leur père ne veulent même pas les voir car ce sont des grands racistes.

On va finir par croire que j’ai un faible pour les romans noirs qui se déroulent dans le Sud des États-Unis, là où la ségrégation et la haine raciale sont toujours présentes.

Les temps ont beau avoir changé, les lois aussi, dans le fond de leur cœur, de leurs tripes, de leurs cervelles, les Blancs estiment toujours que les Noirs sont justes bons à être des esclaves.

L’auteur l’illustre par des petits détails, sans s’appesantir dessus, mais lors d’un contrôle policier, on est atterré par la violence développée par le policier Blanc envers cette famille Noire. Limite si je n’ai pas été traumatisée par le comportement qu’il a eu envers Jojo, juste parce que celui-ci est café au lait.

Le roman est prenant, il nous tient à la gorge, les personnages des enfants sont touchants, surtout Jojo, protecteur de sa petite sœur et même son grand-père, qui pourtant est un homme dur, est touchant lui aussi car il s’occupe bien de ses petits-enfants et aime profondément son épouse, Philomène.

On sent que Léonie, la mère des gosses, aimerait être une bonne mère, mais il lui est impossible de ne pas s’énerver pour rien sur les enfants ou de les traîner avec elle sur une longue distance pour aller récupérer leur père à la sortie de prison, sans penser à nourrir ses enfants…

La touche fantastique des morts qui hantent toujours certains lieux ne m’a pas dérangé, c’était bien amené, bien utilisé et cela a donné un petit plus à ce roman noir qui avait déjà tout pour lui.

Avec une écriture qui sait si bien faire passer les émotions ou les ressentiments, l’auteur donne la voix à plusieurs de ses personnages, nous faisant voir parfois une partie de la même scène mais avec d’autres yeux.

Un roman noir choral qui nous offre des portraits réussis de ses personnages, dont celui d’une famille Noire qui n’a pas été épargnée par les épreuves, qui nous décrit une Amérique toujours aussi raciste, ou les droits des uns ne sont pas équitables à ceux des autres, comme dans la prison ferme de Parchman, où le papy de Jojo a fait quelques années, pour des peccadilles, alors que les Blancs devaient faire des horreurs pour y être incarcérés.

Un roman noir puissant, qui prend à la gorge, émouvant, touchant, un portrait d’une Amérique au vitriol, où la drogue fait marcher les gens à son pas et détruit des enfances, ces enfants qu’on a eu par accident, qu’on a voulu garder ensuite mais dont on ne s’occupe que de temps en temps.

Un roman noir magnifique.

#LeChantDesRevenants #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

La légende de Santiago : Boris Quercia

Titre : La légende de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte Noir (11/10/2018)
Édition Originale : La sangre no es agua (2019)
Traducteur : Isabel Siklodi

Résumé :
Rien ne va plus pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Sa fiancée Marina ne l’aime plus, ses collègues policiers le méprisent, et il est rongé par la culpabilité depuis qu’il a aidé son beau-père, gravement malade, à mourir.

Aussi, quand il tombe sur le cadavre d’un trafiquant dans un resto chinois, son premier réflexe est d’empocher la demi-livre de cocaïne pure qu’il trouve également sur les lieux.

Un coup de pouce bienvenu pour traverser cette mauvaise passe, d’autant qu’on vient de lui confier une enquête sensible sur des meurtres racistes…

Mais ce faux pas ne va pas tarder à le rattraper.

Critique :
Me voici revenue du Chili où j’ai été enquêter sur des crimes lâches avec Santiago Quiñones.

Au passage, j’ai sniffé de la coke, subit un tremblement de terre, pris des coups dans la gueule, euthanasié son beau-père avec un coussin, cassé la gueule d’un pauvre innocent, et j’en passe.

– Toi, Santiago, quand tu fous la merde, tu ne la fous pas qu’à moitié.

C’est comme ça lorsqu’on suit les pas de Santiago Quiñones, on ne sait jamais trop dans quoi on va s’embarquer, juste que ce sera un truc assez barge, à la limite de la légalité, qu’on passera la ligne rouge de nombreuses fois car notre flic n’en est pas à une près. Je connais l’animal, ce n’était pas ma première.

Un clou chasse l’autre. Il y a toujours quelqu’un de plus méchant que toi, qui par comparaison te donne l’impression d’être un ange.

Niveau enquête, on ne peut pas dire non plus qu’on s’est foulé, Santiago et moi… Pas trop vite les gars, on ne se cherche pas du boulot non plus. Que les petits jeunes se fassent les dents sur les enquêtes, ils ne sont pas encore blasés, eux…

Moi, ça m’est égal, ils sont jeunes, ils débutent. Je demande à les voir dans quelques années, quand ils auront de la bedaine, quand ils éviteront de se mouiller, quand ils trahiront leurs propres principes et seront corrompus comme tout le monde. Mais je ne serai plus là pour le constater. Je serai certainement déjà quelques pieds sous terre, et cette enquête n’y changera rien.

Santiago Quiñones est un flic chilien qui n’entre dans aucune catégorie… Oubliez les fins limiers tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo et même Navarro, notre policier n’a rien reçu en héritage de ceux-là.

Les promotions ne sont pas pour lui, il est bordeline, ne s’embarrasse pas avec les règlements, sniffe de la coke volée, trompe sa femme, est un électron libre, vous montre un visage impassible en toutes circonstances et est poursuivi par sa « légende noire », comme il l’appelle.

« Je suis la pomme pourrie dans le panier, personne ne veut rester dans mes parages. Je suis l’exemple même du flic raté, qu’on montre du doigt aux nouveaux. Pour recadrer un petit jeune, j’ai entendu un collègue dire : « Si tu continues comme ça, tu vas finir comme Quiñones. » Je suis une légende, ils me croient capables de tout, et comme souvent dans les légendes, tout est faux. »

Peut-être que tout aurait été différent si je n’avais pas laissé les petits jeunes jouer aux détectives. Je serais allé droit au but, en commençant par passer les menottes au suspect et l’attacher à la cuisinière avant même de lui demander son nom. Mais c’est justement ce genre de réflexes qui m’ont toujours empêché de grimper les échelons. Je ne voulais pas en rajouter avec ma légende, je les ai laissés faire pour qu’ils apprennent le métier.

On ne se plonge pas dans un récit de Boris Quercia pour lire une enquête policière digne de ce nom : son flic est blasé, il n’enquête pas trop fort pour certains délits, bien que pour d’autres, il soit prêt à tuer les coupables, mais ce n’est pas en surchargeant ses narines de poudre blanche qu’on résout une affaire.

En fait, on lit l’auteur pour découvrir un portrait de la ville de Santiago du Chili comme aucun Tour Opérateur ne vous montrera. Avec Quiñones pour guide, on passe de l’autre côté du décor de carte postale et on explore les faces cachées et sombres de la faune chilienne.

Le Chinois a trois fils, tous délinquants – ils doivent avoir repris le flambeau. Un banal changement de gérance. Tant qu’il y aura des acheteurs, il y aura des vendeurs. À quoi ça sert de mettre en taule le dealer de service ? À rien, il sera remplacé par un autre et tout continuera comme d’habitude, eux qui trafiquent et nous à leurs trousses. C’est l’heure de la récré, on va tous dans la cour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

Dans ce pays, c’est pas la modestie qui nous étouffe. Tout le monde sait comment améliorer notre économie, mais bizarrement, ça continue d’aller mal.

La première fois qu’on lit Quercia, on pourrait être perturbé par ses multiples retours en arrière afin d’explorer la vie de ses personnages, mais une fois qu’on a pris le pli (il vient très vite), on s’amuse de cette manière de faire redescendre l’adrénaline et de faire durer le suspense.

Pas de temps mort, même lorsque notre flic est face à sa mère qui ne se remet pas de la mort de son second mari, même face à ses problèmes avec son demi-frère qu’il vient de rencontrer ou face à ses aventures sexuelles assez folles (on est vachement plan-plan face à Santiago !!) ou ses soucis avec le contrôle anti-dopage.

Elle met de la poudre sur ma bite, dure comme un bâton. Elle ressemble à un beignet couvert de sucre glace.
Ensuite elle revient sur moi, me montrant son dos, et guide doucement ma bite jusqu’à son cul. Elle m’enfourche petit à petit et je rentre en elle doucement jusqu’à ce que ses fesses se posent sur mes hanches. On reste un moment comme ça, sans bouger. Angélica gémit. On ne bouge pas, mais elle me serre puis relâche à l’intérieur et c’est comme si elle me suçait. La coke se mêle à notre sang comme si des milliers de points traçaient des lignes de plaisir qui vont jusque dans ma tête. Angélica gémit encore et commence à bouger doucement en avant et en arrière, jusqu’à ce que j’explose en elle.

« Elle ne m’a jamais laissé l’enculer, il me dit, complètement bourré, un peu amusé et à la fois désemparé.
– C’est parce que tu ne bandes pas, gros lard… »

C’est toujours avec brio que l’auteur relance la machine, sans qu’elle s’essouffle et sans faire d’esbroufe car les emmerdes qui surgissent dans la vie de Santiago suffisent à alimenter la machine, le tout pimenté de soucis avec un peu tout le monde, que ce soit des bandits, des flics, sa mère ou des femmes un peu trop fatales.

Coucher avec Angélica de temps en temps réveillait mon amour pour Marina. Évidemment, il est impossible d’expliquer ça à ta femme.

Les 250 pages passent trop vite et on se surprend, au moment de tourner la dernière page, d’en redemander encore un peu plus. Merde, c’est fini…

Un roman brutal, sombre, violent, dont le personnage principal par en long dérapage incontrôlé et voit sa vie de merde partir en couilles sans qu’il ne puisse rien faire d’autres que de s’enfoncer un peu plus dans les ennuis car c’est plus fort que lui, Santiago a un côté destructeur.

Un flic torturé, déglingué, cynique, sarcastique, adepte de sexe et de coke, sans oublier les cigarettes et qui voit sa ville changer sous ses yeux, avec l’augmentation de la pédophilie, la montée de la xénophobie et des extrémistes en tout genre, prêt à tout pour rendre le Chili aux Chiliens.

Il nous insulte copieusement et nous sort le typique « vous ne savez pas à qui vous avez affaire », ainsi que l’autre grand classique de ceux qui regardent beaucoup la télé : « Je veux parler à mon avocat. » Il me gonfle tellement que je lui lance :
« Ton costume nazi, il est dans le coffre ? Ou c’est ton petit noir qui te le repasse ? »

C’est fantastique d’être chef, on peut dire une chose un jour et son contraire le lendemain, et ça passe crème. On ne demande de la cohérence qu’aux subalternes.

Allez, je pourrai encore un peu profiter de mon flic borderline avec le premier tome de la trilogie, le seul que je n’aie pas encore lu (Les rues de Santiago).

Personne n’a jamais rien fait, personne n’est jamais coupable de rien. Tout le monde a toujours de bonnes raisons, des politiciens véreux aux pédophiles. Les premiers disent que c’est la seule façon de financer la politique, les seconds que les enfants les ont provoqués, mais ils sont tous innocents, c’est toujours les circonstances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Corruption : Don Winslow

Titre : Corruption

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (07/11/2018)
Édition Originale : The Force (2017)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
QUAND TOUT LE SYSTÈME EST POURRI AUTANT JOUER SELON SES PROPRES RÈGLES

Denny Malone est le roi de Manhattan North, le leader charismatique de La Force, une unité d’élite qui fait la loi dans les rues de New York et n’hésite pas à se salir les mains pour combattre les gangs, les dealers et les trafiquants d’armes.

Après dix-huit années de service, il est respecté et admiré de tous.

Mais le jour où, après une descente, Malone et sa garde rapprochée planquent pour des millions de dollars de drogue, la ligne jaune est franchie.

À travers une narration abrupte et remarquablement réaliste, faisant écho à l’œuvre de Dennis Lehane comme aux films de Martin Scorsese, James Gray et Brian de Palma, Don Winslow livre un roman policier magistral, tableau étourdissant du crime organisé, actuellement en cours d’adaptation au cinéma par James Mangold (Copland).

Critique :
Lui, je voulais le lire absolument ! Ma demande n’ayant pas été validée sur une plate-forme bien connue, j’ai été obligée d’aller l’acheter…

Si j’avais été un flic et de la trempe d’un Denny Malone, ce bouquin, le libraire me l’aurait offert dans une enveloppe garnie de fric, retour d’ascenseur oblige.

Mais je ne suis pas flic, ni ripou…

Juste pour info, oubliez le film « Les Ripoux » de Claude Zidi, ici, nos flics jouent dans une autre catégorie : celle des poids lourds et cela ne fait pas rire.

Ce roman, c’est un gros pavé jeté dans une mare profonde, un tsunami qui t’ébranle, une vague immense de révélations qui n’ont rien d’une fiction, même si les personnages et les situations sont fictives.

C’est ça, le NYPD, pense-t-il. Ils vous filent une médaille parce que vous êtes débile, et vous reprennent votre insigne parce que vous êtes intelligent.

N’étant pas la moitié, ni le quart d’une imbécile, sachant que ce genre de pratique ont cours dans des entreprises (pot-de-vin glissés sous la table ou autre), on peut déduire qu’elles ont lieu aussi chez les flics et tout ce qui compose administrativement une ville.

Mais on a beau savoir, s’en douter, le déduire, le soupçonner, avoir lu la saga des Balkani, Fillon et autres, être une lectrice assidue du Canard Enchaîné, on se prend tout de même une volée de bois vert dans le plexus.

— Mais laissez-moi esquiver, m’sieur Winslow ! implorai-je l’auteur durant ma lecture.
— Non, t’en prendras plein ta gueule, la Belette, comme tout le monde ! Le savoir, c’est le pouvoir ! Le savoir, ça fait mal, aussi, donc, encaisse ! Lis ! Avale ! (pardon)

La force de ce roman, en plus de t’en foutre plein ta gueule comme si tu étais sur un ring avec un champion de boxe, c’est qu’il te refourgue aussi des personnages humains, sympathiques, sans manichéisme, qui te donnent envie de faire partie de leur groupe tant ces hommes là sont soudés : les 4 mousquetaires, un pour tout et tout pour un.

Oui, les flics pourris que l’on suit, que ce soit Denny Malone ou ses équipiers, Russo et Montague, malgré leurs travers, malgré leurs défauts, malgré leurs magouilles, malgré le fait qu’ils fricotent avec des types de la mafia, et bien, on a de l’empathie pour eux !

Ce ne sont que des policiers qui ont tenté de faire leur job à un moment donné, qui le font toujours, mais qui ont compris que le système était pourri de partout. Alors, ils tentent toujours de faire leur job, ils mentent plus, ils traficotent les preuves, tout en s’en mettant dans les poches, au passage, comme bien d’autres dans leur entourage.

Au début, l’occasion faisait le larron : du fric abandonné par des dealers dans leur fuite, des faveurs ou du cash offerts par une tenancière de bordel pour que tu regardes ailleurs ou que tu ouvres l’œil, une enveloppe remise par un bookmaker. Tu ne cherchais rien, tu n’étais pas en chasse, mais tu ramassais tout ce qui se présentait.

Si les autres le font, au sommet de la pyramide, pourquoi ne pourrait-on pas nous aussi prélever un peu de pognon ?? Les dirlos de certaines boitent partent avec des camions de matos (parce qu’ils peuvent) et l’employé, lui, ne prend que le petit matériel (mais si on le prend la main dans le sac, gare à lui)…

— Enfoirés de fédéraux, crache Malone. Vous êtes prêts à mentir, à tricher, à vendre les yeux de votre mère pour obtenir une condamnation. Mais quand les flics en font autant, vous criez au scandale.

Là, nos flics, c’est du fric qu’ils pompent, mais moins que d’autres.

Un flic accepte un sandwich au jambon pour tourner la tête, il perd son boulot. Le Congressman Trouduc touche plusieurs millions de la part d’un industriel travaillant pour la défense, c’est un patriote.

Et c’est si facile ! Un jour, on franchit un peu la ligne, juste un peu, juste pour un café et puis, on remet ça, pour un peu plus gros et ainsi de suite, jusqu’à la franchir totalement et ne plus savoir faire demi-tour.

Comment franchit-on la ligne ? Un pas après l’autre.

Oui, un peu comme dans la série Breaking Bad… Sauf que lorsque nous commencerons notre lecture, nos policiers ont déjà les années d’expériences derrière eux et leur petite entreprise ne connait pas la crise tant leur système est rodé et bien huilé.

Lorsque le système va se gripper, on va voir Malone franchir de nouveau une autre ligne, juste un pas, et puis, progressivement, passer de plus en plus vers le côté obscur de la Force et franchir LA ligne ultime, celle qu’on ne doit jamais franchir, que l’on soit flic, mafiosi, membre d’un gang…

Mais il restait une ligne que tu n’avais pas encore franchie. Tu n’avais même pas conscience de marcher dans sa direction. Tu te disais que tu étais différent, mais tu savais que tu te mentais. Comme tu savais que tu mentais en te disant que c’était la dernière ligne que tu franchirais, parce que tu savais bien que ce n’était pas vrai.

Il fut un temps où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations justifiées : éradiquer des criminels et la drogue. Puis est venue l’époque où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations afin de prélever ta part du butin.
Tu savais que tu passerais de charognard à chasseur.
Tu es devenu un prédateur.
Un parfait criminel.
Tu te disais que c’était différent puisque tu volais des dealers et non pas des banques.
Tu te disais que tu ne tuerais jamais personne pour une arnaque.
L’ultime mensonge, l’ultime ligne à franchir.

L’année 2018 n’est pas terminée, mais voici un coup de cœur en plus, même un coup de poing, dans ce cas-ci car le roman ne laissera jamais son lecteur en sortir indemne.

Personne n’est tout blanc ni tout noir, tout le monde a de bonnes excuses pour ses magouilles ou ses arrangements avec la vérité, tout le monde se donne bonne conscience.

De toute façon, le dealer va engager un Gerry Burger et sortir libre du tribunal. Au moins, tu le puniras, tu lui piqueras du blé, comme si tu lui collais un P-V, et pourquoi le fric reviendrait-il à l’État au lieu de finir dans ta poche, où il servira à faire du bien ?

Dans les romans de Don Winslow, tu sais que tu vas en prendre plein ta gueule, que tu iras te coucher moins bête (on a toujours à apprendre) mais avec la tête en vrac, avec l’envie de ne plus poursuivre ta lecture car tu te demandes si cela vaut la peine de prendre connaissance de toute cette pourriture.

Et bien oui, cela en vaut la peine ! Le cours est magistral, pas de philosophie à deux balles, pas de celle de comptoir, un scénario béton armé, une narration qui commence presque par la fin et qui te distille l’histoire dans un ordre bien choisi, qui t’alpague direct dès les premières lignes, avant de te coller quelques uppercuts ou direct dans le bide magistraux, pour te laisse K.O dans les cordes du ring, avec juste assez de dents pour dire « encore » parce que dans le fond, le lecteur est maso.

Sûr que le prochain flic qui me demandera de tenir mon pauvre clébard en laisse (à la campagne !!!) va en entendre des vertes et des pas mûres, maintenant que je sais tout, mais en plus, je sens que mes fins de moins vont être bourrées de beurre dans mes épinards et mon cul bordé de nouilles car demain, je prends le contrôle de mon quartier et je monte mon gang, na !

Merci m’sieur Winslow pour m’avoir donné ce cours merveilleux et avoir fait de moi une affranchie, c’est-à-dire une « qui sait ». On veut la sécurité, mais on ne veut pas savoir comment cela se passe en coulisses.

— Qu’est-ce que je viens de dire ? Vous me posez des questions, mais vous ne voulez pas connaître les réponses. Vous voulez vivre dans l’Upper East Side, le Village ou à Westchester, sans que la merde dégouline dans vos beaux quartiers. Et vous ne voulez pas savoir comment on empêche ça. Vous voulez juste que je fasse le boulot pour vous.

Merci pour les coups dans le bide, dans les dents, merci de m’avoir secouée de la sorte et d’avoir rhabillé tout ce petit monde (flics, politiciens, assureurs, banquiers,…) pour de nombreux hivers.

L’enfer, ce n’est pas de ne pas avoir le choix. C’est de devoir choisir entre deux choses épouvantables.

Je préfère mille fois un gangster honnête à ces enfoirés de Wall Street, se dit Malone. Le public ne comprend pas ça. Les gens pensent que les mafieux sont des escrocs ?  Les ritals voudraient juste pouvoir voler comme le font les gestionnaires de fonds de pension, les politiciens, les juges, les avocats. Et les membres du Congrès ? N’en parlons même pas.

Ces abrutis pour qui la réponse consiste à armer tout le monde, afin que les gens puissent, par exemple, canarder dans l’obscurité d’une salle de spectacle, n’ont jamais eu d’arme pointée sur eux, et ils chieraient dans leur froc si ça leur arrivait.

Comme un seul homme : Daniel Magariel

Titre : Comme un seul homme

Auteur : Daniel Magariel
Édition : Fayard Littérature étrangère (22/08/2018)
Édition Originale : One of the Boys (2017)
Traducteur : Nicolas Richard

Résumé :
Le combat fut âpre. Mais, ensemble, le narrateur, un garçon de douze ans, son frère aîné et leur père ont gagné la guerre – c’est ainsi que le père désigne la procédure de divorce et la lutte féroce pour la garde de ses fils.

Ensemble, ils prennent la route, quittant le Kansas pour Albuquerque, et un nouveau départ. Unis, libres, conquérants, filant vers le Nouveau-Mexique, terre promise, ils dessinent les contours de leur vie à trois.

Les garçons vont à l’école, jouent dans l’équipe de basket, se font des amis, tandis que leur père vaque à ses affaires dans leur appartement de la banlieue d’Albuquerque. Et fume, de plus en plus – des cigares bon marché, pour couvrir d’autres odeurs.

Bientôt, ce sont les nuits sans sommeil, les apparitions spectrales d’un père brumeux, les visites nocturnes de types louches. Les garçons observent la métamorphose de leur père, au comportement chaque jour plus erratique et violent.

Livrés à eux-mêmes, ils n’ont d’autre choix que d’endosser de lourdes responsabilités pour contrer la défection de leurs parents, et de faire front face à ce père autrefois adulé désormais méconnaissable, et terriblement dangereux.

Daniel Magariel livre un récit déchirant, éblouissant de justesse et de délicatesse sur deux frères unis dans la pire des adversités, brutalement arrachés à l’âge tendre.

Deux frères qui doivent apprendre à survivre et à se construire auprès d’un père extraordinairement toxique, au milieu des décombres d’une famille brisée.

Critique :
Des fois, on attend avec impatience de pouvoir lire LE livre qu’on a coché dans tous ceux de la rentrée littéraire, on est tout en joie lorsqu’on le possède, se souvenant des chroniques enthousiastes chez les copinautes et patatras, on n’arrive pas à ressentir les émotions qui se trouvent dans ce roman.

Ne me demandez pas où ça a foiré, je ne saurais pas vous le dire…

Est-ce dû au fait que nous ne saurons jamais les prénoms des deux garçons ?

Effectivement, on s’y attache moins puisque nous ne connaissons pas leurs prénoms et que leur père s’adresse à eux en disant toujours « fils ».

Est-ce dû au trop plein de violence dont fait preuve le père envers les autres ? Son côté illogique ? Son côté manipulateur ? Son côté pervers narcissique ? Sa paranoïa ? Ses mensonges et fausses promesses ?

Non, ce genre de personnage n’est pas nouveau dans ma bibliothèque et niveau violences, je pense que j’ai connu bien pire que ça, la preuve, ce roman ne finira pas au congélateur (comme certains romans de Joey, dans Friends).

De plus, la descente aux enfers est bien décrite, elle arrive sournoisement, petit à petit. C’est larvé avant d’éclater, telle une pustule pleine de pus sur laquelle on aurait appuyé.

Mais nom de dieu, mon problème c’est qu’il me fut impossible de ressentir de l’empathie pour ces deux gamins dont le père va se transformer petit à petit en monstre de violence et de sournoiserie ! J’aurais dû avoir mon quota d’émotions et j’ai survolé le récit comme déconnectée de tout.

Alors que j’avais face à moi deux gamins qui adulaient leur père et qui, après le divorce de leurs parents ont tout fait pour rester avec lui, qui ont fustigé leur mère lorsqu’elle se faisait battre par leur paternel et maintenant qu’ils ont déménagé au Nouveau-Mexique et que papa a promis bien des choses, ils le voient descendre en enfer, les entraînant tout doucement avec lui.

Ajoutons à cela une mère qu’on aurait sois-même envie de tabasser tant elle est indigne (fainéante et alcoolique, aussi) et qu’elle nous fait de la non assistance à ses enfants en danger et nos deux frères qui se serrent les coudes alors qu’on tente de les monter l’une contre l’autre…

Sérieusement, j’aurais dû avoir le cœur en vrac.

Je m’avance un peu en déduisant que mon impassibilité vient sans doute du récit fait par le narrateur (le plus jeune des fils) qui est assez froid, sec, donnant l’impression d’un compte-rendu détaché, comme s’il continuait de faire le gros dos durant cette narration afin de se protéger de la toxicité de son père.

Lorsque je suis arrivé à l’épilogue, je n’ai pas tout à fait compris ce que ce récit venait faire là, puisqu’il aurait dû se situer au début du récit, durant leur déménagement et puis, au fil des phrases, là, j’ai compris et j’ai senti ma salive passer difficilement, pensant à ce que ces gamins avaient cru, ce qu’on leur avait donné à voir, ce qu’on leur avait promis et ce qu’ils ont eu, au final.

Malheureusement, c’était trop tard, le mal était fait, pour les gamins et pour mon impression de lecture aussi.

Passée à côté, ce qui est regrettable car ce roman avait tout pour me filer ma dose d’émotions : sa violence latente avant d’être exacerbée, son côté huis clos, ce père qui devient terrible de par sa dépendance et cette mère aux abonnés absents.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le Poids du monde : David Joy

Titre : Le Poids du monde

Auteur : David Joy
Édition : Sonatine (30/08/2018)
Édition Originale : The Weight of This World (2017)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Après avoir quitté l’armée et l’horreur des champs de bataille du Moyen-Orient, Thad Broom revient dans son village natal des Appalaches.

N’ayant nulle part où aller, il s’installe dans sa vieille caravane près de la maison de sa mère, April, qui lutte elle aussi contre de vieux démons. Là, il renoue avec son meilleur ami, Aiden McCall.

Après la mort accidentelle de leur dealer, Thad et Aiden se retrouvent soudain avec une quantité de drogue et d’argent inespérée. Cadeau de Dieu ou du diable ?

Après Là où les lumières se perdent (Sonatine Éditions, 2016), unanimement salué par la critique, David Joy nous livre un nouveau portrait saisissant et désenchanté de la région des Appalaches, d’un réalisme glaçant.

Un pays bien loin du rêve américain, où il est devenu presque impossible d’échapper à son passé ou à son destin. Plus encore qu’un magnifique « rural noir », c’est une véritable tragédie moderne, signée par l’un des plus grands écrivains de sa génération.

Critique :
♫ On vous souhaite tout le bonheur du monde ♪ Et que quelqu’un vous tende la main ♪ Que votre chemin évite les bombes ♫ Qu’il mène vers de calmes jardins ♪ On vous souhaite tout le bonheur du monde ♪ Pour aujourd’hui, comme pour demain ♫

M’est avis que dans le fin fond des Appalaches, les gentils souhaits de Sinsemilia ne sont pas arrivés.

Sans doute la chaine des montagnes qui les a empêchés de passer, parce que ici, on vit dans la misère noire et crasse, coincé entre le chômage, l’alcool, les drogues et la crise des subprimes de l’été 2007 qui a laissé certaines villes dévastés.

Et oui, le décor des Appalaches est toujours propice à des romans que l’on dit « ruraux » et « noirs » parsemés de purs rednecks et white trash paumés et violents.

Aiden et son ami Thad sont eux-mêmes des dévastés : Thad s’en revenant d’Afghanistan (il est militaire) et Aiden ayant perdu tout espoir de trouver un job puisque tout le monde cherche de la main-d’œuvre bon marché et donc, des immigrés. Ajoutons à cela que son père a tué sa mère avant de se suicider

Les deux vivent dans une vieille caravane au fond du jardin de la mère de Thad qui elle aussi a trinqué dans sa vie et n’a pas connu beaucoup de bonheur depuis ses 19 ans.

L’auteur n’est pas tendre avec ses personnages principaux, ils ont déjà été malmenés et ils le seront encore, jusqu’au bout ils souffriront d’avoir fait de mauvais choix et jusqu’au bout ils porteront leur passé comme on traine un fardeau, un boulet.

Rien ici n’avait changé depuis qu’Aiden McCall était né, et peut-être que c’était pour ça qu’il en était venu à tellement détester cet endroit. Tout était exactement comme avant, ceux qui possédaient possédant, et ceux qui n’avaient rien crevant quasiment de faim. La plupart des habitants n’avaient pas grand-chose à Little Canada, mais c’étaient des gens bien pour qui l’église, le travail et la famille suffisaient à rendre la vie digne d’être vécue. Mais Aiden n’avait jamais rien eu de tout ça. Les années se suivaient et se ressemblaient, encore et encore jusqu’au jour où il mourrait, et peut-être qu’il ne lui restait que ça à attendre. Peut-être que c’était ça le but de cette foutue vie, attendre la mort.

Pourtant, nous sommes dans une réalité et pas dans de la fiction tant le côté social est bien décrit, dans ce cercle vicieux qui veut que les gens possédant peu d’argent le dépensent en alcool et en drogues et s’enfoncent de plus en plus dans la misère.

Pas besoin d’avoir une maîtrise en psychologie ou une boule de cristal planquée sous la table pour se douter, dès les premières pages, qu’on va aller droit dans le mur, enfin, pas nous, mais les personnages et qu’un happy end est proscrit, impossible, inimaginable.

Comme de juste, on va s’enfoncer tout doucement dans du noir de chez noir et aller de plus en plus loin dans la violence et les situations qui ne laisseront aucune issue à nos deux jeunes hommes, leur route n’étant pavée que de coups du sort, de chausses-trapes, croche-pieds et autre saloperies, à croire que la Chance ne leur sourira jamais ou que la Vie leur en veut.

Aiden avait toujours cru qu’avec le temps le monde s’ouvrirait à lui, que la vie deviendrait plus facile. Mais tandis qu’il approchait de son vingt-cinquième anniversaire, rien ne s’était arrangé. Tout était de plus en plus dur. La vie avait le don de vous vider. Quoi qu’il fasse, il avait l’impression qu’une puissance supérieure en avait après lui, et ce genre de certitude finissait par vous engourdir au bout d’un moment.

Malgré tout, on tombe assez vite sous le charme de Thad et Aiden, car leur portrait est bien réalisé, leurs fêlures sont décrites avec justesse, sans trop en faire et l’environnement dans lequel ils progressent, dévasté par l’éclatement de la bulle immobilière, vous donne l’impression d’y être et de voir défiler devant vos yeux ces maisons à moitié construites mais tout à fait abandonnées.

Un roman noir serré, sans une once de luminosité (heureusement que je l’ai lu quand il y avait deux jours de soleil parce qu’en ces périodes de grisailles…), avec des personnages écorchés vifs, blessés au plus profond de leurs êtres et à qui la vie, cette hyène, n’a jamais fait de cadeau et qui essaient de vivre au jour le jour.

Quand les choses tournaient mal, ça semblait toujours se produire subitement. Rien n’arrivait graduellement, de sorte à vous laisser le temps de serrer les dents et d’encaisser un petit peu chaque fois. Non, la vie avait le don de vous envoyer la merde par pelletées, comme si Dieu là-haut était en train de nettoyer les écuries et qu’on avait la malchance de se trouver en dessous.

Un roman noir qui tire à boulets rouges sur cette Amérique à plusieurs vitesse et sur le système social qui, au lieu de leur sortir la tête de l’eau, se complait à la leur enfoncer en leur proposant zéro débouchés ou bien de ceux aux antipodes de leurs objectifs.

Même si tout le monde m’a dit que son dernier roman était encore plus mieux que son premier, ma préférence à moi (♫) restera pour l’excellentissime Là où les lumières se perdent qui m’avait bien plus ému.

Attention, Le poids du monde le talonne à un Sherlock près.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Allez tous vous faire foutre : Aidan Truhen

Titre : Allez tous vous faire foutre

Auteur : Aidan Truhen
Édition : Sonatine (08/11/2018)
Édition Originale : The price you pay (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Sauvage, déjanté, sans pitié. On vous présente Jack Price.

« Ceci n’est pas un polar pour votre grand-mère, avec des gentils et des méchants. C’est un bouquin pour adulte. Et honnêtement, je dois dire qu’il est moralement répréhensible. Vous allez l’adorer, et à cause de cela, vous allez vous sentir coupable. Mieux vaudra ne pas le laisser traîner : les gens vous regarderont comme si quelque chose ne tournait pas très rond chez vous.

Le mieux, c’est peut-être de le glisser dans un autre livre, avec des fleurs sur la couverture. Comme ça quand vous rirez, personne ne se fera une piètre opinion de l’état de votre âme.

Jack Price est à la cocaïne ce qu’Über est au transport. C’est un criminel en col blanc, parfaitement organisé, avec une force de vente décentralisée et un produit de marque.

Quand sa voisine du dessous se fait tuer, façon exécution, Jack doit savoir pourquoi. C’est une simple question de business et de sécurité personnelle, mais quelqu’un n’aime pas qu’il la pose.

La preuve : les Sept Démons, probablement les sept personnes les pires de la terre, ont été engagées pour le liquider.

Grosse erreur. Énorme erreur.

Parce que maintenant Jack n’est plus obligé de se contenir. Il n’a plus aucune raison de faire profil bas, aucune raison d’obéir aux règles.

Cette histoire raconte donc ce qui se passe quand un groupe de mercenaires internationaux s’en prend à un type relax et du genre bavard qui est en fait complètement barje.

Critique :
Allez tous vous faire foutre… Mais non, ce n’est pas à vous que je parle, vous, je vous aime bien.

Mais combien de fois n’a-t-on pas proféré cette phrase en la hurlant ou en la susurrant doucement, dans ses dents, pour ne pas que les principaux concernés l’entendent ?

J’avoue que même parfois, je la rend encore plus trash et que je souhaite que les autres aillent se faire… enfin, vous voyez quoi !

Anybref, ici, on peut dire que le 4ème de couverture ne ment pas : ce roman n’est pas pour votre gentille mamy, sauf si c’est mamie Luger…

Il est vrai que lire ce roman dans le métro peut générer des airs interrogateurs, réprobateurs ou des sourires sur les faces des gens assis face à vous à cause du titre et de la photo de couverture (qui confirme le tout et est même compréhensible pour tout qui posera ses yeux dessus).

Mais moi, une couverture aussi explicite et un titre aussi attirant, je ne pouvais que demander à Sonatine, via la plate-forme NetGalley, à le découvrir. Et ils ont accepté, pour mon plus grand plaisir. Merci à eux.

Jack Price, le personnage principal, est cynique à mourir, caustique, sarcastique, c’est un salaud de dealer et pourtant, bizarrement, on s’attache très vite à lui et on suit avec plaisir ses péripéties, ses réflexions sur le monde, son business dans le monde de la blanche, avec un sourire béat affiché sur notre petite gueule de lecteur comblé.

Je suis normalement un dealer de cocaïne haut de gamme, une petite opération moderne, presque sans la moindre conséquence si ce n’est qu’occasionnellement un monteur d’échafaudages un peu trop défoncé fait tomber un poteau ce qui de toute évidence fait flipper tout le monde.

Bon, je vais tout de même mettre en garde les lecteurs qui aiment les romans structurés car ils risquent de tiquer devant la manière dont il est écrit…

Comment dire ? C’est un peu comme si l’auteur/narrateur avait oublié de soigner sa mise en page et sa manière d’écrire, confiant le tout à l’éditeur qui aurait oublié de corriger la manière dont le personnage principal (et les autres) s’expriment.

Ça c’est moi sirotant mon infusion de rooibos bio au miel et au sel de mer et savourant la riche profondeur aux nuances de noisette du breuvage ainsi que son relent de sperme de dauphin et ça c’est l’ascenseur qui s’arrête à l’étage sous le mien en faisant ding. Ça c’est moi souriant face à l’inattendu et me préparant à un heureux hasard.

Fred a l’air un peu terne et un peu irritable comme si je l’avais mis en retard pour le récital de tuba de sa fille et qu’il était un peu furax parce qu’en réalité il voulait secrètement manquer le récital de tuba de sa fille mais s’était résigné à y aller et il en était à ce stade où les parents adorent chaque beuglement gueulard du récital de tuba avec une putain de certitude biologique et du coup il en veut à la putain de terre entière de ne pas pouvoir y aller.

J’avoue que moi qui voue un culte immodéré aux virgules, aux tirets cadratins ainsi qu’aux guillemets, j’en ai été pour mes frais, ceux-ci étant les grands absents de ce roman.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. Chèvre des montagnes tout ce qu’il y a d’ordinaire à peu près haute comme votre cuisse.

Habituellement, chez moi, ce genre de présentation, ça ne passe pas (ou difficilement) car je trouve que ça brouillonne le texte et il faut que je m’accroche pour progresser dans la lecture.

Mais ici, passé les premiers étonnements, j’ai poursuivi ma lecture sans soucis et sans faire valser le roman dans la pièce tant cette mise en page lui allait comme un gant.

L’effet addictif du Jack Price, sans doute, qui agit comme une sorte de vaseline et fait passer le tout sans anicroche.

Price sérieusement qu’est-ce que ça peut vous foutre tant que vous pouvez faire des trucs affreux et emmerder le monde et tirer votre coup ?

Par contre, évitez de décrocher lors d’un dialogue car vous risqueriez de ne plus savoir qui dit quoi, mais pas de panique, une petite remontée dans la page vous remettra sur les rails et vous pourrez filer à toute berzingue.

En tout cas, le récit était jouissif, déjanté, brut de décoffrage, couillu mais épilé à la cire chaude (seuls les lecteurs du roman comprendront) et bourré d’action, de situations burlesques, à la limite de l’infaisabilité, mais il ne faut pas lire ce roman pour son côté réaliste, sinon vous risquez de ne pas y trouver votre compte et de vous demander dans quel monde de taré vous avez chu.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. […] Mangez putain de jambon. C’est chèvre.
OK.
OK.
Il est bon.
Normal ce connard a bouffé chez Joël Robuchon chaque jour pendant un mois avant s’envoler pour Terre-Neuve… Je déconne Price sérieusement le recrachez pas OK ? Bordel vous croyez trucs affreux sur les gens.
Vous êtes un vieil enfoiré diabolique. 

Conseil d’ami : laissez-vous emportez par Jack Price, suivez ses péripéties, ses digressions sur un peu tous les sujets, appréciez son humour parfois un peu limite, ses actions totalement illicites et à la limite de l’horreur, amusez-vous à l’imaginer cavaler un peu partout avec les tueurs lancés à ses trousses et savourez la manière dont il gère tout ça et s’en tire haut la main.

Les Sept Démons. C’est trop drôle. Ce serait idéal, purement gratuit. C’est comme si vous voyiez une souris dans votre cuisine et que vous arrosiez toute votre maison de napalm avant de lâcher cent pythons affamés au milieu des cendres.

En fait c’est faux vous êtes une espèce très particulière de sociopathe narcissique à haut niveau de fonctionnement. J’aimerais scanner votre cerveau au moment de la prise de décision sous pression, ce serait très bénéfique à l’étude du processus cognitif anormal. Y consentiriez-vous ?

Vous voyez ça ? C’est la petite mélodie que je fredonne. C’est ma joyeuse petite mélodie. Vous savez ce que c’est aussi ? C’est le bip des touches d’un téléphone portable. Car j’étais le Cardinal du café. Je suis Jack Price. Je me souviens des dix premières lignes du tableau des cotations pour chaque jour de 1998. Et maintenant je me souviens aussi de ça.

Assurément, le genre de roman avec lequel ça passera ou ça cassera. Il ne sera pas le roman de l’année et il finira avec l’étiquette de roman déjanté qui m’a fait passer un moment de lecture inoubliable tant il était barré, un peu à la manière d’un « Livre sans nom », le côté fantastique en moins.

Pour moi, il est passé mieux qu’une lettre à la poste et j’ai toujours un sourire débile affiché sur ma trogne.

On dit quoi ? On dit « Merci Jack Price et Sonatine » !

PS : à offrir à des gens qui ont le sens de l’humour et qui ne prendront pas le titre pour argent comptant… Je suis pour la paix dans les familles…

En plus franchement après la crise des subprimes tellement d’argent sale s’est écoulé dans l’économie ordinaire que la moitié des banques oh si chastes du monde sont remplies de cash bien crade.

Le café permet de juger une personne. Tout ce qu’on a besoin de savoir sur quelqu’un on peut l’apprendre grâce à son café, par exemple je bois un macchiato et pourquoi ? C’est le café des joies simples comme courir nu dans un champ. Vous savez qui statistiquement et de façon disproportionnée préfère le café amer ? Les psychopathes. Ils aiment la nourriture amère et c’est un fait scientifique, alors que moi je vous dirais qu’il n’y a absolument rien de profond dans l’amertume.

… Allez vous faire foutre Price ! AAAA-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Bon Dieu Fred il pleure ? Quand vous avez recruté vos démons vous avez passé une annonce dans Lavette Hebdo ou quoi ?

On ne peut pas simplement débarquer à Mordor et couper la clim.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).