L’amour et autres blessures : Jordan Harper

Titre : L’amour et autres blessures

Auteur : Jordan Harper
Édition : Actes Sud (2017)
Édition Originale : Love and Other Wounds (2015)
Traducteur : Clément Baude

Résumé :
Un homme fuyant sa tombe s’engouffre dans un maelstrom de balles et de flammes.

Un “nettoyeur” de Hollywood découvre l’amour devant le cadavre d’une célébrité morte.

Une femme pathologiquement obèse se rêve une nouvelle vie avec le voleur qui projette de cambrioler la bijouterie dans laquelle elle travaille…

Des ateliers de drogue minables dans les Ozarks aux combats de chiens de Detroit, en passant par les demeures luxueuses des stars de Los Angeles, Jordan Harper dépeint le petit peuple des ombres et des hors-la-loi.

Les uns sont en cavale, poursuivis par la police ou un passé qui leur colle dangereusement aux basques.

D’autres cherchent un semblant de paix et de stabilité, d’amour même, dans un monde fracassé où règnent une violence folle et un désespoir permanent. Tous sont abîmés, acculés, proches de leur point de rupture.

Critique :
L’art de la nouvelle est d’aller à l’essentiel sans s’embarrasser des détails, de plonger le lecteur dans l’action directement, si possible de manière brutale afin de le secouer et de ne pas lui laisser de possibilité de faire demi-tour.

Toutes les nouvelles ont commencé de manière violente et en quelques phrases, l’auteur vous en dit assez pour que vous compreniez l’épisode que vous êtes en train de lire.

Oubliez l’Amérique des cartes postales, celle que l’agence de voyage vous proposera car ici, nous sommes dans le roman Noir dans toute sa splendeur : laissés-pour-compte, loosers, brutes, tueurs, drogués, camés, dresseur de chiens de combats…

Anybref, le genre d’Amérique que l’on ne voudrait pas visiter autrement qu’en lecture et si l’agence de voyage du coin vous proposait un tel programme, je ne puis que vous crier « Fuyez pauvres fous ».

Par contre, en roman noir, savourez ce recueil de nouvelles avec un petit café serré, sans sucre, même si, de temps en temps, un peu d’édulcorant pourrait venir assouplir l’amertume de votre petit noir serré.

C’est court, on se sent toujours un peu grugé lorsqu’arrive le mot fin car toutes ses nouvelles ont du potentiel pour faire des minis romans, mais c’est ainsi avec ce genre de littérature : vite plongé dans le bain mais vite sorti.

Malgré tout, on n’en ressort pas vraiment intact, l’humidité poisseuse dans laquelle on a trempée nous collera à la peau durant un moment.

C’est court mais c’est intense, pas le temps de respirer qu’on est déjà à la suivante, pas le temps de reprendre son souffle que l’uppercut arrive déjà sur nous et pas moyen de l’esquiver.

Un recueil de nouvelles aux textes bruts de décoffrage, sans concessions aucunes, uppercutants et d’une efficacité redoutable.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°6.

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Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel : Herik Hanna & Julien Motteler

Titre : Détectives – Tome 5 – Frédérick Abstraight, A cat in the barrel

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Julien Motteler

Édition : Delcourt (20/01/2016)

Résumé :
Londres, décembre 1919. Après son échec face à l’égorgeur de Greenhill, l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight n’est plus que l’ombre de lui-même.

Devenu une source d’embarras pour ses anciens supérieurs, il est envoyé par ces derniers prendre le bon air et résoudre une mystérieuse affaire de disparition, loin, aussi poins que possible de Londres.

Lorsque le train qui l’emmène se retrouve bloqué par une avalanche, l’indésirable détective ignore, mais plus pour longtemps, que parmi les voyageurs inquiets, un meurtrier est également piégé avec lui.

Critique :
Vu ainsi, on pourrait dire que l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight s’est fait agresser par Johnnie Walker et William Lawson tant il est bourré de chez bourré.

Pourtant, des policiers ont été le rechercher, lui qui est maintenant considéré comme le pire des inspecteurs du royaume, alors qu’avant, il était le meilleur.

Sa mission, s’il l’accepte… Retrouvez un chat ! Non, je ne plaisante pas, et les policiers anglais non plus : ce chat a de l’importance, nom d’une croquette Friskies !

Autant où miss Crumble avait de la classe, autant l’ex-inspecteur Abstraight n’en a aucune ! Il boit comme un trou, chasse le dragon et malgré toutes ses tentatives pour se donner la mort, il n’a toujours pas réussi.

Une fois de plus, les dessins sont très agréables à regarder, les couleurs aussi et le scénariste n’était pas en vacances, même si, contrairement au 1, le coup de pied au cul est moins grand.

Malgré tout, je ne m’y attendais pas, d’ailleurs, lorsque le train qui emmenait Abstraight loin de Londres se retrouve bloqué par une chute de neige, j’ai même pensé que nous allions avoir un remake du crime de l’Orient Express.

Que nenni ! On a un train bloqué, de la neige, un crime, deux crimes, trois crimes ? des personnages hauts en couleurs, mais ceci n’est pas un remake de la célèbre enquête de Hercule Poirot sous alcool.

Malgré le fait qu’il soit une épave, j’ai apprécié les réparties cinglantes de Abstraight, son franc-parler et le fait qu’il se foute des ordres, directives et autres.

Oui, Abstraight est un grand enquêteur et non, ce n’est pas de sa faute si l’égorgeur de Greenhill lui a échappé durant sa carrière.

Une bédé polar sous un froid polaire, un suspense mené de main de maître, du mystère bien dosé, un nuage de lait et quelques sucres, on touille et on obtient un thé délicieusement corsé qui se boit avec un petit sourire aux lèvres.

Un album au scénario cohérent, des personnages hautement suspects, un huis clos et une vieille connaissance qui s’invite à la fin de l’album. Le pied total !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Dr Watson – Tome 2 – Le grand hiatus (Partie 2) : Stéphane Betbeder & Darko Perovic

Titre : Dr Watson – Tome 2 – Le grand hiatus (Partie 2)

Scénariste : Stéphane Betbeder
Dessinateur : Darko Perovic

Édition : Soleil 1800 (11/10/2017)

Résumé :
Après la disparition de Sherlock Holmes dans les chutes de Reichenbach, le docteur Watson part à sa recherche.

Son enquête le mène de son Angleterre natale en Afghanistan où il s’était battu pour la couronne d’Angleterre onze ans auparavant. Ce retour en terre d’Orient réveille les cicatrices du passé.

Est-il manipulé ? Revivre ce traumatisme de guerre, est-ce la condition de la libération de Holmes ?

Critique :
Vous qui entrez cette bédé, oubliez toutes vos connaissances  holmésiennes !

Le premier tome du Grand Hiatus avait du potentiel, mais je n’avais pas aimé le fait que l’on représente Watson comme un homme âgé, alors qu’en 1891, il devait avoir dans les 41 ans (au plus).

Mon grognement s’était accentué avec le fait qu’on le fasse tout quitter, même sa femme en cloque, pour se mettre à la recherche de Holmes qu’il pensait toujours vivant et retenu prisonnier par Moriarty.

Allez Watson, fait ton deuil, il reviendra dans 3 ans tout fringuant !

Anybref, ma rencontre avec le premier tome ne s’était pas bien déroulée, doux euphémisme.

Puisque l’occasion de lire le tome 2 sans débourser un euro s’est profilé dans mon horizon littéraire, j’en ai profité pour faire taire la curiosité éveillée lors du premier tome et voir si Watson allait revenir à la raison et surtout, mettre fin à l’horrible cliffhanger du tome 1 qui laissait Watson dans une sale situation.

On reprend donc dans le trou où Watson était tombé.

Passé et présent s’entremêlent habillement dans ce second tome à tel point que nous aurons même l’impression que Watson fait un retour dans le temps puisque 11 ans après (1891), il recroise Murray, son ordonnance qui lui avait sauvé la vie à la bataille de Maiwand et ce dernier lui rejoue le même scénario en lui sauvant la vie.

Attendez, là, on rembobine tout ! Nous sommes en 1891 pas en 1880 ! Si nous étions à la seconde guerre anglo-afghane (1879/1880), comme les images du passé de Watson nous le montraient, nous aurions un Watson jeune et pas un vieux croulant !

Petit aparté, je n’ai toujours pas compris comment en 11 ans, le Docteur Watson avait pu vieillir aussi vite et donner l’impression d’être un Sean Connery de 60 ans.

Comment diable Watson pourrait-il revivre cet épisode en 1891 ? Qui a utilisé la De Lorean de Doc sans lui demander la permission ??

Sous des airs de fantastique, cette histoire qui mêle le présent et le passé est intrigante, dérangeante, surtout lorsque nous rencontrons le Murray en question, en 1880, avec un Watson jeune et que le Murray a tout d’un Holmes, niveau déductions.

La partie jeunesse de Watson est intéressante, elle nous éclaire un peu sur cette guerre qu’un Empire mena à un pays qui ne se soumettra jamais, même si l’Empire contre-attaqua encore et encore.

Les dessins sont agréables et les couleurs chaudes, surtout lorsque nous sommes en Afghanistan car une fois de retour à Londres, ce n’est que grisaille.

Si j’avais eu des doutes à la lecture du premier tome, le second les a levés. Par contre, je pense que les non initiés au canon holmésien prendront plus de plaisir à la lecture car ils sont vierges de tout.

Nous, lecteurs qui le connaissons par coeur, on est toujours pris au dépourvu par certains changements, par certaines interprétations, car notre mémoire est fidèle aux récits canoniques et elle a du mal à découvrir une autre histoire.

Pourtant, celle-ci n’est pas mal foutue et elle s’éloigne du canon tout en le respectant, un peu à la manière d’un « Solution à 7% » de Meyer devenue « Sherlock Holmes attaque l’Orient Express » lorsque mise en film.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Les rues de Santiago : Boris Quercia

Titre : Les rues de Santiago

Auteur : Boris Quercia
Éditions : Asphalte (06/03/2014) / Livre de Poche (03/06/2015)
Édition Originale : Santiago quinones, Tira (2010)
Traducteur : Baptiste Chardon

Résumé :
Il fait froid, il est six heures du matin et Santiago n’a pas envie de tuer qui que ce soit.

Le problème, c’est qu’il est flic. Il est sur le point d’arrêter une bande de délinquants, dangereux mais peu expérimentés, et les délinquants inexpérimentés font toujours n’importe quoi…

Après avoir abattu un jeune homme de quinze ans lors d’une arrestation musclée, Santiago Quiñones, erre dans les rues de sa ville, Santiago du Chili, en traînant son dégoût.

C’est ainsi qu’il croise le chemin de la belle Ema Marin, une courtière en assurances qui semble savoir beaucoup de choses sur son passé.

Critique :
Vous connaissiez « Les rues de San-Francisco » et maintenant, on vous transpose la série au Chili pour en faire « Les rues de Santiago ».

Problème d’interprétation : les rues sont-elles celles de la ville chilienne ou celles du policier Santiago Quiñones ?

Puisque j’avais commencé la trilogie de Quiñones par le tome 2 puis le tome 3, je me devais de la clôturer par le premier tome pour boucler la boucle et le découvrir un peu moins borderline que dans les suivants.

Juste un peu moins, je vous rassure de suite.

Santiago Quiñones est fidèle et égal à lui-même : un flic qui n’obéit à personne, qui mène ses propres investigations, selon ses méthodes, qui n’hésite jamais à sniffer un rail de coke, à boire de l’alcool, à baiser des femmes et à se foutre dans les emmerdes.

Après avoir fait un carton – sans le vouloir – sur un membre d’un gang, le voilà qui décide de suivre une jolie fille aux dents de travers. Oui, désolé, certains mecs aiment les gros nibards, d’autres les gros culs (ou les petits), mais Santiago ♫ hissez haut ♫  aime les filles aux dents de travers.

Santiago, c’est le flic qui aime aussi te raconter sa vie au travers de ses introspections, tout en parcourant sa ville, te la faisant découvrir par le petit bout de la lorgnette, autrement dit, basta les cartes postales, c’est le Chili brut que tu découvres.

Un meurtre qui arrive presque par hasard, une enquête qui n’en est pas tout à fait une, un Santiago dépassé, flouzé, sa tête mise à prix, ses hormones sexuelles bouillonnantes et la bite fièrement dressée qui va nous mener sur la solution presque sans le vouloir car sa manière d’enquêter reste atypique.

Un roman noir qui ouvre la trilogie d’une belle manière, un roman noir qui se lit très vite, sans pause, sans reprendre sa respiration, avec quelques notes d’humour noir. C’est dense, rythmé, sans que l’on ait le temps de s’ennuyer ou de trouver le temps long.

Un roman noir urbain qui fleure bon le polar hardboiled, la drogue, l’alcool, la poudre de révolver et le sexe, le tout porté par un flic désabusé, parfaitement humain, authentiquement humain, même, mais qui peut partir en vrille en quelques secondes avec tout les risques que cela comporte pour celui qui se retrouvera devant la gueule noir de son flingue.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

Manhattan Chaos : Michaël Mention

Titre : Manhattan Chaos

Auteur : Michaël Mention
Édition : 10/18 (07/03/2019)

Résumé :
New York, 13 juillet 1977. L’été de tous les extrêmes : alors que la ville est en faillite, une canicule sans précédent sévit et le tueur Fils de Sam rôde dans les rues.

Tandis que le soleil se couche sur Manhattan, une coupure de courant survient. Huit millions d’habitants sont plongés dans l’obscurité : c’est le black-out et la panique s’empare de la ville.

Cloîtré chez lui, rongé par la drogue, le célèbre musicien Miles Davis a mis un terme à sa carrière et s’enlise dans la dépression. En manque d’héroïne, il se résout à sortir en quête d’un dealer lorsque des émeutes se déclenchent.

Débute une nuit de terreur, où il va se heurter aux pillards et aux fantômes de Manhattan.

Traqué d’un siècle à l’autre, la star déchue fera tout pour survivre, alors qu’un mal mystérieux le ronge de l’intérieur.

Critique :
Michaël Mention est un auteur qui a du talent et si tout son talent littéraire devenait culinaire, ce type arriverait à me faire bouffer des abats avec un grand sourire aux lèvres, à tel point que j’en redemanderais !

Non seulement ce p’tit gars m’a fait apprécier un roman qui parlait DU fameux match de foot France/RFA du 8 juillet 1982 (demi-finale de la coupe du monde de football en Espagne), alors que j’en ai rien à fou… foot, de ce sport (j’ai toujours rien capté au hors jeu, c’est vous dire).

Et là, maintenant, il vient de me faire passer un foutu bon moment de lecture avec Miles Davis alors que je déteste le jazz (oui, c’est viscéral) et que je connais rien de cet homme !

Le décor est grandeur nature, Miles Davis commence sa soirée dans son appart. Après la grandeur on est dans la décadence et notre jazzman de génie (c’est pas moi qui le dis) a sombré dans l’alcool, la drogue et ce n’est guère reluisant.

Stock de drogue à zéro et pas de dealer pour la lui livrer, voilà notre Miles qui part en goguette dans la ville de New-York, plongée dans le noir, suite à un black-out. Décor grandeur nature, sans spotlight, mais c’est comme si nous y étions, car Mention a l’art et la manière de vous décrire des lieux, comme si vous y étiez. Il aurait aussi ses chances comme agent de voyage, lui.

Deux personnages centraux, principaux : Miles Davis, bien entendu et le mystérieux John. Si le second est énigmatique, le premier est décrit avec talent à tel point que j’ai eu envie d’aller écouter du jazz et d’en apprendre plus sur la vie de Miles. Un comble pour moi qui n’aime pas cette musique.

Bon, sur ce point là, Mention n’a pas réussi à me faire aimer le jazz, pour les miracles, comptez 48h.

Oups, j’ai oublié un autre personnage principal, moi : Big Apple ! New-York et ses quartiers, chauds ou non, livrés aux pillages durant ce black-out de juillet 77.

La présence de N-Y, que nous allons traverser dans l’espace et dans le temps est bien prégnante, tout en sachant se faire discrète afin de ne pas voler la vedette à notre toxico trompettiste, tout en étant là et bien là, en arrière-plan.

On aurait pu croire que toute l’histoire va tourner autour de Miles Davis cherchant à éviter le danger dans cette ville plongée dans le noir, livrée à elle même et que tout ne sera qu’un parcours de cache-cache avec la faune sauvage de la Grosse Pomme, mais ce serait réducteur et trop facile.

Michaël Mention explore une fois de plus les pans de l’Histoire de New-York et vous vous doutez bien, que c’est, une fois de plus, les plus sombres ! Oubliez les cotillons et les confettis mais sortez les cagoules blanches pointues, les croix gammées, le racisme et tout ce qui fait l’identité de l’Amérique que je n’aime pas mais que je prends toujours plaisir à observer dans les romans.

Sans jamais être ennuyeux ou redondant, l’auteur nous immerge au plus profond de la chaleur de New-York et de son Histoire personnelle. Oserais-je dire qu’il le fait avec Mention ? En tout cas, c’était inattendu de la manière dont il le fait. Inventif et subjuguant,  voilà comment il le fait.

Un roman noir dans tous les sens du terme, caniculaire et glaçant, totalement fou mais avec les pieds sur terre, un very bon trip qu’on n’arriverait jamais à faire, même sous cocaïne, solution à 7%, bien entendu !

Je vous le dis, si ce type mettait son talent littéraire à la cuisine, il me ferait bouffer n’importe quoi tellement il le sublimerait !

Dis-moi, Michaël, t’en as encore beaucoup des histoires dans ce genre là ? Parce que moi, je suis preneuse ! Hélas, je te connais et je sais très bien que tu changes à chaque fois d’univers, que tu te réinventes, que tu explores à chaque fois de nouveaux univers, pour notre plus grand plaisir.

Et tu le fais bien avec ton style d’écriture qui n’appartient qu’à toi. Merci. Pour. Ce. Moment. Littéraire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1] : Anthony Neil Smith

Titre : Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1]

Auteur : Anthony Neil Smith
Édition : Sonatine (21/03/2019)
Édition Originale : Yellow Medicine (2008)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d’être viré de la police du Mississippi.

Il végète aujourd’hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l’alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées.

Si Billy franchit toutes les lignes, on peut néanmoins lui reconnaître une chose : il a un grand cœur. Ainsi, lorsqu’une amie lui demande de tirer d’affaire son fiancé, impliqué dans une sale affaire de drogue, c’est bien volontiers qu’il accepte.

Quelques jours plus tard, Billy est arrêté par le FBI, enfermé dans une cellule au milieu de nulle part, et sommé de s’expliquer sur tous ces cadavres qui se sont soudain accumulés autour de lui.

Critique :
Si tu aimes les flic élégant et propres sur eux, style le commissaire Swan Laurence, alors tu risques de t’étrangler devant le shérif Billy Lafitte, véritable flic bad ass et borderline.

Cet homme aime rendre service et personne ne se rend compte des choses bien qu’il a accompli après l’ouragan Katarina.

Bon, il a touché de l’argent, mais tout travail mérite salaire, non ? Et puis, il aidait les pauvres gens qui seraient passés en tout dernier sur les listes d’aide.

Charité n’est pas récompensée puisque le voilà muté dans le trou du cul du Minnesota et de nouveau, en voulant aider, il se retrouve avec un tas d’emmerdes au cul. Une diarrhée d’emmerdes, carrément et une chiée de cadavres…

Billy Lafitte est un flic qui a de l’humour, cynique, une sorte de Dead Pool sans le costume (et avec moins d’humour) qui se retrouverait pris dans un engrenage dont il n’a pas le contrôle et où tout le désigne comme le seul coupable.

On a du rythme, de l’action, des cadavres sous tous les dessous de lit, des vilains méchants vraiment pas beaux et très cons, comme les flics, d’ailleurs, mais on manque cruellement d’idées novatrices et de peps qui donnerait envie de rester concentré dans l’histoire ou lieu de regarder la moindre mouche qui passe.

Si le quatrième de couverture faisait allusion à Jim Thompson et James Crumley, c’était sans doute une erreur de leur part, car nous sommes loin d’un flamboyant Nick Corey, d’un Lou Ford et même d’un Milo Milodragovitch et d’un C.W. Sughrue.

Ok, c’est un récit bien burné, avec un héros pas toujours très finaud, le genre qui défonce tout puis réfléchi ensuite, un grand stratège de mon cul, bref, le genre de gars qui a tendance à tout faire foirer et à s’entêter au-delà du raisonnable.

Assurément, un personnage qui sort des sentiers battus mais le scénario, lui, il avait des airs éculés et ne m’a pas emballé plus que ça.

Un roman noir burné, un personnage déjanté, hors-norme, des méchants limite trépanés mentaux, un scénario un peu bancal et une envie d’arriver au bout pour passer à autre chose.

On est bien en-deçà de ce que j’espérais pour ce roman au vu des bonnes critiques lues et de son pitch qui m’avait fait baver à l’avance. Comme quoi, les retours et les impressions littéraires sont personnels à chaque lecteur/trice.

Pas dit que je poursuivrai les aventures de Billy Lafitte dans le tome suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Comme les lions : Brian Panowich

Titre : Comme les lions

Auteur : Brian Panowich
Édition : Actes Sud/Actes noirs (06/03/2019)
Édition Originale : Like Lions (2018)
Traducteur : Laure Manceau

Résumé :
Pendant des décennies le sanguinaire clan Burroughs a régné sur Bull Mountain, Georgie. Ils ont donné dans le trafic d’alcool, la culture de marijuana et ont distribué de la meth dans six états.

Maintenant ils sont tous morts, ne reste que Clayton – le bon fruit né d’un arbre pourri – le dernier survivant.

Sheriff de Bull Mountain il veut enterré son héritage brutal et stopper les violents conflits sur lesquels les Burroughs ont construit leur empire.

Mais les prédateurs débarquent avec l’intention de ré-établir la pompe à drogue et argent de la ville. La mort d’un jeune d’un clan adverse va ameuter les loups à la porte de Clayton.

Pour sauver sa montagne et sa famille Clayton doit choisir entre le passé auquel il ne peut échapper et la loi…

Critique :
Paraît que le lion peut s’accoupler 50 fois par jour, mais l’orgasme du cochon dure 30 minutes… À vous de voir dans lequel des deux vous voudriez vous réincarner.

Oui, le lion est un sacré copulateur, mais aussi un gros fainéant puisque ce sont les lionnes qui chassent et qui se tapent tout le boulot.

Gardez bien cela à l’esprit lorsque vous commencerez à lire ce roman noir comme son prédécesseur (Bull Mountain), mais un chouïa moins sombre, je trouve.

Ici, nous n’avons plus Abel tuant Caïn (non, non, je ne fais pas erreur, je me comprends) mais une guerre des gangs qui évite tout de même les clichés des exécutions en pleine rue puisqu’une partie du gang de Viner ne voulait pas aller marcher sur les plates bandes du clan Burroughs, hormis le fiston Viner, tête brûlée par lequel toute la merde va commencer et immerger tout le monde.

Clayton Burroughs, est de retour ! Pas en grande forme, il s’était pris deux balles dans le coffre dans le tome 1 et maintenant, il boite, boit de nouveau et hésite toujours entre être un sheriff à part entière ou continuer la petite entreprise hyper lucrative commencée par son grand-père, puis reprise par son p’pa et ensuite par son frère aîné : le trafic de drogue en tout genre.

Pour le moment, la lucrative entreprise connait la crise puisque plus un gramme de drogue n’est acheminée dans la montagne et la plupart des caïds ou hommes de mains de son frère sont parti voir ailleurs si le trafic de meth ne se porterait pas mieux.

L’auteur s’engouffre dans un sujet bien connu, celui de la nature qui a horreur du vide et dans notre cas, c’est celui du milieu de la drogue et des truands qui n’aime pas laisser vide la case des trafics en Géorgie du Nord.

L’auteur a su planter un décor réaliste, plus vrai que nature et des personnages qui, bien que faisant partie du clan Burroughs, bien qu’étant des truands, on s’y attache, surtout à Clayton, sa famille et Mike Le Croûteux.

Intelligent, l’auteur a su dresser d’eux des portraits affinés, sans trop s’appesantir sur leur passé, mais tout en nous disant assez pour qu’on ait envie de les apprécier. C’est tout en finesse et en justesse.

Le portrait qu’il nous dresse est celui des bouseux, des gars du Sud qui ont choisi la facilité en passant du mauvais côté de la Loi et si certains sont bas de plafond, d’autres plus tourmentés, certains n’ont rien à voir avec des ploucs et leur cerveau marche du tonnerre niveau stratégie.

Sans en faire trop niveau paysages, le décor est tout de même planté et on sent bien qu’ici nous sommes dans le Sud profond, une fois de plus, celui qui offre le plus de diversité sociale.

Alors oui, il y a de la violence, oui ça risque de saigner, oui on a des morts et certains sont mérités car quand on fait le malin, faut pas s’étonner de tomber dans le ravin et d’entrainer tout le reste du clan avec soi.

Voilà un roman noir comme je les aime, même si celui-ci est moins sombre que d’autres et qu’il possède tout de même une petite lueur de clarté qui donne envie de croire à la possibilité de rédemption ou de changement de mentalité chez certains.

Et puis, le final m’a laissé sur le cul, littéralement et là, je me dis que l’auteur a réussi un coup de pute magnifique. J’adore me faire botter les fesses de la sorte en terminant un roman.

Un roman noir maîtrisé, une suite qui est dans la lignée du premier tome et mes craintes de voir le tout partie en carabistouilles (c’est pas vraiment le mot que je voulais utiliser, je vous laisse deviner mon choix) étaient infondées.

On reste dans du plus classique que pour Bull Mountain mais tout est sous le contrôle de l’auteur qui, il le savait, était attendu au tournant. Pari réussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

En lieu sûr : Ryan Gattis

Titre : En lieu sûr

Auteur : Ryan Gattis
Édition : Fayard Littérature étrangère (27/03/2019)
Édition Originale : Safe (2017)
Traducteur : Nadège T. Dulot

Résumé :
Los Angeles, 2008. Ex-addict et délinquant, Ricky « Ghost » Mendoza est déterminé à rester clean jusqu’à la fin de ses jours.

Rentré dans le rang, il force désormais des coffres-forts pour le compte de toute agence gouvernementale prête à payer ses services, des Stups aux Fédéraux.

Mais quand il découvre que la personne qui compte le plus pour lui croule sous les dettes, il décide de faire une embardée risquée : forcer un coffre et en prélever l’argent sous le nez du FBI et des gangsters à qui il appartient, sans se faire prendre – ni tuer.

Thriller au rythme haletant, le nouveau roman de Ryan Gattis projette le lecteur dans un Los Angeles sombre et incandescent, et pose la question la plus difficile qui soit : jusqu’où iriez-vous pour protéger ceux que vous aimez ?

Critique :
On aurait pu appeler ce roman « Ghostbuster » car notre Ricky « Ghost » Mendoza va se faire chasser par des chasseurs sachant chasser avec leurs chiens.

Ricky, ex-junkie est revenu dans le droit chemin et met ses talents de perceur de coffres-forts au service des agences gouvernementales de Los Angeles car il est doué dans son métier et est clean.

Mais voilà, quand un coffre est bourré de fric jusqu’à la gueule et que personne ne vous regarde, la tentation est grande de prendre le pognon et de jouer à Ricky ou la belle vie (les gens de ma génération comprendront l’allusion).

J’avoue que j’ai été bluffée quand au mobile de Ricky… Oui, il pique du fric à des dealers/gangs mais pas pour la raison que l’on pense et c’est là que réside le point fort du roman, en plus de nous proposer des personnages assez décalés et inhabituels puisqu’ici, exit les policiers, tout se joue entre gangsters et notre perceur de coffres.

L’auteur ne se prive pas de tirer à coup de bazookas sur les banquiers et les subprimes qui ont entrainé la faillite du système ainsi que de multiples expulsions des gens de leurs domiciles. Les coups sous la ceinture sont permis et certains risquent de grimacer, surtout si ce sont des banquiers ou autres gangsters en cols blancs.

Le récit est concentré sur quelques jours, même si Ricky fera quelques retours dans le passé pour nous éclairer sur le genre d’homme qu’il a été et celui qu’il est devenu, le tout sur des musiques mélancoliques et un vieil amour perdu.

Niveau peps, rien à dire, on n’a pas vraiment le temps de s’emmerder dans ces pages.

Là, vous vous dites que si je lance un compliment, c’est qu’un bémol va suivre et vous avez gagné ! Mon plus gros bémol ira à l’usage de mots argotiques spécifiques à l’américain ou au milieu, le tout sans renvoi en bas de page pour la définition et je peux vous dire que ce n’est pas toujours évident de comprendre le sens du mot dans la phrase.

Pour certains, ça coulait de source vu le contexte, mais pour d’autre, il m’aurait fallu interroger le moteur de recherche bien connu et c’est chose impossible dans les transports en commun et puis, zut, le traducteur ou l’éditeur pour faire en sorte que les mots soient expliqués afin que les lecteurs ne perdent pas de temps en recherche, ça casse le rythme de lecture.

Les frères Lehman vont finir aux chtar. Moi je dis que c’est bien. Ça leur apprendra à foutre la merde dans les prêts hypothécaires. Ils les ont tellement trafiqués et retrafiqués qu’on sait plus ce qu’y a dedans. Putain, prendre les gens pour des proies comme ça. Les dévorer. Prendre sa maison à une famille qui essaie de payer comme elle peut et appeler ça « faire des affaires ». Il y a rien de pire à mes yeux. Rien. Pas même tuer quelqu’un.

J’avais donc compris que le chtar c’était la prison, que le brelic était un révolver, mais que signifiait être keus ? C’est être mince… Un Homies ? Ben c’était un pote. Bader veut dire être triste et un marave, c’est un combat, une bagarre entre, au moins deux personnes qui ont un différend. Mais ne me demandez pas ce que veut dire quince…

Ce sera mon seul bémol. Pour le reste, c’est aussi noir que du café torréfié à partir de jus de chaussettes sales et c’est sans édulcorant ou sucre quelconque, même pas un nuage de crème pour adoucir le récit : brut de décoffrage, aussi violent qu’un coffre-fort qui te tomberait sur le pied alors que tu ne portes pas tes bottines de sécurité.

J’ai aimé l’ambiance noire qui se dégage de ces pages, le fait que la crise financière plane tel un vautour, prêt à bouffer tout le monde, sauf les trafiquants, j’ai aimé le personnage de Ricky Mendoza mais il m’a manqué quelques émotions en plus pour que le roman s’imprime durablement dans ma rétine et dans mes tripes.

Mais s’il ne me marquera comme certains romans noirs l’ont fait, je n’ai pas à me plaindre de la marchandise car il a fait son job : me divertir, faire monter mon adrénaline, mon rythme cardiaque et me surprendre.

Un bon p’tit café noir bien sombre et, comme le disait si bien Ricky : parce qu’il fait pas seulement sombre par ici, on est carrément dans une obscurité qui a mis des lunettes de soleil et un manteau noir pour aller traîner dans une cave. Genre, noir sombre.

N’oublie pas ta lampe de poche car le récit est sombre.

Je remercie NetGalley et les éditions Fayard d’avoir donné suite à ma demande de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le chant des revenants : Jesmyn Ward

Titre : Le chant des revenants

Auteur : Jesmyn Ward
Édition : Belfond (07/02/2019)
Édition Originale : Sing, Unburied, Sing (2017)
Traducteur : Charles Recoursé

Résumé :
À treize ans, Jojo essaie de comprendre : ça veut dire quoi, être un homme ? Non pas qu’il manque de figures masculines, avec en premier chef son grand-père noir, Pop.

Mais il ya les autres, plus durs à cerner : son père blanc, Michael, actuellement en détention ; son autre grand-père, Big Joseph, qui l’ignore ; et les souvenirs de Given, son oncle, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Et Jojo a aussi du mal à cerner sa mère, Leonie, une femme fragile, en butte avec elle-même et avec les autres pour être la Noire qui a eu des enfants d’un Blanc.

Leonie qui aimerait être une meilleure mère, mais qui a du mal à mettre les besoins de Jojo et de la petite Kayla au-dessus des siens, notamment quand il s’agit de trouver sa dose de crack. Leonie qui cherche dans la drogue les souvenirs de son frère.

À l’annonce de la sortie de prison de Michael, Leonie embarque ses enfants et une copine dans la voiture, en route pour le pénitencier d’état.

Là, dans ce lieu de perdition, il y a le fantôme d’un prisonnier, un garçon de treize ans qui transporte avec lui toute la sale histoire du Sud, et qui a beaucoup à apprendre à Jojo sur les pères, les fils, sur l’héritage, sur la violence, sur l’amour…

Critique :
Souvenez-vous, Mini-Mir était réputé pour faire le maximum… Et bien dans ce roman noir, je suis tombée sur une mère qui en faisait le minimum, pour le même prix.

Si je commence par un brin d’humour, c’est pour faire le vide en moi et tenter de reprendre pied après cette lecture qui n’était pas de tout repos tant les personnages qui gravitaient dans ces pages étaient sombres et certains l’étaient même tellement qu’on aurait aimé les bazarder de suite, comme les parents de Jojo et Kayla.

Ce n’est pas que Léonie n’aime pas ses gosses, mais elle les aime mal, elle est égoïste et ne pense même pas à leurs besoins vitaux comme boire et manger. Par contre, elle pense toujours à ses besoins vitaux à elle qui sont le crack sous toutes ses formes.

Si Kayla, 3 ans, n’avait pas son grand frère Jojo, 13 ans, pour s’occuper d’elle ainsi que leurs grands-parents maternels, ils seraient mort de faim depuis longtemps. Quant au père, Michaël, en taule depuis 3 ans, il n’a même vu sa gamine naître.

Double péché du père, pour sa famille à lui, c’est qu’il était Blanc et qu’il a fait deux enfants avec une Noire. Si les enfants peuvent compter sur les grands-maternels, ceux du côté de leur père ne veulent même pas les voir car ce sont des grands racistes.

On va finir par croire que j’ai un faible pour les romans noirs qui se déroulent dans le Sud des États-Unis, là où la ségrégation et la haine raciale sont toujours présentes.

Les temps ont beau avoir changé, les lois aussi, dans le fond de leur cœur, de leurs tripes, de leurs cervelles, les Blancs estiment toujours que les Noirs sont justes bons à être des esclaves.

L’auteur l’illustre par des petits détails, sans s’appesantir dessus, mais lors d’un contrôle policier, on est atterré par la violence développée par le policier Blanc envers cette famille Noire. Limite si je n’ai pas été traumatisée par le comportement qu’il a eu envers Jojo, juste parce que celui-ci est café au lait.

Le roman est prenant, il nous tient à la gorge, les personnages des enfants sont touchants, surtout Jojo, protecteur de sa petite sœur et même son grand-père, qui pourtant est un homme dur, est touchant lui aussi car il s’occupe bien de ses petits-enfants et aime profondément son épouse, Philomène.

On sent que Léonie, la mère des gosses, aimerait être une bonne mère, mais il lui est impossible de ne pas s’énerver pour rien sur les enfants ou de les traîner avec elle sur une longue distance pour aller récupérer leur père à la sortie de prison, sans penser à nourrir ses enfants…

La touche fantastique des morts qui hantent toujours certains lieux ne m’a pas dérangé, c’était bien amené, bien utilisé et cela a donné un petit plus à ce roman noir qui avait déjà tout pour lui.

Avec une écriture qui sait si bien faire passer les émotions ou les ressentiments, l’auteur donne la voix à plusieurs de ses personnages, nous faisant voir parfois une partie de la même scène mais avec d’autres yeux.

Un roman noir choral qui nous offre des portraits réussis de ses personnages, dont celui d’une famille Noire qui n’a pas été épargnée par les épreuves, qui nous décrit une Amérique toujours aussi raciste, ou les droits des uns ne sont pas équitables à ceux des autres, comme dans la prison ferme de Parchman, où le papy de Jojo a fait quelques années, pour des peccadilles, alors que les Blancs devaient faire des horreurs pour y être incarcérés.

Un roman noir puissant, qui prend à la gorge, émouvant, touchant, un portrait d’une Amérique au vitriol, où la drogue fait marcher les gens à son pas et détruit des enfances, ces enfants qu’on a eu par accident, qu’on a voulu garder ensuite mais dont on ne s’occupe que de temps en temps.

Un roman noir magnifique.

#LeChantDesRevenants #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Heimaey : Ian Manook

Titre : Heimaey

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel

Résumé :
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l’Islande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard.

Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye.

Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d’un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca.

Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l’île d’Heimaey, terre de feu au milieu de l’océan.

Critique :
Ayant découvert la Mongolie avec l’agence de voyage Manook, je me réjouissais de rependre mon paquetage et de repartir avec lui sur les pistes mongoles.

Pas de bol, il a arrêté cette destination et cette année, puisqu’il nous proposait l’Islande, j’ai mis mon passeport à jour et j’ai embarqué pour le pays des trolls, des elfes, des fées, des légendes et des petits chevaux à l’allure si confortable du tölt.

Après avoir lu Yeruldelgger, je n’avais qu’une seule envie, partir en Mongolie et voilà qu’une fois de plus, je rêve de visiter l’Islande, cette terre perdue que j’avais déjà explorée avec ce bon vieux Erlendur, le policier bougon d’Arnaldur.

Niveau dépaysement policier, j’ai été servie puisque Kornélius, notre policier, a plus du Yeruldelgger que du Erlendur ! Baraqué comme une montagne, costaud comme un Troll, se fichant de la hiérarchie, menant son enquête comme il l’entend et, tout comme son homologue mongolien, il s’envoie en l’air avec la médecin légiste !

Mais dans ce pays, tout le monde se balade à poil, baise avec tout le monde, à deux ou plus, sans que cela pose le moindre problème à personne… Ils sont libérés ! Et le premier qui chante ♫ libérée, délivrée ♪ je l’assassine !

Sinon, la comparaison s’arrête là car la trilogie mongole n’a rien à avoir avec ce polar islandais.

Visiter un pays, avec l’agence Manook, c’est, entre autre, bouffer des sites majestueux, mais aussi explorer la face plus sombre du pays, son côté moins carte postale, le tout accompagné de personnages hauts en couleur que l’on a du mal à laisser sur place pour réintégrer la réalité.

Si les voyages forment la jeunesse, alors, l’agence Manook me propose une sacrée cure de rajeunissement à chaque roman, tout en m’instruisant pendant que l’on enquête sur les morts qui parsèment chacune de mes excursions.

On pourrait penser que le voyage proposé par notre Tour-Operateur est tout organisé et que nous n’aurons aucune surprise durant notre périple. Que nenni !

Suivez bien les coordonnées GPS et vous tomberez ensuite sur de multiples petits fils rouges qui au final, n’en formeront qu’un seul, vous donnant un panorama où tout n’est pas noir ou blanc, mais irisé de multiples couleurs et où tout le monde a quelque chose à se reprocher.

Ne plus aller en Mongolie m’avait profondément attristée, mais je suis prête à signer pour repartir en Islande, que ce soit en voiture, en hélico, en drone, à pied, à vélo ou à cheval. Ma valise est prête, m’sieur Manook !

Un polar qui part dans une direction inattendue et un voyage père-fille qui ne se déroulera pas tout à fait comme le père l’avait pensé, lui qui voudrait ressouder les liens avec sa fille et qui va se retrouver à cavaler sans plus savoir à quel saint (sein ?) se vouer.

Normal que tout ne se passe pas comme prévu, nous sommes sur des terres de légende, dans un pays exceptionnel où la Nature et les Hommes sont imprévisibles (et les banquiers véreux).

Anybref, excellent moment de lecture avec ce polar islandais, mélange de road-movie et de thriller, mêlant habillement le périple de deux français en Terres Islandaises avec ses légendes, ses paysages époustouflant, ses habitants bien campés, ses policiers non armés, son passé et ses cadavres en tout genre.

Je ne peux que vous recommander de vous envoler pour l’Islande en compagnie de Manook Ian Air. Veuillez éteindre vos cigarettes et attachez vos ceintures !

Ah non, on ne dit plus ça… Veuillez éteindre vos portables !

♫ Nous étions jeunes et larges d’épaules
Bandits joyeux, insolents et drôles
On attendait que la mort nous frôle
On the road again
On the road again. ♪ (Lavilliers)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).