Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03 : Gabriel Trujillo Muñoz

Titre : Loverboy – Miguel Ángel Morgado 03

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Folio Policier (2006)
Édition Originale : Mexicali City Blues : Loverboy
Traduction : Gabriel Iaculli

Résumé :
Tout est très sale, sur la frontière, la peau d’un Mexicain si bon marché, surtout s’il a deux gouttes de sang indien ; et dans le pays voisin, celui du rêve onéreux, on a parfois des besoins urgents : un rein, un pancréas…

Il suffit de savoir à qui s’adresser, et le tour est joué. C’est d’autant plus facile que, côté mexicain, les autorités sont hautement corruptibles.

C’est dans ces eaux troubles que va se débattre Morgado, le plus privé des privés, quand une grande et belle poulette vient lui montrer un film étrange et lui demande de chercher l’assassin du directeur de la Commission pour les droits de l’enfant.

Critique :
La preuve que l’on peut être court et intense, court et percutant, guère épais et en foutre plein la gueule à son lecteur/trice.

Gabriel Trujillo Muñoz attaque très fort et met les deux pieds dans du glauque poisseux qui colle aux doigts et qui fait crisper les orteils au fonds des charentaise.

Imaginez votre voiture qui a un soucis, il faudrait une pièce détachée bien spécifique mais pour cela, il faut attendre longtemps ou… aller la chiper sur une autre voiture.

Dans ce roman, ce n’est pas de voitures dont il est question, mais d’enfants malades et les pièces détachées que l’on prend ailleurs, pas besoin de vous faire un dessin : elles ne proviennent pas d’enfants qui seraient décédés à l’hôpital mais prélevée directement sur des enfants enlevés qui ne se relèveront jamais, sauf le jour de la résurrection (si ce jour existe) et les pauvres devront chercher leurs morceaux.

Putain, pour être glauque, c’est glauque !

Miguel Ángel Morgado est un avocat mexicain chargé de faire la lumière sur les enfants enlevés et la mort d’un médecin qui semble avoir découvert une piste et filmé une scène. Problème ? Les images sont pouraves.

Dans ce court roman, l’auteur nous décrit un Mexique qui serait la poubelle des États-Unis, juste bon à fournir de la drogue,  des travailleurs bons marchés, des prostituées, des organes prélevés sans accord sur des gosses, dans des cliniques privées et illégales, le tout pour guérir des enfants de riches Blancs friqués…

Hélas, la format court fait que l’auteur doit aller au plus pressé, le ton est radical, on ne tourne pas autour du pot et on va direct à la résolution, ou du moins, vachement vite. Comme dans la série les Experts où, avec des images pourries de 3 pixels, ils arrivent à lire le nom du gars dans le reflet de sa rétine, ici, son pote arrivera à lire un peu trop bien…

Pas crédible du tout, je l’avoue, mais le roman est plus un roman pour décrire le Mexique et ses gens, son racisme envers les Indiens, qu’un roman policier en bonne et due forme avec une recherche d’indices et des fausses pistes pour leurrer le lectorat.

Un gros bémol cependant : des tas de phrases sont en anglais… Mon anglais est rouillé et heureusement que je regarde souvent des séries en VOSTFR, ce qui m’a permis de tout comprendre. Bon sang, l’éditeur aurait pu se donner la peine de traduire et de les ajouter en fin de chapitre.

Anybref, je pinaille, mais de temps en temps, faut le faire. Dans l’ensemble, on se trouve face à un roman noir ultra court mais ultra percutant, pas de fioritures, on ne tourne pas autour du pot, on ne cherche pas midi à quatorze heure et on va direct à l’essentiel. On aimera ou pas.

Pour ma part, même si ça se précipite trop vite, le voyage valait le déplacement au Mexique. Maintenant, je vais vérifier que je n’ai perdu aucun organe…

— Mais nos hommes politiques veulent un bouc émissaire, et on ne peut pas trouver mieux qu’une Indienne qui n’est pas du pays.
— Comment ça, une Indienne qui n’est pas du pays ? s’exclama Morgado. C’est une Mexicaine, comme nous tous.
— Parlez pour vous, lança le docteur Acosta sans cacher son racisme. Pas en mon nom. Il ne faut pas confondre manganèse et bande à l’aise.
— Ni la connerie avec l’ignorance, répartit Guadalupe. Et il me semble que la première abonde, ici.

— Et maintenant, dis-moi, Morgado, qui est Sherlock Holmes et qui le docteur Watson ?
— Tu en es sûr ?
— Mon ordinateur en met sa souris au feu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°218 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 03].

 

 

À l’ombre du baron : Fabienne Josaphat

Titre : À l’ombre du baron

Auteur : Fabienne Josaphat
Édition : Calmann-Lévy (15/03/2017)
Édition Originale : Dancing in the Baron’s shadow (2016)
Traducteur : Marie-France de Paloméra

Résumé :
Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Haïti, 1965. François Duvalier, alias « Papa Doc » ou « Baron Samedi », fait régner la terreur sur le pays avec ses tontons macoutes.

Bravant le danger, Raymond L’Éveillé, chauffeur de taxi, prend malgré tout le risque d’aider un journaliste poursuivi par la milice en le faisant monter dans sa Datsun dans le centre de Port-au-Prince, imprudence que sa femme lui fait payer en menaçant aussitôt de le quitter avec leurs deux enfants.

Et quand il apprend peu de temps après que son frère cadet, professeur de droit respecté, a été conduit à la prison de Fort Dimanche où l’attend l’exécution, Raymond est au pied du mur et son dilemme des plus cruels : laisser mourir son frère ou tenter de le sauver au risque de tout perdre ?

Critique :
À la question posée « Et vous, qu’auriez-vous fait ? » j’avoue franchement que j’aurais fait dans mes culottes et sans doute appliqué le vieil adage qu’est « Courage, fuyons »…

Franchement, je le dis sans honte car il fallait avoir une sacrée paire de couilles et ne pas trop réfléchir aux conséquences que pouvait avoir une telle action sur sa famille.

Et là, je parle pour les deux frères L’Éveillé, Raymond et Nicola qui ont osé braver la dictature, chacun à leur manière, risquant leur vie et celle de leur famille.

Raymond, c’est un chauffeur de taxi qui osa embarquer une famille menacée par les tontons macoutes et semer cette milice.

Son petit frère, Nicola, est ce prof de droit qui osait parler de censure à ses élèves et qui gardait chez lui un livre explosif sur les assassinats commandés par leur président, Duvalier, dit Papa Doc ou le Baron.

Il ne fait pas bon vivre à Haïti dans les années 60 (et après non plus) et cette lecture m’a affranchi sur la dictature qui régnait sur cette île que nous penserions paradisiaque. Dictature qui continua ensuite avec le fiston de Papa Doc.

Ceci est un roman noir, la misère s’étale sous nos yeux, les gosses ont faim, il y a des restrictions sur l’eau, faut la payer, et cher, tout le monde a peur et le mot communisme ne doit pas être prononcé, comme si ce mot allait contaminer toute l’île, telle la peste au Moyen-Âge !

Ce roman est poignant, il révolte l’Humain qui est en nous car voir ce peuple crouler sous les mauvais traitements, survivre comme ils peuvent et voir leur famille emprisonnées, assassinées, vivant dans des conditions qu’aucun animal ne voudrait et contraire aux plus élémentaires droits de l’Homme.

Tout oppose les deux frères L’Éveillé. Raymond vit dans la pauvreté, tire le diable par la queue afin que sa famille ne manque de rien, même si elle manque quand même de tout. Nicola, de par son statut, a de l’argent, est un petit bourgeois et regarde tout le monde de haut, surtout son frère. Il se sent supérieur.

L’écriture de l’auteure va droit au but, elle ne s’embarrasse pas de métaphores et appelle un chat un chat, autrement dit, un milicien c’est un milicien et n’a rien à voir avec un Bisounours.

La cruauté dont ces miliciens font preuve donne des sueurs froides car ces tontons macoutes ne sont jamais que des gens comme ceux qu’ils maltraitent, avant, ils étaient bouchers, boulangers, des gens normaux. Puis un dictateur est arrivé, la pauvreté s’est installée et ces gens normaux, afin de sortir de la misère, sont devenus ces êtres cruels que l’on ne voudrait jamais croiser dans sa vie.

Les conditions de détentions horribles ne vous seront pas épargnées et l’auteur nous y plonge d’une manière plus que réaliste, nous présentant d’autres prisonniers, nous montrant comment un Homme peut être un loup pour l’Homme, comment l’Humanité fiche très vite le camp en ces lieux.

Mais elle ne fera pas que de vous parler de misère et de conditions inhumaines dans les prisons, elle vous offre aussi l’ambiance haïtienne, même si ce n’est pas celle des cartes postales pour touristes. Le dépaysement est total.

Un roman noir bien écrit, court mais intense, avec des personnages attachants, des trahisons d’amis et des aides de gens que l’on ne connait pas vraiment. Un roman qui nous plonge dans un pan méconnu de cette petite île qui est attenante à la République Dominicaine.

Une lecture qui ne laisse pas insensible et qui nous montre quelle chance nous avons de vivre dans nos pays démocratiques, même si tout n’est pas toujours rose. Mais nous, au moins, nous ne risquons rien si nous nous moquons de nos dirigeants, qu’ils soient président, premier ministre ou roi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°00].