Or Noir : Dominique Manotti

Titre : Or Noir                                                                                    big_3

Auteur : Dominique Manotti
Édition : Série Noire Gallimard (2015)

Résumé :
Marseille, 1973. Le commissaire Daquin, 27 ans à peine, prend son premier poste au commissariat de l’Évêché. Il découvre une ville ensanglantée par les règlements de compte qui accompagnent la liquidation de la French Connection, des services de police en guerre larvée les uns contre les autres, et la prolifération de réseaux semi-clandestins comme le SAC ou la franc-maçonnerie.

Il enquête sur l’assassinat d’un ancien caïd de la drogue et de son associé, un vétérant des services secrets, tous les deux reconvertis dans les affaires ; assiste à la naissance mouvementée d’un nouveau marché des produits pétroliers, à l’ascension fulgurante des traders assoiffés d’argent frais qui le mettent en œuvre ; et constate que les requins les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit.

Critique :
[Avec l’accent de Marseille] — Peuchère, ce baril de pétrole, tu le pointes ou tu le tires ??

Après avoir pointé ses barils de brut, il pourra en tirer tout le bénef lorsque les prix se seront enflammés…

Si la critique est aisé, l’écriture est plus complexe et je me retrouve devant un cas de conscience en rédigeant ma petite bafouille sur ce roman que j’attendais impatiemment et dont je me suis ruée dessus direct alors que des centaines d’autres m’attendent.

Si j’ai aimé ? Affirmatif, mais… à moitié je dirais. Où c’est-y que le bât il a blessé ? Non pas  au garrot de la bête mais dans la manière dont le roman est rédigé.

C’est la plume qui blesse… Le style d’écriture auquel j’ai eu beaucoup de mal à adhérer au départ, ce qui m’a fait très souvent perdre le fil de l’enquête.

Des phrases courtes, une redondance de la troisième personne du singulier (il/elle) et des phrases basiques telles que : sujet, verbe, complément. Sans oublier la description des actions dans les dialogues sans utiliser de parenthèses ou de fermeture des guillemets.

— Tu es toujours aussi beau… La voix grave traîne un peu sur le dernier mot.
— Demi-sourire. Quand repars-tu pour Vienne ?

J’ai parfois eu aussi l’impression que vu le nombre d’infos à faire passer au lecteur, l’auteur avait simplifié la chose en lui balançant des infos brutes de décoffrage, donnant l’impression de lire une étude sur les magouilles politico-économique plutôt qu’un roman noir.

Ma persévérance fut tout de même récompensée puisqu’à un moment donné, faisant mon deuil des dialogues mélangés avec les actions des personnages, j’ai pu avancer dans le roman et l’apprécier dans son dernier tiers.

C’est avec un mélange de fascination et d’effroi que j’ai découvert une partie des trafics ou montages financiers sur la drogue, le blanchiment d’argent, le marché occulte du pétrole mis en place par certains quidams, avec l’aval implicite de certaines autorités policières ou gouvernementales.

— Dans cette ville, certains truands font partie du gratin mondain. Les Guérini habitent rue Paradis, la plus bourgeoise des adresses marseillaises. Et ils ne sont pas les seuls.

— Surtout, il a pris le modèle sur le complexe industriel marseillais en formant des chimistes de très haute qualité, en raffinant l’héroïne ici.Notre héroïne est devenue la meilleure au monde, le symbole de l’excellence française.

— À bien y réfléchir, les liens entre le trafic de drogue et les services secrets sont très anciens et bien documentés, en France comme ailleurs. Le trafic d’opium en provenance de l’Indochine a été organisé dans les années 40 par les services secrets pour financer la guerre d’Indochine, et le point d’arrivée en France, c’était Marseille, déjà.

J’ai toujours dit que dans le trafic de drogue ce ne sont pas les revendeurs les plus dangereux ou à blâmer, mais les hauts dirigeants qui ferment les yeux parce qu’ils ont tout à y gagner (argent, notamment). Sans la complicité de certains politiciens ou la responsabilité de l’État, rien ne se fait. La criminalité en col blanc a de beaux jours devant elle.

La French Connection agonise, l’héroïne c’est terminé, place à la cocaïne ! Les membres des Stups français, corrompus jusqu’aux dentiers, ont tous été viré dans la cité phocéenne et remplacés par des parisiens pendant que les truands se déchirent dans leurs luttes intestines pour la prise du pouvoir.

Daquin finit la deuxième bouteille de champagne, puis se décide à parler.
— Je suis ici depuis trois jours, et j’ai l’impression de vivre au milieu de sables mouvants. Un inspecteur de mon équipe me tient par la main, et m’explique où je peux mettre les pieds et où je ne peux pas, à qui je peux parler, et à qui je ne peux pas, et je ne sais pas encore si je peux lui faire confiance ou non. D’après lui, les Stups de Marseille sont aux mains des Américains. Et d’après toi ?
— Oui, la pression américaine sur le gouvernement français est très forte et, aux Stups de Marseille, ils sont omniprésents.
— Pourquoi ?
— Raisons multiples. Pendant vingt ans, l’héroïne française aux États-Unis a été une « success story ». Les Américains pensaient que c’était un excellent sédatif à faire circuler dans les prisons. Quand la jeunesse de la bonne société a commencé à en consommer en quantité, ils ont trouvé cela moins drôle. Et puis les Américains sont foncièrement protectionnistes. Nixon a quelques amis dans la mafia de Floride qui font dans la cocaïne, une drogue produite aux portes des États-Unis. Il a entrepris de leur déblayer le terrain en liquidant l’héroïne française.

L’ambiance du livre est sombre comme du pétrole, les flics pataugent dans l’enquête comme des cormorans englués dans une marée noire, quant à la poudre blanche, elle ne fait plus les beaux jours de la cité de la bouillabaisse. C’est moins belle la vie.

Niveau personnages, j’ai eu un peu de mal avec le commissaire Daquin. Lui qui se décrit, à la fin, comme un prédateur (et le devient), je l’ai trouvé par moment un peu mou. Et puis bon, ses envies perpétuelles de baiser m’ont fait soupirer : c’était assez réducteur le portrait qui est fait de lui dans le roman.

Une enquête minutieuse, des chausses-trappes, des coups foireux, des plantages de couteaux dans le dos, des magouilles, des montages financiers, des complicités politiques, du nettoyage d’argent sale, des exécutions et de l’économie en black.

— Au moins là, on a un règlement de comptes du milieu exécuté dans les règles de l’art, si j’ai bien compris. Pas de minauderies, on y va à l’arme lourde et on mitraille tout ce qu bouge.
— Oui, ils ont soigné la réalisation. Une sorte de chef-d’œuvre de l’artisanat local. Le recors d’Al Capone a établi le jour de la Saint-Valentin ne doit pas être loin d’être battu.
— Au rythme où ils vont, s’ils ne l’ont pas battu aujourd’hui, ils le battront demain.

T’en prend plein ta gueule tout en visitant les années 70 comme jamais (et pas au niveau de la mode ou de la musique) et tu applaudis le coup final.

Ça valait donc la peine de s’accrocher et de passer outre le style d’écriture simpliste et les phrases très courtes car l’enquête est addictive et le livre bien documenté.

On termine la lecture moins bête et avec quelques références en plus sur les milieux des truands (cols blancs ou pas) des années 70.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016

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La Banque : Comment Goldman Sachs dirige le monde : Marc Roche

Titre : La Banque : Comment Goldman Sachs dirige le monde

Auteur : Marc Roche
Édition : Points (2011)

Résumé :

Le culte du secret : voilà ce qui fait la force de Goldman Sachs, la Banque d’affaires la pluspuissante du monde.

Journaliste à Londres, l’auteur met au grand jour les rouages sulfureux de cet empire financier qui peut faire basculer les gouvernements.

OPA brutales, spéculation à outrance, relations secrètes avec de grandes multinationales : cette enquête très documentée livre un récit riche en anecdotes sur de redoutables pratiques.

Critique : 

Comment résumer ce livre et vous parler de ces vautours de Goldman Sachs ? Et encore, « vautours » est insultant envers ces charognards (je parle des oiseaux) qui rendent service, se contentant d’arracher la chair de bête morte et remplissant un rôle d’utilité publique.

Le terme de « tique » serait plus appoprié pour Goldman Sachs (GS)… ça vous pompe de votre vivant… et ce parasite est capable de survivre durant longtemps, en plus.

Pour résumer les types de Goldman Sachs, on pourrait dire que c’est la société qui affrète votre navire, remplit vos soutes, engage l’équipage, finance le voyage, agite son mouchoir sur le quai… tout en sachant que, de l’autre côté, lorsque vous serez en pleine mer, ses propres flibustiers attaqueront votre bâtiment, le pilleront et le couleront.

Le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière (et ses économies, tiens, tant qu’à faire !).

Goldman Sachs, c’est le dieu romain Janus, le dieu aux deux visages : d’un côté, elle aide la Grèce à magouiller sa comptabilité (avec un procédé simple, en fait) et dans son dos, elle spécule sur sa chute. La spéculation provoquant la chute…

Tout le temps, alors qu’elle se dit « au service de son client », elle magouille dans son dos. Le client pourrait claquer la porte, pensez-vous… Que nenni ! Ils sont les meilleurs dans leur job ! Cherchez pas mieux, vous trouverez difficilement. Alors, on tolère que tout en vous servant, ils vous b****** pour ne pas dire qu’ils vous en******.

Responsable de la crise financière de 2008 (les subprimes Abacus, c’est GS), responsable aussi durant la crise de 1929… Je me dis que si elle avait existé en l’an 33, elle aurait conseillé un certain Jésus tout en spéculant sur sa suspension…

Sa force ? Tout le système est gangrené par des anciens de LA banque.

Romano Prodi ? Un ancien de Goldman Sachs.

Mario Monti ? Idem !

Mario Dragi ? Aussi !

LA banque, c’est une pieuvre, elle a des « anciens » partout, surtout à la Maison-Blanche, aux Finances, of course !

Certes, j’étais au courant de certaines choses (j’ai mes sources sérieuses et éclairées), mais pas de tout… je comprend mieux cet ami qui riait en me disant que les gouvernements ne servaient plus à rien puisque le monde était dirigé par des financiers…

Il a raison. Le monde est gouverné par les banques, en particulier GS.

Avez-vous lu « La firme » de John Grisham ? Et bien, en lisant le livre, j’avais l’impression de me retrouver dans le livre de Grisham ! LA banque, c’est un peu « La firme »… en vingt fois pire !

Marc Roche, l’auteur, je le connaissais de par ses articles dans le journal « Le Monde » – La lettre de la City – que je lis toujours avec plaisir.

Pourtant rétive à l’économie, j’ai dévoré ce livre, ingurgitant toute cette masse d’horreurs, apprenant toujours plus sur cette crise qui nous a déjà coûtée bonbon et qui est loin d’être finie. Tout en me disant que, bien qu’excellent journaliste, Roche n’était pas dans LA banque et que, donc, nous ne saurons jamais tout.

Heureusement… Un autre exemple de truc dégueu ?

L’assureur AIG (le plus gros) fut renfloué par les contribuables américains… En fait, le fric injecté à juste servi à payer les créanciers (des banques, dont GS) qui ont touché 100% de leur créance, du jamais vu dans une faillite ! Henry Paulson, Ministre américain des Finances, est un ancien de GS… ceci explique cela.

Lehman Brothers ? Elle aurait pu ne pas se casser la gueule mais GS avait envie de voir couler sa rivale… On a sauvé GS mais pas Lehman.

Sérieusement, elle est responsable de bien des choses, mais ne se sens pas coupable parce qu’elle n’a aucune éthique et que franchir la ligne rouge lui est tout à fait égal.

Ses dirigeants sont imbus de leur personne, se sentent plus haut que tout le monde et bien que ce qu’ils fassent ne soit pas toujours moral, ils s’en moquent. « La spéculation est peut-être amorale, mais ce n’est pas un crime », voilà leur ligne de conduite, de défense.

Les « travailleurs » de LA banque, se sont un peu des moines soldats, parce que on rentre dans LA banque comme on entre en religion.

A la fin du livre, vous aurez droit à l’histoire de GS depuis ses débuts (comment la petite société est devenue cette hydre tentaculaire) ainsi que toute la chronologie de la crise.

Je sors de ma lecture éclairée, mais dégoutée !

Je conseille ce livre à ceux et celles qui veulent en savoir plus sur le système qui a pourri l’économie mondiale, sur la spéculation à gogo qui a fait écrouler le système, sur le fait que GS vendait du vide (ou du vent) avec ses subprimes Abacus (crées par Fabrice Tourre, un français et Jonathan Egol)…

Non, non, je ne chante pas victoire parce que Fabulous Fab est Français. Mon pays qui n’a pas de montagne mais n’est pas tout à fait plat vient d’emprunter pour payer les intérêts de sa dette… Le cercle vicieux.

Nous sommes tous dans la même galère… merci qui ? Merci Goldman !