Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 45 – Émeutes à New York

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (2002)

Résumé :
Quand l’armée manque de bras et que les volontaires ont cessé de se bousculer au portillon pour finir en chair à canon, que reste-t-il pour repeupler les rangs ? La conscription !

Mais un peu partout dans le pays, la révolte gronde face à cette démarche injuste et impopulaire. Afin de ramener le calme, les Bleus sont envoyés en renfort pour superviser les opérations, à New York.

Mais quand les plus riches achètent au détriment des plus pauvres la liberté de ne pas faire la guerre, excédés, les conscrits prennent les armes. Sus aux bourgeois ! Sus à l’armée ! Il est temps pour nos deux amis de changer de camp, s’ils veulent finir cette aventure vivants…

Critique :
Pas besoin d’avoir fait West Point (célèbre académie militaire) pour savoir qu’une guerre est énergivore en argent mais surtout en vies humaines… Dont la matière première : les soldats !

Et les Américains n’ont pas envie d’aller à la souscription, pas envie de faire la guerre, pas envie de mourir et sont en colère contre le système de tirage au sort, surtout par le fait qu’avec 300$, on peut y échapper.

Autrement dit, seuls les riches peuvent échapper au carnage et y faire échapper leurs enfants.

La colère et la révolte gronde… Les gens sont mécontents, haineux…

♫ Il suffira d’une étincelle, D’un rien, d’un geste ♪ Il suffira d’une étincelle […] Allumer le feu ♫ Et faire danser les diables et les dieux […] Se libérer de nos chaînes, Lâcher le lion dans l’arène ♪

Et l’étincelle a eu lieu et le feu a pris. C’est une révolution ? Non, sergent Chesterfield, c’est une révolte… Et vaudrait pas mieux traîner en uniforme de l’armée !

Une fois de plus, le sergent Chesterfield manquera d’intelligence et d’esprit, sans le caporal Blutch, il aurait fini taillé en pièces détachées.

Les cons, ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait et dans cette excellente aventure, Chesterfield sera plus con que con. Heureusement que le caporal Blutch compense et qu’il a de la suite dans les idées, lui.

Beaucoup de tensions dans cet album qui quitte les champs de bataille pour nous plonger dans le New-York de la guerre de Sécession, au moment d’une conscription et qui va nous faire vivre les émeutes de l’intérieur puisque nos deux amis vont se retrouver, sans le vouloir, parmi les émeutiers et obligés de faire pareil pour ne pas se faire repérer.

L’épisode de l’incendie de l’orphelinat Noir, Michael Mention en avait parlé dans « Manhattan Chaos » mais puisque cet album ne concerne que cette émeute là, nous aurons aussi, pêle-mêle,  des exactions contre les Noirs, les journaux, les commerçants, les églises, les bourgeois, bref, tout ce qui peut être rendu responsable de cette guerre puisque les véritables responsables ne sont pas sur place pour se prendre une volée de bois vert.

On ne le dit pas dans l’album, mais ce qui pourrait être pris pour du racisme envers les Noirs n’était en fait que de la peur de perdre son job ou de ne plus en trouver. En effet, de nombreux immigrants voyaient, dans les esclaves Noirs affranchis, des concurrents pour décrocher le peu d’emploi disponible.

De plus, les émeutiers considéraient les Noirs comme les responsables de cette guerre entre le Nord et le Sud, et leur en voulaient aussi pour cette raison.

Anybref, on a des réparties cinglantes, sarcastiques, ironiques et de l’humour, mais moins burlesque que d’habitude, même si, de par son comportement débile, Chesterfield sera l’instigateur de la plupart des gags et se prendra des coups, tel un Vyle Coyote poursuivant le Road Runner.

On rit, mais dans le fond, on a les tripes qui se serrent lorsqu’on voit les journalistes du Times sortir des mitrailleuses Gatling, achetées à l’armée, on a le cœur serré en voyant des commerçants innocents se faire piller et dépouiller, des innocents se faire agresser, violenter…

De l’humour, mais dans le fond, c’est un album assez dur, assez violent et les petits gags qui le parsèment font du bien car cela évite de se trouver face à une aventure à l’atmosphère plombée et lourde suite au comportement des émeutiers qui règlent leur compte avec tout ce qui leur passe sous le nez.

L’intervention de l’armée est aussi un moment fort. Non content d’être englué dans une guerre fratricide, les voilà obligés de tirer sur les leurs, sur des civils qui ont eu le tort de se rebeller contre des décisions injustes, inégales, alors qu’on dit se battre pour l’égalité de tout les citoyens, quelque soit leur couleur de peau.

Être riche a toujours été un truc en plus et cela a toujours permis aux friqués de s’en sortir… Si nous l’étions, nous ne rouspéterions pas.

Un album excellent, de la facture d’un Bull Run, avec un scénario qui ne laisse pas la place aux temps mort et des situations qui, pour une fois, ne se mordent pas la queue en tournant en rond sans savoir dans quelle direction le récit va partir.

— Vous n’allez quand même pas vous mettre à obéir aux ordres du premier imbécile venu !
—  C’est vrai, au début, c’est un peu difficile ! …et puis c’est une question de routine. Regardez, moi, depuis le temps !

Dommage qu’ils ne soient pas tous de cette facture là car on est dans du tout bon.

PS : les émeutes à New-York ont eu lieu du 13 au 16 juillet 1863.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°52 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

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Taqawan : Éric Plamondon

Titre : Taqawan

Auteur : Éric Plamondon
Édition : Livre de Poche Policier (27/02/2019) / Quidam (2018)

Résumé :
« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens Mi’gmaq.

Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort. Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions.

Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Critique :
Des injustices, tout le monde en a vu dans sa vie mais tout le monde n’en a pas subi comme les Femmes, les Juifs, les Noirs, les Amérindiens, les Gitans, les homos, les handicapés, et j’en passe.

Dès qu’il y a des différences, quelles qu’elles soient, dès que l’on veut faire plier des peuples, des personnes, les spolier, les virer, les anéantir, pour toutes les raisons possibles et imaginables puisque lorsqu’on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Les injustices touchent souvent des minorités, mais pas toujours… Dans notre cas à nous, les femmes, cela concerne plus de la moitié de l’Humanité.

Anybref, ici, les injustices touchent les Amérindiens Mi’gmaq à qui l’ont refuse le droit de pêcher le saumon, chose qu’ils pratiquent depuis la nuit des temps, bien avant l’arrivée de l’Homme Blanc, celui qui s’appropria tout le territoire, reléguant les anciens habitants dans des réserves, transformant leurs enfants sauvages en petits civilisés, le tout à coup de trique (dans tous les sens du terme, hélas).

À partir de 1870, pour remercier ces vaillants guerriers, on leur enlève leurs enfants pour les emprisonner dans des pensionnats. À grands coups de bâton le matin, de douches froides le soir et de viols la nuit, les institutions vont faire rentrer l’idée de civilisation dans la tête des sauvages.

Ironie, bien entendu car pour moi, les Sauvages ne sont pas les Amérindiens, même s’ils ne sont pas des anges non plus. Les Sauvages et les Barbares, c’étaient les Blancs qui spolièrent le tout et qui ont vidé la Nature de tout ce qu’elle produit, reprochant ensuite au Mi’gmaq de prendre quelques tonnes de saumons quand les autres en prélèvent des centaine de tonnes.

Pourquoi se serait-il préoccupé des six tonnes annuelles pêchées dans le sud de la Gaspésie par les Indiens alors que les pêcheurs sportifs de l’Est du Canada en sortaient cent fois plus, huit cents tonnes par année, de la Nouvelle-Écosse jusqu’à Terre-Neuve? C’était encore pire au large des côtes. Les bateaux-usines capturaient trois mille tonnes de saumon par saison (et ça, c’était sans compter les centaines de tonnes d’autres poissons rejetés à la mer parce que trop petits ou pas assez rentables).

Ce livre qui tacle méchamment dans les talons d’Achille n’est pas construit de manière linéaire, ni même en alternant le passé et le présent.

Non, il serait même plutôt déconstruit et au départ, ça déstabilise un peu cette manière d’englober des souvenirs du siècle passé, où d’une ère lointaine, avec ceux de maintenant, le tout entrecoupé d’extrait de J.T, de recettes de soupe aux huîtres, de légendes, de publicité pour un motor home, d’histoires sur les saumons ou de règlements légaux, anciens et présents.

Avec des chapitres très courts, le rythme est saccadé, mais tout se tient, tout est englobé dans le grand tout et forme un récit qui, sous ses airs bordélique au départ, donne finalement un récit d’une grande cohésion et empreint d’humanisme mêlé de fourberies humaines.

C’est violent car les tacles sont sous la ceinture mais ça fait toujours du bien de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Il n’est pas normal que les Québécois luttent pour une reconnaissance culturelle et linguistique alors qu’ils la refuse aux Mi’gmaq ! Si moi j’ai droit à ma reconnaissance culturelle, il est normal que les autres y aient droit aussi et que tout comme moi, ils luttent pour la faire reconnaître.

— Alors pourquoi le gouvernement québécois ne veut pas donner aux Indiens ce qu’il demande lui-même au gouvernement canadien? Pourquoi faut-il un droit à la culture et à la langue française au Québec à l’intérieur du Canada mais pas de droit à la culture et à la langue mi’gmaq à l’intérieur du Québec ?

Véritable roman noir ancré dans la réalité, ce récit commence par le conflit qui opposa les indiens Mi’gmaq aux forces de police chargées de récupérer leurs filets de pêche et tournera autour de cette guerre du saumon, d’autres petites histoires venant se greffer tout autour pour donner au récit un impact qui fait mal à la gueule.

Sans verser dans la caricature, l’auteur parvient à déployer devant nos yeux avides des personnages différents, réalistes, véritable condensé de ce que l’on pourrait trouver dans cette région, avec leurs pensées divergentes et leurs beaux discours empreint d’humanité mais où leur courage est absent.

Sans nous forcer dans une direction comme on le ferait avec un animal que l’on veut piéger, l’auteur nous considère assez grands que pour tirer nos propres conclusions avec ce qu’il nous a livré comme faits.

Et pourquoi acheter quand la nature vous fournit tout ce dont vous avez besoin? On leur a donc accroché au cou l’offre et la demande, le profit, le marché. À Restigouche, le seul bien monnayable était le saumon. Alors on les a obligés à vendre le saumon tout en réglementant son commerce. Un marché contrôlé par le pouvoir, une variable d’ajustement. Le saumon, celui qu’il suffisait d’attraper pour vivre, ils devaient désormais le vendre pour survivre.

Il y a dans ces pages quatre personnages qui m’ont éblouis, chacun à sa façon. Océane étant celle qui m’a le plus ému alors qu’elle a peu de dialogues, mais elle n’avait pas besoin de parler pour dégager cette force. Magnifique.

Une lecture qui ne laisse pas indemne.

Mutt sangewite’lm’g moqwa’ wen gesatgit nmu’j negmewei.
Ne fais pas confiance à celui qui n’aime pas son chien.

On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme un saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°19.

Territoires : Olivier Norek [LC avec Stelphique]

Titre : Territoires                                                                            big_4-5

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2014)

Résumé :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93.

Son équipe, de plus en plus soudée, n’aura cependant pas le temps d’en profiter. L’exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu’incompréhensible.

Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Critique : 
Putain, sa mère, c’t’enroule, elle déchire sa race !

Quelle claque ! Le premier opus était déjà costaud et envoyait du lourd, mais celui-ci le surclasse et monte d’un cran dans la qualité du récit.

Monsieur Norek est un récidiviste, chacun de ses romans semble être plus mieux que le précédent, on sent que notre caïd de la littérature va nous péter un train postal s’il continue dans cette voie du grand braquage du lecteur.

Bienvenue dans la zone, l’Aire 93, ouske c’est pas le monde des Bisounours, mec. Trois caïds de la drogue se sont fait descendre dans la cité…

Vous pourriez croire béatement et benoitement que c’est super génial. Et bien non, pauvres fous, vous venez de vous foutre le joint dans l’œil jusqu’au coude.

Les gars, j’ai étudié la compta, l’économie, le business et toutes ses règles du marché, sans oublier les coups bas à la concurrence, mais je ne l’avais pas encore appliqué au business de la Blanche ou de la Brune. Sérieux, là je pense que j’ai une reconversion de job à faire, moi !

Ce qui frappe dans ce roman, ce n’est pas tellement un coup de batte de base-ball, mais le réalisme du récit. On sent le flic sous l’auteur, ça pue le vécu, en plus de puer la corruption à tous les étages.

— Vous savez, j’ai toujours classé les infractions en deux mobiles. L’argent et le sexe. Vous m’avez ouvert l’esprit. Il n’y a jamais qu’un seul mobile, celui du pouvoir.

Oui, nous oublions trop souvent qu’il y a des connections entre les kailleras des citées et les Cols Blancs. Je ne suis pas naïve, du moins, je le pense, je sais qu’un arbre peut cacher une forêt et que si nous savions toute la vérité, nous aurions des sueurs plus que glacées, mais ici, j’en ai eu le palpitant qui a manqué quelques battements.

Sa citation favorite lui revint, comme d’habitude, mais son sens n’eut jamais autant de force :
— Alors on a les mains dans la merde et dans le sang. Jusqu’aux coudes.
— Pourquoi ? Vous imaginiez qu’on peut gouverner innocemment ?

Ce roman, c’est quoi ? Un récit empreint de réalisme, un scénario diabolique où le but du jeu n’est pas de savoir QUI a tué, mais QUI a commandité, ou QUI a posé le couvercle sur une marmite qui bouillonnait déjà et monté la vitesse du gaz.

Une équipe de flics que nous connaissons déjà, mais que nous avons plaisir à retrouver, bien que les suivre soit assez dangereux, surtout dans les citées. Heureusement qu’ils ont de l’humour en plus de leurs armes.

— C’est du chocolat.
— Pardon ?
— C’est pas du sang sur le Scotch, c’est du chocolat.
— Tu déconnes ?
— J’ai deux gosses à la maison qui bouffent comme des bébés dinosaures et qui préfèrent leurs doigts aux fourchettes, alors permets-moi de faire l’experte.

Un Méchant sadique psychopathe qui fout la trouille parce qu’il n’a que 12 ans, un pauvre chat (oui, monsieur Norek, là, je porte plainte), de la came plein les pages, des pneus brûlés et des voitures renversées, des émeutes dans la citée et une personne qui a provoqué l’étincelle pour mettre le feu, sans compter une autre qui arrose de pétrole.

« La violence crée la peur et la peur soumet les hommes ».

Ce roman, c’est aussi de la corruption au plus haut niveau, des magouilles et compagnie et les bonnes vieilles méthodes mafieuses de l’arrosage au flouze, des familles qui crèvent la misère dans les citées parce qu’on ne veut pas que le monde voit cette misère noire aux portes de la capitale.

Un vrai putain de roman noir parce que ça pue la désolation, parce qu’on se fiche de coincer les coupables puisque le problème est bien plus grave qu’une simple résolution de meurtres. J’en suis encore sur le cul… que l’auteur m’a troué.

Assurément, Territoires, il a tout d’un grand. ♫ Si tu m’crois pas hé, j’t’incendie ta bagnole à la récré ♪

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

BILAN - LC réussie - OKCHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Pourquoi je l’ai choisi :
On avait hâte avec Cannibal Lecteur de retrouver l’équipe de Coste, et surtout l’écriture de Norek depuis le coup de cœur du Code 93 !

Synopsis :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé…et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ? Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles – loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire – où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

Les personnages :
Quel plaisir de retrouver cette équipe de flics atypiques!!!! Leurs empathies ressortent plus encore dans cet opus, et déjà qu’on aurait bien aimé boire un coup avec eux sur le toit, là je m’y ferais même un petit pique-nique, histoire de partager encore un peu plus avec eux !!!

Je me demande si Victor n’aurai pas les qualités de Olivier…. Déjà il a les beaux yeux bleus et le sourire, apparemment…..

– Tu sais quoi Victor ? Tu mets une bonne dose de n’importe quoi dans nos vies. Et je t’en suis reconnaissante.

Ce que j’ai ressenti :
Entre adrénaline et réalisme, on peut vraiment affirmer que Mr Norek confirme son talent ! Impossible ou presque de lâcher ses pages. ♫♫ Ça balance pas mal à Paris ♫♫, mais ça vrille à Malceny… Encore une enquête dans le 93, qui cette fois ci nous entraîne sur les chemins de traverse de la drogue et ses conséquences….

Adrénaline…
Ce thriller n’a rien de reposant! On est happé dans cette ville en feu! Les explosions, les menaces et règlements de comptes rythment le roman avec intensité! La peur et l’angoisse nous saisit, l’odeur de pneu en feu nous envahit le nez, l’horreur de certaines scènes nous saisit jusqu’au cœur.

L’escalade de violence est un phénomène récurrent dans ses lieux, mais le voir de l’intérieur, je peux vous dire que ça fait son effet bœuf, bien plus que des images d’un documentaire….

…Réalisme.
Je crois que c’est ce qu’il me plaît le plus dans cet auteur: Sa manière d’écrire ! Il nous éclaire sur les véritables enjeux de la politique et de l’économie souterraine, mais avec un style. Il nous met dans la confidence en tant que lecteur, tout en nous offrant le regard critique et incisif d’un flic qui en vu pas mal.

Chaque phrase sonne juste, chaque situation nous semble réelle, chaque battement de cœur est chèrement gagné pour cette équipe qui risque leurs vies à chaque descente… C’est saisissant de vérités et c’est pour cela que c’est d’autant plus effrayant !!!!

« C’est le drame de nos vies, on consacre nos journées et nos nuits à aider de parfaits étrangers sans être capables de faire attention à ceux qui nous sont proches. »

Le mot qui me vient à l’esprit pour illustrer ce livre c’est : Jeux. Jeux de pouvoir et tour de passe-passe, Jeux de dupes et faux-semblants, Jeux de séduction et sourires carnassiers, Jeux d’argent et sanglantes retombées. Il ne fait pas bon vivre dans ses quartiers, l’auteur nous le confirme une fois de plus, mais on s’aperçoit que les infos brûlantes que l’on en reçoit sont à prendre avec parcimonie. Coté action/réaction on est servi, par contre tout le monde, se passe le dossier Bombe/cité au plus vite pour ne pas s’ébouillanter les doigts ! Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il ne vous reste qu’à ouvrir ces pages pour le découvrir !

La petite douceur de ce thriller énergique, c’est l’humour qui vient se glisser dans ses pages…Juste hilarantes ces petites notes !!!!!!

– Putain, j’ai vu des salopes de toutes les sortes, mais elle, elle fait la synthèse.

– Vous me faites marrer les mecs, les mecs, à croire que vous avez une baguette entre les jambes.
– Fais moi penser à écrire cette phrase sur tee-shirt.

En bref, je laisse le mot de la fin sur les mots de Norek : « Peut être un orage de merde se préparait-il au loin. Mais là, juste là, c’était un chouette moment. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

Territoires : Olivier Norek [LC : Impressions de lecture 3/3]

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Impressions du Cannibal Lecteur (page 1 à 100) : Démarrage sur les chapeaux de roues.
On envoie du lourd, du très lourd dès le départ ! Plongée dans la citée, dans ses problèmes… Les Cols Blancs s’encanaillent avec les kailleras et c’est chaud, très chaud. Bon, j’vous laisse, j’ai un cadavre sur la table qui m’attend…

Impressions de Stelphique (page 1 à 100) : Enchantée !
Trop contente de revoir l’équipe de choc de flic! La réalité nous frappe autant que dans Code 93, si ce n’est plus. S’insinuer dans l’économie souterraine des cités n’est pas sans danger… La drogue fréquente le chocolat (ça c’est un mix d’enfer !!!!!;) ), et Coste et ses acolytes n’ont pas fini d’en voir des vertes et des pas mures…..

Impressions du Cannibal Lecteur (pages 101 à 200) : Chauds les marrons, chauds !
Cette équipe me plait toujours autant que la première fois. Ça pue la corruption pire que si j’avais mis les pieds dans un tas de fumier tout frais. Allez, je vous laisse, j’ai des bagnoles à incendier et des parpaings à lancer…

Impressions de Stelphique (pages 101 à 200) : À feu….
L’incendie démarre dans les quartiers chauds… Entre intrigue voilée et dramatiques retombées, le feu n’est pas près de redescendre! Et nous, on se régale de vivre cela de l’intérieur, tout en restant aux cotés de l’équipe de choc !

Impressions du Cannibal Lecteur (pages 201 à fin) : Captivée !
Plus moyen de m’arrêter. Norek m’a passé les menottes et fichu en garde à vue. Non, je ne ferai pas appel à mon avocat, je suis bien avec l’équipe de l’inspecteur Victor Coste. J’en redemande !

Impressions de Stelphique (pages 201 à fin) : À sang….
Le nœud de vipère se resserre dangereusement et ce n’est pas sans conséquences ! Un final sanglant et de haute voltige très appréciable !!!!!

Hard Revolution : George P. Pelecanos [Derek Strange et Terry Quinn 4]

Titre : Hard Revolution                                                     big_4

Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2006)

Résumé :
Washington D.C., 1959. Derek et Dennis Strange grandissent dans une famille noire qui lutte contre la violence et la misère ambiantes.

Neuf ans plus tard, le premier devient flic, le second, de retour du Vietnam, sombre dans la drogue et la délinquance. Les deux frères vont alors s’entredéchirer dans une ville au bord de l’explosion.

Critique : 
Celui qui cherche un livre rempli  de courses poursuites, de rebondissements à gogo, de suspense trépidant, devra aller chercher son bonheur ailleurs… Bien que je lui conseille fortement de se pencher sur ce roman aussi noir que la peau d’ébène des protagonistes et aussi noir que le coeur de certains ségrégationnistes, car ce livre en vaut vraiment la peine.

Dans cette histoire, l’homme Blanc n’en sortira pas grandi, que du contraire, mais de toute façon, on ne récolte jamais que ce que l’on sème. Et lorsque l’on sème la haine des autres, le mépris, l’arrogance, l’intolérance, le racisme, on sait qu’un jour on récoltera la tempête qui aura poussé dans ce terreau plus que fertile.

Comme toujours, les Blancs méprisent les Noirs et les considèrent comme des moins que rien, alors, à force, un jour, ces derniers risquent de renvoyer l’ascenseur afin de leur retourner leur morgue glaciale.

Mais venons-en au récit… 1959. Nous sommes avec le jeune Derek Strange, un ado qui vit dans un quartier noir de Washington. Quartier Noir qui a tout du ghetto… Malgré tout, la famille de Derek l’entoure, l’aime, et hormis quelques conneries de son âge, il grandit sans tomber dans la délinquance.

À quelques encablures de là, d’autres adolescents poussent aussi, et pas toujours en sagesse. Des Blancs,  pour la plupart (italiens, grecs, irlandais, juifs…). Entre les deux communautés, c’est pas l’amour fou, on se côtoie difficilement et la ségrégation est toujours une réalité…

Le rythme du livre est assez lent. Une grande partie du récit est consacrée à la jeunesse de Derek et de son frère aîné, Dennis, sans oublier la vie du quartier, personnage à part entière, lui aussi, avec ses délinquants, ses gens honnêtes, ses commerçants, ces jeunes blancs-becs qui roulent dans leur grosses bagnoles chromées.

1968… Derek est flic et ce n’est pas évident pour lui de faire son boulot alors qu’il est méprisé par sa communauté. Dennis, son aîné, lui, a mal tourné. Sans travail, il vit de petits trafics et se la joue petit trafiquant.

La force de Pelecanos est de nous captiver avec ses atmosphères, ses petits morceaux de vie de l’Amérique des années 50 et 60, cette part pas très réjouissante de son Histoire.

L’auteur ne jette pas la pierre à l’un ou à l’autre, ses personnages sont travaillés, on passe du temps avec eux, ils expriment leurs pensées et on s’attache à certains.

Oui, bien que « calme », le récit m’a captivé de par son histoire, de par sa force, de par le style d’écriture agréable de l’auteur et grâce à ses personnages bien travaillés.

Juste que, à un moment donné, je me suis dit que le 4ème de couverture était trompeur, car Derek et Dennis, bien que en désaccord, ne se déchiraient pas vraiment (comme annoncé sur la couverture) et que, bien que nous ayons déjà eu deux crimes crapuleux, l’embrasement de la ville ne se produisait pas (annoncé aussi sur le 4ème)…

Mal m’en pris ! À 60 pages de la fin, une balle a tout changé… Un mort et tout s’est déclenché. La ville s’est bel et bien embrasée.

Avec l’imbécilité des gens qui foutent en l’air leur quartier, leurs magasins, pillent les commerçants qui les servaient, leur faisaient crédit, les connaissaient tous par leurs prénoms…

Un livre fort sur une part obscure de l’Amérique qui, en 1968, n’aurait jamais élu un Obama.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le « Challenge US » chez Noctembule.