Sherlock Holmes – Tome 3 – Sherlock Holmes et l’Énigme du Jodhpur : Manunta & Seiter

Titre : Sherlock Holmes – Tome 3 – Sherlock Holmes et l’Énigme du Jodhpur

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Giuseppe Manunta

Édition : Le Verger (02/08/2016)

Résumé :
Port-Saïd, avril 1892. Le paquebot Jodhpur est en route pour Bombay, avec à son bord Irène Adler et Sherlock Holmes, qui retrouve peu à peu la mémoire après les événements de Retrouvailles à Strasbourg.

Le mari d’Irène a disparu aux Indes depuis de longs mois, et le célèbre détective lui a promis de l’aider à le retrouver. Dans le sillage de Sherlock Holmes, le crime et l’aventure ne sont jamais loin…

Critique :
Hop, on quitte Strasbourg pour aller chercher un peu d’exotisme à Bombay, toujours en charmante compagnie puisque Irene Adler voyage avec Sherlock Holmes que tout le monde croit mort dans les chutes.

Depuis le temps, tout le monde devrait savoir qu’il n’y est pas vraiment tombé… Mdr

Anybref, cette fois-ci, c’est Sherlock qui renvoie l’ascenseur à Irene puisque c’était le deal : elle l’aidait pour son enquête à Strasbourg et lui, il l’aiderait pour tenter de résoudre la mystérieuse disparition de son mari, aux Indes.

Non, Sherlock ne se tape pas les Indes pour rapporter du curry à madame Hudson ! Il enquête, messieurs, dames ! Avec Irene Adler, en plus ! Disons-le de suite, elle a des atouts que Watson ne possède pas…

Et bien oui, nos deux petits coquins se font passer pour mari et femme : les Hansson (♫ Mmmbop ♪). Mais je rassure les puritains qui passeraient dans le coin, ils ont réservé une confortable suite de deux cabines !

Damned, ils font chambre à part ! Mais Irene dort avec une jolie nuisette qui ne cache pas grand-chose de son corps. Je dis ça et je dis rien, Holmes n’avouera jamais ce qu’ils font de leurs nuits car c’est un gentleman. Les paris sont ouverts quand à savoir si oui ou non ils… Ou si l’un(e) voudrait et pas l’autre.

— J’ai une question à vous poser. Quelles sont exactement vos relations avec Irene ? Êtes-vous intimes ?
— Vous êtes sérieux ? Vous penser qu’un gentleman va répondre à une telle question ?

Cette fois-ci, le dessin de Sherlock Holmes m’a plu, avec ses cheveux plus court, il fait plus gentleman qu’avec ses cheveux longs et bouclés. Quant aux couleurs, elles sont chatoyantes et c’est un plaisir de les regarder.

Niveau scénario, ce n’est pas un branquignol qui est aux commandes : comme dans le tome 2, il se tient, on poursuit le mystère de la disparition du mari d’Irene aux Indes et on sent qu’on vient de mettre la main dans un nid de vipères avec ces compagnies du chemin de fer qui veulent être les seules à posséder l’affaire, quitte à magouiller en coulisses, ou plus, si possibilités.

— Tenez Irene. Le bijou est pour vous.
— Mais… Mais je ne peux pas accepter. Ce bracelet a bien trop de valeur !
— Pour vous remercier de m’avoir aidé à redevenir Sherlock Holmes et en témoignage du plaisir que me procure votre compagnie.
— Un plaisir partagé, soyez-en assuré, Sherlock !

L’affaire de la disparition de monsieur Norton ne sera pas résolue dans ce tome-ci, mais pas de panique, on ne glandouillera pas car nous aurons aussi une enquête sur un vol avec violence qui a eu lieu sur le bateau et des retrouvailles avec le Méchant de service qui ne rêve que d’une chose : tuer Lucky Luke !

Pardon, je voulais dire « qui ne rêve que d’une chose : tuer Sherlock Holmes ! ». Autant Jo Dalton était hilarant et plus bête que méchant, autant John Clay est un salopard de première.

Les auteurs nous offrent donc un album avec leur version personnelle du Grand Hiatus, version personnelle qui se tient.

Par ailleurs, nous avons droit à un récit où l’on ne s’embête pas, c’est rempli de mystères, de magouilles, de rebondissements, de situations dangereuse, de déductions et moi je dis « Vivement le prochain épisode » !

— Puis-je vous aider ? [Irene Adler]
— Vous le proposez de remplacer Watson ?… Je vous promets d’y réfléchir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Sherlock Holmes – Tome 2 – Retrouvailles à Strasbourg : Manunta & Seiter

Titre : Sherlock Holmes – Tome 2 – Retrouvailles à Strasbourg

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Giuseppe Manunta

Édition : Le Verger (06/10/2014)

Résumé :
Bruxelles, 28 avril 1891. Un télégramme informe Sherlock Holmes que le professeur Moriarty a lancé à ses trousses tous les criminels d’Europe.

Pour brouiller leur piste, le détective entraîne le docteur Watson dans le premier train en partance. C’est celui de Strasbourg.

Ce démarrage est authentique : il est dans le « Dernier problème » de sir Arthur Conan Doyle, qui ne fait passer à ses héros qu’une nuit à Strasbourg, avant de repartir pour la Suisse. Mais quelle nuit !

Critique :
Vous connaissez mes vices et Sherlock Holmes en fait partie ! Comment résister à une autre bande dessinée sur mon détective préféré ? Impossible !

Pourtant, j’avais l’impasse sur cette série, le premier album étant la mise en bédé d’un roman que je n’avais pas fort apprécié.

Éliminons d’entrée de jeu ce qui fâche : je  n’ai pas aimé la représentation physique que Manunta a faite de Sherlock Holmes, lui dessinant des longs cheveux pas coiffés. Par contre, à la fin de cet album, avec les cheveux recoupés, là j’aime bien !

Autre chose qui me fait froncer les sourcils, c’est la couverture qui reprend une scène qui n’existe pas dans l’album car l’homme avec le manteau brun qui tourne le dos ne menacera pas Holmes d’un révolver mais d’un piolet, cela ne se passera pas sur la place de Strasbourg et Irene Adler ne sera pas présente durant l’affrontement de ces deux hommes puisque ce sera aux chutes de Reichenbach.

Mais revenons à tout ce qui m’a plu dans cette bédé qui commence au moment où Holmes a quitté Londres pour Strasbourg, dans « The Final Problem ». Dans le canon holmésien, nos deux amis n’y restaient que le temps d’une nuit, ici, le scénariste reprend cette nuitée à l’hôtel et extrapole de manière convaincante.

Non, que les fans de yaoi se calment, pas de scènes de cul dans la chambre entre les deux hommes, on se calme, ils ne mangent pas de ce pain là, par contre, Holmes va devoir enquêter pour retrouver son ami et il recevra l’aide de LA femme, Irene Adler en personne.

Canoniquement parlant, le scénario se tient, il est plausible, l’enquête et le relevé des indices sont dignes de Sherlock Holmes et sans l’aide d’Irene Adler, il aurait eu plus de mal à s’en sortir.

Les dialogues entre eux sont savoureux, très corrects, et l’amateur de belles courbes aura même droit à la vision d’Irene Adler se déshabillant derrière son paravent, nous faisant l’honneur de nous montrer les courbes de son corps, de ses fesses et d’un morceau de son opulente poitrine…

— Bonsoir, monsieur Sherlock Holmes !
— Vous ?! Vous ici ?
— Je vois que vous vous souvenez de moi.
— Comment aurais-je pu oublier Irene Adler ?
— À vrai dire, depuis que j’ai épousé Godfrey il y a trois ans à Londres, mon nom est Irene Norton. Dois-je vous rappeler, très cher, que vous avez servi de témoin à cette union ?
— Non, rassurez-vous ! Cela non plus, je ne l’ai point oublié !

Mais revenons à des choses moins opulente pour parler du final de l’album qui est réussi, lui aussi, nous offrant une autre vision du duel Moriarty-Holmes qui reste tout aussi plausible que la version racontée par Watson à son agent littéraire Conan Doyle…

Une bédé qu’on lit d’une traite, un scénario sans temps mort, on bouge et on prend énormément de plaisir à suivre Holmes aidé de LA femme, tentant de retrouver ce pauvre Watson, enlevé par les sbires d’un sbire à Moriarty (oui, le petit personnel) et dont on ne sait pas où il est détenu.

Mais pourquoi ne l’avais-je pas acheté plus tôt, cet album ??

— Je… Je ne m’attendais pas à ce que vous m’offriez un portrait de vous.
— Ce n’est pourtant pas la première fois !
— Que !… Que voulez-vous dire ?
— Je fais allusion à une photographie que vous avez demandée à un monarque de notre connaissance, il y a trois ans… Bien que je doute que vous l’ayez apportée dans vos bagages !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

La Rage : Zygmunt Miloszewski

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Titre : La Rage – Tome 3 des enquêtes du Procureur Teodore Szacki

Auteur : Zygmunt Miloszewski
Édition : Fleuve Editions (2016)

Résumé :
Un cadavre brûlé par des armes chimiques est retrouvé sur un chantier polonais. Les résultats de l’autopsie sont stupéfiants… [En dire plus serait non bénéfique].

gniewCritique : ♫ Szacki, c’est fini, et dire que c’était le procureur de mes premiers amours ♫ Szacki, ses enquêtes c’est fini, je ne crois pas que je m’en remettrai un jour ♪

Je vous rassure de suite, je ne me suis pas faite l’intégrale d’Hervé Vilard, juste que je ne sais pas pourquoi sa chanson « Capri c’est fini » est venue à mon esprit lorsque je cherchais le début de ma chronique.

Eh oui, c’est fini car qui dit trilogie dit trois tomes… Ceci était donc le dernier tome des enquêtes de mon procureur polonais préféré : Teodore Szacki.

Je l’avais rencontré il y a quelques années à Varsovie, au prise avec un cadavre dont l’œil  avait embroché par une broche à rôtir (Les Impliqués). Puis, je l’avais suivi à Sandomierz, 4 ans plus tard, muté, divorcé, avec un corps de femme exsangue pour débuter une enquête des plus carabinées (Un fond de vérité).

Quatre ans de plus se sont écoulés dans la vie de mon proc’ préféré et le voici en poste à Olsztyn (la ville aux onze lacs…), habitant juste en face de son lieu de travail avec sa copine et sa fille, devenue une ado un peu chiante et manipulatrice. Normal, c’est  une ado.

Après tout, chaque adolescente est hypersensible sur le plan de son amour-propre et de sa position dans le groupe.

Alors, raconte, comment ça s’est passé cette lecture !

Et bien, mes retrouvailles avec le procureur Teodore Szacki se sont bien passées, il est toujours aussi ronchon, colérique, énervé, cynique, misanthrope, sociopathe et se retient très souvent de balancer les petites vacheries auxquelles il pense, mais dont nous, lecteur, profitons. Bref, je l’adore !

— Vous savez pourquoi j’envoie un misanthrope sociopathe grognon tel que vous chez des gens normaux ? » Elle avait également anticipé sa réponse : « Parce que vous êtes le seul à avoir l’air d’un procureur. »

Parfois, il ne se retient pas et balance le tout brut de décoffrage dans la figure de la personne, ce qui fait du dégât, surtout avec les médias, qu’il déteste cordialement.

— Je n’ai pas pu m’empêcher de t’appeler quand j’ai vu que tu avais été nommé porte-parole du parquet. C’est un peu comme si on demandait à Hannibal Lecter de devenir le chef cuisinier d’un restaurant végétarien.

J’ai ressenti une pointe de nostalgie tout de même en sachant que c’est le dernier tome et que mon Teodore – le Sherlock Holmes des procureur – ne me fera plus vibrer avec ses enquêtes tout en me contant sa Pologne et ses jolis petits travers, ses problèmes, sa bureaucratie de merde et tout le reste.

Elle était la fille du Sherlock Holmes des procureurs, comme elle appelait parfois son père en plaisantant.

De plus, tous ces systèmes étaient curieusement démembrés, incompatibles et disjoints. Si la nature avait été aussi sotte, chaque partie du corps humain aurait eu son propre cœur, son estomac et ses poumons, et il aurait fallu nourrir chaque partie séparément, en enfonçant des morceaux de steak dans les genoux et dans les coudes. On avait de la chance si les différents parquets de districts réussissaient à relier leurs systèmes en un seul au niveau régional, mais parfois, ça restait un vœu pieux. Ce qui signifiait qu’il suffisait à un tueur en série de changer de région à chaque meurtre pour que personne ne relie jamais ses crimes entre eux.

C’est que j’avais apprécié dans les autres tomes : le côté politique.

L’auteur ne se contente pas de nous faire suivre une enquête de type whodunit ! Il nous parle de son pays, de cette Pologne que nous connaissons mal, de sa politique, de sa population, de son administration (de merde), de la Russie toute proche, du passé Prussien, du racisme et de l’antisémitisme de certains.

Ce qui donne au final des romans denses, bien achalandés, Noirs et sans sucre, le tout servi par une écriture qui se dévore, qui se déguste, et qui vous emporte dans de nouvelles contrées (sous le froid et la grisaille, dans ce tome-ci).

De ce côté là, j’ai eu de la chance avec ses romans, je les ai souvent lu au bon moment, atmosphériquement parlant : celui-ci commence un 25 novembre et je l’ai commencé à le lire le 20 novembre (le 1er tome avait été lu en mai et le roman se passait en juin, le second se déroulait en avril et lu en avril), ce qui donne plus de poids aux conditions météo incluses au début de chaque chapitre, avec les événements clés qui ont eu lieu à cette date là.

Le brouillard devait être doté d’une conscience, car il n’enveloppa pas Szacki n’importe comment, mais s’immisça sournoisement sous son manteau, se faufila entre les boutons de sa veste et de sa chemise, pour l’étreindre dans un corset glacial et humide. Un frisson le parcourut, comme s’il avait été soudainement plongé dans de l’eau froide.

En plus de nous donner une atmosphère particulière, l’auteur brosse bien ses personnages, chacun étant unique, bien détaillé, sans devoir en faire trop et chacun peut évoluer à sa manière, nous étonner ou nous décevoir.

Teodore, lui, il reste fidèle à son caractère de cochon, à son côté parfois pas social pour deux balles, à ses exaspérations sur les aménagements routiers de la ville, à ses envies d’étrangler le chef des travaux et son ras-le-bol du chauvinisme de ses habitants.

Il est sexiste, macho et voit souvent les femmes comme la propriété de l’homme (comme beaucoup dans son pays), même s’il essaie de changer sa vision.

C’est rempli d’humour noir et de cynisme, en fait, et j’adore ça !

Falk ne parlait pas beaucoup : lorsqu’on l’interrogeait, il répondait cordialement mais de façon si succincte que chaque syllabe prononcée semblait déduite de son compte en banque.

L’enquête que nous a servie l’auteur était canon, digne d’un final pour notre procureur, c’était une belle enquête, malheureusement, je suis restée avec des questions sans réponse une fois la dernière page tournée.

Dommage, ça casse le coup de cœur assuré car je suis restée dubitative et en proie au syndrome de la dernière page qui vous coupe le cordon un peu trop brutalement.

Malgré tout, je ne regretterai jamais d’avoir lu cet auteur et découvert son procureur, souvent de mauvaise humeur, évoluant dans un pays que j’ai été contente de découvrir, bien loin d’un Guide du Routard et des affiches flamboyantes des agences de voyage. Ici, c’est cru et sans édulcorants et sans colorants artificiels.

La route était épouvantable, étroite, tortueuse et pleine de trous, elle avait probablement plus de morts sur la conscience que Jack l’Éventreur.

♫ Nous ne te lirons plus jamais,
Procureur que j’aimais,
Nous ne te lirons plus jamais,
Ton auteur l’a décidé,
Nous ne te lirons plus jamais,
Ce soir, j’ai beaucoup de peine,
Avec toi nous n’enquêterons plus jamais,
Comme les autres années. ♪
♫ Szacki, c’est fini, et dire que c’était le procureur de mes premiers amours ♫
♫ Szacki, ses enquêtes c’est fini, je ne crois pas que je m’en remettrai un jour ♪
Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix Transfuge du meilleur polar étranger).

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Arrêtez-moi là ! : Iain Levison

Titre : Arrêtez-moi là !

Auteur : Iain Levison
Édition : Liana Lévi (2012)

Résumé :
Charger un passager à l’aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi ? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c’est le début des emmerdes… Tout d’abord la cliente n’a pas assez d’argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d’amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens !).

Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l’une d’elles déverse sur la banquette son trop-plein d’alcool. La corvée de nettoyage s’avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d’une inconnue !).

Après tous ces faux pas, comment s’étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes ? Un dernier conseil: ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer !

arrêtezCritique :
Quand c’est pas ton jour de chance, ben c’est vraiment pas ton jour de chance ! À croire que l’ange gardien de Jeff était en grève sauvage où qu’un mauvais génie avait décidé de lui donner subitement une VDM puissance 1000.

Déjà, notre Jeff, brave chauffeur de taxi a de la chance à l’aéroport : pas de file interminable devant lui et il charge une bonne femme va lui faire réaliser une bonne course.

Il a de la chance, vous allez me dire. Que nenni ! C’est là tout le problème : quand les emmerdes te tombent sur le dos, elles préviennent pas, que du contraire ! Ces salopes te font croire que c’est ton jour de chance et que tu as touché le 5+ au Lotto Belge. Pas le gros lot, mais de quoi souffler un coup.

De plus, les emmerdes, elles sont sournoises et te tombent sur le râble sans vraiment te donner l’impression que tu es dans leur collimateur et que tu vas en baver.

Non, toi, tout content d’avoir gagné du fric, tu ne dis rien parce que la madame a pas assez sur elle pour te payer et qu’elle doit rentrer chez elle.

Pas de problème, tu en profites pour demander si tu peux aller faire la vidange dans ses toilettes et elle et, comble de la malchance, vu que ta maman t’a jamais dit « Touchez pas à ça, petit con », toi, comme un con, tu touches le châssis de la fenêtre et tu y colles l’empreinte de tes doigts pour qu’un Horatio Caine les retrouve plus tard.

Ce roman est un coup de pied dans les coui**** de la police incompétente (pas toujours mais souvent), une critique de la société qui juge vite, même vos amis, vos collègues, des médias qui font de vous un héros ou un coupable et un coup de poignard au système judiciaire américain tout entier qui envoie de temps des innocents dans les prisons ou les couloirs de la mort.

La télévision m’avait donné cette impression, et avec elle des notions irréalistes sur le fonctionnement de la police et de la justice. On devrait afficher une mise en garde sur les postes de télévision, comme on en a sur les paquets de cigarettes: Attention ! Cet appareil nuit à votre vision du réel.

Ces informations [télévisées] fournissent une analyse aussi solide qu’une carte postale de vacances.

S’il y a une chose que j’ai retenue de toute cette histoire, c’est que la télé ne donne pas une image fidèle de quoi que ce soit qui touche à l’application de la loi.

Vous pourriez transformer mère Térésa en gangster de South Dallas si vous l’habilliez en survêtement de l’administration pénitentiaire du Texas avec ceinture de cuir et chaines. Impossible de paraître innocent dans cet attirail. Si vous souriez, vous avez l’air diabolique. Si vous froncez les sourcils, vous avez l’air d’un pervers. Si vos épaules sont affaissées vous ressemblez à un pédophile dégénéré, si vous tenez la tête droite, à un chef de gang.

Se basant sur deux faits mineurs : les empreintes sur la fenêtre et son taxi lavé à la vapeur suite au retour de marchandises qu’une des filles ivres fit dans son taxi, les flics, peu habitués à des homicides, l’arrêtent et le déclarent coupable. Nos policiers ont fait en sorte que les faits collent avec leur théorie capillotractée.

Jeff est coupable épicétou. Et pour mieux enfoncer le clou, on va même inventer des témoins. On est loin du fait qu’on est présumé innocent jusqu’à ce que notre culpabilité soit prouvée.

Ils peuvent toujours s’époumoner à dire qu’un individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas vraiment comme ça que fonctionne l’esprit humain, je me trompe ?

Tu n’es pas innocent jusqu’à ce qu’il soit prouvé que tu es coupable, ça marche dans l’autre sens. Il faut prouver que tu es innocent. S’il y a un doute sur ton innocence, qu’est ce que les jurés ont à gagner en te laissant libre ? Ce n’est pas un problème pour eux si tu passes le reste de ta vie en prison pour quelque chose que tu n’as pas fait. Quand ils retournent à leur poste dans un bureau quelconque, il leur suffit d’être à peu près sûrs d’avoir éloigné un mauvais sujet.

Que voilà un roman qui frappe là où ça fait le plus mal, le tout avec une plume cynique et aiguisée qui se transforme en coup de projecteur sur la pourriture du système judiciaire tout entier, que ce soit les avocats, les juges, les magistrats…

Quand il s’agit de toucher de l’argent, nous avons tous de grands avocats. La crème de la crème de la profession se dévoue pour nous aider à encaisser les indemnités que l’on verse aux victimes d’erreurs judiciaires. Mais si nous avions rencontré ces grands avocats un peu plus tôt, il n’y aurait pas eu d’erreur judiciaire.

On aimerait hurler à l’injustice avec notre Jeff mais on ne peut qu’y assister, impuissant devant tant d’imbécilité, d’amateurisme ou de volonté de dire qu’on a trouvé le coupable et que si c’est pas lui, tant pis, la populace à son coupable, elle dormira en paix.

Ils n’ont jamais vraiment cherché à arrêter le véritable coupable… ils voulaient quelqu’un susceptible de l’être et qui n’avait ni les ressources ni la famille pour faire des histoires. Quelqu’un pour empêcher les médias, les parents de la victime et les résidents de Westboro de leur reprocher de ne pas avoir fait leur travail. Ç’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un.

Et puis, une fois le processus enclenché, difficile de dire ensuite qu’on a arrêté un innocent, alors, on s’enfonce de plus en plus dans l’absurdité.

Une fois terminé, on a envie de chérir cette liberté que nous avons, de savourer notre café et de nous délecter de notre bête tartine parce que si nous étions victime d’une telle erreur commise sciemment, nous perdrions le goût du pain, les prisons n’étant pas réputée pour leurs menus.

Comment apprécier de pouvoir vivre sa vie quand on n’a jamais connu que la liberté ?

Une lecture prenante, lourde, donnant l’impression que la lumière ne va jamais se rallumer. Et dire qu’il ne reste même plus l’espoir quand noir c’est noir.

Ce ne sont pas l’ennui, l’injustice et l’absence de raison d’être qui tuent. C’est l’espoir. L’espoir est un poison. L’espoir vous brûlera de l’intérieur. L’espoir est un verre de soude caustique.

Parce que même si un jour on reconnaît que vous étiez bien innocent, tout compte fait, le mal est fait, on ne le répare jamais et vous, après avoir vécu en prison, en sortant, vous ne serez jamais plus le même.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US » chez Noctembule.

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Ce qui n’est pas écrit : Rafael Reig

 

Ce qui nest pas ecrit - Reig

Titre : Ce qui n’est pas écrit

Auteur : Rafael Reig
Édition : Métailié (2014)

Résumé :
Carlos emmène son fils Jorge en montagne pour un week-end entre hommes, c’est sa mère qui l’élève et il le voit très peu. Il le trouve étrange, trop rond, trop bébé pour ses quatorze ans, bref il est déçu par cet ado renfermé et maladroit dont il veut faire un homme, un vrai.

Mais dès le début de la balade c’est Carlos qui découvre ses limites physiques et son incapacité à communiquer avec son enfant. Le séjour s’annonce difficile, surtout qu’au chalet les attend la nouvelle petite amie de Carlos, qu’il ne l’a pas dit à son fils et qu’elle n’est pas un modèle de discrétion.

Carmen restée en ville tombe sur un manuscrit laissé chez elle par Carlos, un polar scabreux et terriblement efficace ; peu à peu elle y voit de drôles de ressemblances avec la réalité, des prémonitions macabres, des menaces à peine voilées contre elle ou contre son fils.

L’angoisse monte, les sous-entendus se multiplient. Elle tente d’appeler Jorge, mais Carlos a confisqué son téléphone. Désespéré et humilié le garçon s’enfuit dans la forêt et disparaît…

ce-qui-n-est-pas-ecrit-616277-250-400Critique :
C’est laborieusement que je viens de terminer ce roman dont on me promettait pourtant beaucoup et qui au final me fera penser à la montagne qui accouche d’une souris !

Voyez plutôt l’accroche qui a réussi à m’avoir : « On ne lâche plus ce roman parfaitement noir où tout le monde, lecteur inclus, s’échine à lire entre les lignes ce qui n’est pas écrit, et s’imagine le pire ». Tu parles, Charles !

Non seulement j’ai failli le lâcher plusieurs fois, mais je cherche encore dans les pages le côté roman noir (hormis le contexte social du roman dans le roman, je n’en vois pas d’autre) ainsi que le « Thriller psychologique », la nature inquiétante, la trame de film d’horreur habilement construite et le fait que ce texte confirme la virtuosité stylistique et l’inventivité narrative de son auteur.

Va ma falloir un Patrick Sabatier pour un Perdu de recherche parce que j’ai beau retourner l’affaire, j’ai pas eu peur, même pas ressentit le souffle de la nature inquiétante, ni d’angoisses, juste des soupirs à fendre l’âme que j’ai poussé durant ma lecture.

Balançons directement sur le fait que je n’ai ressenti aucune empathie pour les protagonistes, que ce soit Carmen, la mère (qui est une femme pratique dans tout ce qu’elle fait et c’est horripilant !).

Carlos, son ex-mari, alcoolo, petit prolétaire qui pense en dichotomie sur les femmes (la pute et la princesse), qui veut faire de son fils un homme, un vrai, qui le traite de « nouille » sans arrêt (son mot préféré) et qui le jalouse parce que son gamin de 14 ans en a une plus grande que lui !

Il pouvait à peine croire ça. Son fils, son propre fils, en avait une plus grande que lui. Elle était d’une taille si considérable que Carlos se sentit humilié, victime d’une trahison.

Comme d’habitude : soit la pute, soit la princesse. Pour ne pas voir les femmes, Carlos les dégradait ou les idéalisait. Soit il était la victime de l’inaccessible et hautaine princesse, soit il devenait le maquereau de la misérable pute.

Quand à leur gamin, Jorge, il est pleurnichard, chouineur, un vrai pisseur, et on ne sait pas trop de quel côté il oscille, ni vraiment ce qu’il veut, en fait. Ils auraient mieux fait de ne pas se reproduire ces deux là !

Oh, j’oubliais, il y a aussi Yolanda, l’ex-petite amie de Carlos qui est redevenue sa nouvelle copine après le divorce.

Comme si ça ne suffisait pas, nous avons aussi un roman choral mal foutu ! J’aime le roman choral, mais là, on est dans le bas du classement des pires romans que j’ai pu lire.

Le must du pire, c’est sans conteste le roman écrit par Carlos et qu’il a déposé sur la chaise de son ex-femme avant d’emmener le rejeton en week-end camping dans la forêt. Là, on touche le fond, la lie, la raclure de bidet niveau écriture.

Vous me direz que c’est Carlos qui a écrit cette daube, il n’a rien d’un Cervantes, on le sait, mais ça devient pénible de lire ce torchon rempli de vulgarité, de sexe sale, de pensées débiles de son alter-ego littéraire, Antonio Riquelme. Alter ego qui, tout comme lui, traite tout le monde de nouille, ce qui fait cloche dans la bouche d’un petit truand.

Chez les quatre autres, le membre masculin de la copulation et dernier tronçon de l’appareil urinaire était d’une taille supérieure à celui de Toni Riquelme. De quoi faire chier.

Alors la fin, là, j’ai eu l’impression qu’il me manquait des pages parce que cela se termine abruptement, sans que l’on en sache plus sur ce qu’il va advenir des personnages principaux et du pourquoi du comment tout cela en est arrivé là.

C’était lourd, laborieux, ennuyant. Les personnages sont plus plat qu’une feuille de cigarette et rempli de frustrations qu’à la fin, cela en devient limite risible tant c’est poussé, leur côté frustré de tout.

Quand aux passages de sexe assez cru, on se demande bien ce qu’ils apportent au roman, hormis le couler un peu plus et l’entrainer encore plus vers le fond, vers les abysses, là où on n’arrive plus à sortir.

Pauvre, pauvre Carlos, se dit-elle, pauvre incapable d’aimer, parce que tu es incapable de t’aimer toi-même. Il était là, maintenant par écrit, dans son roman, en train de donner une gifle à la princesse et d’affirmer en même temps que ce qui l’unissait à la pute, c’était un amour pur, qu’ils s’aimaient à travers une humiliation réciproque.

C’est poisseux et indigeste, ce roman qui n’a rien à voir avec la publicité qu’on lui faisait. Sauf si l’encart concernait un autre livre…

Je recommande ce roman dans le cas où vous auriez une armoire bancale, ou bien à offrir à votre meilleure amie avec laquelle vous auriez une vengeance à solder.

étoile 1

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Le mois Espagnol » chez Sharon.

Mois espagnol

Surtensions : Olivier Norek

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Titre : Surtensions

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2016)

Résumé :
Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ?

De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ?

Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…

brigade_anti_criminalite_la_clauCritique : 
J’avais déjà un œuf à peler avec Monsieur Norek, suite à un micro-ondes utilisé de manière sadique dans « Territoires ».

Maintenant, j’en aurai tout un carton à peler suite à la conséquence désastreuse qu’a eu une vengeance…

Sadique comme il est, l’auteur annonçait déjà une partie de la couleur dans l’intro. Et moi, maso, j’ai quand même osé le lire.

« Code 93 » était trèèès bon, « Territoires » était super trèèèès bon de la mort qui tue, c’est donc avec une certains appréhension et le cœur tremblant que j’ai ouvert cette 3ème aventure de Victor Coste.

Pourquoi cette angoisse ? Parce qu’il aurait été très difficile de faire aussi fort que Territoires et que j’avais peur de me trouver face au roman qui annoncerait le chant du cygne.

L’auteur est un petit démon… Plutôt que de tenter de faire mieux ou égal à son précédent opus, il a fait « différent ».

« J’ai changé » comme le disait un p’tit gars à talonnettes. Ici, c’est vrai, le roman est différent de ses deux prédécesseurs.

— Parce que c’est un coup parfait, confirma Coste. Profitez-en, c’est assez rare de se faire aussi bien baiser.

Exit le personnage principal qu’était la Cité, la banlieue et ses habitants seront un peu mis en retrait et welcome à la prison de Marveil qui nous donnera le « la » en intro. C’est du costaud.

Ensuite, une enquête concernant un enlèvement et une autre sur un braquage et nous plongerons au cœur de notre équipe de la brigade criminelle du 93, nous permettant de passer plus de temps avec eux, pour mon plus grand plaisir.

— Une ado qui n’utilise pas son portable pendant quatre-vingt-seize heures, j’aurais tendance à vérifier son pouls, fit remarquer Johanna.

Les enquêtes sont prenantes, on passe des deux côté de la loi niveau narration : enquêteurs et braqueurs, ce qui donne du peps à l’histoire et sa dose d’adrénaline.

La plume m’a, une fois de plus, enchantée et elle griffe toujours autant en disant, noir sur blanc, des vérités que l’on a tendance à oublier, hélas.

Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.

Certains pourraient trouver que tout se goupille facilement, mais moi, j’aime quand des bandits ou des assassins tombent à cause d’un grain de sable qui est venu se nicher dans leur mécanique parfaitement huilée ou d’une bêtise faite par un membre de leur entourage. Là, je jouis.

Une fois de plus, l’auteur nous propose une histoire réaliste, sans tests ADN réalisés pour chaque quart de poil de mollet de fourmi trouvé, sans profilage réalisé à l’aide d’une brosse à dent ou de photos de mauvaise qualité qui, une fois agrandie, vous font découvrir une image dans la rétine du gars.

Non, ici, on sent la réalité à plein nez, on sent l’ombre des tours de la Cité, même si elle est moins présente que dans les deux précédents tomes, mais on bouffera le fait que les gens riches peuvent aussi jouer aux salauds finis. On a tendance à l’oublier ou à moins leur en vouloir qu’à la racaille.

Et puis, cette toile d’araignée qu’il est parvenu à tisser dans les pages de son récit… Et ces personnages, travaillés, ni tout bon, ni tout méchant, oscillant dans des nuances de gris, avec leur force, leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs codes d’honneur…

Sans compter, cerise sur le gâteau, ces touches d’humour qui parsèment le roman, des émotions à l’état brut (j’ai failli lâcher le roman plusieurs fois), du suspense, de l’adrénaline, de réalisme (je l’ai déjà dit ?) et quelques petits clins d’œil à d’autres auteurs, avec des noms de rues ou un rôle de brute épaisse.

— Il est tombé une fois avec ce play-boy, un certain Michaël Mention, alias Rhinocéros.

Excellent, mais un cran sous Territoires et puis, beaucoup de chagrin en tournant la dernière page… C’est fini ? Passez-moi des kleenex, merci !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Le Point du polar européen 2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Corrosion : Jon Bassoff

Titre : Corrosion

Auteur : Jon Bassoff
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac.

L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat.

Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte.

Critique : 
Qui a éteint la lumière ? Parce que ce roman est noir de chez noir. Il n’y a d’ailleurs personne à sauver dans ses pages.

Si la corrosion désigne l’altération d’un matériau par réaction chimique avec un oxydant, ici, il est question que de corrosion de l’âme des gens, de leur cœur, de leur esprit.

Et quand la corrosion lente commence, on ne l’arrête plus.

Le début nous présente Joseph Downs, un vétéran d’Irak, le visage mutilé par la guerre… Mais il n’a pas que ça de mutilé, son âme aussi l’est.

Dans cette histoire, tout n’est que noirceur, crasses, ténèbres et j’en passe. C’est noir de chez noir et même pas un petit peu blanc.

J’ai eu un peu de mal au début, avec la narration inhabituelle des dialogues : pas de tirets cadratins, pas d’ouverture de guillemets mais des dialogues plaqués sans rien sur la feuille, au milieu des autres phrases.

Le deuxième récit est encore plus noir que le premier (j’aurais pas cru ça possible) et la corrosion de l’âme de Benton Faulks se réalisera sous nos yeux horrifiés, pétrifiés, avant que le récit ne revienne ensuite dans sa troisième partie sur Joseph Downs.

C’est à ce moment là que l’ultime corrosion sera atteinte. Comme quoi, c’est toujours possible de faire pire que le précédent.

Un roman noir de chez noir mais qui ne m’a pas fait battre le cœur. J’ai frémi, j’ai été horrifiée mais pas conquise à cent pour sang.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

Étoile 3,5

Nosfera2 : Joe Hill

Titre : Nosfera2                                                                               big_4

Auteur : Joe Hill
Édition : J.-C. Lattès (2014)

Résumé :
Il suffit que Victoria monte sur son vélo et passe sur le vieux pont derrière chez elle pour ressortir là où elle le souhaite. Elle sait que personne ne la croira. Elle-même n’est pas vraiment sûre de comprendre ce qui lui arrive.

Charles possède lui aussi un don particulier. Il aime emmener des enfants dans sa Rolls-Royce de 1938. Un véhicule immatriculé NOSFERA2.

Grâce à cette voiture, Charles et ses innocentes victimes échappent à la réalité et parcourent les routes cachées qui mènent à un étonnant parc d’attractions appelé Christmasland, où l’on fête Noël tous les jours ; la tristesse hors la loi mais à quel prix…

Victoria et Charles vont finir par se confronter. Les mondes dans lesquels ils s’affrontent sont peuplés d’images qui semblent sortir de nos plus terribles cauchemars.

Critique : 
Le Fils vaut-il le Père ? Le Père a-t-il passé au Fils une partie de son talent de conteur ? Le Saint-Esprit créatif du King est-il aussi présent chez le Fils ?

Tel Saint-Thomas, par un beau matin, je voulais aussi voir de mes yeux lus que le Fils avait profité de l’Encre Merveilleuse, le Saint-Graal du Père.

Sûr que je ne ferai pas comme Pierre en reniant le Fils avant le chant du nosferatu, le soir au fond d’une Rolls !

En vérité je vous le dis, le Fils a exhaussé mes vœux en m’offrant une lecture aussi jouissive qu’un Châteauneuf-du-pape grand cru. Alléluia !

Des personnages bien travaillés, forts, pouvant changer de caractère en prenant de l’âge ou au fil des pages, selon les épreuves qu’ils ou elles auront traversé.

Un scénario recherché et plus qu’intéressant car nous sommes à cent lieues d’une banale histoire de vampire suceur de sang. Ici, c’est bien pire qu’un Dracula, plus glaçant, plus terrifiant. Du fantastique comme je l’aime.

La plume du King Jr a roulé sur le papier aussi bien que le vélo Raleigh de Vic lorsqu’elle s’élançait, debout sur les pédales, dans le pont couvert (ceux qui l’ont lu comprendront, les autres imagineront) et tout le récit a carburé aussi bien que les pistons de la vieille Rolls de Charlie Manx.

On ne s’embête pas durant la lecture, les moments plus calmes seront entrecoupés de quelques essorage de la poignée de gaz de la Triumph parce que de temps en temps, faut envoyer du plus lourd lorsqu’on chevauche une moto. Ce sera 620 pages qui fileront à la vitesse du vent.

Du suspense, de l’angoisse et une visite glaçante dans les allées du parc de Christmasland qui m’a collé des sueurs froides, le Fils jouant, comme son Père, avec nos peurs primales et enfantines.

Tous les feux de l’enfer seraient encore trop cléments envers un homme, ou une femme, qui torture ses propres enfants.

Sans oublier un Méchant réussi, aidé d’un acolyte aussi sadique que bête et qui n’arrête pas de causer. Vous n’aimeriez pas que ces deux là vous prennent en stop ou que Charlie vous emmène dans son extrospection personnelle. Les introspection de Sherlock Holmes ne fichent pas la trouille, elles.

— Si je n’ai pas très faim, c’est sans doute parce que tes bavardages incessants m’ont plus que rassasié. Un sacret paquet de calories inutiles.

Mes bien chers Frères, mes biens chères Soeurs, Lisez-le tous ! Lisez le NOS-PÈRE-À-TOUS du Fils car, par l’entremise de sa tante Artémise (*), vous boirez l’encre du Père. Et si y’a le téléphon qui son, vaut mieux pas y répondre ici ! Ceux qui l’ont lu comprendront…

Ainsi soit-il pour le roman de Joe Hill…Le Père a bien eu un Fils. Ite missa est.

(*) Référence à la chanson de Nino Ferrer « Le Telefon »

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

La collection : Paul Cleave

Titre : La collection [NUM]                                                             big_3-5

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2014)

Résumé :
Des gens disparaissent à Christchurch. C’est d’abord Cooper Riley, un professeur de psychologie criminelle distingué. Puis une de ses étudiantes, Emma Green.

Le père de celle-ci appelle à l’aide Theodore Tate, un ancien flic, qui vient juste de sortir de prison, où il purgeait une peine pour avoir renversé Emma alors qu’il était ivre au volant.

Mû par un intense sentiment de culpabilité, Tate recommence donc à arpenter les rues brûlantes de la ville, conscient que chaque heure qui passe voit se réduire les chances de retrouver Emma vivante.

Bientôt, ses pas le mènent vers l’ancien hôpital psychiatrique de Christchurch, Grover Hills, un établissement au sombre passé.

Il va alors être amené à affronter deux personnages pour le moins inquiétants. Melissa X, une tueuse en série dont la police, qui possède ses empreintes, son ADN et sa photo, n’est pourtant jamais parvenue à déceler la véritable identité. Et un mystérieux individu, amateur de serial killers au point de les collectionner…

Petit Plus : Avec « La Collection », Paul Cleave inscrit un nouveau chapitre magistral à sa grinçante « comédie humaine » et nous ouvre un peu plus grand la porte de sa petite boutique des horreurs.

Une fois encore, l’auteur d’ Un employé modèle se surpasse pour explorer les recoins les plus sombres de l’âme humaine dans un thriller addictif à l’humour très noir !

POLAR - asile-hopital-abandonné-15Critique : 
Dire que j’ai failli abandonner ma lecture avant la page 50… Heureusement, j’ai persévéré et mon entêtement s’est révélé payant.

Ce qui a failli causer l’abandon, c’est cette foutue narration au présent que je déteste plus que tout, additionné du personnage de l’ex-inspecteur Theodore Tate que je n’apprécie pas vraiment.

Pourquoi ais-je donc continué à lire ce roman qui me faisait soupirer ? Pour deux choses.

Je commencerai par la seconde, si vous le permettez : je n’avais pas envie de rester sur deux mauvaises impressions consécutives alors que le premier roman que j’avais lu de Paul Cleave m’avait emballé (Un employé modèle).

Et la première des raisons qui a fait que je me suis accrochée, c’est à cause du récit d’Adrian (faites taire le Rocky en vous !) qui se trouve en alternance avec celui de Tate.

Adrian est personnage qui m’a touché, un personnage complexe qui m’a ému et dont je voulais absolument suivre le récit.

Adrian a les fils qui se touchent, dans sa tête. Ses cases ne sont pas dans le bon ordre… de ce fait, il en a bavé dès son plus jeune âge, lorsqu’il était à l’école. Vous savez, tout comme moi, que les enfants ne sont pas des tendres avec ceux qui n’ont pas toutes leurs frites dans le cornet.

Son récit est poignant et on a beau savoir qu’il est devenu un homme que l’on aurait peur de croiser, on ne peut pas s’empêcher de ressentir de l’empathie pour lui. Comment est-ce possible ? Et bien c’est simple : si les autres – enfants et adultes – ne l’avaient pas brimé, rejeté, abaissé, violenté et toussa toussa, nous n’en serions pas là !

Malgré un début laborieux, je suis entrée dans le récit et je me suis laissée emporter par toutes les péripéties d’Adrian, de Tate, de Cooper, d’Emma et j’ai apprécié la complexité de l’intrigue. Tout à l’air simple, mais dans le fond, ça ne l’est pas et je salue l’auteur pour certaines choses (no spoiler !!).

L’ex-inspecteur Tate est toujours à baffer, il est têtu comme une bourrique, ne se rend pas toujours compte qu’il fait beaucoup de dégâts chez les autres au cours de ses enquêtes, on ne sera jamais copains tous les deux, mais je dois reconnaître que sans son acharnement, les flics seraient toujours à tourner comme des chiens après leurs queues.

Si Nécrologie se déroulait sous une pluie battante, La Collection vous rôtira la peau car nous sommes sous un soleil cuisant ! Pas évident de lire ça alors que dehors il fait froid et humide…

Mélangeant les récits avec des « je » pour Tate et des « il » pour les autres personnages, cela permet de jouer beaucoup plus avec les pensées de notre enquêteur ex-policier tout en conservant des choses cachées pour les autres personnages.

Lors de notre passage au Grove (vous saurez ce que c’est en le lisant), les huis-clos sont plus tendus que le string d’une prostituée arpentant les trottoirs de Christchurch et je dois avouer que j’ai fermé les yeux lors d’un certain passage assez… heu… violent !

L’écriture est assez simple, sans chichis, mais sans concession avec la ville de Christchurch ou notre société. L’humour est grinçant, noir et ça, j’adore.

« Il y a dix ans, il y avait des règles : si une information n’était pas avérée, les journaux se montraient réticents à la publier. Les temps ont changé. Internet s’impose comme le média dominant, les chaînes d’information tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la concurrence est plus féroce que jamais, et les journalistes n’ont plus le temps de vérifier leurs sources.L’important n’est plus d’informer les gens de ce qui se passe, mais de définir les programmes et de gagner de l’argent, car l’argent importe plus que le bien et le mal ».

« Je me dirige vers le petit office de tourisme. Une femme sérieusement obèse, qui n’a pas conscience que porter un débardeur moulant dans son état est un crime contre l’humanité, m’indique où trouver Jesse Cartman ».

Du suspense, une toile d’araignée gigantesque, et un thriller qui sait ne pas suivre les codes. Idem en ce qui concerne les serial-killer : l’auteur ne brasse jamais deux fois la même chose.

Au moins, ce roman m’a réconcilié avec l’auteur qui m’avait un peu déçu lors de ma lecture de « Nécrologie ».

Là, c’est comme avec les Panzani : « Il m’épate, il m’épate ».

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)

W3 – Le sourire des pendus : Jérôme Camut & Nathalie Hug

Titre : W3 : Le sourire des pendus                               big_4

Auteurs : Jérôme Camut & Nathalie Hug
Édition : Télémaque (2013) / LP (2014)

Résumé :
Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute…

Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.

Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire.

Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ?

Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

Critique : 
880 pages avalées en trois jours… C’est ce qu’on peut appeler un thriller addictif !

Je devrais arrêter de lire les quatrièmes de couverture, où ils en disent trop, où ils magouillent la vérité ou alors, ils sont réducteurs et synthétisent un peu trop le roman…

Bref, après avoir lu le résumé, je m’attendais à une certaine ligne de conduite mais les auteurs – petits sadiques – m’ont emmenés sur un tout autre chemin.

Chemin tellement inattendu (et non indiqué sur le quatrième) que je me suis même inquiétée devant certaines tournures de l’affaire, me demandant comment ils allaient rebondir…

Le récit, c’est comme une balle magique, ça démarre fort, ça part dans tous les sens, rebondit partout, vous met les nerfs à vifs et vous laisse pantelante.

La profusion des personnages auraient pu être un frein, mais vu qu’ils étaient tous bien décrits et travaillés, impossible de faire un amalgame ou de les confondre.

Même s’ils frôlent parfois la caricature et que le ton se fait parfois léger dans les dialogues, il n’en reste pas moins que toute cette palette d’acteurs sont à leur place et nous divertissent parfaitement.

« Quarante ans de cotisation et trois jours de retraite ! Si tous les contribuables pouvaient avoir ce sens civique, les problèmes de dettes disparaitraient en six mois ! »

Certains sont attachants, intrigants, d’autres sont carrément bizarres, telle Sookie Castel, la policière qui met tout le monde dans des boites.

Elle, c’est un pitt bull, quand elle tient un morceau d’os, elle ne lâche rien. Quant à son père, c’est un sacré lascar lui aussi.

Tout ce petit monde est travaillé, chacun en profondeur, n’étant ni jamais tout à fait blanc, ni tout à fait noir, possédant leurs qualités, leurs défauts, leurs points fort ou faible, faisant des erreurs, des folies… Et vu que les auteurs sont des sadiques, ils ont bien brouillés leurs pistes avec les personnages.

Du rythme, de l’action, du suspense, des personnages multiples et bien distincts, des rebondissements, de l’amitié et des souffrances… voilà le programme, en gros, de ce thriller qui ne m’a pas lâché.

Sans oublier quelques réflexions sur les institutions françaises (qui n’ont rien à envier aux belges), sur les médias qui sont prêtes à jouer aux vautours afin d’avoir le scoop les premiers, sur les magouilles en arrière-plan, les copinages dans les mairies et les dépravations de certaines personnes.

« … souviens-toi que dans le monde, plus de 40 millions de gosses sont prostitués, et calcule le nombre de cinglés de clients que ça fait ! L’offre et la demande, tu connais, non ? »

La République est une couille molle et les Français lui cirent la couenne.

C’est un pays de merde, habité par une nation de merde qui a les politiques et les médias qu’elle mérite !

J’ai bien fait d’attendre avant de le lire, ainsi, je ne devrai pas attendre trop longtemps pour le volet suivant.

Comme au resto, c’est en trois plats. L’entrée était copieuse et je me suis régalée. Vivement le plat principal et le dessert s’ils sont du même acabit.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015),  Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix des lecteurs 2014 dans la catégorie Polar) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) BIBLIO - Pedigree PAL