Les dossiers Cthulhu – Tome 3 – Sherlock Holmes et les démons marins du Sussex : James Lovegrove

Titre : Les dossiers Cthulhu – Tome 3 – Sherlock Holmes et les démons marins du Sussex

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne (12/02/2020)
Édition Originale : The Cthulhu Casebooks – Sherlock Holmes and the Sussex Sea-Devils (2018)
Traduction : Arnaud Demaegd

Résumé :
utomne 1910. Voici longtemps que Sherlock Holmes et le docteur John Watson combattent R’luhlloig, l’Esprit Caché lié au professeur James Moriarty.

L’Europe glisse inexorablement vers la guerre, et un autre conflit, d’ampleur cosmique, approche de son point culminant ; en une seule nuit, les membres les plus éminents du Club Diogène connaissent une mort atroce, apparemment de leur propre main. Holmes soupçonne un espion allemand qui travaille pour R’luhlloig…

Retranché sur la côte anglaise, le duo est confronté à une nouvelle menace. Trois femmes ont disparu de la ville voisine de Newford.

D’après la légende, d’étranges créatures amphibies, habitant une cité bâtie au fond de l’eau, viennent sur la terre ferme tous les deux ou trois siècles chercher de nouvelles proies.

Le décor est planté pour l’ultime bataille qui verra s’opposer Sherlock Holmes et John Watson aux démons marins du Sussex, et peut-être à Cthulhu lui-même…

Critique :
Aah, le Sussex, rien que le nom de la région invite à des pensées grivoises…

Et Sherlock Holmes a pris sa retraite dans le Susse Sexe ! Il nous avait bien caché son jeu, le coquin…

Trêve de rigolade grivoise.

Certaines trilogies se bonifient au fil des tomes. Si le tome 1 m’avait moyennement emballé au niveau du méchant qui expliquait tout, j’avais mieux aimé le tome 2 dont le scénario était mieux élaboré.

Avec le tome 3, on termine en apothéose et je remercie ma copinaute Ida qui m’avait conseillé de poursuivre la lecture après la déception du N°1.

Holmes et le fantastique, ça passe ou ça se casse la gueule. Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Ici, pas de soucis, ça passe très bien car l’auteur a gardé la personnalité de Holmes, son côté froid, ses émotions refoulées, le côté analyseur, la machine à penser, celui qui nous cache tout et ne nous dit rien.

Je ne connais pas le canon Lovecraftien comme l’holmésien, donc, je ne me prononcerai que sur le second qui est respecté, tout en étant adapté puisque toutes les enquêtes de Holmes avaient un côté surnaturel que Watson a camouflé (dixit la trilogie).

Plusieurs enquêtes de Holmes se retrouvent dans ce dernier tome et toutes auront pour thème les créatures marines, version Lovecraft, bien entendu.

Si la première enquête de « La Confrérie de l’Amas Pulsatile » est à part par rapport au reste du récit, mais comme elle concerne aussi le surnaturel avec un truc pas net qui sort de l’eau, on peut dire qu’une sorte de tentacule de méduse la relie à l’enquête suivante, qui sera plus longue et aussi plus triste (je garde un chien de ma chienne à l’auteur pour ce qu’il a osé faire).

L’action brute ne prend pas le pas sur les déductions holmésiennes, notre détective court un peu partout, traque les indices, se déguise, ne dit rien à Watson (ni aux lecteurs), ne montre aucune émotion ou si peu, traque le surnaturel ou la main de l’Homme quand elle manipule.

Étant donné que nous sommes en 1910, on sent qu’un conflit est proche et qu’il opposera la perfide Albion à l’Allemagne. Les espions sont déjà dans la place et ça magouille de la soupe pas nette dans les arrières-cuisines.

James Bond se battait contre les Russes et Holmes se battra contre des Teutons, une fois de plus, mais sans gadgets, sans bimbo à forte poitrine, mais avec l’aide de Watson, toujours prêt à prendre des risques avec Holmes ou à défendre les jeunes femmes, tel un chevalier servant. Par contre, il devrait plus souvent écouter Holmes, ce dernier voit des choses que ni lui (ni nous) ne voyons.

Le pari était osé mais au fil des tomes, l’auteur s’est approché au plus près des personnages canoniques tout en les intégrant à un univers qui ne fut jamais le leur puisque jamais Holmes ne dû se battre contre des vraies choses surnaturelles, dans le canon.

Un dernier tome qui est au-dessus des deux autres tant j’ai trouvé les personnages plus justes dans leurs comportements. Impossible de s’ennuyer durant la lecture, même si la partie avec le U-Bot pourra sembler longue à certains.

En plus, l’auteur nous propose une vraie fin. La trilogie est close et on ne verra pas fleurir 36 tomes juste pour faire du fric facilement. Pas de risques de sombrer après un tome aussi réussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°288, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°21].

Ni vivants ni morts : Federico Mastrogiovanni

Titre : Ni vivants ni morts

Auteur : Federico Mastrogiovanni
Édition : Métailié – Bibliothèque hispano-américaine (09/02/2017)
Édition Originale : Ni vivos ni muertos (2015)
Traduction : Francois Gaudry

Résumé :
Depuis une dizaine d’années, on compte plus de 30.000 disparus au Mexique. Avec les 43 étudiants de l’École normale d’Ayotzinapa, l’onde de choc s’est répandue dans le monde, mais ni la pression internationale, ni les associations des droits de l’homme, ni les initiatives des familles n’ont suffi, dans ce cas comme dans d’autres, à faire apparaître la vérité – et encore moins à enrayer le phénomène.

Ni vivants ni morts : les disparus sont là, dans cet interstice, ce no man’s land, invisibles, sans corps, sans tombe, sans aucune existence. Arrachés à leur vie, et comme dissous dans l’atmosphère.

Pour leurs proches, aucun recours, le deuil impossible, l’angoisse interminable, les menaces, l’hypocrisie des autorités.

L’enquête fouillée de Federico Mastrogiovanni, à travers des entretiens avec les parents des victimes, des experts, des activistes, des journalistes, démontre que la disparition forcée est un outil de pouvoir terriblement efficace, qui fait taire jusqu’à la possibilité d’une contestation.

C’est le portrait sensible et effrayant d’un pays miné par la peur, où l’État piétine sciemment ses propres prérogatives – et les droits de ses citoyens –, quand il ne se comporte pas directement comme le pire des délinquants.

Critique :
La prochaine fois que je ronchonnerai sur nos gouvernants, j’aimerai qu’on me susurre à l’oreille « Mexico » ou « Felipe Calderon », juste pour me rappeler que malgré leur gabegie et leur incompétence, il est préférable d’être dirigé par ces voleurs que par les assassins au pouvoir qui sévissent au Mexique.

Les mexicains ne savent plus où finit l’Etat et où commence le crime, et vice-versa car tout le système est infiltré, pourri, gangrené par les cellules d’un cancer qui est plus terrible que le vrai.

Ne faites confiance ni à la police, ni à l’armée, ni aux dirigeants. Ils sont pire que tout…

Ni vivants, ni morts… Tel le chat de Schrödinger, ces personnes disparues se retrouvent dans une dimension parallèle pour leurs familles qui ne savent pas faire leur deuil puisque personne ne sait si ces disparus sont morts, assassinés ou servent de main d’oeuvre bon marché quelque part.

Le néant total et donc, zéro enquête et zéro justice puisque le concept de « disparitions forcées » (inventée par les nazis) n’est pas inscrit dans le code pénal. Un peu comme si tout ce gens (plus de 30.000) avaient décidé de partir ailleurs sans prévenir personne.

Ce roman qui oscille entre roman noir et roman policier n’est ni l’un ni l’autre. C’est en fait une gigantesque enquête sur une réalité glaçante que sont ces disparitions ou ces assassinats… Parfois même, ce sont les habitants de villages entiers qui ont disparu et croyez-moi, même Fox Mulder saurait que ce n’est pas l’oeuvre des extra-terrestres.

Bizarrement, dans des zones ultra violentes, des sociétés investissent quand même… Le sous-sol est riche d’or, de gaz de schiste, de métaux, de pétrole et les techniques d’extractions sont toutes plus polluantes les unes que les autres. Non content d’avoir fait disparaître des populations entières ou de les avoir chassé par la violence, le saccage continuera et après pillage, pas de nettoyage… Si ce n’est des corps.

Le pire pour les familles des disparus ? En plus de ne rien savoir sur leurs proches disparus, les familles doivent aussi encaisser une criminalisation des victimes retrouvées parfois assassinées dans un fossé, comme si en fin de compte, elles l’avaient bien méritées puisque appartenant au milieu du crime. Hors, il n’en est rien !

Douche froide sur ma tête car moi aussi, lorsque je vois aux infos qu’un criminel-délinquant a été assassiné, je me dis que ce n’est que justice…

Mais non, ce n’est pas de la justice. Et si cette personne était innocente, alors ? Je serais complice de tout ceux qui la criminalise pour se dédouaner de leur assassinat et laver le sang sur leurs mains, même si nous ne sommes pas au Mexique. J’étais moins fière, tout à coup.

Ce roman d’enquête, après son introduction qui vous fige déjà la bouche ouverte devant autant d’horreur, va nous parler de quelques personnes disparues, nous livrer les récits des témoins (qui se terrent), du ressenti de leur famille, de leurs combats, voués à l’échec, du cauchemar qui commence, de cette attente, de cette mort lente qui va les prendre dans ses bras.

Le cœur est au bord des lèvres durant la lecture. La vie d’une famille a basculé parce que Untel était au mauvais endroit, au mauvais moment. Kidnappé ? Assassiné ? Devenu un esclave ? Une mule ?

Quelques réponses mais jamais de justice. Normal, la disparition forcée au Mexique est utilisée surtout comme stratégie de terreur car chaque personne disparue affecte le moral de beaucoup de monde autour de lui.

Sous l’empire de la terreur, on fait tout ce qu’on ne devrait pas faire et on permet ainsi la progression du processus de guerre et d’enfermement. La phrase qu’on entend le plus au Mexique aujourd’hui est : « Je ne peux plus sortir de chez moi ». Alors on libère la rue, le territoire du délit pour les délinquants et ceux qui contrôlent le territoire peuvent agir en toute impunité.

Est-ce la police qui l’a enlevé ? Les narcos ? Est-ce l’armée qui a assassiné ces étudiants ? Oups, pardon, sujet tabou ! La Grande Muette n’a jamais aussi bien portée son nom. Les pires âneries seront dites en conférence de presse, après l’exécution de ces 43 étudiants mais gare à ceux qui mettraient en doute ce qui a été dit.

C’est un Mexique loin des cartes postales, que l’auteur nous dévoile, c’est un pays de tortionnaires, de voyous, d’assassins et les pires ne sont pas chez les narcos ou le crime organisé. Le pire est bien souvent à la tête de l’état. Un état qui ne fait pas son mea culpa alors qu’il se comporte comme l’Allemagne nazie le fit, en son temps.

C’est une enquête qui glace les sangs, qui serre les tripes, qui met le coeur au bord des lèvres. C’est un livre qui fait monter en vous des sensations horribles lorsque vous pensez à la douleur des familles, à la terreur qui cloue ces gens car on ne sait jamais où le prochain coup va tomber.

Si la peur fait bouger les gens, les poussent à réfléchir, à se dépasser, la terreur, elle, les fige au milieu de la route, dans les phares… Les prédateurs n’ont plus qu’à donner le coup de grâce aux pauvres lapins.

Un roman enquête qui ne laisse pas indifférent et à éviter de lire avant de partir en vacances là-bas, ça vous les gâcherait… Moi, je n’irai pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°230 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 18].

Les aristochats : Walt Disney

Titre : Les aristochats

Auteur : Walt Disney
Édition : Idéal-Bibliothèque(1971)
Édition Originale : The Aristocats
Traduction : Jean Muray

Résumé :
Duchesse et ses trois chatons sont très heureux chez leur maîtresse… Mais l’horrible Edgar, le majordome, se débarrasse d’eux en les abandonnant en rase campagne.

Heureusement, ils rencontrent Thomas O’Malley, un chat de gouttière drôlement débrouillard qui les aide à retrouver leur maison… Cette fois Edgar n’est pas au bout de ses surprises…

Critique :
Je l’ai dit, bordel, je l’ai dit ! (pour paraphraser  Philippe Albert lorsque le ballon fut dans le but adverse). Et je l’ai fait : j’ai lu les Aristochats après Le Fléau de Stephen King.

Mais quelle bouffée d’air frais de lire un de ses dessins animés préférés, un de ceux qui ne traumatisait pas (pas de mort de Mufasa, ni de la mère de Bambi, pas de Roucky chassant Rox, pas de Dumbo triste).

L’avantage c’est qu’en le lisant, des images du dessin animé me revenait à l’esprit et j’ai rajeuni d’un coup.

Évidemment, dans cette histoire, le méchant est très méchant, mais il ne fini pas gagnant, les chats mâles ne doivent pas être castré car ils ne pissent pas partout, les chats jouent de la musique, peignent, chantent et des chatons ont besoin d’un père, alors que dans la Nature, hein…

D’ailleurs, les chatons restent longtemps chatons puiqu’il est dit, à un moment, que ceux-ci avaient déjà pris le train car leur maîtresse les emmenait chaque année dans sa villa en Normandie… Heu, ça reste des années en mode « chatons », les chatons ?

Les aristochats avaient une certaine connaissance des chemins de fer. Ils avaient fait plusieurs voyages. Mme de Bonnefamille les emmenait tous les ans passer quelques semaines dans sa propriété de Normandie.

Bon, on ne va pas se leurrer, c’est bourré de bons sentiments, tout est bien qui fini bien, le Méchant perd, ça lui apprendra à vouloir priver les Aristochats de la fortune de leur maîtresse et d’être aussi envieux.

Mais me replonger dans cette aventure m’a fait du bien et j’en avais besoin.

Je l’ai dit, bordel, je l’ai dit.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°02].

 

Le couple d’à côté : Shari Lapeña [LC avec Bianca]

Titre : Le couple d’à côté

Auteur : Shari Lapeña
Édition : Presses de la cité Thriller (2017) / Pocket (2018)
Édition Originale : The Couple Next Door (2016)
Traduction : Valérie Le Plouhinec

Résumé :
La baby-sitter leur a fait faux bond, et alors ? Invités à un dîner chez leurs voisins, Anne et Marco décident de ne pas renoncer à leur soirée.

Cora, leur bébé de six mois, dort à poings fermés et ils ne sont qu’à quelques mètres. Que peut-il arriver ? Toutes les demi-heures, l’un ou l’autre va vérifier que tout va bien.

Pourtant, quand à une heure déjà avancée, le couple regagne son domicile, c’est un berceau vide qui les attend.

Désespérés mais aussi dépassés, les jeunes parents attirent les soupçons de la police : Anne en dépression depuis son accouchement, Marco au bord de la ruine… les victimes ont soudain des allures de coupables.

Dans cette sombre histoire, chacun semble dissimuler, derrière une image lisse et parfaite de terribles secrets. L’heure de la révélation a sonnée.

Critique :
À quoi reconnait-on un bon thriller psychologique addictif ? Quand on l’emmène avec soi en cuisine et que, durant la surveillance de la cuisson des cuisses de poulets, on continue de le lire !

Pourtant, c’était pas gagné : je n’aime pas les histoires d’enlèvement d’enfants. Lorsque je l’ai commencé pour ma Lecture Commune, je ne savais plus de quoi il était question…

Le départ du roman ressemble un peu à l’affaire de la disparition de la petite Maddie (Madeleine McCann)…

À savoir, un bébé de 6 mois est laissée seule dans sa chambre pendant que ses parents passent la soirée chez leurs voisins d’à côté, les parents se relayant pour aller voir si la petite va bien et écoutant avec un babyphone. Mais au retour, la petite Cora a disparu.

Une histoire banale, presque… L’art de l’auteure se trouve dans la dimension psychologique qu’elle donne à la trame de son histoire, à ses personnages, à l’entourage, ainsi qu’à la place qu’elle donne au qu’en-dira-t-on lorsque les médias et les gens biens-pensants apprennent que les parents ont laissé leur petite fille toute seule.

Difficile de s’attacher aux personnages des parents puisqu’on les a rencontré directement à la soirée de la disparition du bébé, avec un mari qui drague la voisine, une épouse jalouse…

Puis, après la disparition de la petite, on les cotoye entre deux crises de larmes, d’engueulades, de crises de jalousie à nouveau, de lourds secrets,…. La matière pour éprouver de la sympathie était faible et pourtant, j’ai eu de l’empathie pour les parents, malgré le peu de traitement de fond que leur mère littéraire leur consacre.

Le rythme est rapide, les phrases s’enchaînent, pas le temps de respirer, les secrets se dévoilent, les couilles dans le pâté ressortent, certaines étant attendues et déduites depuis un certain temps, d’autres pas…

Le point positif de ce thriller psychologique est qu’il est addictif, rythmé et que les tensions sont présentes à tous les étages. Il fut un moment où je ne savais plus à quel saint me vouer tant je ne savais plus qui disait la vérité, qui mentait, qui jouait avec mes pieds, qui me manipulait… J’adore ce genre de petits jeux !

Le petit bémol sera pour un final qui se résout un peu trop vite, des personnages qui tournent vite casaques, qui se doutaient déjà, sans qu’on le sache, un inspecteur plus intelligent que la normale et qui a sans doute bénéficié d’un coup de pouce scénaristique de l’auteure qui lui a donné les bonnes pensées au bon moment.

Effectivement, c’est plus gai d’avoir des policiers qui enquêtent intelligemment ! On en rêverait, même si ce n’est pas super réaliste.

Anybref, j’aurais aimé un peu plus de profondeur dans certains personnages, plus de traitement, de fouille dans une partie des secrets que l’auteure nous dévoile, car si vite que la boîte est ouverte, si vite elle est refermée. Dommage, avec un peu plus de pages, on aurait pu aller plus au fond des choses.

Une LC réussie, une fois de plus, avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°213.

Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 21 – Du glucose pour Noémie

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1971)

Résumé :
Itoh Kata a découvert un champignon pouvant servir d’explosif. Spirou et Fantasio escortent cette arme potentielle à Champignac.

Critique :
Le titre énigmatique trouvera son explication dans les dernières pages, mais avant cela, je vous promet de l’aventure, de l’action, du suspense, du mystère, des amandes grillées et de l’humour !

Nous devrions déjà manifester pour que Spip, l’écureuil fidèle, soit payé à la hauteur des risques qu’il encourt à suivre Spirou et Fantasio dans leurs aventures ! C’est une honte un salaire de misère pareil.

Non, non, je ne me suis pas découverte des envies de révolution, mais dans cet album, Spip acquiert une place à sa juste mesure et ses réflexions amusantes, drôles et tout à fait justifiées ajouteront un zeste d’humour à cet album qui n’en manquait déjà pas.

Mais puisque le Marsupilami n’était pas présent, il fallait compenser son manque en donnant plus de place à notre écureuil facétieux et peureux, sans oublier d’ajouter les mimiques qui vont avec.

Nos deux amis ne seront pas oubliés et niveau aventure, ils seront servi ! Les lecteurs aussi car cet album n’a pas de temps mort pour reprendre son souffle ou déguster une tasse de thé avec nos amis Japonais.

Faut juste éviter les membres du Triangle, une organisation qui a tout d’une mafia, le comique en plus et l’imbécillité en état d’esprit, mais ça, ils ne le savaient pas, qu’ils étaient des crétins ! MDR et longue vie au Triangle !

Une aventure scénarisée et dessinée par Fournier qui m’a bien plu car elle avait du dynamisme, de l’action, pas de temps mort, de l’humour de situation ou de répétition, du suspense, du mystère, bref, tout ce qu’il fallait pour donner une bonne aventure car l’auteur a su utiliser le tout avec intelligence.

Je peux donc ajouter cet album de Fournier avec celui de l’Ankou, ce qui m’en fait déjà deux que j’apprécie, ce n’est pas si mal pour une inconditionnelle de Franquin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°184 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°29].

Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1977)

Résumé :
Que font Spirou et Fantasio s’ils reçoivent une invitation à un congrès de magiciens, à Saint-Herbot, dans les monts d’Arrée, à la pointe ouest de la Bretagne ? Rien.

Que font les mêmes si l’invitation est signée Ororéa ? Ils s’y précipitent !

Évidemment, la Bretagne est terre de mystères et d’aventures. Nos deux amis ne tardent pas à rencontrer les uns et les autres.

D’abord, en la personne de l’Ankou, personnage sorti tout droit des vieilles légendes bretonnes. Pour une raison inconnue, ce valet de la mort (sa profession officielle) prend fait et cause pour les saboteurs de la centrale nucléaire de Nestavel.

Des saboteurs passant pour des militants écologistes, mais qui se révèlent être de dangereux trafiquants de matières nucléaires.

Critique :
Des rares bédés de l’ère Fournier que j’avais lue il y a un peu plus de 15 ans, seule L’Ankou avait tiré son épingle du jeu et obtenu mes faveurs.

À la relecture, mon sentiment est le même, j’ai apprécié cette aventure loufoque, fantastique et un brin écolo baba-cool puisque Fournier, au travers de l’Ankou, semble nous dire que  les centrales nucléaires, c’est dangereux.

L’Ankou, l’annonciateur de la mort dans les légendes bretonnes, a peur que la présence d’une centrale nucléaire n’augmente son travail en déclenchant des morts en cascade.

Remettons la bédé dans son contexte de 1977 et même si le nucléaire n’a pas tué en France, on ne peut pas dire non plus qu’il est sans danger.

Tchernobyl nous l’a appris à nos dépends et on ne sait toujours pas comment se débarrasser des déchets, autrement qu’en les enfouissant dans le sol, à la manière d’un chien planquant son os. Juste que les os sont vachement moins nocifs que les déchets nucléaires…

Malgré tout, si le message de l’auteur est réducteur, il se veut drôle mais aussi flippant car l’Ankou a une sale tête et sa manière de surgir, quand on ne l’attend pas, est angoissante. Sauf pour Fantasio qui le prend pour un hurluberlu !

Du fantastique, des légendes, du nucléaire et de l’humour, de l’humour et encore de l’humour ! Spip m’a fait trop rire avec ses réflexions sur sa malheureuse rencontre avec un rasoir électrique.

Ses expressions faciales étaient des plus maîtrisées et moi, j’adore lorsque les auteurs lui donne une place dans les aventures de nos amis.

De l’action aussi, même si on aurait mieux aimé voir Spirou en Turbotraction plutôt que dans une vieille Renault 5 rouge. Mais bon, la magnifique Turbo n’aurait sans doute pas aimé le traitement qu’on a infligé à la Renault…

L’humour est aussi présent avec notre quatre magiciens, dont Itoh Kata, le maître de la disparition et ses autres copains, tous plus fous l’un que l’autre.

Il y a au moins une aventure de Spirou, scénarisée par Fournier, que j’apprécie et c’est celle-ci qui mélange habillement l’humour, l’action, le mystère, le suspense, les légendes, le folklore, le fantastique et le militantisme écolo, réducteur, certes, mais bon, nous sommes dans des albums pour tout public et de par la présence de l’Ankou, il devait être flippant pour les petits enfants de l’époque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°180 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°25].

Spirou et Fantasio – Tome 20 – Le Faiseur d’or : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 20 – Le Faiseur d’or

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier (Franquin pour les dessins du Marsupilami)

Édition : Dupuis (1970)

Résumé :
Champignac et Zorglub annoncent publiquement qu’ils ont trouvé le moyen de fabriquer de l’or. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd…

Critique :
Puisque mes Spirou et Fantasio préférés sont ceux de Franquin, il m’est toujours difficile d’ouvrir ceux des autres, notamment ceux de Fournier qui succéda à Franquin.

La faute sans doute au fait que ces albums n’ont pas bercé mon enfance, mon père m’ayant mis dans les mains ceux de Franquin…

Pourtant, nous avons fait un gros travail puisque mon paternel possède, maintenant, les autres albums du plus célèbre groom de la bédé et que j’en avais lu quelques uns, il y a de ça quelques années (15 ans au moins).

Heureusement que Franquin était encore présent pour dessiner le Marsupilami car c’est lui et Spip qui donneront une touche d’humour à cet album qui m’a semblé bien fade par rapport à ceux que j’ai déjà lu.

Même la présence de Champignac et de Zorglub ne m’a pas amené le plaisir que je ressens d’habitude à lire une aventure de mes deux amis. D’accord, sur la fin, ces deux zouaves m’ont fait rire.

Sinon, l’histoire manque de peps, de profondeur et sans doute de pages. S’il y en avait eu plus, dans cet album, Fournier aurait sans doute pu développer un peu plus cette enquête sur la machine à fabriquer de l’or. Là, ça va trop vite.

Au moins, depuis Harry Potter, tout le monde connait le nom de Nicolas Flamel !

L’histoire suivante (Un Noël clandestin), je la connaissais bien, je l’avais lue dans un des hebdo Spirou de mon père, un spécial Noël puisqu’elle parle de cette période de l’année. Elle est touchante, la relire fut un plaisir et Spip m’a encore fait rire avec ses marrons glacés.

Quant à la dernière histoire (Le champignon nippon), elle n’en est pas vraiment une puisqu’elle est en fait le début du prochain album de Spirou et Fantasio et qu’elle a l’intelligence de titiller la curiosité du lecteur avec les premières pages de ce qu’ils découvriront dans « Du glucose pour Noémie ».

Pour ma part, ma redécouverte des albums de Fournier a mal commencé avec ce faiseur d’or qui ne m’a pas emporté, même si j’ai apprécié certains gags et l’utilisation conforme des personnages, dont le maire (je pisse encore de rire avec son dernier discours), Champignac et Zorglub.

Cet album est aussi le dernier dans lequel le Marsupilami fera son apparition puisque ensuite, les éditions Dupuis n’auront plus le droit de le faire apparaître dans les albums de Spirou ou dans leur hebdo…  Franquin passera sa créature à Batem (en 1987) et il aura ses propres aventures avant de réintégrer, il y a peu, le giron des éditions Dupuis, suite au rachat des éditions Marsu Production.

Bon, j’ai connu mieux mais pour un début, ce n’est peut-être pas si mal, le temps de prendre ses marques, de s’approprier l’univers mis en place par Franquin, qui lui même l’avait hérité de Joseph Gillain (Jijé) et lui-même de Rob-Vel.

Je vais poursuivre malgré tout les aventures de mon Spirou sous l’égide de Fournier et ainsi me faire une idée générale de cette saga qui va jusqu’à l’album 29.

PS : ma scène préférée est celle où, après avoir failli faire une sortie de route à cause d’un pneu qui a éclaté, Spip fait son baluchon pour partir chez les Schtroumpfs car là-bas, il risquerait moins sa fourrure !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°178 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°23].

Cauchemar : Paul Cleave

Titre : Cauchemar

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (07/11/2019)
Édition Originale : Whatever it Takes (2019)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Un cauchemar qui va vous tenir éveillé toute la nuit.

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect.

Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel.

Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Critique :
♫ Saga Acacia ♪ Faut faire gaffe à Noah ♪ Saga Acacia ♪ Faut pas chercher Noah ♪

Noah Harper est de retour à Acacia Pines, l’endroit le plus chiant du monde… Son ancienne ville qu’il avait quittée, il y a 12 ans, sur ordre du shérif de l’époque.

Alyssa Stone, la gamine qu’il avait retrouvée il y a 12 ans, a de nouveau disparu et malgré l’interdiction qu’il a de mettre les pieds dans la ville, il est revenu !

Contrairement à ce qui est promis dans le résumé, ce « cauchemar » ne m’a pas tenu éveillé toute la nuit !

J’ai même fait des pauses durant ma lecture, j’ai su m’arrêter dans le récit et je n’ai pas oublié de descendre à ma station de métro.

Ça ne veut pas dire que le p’tit dernier de l’auteur aux beaux yeux est merdique, loin de là, mais bon, j’en étais au premier tiers et le récit n’avait rien d’exceptionnel non plus.

Pourquoi ? Parce qu’Alyssa Stone qui avait été enlevée et retrouvée par Noah, flic à l’époque, a disparu de nouveau mais Drew, le nouveau shérif l’a eue au téléphone et même Noah lui a parlé au téléphone ! Elle est juste fichue le camp du bled, point final. On replie tout et on part à la pêche ??

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à douter de  l’auteur, à me demander s’il avait encore sa santé mentale.

J’en étais quand même au premier tiers du roman et la seule chose qui me tenait éveillée en le lisant au matin, c’était mon café noir et les personnages du roman qui me plaisaient, surtout Noah et son côté cash, brutal, un peu borderline et chien fou qui mord quand on le cherche.

Le grand huit attendu n’était pas au rendez-vous. Niveau sensation, j’avais plus l’impression d’être assise dans la petite voiture, sur le manège qui tourne en rond, celui pour les gosses… Franchement, à ce moment là, je n’avais pas envie d’attraper la floche pour gagner un tour de plus.

Pourtant, nom de Zeus, des copinautes à moi en avaient dit le plus grand bien de ce nouveau roman et je fais confiance à ma Fée Stelphique et à l’Yvan d’Émotions. Seraient-ils devenus fous d’avoir apprécié ce nouveau roman de Paul Cleave ? Qu’est-ce qu’il y avait de si super dans ce roman où j’avais l’impression de tourner en rond et de ne pas avancer ??

Et puis, sans que je m’en rende compte, le manège a commencé à s’incliner et ma petite voiture ne tournait plus du tout en rond. La vitesse avait augmenté aussi et c’est avec stupeur que je me suis réveillée sur les planches du grand huit, avec double salto arrière, si pas triple salto. Accrochez vos ceintures, c’est parti mon kiki !

Purée, sans faire attention, j’avais été entraînée vers une histoire qui se mettait enfin en branle et là, j’en ai eu pour mes sous, pour ma tension, pour mon rythme cardiaque et sur le final, en effet, je n’avais pas envie d’aller faire dodo et j’aurais pu louper ma station de métro si j’avais été dedans.

Pour planter son décor, ses personnages, développer l’intrigue, il fallait que l’auteur tourne un peu en rond et nous donne cette fausse impression que rien n’avançait et qu’on pouvait aller boire un verre.

En fait, rien n’était plus faux… Mais comme Saint-Thomas, fallait que j’y mette mon doigt pour être sûr et c’est pourquoi mon début de lecture fut aussi laborieux.

Cauchemar, ça commence comme sur un manège pour enfant et ça se termine en attraction pour adulte, non cardiaques car sinon, il vous faudra un nouveau coeur. Et là, y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°159 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°04].

Spirou et Fantasio – Tome 14 – Le Prisonnier du Bouddha : Franquin, Jidéhem & Greg


Titre : Spirou et Fantasio – Tome 14 – Le Prisonnier du Bouddha

Scénaristes : Franquin & Greg
Dessinateur : Franquin / Jidéhem (décors)

Édition : Dupuis (1961)

Résumé :
L’inventeur d’une machine capable de supprimer la gravité, de modifier le climat et de faire pousser une végétation luxuriante, est enlevé. Spirou et Fantasio partent à sa recherche.

Critique :
La course aux armements… Voilà ce dont il est question dans cette aventure qui sera menée tambour battant et sans reprendre son souffle.

Un inventeur dont le nom a une consonance russe a quitté son pays (aucun pays n’est cité)…

Des espions de son pays sont sur ses traces car ils pensent – à tort – que c’est pour vendre ce redoutable appareil aux vilains occidentaux, alors que l’inventeur veut juste éviter que l’on utilise son invention à des fins guerrières.

De l’autre côté, des Chinois détiennent l’autre concepteur de l’appareil, l’anglais Longplaying, car ils pensent que les autres sont à deux doigts de finaliser cet appareil redoutable et de s’en servir contre eux…

Anybref, tout le monde a peur que son voisin n’utilise l’arme contre lui et donc, tout le monde le veut. À n’importe quel prix.

Nous sommes dans l’univers de Spirou et Fantasio, donc, même si nous avons un côté politique derrière cette aventure qui consistera à aller libérer Longplaying de sa statue de Bouddha creuse, en Chine, tout le reste est bon enfant.

Ne nous y trompons pas, on a de l’action, des risques, mais le tout est contrebalancé par de l’humour, des gaffes du Marsupilami, des commentaires de Spip, des facéties du scientifique Inovskyev et du discours du maire de Champignac.

Lui qui, debout à la proue du splendide troupeau de la race bovine du pays, tient, d’un œil lucide et vigileant… le gouvernail , dont les voiles, sous l’impulsion du magnifique cheval de trait indigène, sur la route toute droite de la prospérité, le champignacien qui ne craint pas ses méandres, car il sait qu’en serrant les coudes il gardera les deux pieds sur terre, afin de s’élever à la sueur de son front musclé, vers des sommets toujours plus hauts !

Dès le départ avec la foire aux bestiaux de Champignac jusqu’à l’a grande aventure en Chine pour délivrer un savant anglais, l’humour est bien présent, les animaux sont bien utilisés et sans eux, l’album perdrait de sa saveur.

C’est vraiment le souffle de la Grande Aventure, cet album et il fait partie de mes préférés de l’ère Franquin. On a de la politique, une enquête, une aventure, des poursuites dans le désert, de la stratégie et les miches qui vont chauffer !

J’adore !

— Je me demandais si on trouver des gens courageux pour venir et me libérer…
— On n’en a pas trouvés, alors nous sommes venus avec la pétoche..

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°154.

Il était une fois dans l’est : Árpád Soltész

Titre : Il était une fois dans l’est

Auteur : Árpád Soltész
Édition : Agullo (19/09/2019)
Édition Originale : Mäso – Vtedy Na Východe (2017)
Traducteur : Barbora Faure

Résumé :
Fin des années 1990, dans l’est sauvage de la Slovaquie. Veronika, 17 ans, est enlevée par deux hommes alors qu’elle fait du stop. Après l’avoir violée, les deux malfrats prévoient de la vendre à un bordel au Kosovo.

Mais lors du transfert, la jeune fille s’échappe, puis porte plainte auprès de la police locale.

C’est alors que les choses se compliquent : les kidnappeurs semblent bénéficier de protections haut placées, et l’enquête piétine…

Aidée de Pavol Schlesinger, le journaliste qui raconte son histoire, Veronika tente d’échapper aux trois plus grands groupes criminels de l’époque : la police, la justice et les services secrets.

Réfugiée dans un hôtel désert à la frontière ukrainienne, elle fait la connaissance du mystérieux Igor, qui l’initie à la fabrication des bombes. Car si elle ne peut obtenir justice, Veronika refuse de laisser impunis ses tortionnaires.

Et la vengeance est un plat qui se mange froid…

Critique :
L’auteur a trempé sa plume dans le vitriol car ce n’est pas le portrait idyllique et enchanteur qu’il nous livre de la Slovaquie, mais plutôt un portrait d’un pays gangrené par la corruption, les mafias, les passeurs…

Un pays qui a vu arriver le capitalisme comme une diarrhée fulgurante, un pays où tout pue encore l’ancien régime de l’URSS.

Anybref, si vous pensiez lire le guide du Routard pour trouver les endroits à visiter, passez votre chemin, fuyez pauvres fous ! C’est le genre de roman qui ne vous donnera pas envie d’y mettre les pieds.

Trafics de migrants, de femmes, prostitution, ces entreprises ne connaissent pas la crise. Tout se vend, tout s’achète, la vie humaine a un prix, les organes aussi et on en ressort avec une envie de vomir tant c’est abject. Le réalisme a un prix et la vérité n’est pas belle à voir. Ici, elle est sans maquillage.

Si l’Office du Tourisme slovaque ne dit pas merci à ce roman, les politiciens de là-bas lui garderont un chien de leur chienne.. Les flics aussi, sans aucun doute. Pareil pour les services secrets…

Quand à la Justice, ça fait belle lurette qu’elle est partie en vacances sans prévenir le personnel et elle n’est pas prête de revenir.

Cette pauvre Veronika n’a vraiment aucune chance que justice lui soit rendue après le viol ignoble dont elle fut la victime puisque le justice et la police sont tous les deux sous la coupe des services secrets et que ça repue l’ex-URSS à plein nez mâtinée de relents de la Russie.

Non, il n’est pas facile de vivre en Slovaquie, l’auteur en sait quelque chose et il ne nous parle pas de son pays en bien. J’ai déjà lu des romans noirs très noirs, mais ici, c’est plus noir que noir et cherchez pas la lueur d’espoir.

Pas de pathos, pourtant… Nous sommes dans des sujets affreux (viols, enlèvements de mineures,…) mais jamais l’auteur ne nous la joue « je fais pleurer dans les chaumières ». Le ton est froid, chirurgical, sans émotions à vous faire chialer. On aimera ou pas, il ne m’a pas rebuté.

La chose qui m’a le plus dérangé (au départ) et qui a fait que j’ai failli abandonner la lecture, c’est le côté kaléidoscopique du roman, pour ne pas dire foutraque, bordélique !

On a déjà une pléthore de personnages, désignés selon leurs rôles (le père, la victime, la journaliste, le boss, le nettoyeur, le procédurier,…) ce qui rend les choses assez compliquées à suivre, au début et on ajoute à cela un roman divisé entre passé et présent (Dans l’Est, à présent ; Dans l’Est, autrefois).

J’ai ramé au départ, j’ai failli abandonner, mais je me suis accrochée car je sentais que ce qui se trouvait dans les pages était du concentré de roman noir et je ne me suis pas trompée. C’est tellement concentré que l’on en ressort lessivé, anéanti, dégoutté du monde et le final ne nous laisse même entrevoir une lueur d’espoir.

Un roman noir très sombre, trop sombre, mais qui décrit avec réalisme un pays et une société gangrené par la corruptions à tous les étages et où les truands peuvent s’en sortir à coup de billets vert tandis que les flics ne peuvent pas vivre décemment sans tremper leur quignon de pain sec dans cette soupe de corruption.

Un roman très noir, une fiction débridée, le tout se déroulant dans un pays miné par les affaires, une corruption institutionnalisée et des détournements de fonds qui feraient passer certaines grandes affaires de nos pays pour des anecdotes marrantes.

Un roman qui met en scène un pays qui a dû faire face à l’effondrement du communisme (et l’éclatement de la  Tchécoslovaquie) et qui s’est retrouvé avec une espèce de démocratie à la mord-moi le nœud, avec un libéralisme débridé que les gens n’avaient pas connu, le tout dirigé par des élites sans foi ni loi, guidés uniquement par l’appât du gain et le profit facile.

Árpád Soltész a rassemblé dans son roman plusieurs faits divers sordides, les a mixé ensemble pour nous montrer l’envers du décor de la Slovaquie, nous permettant de regarder sous les jupes des institutions d’État telles la justice, la police et les services secrets, tous infiltrés par les gangs ou autres mafias. Croyez-moi, c’est pas beau à voir.

Un roman noir déjanté qui file la nausée tant tout est sombre, sans espoir (ou si peu), tant tout est corrompu et où ceux qui ne veulent pas manger de ce pain-là sont mis à l’écart sur une voie de garage.

PS : Journaliste d’investigation, Árpád Soltész, dirige une agence journalistique portant le nom d’un de ses confrères, abattu dans la périphérie de Bratislava après avoir enquêté sur des affaires de corruptions et de fraudes fiscales.

Une partie de cette histoire s’est vraiment produite, mais d’une autre manière. Les personnages sont fictifs. Si vous vous êtes tout de même reconnu dans l’un d’eux, soyez raisonnable et ne l’avouez pas. Les gens n’ont pas à savoir quel salopard vous êtes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°135.