Détectives – Tome 1 – Miss Crumble, Le monstre botté : Herik Hanna & Sylvain Guinebaud

Titre : Détectives – Tome 01 – Miss Crumble, Le monstre botté

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Sylvain Guinebaud

Édition : Delcourt (07/05/2014)

Résumé :
Angleterre, 1918. Au lendemain de la guerre, dans le sympathique village de Sweet Cove, tout respire la douceur de vivre.

Ah, Sweet Cove… Ses jardins bien entretenus, ses salons de thé aux doux parfums de gâteaux fraîchement sortis du fou.

Et en parlant de gâteaux… Une célèbre institutrice retraitée va bientôt s’adonner à son sport préféré : la chasse aux suspects.

Un mystérieux assassin, un véritable colosse au vu des traces de pas laissées derrière lui, sème la mort dans cette paisible campagne.

Et lorsque le « Monstre botté » commet l’erreur de s’en prendre à ses proches, Miss Crumble voit rouge.

La plus gonflée des 7 détectives est de retour dans une enquête en solo. Juste le temps pour elle de révéler l’impossible.

Critique :
Les enquêteuses Anglaises ont toujours un petit truc en plus que les autres n’auront jamais. Est-ce dû au climat de l’Angleterre ? Au charme surannée des petits villages tels qu’on trouve chez nos voisins d’outre-Manche ?

Je ne sais pas. Une chose est sûre, cette miss Crumble ne déroge pas à la règle.

N’allez pas croire que parce qu’elle porte un nom de dessert qu’elle est une vieille tarte, bien qu’elle ait un caractère bien trempé et une main d’acier capable de broyer une paire de burnes.

Miss Crumble a des atouts dans sa manche, de la sagacité, de l’intelligence, un sens de la déduction à faire rougir les enquêteurs mâles célèbres et, si on ne lui avait pas donné ce nom, on aurait même pu l’appeler madame Bellepaire de Loches car elle a la poitrine volumineuse et cette dernière n’a pas encore été soumise aux terribles lois de l’attraction terrestre qui touche certains appâts à partir d’un certain âge, âge certain qu’elle a déjà.

Il est sûr et certain que les hommes qui font sa connaissance ne prendront pas garde à son sens de la déduction, mais verront, en premier lieu, son sens de la séduction, magnifié par ces deux obus, avant de se prendre une de ses cinglantes réparties dans la tronche.

Les Sept détectives m’avaient bluffés et notre Miss Crumble en était, son histoire solo ne pouvait être que bonne. Pari gagné haut la main et entre nous, Miss Crumble a plus d’allure que Agatha Raisin.

Les dessins sont agréables pour les yeux, le petit village de l’Angleterre d’après guerre est bien représenté, on a l’impression que nous avons franchi la Mer du Nord et que nous avons mis le pied chez nos futurs voisins, 100 ans avant leur Brexit.

Les dialogues sont savoureux comme des scones de Dame Ida, onctueux comme une crème qui descendrait toute seule dans la gorge (telles les sucettes à l’anis d’Annie), épicé comme un bon curry et le tout a le goût fumé et précieux d’un Lapsang souchong grand cru !

Anybref, ceci n’est pas une BD qui se dévore en 10 minutes pour cause de dialogues aussi fin que du papier cigarette, mais c’est dense et on est assuré d’en avoir pour son argent en temps de lecture.

Les crimes sont mystérieux, énigmatiques et je n’ai pas su où donner de la tête tant je me creusais les méninges afin de savoir QUI avait tué, nom d’un pipe.

À un moment donné, j’ai suspecté une personne, mais je m’étais fourrée le doigt dans le nez jusqu’au coude. N’ébruitez pas cette erreur au Maître des détectives, merci (Holmes).

Le final, je ne l’ai pas vu venir et je me le suis pris dans la gueule tel un train de l’époque lancé à pleine vitesse. Fallait y penser, c’était vicieux comme je l’aime.

Une réussite en images, en dialogues, en suspense et en « j’en suis tombée sur le cul ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et

 

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Agatha Raisin enquête – Tome 16 – Jamais deux sans trois : M.C. Beaton [Par Dame Ida Pigiste Bénévole Titulaire (dés)Agrégée en Drame Agathien]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome16 – Jamais deux sans trois : Méfiez-vous des femmes parfaites…

Auteur : M. C. Beaton
Édition : Albin Michel (27/02/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 16: And the Perfect Paragon (2005)
Traductrice : Béatrice Taupeau

Résumé :
Lasse de courir après des chats et des chiens égarés, Agatha accepte la sollicitation d’un certain Robert Smedley : cet homme fortuné est persuadé que son épouse le trompe. Rien de plus tentant pour notre extravagante Agatha que de coincer la jeune, jolie et très dévote Mrs Smedley, un peu trop parfaite pour être honnête. Mais c’était compter sans une autre affaire de disparition qui lui tombe sur le coin du nez. Jamais deux sans trois ?

Résumé de Dame Ida :
Le titre annonce la couleur : trois cadavres bien refroidis nous attendent dans cette nouvelle aventure d’Agatha Raisin qui depuis le tome précédent est enfin à la tête de sa propre agence de détectives privés.

Souvenez-vous, après l’avoir décidé en toute fin du tome 14, puis réalisé au tome 15, Agatha avait connu un certain succès, notamment en résolvant encore une affreuse histoire de meurtre, sa première en tant que professionnelle.

On aurait pu espérer que ce triomphe lui aurait apporté une nombreuse clientèle et des cas complexes, étranges et mystérieux… Hé ben non !

En plus comme notre Agatha  est ambitieuse elle se met à refuser les cas de divorces… Tandis que ses collaborateurs de la première heure la quittent pour voguer vers des agences plus prestigieuses, se marier, ou que sais-je encore !

C’est le gros marasme. La grande morosité… Et puis… Il y a cette douleur à la hanche qui la fait se sentir vieille tout à coup. Nan… C’est pas possible… Elle est trop jeune pour l’arthrite ! C’est un truc de vieux… C’est certain… C’est pas pour elle…

Histoire de relancer les affaires, d’explorer d’autres horizons que la recherche de chiens perdus et surtout parce qu’elle flaire le client trèèès riche qui va lui permettre de renflouer ses caisses, Agatha accepte tant bien que mal de filer la jolie et supposément vertueuse Mrs Smedley que son odieux mari soupçonne d’aller conter fleurette ailleurs.

Et puis… Il y a cette adolescente, bonne élève et bien sous tous rapports qui a disparu de façon d’autant plus inquiétante qu’elle n’a franchement pas le profil d’une fugueuse, d’une Marie Couchetoilà, ou d’une droguée délinquante.

Agatha rembauche quelques collaborateurs, dont un ado piercé de partout s’offrant une année sabbatique avant de partir à la fac et un retraité ruiné que Mrs Bloxbly lui met entre les pattes par charité, et repart à l’assaut des mystères de Carsely, tombant hélas littéralement sur le cadavre de la jeune disparue, et apprenant que Mr Smedley est tombé raide mort empoisonné après lui avoir dit de cesser son enquête sur sa femme.

Évidemment, Agatha reste Agatha, et enquêter seule n’est pas trop sa tasse de thé.

Certes, il y a bien ses nouveaux employés, mais Sir Charles s’ennuierait gravement si Agatha ne lui donnait pas quelques occasions de frissonner en tout bien tout honneur à ses côtés.

Et puis, ces petites enquêtes ne sont-elles pas pour elle une occasion d’entretenir ses liens d’amitié avec Bill Wong de la police locale, et de subir l’épouvantable cuisine de ses parents ?

Mon Avis :
Agatha devient une vraie pro. Elle apprend à gérer ses troupes aussi bien qu’elle gérait son ancienne agence de com’ !

J’avais apprécié lors du volume précédent que mon héroïne préférée (avec Minerva MacGonnagal et Sœur Marie-Thérèse des Batignolles… Quoi ? Oui et alors ? Ça vous dérange ???) oublie un peu son obsession de se trouver un mec pour se rassurer sur son pouvoir de séduction et sur le fait qu’elle ne se flétrissait pas trop vite.

Agatha mûrirait-elle ? En effet, car même la perspective d’avoir un peu d’arthrite l’épouvante un peu en ce sens que ça signerait l’arrivée de la vieillerie à ses yeux, Agatha s’est juste laissée un peu dragouiller par un ami de Charles, juste pour l’hygiène, un ami de Charles que l’on retrouve à la fin du livre après l’avoir totalement oublié tant on était pris avec elle par son enquête.

Attention ! Je ne dis pas qu’elle se laisse aller ! Pas question de ne pas réfléchir à la tenue que l’on porte ! Pas question de faire une faute de goût ou de se mémériser  ou de renoncer à être une magnifyque fashion victime (Christina, sors de mon corps !).

Mais malgré tout, Agatha nous montre qu’elle est capable de vivre par elle-même sans s’appuyer au bras d’un homme ! Youpeeee !

Bon OK Sir Charles vient lui donner un coup de main… Mais en restant à une place d’ami. Pas d’équivoque. C’est tout.

Sauf que… Il n’y a pas que Sir Charles au monde… Nan… Je ne vous parlerai pas du rebondissement final inattendu de la dernière phrase. Chuis pas une spoïleuse môa !

Faudra vous lire le bouquin en entier ! Et toc ! Ou alors… j’accepte les chèques à trois zéros.

Ah oui… Truc étrange… je viens de fermer le livre… Et si vous l’avez lu, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires… Mais… N’aurait-elle pas arrêté de fumer ? Ou au moins considérablement réduit sa consommation de cigarettes ?

Plus je me creuse le crâne moins j’arrive à me souvenir d’un passage où elle peste parce qu’on ne peut pas fumer ici ou là… Ou parce qu’elle ne trouve pas de clopes…

Suis-je passée à côté des passages en question  qui jusque-là revenaient au moins trois fois par chapitre ? Sont-ils devenus rares ?

A-t-elle renoncé à son vice discrètement dans le volume 15 ¾ pas encore publié ? Ou Al Zheimer a-t-il frappé? Je compte sur vous pour m’éclairer !

Bref une enquête bien menée… Du Agatha comme je l’aime !

Agatha Raisin enquête – Tome 15 – Bal fatal : M.C. Beaton [Par Dame Ida, Pigiste Titulaire Bénévole, Spécialiste des Fictions Agathiennes]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 15 – Bal fatal – Entrez dans la danse…

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (27/02/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 15 : And the Deadly Dance (2004)
Traducteur : Esther Ménévis

Par Dame Ida, Pigiste Titulaire Bénévole, Spécialiste des Fictions Agathiennes

Intro Babelio :
Au cours de cette nouvelle enquête, la détective Agatha Raisin est chargée de découvrir qui menace de mort la fille de la riche divorcée Catherine Laggat-Brown. Avec l’aide de son fidèle ami sir Charles Fraith, elle tente de résoudre la première grosse affaire de sa nouvelle agence de détectives.

Résumé :
Or donc, ce nouvel opus des aventures d’Agatha commence à Paris où elle est venue passer quelques vacances.

L’auteure enfilera outrageusement de vieux clichés comme des perles, puisque selon elle, des accordéonistes se baladeraient aux terrasses du Quartier Latin, pour jouer « La vie en rose » en boucle (ben nan désolé… y en a pas ! À Montmartre oui… mais pas au Quartier Latin… Jamais vu!)…

Je passe sur les pickpockets du métro (bon ok… il y en a… en tout cas, plus que d’accordéonistes aux terrasses du quartier latin) qui vont la dépouiller…

Et évidemment les policiers français sont trop occupés à réprimer les manifestations (bon n’oubliez pas que ce livre a été écrit en 2004, soit bien longtemps avant les gilets jaunes !), pour se préoccuper des pickpockets…

Et évidemment, quand elle va aller reprendre l’avion pour rentrer chez elle, c’est juste à ce moment-là que la police fera exploser un bagage abandonné, Agatha qui n’a jamais entendu parler d’attentats terroristes, ne comprenant pas pourquoi on traiterait ainsi systématiquement les valises égarées…

J’avoue que les dix premières pages m’ont un peu crispée. Je n’aime pas trop les auteurs qui réduisent un pays à des clichés… et en particulier le mien…

Est-ce qu’Agatha boit du thé et se gave de scones à longueur de journée ? Et ben non ! Elle a avalé plus de lasagnes surgelées que de scones en 15 romans ! Alors ?

Pourquoi suis-je censée de ne manger que du fromage qui pue tartiné sur de la baguette et me saouler au bordeaux ?

Et, que dirait Dame Belette si je réduisais la Belgique aux frites, à la bière, aux querelles incessantes entre wallons et flamands et aux blagues absurdes ? (Dame Belette dirait que tu aurais raison mais que ta vision des querelles absurdes est gentille et que même nous on ne comprends plus rien à nos institutions  ! Et nos moules, elles puent, nos moules ??) OK… elle nous rappellerait qu’il y a aussi du chocolat ! Qatari le chocolat… en plus… (Que Dieu nous garde, Galler est devenu Qatari !)

Anybref, tout ceci pour justifier la décision d’Agatha de devenir détective privée…

Enfin, surtout aux yeux des béotiens qui n’ont pas lu le volume précédent de ses aventures puisque c’était sur cette décision que nous en étions déjà restés. Cette escapade parisienne n’était qu’un prétexte pour replanter le décor pour celles et ceux qui ne suivent pas, épicétou…

A peine rentrée de Paris elle va donc rendre visite à Mrs Boxbly qui lui apprend que le cottage de James Lacey (son ex) a été enfin revendu à une fonctionnaire en retraite.

Oui ! Une femme ! Là pour le coup Agatha qui a l’habitude de coucher avec tous les occupants du dit cottage depuis son arrivée à Carsely en sera pour ses frais à moins de changer d’orientation sexuelle.

Elle se contentera d’embaucher sa nouvelle voisine comme secrétaire pour son agence de détective (cela étant les patrons et les secrétaires… quoi ? un cliché ?)…

Les relations avec cette secrétaire un peu trop efficace à son goût ne seront pas simples… Très ambivalentes… C’est le moins qu’on puisse dire… C’est qu’on n’a pas le droit de briller plus qu’Agatha quand on travaille avec elle ou pour elle. Ses fans commencent à la connaître !

Évidemment lancer une agence de détective dans une petite ville de province britannique, c’est un peu difficile, mais après une brillantissime affaire de chat-perdu retrouvé (par la dite secrétaire), une autre affaire de fils perdu-retrouvé (à nouveau par sa secrétaire…) quoi que le père de celui-ci se soit davantage inquiété pour sa voiture, et une histoire d’adultère assez banale, Agatha se voit confier une « vraie » affaire de menaces de mort !

Menaces portant sur la fille d’une imbuvable nouvelle riche et radine du coin. Sauf que croyant leur sauver la vie, Agatha les entraîne toutes les deux avec elle au fond de la piscine en pleine fête de fiançailles devant un aréopage de gens triés sur le volet…

Ben oui… elle avait vu le canon d’un fusil à la fenêtre, sortir opportunément au moment où le feu d’artifice prévu avait été déclenché prématurément. Vous imaginez à quel point la cliente d’Agatha était contente de ses services en sortant de la piscine, trempée devant tous ses invités…

Sauf que… tout cela bien que fort cocasse n’est pas si simple…

Et voilà ! Le décor est planté. C’est parti pour une nouvelle aventure haute en couleur !

Mon avis :
J’avoue avoir beaucoup apprécié ce roman mené à un rythme assez soutenu, avec diverses pistes et moult rebondissements.

Et, fait appréciable, l’auteur semble ne plus trop s’appesantir sur les routines d’Agatha qui commençaient à être lassantes depuis quelques volumes…

Et notamment sur ses cogitations éternelles concernant les hommes !

Car voilà notre Agatha plus préoccupée par le lancement de son agence et ses affaires que par l’urgence de séduire le premier mâle bien mis de sa personne en vue, plus histoire de se rassurer sur ses charmes que par un réel projet de construire une nouvelle histoire.

Cela étant rassurez-vous, Agatha n’a pas totalement changé non plus… Elle n’est pas devenue insensible aux bôzhômes et les imbroglios amoureux resteront de la partie d’une manière… comment dire… assez surprenante et inédite.

Ben oui… Il n’y a pas qu’Agatha qui est pourvue d’un cœur d’artichaut figurez-vous !

Bref, si l’on excepte les insupportables clichés du début, ce roman offre une merveilleuse bonne surprise, rompant avec les recettes habituellement utilisées par l’auteure qui pensait que ses lecteurs voulaient continuer à voir Agatha tourner en rond sans aucune évolution notable de son personnage.

Voilà qui donne envie de lire le prochain volume au plus vite !

L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01 : Alper Canigüz

Titre : L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01

Auteur : Alper Canigüz
Édition : Mirobole (23/05/2014) / Livre de poche (03/06/2015)
Édition Originale : Oğullar ve Rencide Ruhlar (2004)
Traducteur : Célin Vuraler

Résumé :
Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul.

Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions.

Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

Critique :
Y’a plus d’jeunesse, ma bonne dame ! Regardez par exemple le jeune Alper Kamu… Non, je ne suis pas enrhubée et je ne suis pas en train d’ibiter un allemand qui barle, il se nomme bien Alper Kamu, le gamin !

Cinq ans, le gamin, et il te cause comme une sorte de Sheldon Cooper de 9 ans…

Son cynisme et son sens de la répartie sont toujours de sortie et il n’a pas peur de répondre aux adultes ou aux gosses plus âgés que lui.

Ma plus grande crainte, en entament ce policier où l’enquêteur a 5 ans, était de ne pas adhérer au personnage et, contrairement à ce que je pensais, je l’ai adoré, ce sale gamin plus intelligent que la moyenne.

Effectivement, ça ne fait pas très réaliste et on aurait plus l’impression de se trouver comme dans la série de « Détective Conan », avec un jeune homme coincé dans le corps d’un gamin suite à une malédiction.

Alors oui, Alper Kamu a beau être intelligent, ce n’est tout de même qu’un gosse de 5 ans qui ne va plus à la maternelle car sa place n’est pas là. Si ses amis lisent Petzi, lui, il se tape Dostoïevski, excusez- du peu. Ou Nietzche, pour se marrer.

Le summum de l’humiliation. Rendez-vous compte, on réclamait de moi, Alper Kamu, fervent admirateur de Chostakovitch, que je m’époumone sur l’air de « Il était une bergère » ! Fort heureusement, mon comportement asocial et mes récurrentes éruptions colériques ont amené la maîtresse à penser que je devais être attardé, si bien qu’elle a fini par me laisser tranquille.

On mettra le réalisme de côté pour profiter pleinement de la causticité du gamin, de son esprit éclairé, de sa vision réaliste du monde et de l’enquête qu’il va réaliser suite à l’assassinat de son voisin, le vieux grincheux Hicabi, ancien flic et entouré de bien des mystères.

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs, je ne me sens pas vraiment différent. Seulement, j’ai de la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée

L’enquête n’est aussi qu’un prétexte pour nous parler de la société Turque, de son administration corrompue (et tout le reste aussi), de la pauvreté de certains quartiers, de la délinquance, de la police… Disons ce qui est, l’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur tout ça et il le fait bien.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

J’ai passé un moment jubilatoire avec ce jeune héros qui n’a pas sa langue en poche et qui était présent avec sa gamelle lors de la distribution de cervelle ! Il est fin, rusé, malin, cynique et pour que son père ne soit pas muté ailleurs, il va mettre tout en oeuvre afin de négocier avec le directeur, un triple connard.

N’allez pas croire que l’enquête soit bâclée parce que c’est un enfant qui mène l’enquête ! Moi, je n’avais rien vu venir du tout !

En se promenant tranquillement dans ses rues et en posant des questions, notre jeune garçon va en apprendre plus que tous les flics réunis, et, tel un Sherlock Holmes en culottes courtes, tel un Hercule Poirot en short (shocking), Alper va assembler tous les bouts de ficelles pour en sortir un écheveau dont toutes les mailles vont venir se resserrer sur le coupable.

Voilà un roman policier drôle, intelligent, subtil, inattendu, caustique, le tout servi par un personnage hors norme, limite extra-terrestre, surtout lorsqu’on se rappelle qu’il n’a que 5 ans.

— Voir que nos institutions publiques sont dirigées par des fascistes aussi subtils que vous me redonne confiance en ce pays, monsieur.

Il était né laveur de voitures. Mais la vie l’avait condamné à devenir épicier, tout comme elle avait condamné de formidables maraîchers à être députés. Le système tue les talents.

Avec un final inattendu, à cent lieues de ce que l’on aurait pu croire, voilà un roman policier qui sort des sentiers battus grâce à un très jeune enquêteur, à d’autres personnages assez hauts en couleurs et une plume acide qui n’hésite pas à piquer le pays là où ça fait le plus mal.

Un petit détail qui m’a plu, ce sont les titres des chapitres, tous ayant une référence littéraire connue. Et puis, vous avouerez que les éditions Mirobole savent soigner leurs couvertures, c’est autre chose que l’édition de poche.

Mes deux seuls bémols – ben oui, il y en a – seront pour un chapitre fort onirique, suite à la consommation de champignons louches par Alper et le délire qui en a résulté.

Ce chapitre long et lourd (« Ainsi hallucinait Zarathoustra ») a été indigeste à lire, alors que je venais de dévorer tout ce qui précédait, sans oublier le petit bémol sur le fait que ce n’est pas très réaliste d’avoir un enquêteur de 5 ans qui s’exprime de la sorte.

Quatre ans de plus, et ça passait mieux, mais alors, Alper Kamu aurait été en obligation scolaire. En tout cas, ça change de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, et ça, ça compte énormément aussi. Comme quoi, tout est toujours possible en littérature policière.

Un roman policier qui défrise et où suivre les monologues d’Alper Kamu, ainsi que ses pensées, ses traits d’esprits, est bien plus intéressant que de savoir qui a tué Hicabi Bey, le vieux grincheux qui écoutait sa télé à fond la caisse.

Faudra que je teste la suite, si j’ai du temps devant moi, vu que ma PAL est comme Alper Kamu : hors-norme elle aussi !

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. À l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un d’eux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoulait, inexorable, et je vieillissais vite.

Ce samedi était un jour de pluie ordinaire. Après un petit déjeuner tardif, mon père s’est plongé dans ses mots croisés et ma mère dans sa lessive. Comme tous les travailleurs de la classe moyenne, ils passaient leur semaine à attendre le week-end, et le week-end à s’ennuyer de leur travail. Ils ne verraient même pas arriver leur dernière heure-ou la victoire ultime du système.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Témoin de la nuit : Kishwar Desai

Titre : Témoin de la nuit

Auteur : Kishwar Desai
Édition : De l’aube – Aube Noire (2013)
Édition Originale : Witness the night (2010)
Traducteur : Benoîte Dauvergne

Résumé :
Si l’intrigue est très bien troussée, ce n’est pourtant pas le principal intérêt de ce livre.

Les crimes servent de prétexte à la romancière pour brosser le tableau d’une société à la fois ancrée dans la tradition et en pleine mutation.

Simran, par exemple, est une femme émancipée, contrairement à Durga, qui vient d’une famille très conventionnelle, riche, bridant ses filles, faute d’avoir pu les tuer à la naissance.

Ce roman devint un best-seller à sa parution à New Delhi, il y a quatre ans, et il vaut bien des documents.

Critique :
Pour une fois, le résumé n’est pas trompeur : une intrigue bien troussée mais qui n’est pas le principal intérêt de ce roman noir.

Toute l’enquête de la travailleuse sociale atypique Simran Singh sur l’assassinat de toute une famille riche (13 membres) n’est que le prétexte pour nous parler de la société indienne (hindoue) qui est patriarcale à mort et où les femmes et les filles n’ont que le droit de pondre des fils et de tenir le ménage.

— Alors dès le début, on m’a mis la pression pour que je ponde, ponde, ponde… comme une putain de poule.

On se plain des plafonds de verre chez nous ? Croyez-moi, nous sommes le cul dans le beurre et il est bordé de nouilles déposées à la cuillère en argent.

Le récit est âpre, violent, dénonçant les injustices et le sex-ratio inégalitaire puisqu’il est mal vu de mettre au monde des filles, alors, on les élimine direct et on ne garde que les mâles. Vous imaginez qu’au final on se retrouve avec 350 filles pour 650 garçons et que ces derniers doivent importer des femmes d’ailleurs puisqu’il n’y en a pas assez.

Le médecin nous a appelés pour nous dire que le bébé était une petite fille en bonne santé. J’étais tellement heureuse que j’ai presque sauté de joie. Et puis j’ai vu le visage de mon beau-père. Pendant tout le trajet de retour, il a eu l’air très mécontent. À la maison, la nouvelle a reçu le même accueil.

La plume est trempée dans le vitriol, par le biais de sa personnage principale, Simran Singh qui s’est toujours révoltée contre de telles pratiques mais qui ne peut pas faire grand-chose à son niveau. Pourtant, elle essaie.

Simram a tourné le dos à toutes ces traditions du Punjab, elle a 45 ans et ne s’est pas mariée, ce qui fait que tout le monde regarde cette vieille fille avec mépris et sa mère la harcèle pour qu’elle lui offre un petit-fils. Pas facile de dire merde aux traditions.

Les portraits dressés de certains personnages sont taillés à la serpe, le genre de personnage qu’on aimerait flinguer assez vite, imbu d’eux-mêmes, jaloux de tout et prêt à tout pour y arriver.

Les flics étaient corrompus sous Al Capone et le sont toujours ? Ici, on est dans le haut du panier niveau magouilles, les médailles d’or tombent, n’en jetez plus, tout marche à la corruption, même les soins dans les hôpitaux.

Au fur et à mesure que Simran Singh dénoue l’écheveau de ce meurtre multiple et tente d’entrer dans le passé de Durga, la fille cadette de cette famille, suspectée d’être l’auteure des meurtres, elle tombe dans le glauque absolu, et nous avec.

On referme ce roman noir avec le coeur au bord des lèvres, le dégoût suintant de tout nos pores (on aimerait écrire « porcs » mais ce serait une insulte à l’animal) et le guide du Routard peut me dire ce qu’il veut mais je n’ai pas envie de poser un pied là-bas.

Un roman noir où l’enquête est un prétexte pour écrire un réquisitoire sur le pays de l’auteure, sur son gouvernement, sur les hommes qui ne veulent pas de l’égalité et sur des gens qui n’ont pas encore compris qu’on va droit dans le mur en ne sélectionnant qu’un seul sexe et en éliminant systématiquement l’autre.

Un roman noir qui laisse le lecteur groggy, pantelant, en proie à de multiples émotions qui ne sont pas celle de la joie, évidemment. Avec un tel sujet, on se doute qu’on ne va pas nager dans les petites fleurs et les arc-en-ciel des Petits Poneys.

Je savais qu’en Inde, il était illégal de demander le sexe de son enfant, alors j’ai cru qu’il voulait savoir si le bébé était en bonne santé et j’ai accepté. Cependant, j’ai été très surprise lorsqu’il m’a dit que nous devions attendre le compte rendu avant de rentrer.

Un roman noir où l’enquête est accessoire, même si elle est utile pour nous brosser, au vitriol, un portrait peu flatteur de la société hindoue dont certains sont encore plus rigides que les plus rigides anglais victoriens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Agatha Raisin enquête – Tome 14 – Gare au Fantôme – Qui vivra verra ! : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 14 – Gare au Fantôme –  – Qui vivra verra ! [Par Dame Ida, Pigiste Bénévole Officielle au Service de Dame Belette et Spécialiste Patentée (mais très tentée) de l’œuvre Agathesque]

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (31/10/2018)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 14 : And the Haunted House (2003)
Traducteur : Clarisse Laurent

Résumé :
Croyez-vous aux fantômes ? Mrs Witherspoon, une vieille mégère détestée de ses voisins et de ses propres enfants, se plaint de visites spectrales. Chuchotements, bruits de pas, brouillard suspect… sa maison serait hantée ! Les blagues vont bon train au village : mensonges ou hallucinations ?

Lorsque la vieille dame meurt dans des circonstances suspectes, plus personne ne rit : s’agit-il d’une farce qui a mal tourné ou d’un règlement de compte ? Mrs. Whiterspoon avait-elle de féroces ennemis ? Quels dangereux secrets abrite sa demeure ?

Agatha Raisin n’a plus l’âge de jouer aux fantômes mais bel et bien celui de traquer des meurtriers. Avec l’aide de son voisin, le charmant Paul Chatterton, elle compte bien démasquer ces « revenants » qui ont déjà fait beaucoup trop de mal.

Résumé par Dame Ida : Or donc, Mr Armitage, le voisin d’Agatha, auteur de romans policiers qui avait repris le cottage de James Lacey, est parti à son tour et c’est un nouveau venu à Carsely qui le remplace.

Celui-ci s’appelle Paul Chatterton, est informaticien freelance, et accessoirement marié à une jeune et volcanique ibère qui a le bon goût de ne pas aimer le climat Grand Breton, et préfère faire des allers retours entre l’Espagne et les Costwolds dont elle voudrait que Paul déménage pour aller s’établir avec elle au soleil (donc plus en Grande Bretagne mais en Espagne, tout le monde aura compris, mais je précise au cas où !).

Anybref, mon petit doigt me dit que le cottage sis près celui de Dame Agatha est maudit et condamné à voir ses habitants défiler… A moins que ce soit Agatha qui porte la poisse ? Allez savoir…

Oui… Ok… c’est pas ça l’histoire… Mais laissez-moi planter le décor tout de même ! Mettre l’ambiance et tout et tout…

Bref… Agatha revient de Londres (ça commence souvent comme ça n’est-ce pas ?), et snobe ostensiblement, ce nouveau voisin que tout le monde croit célibataire à Carsely (Mrs Chatterton est restée en Espagne) et que toutes les vieilles biques du coin essaient de séduire.

Ben oui, une fois de plus Agatha a juré ses grand dieux que c’en était fini des hommes (Ah ? C’est pas la première fois ? Vraiment ?) tourne en boucle sur ce salaud de James (que c’est original !) etc… Et c’est donc son voisin qui va faire le premier pas, puis le second, parce qu’Agatha ne lui rend pas la tâche facile…

Et v’là que l’informaticien vieillissant mais encore bien conservé commence à troubler Agatha. Comme c’est surprenant ! Agatha flirte avec tous ses voisins et les épouse à l’occasion, vous savez bien… c’est une sorte de constante aussi fiable que celles qui régissent la course des astres, et concernant Agatha… surtout le cours des désastres !

Et comme si ça ne suffisait pas, apprenant ses qualités d’enquêtrice, il la convainc qu’aller avec lui à la chasse aux fantômes chez une certaine Mrs Whiterspoon, une très très vieille chouette mal lunée qui peut nous laisser imaginer ce que pourrait devenir le mauvais caractère d’Agatha dans une quarantaine d’année si ses défauts s’accentuaient comme ils le font souvent au fil du temps.

Et oui… figurez-vous qu’une brume fantomatique  entre chez elle la nuit… Agatha est tellement sur les nerfs et la vieille chouette est tellement avenante, que tombant sur Mrs Witherspoon en chemise de nuit dans un coin sombre pendant une veille nocturne de traque au fantôme, elle s’enfuit en courant horrifiée, provoquant l’ire de la mocheté…

La voilà évincée de la traque au fantôme en représailles mais, Paul Chatterton en bon esprit rationnel d’informaticien qu’il est, suspecte assez vite un effet spécial très courant à base de neige carbonique utilisé dans tous les studios de films d’horreurs…

Et avec Agatha, les voilà partis en conjectures sur ce qui pourrait pousser quelqu’un à effrayer la vieille bique, et surtout pourquoi… quand on la retrouve refroidie le cou brisé au bas de ses escaliers.

Et voilà Agatha repartie dans une enquête en binôme avec un nhôme… qui laissera place en cours de route à Sir Charles retour dans le paysage avec quelques kilos et une épouse en moins, vu que n’enquête pas qui veut aux côtés de l’attachiante Agatha (la faute c’est exprès) !

Deux cadavres plus tard (ce qui portera le compte à trois, contribuant à dépeupler une fois de plus Carsely et ses alentours pour que les londoniens fortunés puissent migrer dans les Costwolds, comme Harry et Meghan qui ont élu résidence dans une fermette du cru, près d’un coin de drague libertin en pleine nature, en attendant la fin des travaux de leur nouveau homesweethome ), sur fond de légendes historiques, de passages secrets, de vieux journaux intimes (on se croirait presque dans un Club des Cinq !), de spéculation immobilière, de rivalités amoureuses ou familiales, de secrets de polichinelle et de cogitations métaphysiques d’Agatha sur ses tenues et évidemment sur ce salaud de James, nos personnages préférés nous mèneront au bout d’une enquête pleine de rebondissement de pistes et de fausses pistes qui s’entrecroisent.

Mon avis :
Bon… Vous avez pu voir déjà dans mon résumé que je trouve parfois certains thèmes, ou certains ressors scénaristiques un peu trop récurrents à mon goût.

Certes, au bout du 14e tome on peut comprendre que l’auteure peine à faire dans du 100% original à chaque fois, mais tout de même… quand on sait qu’il y a encore autant d’autres tomes à lire dans la série on peut commencer à se poser des questions sur ce qui nous attend.

Quand j’étais jeune à peu près à l’époque où les dinosaures disparaissaient (moi je connais la vraie raison de leur disparition, mais je n’ai pas le droit d’en parler : on m’a forcée à signer des accords de confidentialité car ils y a des intérêts faramineux derrière !), ou juste un peu plus tard… je regardais Goldorak à la télé pour ne pas passer pour une cruche devant mes copains et copine de l’école…

Et j’avais remarqué que chaque dessin animé était pratiquement écrit selon le même plan à chaque fois.

Du début à la fin… où Goldorak envoyait le Golgoth ad patres par un ultime coup de « Cornofulgure » dont on peut se demander pourquoi Actarus n’a pas pensé à l’utiliser dès le début. Et bien là, c’est un peu pareil.

[La tenancière de ce blog apprécierait qu’on ne tape sur son Goldorak chéri, merci !]

Je ne veux pas trop spoiler alors je n’entrerai pas dans le détail, mais même le dénouement de cette aventure-là ressemble trop à la façon dont d’autres volumes précédents ont pu se terminer.

Et je vous ai déjà dit en résumant que ça commençait un peu comme d’habitude : Agatha rentre de Londres… Un nouvel homme… On se tourne autour… Un mystère à résoudre… une avalanche de cadavres… Des changements de tenue… Les lasagnes surgelée passées au micro-onde (à croire qu’Agatha ne manque que ça !)…

Et pis les flics locaux qui arrêtent pas de dire à Agatha d’arrêter de se mêler de leurs enquêtes… Hey Marion Chesney alias MC Beaton ! Faudrait vous réveiller ! L’odeur apaisante du laurier semble vous avoir assommée plus qu’un Abrutil 300mg !

Certes… Quand on aime retrouver les mêmes personnages auxquels on s’est attachés depuis 14 tomes, on peut avoir tendance à aimer ne pas être trop bousculés dans ses habitudes…

Retrouver Agatha c’est un peu comme enfiler ses charentaises avant de s’asseoir devant la cheminée pour lire ses aventures avec le chat sur les genoux, une tasse de lapsang souchong à portée de main…

On aime pas trop être dérangé dans ces cas là…

C’est vrai… Que deviendrait ma vie de lectrice sans Agatha, Mrs Bloxby, Bill Wong, et les zôtres ? Sans le charme bucolique des Costwolds ? Sans la tasse de thé qu’on propose à toutes les pages ?

Mais tout de même… Faudrait se renouveler un peu, non ?

On aime Agatha telle qu’elle est forcément… Mais la voir tourner en rond dans les mêmes histoires commence un peu à me lasser au point que j’ai lu cette enquête bien plus lentement que d’habitude en plusieurs tranches espacées…

Ce qui est un signe…

Et ce qui ne m’a pas aidée non plus car, il y a pas mal de personnages et que j’avais tendance à m’y perdre après chaque interruption de lecture.

Cela ne m’empêchera pas de lire le tome 15 quand je l’aurais évidemment… Mais… j’attends mieux.

Agatha Raisin enquête – Tome 13 – Chantage au presbytère : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 13 – Chantage au presbytère

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (31/10/2018)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 13 : And the Case of the Curious Curate (2003)
Traducteur : Françoise du Sorbier

Résumé :
Larguée (une fois de plus) par James Lacey, délaissée par son voisin en qui elle mettait ses derniers espoirs, Agatha Raisin déclare la guerre aux hommes en faisant voeux de chasteté…

Jusqu’à sa rencontre avec le tout nouveau et très sexy vicaire de Carsely, qui fait l’effet d’une bombe au village : les femmes se bousculent à l’église. Quant à notre Agatha, elle retrouve aussitôt la foi…

Mais, damned !, voilà que le corps sans vie du vicaire est découvert dans le bureau de l’église. Qui a pu commettre ce geste sacrilège ?

Le clergyman était-il trop beau pour être honnête ? C’est ce que découvrira peut-être Agatha qui, sans le savoir, vient d’ouvrir une véritable boîte de Pandore…

Avec plus de 800 000 exemplaires vendus, Agatha Raisin, l’héritière très spirituelle de Miss Marple version rock, a imposé sa personnalité loufoque et irrésistible. Vous reprendrez bien un peu de Worcestershire sauce dans votre thé ?

Critique :
Or donc, cela fait déjà un moment que James a filé à l’anglaise pour se faire moine(*), que le divorce a été bouclé et qu’un autre propriétaire a repris son cottage voisin de celui d’Agatha…

Un romancier, spécialiste d’intrigues policières très bien mis de sa personne et qui a fait renaître chez notre détective préférée l’idée qu’elle n’avait peut-être pas encore totalement fermé la boutique…

Toutefois, elle reste méfiante… et reste circonspecte face à l’enthousiasme des paroissiennes et de la Société des Dames de Carsely concernant le bellâtre de vicaire qui est venu prêter main forte au pasteur Bloxby.

Vous savez ? Le pasteur Bloxby, celui qui a toujours une urgence extrêmement urgente à traiter quand Agatha déboule et qui file dare-dare parce qu’il ne la supporte pas et n’a pas le courage de l’avouer…

Alors que sa femme, Mrs Bloxby, d’une bienveillance à toute épreuve est ce qui se rapproche le plus d’une amie pour Agatha à Carsely…

Anybref… Croyez-moi si vous voulez mais l’auteure l’a carrément appelé « Trisan Delon ». Le vicaire ! Pas le Pasteur (ben oui, on vous a déjà dit qu’il s’appelait Bloxby ! Alf Bloxby ! Faut suivre!)…

Delon ! Rien que ça ! C’est dire si l’auteure voulait en faire une bombe… Sauf qu’il ne ressemble pas à notre Alain national (qui ne m’a jamais beaucoup séduite d’ailleurs… surtout après trente ans !).

Hé, Dame Ida, il est pas sexy, là ?? Moi, je craque !

C’est un blondinet délicat tout bouclé ! Et toutes les femmes en sont folles ! C’est que le Tristan attire les foules à ses sermons… Et que le Pasteur Bloxby commence même à être un tantinet jaloux de son adjoint.

Agatha va donc jeter un œil au culte et effectivement… Le bellâtre est pas mal du tout.

Et voilà qu’à la grande surprise d’Agatha, le jeune homme commence à se montrer très entreprenant avec elle en l’invitant notamment à dîner dans la partie de la maison qu’il loue à une vieille dame du coin… Un fan de cougar sans doute ?

La paroissienne qui l’héberge met donc les petits plats dans les grands et les monte chez le vicaire qui lui fait du plat entre les plats.

Agatha est flattée mais… elle n’y croit pas… Surtout quand il commence à lui faire des propositions d’investissements… Faut pas la prendre pour une pauvre vieille désespérée au point de se payer des gigolos, Agatha ! Pas touche au grisbi sinon, Agatha aux yeux d’ourse se transforme en grizzli !

De toute façon même si elle avait voulu, elle n’aurait pas pu lui donner des sous ! On retrouve en effet le vicaire zigouillé le lendemain au presbytère, le tronc des offrandes a été forcé… et la police commence à soupçonner le pasteur de l’avoir tué par jalousie.

Certes il n’a pas toujours été sympa avec Agatha, mais par égard pour sa femme qui a toujours été un indéfectible soutien pour elle, notre Agatha repart sur le chemin des enquêtes !

Et vous savez qu’elle a toujours besoin d’un complice pour ça ! Il lui faut un zhôme ! James n’est plus là… Son lord bidule non plus (vous savez, le nobliau local, pingre comme c’est pas permis et à qui elle a bien claqué la porte au nez quand il est venu l’implorer quand avec plus de kilos et moins de cheveux, il se retrouvait abandonné par l’aventurière qui lui avait fiché le grappin dessus)…

Ben elle fera avec John Armitage, son nouveau voisin romancier… On ne sait jamais… sur la base d’un malentendu on pourrait peut-être conclure autre chose qu’une enquête ? Sauf qu’une jeune greluche lui tourne autour… voilà qui n’arrange pas l’humeur d’Agatha !

Et voilà qu’on se rend compte que le vicaire au visage d’ange raphaélique était loin d’être si angélique que ça et qu’il avait séduit bien des dames fortunées et fait main basse sur leurs économies sous prétexte de leur faire faire des investissements juteux… Qu’on ne sait plus très bien s’il était à voiles ou à vapeur… Qu’il avait fait chanter un homme d’affaire très puissant lorsqu’il officiait encore à Londres… Et que… Et que… deux habitantes de Carsely passent l’arme à gauche à leur tour dans des circonstances violentes que l’on peut aisément qualifier d’assassinat.

Je l’ai déjà dit par le passé, et je le redirai encore et encore… Jamais je n’irai vivre à Carsely. Parce que je n’imagine pas que ce soit si peuplé que ça et vu le nombre de personnes qui s’y sont fait refroidir de façon définitive depuis 13 volumes… il est évident que ce bled présente le plus fort taux de risque de mort violente… Passant loin devant Miami, le Bronx, ou les coins les plus glauques de Johannesbourg.

Mais… Si l’on passe au-dessus de cette petite faille dans le processus de « suspension d’incrédulité » nécessaire à capter le lecteur dans un roman,  et si l’on oublie que la vie d’Agatha n’est qu’un éternel recommencement (j’enquête, je lutte contre les effets de l’âge, des calories, de la gravité et je t’aime moi non plus), on prend toujours autant de plaisir à la retrouver et à la suivre dans une intrigue à tiroirs et à rebondissements particulièrement bien ficelée, en se détendant (ou en se tendant… je ne sais plus trop) les zygomatiques.

(*) Petite incohérence bien anglaise… On ne connaît pas très bien les mœurs catholiques en perfide Albion depuis Henri VIII et Elisabeth Ière ! Heureusement que Toquéfada, Inquisiteur à Seize Heures me l’a rappelé : Il n’y a pas de monastère anglican… James s’est présenté dans un monastère catho…

Or les catholiques ne reconnaissant pas le divorce, il n’est PAS POSSIBLE d’entrer dans les ordres après avoir contracté une union car l’Église tient à ce que les hommes et les femmes ayant pris un engagement matrimonial et/ou familial le respectent.

L’entrée en religion ne saurait entrer en concurrence avec le mariage ! Il est possible de se retirer dans un couvent ou monastère en étant marié mais seulement sous certaines conditions : il faut que les enfants du couple soient tous indépendants (bon OK Agatha et James ne s’étaient pas reproduits), et que les DEUX conjoints se soient mis d’accord est soient TOUS LES DEUX entrés en religion.

Et même dans ce cas, les hommes ne peuvent pas devenir prêtres. Juste moines.

James étant veuf et Agatha aussi au moment de leur mariage, leur mariage est considéré comme valide aux yeux des cathos (même s’il n’est pas célébré dans une église catholique) et ne peut être rompu sauf reconnaissance de la nullité du mariage… mais dans leur cas c’était impossible à prouver (la nullité peut être prononcée pour les motifs suivants : non consommation, immaturité des époux, défaut de consentement de l’un des conjoint qui aurait « menti » en disant « oui » ou y aurait été contraint, homosexualité ou stérilité cachée d’un des époux, ou infidélité AU MOMENT MÊME de l’union).

Bref… Y a une couille dans le potage !!!

Soit l’auteure prend ses lecteurs pour des quiches… Soit c’est une quiche en matière religieuse et elle ferait mieux d’éviter d’en parler… Soit James a monté à bobard à Agatha pour justifier leur divorce, ce qui ne m’étonnerait qu’à moitié tout compte fait ! Quel salaud ce James Lacey !!!

Toqué suggère une condamnation au bûcher pour avoir instrumentalisé la religion pour divorcer… ça serait bien mérité! Oser faire souffrir notre Agatha comme ça !!!

Corruption : Don Winslow

Titre : Corruption

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (07/11/2018)
Édition Originale : The Force (2017)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
QUAND TOUT LE SYSTÈME EST POURRI AUTANT JOUER SELON SES PROPRES RÈGLES

Denny Malone est le roi de Manhattan North, le leader charismatique de La Force, une unité d’élite qui fait la loi dans les rues de New York et n’hésite pas à se salir les mains pour combattre les gangs, les dealers et les trafiquants d’armes.

Après dix-huit années de service, il est respecté et admiré de tous.

Mais le jour où, après une descente, Malone et sa garde rapprochée planquent pour des millions de dollars de drogue, la ligne jaune est franchie.

À travers une narration abrupte et remarquablement réaliste, faisant écho à l’œuvre de Dennis Lehane comme aux films de Martin Scorsese, James Gray et Brian de Palma, Don Winslow livre un roman policier magistral, tableau étourdissant du crime organisé, actuellement en cours d’adaptation au cinéma par James Mangold (Copland).

Critique :
Lui, je voulais le lire absolument ! Ma demande n’ayant pas été validée sur une plate-forme bien connue, j’ai été obligée d’aller l’acheter…

Si j’avais été un flic et de la trempe d’un Denny Malone, ce bouquin, le libraire me l’aurait offert dans une enveloppe garnie de fric, retour d’ascenseur oblige.

Mais je ne suis pas flic, ni ripou…

Juste pour info, oubliez le film « Les Ripoux » de Claude Zidi, ici, nos flics jouent dans une autre catégorie : celle des poids lourds et cela ne fait pas rire.

Ce roman, c’est un gros pavé jeté dans une mare profonde, un tsunami qui t’ébranle, une vague immense de révélations qui n’ont rien d’une fiction, même si les personnages et les situations sont fictives.

C’est ça, le NYPD, pense-t-il. Ils vous filent une médaille parce que vous êtes débile, et vous reprennent votre insigne parce que vous êtes intelligent.

N’étant pas la moitié, ni le quart d’une imbécile, sachant que ce genre de pratique ont cours dans des entreprises (pot-de-vin glissés sous la table ou autre), on peut déduire qu’elles ont lieu aussi chez les flics et tout ce qui compose administrativement une ville.

Mais on a beau savoir, s’en douter, le déduire, le soupçonner, avoir lu la saga des Balkani, Fillon et autres, être une lectrice assidue du Canard Enchaîné, on se prend tout de même une volée de bois vert dans le plexus.

— Mais laissez-moi esquiver, m’sieur Winslow ! implorai-je l’auteur durant ma lecture.
— Non, t’en prendras plein ta gueule, la Belette, comme tout le monde ! Le savoir, c’est le pouvoir ! Le savoir, ça fait mal, aussi, donc, encaisse ! Lis ! Avale ! (pardon)

La force de ce roman, en plus de t’en foutre plein ta gueule comme si tu étais sur un ring avec un champion de boxe, c’est qu’il te refourgue aussi des personnages humains, sympathiques, sans manichéisme, qui te donnent envie de faire partie de leur groupe tant ces hommes là sont soudés : les 4 mousquetaires, un pour tout et tout pour un.

Oui, les flics pourris que l’on suit, que ce soit Denny Malone ou ses équipiers, Russo et Montague, malgré leurs travers, malgré leurs défauts, malgré leurs magouilles, malgré le fait qu’ils fricotent avec des types de la mafia, et bien, on a de l’empathie pour eux !

Ce ne sont que des policiers qui ont tenté de faire leur job à un moment donné, qui le font toujours, mais qui ont compris que le système était pourri de partout. Alors, ils tentent toujours de faire leur job, ils mentent plus, ils traficotent les preuves, tout en s’en mettant dans les poches, au passage, comme bien d’autres dans leur entourage.

Au début, l’occasion faisait le larron : du fric abandonné par des dealers dans leur fuite, des faveurs ou du cash offerts par une tenancière de bordel pour que tu regardes ailleurs ou que tu ouvres l’œil, une enveloppe remise par un bookmaker. Tu ne cherchais rien, tu n’étais pas en chasse, mais tu ramassais tout ce qui se présentait.

Si les autres le font, au sommet de la pyramide, pourquoi ne pourrait-on pas nous aussi prélever un peu de pognon ?? Les dirlos de certaines boitent partent avec des camions de matos (parce qu’ils peuvent) et l’employé, lui, ne prend que le petit matériel (mais si on le prend la main dans le sac, gare à lui)…

— Enfoirés de fédéraux, crache Malone. Vous êtes prêts à mentir, à tricher, à vendre les yeux de votre mère pour obtenir une condamnation. Mais quand les flics en font autant, vous criez au scandale.

Là, nos flics, c’est du fric qu’ils pompent, mais moins que d’autres.

Un flic accepte un sandwich au jambon pour tourner la tête, il perd son boulot. Le Congressman Trouduc touche plusieurs millions de la part d’un industriel travaillant pour la défense, c’est un patriote.

Et c’est si facile ! Un jour, on franchit un peu la ligne, juste un peu, juste pour un café et puis, on remet ça, pour un peu plus gros et ainsi de suite, jusqu’à la franchir totalement et ne plus savoir faire demi-tour.

Comment franchit-on la ligne ? Un pas après l’autre.

Oui, un peu comme dans la série Breaking Bad… Sauf que lorsque nous commencerons notre lecture, nos policiers ont déjà les années d’expériences derrière eux et leur petite entreprise ne connait pas la crise tant leur système est rodé et bien huilé.

Lorsque le système va se gripper, on va voir Malone franchir de nouveau une autre ligne, juste un pas, et puis, progressivement, passer de plus en plus vers le côté obscur de la Force et franchir LA ligne ultime, celle qu’on ne doit jamais franchir, que l’on soit flic, mafiosi, membre d’un gang…

Mais il restait une ligne que tu n’avais pas encore franchie. Tu n’avais même pas conscience de marcher dans sa direction. Tu te disais que tu étais différent, mais tu savais que tu te mentais. Comme tu savais que tu mentais en te disant que c’était la dernière ligne que tu franchirais, parce que tu savais bien que ce n’était pas vrai.

Il fut un temps où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations justifiées : éradiquer des criminels et la drogue. Puis est venue l’époque où tu trafiquais des mandats pour effectuer des arrestations afin de prélever ta part du butin.
Tu savais que tu passerais de charognard à chasseur.
Tu es devenu un prédateur.
Un parfait criminel.
Tu te disais que c’était différent puisque tu volais des dealers et non pas des banques.
Tu te disais que tu ne tuerais jamais personne pour une arnaque.
L’ultime mensonge, l’ultime ligne à franchir.

L’année 2018 n’est pas terminée, mais voici un coup de cœur en plus, même un coup de poing, dans ce cas-ci car le roman ne laissera jamais son lecteur en sortir indemne.

Personne n’est tout blanc ni tout noir, tout le monde a de bonnes excuses pour ses magouilles ou ses arrangements avec la vérité, tout le monde se donne bonne conscience.

De toute façon, le dealer va engager un Gerry Burger et sortir libre du tribunal. Au moins, tu le puniras, tu lui piqueras du blé, comme si tu lui collais un P-V, et pourquoi le fric reviendrait-il à l’État au lieu de finir dans ta poche, où il servira à faire du bien ?

Dans les romans de Don Winslow, tu sais que tu vas en prendre plein ta gueule, que tu iras te coucher moins bête (on a toujours à apprendre) mais avec la tête en vrac, avec l’envie de ne plus poursuivre ta lecture car tu te demandes si cela vaut la peine de prendre connaissance de toute cette pourriture.

Et bien oui, cela en vaut la peine ! Le cours est magistral, pas de philosophie à deux balles, pas de celle de comptoir, un scénario béton armé, une narration qui commence presque par la fin et qui te distille l’histoire dans un ordre bien choisi, qui t’alpague direct dès les premières lignes, avant de te coller quelques uppercuts ou direct dans le bide magistraux, pour te laisse K.O dans les cordes du ring, avec juste assez de dents pour dire « encore » parce que dans le fond, le lecteur est maso.

Sûr que le prochain flic qui me demandera de tenir mon pauvre clébard en laisse (à la campagne !!!) va en entendre des vertes et des pas mûres, maintenant que je sais tout, mais en plus, je sens que mes fins de moins vont être bourrées de beurre dans mes épinards et mon cul bordé de nouilles car demain, je prends le contrôle de mon quartier et je monte mon gang, na !

Merci m’sieur Winslow pour m’avoir donné ce cours merveilleux et avoir fait de moi une affranchie, c’est-à-dire une « qui sait ». On veut la sécurité, mais on ne veut pas savoir comment cela se passe en coulisses.

— Qu’est-ce que je viens de dire ? Vous me posez des questions, mais vous ne voulez pas connaître les réponses. Vous voulez vivre dans l’Upper East Side, le Village ou à Westchester, sans que la merde dégouline dans vos beaux quartiers. Et vous ne voulez pas savoir comment on empêche ça. Vous voulez juste que je fasse le boulot pour vous.

Merci pour les coups dans le bide, dans les dents, merci de m’avoir secouée de la sorte et d’avoir rhabillé tout ce petit monde (flics, politiciens, assureurs, banquiers,…) pour de nombreux hivers.

L’enfer, ce n’est pas de ne pas avoir le choix. C’est de devoir choisir entre deux choses épouvantables.

Je préfère mille fois un gangster honnête à ces enfoirés de Wall Street, se dit Malone. Le public ne comprend pas ça. Les gens pensent que les mafieux sont des escrocs ?  Les ritals voudraient juste pouvoir voler comme le font les gestionnaires de fonds de pension, les politiciens, les juges, les avocats. Et les membres du Congrès ? N’en parlons même pas.

Ces abrutis pour qui la réponse consiste à armer tout le monde, afin que les gens puissent, par exemple, canarder dans l’obscurité d’une salle de spectacle, n’ont jamais eu d’arme pointée sur eux, et ils chieraient dans leur froc si ça leur arrivait.

Golem – Le tueur de Londres : Peter Ackroyd [LC avec Bianca]

Titre : Golem – Le tueur de Londres

Auteur : Peter Ackroyd
Édition : Archipoche Suspense (03/01/2018)
Édition Originale : Dan Leno and the Limehouse Golem (1994)
Traducteur : Bernard Turle

Résumé :
Londres 1880. Un assassin insaisissable, invisible, opère dans le quartier de Limehouse.

Le peuple, la presse, la police l’ont surnommé le Golem, du nom de cette créature de la mystique juive, démon sanguinaire fait d’argile, capable de se défaire et de se reconstituer à volonté.

Le journal intime d’un certain John Cree révèle qu’il serait le mystérieux Golem, décrit ce qu’il appelle son oeuvre d’artiste, le massacre minutieux et jubilatoire de deux prostituées, d’un vieux sage et d’une famille entière.

Mais sa femme, Elizabeth Cree, une ex-chanteuse de music-hall, semble elle aussi dissimuler bien des secrets.

Le chemin de ces êtres énigmatiques croise et recroise celui de personnages historiques, l’écrivain George Gissing, Karl Marx et Dan Leno, « L’homme le plus drôle du monde », la star du théâtre populaire à cette époque.

Tous se rencontrent sans se connaître, dans la salle de lecture du British Museum ou au théâtre. Tous seront soupçonnés par la police dans sa traque du Golem.

Critique :
D’habitude, je préfère lire le roman avant de voir le film, mais dans ce cas-ci, j’ai fait le contraire et bien mal m’en pris !

Oui, j’aurais dû lire avant de voir car le roman a éclairé le film que j’avais trouvé confus et dont j’étais sortie sans trop avoir de certitude sur les événements que j’avais vus.

Comme ce fut le cas lors de la lecture de « Shutter Island » de Lehane, tout s’est éclairé lors de ma lecture et le roman m’a permis de comprendre le film (j’avais rien capté du film avec Di Carpacio).

L’histoire est un éternel recommencement… Si j’avais lu le roman avant, j’aurais eu les outils nécessaires lors du visionnage du film.

Le changement brusque de « narrateur » dans le roman ne m’a pas perturbé car, comme dans le film, nous suivons plusieurs protagonistes et si, au départ, on ne voit pas bien ce qu’ils viennent faire là, au fur et à mesure de la lecture, on distingue mieux les fils de la toile et la place de chacun.

Le film mettait en avant l’inspecteur John Kildare, alors que le roman le laisse plus dans l’ombre, mais la lecture permet de mieux se concentrer sur les différents personnages et puisqu’il n’y a pas d’effets spéciaux, on n’est pas distrait par les changements opérés par le scénariste lorsqu’il nous montre le même meurtre commis par plusieurs suspects (ceux qui ont vu le film verront bien de quoi je parle) .

L’auteur nous décrit bien le Londres d’en bas, celui des années 1860 à 1880 (même si je n’y étais pas) et son style est très cinématographique, je trouve, car lors de ma lecture, je voyais les images défiler, et je pense que cela n’avait rien à voir avec des réminiscences du film…

Beaucoup de mystères planent sur le récit, même si la scène d’ouverture ne laisse aucun doute sur l’issue fatale pour l’un des protagonistes puisque nous assistons à sa pendaison.

En tout cas, cette lecture a été addictive et je n’ai pas vu le temps passer. J’ai pris plaisir à replonger dans les cabarets, à chanter, à jouer la comédie, à suivre le meurtrier dans ses pérégrinations sanglantes et à croiser des gens connus à la salle de lecture du British Museum.

Un polar historique qui m’a permis de comprendre son adaptation cinématographique (il n’est jamais trop tard) et dont ses personnages m’ont fait parcourir quelques quartiers mal famés de Londres, ce qui ne pouvait que me ravir.

♫ Allez venez milord, vous asseoir à ma table ♪ *mode cabaret enclenché*

Par contre, pour ma binôme de LC, Bianca, ce fut la bérézina totale et elle n’a jamais réussi à accrocher au récit, abandonnant même l’affaire en cours. Comme quoi, tous les goûts sont dans les lectrices.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10/18 (04/05/2017)
Édition Originale : The Dead Woman of Deptford (2016)
Traducteur : Jean-Baptiste Dupin

Résumé :
Londres, époque victorienne. Par une froide nuit de novembre, le docker Harry Parker trébuche sur un cadavre dans une ruelle de Deptford. Que venait faire Mme Clifford, si chic, si bien vêtue, dans cette partie peu fréquentable de la ville ?

Chargé de l’enquête par Scotland Yard, l’inspecteur Ben Ross ne trouve aucun témoin.

De son côté, sa femme Lizzie tente d’étouffer un scandale : Edgar Wellings, un ami de la famille, souffre d’addiction au jeu.

Mais le pire reste à venir : Wellings semble être le dernier à avoir vu Mme Clifford vivante… Et que penser de son excellente raison de la tuer ?

Critique :
♫ J’étais tranquille j’étais pénard, j’me promenais dans la ruelle, quand tout à coup mon panard, a trébuché sur une morte pas belle ♪

Le docker Harry Parker a buté sur le cadavre d’une femme dans une ruelle pas très claire et en fichant le camp, il est rentré dans la bedaine d’un cogne qui passait par là.

Nouvelle enquête pour l’inspecteur Ben Ross qui est bien embêté car il impossible de mettre une identité sur cette femme.

Petit à petit, à l’aide de sa femme, il va commencer à en savoir un peu plus, mais malgré tout, l’enquête est dans une impasse, les policiers ont des tas d’indices et, telles des diseuses de bonne aventure, ils les lancent en l’air pour voir où ils retombent.

Ce qu’ils leur faudrait, ce sont des preuves et ils n’en ont pas !

— Mais nous sommes comme ces diseuses de bonne aventure orientales qu’on trouve dans les foires, monsieur. Nous lançons nos indices en l’air, comme elles leurs galets ou leurs bâtonnets d’ivoire, et nous regardons comment ils retombent. […] En revanche, ce que nous n’avons pas, Mr Ross, c’est une preuve tangible, capable de convaincre un juge. Beaucoup d’hypothèses jetées en l’air comme des bâtonnets d’ivoire… dans lesquelles nous ne lisons que ce que nous souhaitons.

Cette sixième aventure du couple Lizzie Martin / Ben Ross ne souffre pas de temps mort, il se lit avec avidité et on prend toujours plaisir à suivre Lizzie dans ses petites enquêtes sur le côté, aidant son mari du mieux qu’elle peut, au grand dam du Superintendant Dunn.

Il est un fait qu’une enquête avec au centre un prêteur sur gages, usurier, ça sent le déjà-lu dans une autre série de roman mettant aussi un couple flic/épouse en scène, et il s’agit bien entendu du duo Thomas et Charlotte Pitt.

Mais comme je dis toujours, depuis que la littérature policière existe, des enquêtes sur la mort d’un usurier, ça doit courir les rues ! Vu que les deux duos sont différents dans leur manières d’être, je ne saurais dire si plagiat il y a, inspiration, sans doute, ou alors, coïncidence.

Beaucoup de mystères dans cette nouvelle enquête, notamment à cause du fait qu’il y a un seul suspect et qu’il ne fait pas vraiment criminel sanguinaire mais plus enfant gâté qui ne pense qu’à son nombril et au fait que sa sœur sera toujours là pour lui sauver les miches.

De plus, j’avais beau me creuser les méninges, je n’en voyais pas d’autres car ces personnes là n’avaient pas de mobile valable pour tuer la prêteuse sur gages. Je ramais, et pourtant, j’aurais dû lire mieux les indices et j’aurais compris. Pour la peine, Holmes me donnera une fessée…

Ce que j’apprécie le plus, dans cette saga, ce sont les personnages principaux, tout d’abord, les secondaires qui ne sont pas laissé au hasard et les incursions dans le monde moins clinquant de la société de Londres, là où une partie des personnages secondaires prennent toute leur importance.

Dans ces pages, j’en ai croisé quelques que j’aurais baffé avec plaisir, qu’ils soient de la haute comme le jeune Wellings et tante Parry ou de basse extraction comme Britannia Scroggs qui, mise en image, me donnait l’impression d’une caqueteuse râleuse juste bonne à causer haut et fort.

Un très bon moment de lecture, une résolution que je n’ai pas vu venir, des incursions dans le monde d’en bas, le Londres des abysses (mais pas encore au fond des abysses), la haute société qui prend sont petit-déjeuner au lit, fait sa correspondance au lit et ne doit s’en extirper que vers les midi…

Toujours instructif, cette série, comme l’est aussi celle avec le couple Pitt. Une peinture de la société victorienne qui joue sur deux tableaux, entre deux monde diamétralement opposé, deux mondes qui se rejoignent plus souvent qu’on ne pourrait le penser.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).