Dark Horse : Craig Johnson

Titre : Dark Horse – Une enquête du shérif Walt Longmire – T5

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2013) / Points (2015)

Résumé :
Comment Mary Barsad, si douce, a-t-elle pu abattre son mari de sang-froid ? Elle a tout avoué. Et si les mobiles ne manquent pas : infidèle, magouilleur, il aurait peu avant sa mort enfermé les chevaux de course auxquels elle tenait tant dans sa grange, avant d’y mettre le feu.

Mais le shérif Walt Longmire se méfie des évidences. À Absalom, Wyoming, il décide de mener sa propre enquête …

Critique :
Wade Barsad a enfermé les chevaux de sa femme dans l’écurie et y a foutu le feu… Et elle s’est contentée de lui tirer 6 balles dans la tête ?

Moi, pour un crime pareil, je lui aurais tiré dans les genoux, coupé les couilles et le sexe, les lui aurait fait bouffer, puis, je l’aurais fait écarteler, donné aux fourmis rouges, pendu, guillotiné, éviscéré, ressuscité et puis passé à la chaise électrique avant de l’écorcher vif. Rien de moins.

Mais au lieu de donner une médaille à son épouse Mary, on l’a arrêtée et mise en prison en attendant son procès et cette brave femme qui a vu ses chevaux mourir dans un incendie est arrivée dans la prison de notre shérif préféré, Walt Longmire, policier dans le comté d’Absaroka.

La construction de ce roman mélange habillement le moment présent où notre shérif, déguisé en agent d’assurance, enquête sous couverture dans la petite bourgade d’Absalom afin de s’assurer que Mary Bardsad est bien coupable parce qu’il a comme dirait un doute et en prime, nous avons ce qu’il s’est passé 7 jours avant son immersion dans ce comté encore moins peuplé du Wyoming.

Comme toujours, pas de précipitation dans le déroulement de l’enquête, on prend son temps, on pose les bases, on présente les figurants, on installe les décors, le tout avec une plume qui manie l’humour subtil et l’art de la métaphore, sans pour autant en user et en abuser.

Lire une enquête de Walt Longmire est un dépaysement garantit, avec, en prime, les retrouvailles avec tout son équipe qui sont devenus des amis au fil des romans, sans oublier le chien, qui mènera l’enquête avec son maître et notre autre ami de la Nation Cheyenne, Henry Standing Bear, moins présent dans cet opus, comme le Basque.

Mais l’absence de son équipe de flics est atténuée par la découverte de quelques personnages hauts en couleur et fort sympathiques, tel Hershel le cow-boy solitaire ou Benjamin, le gamin à moitié-Cheyenne et sa mère, à 100% guatémaltèque et sans-papiers.

Des non-dits, des tas de choses suspectes, des magouilles, des embrouilles, de l’alcool, des chevaux, des paysages magnifiques qui donneraient envie de poéter et la violence des Hommes pour contrebalancer cela, ou c’est le contraire, c’est la nature, sa beauté et sa force qui contrebalance la violence de l’Homme.

Une fin dont j’avais senti venir l’odeur car moi aussi j’avais repéré l’anguille sous la roche, mais niveau course-poursuite, on a eu droit à une qui semblait venir tout droit des meilleurs films western ! Yahooooo !

Bref, une fois de plus la plume de Craig Johnson m’a emmenée par delà les montagnes, dans le Wyoming, retrouver des vieux potes, des amis, le tout pour une enquête pas facile, remplie de trous noirs et de pelote de laine à démêler, le tout dans une ambiance assez froide parce que les gens d’Absalom ne sont pas toujours des gens sympas, sauf quelques uns.

Allez, vivement mon prochain voyage dans l’état le moins peuplé en compagnie de mon shérif bougon au caractère d’ours, Walt Longmire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

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[TÉLÉFILM] Sherlock Holmes in New York – Sherlock Holmes à New York (1976)

Sherlock Holmes in New York (Sherlock Holmes à New York) est un téléfilm américain réalisé par Boris Sagal, diffusé en 1976 avec Roger Moore (acteur britannique) et Patrick Macnee (acteur britannique) dans les rôles de Holmes & Watson.

Date de sortie initiale : 18 octobre 1976
Réalisateur : Boris Sagal
Société de production : 20th Century Fox Television
Scénario : Alvin Sapinsley
Bande originale : Richard Rodney Bennett

Distribution :
Roger Moore (VF : Jean Roche) : Sherlock Holmes
Patrick Macnee (VF : Roland Ménard) : Docteur Watson
Charlotte Rampling (VF : Brigitte Morisan) : Irene Adler
John Huston (VF : Jean Martinelli) : Professeur Moriarty

Synopsis :
19 – 22 mars 1901 – Londres : Sherlock Holmes arrive chez le Professeur Moriarty, un homme redoutable à la tête du crime organisé londonien. Le détective annonce à son ennemi qu’il a infiltré son organisation criminelle et que tous ses proches collaborateurs ont été arrêtés. Moriarty menace Holmes, mais se retient de le tuer.

L’homme machiavélique annonce qu’il va perpétrer en représailles le « crime du siècle », qui se déroulera sous les yeux du détective sans que celui-ci ne parvienne à l’arrêter, ce qui l’humiliera et le discréditera aux yeux du public.

De retour au 221B Baker Street trois jours plus tard, Watson informe Holmes qu’Irène Adler, devenue chanteuse de music hall à New York, va prochainement donner un récital. Holmes reçoit anonymement par la poste des tickets pour le spectacle, et s’inquiète qu’un lien existe entre les mauvaises intentions de Moriarty et Irène Adler : il décide donc de partir à New York avec Watson.

31 mars – 2 avril 1901 – New York : arrivés de l’autre côté de l’Atlantique, Holmes et Watson se rendent au théâtre où Irène Adler doit se produire le soir même.

Holmes apprend à son grand soulagement que la jeune femme ne semble avoir reçu aucune menace, mais il parvient à comprendre que c’est bien Moriarty qui a envoyé les tickets de spectacle à Baker Street.

Holmes et Watson se rendent le soir-même à la représentation mais le directeur du théâtre informe les spectateurs qu’Irène Adler ne pourra pas se produire.

Le détective, qui apprend l’adresse de la jeune femme, part immédiatement chez elle.

Anecdotes :

  • La voix française de Roger Moore est celle aussi de Nicol Williamson qui joua le rôle de Sherlock Holmes dans « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express ».
  • La voix française du professeur Moriarty joué par John Huston est celle de Perry Mason (Raymond Burr).

Ce que j’en ai pensé :
Chat échaudé craint l’eau froide… C’est donc avec circonspection (et non avec circoncision) que j’ai entamé le visionnage de ce téléfilm dont j’avais peu d’espoir qu’il terminasse au panthéon des films holmésiens.

Rappelez-moi de me coller des baffes pour être partie avec des préjugés et un jugement prédéfini, ce qui ne se fait pas…

Pas d’excitation non plus, mes loulous, on ne se trouve pas devant le summum des téléfilms holmésiens, mais face à quelques chose qui tient la route et qui se révèle moins pire que ce que j’avais pensé au départ.

Hormis quelques détails qui m’ont fait froncer les sourcils dans la scène de départ, pour la suite, c’était plaisant à voir et divertissant.

Commençons directement par ce qui m’a emmerdé tout au long du film :

  • La tronche de constipé du professeur Moriarty, avec ses bajoues de crapauds et sa voix digne du capitaine Mehrlicht ! Alors d’après Wiki, le doubleur est le même que pour Perry Mason, mais ce jour là, il devait avoir fumé des Gitane et des Johnson sans filtres car c’était rocailleux et horrible à souhait, comme s’il avait des glaires de coincé dans le fond de la gorge…

  • Moriarty est le Napoléon du crime, on est bien d’accord ?? Holmes est le roi du déguisement, on est toujours d’accord ? Mais de là à duper Moriarty en se déguisant en colonel Moran sans que celui-ci ne s’en rende compte, il y a un pas à ne pas franchir…
  • Moriarty cause trop ! Comme tous les méchants, il doit donner son plan, l’étaler et parler de la réalisation imminente de son crime du siècle, passé et à venir ! Rien de moins… On se demande même s’il ne va pas aller nous assassiner J.F.K ! Ah merde, non, nous sommes en 1901, 62 ans trop tôt !
  • Dans son bureau, Moriarty possède plus de pièges qu’Oncle Picsou ! Et presque les mêmes, en plus !
  • Le Watson campé par le Patrick Macnee de « Chapeaux melon et bottes de cuir » est limite débile, il ne capte rien, et n’a que peu de traits de lucidité. Durant tout son séjour à New-York, il regarde les américains comme des imbéciles sans savoir qu’il en est un lui-même, d’imbécile ! Et en prime, son boitillement le fait marcher comme un canard.

  • Nooon, Holmes ne va quand même pas se rendre à New-York en deerstalker et macfarlane ?? Ben si ! Et en plus, on lui fait fumer une pipe calebasse ! Même si l’histoire se déroule en 1901, cette pipe n’a pas encore été ramenée en Grande-Bretagne.

  • Heureusement, il ira au théâtre en smoking…

  • Je n’ai rien contre Roger Moore en Holmes, mais bon, parfois, il fait un peu trop du  James Bond, trop de Simon Templar, trop de Brett Sinclair… Trop de Moore, quoi ! mdr
  • Par contre, dans le noir, avec ses cheveux coiffés de la sorte, on dirait Benedict Cumbertbatch à certains moments…

Pour le reste, pas de remarques mesquines à faire, il y a de l’action, du mystère, deux enquêtes et Holmes est pris à la gorge, ne pouvant en résoudre une sous peine d’avoir la mort d’un enfant sur la conscience.

Et quel enfant en plus ! Non, je ne dirai pas qui est sa maman… Ni qui pourrait être son papa…

Charlotte Rampling fait une excellente Irene Adler, de la distinction, de la classe, elle et Holmes s’appelle par leurs prénoms, ce qui fait très choupi, mais à un certain moment, sa doubleuse doit avoir testé plusieurs versions du prénom de Sherlock car elle nous donne du Tcherlock, ce que je déteste et ce qui n’est pas juste.

Le jeu entre elle et Holmes est subtil, on se doute qu’il y a eu des choses entre eux, on se doute qu’il y en a toujours, ils parleront d’un voyage au Monténégro, leur deux, on imagine des choses coquines, mais on ne verra rien, dommage, mais tant mieux, dans le fond, parce qu’il y a plus dans leur non-dit que dans un long baiser qu’ils auraient pu se rouler.

Watson, hélas, est un débile mental profond, il ne voit pas ce que le téléspectateur comprend très vite, ou du mois, ce que nous soupçonnons aisément. Lui, c’est nada, on lui mettrait devant le nez qu’il ne comprendrait pas encore.

Dommage, parce que dans le film, il aura quelques moments de conducteur de lumière ou de boost pour Holmes qui se laisse abattre quand il comprend le piège de Moriarty.

Niveau bagarres, ce n’est pas le top, mais nous nous trouvons dans un vieux film, ce qui est normal, donc, que les scènes aient l’air d’être foireuses… Comme celles des courses-poursuites en fiacre…

New-York, comme la ville de Londres, n’échappera pas au nappes de brouillard, ça donne toujours une certaine ambiance, je trouve, même si elles flottent dans les airs comme des fantômes…

Au final, même si ce n’est pas le téléfilm du siècle, ça se laisse regarder avec plaisir, pour se divertir, c’est ce qu’il faut, on a deux enquêtes où Holmes devra se montrer plus malin que Moriarty, qui lui, a mis au point un plan machiavélique, qui, en cas de réussite, aurait vraiment été le crime du siècle et aurait placé le professeur sur un piédestal par rapport à Holmes.

Mais Sherlock Holmes est le plus fort ! Na.

À voir sans se prendre la tête, avec du pop-corn et un bon mojito !

On oscille donc entre :

Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

 

Le détective de Freud : Olivier Barde-Cabuçon

Moi, Ida, experte consultante autoproclamée et bénévole des questions de psychologie, psychopathologie, et psychanalyse pour le Blog Cannibal Lecteur tenu par Dame Belette qui ne m’a en rien rémunérée lorsqu’elle m’a mandatée pour procéder à l’expertise de l’ouvrage « Le Détective de Freud » écrit par le susnommé Olivier Barde-Cabuçon, publié aux éditions Actes Sud et commercialisé autour de 25 euros, déclare avoir procédé à cette autopsy (ben oui, comme je fais une autopsie psychologique autant appeler ça une autopsy !) en toute bonne foi, impartialité et loyauté.

Méthodologie : j’ai installé l’objet d’étude sur mon divan pour l’inviter à exprimer sans retenue ni censure ce qui lui était passé à travers les pages. Afin de mieux travailler, je me suis moi-même étendue sur le divan pour avoir le dit livre mieux en main.

Introduction : Au terme du congrès de Weimar réunissant en 1911 la diaspora des premiers psychanalystes, Sigmund Freud lui-même et en personne, demande au jeune Docteur Du Barrail d’enquêter sur le meurtre d’un de leurs confrères français, retrouvé étranglé dans son cabinet.

Aidé d’un détective privé qui se fait curieusement nommer Max Engel en référence à ses idées marxistes, et de Carl Gustav Jung, grand psychanalyste Suisse, voici notre héros parti enquêter dans le Paris de la belle-époque finissante.

Résumé : Le Dr Du Barrail, jeune psychiatre et psychanalyste parisien, acquis aux thèses controversées de Sigmund Freud, s’est rendu au congrès de Weimar de 1911, réunissant les premiers représentants de cette discipline psychanalytique née avec le siècle.

À la fin du congrès, Freud demande à Du Barrail de le rejoindre pour une conversation privée. Il l’informe qu’un de ses confrères français a été retrouvé étranglé dans son cabinet, et que les premiers suspects à retenir se trouvent probablement parmi les patients du défunt.

Freud lui remet les notes sur ses patients, que feu leur collègue lui avait adressées à des fins de supervision. Face aux réticences de Du Barrail qui ne se sent pas l’âme d’un détective, Freud lui rappelle que la quête de la vérité reste aussi une affaire d’analyste, et explique que la psychanalyse est suffisamment au cœur des critiques pour qu’en plus la mort d’un analyste puisse interpeller la suspicion publique…

Du Barrail rentre donc à Paris. Mais qui est cette mystérieuse femme en vert qui en veut autant à sa valise ? Et pourquoi  tant de monde s’intéresse donc aux notes cliniques de son défunt confrère ? Le détective Max Engel parviendra-t-il à l’aider dans cette enquête ?

Et pourquoi Diable, Carl Gustav Jung lui-même, héritier désigné de Freud, lui témoigne-t-il autant de sollicitude ? Nos héros se lancent alors dans une enquête qui les conduira à croiser des hommes politiques influents, et des banquiers qui le sont encore plus…

Des bourgeoises, des prostituées de bas étage ou des demi-mondaines recherchées… Dans un Paris qui s’étourdi de fêtes avant que n’arrive le désastre de 1914…

Ce que j’en ai pensé : Je suis toujours méfiante avec les livres qui s’aventurent sur le registre de la santé mentale, sujet que je connais assez bien et qui me conduit à relever avec intransigeance les invraisemblances cliniques et théoriques témoignant de la grande paresse de la plupart des auteurs lorsqu’il s’agit de se documenter sur le sujet qu’on choisit comme background de son roman.

Des grands noms du thriller français m’ont beaucoup déçue sur ce point, et la façon dont ils écrivent en espérant que ses lecteurs puissent en savoir moins qu’eux et en se contentant de broder sur des clichés éculés, a le don de m’irriter.

Au prix où sont les livres, j’aime au moins que l’auteur manifeste un peu de respect pour les lecteurs qui le font vivre et évite de les prendre pour des idiots.

Vous comprendrez que Dame Belette ne m’a pas mandatée pour rien pour cette autopsy !

Même Dexter Morgan et Hannibal Lecter sont des aberrations à mes yeux, car même si j’apprécie ces personnages, je n’oublie pas, que sur le plan théorique, un traumatisme même grave et spectaculaire ne suffit pas à créer un tueur psychotique !

Mais revenons-en à ce livre…

Le début du roman était plutôt engageant car l’auteur a ici pour une fois fait un véritable travail de recherche sur l’histoire de la psychanalyse et l’histoire du Paris de la fin de la Belle Époque.

On ne peut que saluer cet effort méritant. Il est même allé jusqu’à rendre compte l’état d’avancée des théories analytiques de l’époque (très portées sur la sexualité donc, parfois de manière un peu outrée… là où les analystes d’aujourd’hui se préoccupent davantage du « désir » que de sexe, et se gardent de balancer des interprétations à tout va comme leurs ancêtres) soulignant là où les premiers pionniers de la psychanalyse en étaient de leurs tâtonnements au bout de onze années de recherches (Freud a posé en 1900, avec la publication de « l’interprétation des rêves », la date de fondation du mouvement analytique).

Malheureusement, faire un effort de recherche historique ne fait pas d’un écrivain un professionnel de santé mentale, et lorsqu’il se hasarde à faire parler ses personnages de clinique, la belle ouvrage se fissure un peu et le plâtre s’écaille laissant place à des approximations et quelques clichés…

Au point de faire commettre un passage à l’acte incompréhensible à son héros perdu entre les fantasmes et les réalités objectives vécus par une patiente…

Cela étant, à l’époque… ce genre de choses pouvaient arriver mais… bon… Il était tellement consciencieux ce Dr Du Barrail qu’on en est surpris qu’il puisse faire de telles erreurs de débutant !

Si par ailleurs, la psychologie des personnages réels évoqués est assez conforme à ce qu’on connaît de leur biographie (là encore bravo pour le travail de documentation), je regretterai toutefois que le développement du personnage principal puisse souffrir d’une certaine superficialité, car il est souvent plus décrit par ses actes que par ses mouvements émotionnels ou réflexifs.

Un psychiatre dénué d’une part sombre, ou du moins des cicatrices ou des souvenirs de ses propres souffrances est un peu surprenant. Surtout dans un livre mettant en scène des analystes.

Certes, je n’aurais pas non plus aimé une brochette de portraits de psys fêlés, et malfaisants le cliché par excellence… Mais tout de même, ce personnage-là est tellement lisse, et ses aspérités tellement mineures que ça en devient suspect.

Son compère Max Engel (Engel est l’homme qui a co-écrit avec Marx le manifeste du parti communiste), peut paraître quelque peu caricatural parfois, mais vient apporter un peu de légèreté dans ce monde un peu trop sérieux de psys ! Mais trop de légèreté n’est jamais très bon dans un thriller.

Bien que le Paris des années qui précèdent la première guerre mondiale ait été un terrain propice à développer une intrigue sombre au suspens épais… Je trouve toutefois que l’atmosphère de ce roman manque de densité, réduisant Paris à une grande fête bourgeoise, et en oubliant, ou en évoquant trop rapidement ce qui pouvait se passer de plus glauque dans les coulisses.

La construction de l’intrigue me laisse toutefois un peu perplexe. Elle aurait mérité d’être aussi soignée que l’exactitude de la documentation du background…

Et ce n’est hélas pas tout à fait le cas.

La finalité des actions ou choix des personnages sont parfois un peu difficiles à saisir pour le lecteur, on peut les trouver peu logiques voire parfois naïfs…

En outre, les longues diversions sur les théories analytiques montrent que l’auteur a fait un effort certes, mais elles alourdissent le roman, n’apportant rien ou très peu à l’intrigue, ce qui dans un livre assez resserré de 250 pages me paraît assez peu heureux.

Il en eût fait 500 ou 600, le problème ne se serait pas posé.

Cette disproportion entre le nombre de digressions et l’épaisseur du roman rendent proportionnellement plus mince l’espace dévolu au développement de l’intrigue, ce qui lui fait perdre en densité et en fluidité…

Au point que j’en suis arrivée à me demander si ce roman n’était pas davantage prétexte à développer une certaine culture historique qu’à raconter une histoire réduite au rang de prétexte.

D’ailleurs en allant faire un tour sur le net, j’ai appris que l’auteur, juriste de formation, était surtout connu pour faire des romans historiques, et je crains en effet que ce soit plus son talent d’historien amateur qui cherche à s’exprimer ici.

En résumé : Une Belle-Époque parisienne finissante bien rendue et une solide documentation sur l’état de la psychanalyse en 1911 permettent à l’auteur de camper ses personnages et son intrigue dans un décor et une atmosphère crédibles…

Du mystère… Du suspens… Des surprises… Mais un traitement assez irrégulier de la psychologie des personnages et de la construction de l’intrigue vient malheureusement atténuer mon plaisir de lecture.

J’ai tout de même passé un bon moment, même si je recommanderai ce livre plus aux amateurs d’histoire de la belle-époque et de la psychanalyse qu’aux amateurs chevronnés de thrillers.

 

Le Signe des Quatre – Desmond Davis (1983)

Le Signe des Quatre de Desmond Davis (1983)

Avec Ian Richardson (Sherlock Holmes) et David Healy (Dr. John Watson)

Celles et ceux qui ont suivi leurs programmes télé sans omettre les petites chaînes de la TNT ont pu se rendre compte qu’en ce mois d’Août, la chaîne Chérie 25 avait remis Sherlock Holmes à l’honneur les vendredis soirs, en nous diffusant une série sur les aventure fictives de Conan Doyle, et quelques films adaptés du canon.

C’est d’ailleurs à cette occasion que nous avions battu le rappel croyant bêtement les programmes télé qui s’étaient trompés pendant une semaine sur la version du Chien des Baskerville qui serait diffusée, avant de rectifier le tir au dernier moment…

Cela nous avait bien mis en colère et en prime la version du Chien des Baskerville était calamiteuse.

Vendredi dernier, Chérie 25 diffusait une adaptation du Signe des Quatre, tournée la même année et toujours avec Ian Richardson dans le rôle de Holmes…

Déçue par le Chien des Baskerville je m’étais abstenue de battre le rappel cette fois-ci… Et j’ai eu tort !

Résumé :
Le Major Sholto dîne avec ses deux fils quand son majordome lui apporte un pli déposé pour lui… Ce pli est ce qui ressemble à un plan de bâtiment, et provoque chez le maître de maison une vive émotion qui vire à l’attaque d’apoplexie.

Le Major Sholto explique qu’avec quatre compères, il avait mis la main sur un trésor qu’il garde planqué dans le grenier et qu’il a été injuste car il n’a jamais remis la part du trésor de l’un de ses compères décédé à la fille de ce dernier… Qui n’est autre que Miss Mary Morstan.

Pendant que le père essaie de se remettre ou agonise dans son lit, les fils se disputent sur la pertinence de donner ou pas un tiers du dit trésor à Miss Morstan. On voit que les deux fils sont bien prgamatiques et se voient déjà hériter.

Et ils ont raison puisque tandis qu’ils sont trop occupés à chercher le trésor dans le grenier, un type à jambe de bois a réussi à entrer dans la demeure et est arrivé régler ses comptes avec le Major Sholto qui meurt de peur avant de laisser satisfaction à l’intrus.

Quelques temps plus tard, Miss Mary Morstan vient rencontrer Holmes et Watson, ayant reçu un gros diamant ainsi qu’une invitation à rencontrer un étrange inconnu pour une affaire de la plus haute importance.

Le gros diamant s’avère d’après Holmes qui sait tout (j’avoue que des fois il m’énerve à tout savoir comme ça !), être le deuxième plus gros diamant du monde !

Voilà Holmes ferré comme un beau poisson, et Watson aussi. Holmes est évidemment intéressé par l’affaire…

Quant à Watson… C’est par la charmante orpheline (à moins que ce soit pour la fortune qu’elle vient de recevoir ? Hummm… Pourquoi il n’y aurait que les femmes qu’on soupçonnerait de vénalité ? Hein? Je vous le demande! ).

Ce que j’en ai pensé :
La version du Chien des Baskerville avec Ian Richardson m’avait horripilée pour bien des raisons, et c’est avec certaines craintes que j’ai visionnée la version du Signe des Quatre, me rassurant sur le fait que le réalisateur n’était pas le même…

Que le Watson n’était pas non plus le même… et qu’il y avait peut-être des chances que l’équipe de scénaristes-adaptateurs ait également changé.

Je ne suis pas allée dans les détails du générique pour le vérifier…

Dans l’ensemble, cette version m’a semblée moins insupportable que le Chien des Baskerville vu la semaine passée.

Ian Richardson campe toujours son rôle de Holmes de façon très crédible. Il a le physique de l’emploi (maigre et limite émacié) ce qui l’aide passablement.

Tout d’abord, l’esthétique était nettement moins kitchouille !

Les coloris, les coiffures, les décors, agressaient moins la rétine et étaient plus conformes à ce qu’on pouvait voir dans les années 80 en termes de reconstruction de l’ère victorienne.

Je garde évidemment en mémoire l’adaptation Granada avec J.Brett comme étalon de comparaison.

Ensuite, le, changement de Watson est une véritable bénédiction ! Certes, il n’apparaît pas non plus comme un candidat potentiel pour le Nobel, voire pour entrer au Club Mensa (qui n’ouvre ses portes qu’aux sujets ayant démontré avoir un QI supérieurs à 130, soit un peu moins de 2% de la population générale)…

Mais il nous change du godichon calamiteux dont nous avions subi les frasques la semaine passée !

Cependant … Il est bien enrobé, nettement quinquagénaire ce qui n’est pas très canonique…

Et ses élans amoureux naissants à l’adresse d’une jeune femme qui a peut-être trente ans de moins que lui sont d’un ridicule achevé !

Il fallait que Miss Morstan soit bien désespérée pour s’enticher d’un croulant pareil !

Cela étant avec le deuxième plus gros diamant du monde en poche… Elle n’était plus obligée de se caser à tout prix ! Enfin bref…

L’histoire canonique ne paraît pas aussi malmenée que dans l’adaptation du Chien des Baskerville au premier abord.

Cependant en y réfléchissant bien, je me dis que si je retournais lire de près l’œuvre originale je trouverais au moins autant de libertés prises avec le canon que dans l’adaptation de la semaine dernière…

Ma dernière lecture étant un peu ancienne je vous livre les divergences les plus flagrantes.

En effet, exit l’addiction pas très politiquement correcte de Holmes avec la coco à 7% (c’est un film grand public mince ! Même si à 21h30 on a droit à un spot publicitaire Durex expliquant aux vrais zhômes que grâce aux capotes de la même marque ils sont certains de nous donner des orgasmes tonitruants… Un grand moment de solitude pour la mère de famille de jeunes adolescents que je suis ! Franchement j’aurais préféré leur parler des méfaits de la cocaïne injectable plutôt que de la mécanique de mes orgasmes !!! Enfin… ils ont eu la décence de ne pas m’interroger !)…

Et puis… Dans le Canon, Mary ne reçoit pas « juste » le diamant « Grand Mogol », mais se voit mystérieusement adresser des perles précieuses depuis six ans !

Il semble en effet, que la réalisation ait préféré resserrer la temporalité de l’histoire, un parti pris qui selon moi ne s’imposait franchement pas du tout !

En outre, l’estimation du trésor annoncée dans le film est nettement surévaluée par rapport à ce qui est dit dans le canon (500 000£).

Et la surévaluation ne peut même pas être expliquée par une intention de convertir la valeur du trésor en livres des années 80 pour que le public mesure mieux de quoi il retournait car dans ce cas, le dit trésor aurait été nettement sous-évalué !

D’ailleurs, les scénaristes ont préféré commencer par nous expliquer dès le départ le nœud du problème plaçant le spectateur en position de regard omniscient qui sait déjà ce que Holmes recherche, là où le texte original adopte plutôt la progression de nos héros dans leur compréhension de l’affaire, ce qui a le mérite de renforcer le suspense et l’intérêt de la lecture !

Je trouve ce choix déplorable, et bien facile.

En résumé :
Une adaptation relativement correcte mais qui pèche par un parti pris narratif tuant les ressors originaux du suspense du roman, en expliquant trop de choses d’emblée, et en condensant la temporalité du canon, quitte à en modifier quelques détails d’une importance somme toute mesurée.

Ian Richardson est un Holmes convainquant, et l’on regrettera que le Watson campé par Healy ne serve que de faire valoir en surpoids, et puisse se comporter en ado rougissant  devant une jeune femme alors qu’il est déjà quinqua.

À voir à l’occasion…

Une nuit éternelle : David S. Khara [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Une nuit éternelle

Auteur : David S. Khara
Édition : Fleuve Editions (13/11/2014)

Résumé :
Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées.

Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Critique :
— Bonsoir, monsieur le vampire, que vous me semblez beau et élégant… Je serais tentée par le fait que vous me fassiez la conversation, mais voyez-vous, je crains pour mon joli cou fragile… Entre nous, je vous déconseillerais fortement de vous abreuver de mon sang qui doit charrier mille produits mauvais pour la santé ou autres insecticides dû à l’ingestion d’une nourriture que l’on m’a vantée comme bonne pour ma santé…

— Rassurez-vous, chère Belette, mon créateur m’a doté d’autres attributs et a fait en sorte que je ne ressemble pas aux vampires des vos livres : je ne dors pas dans un cercueil, le crucifix m’est égal et, désolé pour les midinettes, mais je ne suis pas prêt de tomber amoureux d’une mortelle !

Proposer un autre regard sur la condition de vampire, David Khara n’est ni le premier, ni le dernier à le faire, mais, contrairement à une certaine mode qui fait des vampires des êtres choupis et kawaï, lui nous propose une créature cultivée, avec une part d’ombre et ne devant pas s’abreuver sans cesse d’hémoglobine.

Et si un certain vampire Edward (pas celui aux mains d’argent) aimait une Bêla (on dit Bella ?), notre créature de la nuit, lui, s’est lié d’amitié avec un homme, un flic, et de ce binôme improbable va naître une fantastique enquête qui va les mener aux confins des portes de l’enfer, au propre comme au figuré.

David Khara possède un style d’écriture bien à lui et cette première lecture d’un de ses romans me laisse augurer encore quelques heures de plaisir livresque en poursuivant la découverte de tout ses romans.

Il y a de l’humour, du sérieux, du fantastique, des mythes et des légendes qui se croisent et se mêlent avec la réalité, augmenté de quelques récits dignes des plus grandes sagas, qu’elles soient réelles ou inventées.

Les personnages et l’histoire auraient pu bénéficier de quelques pages de plus afin que le plaisir dure plus longtemps, mais je ne dois pas me plaindre car en un peu plus de 300 pages, l’auteur arrive donner une densité énorme à ses personnages, un comme si nous les connaissions déjà, hors ce n’était pas mon cas.

Et bien oui, si au lieu de commencer – imbécile que je suis – par le tome 2, j’avais démarré par le tome 1, ces personnages seraient vraiment devenu des vieilles connaissances.

Pas de bol, suite à mon erreur lamentable, tout suspense me sera refusé lorsque j’ouvrirai le premier tome, puisque maintenant je sais tout du traitre qui arpentait les pages dans « Les Vestiges de l’Aube ».

L’humour de l’auteur parsème les pages avec quelques petites saillies dans les dialogues, quelques réparties pas piquées des vers, ainsi que ces private joke envers quelques membres de la Ligue de l’Imaginaire : Bauwen en prend pour son grade, on aura aussi la bijouterie Loevenbruck’s et la ville imaginaire de Chatham.

Sans révolutionner le genre vampirique ou le roman fantastique, sans en chambouler les codes mais en les revisitant, on peut tout de même convenir que Khara nous offre là un petit roman bourré d’adrénaline, d’humour, de fantastique et de réalisme, avec des personnages que l’on apprécierait retrouver dans d’autres aventures (appel du pied) tant ils m’ont conquise.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :

J’avais beaucoup aimé le premier tome, parce que avant, tout je l’ai trouvé original, donc à sa sortie en poche, dès le premier jour, j’ai couru en librairie, mais bon, on le sait maintenant, c’est la PAL qui a un super pouvoir et nous vampirise à sa façon…Cette LC avec ma binomette adorée était la plus que bienvenue!!!

Synopsis :

Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées. Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Ce que j’ai ressenti :… Une nuit sang pour sang amitié….

Un duo que j’adore retrouver ! Cette amitié qui va au delà du réel et des conventions: mon cœur devient guimauve… Mais pas le temps de s’attendrir dans ce nouveau roman de David Khara car les meurtres sordides frappent encore New-York et que les mystères s’épaississent quand le fantastique s’en mêle…

Toujours en alternant les points de vues de Barry et Werner, on ressent en deux temps, une vision panoramique sous l’œil de faucon et une sensation plus urgente dans les actions, les causes et conséquences de cette résolution…

Un Coeur n’a pas besoin de battre pour saigner. Le mien saigne depuis un siècle et demi.

Un vampire qui se repend avec un flic qui culpabilise, ça fait beaucoup d’émotions qui bouillonnent, mais les voir s’entraider, chacun à leur échelle, cela donne un joli cocktail d’aventures et j’ai adoré où ils m’ont menée : rien de moins que la légende des Templiers et une jolie virée dans le passé de Werner, tout en résolvant une affaire plutôt corsée aux rituels étranges…

J’aime à voyager dans le temps, et avec un personnage aussi charismatique et érudit que Werner, le voyage est d’autant plus palpitant…

Je ne crois pas au bonheur comme état permanent. Tout au plus pouvons-nous prétendre à des instants de joie. À nous de les saisir, de les goûter et les savourer, sous peine de voir les affres incontournables de l’existence nous entraîner inexorablement vers le cynisme et la désespérance.

Au vu du quatuor qui clôt ce roman je peux vous dire que j’ai très envie de voir une suite arriver !!! J’ai été charmée par ce libraire, féru de légendes moyenâgeuses, et la jeune médecin, dépassée par les péripéties en cours…

Je vois bien là, une saga prometteuse parce que cet auteur a su créer des personnages attachants, mais aussi, une veine de thrillers entre rétro et modernisme qui s’entrechoquent, tout en y mettant une foison d’émotions… Forcement, qu’on en redemande !!!!

La peine ne se hiérarchise pas.

Si jamais le cœur vous en dit, et que vous voulez que votre sang ne fasse qu’un tour en lisant ce policier fantastique, je vous recommande chaudement cette lecture!

J’aurai mis le monde à feu et à sang pour partager Ne fût-ce qu’une seconde avec elle.

Petit plus : Clairement, lire ce roman en Lecture Commune avec ma binomette, c’est un moment de complicité et d’amitié à l’image de ces deux personnages, et ça c’est juste extraordinaire !

Quand je vous le dis, que mon cœur devient guimauve… Je souhaiterai une vie éternelle de lecture commune, nourries de cafés, de cornes de gazelles et de fous rires… Merci à ma Belette pour ces échanges: tu es la meilleure des coéquipières de lecture ! ❤

(PS : mais de rien, le plaisir est partagé – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Le cri : Nicolas Beuglet

Titre : Le cri

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : Xo Editions (08/09/2016)

Résumé :
Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…

Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?

Critique :
♫ Et j’ai crié, crié-é ♪ Non, rien à voir avec la disparition d’une certaine Aline sur une plage, j’ai juste crié de plaisir à la lecture de ce thriller hautement addictif.

Ce que je pensais être un polar whodunit classique avec un crime mystérieux à résoudre en interrogeant le majordome et le jardinier s’est en fait révélé un thriller rythmé qui m’a emmené de Norvège à Paris avant de filer droit vers les États-Unis.

Tout comme moi, lorsque l’inspectrice Sarah Geringën, fraichement plaquée par son mari, est appelée pour ce qui a tout l’air d’un suicide à l’hôpital psychiatrique de Gaustad à Oslo, elle ne s’imaginait pas non plus vivre une telle aventure palpitante et courir partout avec un certain Christopher, rencontré dans le cadre de son enquête en France.

Je tire mon chapeau aux deux personnages principaux, qui, en plus d’être sympathiques, ont couru comme des fous en prenant très peu de repos, sans quasi manger, boire, ni uriner.

Effectivement, on n’avait pas de temps à perdre à les envoyer aux chiottes ou à les faire manger, lorsqu’il y a plusieurs énigmes à résoudre et que le temps joue contre nous, un peu comme dans 24h chrono, on en oublie les besoins élémentaires.

Ceci n’est pas une critique en soi, juste une parenthèse amusante qui pourrait lancer le débat sur les personnages de romans qui ne vont jamais aux chiottes et qui ont cette chance que tout s’arrange alors que nous, dans la vraie vie, on a déjà du mal à faire comprendre un truc tout simple à notre fournisseur d’énergie (ou autre, comme l’administration) !

Ne voulant pas vous dévoiler trop de choses afin de vous garder vierge de tout, je vous dirai juste que ce thriller possède aussi une partie consacrée à la science des plus intéressantes et de l’ésotérisme à dose homéopathique.

L’auteur nous parle de faits réels, avérés tout en développant des théories de plus intéressantes, qui pourraient être vraies. Étant donné que nous ne savons rien sur ce qui nous attend après la vie, ces théories n’ont rien d’impossibles puisqu’elles ne sont pas improbables.

Les personnages, bien qu’étant parfois surhumains et super résistants, sont sympathiques, tourmentés, avec leurs blessures secrètes, leur passé sombre, des vils secrets dans leur vie dont ils n’ont même pas conscience, le tout les rendant sympathique à mes yeux.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce thriller, c’est que l’auteur ne charge pas les différentes religions de tous les maux de la Terre. Au moins un qui a compris que c’était l’Homme qui était le responsable de toutes les exactions ou violences commises en leur nom ou en celui d’un Dieu, qu’il existe ou non.

Un thriller pour ceux qui cherchent du rythme, qui ont envie d’une lecture addictive, avec de la science et un un brin d’ésotérisme, sans sombrer dans un Da Vinci Code dopé à l’EPO car ici, nous restons dans le réalisme pour bien des faits et même lorsqu’on extrapole, ça reste du domaine du plausible (mais non vérifiable pour le moment).

Un thriller qui m’a fait passer un excellent moment de lecture, la rendant addictive comme j’aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2 : M.R.C. Kasasian

Titre : La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2

Auteur : M.R.C. Kasasian
Édition : City Editions (08/03/2017)

Résumé (par Ida) :
March Middleton, après la disparition de son père, médecin militaire, a quitté et vendu la demeure familiale qu’elle ne pouvait entretenir faute de revenus, ne disposant que d’un « maigre héritage » (qui aurait suffit pour nourrir correctement une famille nombreuse de l’Est End… mais pour vivre comme une lady), a été accueillie par son parrain qui a bien voulu devenir son tuteur.

Il s’agit de Sydney Grice, l’insupportable, pédant et arrogant « détective personnel » connu du tout Londres et que consulte régulièrement le Prince de Galle lorsqu’il s’est mis dans une situation embarrassante avec des femmes de petite vertu.

Après avoir résolu ensemble une première enquête (cf le billet de Belette sur « Petits Meurtes à Mangle Street »), l’improbable duo reçoit la visite d’un monsieur qui sollicite son aide.

Un groupe de personnes fortunées sans héritiers a décidé de créer une société dont le principe est transmettre après leur décès les biens de tous ses membres au dernier des vivants.

Afin d’éviter que les membres de l’étrange société ne se trucident les uns les autres pour rafler la mise, Grice est sollicité afin de retrouver les éventuels assassins qui seraient alors probablement pendus par la justice et ainsi exclus du bénéfice éventuel de la succession.

Or, à peine leur a-t-il exposé son marché que le client s’effondre raide mort dans le fauteuil de March Middleton, visiblement empoisonné au cyanure après avoir bu le thé apporté par Molly, la gentille mais pas très futée domestique de Grice, que celui-ci s’amuse régulièrement à insulter sans qu’elle ne s’en rende compte et l’en remercie presque à chaque fois.

Parviendront-ils à éviter aux autres membres de cette société d’héritiers mutuels de passer prématurément de vie à trépas ? Et qui est donc ce Docteur Berry, femme médecin aussi jolie qu’intelligente, que Grice pourtant célibataire endurci et inaccessible à la romance, semble trouver fascinante ?

Ce deuxième volet nous permettra également de mieux découvrir les petits secrets privés de nos personnages évoqués en filigrane dans leur aventure précédente, et de nous rendre compte que… March n’est peut être pas si incapable d’attirer les attentions d’un homme…

Critique (par Ida) :
Dès le départ quelques allusions à certaines affaires célèbres du canon holmésien, que l’auteur via March attribue à Grice, vient nous rappeler que ce ne serait pas Holmes qui a servit de modèle à Grice, mais Grice qui aurait été le modèle dont Conan Doyle se serait inspiré pour créer son personnage légendaire.

Mouais… Permettez moi de n’adhérer que légèrement à ce subterfuge, car c’est Grice qui est la caricature des défauts attribués à Holmes !

Et c’est une caricature trop caricaturale à mon goût. Il est franchement insupportable ce type ! Odieux ! Rabaissant constamment les gens dès qu’il ouvre la bouche. Une saillie ironique de temps à autre aurait largement suffit…

Là c’est tellement fréquent que ça frise la pathologie et laisserait supposer paradoxalement qu’un tel déballage constant d’attaques au narcissisme des autres est révélateur d’un être à l’estime de soi extrêmement fragilisée…

Ce qui ne va pas très bien avec la stabilité mentale et le sang froid dont Grice peut faire preuve par ailleurs. Il est horripilant et j’avoue que ça en devient lassant. Très lassant même.

Ce travers de Grice met en valeur en revanche les côtés sympathique de March Middleton. Pour faire face à un olibrius de cet acabit, il faut manifestement avoir un caractère bien trempé et beaucoup d’esprit. Elle fait heureusement preuve d’un sens de la répartie désopilant, pour notre plus grand plaisir.

Cela étant elle aussi est un personnage trop atypique pour son époque et la modernité de son caractère peu soumis aux normes bourgeoises de l’ère victorienne a quelque chose d’un peu anachronique. Mais sans cette anachronisme, les épouses Pitt, Ross et notre March nous auraient-elle autant plu ? J’en doute !

L’atmosphère du Londres victorien, ses inégalités sociales, ses rues transformées en fossés fangeux où lords et mendiants se croisent, sont bien au rendez-vous.

La complexité de l’intrigue me laisse malgré tout ambivalente. En effet… Il ne faut pas que les intrigues soient trop simples, sinon on s’ennuie. Mais là elle me paraît parfois très alambiquée, de multiples fils s’y entrecroisant, avec ses histoires parallèles… Trop d’infos tue l’info… Et je m’y suis un peu perdue !

Par ailleurs sur la fin, la narration semble souffrir aussi parfois de quelques longueurs, cassant le rythme du dénouement.

En outre… certains éléments de l’histoire que je ne vous révèlerai évidemment pas me semblent assez peu crédibles (voire franchement pas du tout pour qui a quelques notions basiques en rapport avec les champs de savoir scientifiques mis en avant – pour les autres ça peut passer cela étant), tout comme certaines coïncidences « qui font bien les choses lorsqu’il s’agit de se tirer d’un mauvais pas » sont un peu trop nombreuses à mon goût.

Dans un roman qui doit mettre en valeur l’esprit rationnel et scientifique du héros je trouve que c’est un peu décalé. On devrait pouvoir compter plus sur son cerveau que sur les coups de bols dans un tel roman !

J’hésitais dans ma cotation « Sherlock »… Je serais bien allée jusqu’à quatre pour l’impression générale du roman… Mais le côté pénible du personnage de Grice est à la longue très fatiguant et l’abus de ressors peu crédibles pour alimenter le scénario me font revoir ma note à la baisse.

On en restera à trois car même si je deviens exigeante, on passe malgré tout un bon moment, un léger sourire sur les lèvres d’un bout à l’autre, en voyant comment March remet avec art ce malotru de Grice à sa place !

Nous rappelons à notre aimable clientèle que la dame Ida n’est pas rémunérée pour ses chroniques !

Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (04/05/2017)

Intro (par Ida): Une bourgeoise est retrouvée le crâne défoncé et accessoirement morte dans un terrain vague et forcément immonde du quartier de Deptford.

Ce n’est pas ce soir que l’inspecteur Benjamin Ross et son adjoint Moriss pourront rentrer chez eux, après une longue journée passé à Cambridge pour une autre affaire !!!

Parce que le chef de la police de Deptford soi-disant en sous-effectif avait d’autant plus besoin que quelqu’un se coltine ce boulot à sa place qu’il promettait d’être délicat et casse-gueule…

Ne croyez pas que son épouse, Lizzie Martin épouse Ross soit en reste… Ann Granger a fait ce qu’il fallait pour que l’un et l’autre courent après le même lièvre comme à l’accoutumée.

Résumé (par Ida) :
Or donc Ben Ross qui se réjouissait de pouvoir enfin rentrer dîner avec sa femme après sa longue journée de procédure à Cambridge, se voit réquisitionné au moment de partir pour aller sur les lieux de la découverte d’un cadavre, celui d’une femme bien nourrie, bien habillée gisant dans la boue d’un terrain vague.

Un peu plus tôt dans la journée Lizzie était allée prendre le thé avec son obèse tante Parry que son médecin a refilé à un confrère pour qu’il la mette au régime. Un véritable drame victorien au cours de laquelle, Lizzie va croiser la fiancée d’un neveu de Tante Parry, devenu représentant à la Chambre…

Or le frère de la dite fiancée semble s’enfoncer dans de sombres affaires de dettes de jeux qui risquent d’embarrasser la réputation de son futur époux qui doit rester sans tâche.

Et dieu sait qu’avoir un beau-frère qui a des dettes de jeux est le genre de scandale qui doit contraindre un homme politique à la démission…

La fiancée implore l’aide de Lizzie pour convaincre son frère d’aller humblement demander de l’aide à leur père afin qu’il règle ses dettes et que son frère cesse de lorgner sur son héritage…

Or, le lendemain, la bonne d’une certaine usurière de Deptford vient annoncer la disparition de celle-ci au poste de police, et reconnaît de cadavre la veille comme celui de sa patronne… et le frère de la fiancée du neveu de tante Perry comme le dernier visiteur de sa maîtresse !

Évidemment le gandin proteste de son innocence ! Et voilà, bingo la boucle est bouclée !

Voici Lizzie et Ben à nouveau réunis dans une ténébreuse affaire. L’un devant trouver le coupable d’un meurtre et l’autre veiller à protéger la fiancée du neveu de sa marraine d’un scandale qui pourrait empêcher le mariage tant attendu !

Critique (réalisée par Ida) :
J’ai eu un drôle de pré-sentiment en découvrant le volume, ou tu du moins le titre de celui-ci. En effet, j’étais habituée à des titres plus mystérieux et poétiques de la part de l’auteur.

Depuis « Un intérêt particulier pour les morts », et avec « La curiosité est un défaut mortel », j’avais toujours apprécié l’originalité des titres des romans de cette série.

Et là… Ce titre qui relève de la simple banalité d’un communiqué météo m’a paru tomber un peu à plat…Bof…

Je n’allais pas m’arrêter à si peu ! Les aventures de Lizzie et Ben, personnages sympathiques, dans une atmosphère victorienne par ailleurs toujours bien rendue par l’auteur devaient suffirent à mon ravissement…

La magie a presque opéré cette fois ci encore… Oui… je dis bien presque.

Parce que cette fois ci le roman me semble pécher quelque peu…

D’une part, parce qu’il peine à se mettre en route. L’intrigue n’est clairement posée qu’au terme du premier tiers du roman, ce qui dans un roman de 260 pages confine à un démarrage plutôt poussif.

Et généralement qui dit démarrage longuet dit souvent dénouement (proportionnellement) précipité…

Ensuite… Une chose m’a profondément gênée.

Ce roman a un parfum de déjà lu assez entêtant qui vous assaille dès les trente premières pages et reste là, bien tenace, jusqu’à ce l’affaire soit déjà très avancée, c’est à dire suffisamment pour que soient définitivement écartés les soupçons de plagiat que ne pouvait manquer d’avoir une lectrice de la série d’Anne Perry mettant en scène le couple Pitt, lui-même également composé d’une jeune femme de bonne famille mariée à un inspecteur de la police londonienne.

Car en effet, l’une des premières aventures du duo Pitt d’Anne Perry porte justement sur une affaire de meurtre d’usurier qui aime à faire chanter ses clients, dont un proche du couple…

Et si le fait qu’Ann Granger se soit inspirée d’Anne Perry pour créer un duo assez similaire échappait au parfum du plagiat parce que sa narration y était plus légère, je trouve extrêmement maladroit qu’Ann Granger ait également réutilisé comme intrigue de roman, une intrigue déjà utilisée par Anne Perry pour son jeune couple victorien.

Je dois avouer que cela m’a profondément perturbée et dérangée pendant toute ma lecture.

Si le Londres victorien est toujours au rendez-vous, et si Lizzie et Ben me sont toujours aussi sympathiques…

C’est leur créatrice qui l’est aujourd’hui nettement moins à mes yeux.

Si elle veut faire du couple Ross une copie du couple Pitt… le mieux serait tout de même qu’elle évite de leur écrire des aventures qui se ressemblent ne serait-ce qu’un peu ! Elle évolue avec ce couple là, sur une crête instable qui mériterait plus de prudence.

Impossible pour moi de noter les qualités intrinsèques de ce roman. Pas de cotation « sherlocks » aujourd’hui…

Juste un carton rouge. Parce que là, il y a faute… Et pas qu’un peu.

PS : La tenancière du blog rappelle à ses aimables abonnés ou autres, que l’inestimable Ida n’est pas rémunérée pour la rédaction de ses chroniques littéraires chez Cannibal Lecteur. Ni en argent, ni en nature, ni en poste de travail hautement rémunéré pour ne rien faire !!

Le donjon du bourreau – Frère Athelstan – Tome 2 : Paul Doherty

Titre : Le donjon du bourreau [Deuxième des riches et navrantes aventures de frère Athelstan]

Auteur : Paul Doherty (Paul Harding)
Édition : 10-18 (2000) / 10-18 (2013) – Nouvelle couverture

Résumé :
Décembre 1377. Le dominicain Frère Athelstan a des problèmes avec ses ouailles. Le Mal rôde dans le cimetière dont il a la charge et plusieurs corps ont été mystérieusement déterrés.

Mais Sir John Cranston, le coroner de Londres, dont il est l’assistant, le réquisitionne pour élucider une autre affaire aussi étrange.

Le gouverneur de la Tour de Londres, Sir Ralph Whitton, vient d’être assassiné. Il avait reçu un étrange message quatre jours auparavant et craignait pour sa vie.

Les suspects sont nombreux et les deux limiers devront chercher dans le passé de la victime pour comprendre ce meurtre étrange commis dans une pièce fermée de l’intérieur et gardée par des soldats dévoués.

Critique :
Après avoir arpenté le Londres de Jack ou de Sherlock Holmes, j’ai eu envie de changer d’époque.

Ni une, ni deux, j’ai encodé une nouvelle date dans ma DeLorean : direction Londres en décembre 1377 ! Putain, ça caille !

Mince, je me suis trompée de date ou la machine a bugué parce que j’ai atterri près de Chypre, en juin 1362, sur un bateau immobilisé sous la canicule…

Bon, vaut mieux ne pas s’attarder, des galères barbaresques viennent d’assaillir le petit navire et ce fut « pas de quartier ».

Après ce petit détour, me voici bien arrivée  à Londres, en pleine période de l’Avent (décembre). C’est la bonne date, la Tamise est gelée, il y a de la neige, tout le monde se gèle les miches et l’intro sous le soleil était courte mais horriblement intense.

Pataugeant dans la neige, mon fidèle destrier me conduit à Southewark, chez le frère Athlestan est bien et malgré qu’il soit un homme d’église, notre rencontre se déroule on ne peut mieux. C’était ma première fois avec lui…

Dans la littérature policière, les duos atypiques sont légions car non seulement les opposés s’attirent, mais en plus, un tandem disparate emmènera mieux l’attelage qu’une paire de même caractère, le fougueux entraînant le calme qui lui même tempérera les ardeurs du plus nerveux.

Un duo composé d’un homme d’église et d’une homme de loi n’est pas une nouveauté non plus, puisque notre bon vieux frère Cadfael enquêtait aux côtés de Hugh Beringar dans une Angleterre médiévale elle aussi.

On aurait pu dire, en poussant un lourd soupir « Rien de neuf sous le soleil », mais je vous rassure de suite, il n’y a rien de commune entre les deux !

Si Cadfael a connu le monde et est devenu moine ensuite dans une congrégation, le Frère Athelstan est un frère prêcheur (un prêtre), a sa propre paroisse, en sort quand il veut et son ami le coroner qu’il assiste, Sir John Cranston, a tout d’un Gérard Depardieu éructant, jurant comme un charretier, malmenant tout le monde, rotant, pétant sans vergogne, buvant comme un soiffard (ou un trou) et bouffant comme quatre.

— Si vous rudoyez un peu les suspects, avait-il un jour proclamé, ils ont moins de temps pour concocter leurs mensonges. Car, comme vous le savez, mon frère, la plupart des criminels sont des menteurs.

Oui, comme je le disais plus haut, le duo est atypique, mais pas besoin de fouetter cette belle paire – dont l’un est empâté – car si Sir John s’arrête à toutes les chapelles que sont les auberges, frère Athelstan tente de modérer sa consommation de boissons alcoolisées.

Une chose m’a frappée (aie) : l’auteur connait l’Histoire d’Angleterre sur le bout des doigts et met ses connaissances à profit pour nous décrire une ville de Londres comme si nous y étions (ou comme si lui l’avait arpentée avec les voyages Thomas Cook).

Ses descriptions sont criantes de vérités, sans pour autant devenir longues à lire et les moeurs de cette époque troublée sont racontées aux travers des actions ou réflexions de nos personnages, le tout sans devenir lourd ou ennuyant.

Avec des mots savamment recherchés, utilisant un langage riche (définitions de certains mots en bas de page, sinon, ouvrez le dico), il nous dépeint des lieux, des situations, le fonctionnement de la Tour de Londres, la vie à cette époque, la dichotomie dans la population (les riches d’un côté, les très pauvres de l’autre) et ça te donne une putain d’atmosphère.

— Malheur à cette ville ! Malheur à ses officiers corrompus ! Malheur à ceux qu’ils servent, à ceux qui, vêtus de soie, se vautrent sur leurs couches luxurieuses, à ceux qui se gorgent de bonne chère et de vins capiteux. Ils n’échapperont pas à la tempête qui se lève ! Comment peuvent-ils commettre le péché de gloutonnerie quand leurs frères humains meurent de faim ? Telle est la question à laquelle ils devront répondre !

N’ayons pas peur des mots, j’en ai bavé de plaisir.

La Tour se dressa devant eux. Remparts abrupts, tourelles, bastions, merlons et créneaux, tout était recouvert de neige. Masse de pierre taillée, l’imposante forteresse semblait avoir été bâtie non pour défendre Londres, mais pour la réduire à l’obéissance.
— Quel endroit sinistre ! marmonna Cranston. Le Donjon du Bourreau.
Il jeta un coup d’œil perplexe à Athelstan.
— Nos vieilles connaissances, la Mort et le Crime, y rôdent.

De plus, la manière de parler des personnages, certaines tournures de phrases, des réflexions, ou les jurons sont d’époque et vieillis en fût de chêne ! Le tout sans devenir pompeux ou lourd à lire.

Si j’ai une aversion pour les gens du clergé (et si des gens du clergé me lisent, tant pis), j’ai pourtant un gros faible pour le frère Athelstan qui est un prêtre qui se soucie de ses ouailles, qui s’énerve de temps en temps, qui jure, même, aussi, et qui a des sentiments pour la veuve Benedicta, même si le tout reste platonique, l’auteur ne nous faisant pas entrer dans l’intimité des nuits du frère Athelstan…

Quant à son ami, le coroner Sir John Cranston, cette grande gueule qui se fait tout petit devant sa femme, ce grand engoufreur de nourriture devant l’Éternel (qui est le berger de frère Athlestan), ma foi, son côté impétueux me plaît bien.

— Et bien, il vous ressemblera comme deux gouttes d’eau : pas un cheveu sur le crâne, rougeaud, buvant tout son saoul, pétant et rotant sans cesse, braillant continuellement et faisant de grands discours sans queue ni tête !

L’enquête sur des morts atroces survenues dans la Tour de Londres est remplie de mystères puisque nous avons le principe de la chambre close, et quand bien même j’avais deviné la méthode pour assassiner le gros porc qui y dormait, et de ce fait, avait le coupable, je n’ai pas boudé mon plaisir car le tout est entraînant et un véritable bonheur de fin gourmet à lire.

Certes, pour savourer ce genre de roman, faut aimer :

  • Les whodunit L’époque
  • Une enquête qui va piano
  • Les descriptions détaillées des ruelles traversées ou des lieux

Arpenter ces venelles de Londres, juchée sur la croupe du cheval de frère Athelstan fut une belle aventure que je compte bien réitérer, après avoir acheté les autres romans de la collection, puisque, pas de bol, celui que j’avais acheté pour le tester – en seconde main – était le tome 2 et que je ne possédais que celui-là.

Anybref, avec ce polar historique, j’ai eu ma dose car c’était de la bonne came littéraire !

PS : Entre nous, si j’adore les romans se passant sous l’époque victorienne, je n’aurais pas eu envie, par contre, d’y vivre, mais là, j’ai encore moins envie de vivre sous cette époque moyenâgeuse !! Z’ont pas la wifi, connaissent pas les mojitos et pour trouver une café digne de ce nom, faut même pas essayer !!

— Le seul et vrai spectre, c’est la peur. Elle brise l’harmonie de l’intelligence et trouble l’âme. Elle crée une atmosphère de danger et de sourde menace. Notre assassin se révèle à la fois extrêmement habile et subtil : il parvient exactement à ses fins.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Le témoignage du pendu : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 5]

Titre : Le témoignage du pendu – Lizzie Martin et Ben Ross – Tome 5

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (02/06/2016)

Résumé :
Un homme destiné à la corde dirait n’importe quoi pour sauver sa vie. Mais que faire si son témoignage était vrai ?

Lorsque l’inspecteur Ben Ross est appelé à la prison de Newgate par un homme condamné à mort, il ne s’attend pas à accorder le moindre crédit à sa parole.

Mais le récit d’un assassinat dont il a été témoin il y a plus de dix-sept ans est si convaincant que Ben ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’il a entendu est vrai.

S’il est trop tard pour sauver la vie de l’homme, peut-il encore enquêter sur un crime passé inaperçu pendant toutes ces années ?

Critique :
Lorsque sa dernière heure est arrivée, un futur pendu de la prison de Newgate raconta à l’inspecteur Ben Ross qu’il y a 16 ans, il fut le témoin d’un crime dans une maison isolée du petit village de Putney, non loin de Londres.

Ben mon colon, tu pouvais pas en parler plutôt à la police ???

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le peu d’indication qu’il donna à l’inspceteur Ben Ross et dû aussi au fait que le village de Putney, en 16 ans, s’était sans doute bien agrandi.

Va-t-en retrouver une maison isolée sur la lande si tout le monde s’est mis à construire autour. Va-t-en retrouver une mort suspecte si tu ne connais pas le nom du mort.

Heureusement, après avoir fait du remue-ménage jusque bien haut dans la hiérarchie avec cette confession tardive à laquelle personne ne croit, notre Ben pourra compter sur Lizzie, son épouse, pour mener une enquête discrète, avec l’aide de sa bonne et de son ami le cocher (qui a un nouveau cheval).

J’élèverai une protestation sur le fait que notre cocher préféré ait envoyé son vieux cheval Nelson chez l’équarrisseur !! (Note pour plus tard : en menacer ma vieille bique quand elle est chiante).

Comme si ça ne suffisait pas, d’un autre côté, un homme vient déclarer que sa femme et leur enfant ont été enlevé… Mais dit-il la vérité, ce contribuable qui répète un peu trop souvent qu’il paie ses impôts ? Niveau personnage détestable, c’est un portrait réussi que nous avons là.

Ceci n’est pas le meilleur tome des enquêtes de Lizzie Martin et Ben Ross : l’enquête principale est assez simple à résoudre, l’enquête secondaire aussi et notre chère Lizzie est un peu en retrait pour cette enquête.

Malgré tout, j’ai passé un agréable moment à suivre des personnages que j’apprécie, même s’ils ressemblent un peu au couple Thomas et Charlotte Pitt.

Ce que j’ai apprécié le plus, ce sont les descriptions de la ville de Londres, ses mœurs, sa bouffe (composée de tourtes à la viande), les explications diverses sur les droits des femmes (quels droits ??), leur position dans la société où tout les droits sont pour les hommes, même lorsqu’il sont en tort…

Avec subtilité, l’auteure nous en parle, le tout étant glissé dans les conversations, les pensées des personnages, sans que cela soit redondant. Si cette enquête manque de mystère et de suspense, on se rattrape avec l’apprentissage des mœurs de la société victorienne, que j’adore lire mais où je n’aurais pas voulu y vivre.

L’inconvénient de lire les avis de mes petit(e)s camarades, c’est que l’on se fait une opinion avant la lecture et cela peut porter préjudice à ce que l’on ressent durant cette lecture. Dans ce cas-ci, les avis étaient mitigés et j’ai eu quelques craintes en entamant ma lecture. Je n’aurais pas dû.

Ce n’est certes pas leur meilleure enquête, mais elle se lit avec plaisir au soleil, tout en emmagasinant des infos sur la société victorienne qui ne faisait pas la place belle à la femme alors qu’elle était dirigée par une femme !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.