Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire : Éric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes – 02 – Le fantôme du vicaire

Auteur : Le fantôme du vicaire
Édition : Albin Michel (27/04/2022)

Résumé :
Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné.

Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité?

Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l’auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif.

Critique :
Valentin Verne, le retour ! J’avais hâte de le retrouver afin de savoir si son père littéraire allait lever les mystères sur le personnage horrible du vicaire…

Dans ce deuxième opus, la traque continue, l’inspecteur Verne continuant de chercher son bourreau, surnommé le vicaire, un pédophile… Je précise que nul ne sait s’il est véritablement un homme d’église ou pas.

Dans ce jeu du chat et de la souris, où ce félon de vicaire va le faire courir partout dans un sordide jeux de pistes, une autre enquête va occuper notre bel inspecteur et son jeune adjoint : un homme en proie à un gredin qui lui a proposé de revoir sa fille décédée grâce à des séances de spiritisme.

Dans ce deuxième polar historique, il m’a semblé que l’auteur avait gommé une partie des travers que je lui avais reproché : il s’appesanti moins sur le fait que Verne est un bô gosse, élégant, beau comme un dieu, tout comme Aglaé, son amie, qui est bêêêlle.

Ouf, l’auteur le répète un peu moins et j’ai trouvé que son inspecteur et son amie (la belle comédienne), avaient des portraits un peu plus nuancés que dans le premier tome. Mais on peut encore mieux faire dans les nuances.

Un qui n’a aucune nuance, par contre, c’est le vicaire. On sait peut de choses de lui, hormis les horreurs qu’il a commise avec des enfants, qu’il est fourbe, intelligent, violent, sans scrupules et qu’il vaudrait récupérer Valentin. Hélas, le portrait du méchant aurait mérité un peu plus de profondeur.

Pas pour l’excuser, mais pour expliquer, pour que l’on sache plus de détails sur ce personnage qui, malgré qu’on le voit peu, prend une place énorme dans le roman et dans l’esprit de Valentin.

Sur ce sujet, l’auteur insiste un peu trop à nous rabâcher que Valentin est obnubilé par le vicaire, par ce qu’il lui a fait. Oui, c’est normal qu’il y pense souvent, vu le traumatisme qu’il a vécu, mais on l’a compris, pas besoin de nous le répéter à tout bout de champ. On sait aussi que Valentin chercher une vengeance et non la justice.

Le point fort de ce polar historique, c’est l’Histoire ! En le lisant, on va se coucher moins bête. Le contexte historique est bien intégré à l’enquête, on se croirait vraiment dans l’époque, celle où Louis-Philippe régnait et où la Belgique venait d’obtenir son indépendance (4 octobre 1830).

De plus, le style d’écriture de l’auteur fait penser à celui des feuilletoniste de l’époque et pour peu, on a l’impression de lire un roman écrit en 1830. L’auteur a bien potassé son sujet et l’époque et il utilisera des inventions de cette époque pour expliquer une partie de l’enquête de Valentin Verne, qui, tout comme Holmes, se pique de chimie aussi.

Par contre, l’auteur a chaussé ses gros sabots avec un personnage et tout de suite, j’ai compris ce qu’il en était, ce qui m’a coupé le suspense. Dommage, parce qu’il y avait un beau twist à jouer, si cela n’avait pas été aussi gros. J’avais compris aussi un fait important dans l’enquête sur le médium, mais cet éclair de lucidité ne m’a pas privé de mon plaisir. Comme quoi…

Malgré ces petits bémols, j’ai apprécié ma lecture et le roman n’a pas fait long feu, puisque je l’ai dévoré en même pas deux jours. Je l’ai trouvé plus rythmé que le premier et le fait de connaître les personnages a ajouté du plaisir à la lecture.

En résumé, ceci est un bon polar historique où l’auteur joue de son écriture pour nous donner l’impression que nous lisons un roman écrit à cette époque, à la manière de feuilletonistes. L’Histoire est bien présente, mais je ne l’ai pas trouvée rébarbative ou qu’elle phagocytait le récit. L’équilibre entre les deux était bien dosé.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca et si troisième tome il y a (vu la fin ouverte, il devrait y en avoir un), nous serons de la partie pour le lire.

PS : L’auteur intègre aussi ma kill-list et cette fois-ci, ce n’est pas pour l’assassinat d’un animal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°88].

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Le tour de la bouée – Commissaire Montalbano 10 : Andrea Camilleri

Titre : Le tour de la bouée – Commissaire Montalbano 10

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2006)
Édition Originale : Il giro di boa (2003)
Traduction : Serge Quadruppani & Maruzza Loria

Résumé :
Le commissaire Montalbano est à deux doigts de tirer sa révérence : trop de voyous et de gens corrompus, de la base au sommet, dans cette police à laquelle il a tout donné. Mais comment déserter quand un cadavre flottant, décomposé, vient le narguer au cours d’une baignade ? encore un de ces immigrés clandestins victime d’un naufrage dans le canal de Sicile ?

Le « dottore » n’ignore rien de ces tragédies où périssent également des enfants, ni de la férocité des passeurs. Ces criminels vont apprendre qu’en Sicile aussi, les lois existent. Du moins quelques unes…

Montalbano a peut-être fait sont temps, cette époque le dégoûte. Mais s’il veut empêcher d’autres horreurs, il doit oublier sa paresse, sa mélancolie, son calme et son humour légendaire…

Critique :
Comme mes dernières lectures avaient été éprouvantes, que j’avais crapahuté dans les montagnes, affronté le froid ou la canicule, je voulais me reposer avec un roman policier sympa.

Quoi de mieux que de se poser en Sicile en compagnie d’un commissaire Montalbano, de bouffer dans les petites trattorias et de se la couler douce en buvant des cafés et de mener une enquête en bougonnant ?

Caramba, encore raté ! Moi qui pensais me la couler douce et enquêter tranquillou sur un petit crime banal, j’en ai été pour mes frais !

Tout d’abord, Montalbano en a marre de son boulot, il veut démissionner (ça arrive à tous les flics ou détectives, cette passe à vide). Les actions de certains policiers, à Gêne, l’on déprimé grave. Il va nager et bardaf, il tombe sur un cadavre bien mariné, en le ramenant sur la plage, les emmerdes commencent avec des petits vieux qui pensent qu’en Sicile, faut y aller avec un flingue…

Puis Catarella se met à prononcer correctement les noms des gens et des lieux (la fin du monde est proche), Mimi Augello devient vertueux (l’apocalypse) et, pire encore, le patron de la trattoria San Calogero, ferme pour prendre sa retraite (bombe atomique).

Bref, rien ne tourne rond à Vigata et dans la vie du commissaire. Tout fout l’camp, ma bonne dame, même la solidarité n’est plus, les migrants pouvant aller se faire noyer en Méditerranée. Monde cruel, tu as raison, mon cher Montalbano.

Pour ce qui était de se la couler douce, c’était donc loupé, vu les faits de sociétés abordés dans ce dixième tome. Surtout, qu’à un moment précis, on sent bien qu’on a foutu le pied dans un truc bien puant, bien dégueu et qu’on ne s’en sortira pas sans se prendre un coup au moral.

Bah, tout compte fait, c’est aussi cuisiné de la sorte que j’aime les enquêtes de mon commissaire sicilien : avec du piment qui gratte, qui pique au palais, qui nous rappelle que nous sommes bien, nous, qui ne devons pas fuir un pays en guerre, en proie à la sécheresse, à la famine, au chômage, aux mains de gangs violents, avant d’être les victimes des passeurs sans scrupules, sans humanité…

Une fois de plus, c’est une bonne enquête du commissaire Montalbano, où s’entremêlent les moments drôles, poétiques, amusants et ceux plus glauques des travers de l’humanité et d’un commerce abject.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°87].

L’Aigle noir : Jacques Saussey

Titre : L’Aigle noir

Auteur : Jacques Saussey
Édition : Fleuve Editions (06/10/2022)

Résumé :
Un île de rêve
Un tragique accident
Le thriller de tous les dangers

Un sorcier vaudou qui décide de fonder une obscure église loin de son Togo natal. Un homme qui meurt dans une terrible attaque de requin. Une petite fille qui se replie sur sa détresse de jour en jour.

L’île de la Réunion, malgré ses paysages entre lagons turquoise et montagnes luxuriantes, n’a rien du paradis auquel Paul Kessler s’attendait. Pourtant, cet ex-commandant de police n’aspirait qu’à un peu de tranquillité jusqu’à sa rencontre, à Toulon, avec Hubert Bourdonnais.

Deux ans plus tôt, ce riche industriel a quitté son île en confiant la direction de la vanilleraie familiale à Pierre, son fils unique. Mais celui-ci est décédé dans un crash d’hélicoptère il y a peu.

Et si la gendarmerie a conclu à un accident, Hubert Bourdonnais, lui, ne croit pas à cette thèse. Face à ses doutes, Kessler a alors accepté de mener l’enquête, sans imaginer qu’il serait confronté à une réalité bien sombre…

Critique :
Mes dernières lectures m’ayant entraînées dans des contrées froides, j’avais envie de soleil…

Ce roman se déroulant sur l’île de la Réunion, c’était la bonne destination à prendre, surtout qu’il y a quelques jours, j’avais vu un reportage sur cette destination de rêve, à la télé (Échappées belles). Puisque j’avais révisé La Réunion, j’étais parée !

Les émissions de télé nous vendent du rêve, des beaux paysages, des gens que l’on a envie de rencontrer, elles ne nous montrent jamais l’envers du décor, comme le fait le roman de Saussey. Lui, il nous parle de délinquance, de drogues, de personnes au chômage, de croyances vaudous (♫ un sorcier vaudou, m’a peint le visage ♪)…

Alors oui, ses décors sont de rêve, il les décrit très bien, je m’y serais crue sans jamais y avoir mis les pieds, mais ce n’était pas un voyage merveilleux ! Dans son roman, j’ai crapahuté comme pas possible ! Moi qui voulait me la couler douce, c’est raté.

Ce thriller n’est pas bourré d’action et d’adrénaline (sauf pour le final), on ne court pas partout, le récit prend le temps de se construire et les chapitres alterneront les faits se déroulant en 2016 et ceux du présent, en février 2020. Non, pas de panique, l’auteur nous parlera très peu de la covid, ce sera quelques lignes.

Par contre, on croisera une saloperie vraiment atroce qu’on n’arrivera jamais à éradiquer : des hommes incestueux et pédophiles. Il devait y avoir un nid à La Réunion, pas possible autrement, on dépasse quasi celui de l’Église, c’est vous dire la concentration de types dérangés à enfermer.

Le titre aurait dû me mettre la puce à l’oreille… L’aigle noir ! ♫ Un beau jour, ou peut-être une nuit.. ♫ Dans ma main, il a glissé son cou ♪ Gloups, quel cou ??

Le roman, sans posséder un rythme trépidant, n’en reste pas moins addictif : Paul Kessler, flic de Lyon retraité, mène une enquête en off, sur l’accident d’hélicoptère qui a coûté la vie à Pierre Bourdonnais, fils de Hubert Bourdonnais.

C’est le père qui lui a demandé et notre flic va soulever bien des mystères, lever bien des lièvres et son enquête se mêlera avec les morts bizarres et violentes qui surviennent sur l’île. Non, pas envie d’aller en vacances à la Réunion, moi… Merci monsieur Saussey !!!

L’auteur prend donc le temps de nous présenter l’île, microcosme, sa nature, son climat, sa population, les personnages importants que nous croiserons, et, à l’aide de chapitre assez court, il arrive à donner du rythme sans pour autant que son policier coure partout comme un dingue.

On reste dans une enquête réaliste, avec du mystère et une résolution loin de ce que j’aurais pu penser. Les sujets difficiles que sont l’inceste et la pédophilie sont bien intégrés dans le récit et bien traités. Sans que l’auteur n’aille trop loin ou ne fasse que survoler ce sujet horrible. On trinque tout de même en lisant ces passages où des adultes abusent d’enfants et jouent avec leurs sentiments, leurs peurs. Ignobles ils sont (les pédophiles).

L’alternance des chapitres au passé et ceux au présent donnent à l’histoire un goût de mystère, de sang, et de questionnement, car on ne sait pas à quel moment les deux récits se télescoperont, ni comment tout cela se terminera.

Un thriller qui prend son temps, un thriller qui vous emportera à La Réunion, pour un voyage qui mêlera le rêve au cauchemar, un thriller qui a tout d’un roman noir. Un thriller que j’ai dévoré, même si pour certains passages, j’ai eu un peu de mal, tant on entrait dans ce que l’humain a de plus sombre, de plus dégoutant, de plus abject.

Un thriller réussi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°86].

Les Enquêtes de Nicolas LeFloch – L’énigme du Code Noir : Laurent Joffrin [Par Dame Ida, qui aime les livres en costumes et le parler de jadis]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas LeFloch – L’énigme du Code Noir

Auteur : Laurent Joffrin
Édition : Buchet Chastel (22/10/2022)

Résumé Babelio
Jamais dans sa longue carrière, Nicolas Le Floch n’avait vu pareils crimes. Au printemps 1791, on retrouve successivement deux cadavres dans le quartier du Luxembourg à Paris : le premier a une jambe et un bras coupés, le second le dos labouré de dizaines de coups de fouet ; pour faire bonne mesure, tous deux ont été pendus, ce qui a causé leur mort. Ces deux grands seigneurs assassinés sont propriétaires de plantation à Saint-Domingue.

Avec son ancien adjoint Bourdeau, Nicolas, agent spécial de la monarchie, découvre que ces mutilations sont calquées sur les punitions infligées aux esclaves fugitifs par les planteurs des colonies, selon les stipulations du “code noir” établi par Louis XIV pour réglementer la répression des fautes commises par les esclaves des colonies françaises.

S’agit-il d’une vengeance venue des îles ? Ou bien d’un complot bien plus tortueux commis dans une intention politique ? Dans le Paris révolutionnaire de 1791, tandis que l’Assemblée constituante tente de stabiliser le royaume et que Louis XVI défend sa couronne au palais des Tuileries, en butte aux émotions populaires suscitées par les patriotes les plus intransigeants, les deux policiers tentent de démêler cet écheveau complexe sur fond d’affrontements entre les factions politiques.

Au cours de cette intrigue haletante, il devra comprendre la bataille qui s’ouvre sur l’abolition de l’esclavage, entre la Société des Amis des Noirs qui défend l’égalité des droits et le club Massiac, qui réunit dans une association puissante les intérêts coloniaux.

Il devra surtout combattre les criminels redoutables de la « bande de l’Homme Vert » qui a élu domicile dans les carrières souterraines de Paris, tout en surmontant l’imbroglio sentimental qui oppose Laure de Fitz-James et Aimée d’Arranet avec qui il entretient une double liaison qui le mettra en fâcheuse posture.

L’avis de Dame Ida : 
Ciel ! Laurent Joffrin est journaliste et ça se voit ! Brutalement même !

Les premières pages du roman se déploient dans un style très factuel et ramassé, qui s’il sied aux colonnes d’un journal où chaque centimètre carré est une occasion de gagner de l’argent, s’éloigne considérablement de ce que les lecteurs et lectrices fidèles de la première heure de Nicolas Le Floch avaient toujours aimé retrouver sous la plume de Jean-François Parrot !

Adieux la langue fleurie, tarabiscotée, suivant métaphoriquement les circonvolutions et ornements du style rocaille dont se parait le mobilier Louis XV ! Nous voilà face à un style résolument moderne même si quelques bouffées d’un XVIIIe siècle à son crépuscule surgissent çà et là, et curieusement à mesure que l’on s’approche de la fin du livre.

Joffrin avait fait quelques efforts lors du volume précédent, mais aujourd’hui le triste constat est là : La langue de Le Floch n’est plus. (Minute de silence… tête baissée.)

Ce nouveau style est si resserré et si factuel, que ce roman ne fait qu’environs 200 pages contre le double pour les romans signés par Parrot. Étrangement, le résumé de présentation est l’un des plus longs que je n’ai jamais lu sur Babelio alors que les aventures de Le Floch ne font que rétrécir !

En voyant la minceur inédite de l’ouvrage je ne pouvais craindre qu’une chose : un style plus dépouillé… des dialogues ne fleurant plus bon la langue du XVIIIe… mais aussi une intrigue simplifiée sans les multiples rebondissements, ou passages obligés quasi rituels, auxquels nous étions habitués…

Cette restructuration a aussi envoyé quelques personnages secondaires récurrents vers des CDD ou à Pôle Emploi, sans parler de ceux qui ont déjà été enterrés ou mis en retraite lors du précédent tome !

Il semble que l’auteur se souvienne subitement de l’existence d’Aimée d’Arranet qui avait été laissée au placard et quasiment pas évoquée autrement que comme un souvenir lors du roman précédent…

Est-ce seulement crédible que de mener une liaison avec une femme sans la revoir pendant des mois ? Pour un marin à la rigueur… Mais là… Non. Car en effet, voilà notre Nicolas menant une double vie entre cette vieille maîtresse et sa nouvelle conquête, la Princesse de Chimay, rencontrée dans la dernière aventure remontant à l’année précédente, d’après le texte lui-même.

Nicolas a beau être un quinquagénaire, il ne s’en comporte pas moins ici comme un adolescent, ce qui est surprenant venant de l’homme responsable et droit qu’il a toujours été. Et puis c’est assez anachronique à une époque où cet âge était non pas encore celui de la maturité, mais tout bonnement celui de la vieillesse.

Joffrin persiste également dans son oubli du fait que Nicolas avait noué des relations franchement amicales, pour ne pas dire personnelles avec le bourreau Samson (on se souviendra de repas pris chez lui avec sa femme et ses enfants alors que les familles de bourreaux n’étaient pas fréquentables aux yeux du peuple et des aristocrates en raison de leur état – c’était symboliquement très fort comme preuve d’amitié que de manger chez le bourreau !) à qui il ne s’adresse plus que comme une vague relation professionnelle depuis le précédent tome.

Cette amnésie est assez gênante car soit elle démontre que l’auteur n’a pas bien fait son travail d’appropriation de l’œuvre qu’il prétend poursuivre, soit elle fait de Nicolas un être superficiel, retirant sans raison son amitié plus vite qu’il ne la donne, ce qui détonne par rapport à la psychologie du personnage.

Exit également, depuis le volume précédent, les passages pourtant incontournables de Nicolas chez son tailleur (Nicolas ne s’habillerait-il plus ?), Maître Vachon qui à l’instar de la Paulet, le mettait au courant des derniers potins de l’aristocratie…

La Paulet ? Qui c’est ? Là encore cette inénarrable mère maquerelle, voyante à ses heures, au langage plus qu’imagé était devenue un monument (je ne parle pas seulement de son tour de taille !) de la saga de Parrot.

Eh bien, elle semble être définitivement passée à la trappe (il a certainement fallu la découper en plusieurs morceaux pour ça en plus !). Ok… Elle n’était plus très vaillante aux dernières nouvelles, mais nous n’avons même pas été invités à son enterrement et n’avons pas reçu de faire-part. Quelle déception !

Idem pour Sartine, l’éternel mentor de Nicolas… toujours aux affaires, même quand il n’est plus en poste… On l’avait retrouvé subitement bien vieilli lors du précédent volume, mais là on ne saura même pas ce qu’il est devenu. Mort ? Exilé ? Gâteux ? Pourtant l’âge de l’Amiral d’Arranet (75 ans) et de Monsieur de Noblecourt (plus de 90 ans), qui n’en finit pas de vieillir depuis la première enquête, seront précisés et eux… restent toujours en piste et toujours au service de le Floch…

On ne peut pas escamoter des personnages qui ont eu une telle importance, pendant une quinzaines d’aventures, en les expédiant dans les ténèbres extérieures, comme s’ils n’avaient jamais été question d’eux. Joffrin ne pouvait-il pas imaginer ou penser que toutes ces relations de Nicolas avaient aussi une place capitale dans la saga et de fait aux yeux des lecteurs ?

Sérieusement, celles et ceux qui auront apprécié suivre l’évolution psychologique de Nicolas et des autres personnages récurrents, ainsi que l’évolution des liens (parfois ambivalents – cf. la relation entre Nicolas et Sartine) tissés entre eux au fils des tomes précédents, en seront pour leurs frais.

Les péripéties sentimentales (assez éloignées du Nicolas de Parrot) développées ici, ne permettront pas de l’occulter. D’autant qu’elles sont aussi maladroites et cliché qu’un chapitre de la collection Harlequin.

Cependant, malgré toute ces coupes franches et son économie de mots et de papier, Joffrin aime assez l’histoire de France pour ne pas négliger de planter le décor avec une grande précision. Reconnaissons-lui au moins ce mérite.

Et dans ce volume, en plus de la période révolutionnaire il sera plus précisément question du statut des esclaves… Et de l’hypocrisie française à ce sujet puisque si l’on commerçait des esclaves, et les envoyait dans les outremers il n’y en avait officiellement aucun sur le sol métropolitain depuis le moyen-âge.

Nous sommes en Avril 1791. Louis XVI et sa famille ont dû quitter Versailles et sont quasiment en résidence surveillée aux Tuileries (une aile aujourd’hui disparue, qui faisait se rejoindre les deux ailes du Louvre parallèles à la Seine, fermant l’ensemble architectural à l’ouest).

Pour information, la fuite ratée de Varennes aura lieux deux mois plus tard… C’est dire si la famille royale se sent peu en sécurité, se morfondant en reclus dans une vie routinière loin des fêtes et des fastes de Versailles. Exit l’étiquette !

Et dans Paris, les nouveaux leaders politiques, nouvelles factions et nouveaux clubs déploient leurs arguments pour orienter la Révolution dans telle ou telle direction. Beaucoup de fébrilité, de bouillonnements et d’instabilité. Les descriptions de la capitale qu’arpente alors Nicolas Le Floch seront éloquentes.

Cependant, plutôt que d’intégrer les éléments historiques dans les dialogues entre les personnages, ce qui réclame en effet un réel savoir-faire de romancier, et d’accepter de prendre son temps et d’écrire davantage en délayant, Joffrin interrompt le dialogue, balance ses éléments historiques sous forme de narration factuelle quelque peu plaquée en laissant supposer que les personnages viennent de parler de ça. J’ai trouvé cette technique répétitive assez expéditive et artificielle, à 1000 lieues de ce que j’appréciais sous la plume de Parrot.

Et taquinant sauvagement le rectum des mouches, comme j’aime à le faire quand je ne veux rien passer, pas même le moindre détail, à un auteur qui m’a déçue (oui je m’acharne !)…

Il faudrait expliquer au Sieur Joffrin et à son éditeur/correcteur que… Le titre « Dom » ne précède le nom de certains membres de certains ordre religieux (comme pour Dom Pérignon) ou le prénom de certains nobles portugais…

Mais pour l’aristocratie espagnole ou italienne on utilisera le titre « Don » comme pour « Don Juan »… que Joffrin s’obstine à écrire « Dom Juan » bien qu’il fût supposé espagnol et pas portugais… Arrrrgghhh ! Je n’ai pas fait mon collège-lycée à Stanislas (une école privée prestigieuse pour le gratin de l’élite parisienne) comme Joffrin, mais au moins je sais ça !

L’intrigue ? Oui… toute histoire policière se doit d’en avoir une et celle-ci nous donne l’occasion de nous cultiver, notamment sur la question du fameux et tristement célèbre « code noir », dû à Colbert, et sur le statut particulier des esclaves dans les possessions ultramarines française, puisque, sur le sol métropolitain, il ne pouvait exister d’esclaves sous l’ancien régime depuis Louis X dit le Hutin (tout esclave mettant le pied en France était considéré comme libre !)…

Nous nous promènerons même dans les sous-sols de la capitale avec des explications historiques plus précises que celles que nous donnerait un guide !

Et bien évidemment, comme à chaque fois lors de ces détours tortueux entre Paris et Versailles, nous croiserons avec Nicolas, moult personnages de la Grande Histoire venus se perdre dans cette histoire plus petite. Le Chevalier de Saint-George (sans « s » final, ce n’est pas une faute), compositeur et escrimeur célèbre de cette époque, fils métis d’un ancien planteur aristocrate, sera de leur nombre.

Mais quand un livre est deux fois moins épais que la moyenne des autres ouvrages d’une saga, même si l’intrigue est en soi correcte, elle n’en est que deux fois plus simple à suivre et moins rythmée de rebondissements ou d’affaires dans l’affaire… Elle est donc très honnête mais… un peu cousue de fil blanc et le responsable de l’affaire aisément identifiable dès le départ…

Nous étions habitués à mieux, on l’aura compris. D’autant que le dénouement a quelque chose d’assez expéditif et de bien pratique par certains abords.

Je me demande même si, ici, l’intrigue ne sert pas davantage de prétexte à développer une page d’histoire de manière vivante et de présenter les idées de l’auteur sur le rôle de la France dans l’histoire de l’esclavage si je mesure la place prise par les développements historiques magistraux par rapport à la narration des meurtres et de leur résolution. L’épilogue ne pourra pas me convaincre du contraire.

En résumé :

Quand on aime une série de livres, ce n’est pas simplement pour le personnage principal ou pour l’univers dans lequel il évolue. C’est aussi pour le supplément d’âme que lui donne son auteur grâce à son style particulier et par le biais des personnages secondaires que l’on apprécie de voir évoluer roman après roman.

Pour moi le style inventé par Parrot restera indissociable des enquêtes du Commissaire Le Floch, et le style trop factuel de Joffrin ne fera pas mon affaire malgré une intrigue correcte mais sans plus, lui permettant de déployer sa parfaite culture de la période révolutionnaire.

Il n’a pas non plus mesuré l’attachement des fans de Nicolas aux autres personnages secondaires récurrents qu’il a fait passer à la trappe, ou qu’il réduit maintenant à peu de choses, au risque de faire passer le Marquis de Ranreuil pour un être superficiel en amitié, égratignant le portrait psychologique du personnage principal qu’il a pourtant par ailleurs réussi à s’approprier.

L’intrigue se lit avec plaisir mais pas avec autant de plaisir que j’avais coutume d’en attendre. Peut-être eût-il été préférable que Joffrin se soit contenté dans un unique roman de clôture, d’organiser l’émigration de Nicolas et de ses proches chez l’Anglois ou aux Amériques à la fin du roman précédent, lui offrant de prendre ainsi un nouveau départ dans nos imaginations en échappant à l’ombre de la guillotine qui menace maintenant tous les serviteurs de l’ancien pouvoir ?

Mettre le point final à la saga que son créateur n’a pu conclure de son vivant, en ouvrant de nouvelles perspectives à Nicolas, aurait été un bien meilleur hommage que de continuer à le faire exister en étant privé de toute la magnificence de son style et de ses amis de toujours qui sont aussi devenus les nôtres au fil des pages et des enquêtes.

‭Loveday & Ryder – 06 – ‬Couronnement fatal à Middle Fenton ‭: ‬Faith Martin [LC avec Bianca]

Titre : Loveday & Ryder – 06 – ‬Couronnement fatal à Middle Fenton

Auteur : Faith Martin
Édition : Harper Collins (02/11/2022)
Édition Originale : A Fatal Affair (2021)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Printemps 1962. Alors que le paisible village de Middle Fenton s’apprête à célébrer le 1er mai, une jeune femme est retrouvée étranglée et ligotée au mât à rubans. Une semaine plus tard, son petit ami est découvert pendu dans une grange.

Le jeune homme se serait donné la mort après avoir tué sa fiancée – c’est du moins ce qu’en déduit la police, mais cette conclusion est loin de faire l’unanimité.

La policière Trudy Loveday et son complice, le coroner Clement Ryder, ont tôt fait de comprendre qu’un meurtrier court encore dans la nature. Mais le tueur a déjà prouvé qu’il était prêt à éliminer toute personne qui chercherait à le confondre…

Auront-ils le temps de démasquer l’assassin avant qu’il ne frappe à nouveau ?

Critique :
Grâce à la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder, je pourrai me vanter d’avoir fait Oxford ! Certes, pas les études dans l’école prestigieuse, mais ça, ça restera entre vous et moi.

Alors, quoi de neuf, docteur Ryder ? Oh, le meurtre, par étranglement, de la reine de mai, dans le petit village de Middle Fenton et puis le suicide par pendaison de son petit copain.

Une pendaison, c’est chelou, non ? Notre ancien chirurgien, devenu coroner, va devoir se pencher sur ce suicide, à la demande du père, commissaire de police, qui ne croit pas que son fils se soit donné la mort.

Enquêtant discrètement, pour une fois, notre jeune policière, Trudy Loveday, va devoir épauler Ryder (surnommé le vieux vautour) sans son uniforme de policière, puisque c’est en loucedé qu’ils procèdent et sans pouvoir enquêter sur l’étranglement de la jolie jeune fille.

Comme toujours, on ne perd pas de temps, le meurtre a déjà eu lieu, la pendaison aussi et le roman commence avec notre coroner qui interroge les différentes parties, dans le tribunal.

Ensuite, direction le petit village où toutes les commères papotent, afin de faire la lumière sur cette sombre affaire. Ce sont deux jeunes gens qui sont décédés, tout de même, pas une vieille tante acariâtre avec magot !

L’auteur prend son temps, sans pour autant faire traîner les choses inutilement. Nous sommes dans les années 60, la majorité des femmes restent à la maison, devant leurs fourneaux, et l’auteur sait y faire pour nous plonger dans ces ambiances sixties et dans cet esprit de clocher qui est souvent l’apanage des petits villages où tout le monde se connaît.

Le duo Loveday et Ryder marche toujours très bien, pas d’amour à l’horizon, ce qui est parfait, mais plus une relation mentor/stagiaire ou presque père/fille. Le coroner respecte la jeune policière, lui apprend à conduire et connait bien sa valeur, là où ses collègues pensent encore qu’elle est juste bonne à classer des dossiers et à servir le thé.

Lire ces cosy mystery, c’est aussi un moment de détente où l’on ne se prend pas la tête, sauf à chercher le ou les coupables et où l’on prend plaisir à retrouver le duo improbable, mais qui fonctionne à la perfection.

Les suspects sont nombreux et cette fois-ci, je me suis plantée sur toute la ligne ! Ah, j’avais un nom pour l’assassin et je me suis fourrée le doigt dans l’œil ! Pour ma défense, nos enquêteurs pataugeaient aussi et sans une aide inopinée, ils seraient toujours en train de fureter sans rien trouver.

Hé oui, pour résoudre les enquêtes, il faut parfois une dose de chance… Et de la tchatche !

Anybref, une fois de plus, c’est un très bon polar, sans prétention aucune, si ce n’est de divertir avec des assassinats…

Cette LC avec Bianca est réussie, tout comme moi, elle a apprécié arpenter le petit village de Middle Fenton et se dire que les commères devaient parler dans le dos, se racontant les rumeurs et les potins, elles qui savent tout, là où les hommes ne voient rien…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°80].

L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet [Par Dame Ida, lectrice épuisée]

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO (22/09/2022)

Résumé Babélio:
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l’“ homme sans visage ”, l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. Même de vous…

L’avis de Dame Ida :
Bon… On ne peut pas dire que le résumé Babelio qui est en réalité le plus souvent la 4e de couverture proposée par les éditeurs, nous aide beaucoup. Et c’est fort ennuyeux.

D’autant qu’à aucun moment l’Archipel des Oubliés n’est nommé comme tel dans le roman !!! Ce sera au lecteur de deviner de quoi il s’agit…

Cette présentation est d’autant plus regrettable que le chaland lambda qui n’a jamais lu un roman de Nicolas Beuglet ne saura pas que l’Archipel des Oubliés est la suite (et fin ?) des précédentes enquêtes de l’inspectrice Grace Campbell (le Dernier Message, Le Passager sans visage) et de celles de Sarah Geringën (Le Cri, Complot, l’Île du Diable) qu’il est tout bonnement impératif d’avoir lues avant si on veut suivre un minimum. Or, ce n’est pas indiqué.

Après avoir lu dans un premier temps les enquêtes de Sarah Geringën, et être arrivée au bout de la première enquête de Grace Campbell, j’avais lu la seconde qui se terminait sur l’irruption tonique de Sarah dans le bureau de Grace qui rentrait de sa dernière expédition policière à travers le monde…

Je les avais quittées là… Attendant la suite avec impatience, et c’est bien là que j’ai eu le plaisir de les retrouver. Elles n’avaient pas bougé du commissariat écossais où Grace officie.

Mais je les avais laissées à cette place un peu trop longtemps et n’avais plus un souvenir très frais des cinq premiers tomes qui avaient préparé les deux femmes à se rencontrer et à partir ensemble dans une nouvelle enquête.

Je dois avouer avoir eu un peu de mal à raccrocher les wagons et à retrouver mes repères dans les débuts de cette nouvelle enquête, notamment pour comprendre ce que Sarah pouvait vouloir à Grace. Heureusement, Beuglet nous rafraîchit la mémoire bien comme il faut.

Même s’il sait nous embarquer tambour battant dans des enquêtes rythmées où ses héroïnes elles-mêmes peinent à retrouver leur souffle, je reprendrai mes critiques habituelles concernant les arrangements de l’auteur avec la réalité.

Comme lors des cinq précédents volumes, la hiérarchie des inspectrices est inexistante et les deux femmes enquêtent en roue libre comme si de rien n’était, même si les enquêtes impliquant les polices de deux pays doivent toujours préalablement faire l’objet d’autorisations des services diplomatiques etc… La police n’est pas bureaucratique qu’en France.

Par ailleurs, le corps humain a ses limites et de voire Grace attaquer une nouvelle enquête avec un bras dans le plâtre (ce qui est assez peu crédible pour un agent de terrain en principe – si on vous autorise à travailler avec un plâtre, c’est à des tâches strictement administratives) m’a bien amusée.

Et j’ai également compris lors de la lecture des romans précédents que Grace et Sarah sont des dures à cuire, increvables, qui peuvent essuyer les coups, les tirs, les sauts dans le vide, les cascades sans égratignures, résister aux drogues, survivre à des explosions, prendre des bains d’eau glacée, alors qu’il gèle à pierre fendre sans choper un rhume et subir des situations psychologiquement traumatisantes sans jamais s’écrouler.

En lisant ce roman je me suis rappelée ce que je m’étais dit en passant des enquêtes de la norvégienne à celles de l’écossaise… Les deux femmes n’avaient peut-être pas la même histoire et les mêmes traumatismes, l’une est supposée être plus froide que l’autre… Mais je n’arrivais pas franchement à les différencier l’une de l’autre.

Et ce roman est venu renforcer cette impression. Lorsque l’auteur nous fait entrer à l’intérieur de leurs têtes respectives, c’est avec ses propres mots, son propre style, sans parvenir à décrire pour l’une et pour l’autre un flux de pensée qui leur soit propre ou original. Leurs différences ne sont visibles que de l’extérieur ou que dans le rappel de leurs biographies.

De fait, elles me sembleront presque être le clone l’une de l’autre et dans le feu de l’action, là où elles fonctionnent en tandem, j’oubliai rapidement qui est qui, comme si elles ne faisaient qu’une. L’uniformité du style de l’auteur dans le déploiement de la pensée de ses deux héroïnes ne permettra pas de leur donner à toutes les deux, une psychologie qui leur est propre. Je trouve ça un peu dommage, même si ça n’empêche pas de suivre et d’apprécier l’histoire.

Voilà pour les faiblesses du roman, selon moi. Du côté de l’intrigue en revanche… Ce n’est franchement pas mal du tout. C’est tordu à souhait et rythmé, et les pompes funèbres auront bien du boulot, avec tous les cadavres qui joncheront la route des deux inspectrices.

Et pourtant… on est franchement loin du polar réaliste ! Et je suis assez sévère quand on n’est pas assez réaliste dans un bouquin.

Même si les James Bond nous semblent toujours aussi improbables, c’est toujours avec un certain plaisir qu’on les regarde… Les histoires sont démentes, les complots granguignolesques des super-méchants n’ont absooooolument rien de crédible, et les abrutis qui travaillent pour les super-méchant ratent toujours leur cible quand ils tirent à la mitraillette ou au bazooka et James Bond, même à découvert en sortira indemne sans être décoiffé.

Et bien là, c’est pareil, sauf que l’auteur est suffisamment sadique pour faire morfler ses héroïnes. Et elles morflent très lourdement… Mais… à les entendre… « Même pas mal ».

Côté méchants, c’est pareil aussi… Les deux femmes se sont battues pendant cinq et maintenant six tomes, contre des super-vilains aux moyens illimités, que ce soit en argent, moyens techniques, relations ou contrôle des médias, capables de recruter des armées entières de sbires à leur service et d’entretenir des bases secrètes d’où ils projettent d’asservir l’humanité. Rien que ça.

C’est énorme… Je dirais même ça pourrait être carrément grotesque… Surtout pour moi qui ai du mal quand les auteurs me prennent pour une quiche à essayer de me faire gober n’importe quoi.

Et pourtant ça marche !

Pourquoi ça marche ? Et bien parce qu’à travers de ses intrigues, Nicolas Beuglet, extrapole sur certains travers de notre société afin de les dénoncer, travers basés sur des faits réels et vérifiés sur lesquels il revient en postface dans chacun de ses romans pour nous aider à mieux en prendre conscience.

On pourrait presque l’imaginer fasciné par le complotisme, car il s’efforce de nous montrer comment les puissances du profit peuvent parvenir à nous faire gober tout et n’importe quoi.

Oui mais voilà… S’agit-il d’interprétations complotistes d’éléments pourtant bien tangibles de la réalité ? Ou l’étiquette complotiste ne serait-elle pas ici posée pour décrédibiliser celui ou celle qui dénoncerait quelque chose de trop dérangeant pour certaines élites ? Questions qui se renvoient sans cesse l’une à l’autre comme notre image entre deux miroirs.

Même si ses histoires sont totalement incroyables, ce qu’elles mettent en scène ne peut que nous toucher et nous faire réfléchir… voire nous épouvanter face à la mise en abîme du sens et de la vérité de toute chose.

Je ne sais pas précisément quand il a écrit son livre mais quand à travers la bouche d’un de ses personnages il ironise sur le fait que l’on demande à la population de baisser son chauffage alors que ceux qui nous le recommandent circulent en jets privés… On ne peut que se prendre ça de plein fouet dans la figure étant donné notre actualité.

Quand il nous rappelle que le passage au tout numérique n’a certainement rien d’écologique en ce sens que les datacenters et le passage à la 5G, la généralisation du cloud et de la dématérialisation des factures ou autres documents, vont conduire le numérique à consommer encore plus d’énergie et à rejeter encore plus de carbone que jamais, on ne peut que comprendre à quel point les discours véhiculés par les médias et présentés comme des vérités écologiques mériteraient d’être repensés et décryptés… car les médias sont-ils si libres ou indépendants ? N’appartiennent-ils pas de plus en plus souvent à des grands groupes industriels ?

Il y a toujours quelque chose de vrai dans un délire disait Freud… Et le moins qu’on puisse dire c’est que les délires des super-vilains de Beuglet, aussi incroyables soient-ils contiennent une part de vérité.

À nous d’interpréter celle-ci ou de choisir sous quel angle on a envie de la voir. Et c’est ça qui fait pour moi tout le sel de cette série de romans.

L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03 : Nicolas Beuglet

Titre : L’archipel des oubliés – Grace Campbell 03

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (22/09/2022)

Résumé :
Cette histoire vous fera douter de tout…

Les inspectrices Grace Campbell et Sarah Geringën le savent. Malgré leurs caractères opposés, elles doivent unir leurs forces pour neutraliser l' » homme sans visage « , l’architecte du plan diabolique qui mènera l’humanité à sa perte.

Seule piste : un manoir égaré dans les brumes d’Écosse. Derrière les volets clos de la demeure, l’ombre d’une jeune veuve austère, en apparence innocente. Mais cette femme est-elle vraiment ce qu’elle prétend être ? Ce que les deux inspectrices découvrent dépasse leurs pires hypothèses.

Dans une course qui les entraîne du loch Ness à la Norvège, Grace et Sarah vont devoir repousser les frontières de la peur pour rejoindre l’énigmatique archipel des Oubliés – l’ultime rempart au chaos du monde.

Un thriller glaçant. Et perturbant. Car ce qui se joue sur ces terres mystérieuses pourrait bien ressembler au choix de civilisation qui se dresse devant nous…. même de vous…

Critique :
Dans ce dernier roman de la trilogie, l’inspectrice écossaise Grace Campbell, l’héroïne principale, venait de croiser la route de l’inspectrice Sarah Geringën, celle de l’autre trilogie (deux trilogies, ça fait une sexologie ? mdr).

Ça promettait d’allumer le feu parce que nos deux inspectrices n’étaient pas des neuneus ! Elles sont badass et, telles des James Bond au féminin, rien ne leur fait peur, elles enchaînent les cascades, même avec un bras cassé !

Verdict ? Le début est canon, mené tambour battant, on ne s’ennuie pas, les mystères sont bien présents, l’adrénaline pulse et l’angoisse monte. Normal, nous avons suivi nos deux inspectrices vers un manoir égaré dans les brumes d’Écosse où vit une étrange bonne femme.

Ce que j’ai toujours apprécié, dans les romans de cet auteur, c’est qu’il frappe là où ça fait mal.

Après qu’Olympe ait fait en sorte de niveler par le bas (ce qui se passe réellement dans nos sociétés, sauf pour certains), ôté l’esprit critique des gens (des moutons sont plus faciles à manipuler pour envoyer à l’abattoir) et de jouer avec les peurs des gens pour faire mieux les contrôler, la phase 3 était le suspense insoutenable !

Après avoir abruti les peuples pour leur ôter l’esprit critique dans sa phase 1, après les avoir terrorisés dans sa phase 2 pour mieux les contrôler, la phase 3 consiste à [NO SPOLIER].

Ambiances anxiogènes au possible, le roman me collait aux mains et j’ai eu du mal à le poser tellement le récit pulsait et que je voulais savoir.

L’écriture est simple sans être simpliste, elle est nerveuse et l’auteur ne prend pas des gants : il trempe sa plume dans l’encrier des dénonciations et il balance (le 5G inutile, les datacenters immenses, les cloud qui bouffent de l’énergie, le tout au numérique qui consomme et qui a une empreinte carbone énorme,…).

Des vérités, rien que des vérités, hélas. Au travers de son roman, l’auteur s’appuie sur des faits de sociétés, sur des thèmes qui nous sont contemporains, ce qui ancre ses récits dans la réalité. Bref, il est engagé.

On a le nez dans la merde, je ne le nierai pas et effectivement, si nous continuons de la sorte, l’iceberg devant nous va faire couler le navire sur lequel nous nous trouvons et il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde (uniquement les premières classes, les plus fortunés). Je dirais même plus : on a déjà pris l’iceberg dans la gueule ! La maison brûle et nous sommes dedans !

L’auteur dénonce aussi les médias, les journalistes qui ne prennent pas la peine de recouper leurs informations, qui balancent tout et n’importe quoi pour faire le buzz, pour être lu, pour que leur feuille de choux soit la plus lue (mais rien n’a changé depuis des siècles).

Le pire étant que les journaux appartiennent maintenant à des groupes industriels, à des grands patrons du CAC40 et qu’ils soient tributaires des pubs, perdant de ce fait leur indépendance. Si l’un d’eux veut dézinguer une ou plusieurs personnes, le journal a ce pouvoir et dans le roman, c’est bien illustré. Avant que tout ne parte un peu en capilotade…

Ben oui, on était bien parti et puis, boum, on a pataugé dans la panade avec une évasion spectaculaire, avec l’entrée d’une vieille légende dans le récit, à tel point que j’ai pensé que je lisais un roman fantastique ! Non, je n’ai rien contre le fantastique, la SF ou l’anticipation, mais là, dans le roman, ça clochait tout de même, rendant bancal la suite.

Ce qui m’a le plus gêné, c’est à nouveau l’opposition entre une puissante société qui veut le Mal (avec une puissance énorme) et un groupe qui ne veut que le Bien (et qui n’est pas sans ressources non plus). Le manichéisme, c’est bien beau, mais dans la littérature (comme dans les films, séries), ça coince tout de même. J’aurais apprécié plus de nuances.

J’ai cru à un moment donné que les nuances allaient arrivées, on aurait pu les toucher du doigt dans une confession, mais non, peau d’zob, pas de nuances dans les méchants et les gentils, si ce n’est un méchant devenu un gentil…

Dans ce que nous assène l’auteur, à travers les paroles de certains des personnages, j’ai eu l’impression que c’était une leçon que l’on nous donnait. Cela ne me gêne pas du tout de recevoir des leçons, elles peuvent être bénéfique et je suis toujours à l’écoute, mais il y a la manière de le dire…

Là, j’ai eu la sensation que ceux qui écoutaient les belles paroles véridiques (les inspectrices et nous, lecteurs et lectrices), étaient des enfants qu’il fallait convaincre, des gosses à qui le prof fait la leçon.

Et leur esprit critique, il compte pour du beurre ? Là, ce n’était pas des bons conseils, c’était limite du prosélytisme.

Je ne sais pas si je dois mettre cela sur le compte de l’auteur ou sur le compte de ce personnage, qui, malgré ses belles paroles, a un côté un peu hypocrite (faites ce que moi je dis, pas ce que le méchant fait), dénonçant chez son ennemi Olympe un comportement qui est ancré en lui aussi, même s’il le fait différemment, avec la meilleure volonté du monde (et l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous le savons).

Si je partage ses points de vue, je n’apprécie pas trop la manière dont il nous les fait passer. Par contre, je suis intéressée par ses conseils de lecture, en fin d’ouvrage.

Anybref, malgré ce petit malaise avec cette leçon qu’on nous donne et le côté fantastique qui surgit d’un coup, le reste est de bonne facture et cela donne un thriller qui pulse, qui ne vous laisse pas bailler d’ennui et des personnages féminins assez forts, même si on a du manichéisme dans les méchants/gentils.

Ces défauts ne seront pas rédhibitoires si vous n’y attachez pas d’importance ! Ou si vous voulez un thriller qui vous emporte loin dans l’aventure.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°78].

Maximilien Heller : Henry Cauvain

Titre : Maximilien Heller

Auteur : Henry Cauvain
Édition : Ombres (1997) / Hachette (2016)

Résumé :
Quoiqu’il n’ait pas atteint la renommée d’un Emile Gaboriau, Henry Cauvain est l’auteur avec Maximilien Heller d’un livre majeur de la littérature policière française du xixe siècle. S’il a comme Gaboriau créé un détective amateur, il l’a doté en outre d’attributs qui feront le succès seize ans plus tard d’un nommé Sherlock Holmes.

Et en effet, le dilettante et cérébral Maximilien Heller constitue la préfiguration du personnage de Conan Doyle : ami des chats et opiomane, ce détective nouveau genre est armé de la même redoutable méthode déductive que son double anglais.

Tandis que la police cherche le mobile d’un crime, « cette voie ténébreuse [où] la justice s’égare toujours », Heller n’interroge que les faits : « Quand je les aurai tous dans ma main, alors, au milieu de ces invraisemblances qui semblent d’abord si bizarres, vous verrez la vérité luire plus éclatante que le soleil. »

Critique :
Je ne connaissais Maximilien Heller ni d’Eve, ni d’Adam, et pourtant, son portrait a de quoi étonner l’holmésienne du dimanche que je suis : un homme intelligent, grand, mince, en proie à de grandes lassitudes avant d’être soumis à une grande fébrilité, possédant un cerveau qui ne s’arrête jamais, observateur, solitaire, sachant se déguiser pour tromper son monde, un adepte de l’opium qui n’a qu’un seul ami, un médecin.

Oui, tout de suite on pense à Sherlock Holmes. C’est lui, sans être lui, mais les attributs qui le caractérisent se trouvent tous réunis.

Tiens, jusque dans une de ces citations : « Je ne cherche qu’une seule chose : les faits. Quand je les aurai tous dans ma main, alors, au milieu de ces invraisemblances qui semblent d’abord si bizarres, vous verrez la vérité luire, plus éclatante que le soleil. »

Et vu que ce roman fut publié 17 ans avant ceux de Conan Doyle, mettant en scène le détective de Baker Street (en 1887), on peut légitiment se poser la question : n’aurait-il pas copié sur le philosophe Maximilien Heller ? Ou s’en est-il inspiré… Sans aucun doute.

Sauf que… Conan Doyle lui a donné ses lettres de noblesses, sa prestance, sa flamboyance… Holmes fut adulé et l’est toujours (je vais me faire excommunier, comme John Lennon, en disant qu’il est plus connu que Jésus-Christ).

Puisque détesté par son père littéraire, Doyle se gardera bien de lui donner un visage plus humain, comme le fit Henry Cauvain dans les dernières pages de son roman policier. Grave erreur qui fait que je n’ai pas aimé son détective, lui préférant celui qui fut copié sur lui et qui a beaucoup plus de prestance.

De quoi ça cause, ce polar dont je n’avais pas connaissance et que, sans KiriHara (membre de Babelio) pour m’en parler, je n’aurais jamais lu ?

Le jeune Jean-Louis Guérin est accusé du meurtre de son employeur, Monsieur Bréhat-Lenoir. Le valet reconnaît avoir acheté de l’arsenic. Selon ses dires, pour se débarrasser de rats ! Persuadé de son innocence, Maximilien Heller met un point d’honneur à sauver le malheureux du crime dont on l’accuse injustement.

L’enquête est assez courte, la première partie de ce récit est racontée par le docteur qui fut envoyé au chevet de Maximilien Heller par un de ses amis. Il découvre alors un riche philosophe pâle, amaigri, alangui, vivant devant la cheminée avec un chat. Notre docteur dont nous ne connaîtrons jamais le nom, nous racontera ensuite le début de l’enquête.

La deuxième partie de l’enquête est racontée par Maximilien qui la raconte par l’intermédiaire des lettres qu’il envoie au docteur, devenu son ami. Cela permet au lecteur de vivre l’enquête de l’intérieur, puisque Heller s’est déguisé pour s’introduire auprès de celui qu’il suspecte.

La troisième partie de l’enquête, c’est de nouveau Heller qui nous l’explique : il vient de résoudre l’affaire et il nous expliquera la manière dont il s’y est pris pour comprendre le tout en additionnant tous les faits.

La quatrième est de trop : c’est celle où Maximilien Heller prend un visage plus humain, ce qui ruine le personnage.

Si l’on aime Sherlock Holmes, c’est surtout pour son côté inhumain : on ne voudrait pas vivre avec Holmes (quoique…), mais on adore le détective qu’il est, son sens de la justice, son honneur, sa manière d’aider les faibles et de faire payer les riches. Le tout étant toujours dit avec ironie, ce qui ne dépareille pas avec Holmes.

C’est en voulant le garder inhumain, en lui ajoutant des défauts, c’est en tentant de le rendre antipathique que Doyle a fait de son détective un personnage adoré, adulé et que cela perdure depuis sa naissance. Les lecteurs aiment les anti-héros, les trop lisses lassent.

Un bon petit roman policier, mais le manque de flamboyance de Maximilien a rendu l’enquête plus fade. Non pas qu’elle n’est pas réaliste ou mal écrite, loin de là : on a du suspense, de l’aventure, des mystères… Le problème vient de Heller : il a inspiré Holmes, mais il manque de panache. Et de science de la déduction !

Malgré tout, je suis contente d’avoir lu ce petit polar qui m’a envoyé au lit moins bête, puisque maintenant, je sais un truc en plus : Holmes est une copie magnifiée de Heller !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°77].

La maison des jeux – 02 – Le voleur : Claire North

Titre : La maison des jeux – 02 – Le voleur

Auteur : Claire North
Édition : Le Bélial’ Une Heure-Lumière (22/09/2022)
Édition Originale : The Gameshouse, book 2: The Thief
Traduction : Michel Pagel

Résumé :
Depuis des siècles, il existe un établissement mystérieux connu sous le nom de Maison des Jeux.

Un établissement qui accueille deux loges. Dans la basse, des fortunes se font et se défont face à un échiquier, devant une table de backgammon ou n’importe quel autre jeu. Ceux que favorisent la chance ou le talent sont parfois invités à concourir dans la haute loge…

Là, le jeu se déroule à l’échelle d’un pays, les pièces du plateau sont de véritables individus, les cartes impliquent la manipulation de véritables personnes ; dans cette loge, les enjeux sont des souvenirs, des compétences, des années de vie… voire bien davantage encore.

Bangkok, 1938. Remy Burke, membre de la haute loge, reprend conscience après une nuit trop arrosée et se souvient qu’il a parié avec Abhik Lee, joueur redoutable, un bien précieux : sa mémoire.

Le jeu qui déterminera le vainqueur ? Une partie de cache-cache, Lee ayant un mois pour trouver Burke ; après quoi les rôles seront inversés.

Le plateau de jeu ? La Thaïlande toute entière. Burke doit donc se cacher comme il le peut… ce qui n’est pas chose aisée quand on est un Européen à la forte carrure. D’autant que Lee dispose de tous les moyens possibles pour traquer sa proie…

Critique :
Qui n’a jamais joué à cache-cache, quand il était gosse ? Souvenez-vous de la satisfaction immense que vous retiriez lorsque vous aviez une cachette tellement géniale que personne n’avait réussi à vous trouver !

Et bien, dans cette novella, nous allons jouer à cache-cache, mais avec des règles plus poussées que celle de notre enfance.

Plateau de jeu ? Toute la Thaïlande ! L’inconvénient c’est que Remy Burke, celui qui doit se cacher, est grand et Blanc et que le jeu est déséquilibré, le chercheur ayant bien plus de cartes dans sa main que lui.

Dans cette novella, les cartes sont des personnes que l’on joue et les enjeux sont autre chose que de l’argent. Vous pourriez très bien, en perdant, gagner les hémorroïdes de votre adversaire ou gagner sa compréhension du Japonais médiéval, ou bien perdre 20 ans de votre vie (ou les gagner)… TOUT peut-être mis en jeu.

Cette partie de cache-cache commence comme une bonne chasse à l’Homme (sauf qu’on ne peut le tuer, en principe) : Remy Burke est poursuivit par Abhik Lee, il n’a que peu de cartes en main, il est facilement repérable et il n’a pas la carrure pour ce genre de jeu.

Le narrateur ? On ne sait pas. On dirait des esprits qui se faufilent et voient tout, nous l’expliquant ensuite. C’est un procédé qui fonctionne bien dans cette série de novella.

Le suspense est au rendez-vous et la tension aussi. N’allez pas croire que c’est juste une partie de je me cache et tu essaies de me trouver, non, non, cela va bien plus loin que cela.

La Maison des Jeux est une institution toute puissante, elle défait des gouvernement, elle place des hommes au pouvoir, le tout par l’entremise de ses jeux et de ses joueurs.

Il y a des complots dans l’air et depuis le premier tome, on sent qu’il se passe des choses pas nettes dans les coulisses, ce deuxième tome confirmant que ça magouille, sans que l’on sache encore ce que cela va donner, même si, vu l’année (1938), on sent venir l’affaire. Cela risque d’être épique.

Le Serpent nous présentait la Maison des Jeux, ses règlements et la partie jouée avait été hautement stratégique. Dans Le Voleur, pensais que celle-ci le serait moins, mais non, la stratégie est bien présente, elle est magnifique, même et inattendue.

Une fois de plus, j’ai été bluffée par les joueurs et pas l’autrice qui a su mener sa barque pour nous amener là où il fallait, ménageant le suspense, les mystères, les magouilles politiques et me clouant sur place avec le final de cette novella.

Excellent, je n’ai rien d’autre à ajouter.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°76].

Chito Grant – Intégrale : Jean-Blaise Djian et David Etien

Titre : Chito Grant – Intégrale

Scénariste : Jean-Blaise Djian
Dessinateur : David Etien

Édition : EP Éditions (2017)

Résumé :
Le borgne Chito Grant a un vieux compte à régler avec la ville qui lui a enlevé son père adoptif, sa seule famille. Et ce n’est pas la pulpeuse Texas , la reine de cette ville, qui va l’impressionner.

Seulement, Grant ne se doute pas qu’en pénétrant sur les terres de cette femme richissime, c’est son passé qu’il va rencontrer.

Critique :
Le duo Djian et Etien, je le connais depuis que j’ai découvert la saga des Quatre De Baker Street, mais en ouvrant cette bédé western, je n’ai pas reconnu les dessins de Etien.

Le premier tome de Chito Grant date de 2004, celui des Quatre a été publié en 2009.

Il m’a fallu arriver au troisième (et dernier) tome composant cette intégrale pour retrouver les traits caractéristiques du dessinateur Etien.

Le départ avait mal commencé, j’ai détesté les dessins, heureusement que le scénario était à la hauteur. Puis, au fil des albums, le dessin a changé, les couleurs aussi et en lisant une intégrale, c’est plus flagrant qu’en patientant entre deux albums, notamment dans les visages, qui changent au fil des albums, rendant parfois difficile l’identification de certains personnages (le shérif change de couleur de cheveux en quelques cases).

Malgré les dessins qui ne m’ont pas plu, le scénario, bien que conventionnel, est bien cuisiné : un jeune homme arrive dans une ville où le shérif est aussi le tenancier du saloon. Le jeune homme est borgne et il se frite déjà avec le fils de Texas, LA femme qui tient tout le monde dans sa main, sous sa coupe. La Jupiter du coin.

Chito Grant est un personnage auquel on s’attache. Il y a des mystères dans son enfance, il y a des trucs louches dans la ville, dans le passé de son shérif, de sa patronne toute puissante et il faudra attendre le dernier album pour que tout les fils se touchent, donnant un beau feu d’artifice.

Un western conventionnel, qui respecte tous les codes, sauf celui des selles western… Pas de pommeau devant et rien de western dans les selles plates que j’ai vue dessinées sur les chevaux (qui n’étaient pas beaux, eux non plus). Heureusement que le dessin de Etien a évolué dans le bon sens.

Un western bourré de mystères, de suspense, de coups fourrés, de bandits, de recherche dans le passé de Chito, qui ne sait pas d’où il vient, sauf que son père n’était pas son père, mais celui qui l’avait trouvé, abandonné. Classique, en effet, mais les personnages sont bien faits et il est difficile de s’ennuyer dans ce western.

On a même une pointe d’humour lorsque plein d’étrangers arriveront en ville, rendant fou le shérif, qui, suspicieux, soupçonne des mauvais coups à tous les coins de rue, et vu qu’il est couard…

Une bonne intégrale western, que je ne connaissais pas, comme quoi, il y en a toujours à découvrir et là, ce fut une belle rencontre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°74] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.