Ici n’est plus ici : Tommy Orange

Titre : Ici n’est plus ici

Auteur : Tommy Orange
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (21/08/2019)
Édition Originale : There There (2018)
Traducteur : Stéphane Roques

Résumé :
A Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier.

Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.

Critique :
Là, c’est décidé, je vais aller me faire soigner parce que me voici de nouveau face à un livre encensé par la critique, élu Meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award… Excusez du peu !

Je ne suis pas devant une daube et pourtant, je ne pourrai même pas me fendre d’un « merci pour ce moment » car je n’ai ressenti aucune émotions devant les personnages et leurs histoires.

Enfin, aucune, j’exagère, j’ai senti vibrer un peu ma corde sensible, surtout lors du prologue mais ensuite, j’avais l’impression d’être sur la lune alors que j’aurais dû avoir les pieds sur terre.

Ce roman choral brossait différents portraits qui étaient intéressants puisque nous étions face à des gens fracassés, marginalisés, paumés, déracinés, ayant perdu leur identité propre, leur culture, n’était pas reconnu, ayant été génocidé (et je me fous que ce soit un néologisme, j’inaugure).

Tous ces personnages basés dans la région d’Oakland ont des origines indiennes et plus question de nier que ce peuple a souffert (mais pas sans rendre une partie des coups).

Il serait bête de dire qu’il ne souffre plus de nos jours. Comment être un Indien en 2019 ? Comment être un métis ? Comment gérer son nom Indien qui fait sourire les Blancs ? Comment vivre dans un Monde qui n’est plus le sien ? Comment être sur la Terre de ses ancêtres quand d’autres la foulent et la piétine ?

Ce roman avait tout pour ma plaire, une fois de plus : des Amérindiens ou d’origine, des questionnements, des êtres fracassés, marginaux, complexes, une quête d’identité qui n’est pas simple.

Un roman choral porté par 12 portraits de personnes qui allaient se croiser au Grand Pow-Wow d’Oakland sans que l’on sache ce qui allait se passer, hormis un drame puisqu’on avait imprimé en 3D un révolver pour passer les portiques de sécurité…

Oui, il y avait tous les ingrédients pour me filer un trip littéraire d’enfer et j’attendais beaucoup, l’ayant vu passer un peu partout avec des critiques positives, des coups de coeur…

Je pense que mon problème est venu de la construction du récit. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue dans leurs histoires, leurs récits et j’ai perdu pied, lâchant le fil d’Ariane, me déconnectant du récit.

Râlant, je vous l’avoue parce que j’aurais aimé l’aimer à sa juste valeur, surtout qu’il traitait d’un sujet que j’apprécie fortement : la vie des Amérindiens de nos jours. Mais voilà, une fois de plus, je n’ai pas suivi le rythme et le roman et moi nous nous sommes perdu au fil des pages pour ne plus nous rencontrer que très brièvement, au hasard d’un chemin de traverse.

Peut-être qu’il vous a donné des émotions que je n’ai pas eue, vous êtes des veinards ou peut-être qu’il vous en donnera, et vous serez chançards aussi. Moi, je vais me chercher un Petzi pour tenter de retrouver des émotions et relancer la machine littéraire qui, ces derniers temps, c’est vachement enrayée chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°74 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Pumpkin – Aux couleurs de l’automne : Couverture de livre orange).

Boréal : Sonja Delzongle

Titre : Boréal

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël (08/03/2018)

Résumé :
Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un oeil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un boeuf musqué pris dans la glace.

Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière.

Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes.

Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire.

Le lendemain a lieu la première disparition.

Critique :
♫ Je reviendrai à Boréal ♪ Dans cet enfer blanc de neige ♫ Où règne un perpétuel hiver ♪ Et ses nuits noires qui te ruinent le moral ♪

« Dix Petits Nègres » dans l’enfer blanc du Groenland… En plus violent, en plus trash…

Une équipe de huit scientifiques disparue sur l’inlandsis groenlandais…

Six petits scientifiques dans une station, Plus Lupin, Le beau loup-chien, L’un d’eux s’égorgea dans le sauna, N’en resta plus que cinq.

Cinq petits scientifiques se couchèrent à minuit, Le chien loup s’enfuit, N’en resta plus que… cinq humains.

Cinq petits scientifiques, par un prompt renfort se retrouvèrent à sept, Grâce à l’arrivée d’une biologiste norvégienne et d’un reporter.

Sept petits scientifiques dans la nuit noire se sont retrouvés, L’un d’eux voulu son chien retrouver, N’en resta plus que six.

Six petits scientifiques voulaient l’égaré retrouver, Sur l’Inlandsis l’un d’eux disparu dans la nuit glacée, N’en resta plus que cinq…

7 habitants dans la Base Arctica : 6 scientifiques de tout bord, de toutes nationalités et un loup tchèque. Dehors, il gèle à -30° et c’est la nuit perpétuelle.

Tout baigne dans la base, jusqu’à ce qu’ils trouvent un truc qu’ils n’auraient pas du trouver et à ce moment là, on va basculer dans un scénario à la Dix Petits Nègres, mais en version plus gore, plus angoissante, plus horrible.

Prévoyez votre doudoune, votre combi spéciale car dans le dernier roman de Sonja Delzongle, on se les gèle ! Pour plus de réalisme, évitez de le lire, comme moi, quand le soleil fait des montées en températures de plus de 20°.

Si j’avais coincé sur « Dust », j’ai adoré Boréal, ses personnages, son histoire, son scénario un peu gore à certains moments (mais rien d’insurmontable), ses situations frôlant l’horreur totale et le côté écologique qui se trouve au cœur du roman.

Les abeilles disparaissent à un rythme effrayant et effréné depuis 2006. Pourtant, aucun cadavre n’est retrouvé et leur disparition n’a pas été élucidée. Les spécialistes appellent ce phénomène « le syndrome d’effondrement des colonies ». Un tiers des abeilles disparaît chaque année. C’est une menace directe qui pèse sur l’alimentation. Avec la diminution du nombre d’abeilles, le monde n’est pas loin de connaître une crise de la pollinisation. Dans un tel contexte, les chances de survie humaine s’affaibliraient considérablement…

Déjà dans « Dust », l’auteure dénonçait une partie des travers humains, dont la cupidité sans bornes et ici, c’est pareil. Business is business et si, pour ça, il faut passer sur des corps, et bien, on passera sur des corps ! On niquera la nature, les gens et tant pis, si, par nos comportement aberrants et m’en-foutistes, on creuse notre tombe.

Un rythme qui alterne la vie dans la base avec la présentation de l’équipe des Sept et d’autres qui nous présentent Luv Svendsen, la biologiste norvégienne qui va vivre des moments que l’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi.

Impossible de s’emmerder dans ce roman, on se cultive, on rentre dans la vie des scientifiques, isolés sur l’inlandsis groenlandais, par des températures à vous congeler de suite, dans une nuit noire et obscure et qui vont devoir faire face à la disparition mystérieuses de leur équipe.

Du suspense, du mystère, des secrets bien gardés, bien enterrés sous la glace, des Humains qui foutent tout en l’air et une grosse question à laquelle je ne puis répondre : qu’aurais-je fait à la place de certains personnages ? Aurais-je aussi brisé un tabou pour survivre ou pas ?

D’autres avant eux l’ont fait, parce que l’instinct de survie est là… Ils furent jugés durement. Et on ne devrait pas les juger d’avoir commis l’indicible car ils n’ont pas eu le choix.

Anybref… Lisez Boréal, parce qu’il le vaut bien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Une histoire des loups : Emily Fridlund

Titre : Une histoire des loups

Auteur : Emily Fridlund
Édition : Gallmeister (17/08/2017)

Résumé :
Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne.

Bientôt alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas.

L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Critique :
Comment faire la chronique d’un roman où l’on a pas réussi à rentrer dans l’histoire, que l’on a survolé en soupirant, en sautant des lignes, des paragraphes, des pages, des chapitres entiers ?

Impossible me direz-vous…

Je vais tout de même essayer : déjà au départ, j’ai eu du mal à m’attacher à Madeline, la narratrice, dont je trouvais le récit décousu, inintéressant, et dont j’ai eu envie quelques fois de lui coller une claque pour la faire réagir.

De toute façon, pas moyen de m’attacher aux autres personnages du livre, même au gamin de 4 ans, Paul, que j’aurais aimé balancer dans le lac… Rien de moins !

Pire, je n’aurais pas dû relire le premier tome de Soeur Marie-Thérèse des Batignolles (Maëster) car le petit Paul, je le voyais avec la tronche du petit Attila que l’on croise dans la bédé et je vous jure que ça ne le mettait pas en valeur !

Les loups, que je cherche encore, même si j’ai capté que c’était une métaphore et que les loups de l’histoire devaient être l’Homme qui, comme tout le sait, est un loup pour l’Homme.

Le récit m’a donné une impression de froideur, comme si l’auteur me tenait volontairement à distance de son récit, me fermant la porte d’entrée, survolant des sujets qui auraient sans doute mérité un traitement plus en profondeur.

Autant j’apprécie les romans où les époques s’alternent dans les chapitres, autant ici j’ai trouvé les allers-retours lourds, pénibles, chiants et la plupart n’étaient même pas indispensables, sans parler des circonlocutions (ou l’art de tourner autour du pot) et des faits qui étaient anecdotiques et qui n’apportaient rien à l’histoire.

J’avais eu ouïe dire que j’allais me retrouver face à roman très psychologique et je m’attendais à un suspense à couper au couteau, plus tendu que le soutif de Lolo Ferrari après s’être faite regonfler les nibards, ou à une atmosphère épaisse comme un discours d’un politicien pris les doigts dans le tiroir-caisse,  et au final, comme disait l’autre, ça a fait « Pchitt ».

Oui, l’histoire dramatique de Paul, petit garçon embarqué dans une histoire bien tordue c’est révélée être d’une banalité affligeante, ou alors, c’est la manière de la raconter qui était mauvaise et de ce fait, je n’ai pas réussi à pénétrer dans cette histoire.

Chronique d’un drame annoncé, somme toute.

Mon drame a moi c’est de finir déçue par un roman de l’écurie Gallmeister, déçue par un roman que j’avais coché (stabiloté, même !) dans cette rentrée littéraire de septembre 2017 et dont j’attendais beaucoup.

Allez, au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Les Rats – James Herbert

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Titre : Les Rats

Auteur : James Herbert
Édition : Pocket (1999) / Fleuve Noir (2003)
Édition Originale : The Rats (1974)

Résumé :
Ils avaient appris à vivre dans l’ombre, furtivement, à sortir surtout la nuit et à craindre les hommes. Et soudain ils commencèrent à réaliser leur force et à prendre goût à la chair humaine.

À leurs dents tranchantes comme des rasoirs, à leur nombre venait s’ajouter une arme supplémentaire: l’horreur et le dégoût qu’inspirait leur multiple grouillante. Bientôt on découvrit les restes ensanglantés des premières victimes…

herbertrats1988Critique :
Voilà encore un livre qui fiche la pétoche ! Non pas parce que ce genre d’horreur pourrait nous arriver, mais parce qu’il met en scène des animaux que nous aimons peu : les rats !

Pourtant, un rat domestique, c’est charmant… Et les rats sont aussi propres qu’un chat !

De plus, les rats sont des sacrés nettoyeurs d’égouts et ils nous débarrassent d’un tas de saloperies en les bouffant avec leurs petites dents qui poussent sans arrêt.

Paraît que pour la ville de Bruxelles, c’est un rat par habitant. Pour d’autres métropoles, c’est de l’ordre de 1,5 rat par tête de pipe, mais je me demande bien si la moitié du rat correspond à l’avant ou à l’arrière de la bestiole…

Bon, fini de rire, maintenant ! Dans la ville de Londres, des gens se sont fait attaquer par des rats noirs bien plus gros que les rats gris habituels ! Ils ne craignent pas l’Homme, ces grosses bêtes, ils attaquent et semblent doués d’intelligence autre que celle de l’animal.

Après les rats musqués, voici l’ère des rats mutants…

— Avez-vous vu ce qu’il y a dans la cour de récréation ?
— Ce sont les rats géants, les tueurs.
Ils rentrèrent dans le bureau pour regarder par la fenêtre. Les rats continuaient à s’assembler. Ils pouvaient être deux cents.
—La cour en est noire, dit le jeune professeur qui n’en pouvait croire ses yeux.
—Que cherchent-ils ?
Le directeur se tournait vers Harris comme s’il faisait autorité en ce domaine.
— Les enfants, répliqua Harris.

My god, en peu de pages l’auteur est arrivé à me foutre une trouille monstre ! Je voyais ses sales bêtes dévorer l’enfant dans son berceau, je les voyais dévorer les chiens des flics, je les vu bouffer le dératiseur, attaquer les métros,…

Il suivit le rail argenté du rayon de sa torche jusqu’à quatre formes sombres. Quatre rats gigantesques. Qui les attendaient. Tapis dans l’obscurité, ils les attendaient. Pendant quelques instants, les deux groupes se figèrent dans une contemplation mutuelle et totalement immobile. Puis les humains commencèrent à reculer lentement. Les rats continuaient de les regarder fixement. Henry entendit une exclamation étouffée dans son dos et la main de Violet resserra son étreinte sur son bras.
— Derrière nous. Il y en a d’autres ! parvint-elle à articuler.

Le roman est court, à peine 190 pages, mais il est prenant, éprouvant, épouvantable et horrible ! La tension monte crescendo, les tripes se nouent doucement et quand ça vous pète à la gueule, vous avez juste une envie : hurler (mais pas lâcher le roman).

Les personnages principaux sont Harris, professeur de dessin dans l’East End et sa femme, Judy. Des gens normaux, pas des super-héros. C’est avec eux que l’on va passer du temps et tenter d’éradiquer (avec d’autres) la vermine qui attaque tout le monde et qui infecte les gens.

Comment les scientifiques vont-ils faire pour se débarrasser de ces horribles bestioles mangeuses d’Hommes ? J’avoue qu’ils avaient trouvé un super moyen, mais son application a failli me faire fermer le roman durant quelques minutes… Mon petit coeur s’est serré, comme celui de Harris.

Attention, le roman ne se contente pas d’être un roman d’épouvante et point barre, non, il dissèque aussi la ville de Londres dans ce qu’elle a de moins reluisant : les quartiers pauvres !

James Herbert nous décrit la vétusté et l’insalubrité de certains lieux, toutes les ruines d’immeubles détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et dont on a reconstruit dessus, sans rien assainir, et il dresse aussi un constat amer sur l’apathie des hommes politiques en place qui n’ont jamais rien fait pour aider ces quartiers.

Si les rats ont proliféré dans ces endroits là et pas ailleurs, c’est parce que les lieux s’y prêtaient aussi. Bon, ce n’est pas à cause de cela qu’ils ont muté, mais après leur mutation, on ne pouvait rêver de meilleur décor que ceux des quartiers défavorisés.

Là, je dis génial dans l’utilisation de la ville de Londres ! On s’y croirait ! Attention, on ne fait pas le circuit touristique… N’oubliez pas la combinaison étanche si vous ne voulez pas finir dans les estomacs des rats.

Les rats s’étaient repus de son corps. Mais la faim les tenailla bientôt. Alors ils se mirent en quête d’un nouveau festin. Ils avaient goûté au sang de l’homme.

Bon, on savait déjà grâce à Pénélope Solette (les Nuls) que Régis était un con, mais maintenant, je peux dire aussi que Harris est un con ! Mais bordel de dieu, Harris, qu’est-ce que tu avais besoin de courir derrière le sous-secrétaire à la Santé publique, cet imbécile imbu de lui-même de Foskins ??

Enfin, cela a permis au lecteur de comprendre l’origine de l’horreur et d’avoir les yeux qui s’agrandissent d’horreur dans les dernières lignes. Jusqu’au bout j’aurai eu peur… et même encore après !

Un roman d’épouvante, un roman sans temps morts, un récit qui monte crescendo, l’horreur qui vous prend à la gorge, une écriture qui, sans être exceptionnelle, nous plonge dans l’horreur absolue et nous fait dresser les poils sur les bras, sursautant au moindre bruit dans la maison.

Suspense et angoisse garantis ! Moi, c’est décidé, je ne vais plus au cinéma et je vais éviter les stations de métro le soir…

Âmes sensibles, s’abstenir !

Une fois debout, il sentit des pattes courir sur tout son corps. Baissant la tête pour tenter d’apercevoir ce qui pouvait bien grimper aussi vite que lui, il reçut de plein fouet une haleine tiède et fétide. Destinées à sa gorge, de longues dents se plantèrent dans sa joue dont elles arrachèrent un gros morceau.
Il titubait à travers la pièce, battait l’air de ses bras, le sang giclant de son corps. Il crut avoir trouvé la porte, mais quelque chose de lourd lui sauta sur la nuque et le jeta de nouveau par terre.
DES RATS ! Ce mot hurlait dans sa tête. DES RATS ME DÉVORENT VIVANT !
Dieu, mon Dieu, au secours.
La chair de sa nuque fut arrachée par lambeaux. Il ne pouvait plus se relever à présent ; il avait trop de rats sur son dos, mangeant sa chair, buvant son sang. Des frissons parcouraient son échine jusqu’à son cerveau hébété.

Étoile 3,5

PS : la note de 3,5 Sherlock n’est pas vraiment le reflet de ce que j’ai ressenti… Mais bon, ce n’est pas de la haute littérature niveau écriture, mais du super scénario d’horreur avec une utilisation magnifique de la ville de Londres !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

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Le Chant de la Tamassee : Ron Rash

Chant de la Tamassee - Ron Rash

Titre : Le Chant de la Tamassee

Auteur : Ron Rash
Édition : Seuil (2016)

Résumé :
Ruth Kowalsky, 12 ans, se noie dans la Tamassee, rivière de Caroline du Sud, alors que ses parents pique-niquent tranquillement à quelques mètres de là.

Le courant étant trop fort à cet endroit, les plongeurs ne parviennent pas à dégager son corps, coincé sous un rocher à proximité d’une chute.

Le père de la victime, un banquier qui a des relations, obtient l’installation un barrage amovible pour détourner le cours de l’eau vers la rive droite, contre l’avis des gens du cru qui connaissent le danger encouru.

Une guerre s’engage alors avec les écologistes locaux, qui se targuent du Wild and Scenic Rivers Act, loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l’état naturel d’une rivière qui a obtenu le label » sauvage ».

Très vite, le fait-divers prend une dimension nationale, le cirque médiatique se déchaîne de répugnante manière et des enjeux plus importants que la digne sépulture d’une enfant se profilent : pouvoir local, chantage politique, intérêts financiers.

Une jeune photographe de presse, Maggie, native du comté où se joue le drame, est chargée de couvrir les événements.

Consciente que l’opinion publique soutient les parents, elle penche affectivement du côté des protecteurs de la nature : comme elle, plus d’un lecteur hésitera entre les deux camps.

ShowCritique : 
Munie de mon billet d’avion, je me suis envolée avec Air Ron Rash pour un voyage dont je me doutais que j’en reviendrais conquise et charmée mais aussi éprouvée par la profondeur des textes et des personnages.

Direction le comté d’Oconee, en Caroline du Sud, là où coule une rivière, frontière naturelle entre la Caroline du Sud et la Géorgie.

Vous mettez un orteil dans l’eau en Caroline du Sud et quelques mètres plus loin, vous êtes en Géorgie ! C’est amusant et la petite Ruth Kowalsky n’en pensait pas moins lorsqu’elle voulu aller se mettre à cheval sur la frontière.

En franchissant la Tamasse, c’est le Styx qui l’attendait dans un trou bien traitre de cette rivière tumultueuse et bardaf, ce fut l’embardée, ou plutôt, la noyade pendant que papa et maman avaient le dos tourné.

La rivière, cette garce qui n’en fait qu’à sa tête, elle qui bénéficie de la protection du Wild and Scenic Rivers Act (loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l’état naturel d’une rivière qui a obtenu le label » sauvage »), la voilà qui décide de ne pas laisser remonter le corps de la gamine et le garde bien coincé sous un rocher.

C’est là que les Romains s’empoignèrent…

Ron Rash nous emmène une fois de plus dans une petite ville peuplée d’habitants que certains qualifieraient de « culs terreux », notamment le père de la gamine noyée qui pour le moment se heurte de plein fouet à des écolos gauchistes qui refusent d’entendre parler de l’érection d’un barrage provisoire (pour quelques heures durant) sur leur rivière sauvage.

De ce qui ne pourrait être qu’un banal fait divers, l’auteur s’applique à nous décrire une région sauvage au travers de ses habitants et du regard que portent les autres sur ces gens qui ne vivent pas vraiment comme eux.

Un dilemme cruel se joue sous nos yeux : la sauvegarde d’une rivière, l’envie de ne pas créer un précédent en accordant le droit de monter un barrage amovible et celle d’accorder à des parents éplorés le droit de récupérer le corps de leur fillette pour l’enterre dignement.

Brennon semblait abasourdi. « Êtes-vous en train de me dire que vous ne voudriez pas que je construise ce barrage s’il s’agissait de votre fille ? » a-t-il demandé.

Luke a rendu les photocopies à sa voisine. Il a ôté ses lunettes et les a remises dans la poche de sa chemise. « Je n’ai pas de fille, a-t-il dit, d’une voix qui n’était plus belliqueuse mais presque tendre. Pourtant, si j’en avais une, qu’elle était morte et que je savais que rien ne lui rendrait la vie, je ne vois pas de meilleur endroit que la Tamassee où je voudrais que son corps repose. Je voudrais qu’elle soit là où elle ferait partie de quelque chose de pur, de bon, d’immuable, ce qui nous reste de plus proche du paradis. Dites-moi où, sur cette planète, il y a un endroit plus beau et plus serein. Indiquez-moi un lieu plus sacré, monsieur Brennon, parce que je n’en connais pas. »

Deux journalistes pour couvrir les débats dans cette petite ville : Maggie Glenn, native du comté et Allen Hemphill, finaliste à un prix Pulitzer, vont être, eux aussi, les acteurs de ce drame qui se joue à guichet fermés.

Sans juger l’un ou l’autre point de vue, l’auteur nous décrit les événements qui vont découler de tout ceci.

De sa plume toujours aussi enchanteresse, il déroule son récit tout en faisant bouger ses personnages sur un grand échiquier, nous confrontant à leurs soucis, leur vie, leurs emmerdes et leurs rancœurs, telle Maggie envers son père.

Nous n’avions rien ajouté. Tout ce avec quoi nous pouvions nous blesser, nous l’avions dit. Nous étions donc restés plantés là en silence, papa et moi, comme des boxeurs qui ont asséné meurs meilleurs coups et constatent que leur adversaire est toujours debout.

L’Enfer est toujours pavé de bonnes intentions et ce sera au lecteur d’établir son propre jugement, s’il le désire.

Qui est responsable de tout ce merdier ? Les parents qui ont eu deux secondes d’inattention ? Les parents parce qu’ils veulent absolument récupérer le corps de la gamine après 5 semaines d’immersion dans l’eau ?

Le concepteur du barrage qui a pris tout le monde de haut, pensant qu’ils n’étaient que des culs-terreux ? La rivière qui ne se laisse pas dompter ? Ou bien tout le monde est coupable à différentes échelles, donnant tout ce gâchis ?

À vous de le décider, mais ce ne sera pas facile… Il y a du pour et du contre des deux côtés et ma décision, sans cesse, oscilla.

Un roman fort, une fois de plus, des personnages bien décrits, en peu de mots, attachants et exaspérants parfois. Normal, ils sont humains.

Lire Ron Rash, c’est entrer de plein fouet dans une région, dans la vie des habitants, dans leur intimité et assister, impuissant, aux déroulements des choses. C’est toujours puissant.

Un récit qui m’a envouté mais avec moins d’émotions que celles ressenties durant la lecture de « Une terre d’ombre ».

Le « Challenge US » chez Noctembule et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (231 pages – xxx pages lues sur le Challenge).