La Peste Noire – Grandes peurs et épidémies (1345-1730) : William Naphy et Andrew Spicer

Titre : La Peste Noire – Grandes peurs et épidémies (1345-1730)

Auteurs : William Naphy et Andrew Spicer
Édition : Autrement (13/09/2003)
Édition Originale : The black death (2000)
Traduction : Arlette Sancery

Résumé :
L’Occident reste traumatisé par la grande épidémie de peste (et par extension d’autres maladies contagieuses) qui a décimé de 30 à 50% de la population en quelques décennies ; la maladie et la contagion nous ont ainsi accompagnés pendant quatre siècles.

Les images hantent nos mémoires, l’épidémie de la peste a nourri les idéologies, les peurs au point qu’aujourd’hui, quand apparaissent les ravages du Sida, la crémation des corps de bêtes infectées par l’ESB, ou la panique mondiale devant la pneumopathie atypique, le souvenir des grandes peurs resurgissent.

Critique :
Lorsqu’on lit cet ouvrage, on se dit qu’on a la chance de ne pas avoir vécu les grandes épidémies de peste qui ont rayé de la carte une grande partie de la population mondiale…

Voyez un peu les ravages que cela fit.

« En 1347, lorsque l’épidémie atteint l’Europe après avoir fauché deux Chinois sur trois au cours du siècle précédent, elle emprunte les denses voies du commerce international pour, en seize mois, y faire périr le tiers de la population. Puis elle ravage le Vieux Continent durant quatre siècles, exterminant sans crier gare, par cycles de dix ou vingt ans, entre le quart et la moitié de la population de régions entières. Sa dernière flambée, en 1720, tuera plus d’un Marseillais sur deux ».

Cet ouvrage est instructif, on y apprend comment les populations ont réagi (confinement, quarantaine), vers qui elles se sont tournées (la religion, les philosophes,…) selon les pays ou les croyances.

Chez les musulmans, par exemple, c’était l’oeuvre d’Allah, donc, ça ne servait à rien d’essayer d’y échapper si vous étiez sur la liste noire.

Cela pourrait prêter à sourire, de nos jours, mais en fait, ce n’était pas si con que ça car les populations sont restées fixes : cela ne servait à rien de quitter sa ville pour aller se confiner ailleurs puisque c’était la main de Dieu et qu’il vous retrouverait n’importe où… Le fait de ne pas se déplacer évite que la maladie se propage.

Les auteurs nous parlent aussi des traditionnels boucs émissaires dans les épidémies de peste : les Juifs, qui sont chassés de partout et persécutés. On apprend que pour certains, la maladie venait des miasmes présent dans l’air, autrement dit, un bon air et tout irait mieux.

Sans savoir que la peste était hautement contagieuse, la plupart ont fait des erreurs ayant entraîné la/leur mort.

C’est instructif, mais il faut s’accrocher pour progresser dans ce petit roman car la narration fait souvent des bons dans le temps, passant d’une épidémie à une autre, d’un siècle à un autre et c’est assez laborieux à lire. J’ai souvent piqué du nez tant j’avais envie de dormir.

Avant de plonger tout à fait, j’ai appris que les pays ont commencé après à affecter de l’argent aux œuvres sanitaires et ont mis sur pied des infrastructures administratives afin de contrôler les populations (les empêcher de foutre le camp des régions contaminées ou pour les forcer à avouer que leurs proches étaient atteints)…

Zut alors, d’après les deux auteurs, notre bureaucratique de merde serait née de toutes ces épidémies qui ravagèrent l’Europe et le reste du monde…

Le dernier chapitre est super instructif, par contre, car il parle des épidémies de maintenant, à savoir, le virus du Sida  (HIV) et l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

Virus HIV, qui, bien qu’étend moins « contagieux » que celui du Covid (puisque pas transmissible par les voies respiratoires), n’en reste pas moins cruellement mortel pour la population africaine. Mais, comme dirait l’auteur, puisque l’Afrique est loin de nos contrées, c’est comme pour Ebola, on n’en parle pas.

Seconde remarque, encore plus inquiétante : la réaction des médias devant la pneumopathie atypique a frôlé l’hystérie. Quand on voit qu’en Chine, le pays le plus touché, la maladie a tué moins d’un millier de patients sur une population qui dépasse le milliard d’hommes, on peut s’étonner de l’ampleur des réactions. Le Sida tue des millions de malades en Afrique, et la malaria en fait de même à l’échelle mondiale, sans que les médias témoignent de la moindre panique, quand ils daignent évoquer ces sujets. Pourquoi cette différence de traitement ?

Peut-on l’attribuer au fait que le SRAS menace l’Occident civilisé et non le Sud, si exotique ? Si le chiffre des victimes était significatif, le journal télévisé ne parlerait que de la malaria ou du virus Ebola tous les soirs. En effet, nous retrouvons vis-à-vis du SRAS les mêmes attitudes que vis-à-vis de la peste : la peur de l’ »autre », du « sale », du « moins évolué », du « moins civilisé », plus que la peur de la maladie elle-même.

Ce qui nous rappelle la panique mondiale de 1995 devant les rumeurs de peste bubonique en Inde : toutes les compagnies aériennes occidentales cessèrent de desservir ce pays, si bien que l’on aboutit au paradoxe d’autoriser des avions venant du Pakistan à se poser en Europe, mais pas ceux en provenance de Calcutta, même si Islamabad était bien plus proche de Bombay, source réelle de la résurgence. 

Si j’ai eu du mal à rester concentrée sur ma lecture, le dernier chapitre (8) et le post-scriptum m’ont réveillée car il avait un air de déjà-vu… Sans l’épidémie du Covid et le confinement, il m’aurait sans doute moins parlé puisque je n’aurais pas vécu certains situations (ou vu de mes yeux vus).

Le post-scriptum est aussi un tacle dans les jambes des occidentaux qui ne se préoccupent des épidémies que si elles les touchent personnellement.

[…] Le SRAS n’est pas tant une épidémie qu’un révélateur d’attitudes mentales, celles de l’Ouest vis-à-vis du reste du monde.

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).