Né d’aucune femme : Franck Bouysse

Titre : Né d’aucune femme

Auteur : Franck Bouysse
Édition : La manufacture de livres (10/01/2019)

Résumé :
« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile ».
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandais-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose.

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquelles elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Critique :
« Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé » et là, je confirme les paroles intelligentes d’Harry Quebert car, autant où je suis contente d’arriver à la fin de ce récit sombre tant mon coeur n’en pouvait plus, autant où j’ai envie de replonger dedans pour le relire, apaisée.

L’auteur m’a souvent fait vibrer, avec son écriture magnifique, ses mots bien choisis, avec ses personnages profonds, avec ses histoires bien racontées et surtout avec le milieu qu’il décrit : le rural noir.

On a beau vivre à la capitale depuis bientôt 20 ans, mes origines sont dans la ruralité !

Johnny Hallyday chantait ♫ Je suis né dans la rue ♪ et moi je pourrais chanter ♫ Je suis née dans la ru…ralité ♪ mais bon, le temps est déjà moche, je ne vais pas rajouter de la pluie ♫ en chantant ♪ (non, Sardou, ne dis rien dans ma tête ou je vais chantonner un mélange de toi et de Johnny).

L’habileté de Franck Bouysse tient dans beaucoup de choses, comme je le disais au deuxième paragraphe, mais elle vient aussi de sa manière de construire son récit en le déstructurant de manière à nous appâter dès le départ avec du suspense, du mystère et des décors grandioses qui cachent des scènes plus sombres.

Pourtant, au début du récit, bien que j’ai été happée, il y a eu un moment de flottement dans mes émotions… On avait commencé avec du costaud, on poursuivait dans du sombre et puis, tout avait l’air d’aller dans le meilleur des mondes… Durant peu de temps, je précise ! Le flottement a duré quelques pages et puis…

À partir de ce moment là, mes émotions ont été mises à mal, ballotées, torturées car je m’étais attachée à Rose, cette jeune fille de 14 ans travaillant dans une maison où les maîtres n’ont rien de chaleureux, sans pour autant être des brutes…

Un instant de flottement, je vous ai dit ! Juste le temps de laisser le lecteur prendre une bouffée d’air avant de le noyer dans la suite du récit car il va nous plonger dans du très sombre, mais jamais sans que cela devienne trop obscur.

L’auteur a su jongler entre le sordide, l’horrible, l’indicible mais sans jamais entrer dans le glauque gratuit alors que son récit est très brutal par certains moments et que seule la volonté de Rose, son personnage principal, nous donnera la force de poursuivre avec elle.

Oh, Rose, combien de fois aie-je eu envie de te sauver ? De te délivrer ? D’avoir des couilles à la place d’Edmond, celui qui, toute sa vie durant, failli être un homme sans jamais l’être vraiment.

Une fois de plus, l’auteur m’a enchanté, m’a emporté, m’a fait vibrer, m’a fait pleurer, m’a remué les tripes, m’a mise à genoux (et ça commence à devenir du sexisme tous ces auteurs mâles qui me mettent à genoux, sans compter que mon kiné ne sera pas content), m’a fait passer par une multitude d’émotions, me laissant amorphe à la fin de ma lecture de ce rural noir, de ce roman choral qui m’a marqué au fer rouge.

Amoureux des grands romans, amoureux des belles plumes, lecteurs/trices qui veulent lire autre chose que de la littérature fast-food (sans pour autant commencer à lire des Classiques), ceux ou celles qui aiment qu’on leur retourne les tripes avec des mots et des personnages qui marquent, à tous ceux et celles qui aiment les belles histoires, je ne dirai qu’une seule chose : lisez-le, nom de Dieu !

PS : il est à signaler que les mouchoirs ne sont pas fournis avec le roman…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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La case de l’oncle Tom : Elizabeth Harriet Beecher-Stowe [LC avec Bianca]

Titre : La case de l’oncle Tom

Auteur : Elizabeth Harriet Beecher-Stowe
Édition : L’école des loisirs Classiques abrégés (2008)
Édition Originale : Uncle Tom’s Cabin (1852)
Traducteurs : L. Belloc et A. de Montgolfier

Résumé :
Dans l’Etat du Kentucky, au XIXème siècle. Mr Shelby est un riche propriétaire terrien. Chez lui, les esclaves sont traités avec bonté.

Cependant, à la suite de mauvaises affaires, il se voit obligé de vendre le meilleur et le plus fidèle d’entre eux, le vieux Tom.

Tom, qui s’est résigné à quitter sa famille, rencontre la jeune et sensible Evangeline Saint-Clare, qui incite son père à l’acheter.

Un intermède heureux dans sa vie, mais qui sera de courte durée car il va être vendu une nouvelle fois…

Critique :
Il n’est pas évident de parler de ce roman, publié sous forme de feuilleton dans les années et dont on dit qu’il est l’un des facteurs de l’exacerbation des tensions qui menèrent à la Guerre de Sécession…

Heu, elle est forte, celle-là tout de même !! Rendre responsable l’auteure du livre de cette boucherie fratricide, c’est chercher à tout pris la chèvre émissaire (la dame ne peut être un bouc, voyons !).

Paraîtrait même qu’Abraham Lincoln prononça cette phrase : « C’est donc cette petite dame qui est responsable de cette grande guerre » lorsqu’il rencontra Harriet Stowe au début de la guerre de Sécession. Les avis divergent…

C’est vous dire son impact lorsqu’il paru dans cette Amérique où l’esclavage était plus que normal, naturel et que la plupart pensaient, sérieusement, que si on ne fouettait pas ses « nègres », ils allaient devenir paresseux et j’en passe (ceci n’est pas mon avis ! Je ne fais que transcrire un sentiment de l’époque et je le précise pour ceux ou celles qui voient midi à leur porte).

À la limite, pour certaines personnes, le fait de fouetter leurs esclaves ou de les brutaliser leur faisaient du bien (aux esclaves). De multiple fois j’ai eu envie d’entrer dans le roman et de baffer certains personnages.

Peu avant la publication de ce roman, en 1850 donc, le gouvernement avait édicté une loi qui punissait toute personne qui aiderait un esclave fugitif en le nourrissant, l’abreuvant, en lui permettant de se reposer… ou en l’aidant dans sa fuite.

Heureusement que de nos jours ce genre de loi inhumaine n’existe pas ! Oui, je suis ironique parfois. Toujours…

Différents personnages parsèment ce roman, Blancs ou Noirs, et l’auteure, si elle donne l’impression de fait preuve de manichéisme avec les bons maîtres qui sont gentils comme tout et les méchants de gros salopards et bien on se rend compte qu’en grattant un peu sous la surface, tous ne sont pas toujours figé dans leurs actes.

Le bon monsieur Shelby a fait des mauvais placements et doit se résoudre à vendre son esclave adoré Tom, mais pour le racheter, il refusera que sa femme donne des cours de musique (on ne s’abaisse pas à ça) ou à vendre des chevaux. Le gentil Saint-Clare trainera à signer les papiers d’affranchissement de Tom et le marchand d’esclave finira repenti, limite en Saint-Paul.

— Non ! dit Chloé. Ce qu’il a fait n’est pas juste ! le maître n’aurait jamais dû te vendre, Tom, pour payer ses dettes. Ne lui as tu pas gagné deux fois plus qu’on ne lui donne de toi ? Il te devais la liberté ; il te la devait depuis des années. 

Si les Blancs sont à la limite du stéréotype, par contre, on dirait qu’on a tenté de réunir tous les clichés pour les personnages Noirs, allant de la femme métisse à la beauté fatale, à l’ouvrier Noir l’insouciant, au petit comique, à la cuisinière l’affectueuse, aux méchants contremaitres, en passant par l’imbécile servile qui veut plaire aux Blancs. Sans parler de leur manière de s’exprimer…

Et c’est de là que découleront mes bémols : tous ces multiples personnages auxquels je n’ai pas eu le temps de m’attacher (contrairement à ceux de « La colline aux esclaves »), pour le fait que Oncle Tom ne soit pas si présent que ça dans l’histoire et pour le côté chrétien que je déteste du « pardonne à ton ennemi » ou du « prie et Dieu t’aidera » qui fait que les gens restent passifs, malgré leurs conditions dantesques.

Les pauvres, on leur avait bien lavé le cerveau. L’époque de l’écriture ne doit pas être étrangère à la chose non plus, en ce temps là, la religion tenait encore une place importante dans les foyers, la rédemption aussi, ainsi que le puritanisme.

Juste que ces chrétiens étaient de mauvais chrétiens puisqu’ils tenaient des gens en esclavage, qu’ils n’avaient pas l’intention de changer le système et que même si certains étaient plus sympas que d’autres, ils étaient toujours dégoutté de poser les mains sur une personne de couleur.

Voilà comme vous êtes tous, vous autres chrétiens. Vous formez des associations, et vous envoyez quelque pauvre missionnaire passer sa vie parmi les païens. Mais qu’on me montre un seul de vous qui prenne avec lui un de ces malheureux et qui se donne la peine de le convertir ! Non ! quand vous en arrivez là, vous n’êtes plus d’accord, ils sont trop sales et désagréables, dites-vous, c’est trop de soin.. et ceci, et cela !

Malgré ces petits bémols plus haut, ce sont des gouttes d’eau dans l’océan du plaisir que j’ai pris en lisant – enfin – ce Grand Classique de la littérature qui aborde quasi à chaque page le caractère immoral et scandaleux de l’esclavage, que ce soit dit par des Noirs ou par certains Blancs, énonçant des faits réels.

— Osez me dire qu’un homme doit travailler toute sa vie, depuis l’aube jusqu’au soir, sous l’œil vigilant d’un maître, sans pouvoir manifester une fois une volonté irresponsable… courbé sous la même tâche monotone et terrible, avec tout juste assez de nourriture pour être en état de continuer sa tâche… oui, qu’un homme me dise qu’il est indifférent à une créature humaine de se voir traitée de cette façon… 

Niveau écriture, elle m’a fait penser à celle dans « Oliver Twist » : mélodramatique et sentimentale, comme s’il fallait, en plus de dénoncer un système inhumain et maléfique, faire pleurer dans les chaumières. Tout en étant moins poussé que chez Dickens, où là, je n’en pouvais plus de le lire.

Résultat ? Malgré certaines scènes émouvantes, ma gorge ne s’est pas serrée car trop de mélodrame tue le mélodrame et me fait l’effet inverse. Niveau émotions, j’en ai pris plus dans la gueule avec « La colline aux esclaves » qu’avec la case de l’Oncle Tom.

Et c’est là que vous vous dites : mais pourquoi tu lui colles 4 Sherlock, alors ?? Et bien, parce que, malgré ses défauts, ses stéréotypes, son style sentimental, son côté happy end un peu trop poussé (et des coïncidences trop bienheureuses pour être vraies), j’ai dévoré ce roman et je l’ai bien aimé.

C’est ça les contradictions du lecteur… Des défauts, une critique qui les pointent tous et un résultat final qui dit « j’ai super bien aimé » et ça, docteur, ça ne se soigne pas.

Bianca a le même ressenti que moi, quasi, et elle a bien aimé cette LC aussi.

Il est dommage que l’on ne s’efforce pas de tendre la main à ceux qui pourraient se relever…

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

Les Tuniques Bleues – Tome 20 – Black Face : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 20 – Black Face

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1983)

Résumé :
Derrière les lignes ennemies, il y a des Noirs, beaucoup de Noirs qui travaillent dans des plantations. Si l’on parvenait à les mener à la révolte, ils deviendraient de puissants alliés au camp des Nordistes.

Pour les convaincre de prendre les armes contre les Sudistes, il faut leur envoyer un des leurs. Escorté par le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, un homme surnommé Black Face accepte d’aller parler aux esclaves de l’autre camp.

Mais attention, cette stratégie risque de se révéler une arme à double tranchant.

Critique :
Cet album des Tuniques Bleues m’avait terriblement intrigué lorsque je l’avais eu en main, en 1983… J’avais 8 ans, je connaissais déjà le sergent Chesterfield et le caporal Blutch, mais là, je ne comprenais pas.

Un Noir se tenait devant le duo, une arme à la main, peu amical et nos deux amis portaient l’uniforme de l’armée sudiste !

De plus, cet album avait ébranlé mes convictions : la guerre de Sécession avait eu lieu parce que le Nord voulait délivrer les Noirs maintenu en esclavage par le Sud et là, j’apprenais que ce but louable n’était pas une vérité, mais juste un bon prétexte et que les Noirs n’étaient pas libres dans le Nord…

— Cette guerre est surtout la leur voyons ! Nous luttons tous pour l’abolition de l’esclavage !
— Allons, allons mon cher ! Vous savez très bien que là n’est pas le véritable but ! Bon d’accord…il y a un peu de ça…il faut bien trouver un prétexte glorieux pour guerroyer ! Et puis ça tranquillise la conscience du peuple !
— Non…le vrai motif, c’est que certains de nos politiciens rêvent de s’approprier les richesses du sud ! Alors, les noirs, là-dedans, vous savez !

La claque ! Mes convictions naïves qui étaient les miennes à 8 ans volaient en éclat. L’être Humain était-il si vénal ? Des politiciens déclencheraient-ils une guerre parce qu’ils lorgnaient sur les riches propriétés du Sud ? Non, impossible ! Et mon esprit était revenu à la belle raison : délivrer les esclaves !

Je suis adulte depuis longtemps, j’ai grandi, appris des choses, rempli mon cerveau (du moins, je l’espère) d’autres choses que des bêtises. Exit la naïveté de mes 8 ans.

Ce que fait que depuis longtemps, à chaque fois que je relis cet album, je le vois toujours d’un autre oeil et je sais que sous le couvert de l’humour des répliques de Blutch et des situations cocasses du duo, il y a de la profondeur et une horrible leçon dans cette aventure, plus tragique qu’on ne pourrait le croire et qui n’aurait sans doute pas dû finir dans les menottes d’une gamine de 8 ans.

Non, les Noirs n’étaient pas si libres que ça dans le Nord ! Juste libre de faire ce que les Blancs leur disaient… Et le pire étaient ceux qui s’étaient engagé dans l’armée des Nordistes : juste bons à creuser des latrines et des tombes.

— Et si je me rends, que crois-tu qu’il va se passer ?
— [Blutch] Vous serrez emprisonné, puis jugé…
— Et puis ?
— Il y en a qui ont eu la vie sauve !
— Des blancs, peut-être ! Jamais des noirs, et tu le sais très bien ! A présent, fichez le camp ! Hop ! Du balai !
— Black Face, tu es fou à lier ! Vous n’avez pas la moindre chance !
— De la chance, on n’en a jamais eu ! Sauf aujourd’hui…celle de mourir libres !

— Que ce soit chez les blancs, les noirs, les rouges, les jaunes ou les verts s’il en existait…l’or et l’argent ont toujours été à la base de l’agonie de bien des consciences !…

Le scénario imaginé par le Nord pour foutre le bordel au Sud est diabolique, mais lorsqu’on envoie pareille bombe chez les autres, on ne sait jamais si au final, elle ne va pas nous exploser dans la gueule ! Et ici, ce sera le cas !

Poussant le diabolique à son paroxysme, le général va avoir une idée de génie et entre nous, dans l’Histoire, il ne devait pas être le premier et il ne sera pas le dernier, un moustachu l’a utilisée aussi. L’habit fait le moine, pour eux.

Sans manichéisme, tout le monde étant un peu gris dans cette histoire, les auteurs nous livrent un tome plus sérieux, plus noir, plus sombre, sur la guerre de Sécession, sans pour autant renier leur habitude de le traiter avec humour, tout en restant sobre puisque l’humour sera dans les dialogues entre le sergent et le caporal.

Un album fort sombre qui m’avait fait un peu peur lorsque j’étais jeune à cause de quelques scènes de pillages sur fonds de maisons incendiées.

Un album où les Nordistes ne ressortaient pas grandis… Un album qui m’expliquaient que personne n’était tout blanc ni tout noir, que personne ne lavait plus blanc qu’un autre et qu’au final, l’Homme était un salaud.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

La colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : La colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (2016) / France loisirs (2014)
Édition Originale : The Kitchen House (2010)
Traducteur : Marie-Axelle de la Rochefoucauld

Résumé :
À 6 ans, Lavinia, orpheline irlandaise, se retrouve esclave dans une plantation de Virginie : un destin bouleversant à travers une époque semée de violences et de passions…

En 1791, Lavinia perd ses parents au cours de la traversée les emmenant en Amérique. Devenue la propriété du capitaine du navire, elle est envoyée sur sa plantation et placée sous la responsabilité d’une jeune métisse, Belle.

Mais c’est Marna Mae, une femme généreuse et courageuse, qui prendra la fillette sous son aile. Car Belle a bien d’autres soucis : cachant le secret de ses origines, elle vit sans cesse sous la menace de la maîtresse du domaine.

Écartelée entre deux mondes, témoin des crimes incessants commis envers les esclaves, Lavinia parviendra-t-elle à trouver sa place ? Car si la fillette fait de la communauté noire sa famille, sa couleur de peau lui réserve une autre destinée.

Critique :
Moins bien traité que des bêtes, moins de droits que des animaux, une existence qui n’existe pas, aux yeux de leurs propriétaires. Ils sont là pour les servir jusqu’à leur mort, à trimer, suer, mourir à la tâche ou sous les coups de fouet.

Taillable et corvéable à merci. Tel le serf ployant sous le joug du seigneur au Moyen-Âge.

Voilà les conditions de vie des Noirs durant la période d’esclavage.

Il est un fait que me doutais bien cette lecture n’aurait rien à voir avec « La petite maison dans la prairie »…

Malgré tout, à certains moments, j’ai eu le cœur serré et les tripes nouées en découvrant une infime partie de ce que les esclaves Noirs ont endurés durant cette période.

Et je ne vous parlerai même pas des Droits de la Femme Blanche qui n’existaient pas non plus, même si, en ces temps-là, valait mieux être une riche femme Blanche qu’une pauvre femme Noire.

Je vous le dis de suite, ce fut une découverte magnifique et ce livre entre direct dans mes coups de cœur de l’année tant il est prenant, tant ses personnages sont réalistes, tant son scénario est bien agencé, mêlant à la fois l’Histoire et les émotions à l’état brut.

Le récit est narré par deux personnages : Lavinia, la petite fille Blanche de 6 ans qui a perdu ses parents et qui a été achetée par le capitaine du navire qui les transportait, et par Belle, une des esclaves qui travaille aux dépendances.

Notre petite Lavinia va grandir, sans jamais arriver à comprendre la différence entre le statut des maîtres Blancs et des esclaves Noirs puisqu’elle a été élevée par les esclaves et qu’elle se sent Noire, alors qu’elle est Blanche. Son statut, de par cette simple petite différence, est bien plus haut que celui de ceux qu’elle considère comme sa famille.

Véritable épopée qui ira jusqu’en 1810, le récit est un de ceux qui, une fois commencé, est difficile à lâcher tant on veut savoir ce qu’il va arriver à nos personnages pour lesquels on ressent direct une véritable sympathie.

Je vous avoue qu’à certains moments, j’aurais aimé moins de violences, moins de larmes, moins de serrement de cœur… Mais si l’auteur avait pris cette voie, son roman aurait perdu de son réalisme car, avec un sujet aussi fort que l’esclavage, il est difficile de faire du sirupeux et un récit Bisounours aurait fait perdre toute crédulité au récit.

« La colline aux esclaves » est un roman fort, profond, bourré d’émotions en tout genre, de personnages grandioses, d’humanité, de méchants sadiques qui profitent de leur pouvoir, de parents Blancs qui ne s’occupent guère de leurs enfants, qui les confie à des précepteurs et ensuite, ça tourne mal…

Un roman bouleversant, captivant, émouvant, des personnages qui, après chaque épreuve, puisent dans leur courage pour se relever, parce qu’ils n’ont pas le choix, mais aussi afin de pouvoir aider les autres, leur famille et continuer d’avancer tous ensemble.

Une page de l’Histoire qu’il ne faut jamais oublier, un roman qu’il faut lire parce que ses personnages font partie de ceux qui resteront en nous.

Une très belle LC en compagnie de Bianca, qui, pour ce titre, est totalement au diapason avec moi. 

Underground railroad : Colson Whitehead

Titre : Underground railroad

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (23/08/2017)

Résumé :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition.

Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Critique :
Quel roman, mes aïeux ! Le genre de lecture dont on ne sort pas tout à fait indemne, même si l’auteur a évité de sombrer dans le gore ou le larmoyant.

Il me faudra un certain temps pour le digérer, l’assimiler, mais impossible de l’oublier, il fera partie de ces livres coups de poing dans le plexus dont, quoi qu’il arrive, laissent une trace dans notre esprit.

Dressant une grande fresque au travers de quelques portraits, l’auteur nous mélange la fiction et la réalité : non, le chemin de fer souterrain n’existe pas, mais l’Underground Railroad, qui a réellement existé, était tout simplement les chemins empruntés par les esclaves en fuite pour arriver dans des états plus cléments ou abolitionnistes.

L’auteur ne nous entrainera pas dans les belles maisons à colonnades, ni dans les bals pour les gens riches avec de belles dames enrubannées, mais dans la misère des cabanons des esclaves de cette plantation où le mot « syndicat » et « repos dominical » sont des horribles gros mots prohibés.

Ils n’existent même pas dans le vocabulaire de ces pauvres êtres et encore moins dans l’esprit de leurs propriétaires. Ben oui, les Hommes Blancs tout puissant qui ont volé la terre des autres sont aussi propriétaires à part entière de ces gens qui furent volés sur leur continent où nés de parents esclaves.

J’ai aimé le fait que l’auteur ne nous dresse pas un portrait manichéen de l’esclavage où les opprimés seraient tous des gens biens, sympas, s’entraidant et ne souffrant pas des horribles mêmes travers que leurs propriétaires Blancs.

Hélas, certains Humains se comporteront comme des salopards, quelque soit le côté où ils se trouvent, et c’est ainsi que certains personnages du roman sont de véritables enfoirés, tels leurs maîtres Blancs et n’hésitent pas à traiter leurs semblables comme de la merde, et même moins que de la merde, car la merde, on ne la fouette pas à sang.

Les États-Unis ne sortent pas grandis de ce roman, une fois de plus, et l’Humain non plus, même si, heureusement, parmi ce monde de salopards, il existe encore quelques bonnes âmes, même si c’est parfois à leur corps défendant, mais je peux les comprendre lorsque je découvre le comportement des autres habitants.

Moi aussi j’aurais eu les foies, les chocottes et je ne sais pas si j’aurais eu le courage de risquer ma vie pour un autre, surtout en voyant le sort réserve à ceux que l’on nomme des traitres puisque acquis à la cause des esclaves.

L’écriture est plaisante à lire, elle se dévore, quant aux personnages, nous en croiserons des forts plaisants (Cora, Caesar,…) et des véritables enfoirés de première (et je reste polie), le tout formant un équilibre réaliste entre des gens simples qui ne veulent que vivre tranquilles et d’autres qui se repaissent de la fuite des Noirs car c’est un marché juteux la chasse à l’esclaves.

Demandez à Ridgeway, il vous le confirmera, lui qui a fait de la chasse aux Noirs un business florissant.

Un roman fort, qui nous parle d’une part sombre des États-Unis qui nous est connue, mais pas toujours dans le détail, comme avec ces chemins et ces gens qui aidaient les esclaves en fuite à arriver dans des états abolitionnistes.

Un roman qui explore une partie moins connue de la fuite des esclaves et qui nous offre une belle métaphore avec ce chemin de fer souterrain, tout en nous dressant un portrait pas toujours brillant des états sois-disant plus cool avec la condition des Noirs car il ne suffit pas de battre à mort une personne ou de lui mettre des fers pour la priver de son libre arbitre.

Un grand roman qui fait froid dans le dos car ce n’est pas si loin que ça dans l’Histoire et qui fait encore plus froid dans les os lorsque l’on voit émerger les suprémacistes Blancs qui reviennent à leurs premiers amours : le tabassage de l’autre qu’ils considèrent comme inférieur à eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine (46ème et dernière fiche).

Green Blood : Masasumi Kakizaki

Titre : Green Blood – Tomes 1 à 5

Scénariste : Masasumi Kakizaki
Dessinateur : Masasumi Kakizaki

Édition : Ki-oon (2013) – Série terminée

Résumé :
À Manhattan à la fin du XIXe siècle, misère, criminalité et prostitution ravagent le quartier de Five Points, immense ghetto où échouent tous les laissés-pour-compte du rêve américain.

La pègre, qui a corrompu les autorités, y fait régner sa loi. Au sein de la marée d’immigrants qui transitent par New York jour après jour, le jeune Luke Burns s’efforce de rester honnête et joue les dockers pour survivre.

Il sait, comme tout le monde, que le clan mafieux le plus dangereux de la ville, les Grave Diggers, s’appuie sur des assassins impitoyables pour asseoir son autorité.

Mais ce qu’il ignore, c’est que le plus célèbre et le plus redoutable d’entre eux, le Grim Reaper, n’est autre que son frère aîné, Brad…

Critique :
Un manga aux airs de western… Des grands manteaux, des chapeaux, des flingues… Ça ne peut pas être mauvais, tout ça !

Et en effet, c’était bon, même si, dans ce manga western, on est dans du violent et du parfois « un tantinet exagéré », mais l’ensemble tient la route.

On commence dans un quartier de New-York, il y a fort, fort longtemps, dans les années 1880… La pègre règne sur tout le quartier de Five Points, ghetto habité par des pauvres gens qui crèvent de misère et qui trime du matin au soir. Bref, l’Amérique d’en bas !

Luc Burns est une jeune garçon qui s’en va suer au boulot avec le sourire, il entretient son grand frère, Brad, qui a l’air de pas en foutre une dans la journée, mais ce que Luc ne sait pas, c’est que Brad est le tueur à gage des Grave Diggers. Le fameux Grim Reaper dont tout le monde parle et craint, c’est lui.

Brad Burns est un tueur implacable et sévèrement burné… Ok, jeu de mot foireux, je sais.

Des tons sombres, des visages fermés, des yeux bizarres, parfois, limite globuleux, des morts, du sang, deux clans qui s’affrontent pour être le seul calife à Five Points, bref, que des salopards de chez salopards.

Sauf notre Luc qui reste toujours un optimiste convaincu, un non-violent… Le véritable gentil qui fait preuve d’altruisme, d’empathie, de générosité alors que son frère aîné ne rêve que de vengeance : tuer leur père, Edward King, qui tua lui-même leur mère.

Oui, c’est pas gai, je sais ! Mais c’était pas le monde des Bisounours non plus, en ce temps-là !

Ici, Police, Pègre et Politique sont dans le même bain, ils commencent tous par la même lettre, ce ne doit pas être un hasard… Les flics sont corrompus, arrosés par la pègre pour fermer les yeux et les politiciens ne sont pas des enfants de coeur non plus.

Si les deux premiers tomes se déroulent dans le quartier de Five Points, le reste se passe dans les immenses plaines de l’Amérique, les deux frères étant à la poursuite de leur père, chef de gang lui aussi, dans le but de lui trouer la peau et, chose étonnante, Luc a pris les armes, même si tuer n’est pas toujours facile pour lui.

Pas le temps de s’ennuyer, ça bastonne, ça cartonne, ça complote en coulisses et le Méchant (Kip McDowell) est assez réussi dans le genre psychopathe qui veut devenir calife à la place du calife (Gene McDowell, son père et le chef des Grave Diggers) et qui pense qu’il en a les couilles, qui a déjà tué (des clodos sans défense), et qui, à force de vouloir dégager Grim Reaper, risque de s’en prendre sur la gueule.

De plus, des flash-back émaillent le récit afin de nous faire revivre certaines scènes importantes de la vie de Luke et Brad, ou de l’arrivée sur le continent américain de leur père, Edward King, avec d’autres migrants.

Les dessins sont superbes, nerveux, sombres, rendant bien la sauvagerie de certaines scènes (ou la douceur des autres), ainsi que les décors miséreux des taudis ou des grandes plaines de l’Ouest.

Par moments, je l’ai trouvé un peu trop stéréotypés, avec le Méchant Kip aux yeux qui lui sortent des orbites, ou Edward King, qui est une montagne de muscles un peu trop exagérée. Ceci est un détail…

C’est sombre, sanglant, violent, sans concession, les personnages principaux que sont Brad et Luke vont devoir prendre sur eux, changer, évoluer, se battre, afin de rester en vie et de venger l’assassinat de leur mère.

Si Luke est touchant à être aussi gentil et prompt à aider les autres, Brad a aussi un coeur qui bat sous la cape noire du tueur car il est prêt à tout pour protéger son petit frère. Au final, aucun des deux n’est ni tout blanc, ni tout noir, car chacun pourra passer du côté obscur ou lumineux de la Force.

Bref, une fois que j’eu commencé le premier tome, je n’ai eu qu’une seule envie, me faire les autres et ça tombait bien parce que les 5 tomes qui composent cette série étaient tous disponibles et j’ai pu les avaler l’un à la suite de l’autre.

Un manga western qui se joue dans la fureur et qui a à vous offrir du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Une belle histoire de fraternité entre deux frères que tout oppose dans le caractère et la manière de vivre, ainsi qu’avec leur père, bête assoiffée de sang, prêt à tout pour remplir ses poches.

Une chouette découverte pour moi que ce manga seinen western et roman social !

PS : J’aurais bien mis 4 Sherlock, mais bon, nous sommes dans un manga, malgré tout, mon 3,5 est une excellente cote pour celui ou celle qui voudrait découvrir un manga nerveux, sombre et sanglant (Yvan, tu peux balancer sur le système de cotation…).

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Money Shot : Christa Faust

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Titre : Money Shot

Auteur : Christa Faust
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne.

J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit.

Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher.

Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissé tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole.

a0885339850_16Critique :
Après les origines de la pédérastie, après les expressions du langage courant qui sont en fait toutes tendancieuses, après les dangers de la branlette, me voici dans le porno !

Enfin, en compagnie d’une ex-star du porno que ces messieurs connaissent bien : Angel Dare. Reconvertie depuis en directrice de société, mais toujours dans le milieu du porno, bien entendu.

Les pros du porno eux peuvent regarder sans ciller six mecs debout en cercle en train de se polir la colonne.

Dans le porno un jour, dans le porno toujours… Sacré Angel Dare, va… Ces messieurs qui me lisent s’en souviennent encore, de sa filmographie !

Anybref ! Me voici donc en compagnie d’une ex-star du porno, on commençait pénard notre journée au bureau, je pensais lui demander quelques « trucs » et voilà qu’il nous est arrivé des bricoles, le genre d’emmerdes graves !

Notre journée s’est terminée dans le coffre d’une Honda Civic, et je vous le dis, c’est pas confortable ce genre de coffre ! Mais avant de se retrouver dans le coffre de la Honda Civic, on a morflé, je vous dit que ça !

Certes, l’ex-femme du porno, parfois rude, reste toujours courtoise, mais la vérité m’oblige à vous le dire : certains ont commencé à les lui briser… MENUES !

Alors voilà notre Angel qui s’en va en guerre… Elle a la haine, elle est vénère. Mais comment faire quand on seule face à tous et que l’on n’a pas la puissance de feu d’un croiseur ni des flingues de concours ?

Et bien, on commence par le début de la vengeance et comme disait l’autre, c’est jamais bon de laisser dormir les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver.

Sauf qu’ici on s’attaque à du lourd et à du gros personnel… Et on n’a même pas une canon scié !

Si vous êtes puritain et que les mots « sexe, bite, s’astiquer le manche, se branler, baiser, chatte, forniquer… » vous font tomber en pâmoison tant ils vous écorchent vos oreilles de grenouille de bénitier, je vous en prie, passez votre chemin en vitesse, vous risqueriez d’attraper mal à votre vertu ou d’enfin vous dévergonder un peu…

Il devait y avoir cinq mecs occupés à besogner les différents points de son anatomie, pendant que six ou sept autres se tenaient en retrait, s’astiquant le manche en attendant de prendre la relève. Un truc marrant quand on bosse dans le porno, c’est la vitesse à laquelle on s’habitue à voir des mecs se branler […]. Beaucoup de types imaginent que ce doit être hyper excitant d’assister à un tournage de porno. Un conseil : à moins que vous aimiez vraiment regarder des mecs se branler, passez votre chemin.

Une écriture simple, pas celle d’un grand roman, avec une narratrice – Angel Dare – bourrée d’humour, qui nous fait partager ses pensées et ses souvenirs… On avale ce roman noir sensuel d’une traite, vidant tout d’un coup, jouant à la gorge profonde, tant il est bon à lire. Il coule dans la gorge d’Annie… (Pardon, je me laisse aller, là !).

— Le seul moment où Honey Westlake se tait, c’est quand elle a une bite dans la bouche.

Il y a de la verge dans les répliques… Oups, décidément ! Je voulais dire qu’il y avait de la verve dans les répliques, dans la narration, dans les aventures pas si tranquilles de notre Angel Dare qui s’est faite piéger comme une bleue, tout ça pour une bite. Ok, c’était une belle grosse bite… Propriété d’un beau mec, en plus, ce qui ne gâche rien… Mais c’était un fils de sa mère, le mec…

D’accord, ce ne sera pas LE roman noir de l’année, le scénario est basique et si la victime n’était pas une ancienne star du porno, le roman serait assurément moins drôle et moins intéressant. Tout le sel est dans son personnage principal et dans ce qu’elle nous raconte sur le milieu peu reluisant du monde du porno.

Sans oublier l’autre personnage principal, intéressant lui aussi, Malloy, l’ancien flic froid et violent qui va aider notre amie dans sa quête et l’assister de toute sa science des filatures et des déguisements à gogo.

Et puis, n’allez pas croire qu’on ne fait que sourire durant la lecture, nous sommes dans un roman noir et il y a aussi une critique sociale sur l’univers impitoyable du porno, de la prostitution et des réseaux qui vendent des pauvres filles de l’Est (ou d’ailleurs) qui pensaient venir aux États-Unis pour faire des ménages ou être jeune fille au pair…

Drôle, amusant, noir, sensuel, sexuel, violent à certains moments, amusant (oui, ça revient régulièrement), émouvant, sans pour autant obtenir le Goncourt, mais de toute façon, on s’en branle, heu, on s’en moque puisque le but n’est pas là !

Messieurs, Angel Dare n’était pas QUE bonne à tourner dans des pornos ! Pensez-y lorsque vous regarderez ces films, une main dans le slip (ou dans le boxer, le caleçon, ou dans ce que vous voulez) !

Pour votre info, tous ces trucs qu’on fait dans les films, c’est uniquement parce que ça rend bien, pas parce que ça nous fait du bien. Quiconque a déjà testé la position de la cavalière inversée avec trois partenaires simultanés vous le confirmera, et je ne parle pas seulement des filles.

[…] cet air lobotomisé que les hommes affichent quand ils ont la main dans le caleçon.

Cette femme avait des couilles au cul et certains mecs lui doivent quelques bourres-pifs ou plus, si énervements plus grand… D’ailleurs, elle les a toujours, ces couilles au cul car quoi qu’il arrive, elle garde la tête haute, notre amie qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

Comme nombre de mecs qui ont la chance (ou la malchance) d’être dotés d’une bite aux dimensions monstrueuses, Vic avait parfois du mal à avoir la trique. Il n’atteignait jamais une dureté optimale et il en plaisantait toujours en disant que si c’était un jour le cas, son cerveau manquerait de sang et qu’il tomberait dans les pommes. Toujours est-il qu’en se l’empoignant fermement à la base, il arrivait à injecter suffisamment de sang dans les vingt-trois centimètres restants pour remplir son objectif.

PS : officiellement, ça ne mérite pas un 4 Sherlock, l’écriture est simple, habituelle, mais c’est tellement drôle, amusant et toussa toussa dans les réflexions d’Angel Dare que je lui mets un 4/5 !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

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Les aventures de Huckleberry Finn : Mark Twain

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Titre : Les aventures de Huck Finn

Auteur : Mark Twain
Édition : Hachette Bibliothèque Verte (1961)
Édition originale : 4 décembre 1884

Résumé :
On a rencontré Huckleberry Finn dans Les Aventures de Tom Sawyer où il figurait parmi les personnages principaux du roman.

Cette fois, c’est lui le héros. Huckleberry, Huck pour les amis, est un jeune vagabond livré à lui-même, son père, alcoolique et violent, ne faisant que de brèves apparitions dans sa vie.

Au début de l’histoire, on le retrouve adopté par une veuve riche et charitable, qui tâche de faire de lui un gentleman. Un véritable défi pour qui connaît Huckleberry. Pourtant, le sauvageon se civilise, apprend à lire… mais son père réapparaît, et Huck prend la fuite, en compagnie d’un esclave noir.

C’est le début d’une série d’aventures au fil des eaux tumultueuses du Mississippi, au cours desquelles on rencontrera une foule de personnages pittoresques, et bien sûr l’ami Tom Sawyer…

250px-huckleberry_finn_bookCritique : 
Dans le dessin animé, c’était mon préféré : Huck Finn le petit vagabond.

Mais on aurait tort de croire que le livre qui nous conte ses aventures sera aussi drôle que les aventures de Tom Sawyer…

Certes, il y a des moments où l’on sourit, mais voir ce jeune garçon être sous la coupe d’un oncle violent et alcoolique, obligé de se faire passer pour mort pour s’enfuir et qui va accomplir un périple de plus de 1.800 km sur le Mississippi avec un esclave noir en fuite n’a rien de drôle.

Oh, il est débrouillard, notre jeune Huck, il sait pécher et s’occuper d’un radeau, faire du feu, mais malgré tout ça, son voyage ne sera pas un long fleuve tranquille.

Déjà, ce qui choque, ce sont certaines pensées de Huck : il a volé un esclave et ça lui turlupine la conscience parce que cet homme appartient à quelqu’un ! Oui, il lui appartient comme un chien appartient à son maître ou une vache à son proprio.

Notre jeune garçon sera même horrifié lorsque l’esclave Noir, Jim (qui appartient à miss Watson) lui dit qu’une fois passé en zone libre, il travaillera pour racheter sa femme et ses deux enfants.

Là, Huck va avoir le palpitant qui fera des siennes parce que à cause de lui, des hommes seront privés de leurs esclaves !

Je me suis dit que le Bon Dieu savait bien que je volais le Nègre d’une pauvre vieille qui ne m’avait jamais fait de mal, et qu’Il ne permettrait pas que je continue à agir de cette façon. Je me sentis le plus perdu des pécheurs…

Par contre, notre Huck aura des scrupules à voir les deux escrocs qui l’ont accompagné se faire passer au goudron et aux plumes. La morale n’est pas dévolue aux mêmes choses chez lui que chez moi.

— C’est pas un banc de sable qui nous a arrêtés. C’est un cylindre qui a éclaté.
— Grand Dieu ! y a-t-il eu des blessés ?
— Non, seulement un nègre de tué.
— Allons, tant mieux ; quelquefois, il y a des gens qui sont touchés.

Pire, Huck devra faire taire les préjugés racistes qu’on lui a inculqués pour enfin se résoudre à aller demander pardon à son meilleur ami qu’il a gravement offensé en lui faisant croire qu’il avait rêvé sa disparition.

Il m’a bien fallu un quart d’heure pour me décider à aller m’humilier devant un Noir, mais j’ai fini par le faire, et je ne l’ai jamais regretté. Je ne lui ai plus jamais joué de mauvais tour, à Jim, et je ne lui aurais pas joué celui-là si j’avais pu prévoir que cela lui ferait tant de peine.

Autre temps, autres mœurs… Les pensées de Huck Finn ne sont jamais que le reflet des pensées des Sudistes et en se baladant avec lui sur le fleuve, on va en lire des vertes et des pas mûres sur la société humaine et plonger dans ce qu’elle a de plus sombre, nous faisant apercevoir une violente remise en cause des normes sociales et de la religion.

Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Et Huck va changer, on le sent bien, après l’incident où il a fait de la peine à Jim et est aller lui demander pardon. Oui, miracle, Huck voit que l’esclave Noir (dans le livre, il dit Nègre) est un homme blanc à l’intérieur, qu’il est comme lui !

Lui qui voulait dénoncer Jim, n’y arrivera pas et se surprendra même à mentir pour le couvrir.

Malgré tout, sa conscience viendra de temps en temps le tourmenter et la perspective de finir en Enfer pour le péché du vol d’un Noir (il est noté Nègre dans le roman) lui donnera des sueurs froides avant de se décider à affronter l’Enfer.

— Tant pis ! J’irai en enfer ! […] Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Oui, à cette époque, les Blancs sont paralysés par les peurs religieuses et les Noirs sont paralysés par des peurs superstitieuses…

Les moments les plus drôles seront avec les deux escrocs et aussi quand Huck retrouvera Tom.

Mais à un moment donné, j’en ai eu marre des pitreries de Tom pour transformer l’évasion facile de Jim en truc rocambolesque juste par soucis d’aventure et pour pimenter le jeu (comme creuser un tunnel plutôt que déclouer une planche, et le creuser au couteau plutôt qu’à la pelle et à la pioche…).

Là il a poussé le bouchon un peu loin, le Tom Sawyer !

Un roman assez sombre qui nous éclaire très bien sur les pensées qu’avaient les Sudistes à propos des Noirs et que certains ont toujours, hélas.

Un roman abolitionniste, anti-raciste, un roman où un enfant prend une décision importante dans sa vie, avec tous les risques que cela comporte car c’est, à cette époque là, un véritable vol punissable que Huck réalise.

Le racisme des Blancs vis-à-vis des Noirs est sans doute enraciné à vie chez certains…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Django Unchained : Quentin Tarentino [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 8/52]

Django Unchained ou Django déchaîné au Québec et au Nouveau-Brunswick est un western américain écrit et réalisé par Quentin Tarantino, sorti en 2012.

Nommé pour cinq Oscars dont celui du meilleur film en 2013, le film est récompensé à deux reprises ; meilleur acteur dans un second rôle pour Christoph Waltz et meilleur scénario original pour Quentin Tarantino.

Doté d’un budget de 100 millions de dollars, le film rapporte plus de 425 millions de dollars au box-office, ce qui en fait le meilleur succès commercial de Tarantino.

1. Synopsis :
Texas, 1858. Il raconte l’histoire de Django (Jamie Foxx), un esclave noir et du docteur Schultz (Christoph Waltz), chasseur de primes qui promet de libérer Django et de lui donner une petite récompense pécuniaire, si ce dernier l’aide à arrêter trois fugitifs recherchés.

Une fois libéré, Django part alors à la recherche de sa femme, Broomhilda, alors qu’ils ont été séparés quelques années plus tôt en tentant de fuir leur ancien lieu d’esclavage.

Il est alors accompagné de Schultz, qui s’est noué d’amitié avec Django et qui souhaite l’aider.

2. Fiche technique :

  • Titre original : Django Unchained
  • Titre québécois : Django déchaîné
  • Réalisation et scénario : Quentin Tarantino
  • Budget : 100 000 000 de dollars
  • Pays d’origine : États-Unis
  • Langue originale : anglais (quelques dialogues en allemand et français)
  • Format : couleur – 35 mm – 2,35 : 1
  • Genre : western
  • Durée : 165 minutes
  • Dates de sortie :
    •  Canada États-Unis : 25 décembre 2012
    •  Belgique,  France,  Suisse romande : 16 janvier 2013

3. Distribution :

  • Jamie Foxx : Django
  • Christoph Waltz : docteur King Schultz
  • Leonardo DiCaprio : Calvin J. Candie
  • Samuel L. Jackson : Stephen
  • Kerry Washington : Broomhilda von Shaft
  • Laura Cayouette : Lara Lee Candie-Fitzwilly, la sœur veuve de Calvin
  • Dennis Christopher : Léonid « Léo » Moguy, avocat de Calvin J. Candie
  • Walton Goggins : Billy Crash
  • James Remar : Ace Speck et Butch Pooch
  • Don Johnson : Spencer Gordon « Big Daddy » Bennet

Ce que j’en ai pensé :
Putain, c’était de la balle ! Voilà un bon western de Tarantino ! Avec des dialogues extras, de l’action, de la profondeur, et des Méchants magnifiques.

Les premières images sont dures, on y voit un convoi de quelques esclaves Noirs conduits par deux cavaliers, ils sont enchaînés l’un à l’autre et marchent difficilement. Il fait froid, c’est la nuit, et ils n’ont qu’une pauvre couverture sur leur torse nu.

La scène suivante donne envie de rire car une carriole surmontée d’une molaire énorme qui tangue sur son ressort apparaît devant les deux cavaliers.

La suite sera violente… Et les répliques du docteur King Schultz, le dentiste, sont un mélange de décontraction à la Mentalist et de petits sarcasmes, le tout servi par une précision de tir à la Lucky Luke.

Schultz aux esclaves : Quant à vous, pauvres diables, si vous voulez mon sentiment au sujet de ce qu’il convient de faire maintenant, s’offre à vous messieurs deux solutions. Première solution : dès que je disparait, vous retirez la bête de la jambe du Spek survivant pour emporter celui-ci dans la ville voisine qui se trouve bien à… 60 km en rebroussant chemin. Deuxième solution, vous vous débarrassez de vos chaines, vous prenez ce fusil, vous lui mettez une balle dans le crâne, vous enterrez bien les deux cadavres et ensuite vous vous dirigez vers les régions les plus évoluées de ce pays. A vous de choisir. Oh et si d’aventure, il se trouve parmi vous des fanas d’astronomie, je vous rappelle que l’étoile polaire indique le nord. Salut !

Je ne dirais pas que le film est un film sur  l’esclavagisme, loin de là.

Certes, nous avons des scènes de racisme primaire, qui, à l’époque où nous nous trouvons (1858) était logique pour la majorité des Blancs… mais je crains bien que les propriétaires terriens n’aient jamais organisé des combats entre leurs ouvriers Noirs.

Ils avaient une valeur marchande et, financièrement parlant, c’eut été un risque trop grand que de les faire combattre tels des gladiateurs dans une arène ou une sorte de ring de boxe. Mais bon, ces combats ont leur raisons d’être dans le film.

J’ai eu un gros faible pour le Dr Schultz (Christoph Waltz, le Grand Méchant dans « 007 Spectre ») qui, ici, a un rôle dans la mesure de son talent.

Le dialoguiste n’était pas parti en vacances et j’ai souvent ricané devant les énormités qu’il sortait, l’air tout tranquille. Et le pire, c’est qu’il avait raison en tout point, le docteur chasseur de primes.

Le Dr Schultz n’est ni tout blanc, ni tout noir. Il a beau ne pas cautionner l’esclavagisme, s’il a libéré Django, ce n’était pas par grandeur d’âme, mais parce qu’il a besoin de lui.

Pourtant, au fur et à mesure de leur étroite collaboration, c’est de l’amitié qui va naître entre eux.

Django, lui, il est sexy en diable et va lui aussi devoir jouer un rôle qu’il n’aimera pas afin de tenter de sauver sa belle. Et puisque la fin justifie les moyens, il devra mordre sur sa chique et se faire cracher dessus par ses semblables (en plus des Blancs).

Mais le meilleur, ce fut sans nul doute Leonardo Di Caprio dans le rôle de Calvin J. Candie, un salopard au sourire mielleux, un gars qui peut passer du sourire au rictus le plus haineux, un rôle comme je les aime pour le beau Roméo qui m’avait fait chavirer à l’époque.

Entre lui et Django, ce ne sera pas toujours du gâteau niveau relations et nous donnera des répliques telle que celle qui énerva les hommes de main de Candie :

Calvin Candie : Je suis curieux de savoir ce qui fait de toi un si grand expert.
Django : J’suis curieux de savoir pourquoi vous êtes si curieux de savoir.

Son retour à la propriété, avec son staff, ses esclaves combattants, Django et le Dr Schultz a laissé des traces dans mes jambes tellement mes mains se sont agrippées à mes cuisses durant la scène entre Calvin Candie, D’Artagnan et les trois bergers malinois. J’avoue avoir fermé les yeux devant l’horreur.

La scène avec le crâne de l’Oncle Ben est à flipper elle aussi et j’ai reculé de peur que le beau Leo ne me postillonne dessus tant il était entré dans une colère noire.

Sérieusement, il faisait peur, sa voix était remplie de haine, mais avec un ton maitrisé, une colère froide, une colère qui vous donne envie de foutre le camp sous la table.

Quand Candie (Leo) frappe sur la table, cassant quelques morceau du crâne, et bien, le beauDiCaprio s’est réellement blessé à la main gauche.

Ce n’était pas de l’hémoglobine ketchup Heinz mais du vrai sang et notre beau Leo, imperturbable, a continué de jouer la scène malgré sa blessure.

Les autres acteurs, perplexes, ont continué de jouer. C’est son véritable sang qu’il étale sur le visage de Kerry Washington.

Un acteur que je n’avais pas reconnu, c’est Samuel L. Jackson dans le rôle du vieil esclave noir et homme de confiance de Candie, Stephen. Je le surnommerais bien « Bounty » parce que bien que Noir à l’extérieur, il était devenu Blanc à l’intérieur.

Dr Schultz : Monsieur Calvin, normalement je devrais vous dire « Auf wiedersehen ». Mais attendu qu’auf wiedersehen signifie en réalité « jusqu’au revoir », et attendu monsieur que je n’ai nul désir de vous revoir, je me contenterai de vous dire Adieu.

Bon, on ne peut pas dire que le Blanc en sortira grandi puisque, hormis le Dr Schultz – qui est d’origine Allemande et pas Américaine – dans le film, tous les Blancs sont des salauds et il n’y a pas la demi-mesure de celui qui s’en lave les mains ou qui est neutre.

Allez, je soulignerai une erreur : Alfred Nobel a inventé la dynamite en 1866, en 1867, il dépose le brevet. Nous sommes en 1858 alors faudra m’expliquer comment Django peut utiliser ce petit bâton qui fait boum-boum…

Ah, autre petit détail… C’est ultra violent et je me dis qu’il y avait moyen de faire la même chose sans cette profusion d’hémoglobine qui explose partout dès qu’une balle entre dans le corps d’une personne.

Ça gicle tant et si bien qu’à la fin du visionnage, j’ai dû essuyer l’écran du PC, le clavier, mon visage… Putain, Tarantino a repeint une baraque en rouge, quasi !

En résumé :  de l’action, des dialogues aux petits oignons, une bande-son qui mérite son nom et qui porte la marque de l’Ennio (même si tirée d’anciens films), des personnages excellents, tous bien dans leurs rôles et un film qui se regarde d’une traite, sans même voir le temps passer.

Étoile 4

« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le Challenge « Victorien » chez Camille, le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.