La colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : La colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (2016) / France loisirs (2014)
Édition Originale : The Kitchen House (2010)
Traducteur : Marie-Axelle de la Rochefoucauld

Résumé :
À 6 ans, Lavinia, orpheline irlandaise, se retrouve esclave dans une plantation de Virginie : un destin bouleversant à travers une époque semée de violences et de passions…

En 1791, Lavinia perd ses parents au cours de la traversée les emmenant en Amérique. Devenue la propriété du capitaine du navire, elle est envoyée sur sa plantation et placée sous la responsabilité d’une jeune métisse, Belle.

Mais c’est Marna Mae, une femme généreuse et courageuse, qui prendra la fillette sous son aile. Car Belle a bien d’autres soucis : cachant le secret de ses origines, elle vit sans cesse sous la menace de la maîtresse du domaine.

Écartelée entre deux mondes, témoin des crimes incessants commis envers les esclaves, Lavinia parviendra-t-elle à trouver sa place ? Car si la fillette fait de la communauté noire sa famille, sa couleur de peau lui réserve une autre destinée.

Critique :
Moins bien traité que des bêtes, moins de droits que des animaux, une existence qui n’existe pas, aux yeux de leurs propriétaires. Ils sont là pour les servir jusqu’à leur mort, à trimer, suer, mourir à la tâche ou sous les coups de fouet.

Taillable et corvéable à merci. Tel le serf ployant sous le joug du seigneur au Moyen-Âge.

Voilà les conditions de vie des Noirs durant la période d’esclavage.

Il est un fait que me doutais bien cette lecture n’aurait rien à voir avec « La petite maison dans la prairie »…

Malgré tout, à certains moments, j’ai eu le cœur serré et les tripes nouées en découvrant une infime partie de ce que les esclaves Noirs ont endurés durant cette période.

Et je ne vous parlerai même pas des Droits de la Femme Blanche qui n’existaient pas non plus, même si, en ces temps-là, valait mieux être une riche femme Blanche qu’une pauvre femme Noire.

Je vous le dis de suite, ce fut une découverte magnifique et ce livre entre direct dans mes coups de cœur de l’année tant il est prenant, tant ses personnages sont réalistes, tant son scénario est bien agencé, mêlant à la fois l’Histoire et les émotions à l’état brut.

Le récit est narré par deux personnages : Lavinia, la petite fille Blanche de 6 ans qui a perdu ses parents et qui a été achetée par le capitaine du navire qui les transportait, et par Belle, une des esclaves qui travaille aux dépendances.

Notre petite Lavinia va grandir, sans jamais arriver à comprendre la différence entre le statut des maîtres Blancs et des esclaves Noirs puisqu’elle a été élevée par les esclaves et qu’elle se sent Noire, alors qu’elle est Blanche. Son statut, de par cette simple petite différence, est bien plus haut que celui de ceux qu’elle considère comme sa famille.

Véritable épopée qui ira jusqu’en 1810, le récit est un de ceux qui, une fois commencé, est difficile à lâcher tant on veut savoir ce qu’il va arriver à nos personnages pour lesquels on ressent direct une véritable sympathie.

Je vous avoue qu’à certains moments, j’aurais aimé moins de violences, moins de larmes, moins de serrement de cœur… Mais si l’auteur avait pris cette voie, son roman aurait perdu de son réalisme car, avec un sujet aussi fort que l’esclavage, il est difficile de faire du sirupeux et un récit Bisounours aurait fait perdre toute crédulité au récit.

« La colline aux esclaves » est un roman fort, profond, bourré d’émotions en tout genre, de personnages grandioses, d’humanité, de méchants sadiques qui profitent de leur pouvoir, de parents Blancs qui ne s’occupent guère de leurs enfants, qui les confie à des précepteurs et ensuite, ça tourne mal…

Un roman bouleversant, captivant, émouvant, des personnages qui, après chaque épreuve, puisent dans leur courage pour se relever, parce qu’ils n’ont pas le choix, mais aussi afin de pouvoir aider les autres, leur famille et continuer d’avancer tous ensemble.

Une page de l’Histoire qu’il ne faut jamais oublier, un roman qu’il faut lire parce que ses personnages font partie de ceux qui resteront en nous.

Une très belle LC en compagnie de Bianca, qui, pour ce titre, est totalement au diapason avec moi. 

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Les aventures de Huckleberry Finn : Mark Twain

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Titre : Les aventures de Huck Finn

Auteur : Mark Twain
Édition : Hachette Bibliothèque Verte (1961)
Édition originale : 4 décembre 1884

Résumé :
On a rencontré Huckleberry Finn dans Les Aventures de Tom Sawyer où il figurait parmi les personnages principaux du roman.

Cette fois, c’est lui le héros. Huckleberry, Huck pour les amis, est un jeune vagabond livré à lui-même, son père, alcoolique et violent, ne faisant que de brèves apparitions dans sa vie.

Au début de l’histoire, on le retrouve adopté par une veuve riche et charitable, qui tâche de faire de lui un gentleman. Un véritable défi pour qui connaît Huckleberry. Pourtant, le sauvageon se civilise, apprend à lire… mais son père réapparaît, et Huck prend la fuite, en compagnie d’un esclave noir.

C’est le début d’une série d’aventures au fil des eaux tumultueuses du Mississippi, au cours desquelles on rencontrera une foule de personnages pittoresques, et bien sûr l’ami Tom Sawyer…

250px-huckleberry_finn_bookCritique : 
Dans le dessin animé, c’était mon préféré : Huck Finn le petit vagabond.

Mais on aurait tort de croire que le livre qui nous conte ses aventures sera aussi drôle que les aventures de Tom Sawyer…

Certes, il y a des moments où l’on sourit, mais voir ce jeune garçon être sous la coupe d’un oncle violent et alcoolique, obligé de se faire passer pour mort pour s’enfuir et qui va accomplir un périple de plus de 1.800 km sur le Mississippi avec un esclave noir en fuite n’a rien de drôle.

Oh, il est débrouillard, notre jeune Huck, il sait pécher et s’occuper d’un radeau, faire du feu, mais malgré tout ça, son voyage ne sera pas un long fleuve tranquille.

Déjà, ce qui choque, ce sont certaines pensées de Huck : il a volé un esclave et ça lui turlupine la conscience parce que cet homme appartient à quelqu’un ! Oui, il lui appartient comme un chien appartient à son maître ou une vache à son proprio.

Notre jeune garçon sera même horrifié lorsque l’esclave Noir, Jim (qui appartient à miss Watson) lui dit qu’une fois passé en zone libre, il travaillera pour racheter sa femme et ses deux enfants.

Là, Huck va avoir le palpitant qui fera des siennes parce que à cause de lui, des hommes seront privés de leurs esclaves !

Je me suis dit que le Bon Dieu savait bien que je volais le Nègre d’une pauvre vieille qui ne m’avait jamais fait de mal, et qu’Il ne permettrait pas que je continue à agir de cette façon. Je me sentis le plus perdu des pécheurs…

Par contre, notre Huck aura des scrupules à voir les deux escrocs qui l’ont accompagné se faire passer au goudron et aux plumes. La morale n’est pas dévolue aux mêmes choses chez lui que chez moi.

— C’est pas un banc de sable qui nous a arrêtés. C’est un cylindre qui a éclaté.
— Grand Dieu ! y a-t-il eu des blessés ?
— Non, seulement un nègre de tué.
— Allons, tant mieux ; quelquefois, il y a des gens qui sont touchés.

Pire, Huck devra faire taire les préjugés racistes qu’on lui a inculqués pour enfin se résoudre à aller demander pardon à son meilleur ami qu’il a gravement offensé en lui faisant croire qu’il avait rêvé sa disparition.

Il m’a bien fallu un quart d’heure pour me décider à aller m’humilier devant un Noir, mais j’ai fini par le faire, et je ne l’ai jamais regretté. Je ne lui ai plus jamais joué de mauvais tour, à Jim, et je ne lui aurais pas joué celui-là si j’avais pu prévoir que cela lui ferait tant de peine.

Autre temps, autres mœurs… Les pensées de Huck Finn ne sont jamais que le reflet des pensées des Sudistes et en se baladant avec lui sur le fleuve, on va en lire des vertes et des pas mûres sur la société humaine et plonger dans ce qu’elle a de plus sombre, nous faisant apercevoir une violente remise en cause des normes sociales et de la religion.

Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Et Huck va changer, on le sent bien, après l’incident où il a fait de la peine à Jim et est aller lui demander pardon. Oui, miracle, Huck voit que l’esclave Noir (dans le livre, il dit Nègre) est un homme blanc à l’intérieur, qu’il est comme lui !

Lui qui voulait dénoncer Jim, n’y arrivera pas et se surprendra même à mentir pour le couvrir.

Malgré tout, sa conscience viendra de temps en temps le tourmenter et la perspective de finir en Enfer pour le péché du vol d’un Noir (il est noté Nègre dans le roman) lui donnera des sueurs froides avant de se décider à affronter l’Enfer.

— Tant pis ! J’irai en enfer ! […] Et pour commencer j’allais me mettre au travail et j’allais voler Jim de nouveau, pour le sortir de l’esclavage ; et si je trouvais quelque chose d’encore pire, je ferais ça aussi ; puisque, comme j’étais dedans, et que j’y étais jusqu’au cou, autant que j’aille jusqu’au bout.

Oui, à cette époque, les Blancs sont paralysés par les peurs religieuses et les Noirs sont paralysés par des peurs superstitieuses…

Les moments les plus drôles seront avec les deux escrocs et aussi quand Huck retrouvera Tom.

Mais à un moment donné, j’en ai eu marre des pitreries de Tom pour transformer l’évasion facile de Jim en truc rocambolesque juste par soucis d’aventure et pour pimenter le jeu (comme creuser un tunnel plutôt que déclouer une planche, et le creuser au couteau plutôt qu’à la pelle et à la pioche…).

Là il a poussé le bouchon un peu loin, le Tom Sawyer !

Un roman assez sombre qui nous éclaire très bien sur les pensées qu’avaient les Sudistes à propos des Noirs et que certains ont toujours, hélas.

Un roman abolitionniste, anti-raciste, un roman où un enfant prend une décision importante dans sa vie, avec tous les risques que cela comporte car c’est, à cette époque là, un véritable vol punissable que Huck réalise.

Le racisme des Blancs vis-à-vis des Noirs est sans doute enraciné à vie chez certains…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

Black Butler – Tome 15 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 15                                                     big_3

Auteur : Yana Toboso
Édition: Kana (février 2014)

Résumé :
Afin de résoudre une nouvelle affaire, Ciel s’est inscrit, en tant qu’étudiant, à Weston College. Dans cet établissement très huppé, les règles sont strictes et la tradition est absolue. Chaque étudiant s’engage à la respecter.

Cependant, Ciel dispose d’un allié de taille dans la place : Sebastian joue le rôle d’un professeur.

Critique :
« Silence dans les rangs ! Et n’oubliez pas qu’il est interdit de marcher sur les pelouses, sauf si vous êtes un préfet… »

Nous sommes dans un collège, en Angleterre et il y a quatre maisons distinctes (avec écussons) qui représentent chacune un dortoir.

Non, ce ne sont pas les Serpentard ou autre Gryffondor, mais J.K. Rowling n’avait rien inventé ! Les collèges huppés anglais étaient bien régis de cette manière, pour la plus grande surprise de l’auteur de ce Shonen.

Le pitch ? Afin de résoudre la mystérieuse disparition d’un parent de la reine Victoria, Ciel et son diable de majordome – Sebastian – se sont infiltrés dans un collège privé pour fifils à papa noble, un peu à la manière de la série « 21, Jump Street ». Ciel se faisant passer pour un élève et son majordome pour un professeur (et j’apprécierais qu’il me donne un cours particulier sur l’inflation, sur les Bourses et qu’il me parle de l’index).

Hem… Pour son enquête, Ciel doit s’introduire dans l’entourage des Préfets et pour cela, faire des corvées. Et oui, dans les quatre dortoirs, chacun régi par un préfet omnipotent, il y a le principe des « fags » : des élèves qui sont à leur entière disposition… pour faire le ménage, leur faire des petits gâteaux ou repasser leur linge (on ne nous dit pas si le « plus si affinités » était aussi de mise).

Ciel se retrouve donc à faire le fag pour le fag d’un des préfets. Vous suivez ? Lui faire le ménage de la femme de ménage… Enfin, Ciel se contentera de déléguer les corvées à son diable de majordome !

Dans le monde des collèges privés anglais, ce n’est pas rose et tout est bon pour s’attirer les faveurs. Quitte à lécher les bottes ou à tricher et profiter des autres.

Dans ce tome, on nous décrit le fonctionnement de l’école et de ses quatre dortoirs. Pour cela, l’auteur s’est beaucoup documentée pour coller le plus à la réalité, même si le fantastique est présent dans le manga. Mais pour le reste, c’était ainsi que cela se passait au XIXème siècle. C’est peu reluisant.

Les décors sont soignés et une attention toute particulière a été donnée aux différents vêtements des élèves.  On sent que l’auteur a plongé dans l’Angleterre victorienne.

Ici, on s’attaque aussi à la psychologie humaine et à ses nombreux travers, tels la jalousie, la cupidité, l’envie, les mensonges, les manipulations en tout genre, la Tradition et les règles édictées dans les collèges…

On découvre jusqu’où certains sont prêt à aller pour entrer dans un cercle des privilégiés, quitte à écraser les autres pour s’élever un peu plus.

♫ Noblesse, ton univers impitoyable ♪

Un « second » opus dans ce collège très bien conçu pour cette enquête en milieu clos, même si leur but principal, qui est de retrouver le disparu, est mis entre parenthèses, le temps de régler d’autres problèmes. Et on règle ses problèmes avec une touche d’humour, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Il ne reste plus qu’à clore cette enquête dans le tome suivant, puisque le principe est de résoudre chaque enquête en trois tomes, ce qui est avantageux, je trouve.

Je suis curieuse de savoir le fin mot de cette histoire !

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Polar Historique » de Sharon,  « I Love London 2 » de Maggie et Titine,  « Victorien » chez Arieste et  « XIXème siècle » chez Netherfield Park.