Guerilla social club : Marc Fernandez

Titre : Guerilla social club

Auteur : Marc Fernandez
Éditions : Préludes (2017) / LP (2018)

Résumé :
Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.

Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.

Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Critique :
Lorsqu’un roman noir de politique-fiction est bien mené, il instruit son lecteur, le rend moins bête.

Ce fut le cas avec ce deuxième tome de l’auteur, où j’ai retrouvé les personnages de Mala Vida, sauf que je connaissais une partie de l’histoire.

Quelle histoire ? Les dictatures sud-américaines des années 70-80 et leurs exactions (tortures, enlèvements, disparitions, meurtres, assassinats,…). Attention, je ne connais pas tout mais les grandes lignes oui, vu que ce mois de mai, j’ai lu assez bien de romans noirs se déroulant en Amérique du Sud.

Cette fois-ci, notre journaliste Diego Martín ne va pas enquêter, comme dans le premier, sur les assassinats d’ancien guérilleros, retrouvés morts, après avoir été torturé et ce, 30 ans après les faits.

Non, Diego Martín ne va pas rester les bras croisés et muet, loin de là, mais ce sera surtout Isabel et Léa en Argentine qui vont mettre à jour des dossiers et au fur et à mesure que chacun apportera sa pierre à l’édifice, la solution apparaîtra dans toute son horreur.

Une fois de plus, le récit est glaçant car même si en l’état, c’est une fiction, on sait que ce qui est développé dans le récit à notre époque s’est déjà passé et se passera encore car il est un excellent moyen pour manipuler les gens et les faire accepter ce que vous proposez pour leur sécurité.

L’auteur est habile pour mêler le vrai et le faux, la réalité et la fiction, cette dernière servant de liant pour parler du passé et des horreurs des dictatures militaires sud-américaines.

Comme nous repartons avec la même équipe, nous sommes en terrain connu, mais cela n’empêche pas l’auteur de continuer de soigner les portraits de ses personnages, de les rendre réalistes à tel point qu’on aurait envie d’aller boire un verre avec eux à la Casa Pepe (en terrasse, bien entendu). En tous les cas, Ana reste ma préférée.

C’est comme toujours percutant et comme le roman est assez court, l’auteur va directement à l’essentiel et ne perd pas de temps, allant droit au but. Peut-être qu’un peu plus de pages n’auraient pas fait de tort et auraient données encore plus de poids au récit, même s’il pèse déjà lourd dans mon esprit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°262] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 [31ème et avant-dernière fiche].

L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (07/09/2016)

Résumé :
Après avoir soumis dans le sang et dans l’horreur l’empire inca, Pizarro fonde Lima.

Le bâtard, analphabète, trépidant et ambitieux, se retrouve à la tête d’un territoire immense sur lequel il règne sans partage avec ses quatre frères.

Mais les rivalités et les haines auront, cependant raison, de son astre sans précédent…

Critique :
Bon, pour une fois, je vais la faire courte, très courte : dans ce dernier tome, la boucle est bouclée…

On revient aux faits qui se déroulaient dans le premier tome, à savoir l’attaque contre Pizarro et sa fuite.

Oui, la boucle est bouclée, mais sans jamais avoir réussi à m’esbaudir, à m’étonner, à me subjuguer.

Les dessins étaient très agréables, de bonne facture, les couleurs pareilles, mais le scénario manquait de corps, d’esprit, de profondeur.

Les auteurs m’ont raconté une histoire qui ne m’a jamais fait vibrer et pourtant, j’avais espoir qu’à un moment, après le premier tome, qu’ils redressent la barre et approfondissent les personnages, les situations, le scénario.

Ben non ! Bon, ben, tant pis alors…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°255], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 46 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (2014)

Résumé :
Dans les pas de Pizarro et des conquistadors, à la recherche de la légendaire cité de l’or…

Arrivé à Tumbes, Pizarro est informé qu’une guerre civile divise l’empire inca : depuis la mort de Huayna Capac en 1529, ses deux fils, Huáscar et Atahualpa, s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir.

Les autochtones accueillent Pizarro en lui offrant de la nourriture, des plumes et de l’or, puis ils lui demandent gentiment de repartir. Mais Pizarro a d’autres projets…

Avec une poignée d’hommes, il décide de s’enfoncer dans les terres pour chercher Cajamarca, la cité de l’or, malgré les multiples dangers qui s’annoncent…

Critique :
Aaaah, les cités d’or ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai une folle envie de chanter ♫ Esteban, Zia, Tao, les cités d’or ♪

Quand l’aventure m’appelle, je cours vers elle et la dernière fois, j’avais laissé les espagnols devant ce qu’ils pensaient être Cajamarca, la cité de l’or…

Kekette, c’était pas elle et ils vont devoir s’enfoncer dans le pays afin de la trouver, sans GPS et sans Guide du Routard. Le chemin est semé d’embûches et d’indigènes qui ne veulent pas qu’ils viennent dormir chez eux.

Dans ce deuxième tome, ça bouge dans tous les sens et les hommes de Pizarro vont devoir se battre, souffrir mille maux avant d’espérer arriver à cette fameuse citée d’or et certains deviendront fous à force qu’à chaque fois, ce ne soit pas elle.

Huáscar et Atahualpa, les deux fils de l’empereur Huayna Capac (qui vient de casser sa pire), s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir et cela donne des idées à Pizarro : diviser pour régner, c’est déjà connu et profiter des dissidences entre les deux frangins est une riche idée pour se faire couvrir d’or.

La soif de l’or est bien mise en scène dans ce second opus. Elle rend les hommes fous, ils sont prêts à tout pour s’emparer de ce métal précieux, quitte à se tirer dans les pattes, trahir les siens ou tenter de les faire assassiner.

Les dessins sont toujours bien exécutés et les scènes de combats sont précises, détaillées, vivantes. Le récit est bien rythmé mais une fois de plus, il va trop vite et le récit aurait mérité d’être en plus de planches afin de ne pas donner l’impression que l’on va au plus pressé.

Les personnages ne se sont pas vraiment approfondis, ils sont toujours légers et aucun ne se détache vraiment du lot, ce qui est bien dommage. Les dialogues sont corrects mais sans être percutants.

Nous sommes en compagnie d’hommes qui ne veulent que bastonner les autres, Pizarro faisant fi de ses hommes tombés dans des combats stupides uniquement déclenché à la testostérone pour savoir qui a la plus grande… lance, épée.

Si le premier tome m’avait laissé mitigée, celui ne m’a pas non plus conquise-tadors mais au moins, on ne s’embête pas durant sa lecture et, si on met de côté le manque de profondeur des personnages et la rapidité de l’histoire, on passera un bon moment de lecture sans se prendre la tête.

Je me demande ce que le dernier tome me réserve…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°254], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 1 – L’expédition : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 1 – L’expédition

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (26/09/2012)

Résumé :
LES EXPÉDITIONS DE PIZZARO AU PÉROU, LA GUERRE CONTRE LES INCAS ET CELLE ENTRE CONQUISTADORES L’or ! Fabuleux métal, convoité depuis l’aube des temps, rêve des Conquistadors, et de tous les hommes ! Il est encore en ce début d’année un appât pour Francisco Pizarro, fils naturel, analphabète, du navigateur Gonzalo Pizarro Rodríguez de Aguilar.

Mirage doré ! De l’or ruisselant, amassé en tas jusqu’au plafond dans le temple de Cajamarca. Un butin magnifique ! Et pour lequel Pizarro, armé à peine de 180 hommes, 37 chevaux, et 3 caravelles n’hésite pas à conquérir et à soumettre l’empire Inca, en proie alors à une terrible guerre civile.

Mais ce qui le passionne dans cette rapine, dans ce voyage hasardeux, c’est d’abord l’aventure, et surtout Illona, cette femme au visage d’enfant et aux boucles d’or pâle. L’âme du complot !

Critique :
Francisco Pizzaro a voyagé, maintenant, il est est vieux et il se meurt, mais avant de passer de vie à trépas, il va se remémorer ses expéditions vers les pays où l’on n’avait qu’à se baisser pour ramasser de l’or.

Bon, ce n’était pas que pour chercher de l’or, le but était aussi de rapporter des épices et des esclaves. Où ? Dans la fameuse cité de Cajamarca, bien entendu, par au Leclerc du coin.

Direction l’Amérique du Sud où Pizzaro se remémorera aussi son expédition ratée au Panama. Le flash-back dans le flash-back…

Pizzaro ? Au fait, qui c’est ? La minute historique… En 1531, Francisco Pizarro (1478-1541) débarquait sur les côtes péruviennes afin d’entreprendre la conquête de l’empire inca au nom de la Couronne espagnole. On peut dire que Pizzaro était un grand conquérant (en deux mots ?).

Les dessins sont très bien exécutés, les couleurs chatoyantes, les expressions du visage sont bien réalisées. Nous sommes dans du dessin réaliste, très réaliste.

Ce premier album ne nous apprendra rien de neuf sur la duplicité et l’avidité de l’Homme Blanc qui, posant son pied sur une terre qui ne lui appartient pas, la déclare possession de l’Espagne, sans bien entendu demander l’avis des tribus autochtones qui l’habitent.

Si ma première impression est bonne, en creusant un peu, j’aurai quelques bémols à lui adresser, notamment l’absence de repères temporels. Tout le monde ne connait pas les dates des expéditions espagnoles, nom d’un chien ! Ni les localisations. Sans le Net, nous serions dans le flou total.

Le scénario est assez conventionnel, commençant par un homme blessé qui se souvient de ses expéditions… Oui, c’est du déjà-vu, du super déjà-vu, mais bon, ça fonctionne encore bien, même si, avec un deuxième flash-back dans le premier, on commence un peu à se mélanger les pinceaux.

Un autre bémol, qui sera peut-être résolu dans les tomes suivants, c’est le manque de profondeur des différents personnages. Il est plus facile de donner des détails dans un roman que dans une bédé, qui est limitée en cases, mais tout de même, là, on se retrouve avec la même sensation que lorsqu’on commence une série télé après quelques épisodes : on est perdu !

Sauf que dans mon cas, c’est l’épisode premier et il n’y en aura que deux ensuite ! Dommage que l’on n’en sache pas un peu plus pour commencer la saga.

Pour le reste, le scénario est d’un classicisme banal, rien de neuf sous le soleil et la manière de le conter n’est pas exceptionnelle non plus. Nous sommes dans du déjà-vu et rien pour relever les grands con-quérants espagnols qui n’ont aucun scrupules à tuer les indigènes qui leur ont donné à boire et à manger.

La dernière case, par contre, laisse le lecteur sur un dessin magnifique et un cliffhanger énorme. Je n’attendrai pas pour poursuivre ma lecture, même si pour cette mise en bouche, j’aurais apprécié un peu plus d’épices ou du moins, une manière moins classique de raconter un scénario ultra classique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°246], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Le chant du bison : Antonio Pérez Henares [LC avec Bianca]

Titre : Le chant du bison

Auteur : Antonio Pérez Henares
Édition : HC (21/01/2021)
Édition Originale : La cancion del bisonte
Traduction : Anne-Carole Grillot

Résumé :
Il fut un temps où deux espèces humaines coexistaient sur terre : Homo sapiens et Néandertaliens. Que s’est-il passé pour que l’une d’elles disparaisse ?

Chat-Huant est encore jeune lorsqu’il voit arriver dans sa grotte celui que l’on surnomme l’Errant, que tout le monde craint et respecte. La solitude du petit garçon et son intelligence poussent le grand homme à l’emmener avec lui dans son long périple.

Un voyage initiatique commence alors pour le jeune Homo sapiens, qui découvre de nouvelles contrées, de nouveaux horizons, de nouveaux clans, leur art, le pouvoir des femmes… Il va aussi s’approcher de la vallée des Premiers Hommes où vivent Terre d’Ombre et les Néandertaliens.

Mais alors que les Lunes de glace deviennent de plus en plus rudes, alors que chaque nuit est une occasion de mourir, Chat-Huant et Terre d’Ombre comprennent qu’ils ne vont pas avoir d’autre choix que celui de s’affronter pour tenter de survivre.

Extraordinairement documenté, Le Chant du Bison est aussi un roman d’amour et d’aventure au temps de la dernière glaciation. Best-seller en Espagne dès sa sortie, Le Chant du Bison est particulièrement actuel, mettant en lumière les valeurs écologistes et féministes de nos ancêtres néandertaliens.

Critique :
S’il y a bien une matière qui me faisait chier à l’école, c’était celle consacrée à la préhistoire et aux hommes des cavernes… Faut dire aussi qu’on en a bouffé à chaque rentrée des classes, des hommes des cavernes !

La faute n’est pas imputable à nos lointains ancêtres mais à la manière dont les profs donnaient leurs cours, revenant sans cesse sur les mêmes sujets (et j’ai quand même tout oublié) et sur le fait que, nom d’une pipe, j’aurais préféré en apprendre plus sur mon siècle (le 20ème, merci de ne pas remonter plus loin) et sur les deux guerres mondiales que sur les hommes en fourrures qui vivaient dans des grottes.

Une fois adulte, maintenant que l’on sait plus de chose qu’il y a 35 ans (purée, on m’a appris des conneries à l’école !), le sujet est devenue bien plus passionnant ! J’ai dévoré la bédé Sapiens et je me suis jetée comme une affamée sur Le chant du bison.

Il faut saluer avant tout le travail de documentation de l’auteur, ses notes en fin de chapitres étaient remplies de détails historiques, des quelques licences que l’auteur parfois a prises avec l’Histoire. C’était très instructif car tout son récit s’appuie sur des faits avérés ou des preuves découvertes dans les grottes, essentiellement en Espagne et dans le Sud de la France.

Les chapitres sont assez courts, ce qui fait que le récit avance bien, surtout qu’il est en alternance avec les aventures de Chat-Huant, qui fait partie des Peaux Sombres (Sapiens) et de Terre d’Ombre, métis entre une Peau Sombre et un Pattes Courtes.

Les Pattes Courtes ne sont pas une manière polie de parler de personne de petite taille qui souffrent de verticalité contrariée… C’est tout simplement l’appellation d’un Néandertalien, dit aussi Premiers Hommes.

Qu’est-ce qui s’est passé entre les Sapiens et les Néandertaliens ? Pourquoi une race s’est-elle éteinte et l’autre à t-elle prospéré ? Génocide ? Extinction naturelle ? Impossibilité des Néandertaliens d’évoluer comme les Sapiens ont réussi à la faire, développant des armes de jet et racontant des histoires pour fédérer tout le monde ? Les meilleurs enquêteurs sont sur la piste : pour le moment, rien n’est exclu…

L’auteur, dans son roman, nous donne une piste, qui est tout à fait plausible car les Hommes de l’époque n’ont pas tellement changé par rapport à ce que nous sommes maintenant : lutte pour le pouvoir, magouilles et compagnie, mise à l’écart d’un bon élément s’il est susceptible de nous faire de l’ombre, peur des autres (ceux qui sont différents de nous qu’on prend toujours pour des sauvages, des barbares), très haute opinion de nous-mêmes (trop haute)…

Ce récit est une grande aventure qui nous fera voyager dans le Nord de l’Espagne et ce, jusqu’en France, dans le Sud, plus précisément à la grotte Chauvet. Là, j’était en terrain connu puisque j’ai eu la chance de visiter la réplique de cette grotte et putain de nom de dieu, c’était magnifique (mais 1h, c’est trop rapide, j’aurais aimé y flâner, mais ce n’était possible qu’en juillet/août à l’époque où le covid ne pourrissait pas notre vie).

Les personnages sont attachants, autant Chat Huant que l’Errant, que Pavot ou même Terre d’Ombre, qui cherche sa place, lui qui est un sang-mêlé. Hé oui, rien n’a changé !

Si les Sapiens aiment bouger, aller voir ailleurs, changer de territoire, les Néandertaliens sont plus casaniers, n’aimant pas changer de méthode quand une fonctionne très bien, n’aimant pas aller sur les territoires des autres afin de ne pas ramener la merde ensuite. On ne peut pas leur donner tort non plus…

Ce roman n’est pas à lire si vous voulez de l’action pure et dure et un récit qui avance à la vitesse d’un coureur cycliste dopé, dans une descente de montagne. C’est un récit qui prend son temps : celui de planter ses décors, de nous montrer les mœurs de nos ancêtres, de présenter ses personnages et de les approfondir.

Malgré tout, dès la première ligne avalée, j’étais immergée dans mon récit et j’avais du mal à le lâcher car c’était instructif, intéressant, bien écrit et malgré le fait que les dialogues sont courts et peu présent, je me suis attachée aux personnages et me suis gavée de cette histoire qui, si elle m’avait été présentée ainsi à l’école, m’aurais empêché de soupirer sans fin.

Une LC réalisée avec Bianca, qui avait attiré mon attention sur ce roman qu’elle venait de recevoir et j’ai dit oui tout de suite ! Aucun regret car c’était une super lecture qui m’a bien rempli mon petit cerveau. Tourner la dernière page m’a donné un petit coup au cœur car j’étais bien avec ces personnages. Pour Bianca, la lecture fut plus mitigée, trouvant le récit trop dense et contemplatif. Deux avis différents… Suivez le lien pour lire le sien.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°43].

C’est arrivé la nuit : Marc Levy

Titre :9 – Tome 1 – C’est arrivé la nuit

Auteur : Marc Levy
Édition : Robert Laffont Versilio (29/09/2020)

Résumé :
Ils sont hors-la-loi. Mais ils œuvrent pour le bien
Ils sont amis et partagent leurs secrets
Pourtant ils ne se sont jamais rencontrés
Jusqu’au jour où…

C’est arrivé la nuit. Le premier tome de la série 9.

Critique :
Voilà, je l’ai enfin fait… Pourtant, j’avais juré que jamais de ma vie je ne ferais ça…

Pourquoi ? Parce que ce genre de truc ne me tentais absolument pas (j’étais même réfractaire) et que je laissais ça à ceux ou celles qui aimaient ce genre de chose. Moi c’était niet dans toutes les langues.

Mais maintenant, j’appartiens à ceux et celles qui ont franchi le pas. Et je suis contente d’avoir essayé. Même pas eu mal, tiens.

Hein ? What did you expect ? Mais enfin, bande d’obsédés, je ne parle pas de pratiques textuelles consistant à passer par la sortie ! Je parle d’avoir lu pour la première fois de ma vie un Marc Levy ! Non, je n’avais rien contre l’auteur, juste pas intéressée par le genre littéraire dans lequel il sévissait.

Mais un techo thriller qui parle de hacking et de scandales dévoilés par des lanceurs d’alertes qui naviguent dans l’illégalité tout en risquant plus que les criminels en cols blancs, moi, je demandais à voir. Ayant appris que l’auteur avait bossé dans la vallée de la Silicone, aux premières minutes de l’Internet, j’étais encore plus tentée.

Comme devant une piscine remplie d’eau froide, j’y suis allée doucement, trempant mon gros orteil pour tester si entre nous ça allait matcher et l’auteur m’a poussé dedans d’un grand coup d’épaule. Allez hop, à la la flotte !

Verdict ? Conquise de cette nage en eaux troubles ! Ce thriller est hyper addictif, il se lit tout seul, mais donne des sueurs froides. Je connaissais certains scandales de par mes lectures du « Canard Enchaîné » mais j’en ai découvert des autres qui font tout aussi froid dans le dos…

Surtout que les lanceurs d’alerte risquent beaucoup plus que les criminels qui augmentent le prix de l’insuline (ou autre médocs indispensables), qui manipulent des gens pour faire sortir un pays de l’Union Européenne ou de Fesse De Bouc qui collecte nos données et s’en fait des en or.

D’ailleurs, après avoir lu ce roman et s’être attaché aux différents personnages que composent ce Groupe 9, on a une envie folle de se tenir loin des réseaux sociaux !

On est manipulé non stop et le pire, c’est qu’on plonge car on nous demande de réagir de suite, sans avoir le temps de vérifier les infos ou de se poser pour analyser à tête reposée les infos que l’on vient de lire.

Avant de partager ou de s’offusquer et de lyncher à tour de bras, la plupart des utilisateurs des réseaux sociaux devraient tourner 7 fois leur clavier avant de poster une réponse incendiaire. Des vies peuvent être détruite à tout jamais pour rien.

Mon léger bémol sera pour le fait que l’on n’a pas toujours le temps de bien s’imprégner des différents personnages que compose ce Groupe 9. On nous apprend l’essentiel, le strict minimum.

Cela ne m’a pas empêché de m’attacher à ces Grey Hat (des hackeurs qui agissent avec éthique ou pas, tout dépend) qui se battent dans l’ombre afin de dénoncer des scandales alors qu’ils risquent beaucoup, eux.

Un techno thriller addictif, des personnages attachants, sympathiques, le genre de groupe qui ressemble à des Avengers dont les pouvoirs magiques sont concentrés dans leurs doigts qui pianotent des claviers de PC afin de jouer les Robin des Bois dans ce Monde gouverné par le pouvoir et l’argent.

Une série que je ne manquerai pas de suivre (mais ne me demandez pas de lire les autres romans de l’auteur, ils ne sont pas pour moi) et que je conseille de lire.

Mais après, éteignez votre PC, votre smartphone, vos réseaux sociaux et reprenez une vie normale ! FB sait plus de choses sur vous que votre conjoint ou vos parents et FB a plus de données sur vous que la C.I.A et le F.B.I réunis. Sans compter qu’il s’en fait des « kloten en or » sur votre dos en revendant vos données. Je ne vous parle même pas des sondages débiles qui n’ont pour but que de mieux vous cibler…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°116].

Le manuscrit de Grenade : Marianne Leconte

Titre : Le manuscrit de Grenade

Auteur : Marianne Leconte
Édition : Pygmalion Fantasy (16/02/2011)

Résumé :
1491, Andalousie.
Sous le règne implacable des rois catholiques d’Espagne, il ne fait pas bon être juif ou musulman…

Condamnée pour sorcellerie, une femme se tord dans les flammes du bûcher. Elle laisse à sa fille, la rousse Myrin, une prophétie aux mots énigmatiques et une pierre de lune aux étranges pouvoirs…

Traquée par le Grand Inquisiteur Jimenez et ses hommes, Myrin se lance dans une fuite éperdue sur les routes d’une Espagne ensanglantée par la Reconquista, en compagnie de Pedro, un musulman converti, et d’Isabelle, jeune noble catholique promise au couvent.

Au terme de leur périlleux voyage, Grenade la légendaire, dernière cité maure qui résiste encore aux assauts des armées chrétiennes…

Critique :
Classé en fantasy, ce polar historique a tout du fantastique  et peu de la fantasy puisque nous sommes dans notre Monde.

La touche fantastique est donnée par la magie. Attention, pas la magie à la Harry Potter ! Personne ne vous lancera un Adava Kadavra

Par contre, nous avons des Doués, c’est-à-dire des personnes qui possèdent un Don et en cette époque de l’Inquisition, il ne fait pas bon appartenir à cette catégorie, comme il n’est pas bon d’être Juif, Musulman ou accusé de sorcellerie.

De l’action, de l’aventure version Indiana Jones fatigué, une quête, une touche d’ésotérisme, des guerres de religion, un manuscrit à retrouver et une énigme vite résolue.

Sans être mauvais, ce roman historico-fantastique aurait gagné de la profondeur s’il y avait eu plus de pages pour mieux développer les personnages, qui sont attachants mais trop faiblement esquissés, pour approfondir leurs différents voyages afin de rejoindre la ville de Grenade, leur donner plus de fil à retordre durant leur périple, plus de péripéties…

Là, on a l’impression que tout s’est fait les doigts dans le nez avec une rapidité qui rendrait vert de jalousie le professeur Langdon du Da Vinci Code. La résolution et la fin de la quête étaient trop facile, trop rapide, trop « on ne s’en sort pas encore si mal malgré tout ce qui est lancé à nos miches ».

On me dira que si l’art est difficile, la critique est aisée… En effet, lorsque l’auteur n’épargne pas ses personnages et les fait mourir quasi tous (G.R.R Martin), on pleure, on gémit, on le supplierait même d’en épargner.

Si l’auteur en fait voir de toutes les couleurs à ses personnages, les maltraite un peu trop souvent pour finir par un happy end (Ken Follet, Di Fulvio), on râle car on trouve que pour en arriver là, il aurait peu leur épargner quelques malheurs au lieu de tenter de nous tirer des larmes à chaque chapitre.

Si un personnage tombe dans moult embuscades et s’en sort à chaque fois avec peu d’égratignures (« Le Hussard » de Giono ou dans les romans de Christian Jacq), on trouvera ça pas très réaliste et vachement redondant, lassant.

L’exercice est périlleux et trouver le juste équilibre n’est pas facile. Oui, dans la quête, il leur arrivera des accidents « graves » durant leur périple, mais tout le monde s’en sort toujours par une pirouette, par le hasard qui fait bien les choses, par un bandit qui s’attache à Isabeau, déguisée en mec (et qui a des érections sans comprendre pourquoi – la preuve que la bite des hommes a un cerveau), par un tour de magie…

Même la résolution de l’énigme, de la prophétie, se déroule très vite… Heu, personne n’avait jamais trouvé la grotte depuis le temps ? Vu la vitesse à laquelle notre groupe y parvient, elle ne devait pas être cachée très fort…

Quant à l’énigme, elle sera résolue fissa, sans qu’il y ait d’erreur de lieu. Pas si hermétique que ça, cette arcane mystérieuse… Messieurs Indiana Jones et Langdon, vous pouvez allez vous rhabiller !

Anybref, ce roman a du bon, il m’aurait sans doute plu lorsque j’étais jeune, à la recherche d’histoire se terminant bien, de personnages/héros à qui il n’arrive pas trop de bricoles et qui s’en sortent quasi toujours des différents traquenard (le genre de choses qui fonctionnent parfaitement bien dans les bédés comme Lucky Luke, Astérix, Lanfeust,…).

À mon âge, avec mon bagage littéraire, ce n’est plus vraiment ma came. L’auteur qui succombe aux facilités de l’intrigue, ça me fend le cœur et me gâche mon plaisir littéraire.

Ça me fait presque de la peine de lui coller une cotation sévère car s’il y a un domaine dans lequel ce polar historico-ésotérico-fantastique a brillé, c’est dans celui du dépaysement, de l’évasion, de l’aventure.

Malgré mes bémols, malgré ma critique sévère, il a fait son job de m’emmener ailleurs et le soleil d’Andalousie a réchauffé mes épaules.

Comme quoi, il en manquait vraiment peu (pour être heureux ♪) pour passer d’un roman mitigé, trop survolé, cédant trop vite aux facilités à un roman profond avec des personnages forts.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°228 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 16].

 

Le tableau du maître flamand : Arturo Perez-Reverte

Titre : Le tableau du maître flamand

Auteur : Arturo Perez-Reverte
Édition : Le Livre de Poche Thriller (1994/2007/2010))
Édition Originale : La tabla de Flandes (1990)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Sur la toile, peinte il y a cinq siècles, un seigneur et un chevalier jouent aux échecs, observés depuis le fond par une femme en noir.

Détail curieux: le peintre a exécuté ce tableau deux ans après la mort mystérieuse d’un des joueurs et tracé l’inscription « Qui a pris le cavalier ? », également traduisible par: « Qui a tué le cavalier ? »

Tout cela n’éveillerait que des passions de collectionneurs si des morts violentes ne semblaient continuer la partie en suspens sur la toile.

Et c’est ainsi que l’histoire, la peinture, la logique mathématique viennent multiplier les dimensions d’une intrigue elle-même aussi vertigineuse que le jeu d’échecs…

Critique :
Quis necavit equitem ? Et pour ceux et celles qui n’ont pas écouté pendant les cours de latin (moi en premier), la traduction veut dire « Qui a pris le cavalier ? », ou plus simplement, « Qui a tué le cavalier ? ».

Omar n’a pas « tuer » et il semblerait que Dupont de Ligonnès soit innocent aussi.

Mais alors, QUI a zigouillé le cavalier ?

Cette inscription latine et énigmatique a été inscrite sur la toile « La Partie d’échecs », peinte en 1471 par Pieter van Huys, flamand de son état et sans les rayons X, jamais elle n’aurait été mise à jour puisque recouverte par la peinture.

Il est trop tard pour passer les menottes au coupable, sauf à arrêter un squelette. Il semble que la prescription jouerait pour celui qui assassina le cavalier de la toile… Malgré tout, il y a là un petit mystère qui ne déplaît pas à Julia, restauratrice de cette toile.

Tout le monde pourrait penser que l’amant (le cavalier/chevalier) de l’épouse (la dame en noir en arrière-plan) aurait été assassiné par le mari cocu et jaloux (un grand classique), son adversaire dans cette partie d’échec.

Plausible mais banal, bien que la théorie du rasoir d’Ockham nous la souffle. Mais ce serait trop simple, beaucoup trop simple !

La solution était moins simple mais nom de Zeus, pour arriver à comprendre le raisonnement, qui est long et obscur j’ai dû avaler des aspirines afin de calmer mes maux de tête !

On est loin des déductions à Holmes ou Poirot, loin des indices faciles à repérer car la résolution est dans les échecs, jeu hermétique pour mon pauvre et simple esprit. C’est trop mathématique, trop abscons pour moi.

En plus, j’ai trouvé les différents personnages assez plats, sans relief, hormis pour le vieux César qui nous gratifiait de touches d’humour de temps en temps. Lui, il a relevé le niveau des autres qui eux, pouvaient retourner au vestiaire.

L’écriture est simple, à la portée de tous, les complications venant dans la partie consacrée aux échecs.

Par contre, malgré le fait que je me suis perdue, j’ai apprécié quand l’auteur nous parlait de l’art et de ses trafics nombreux, des manières de restaurer des peintures et de la fabrication des couleurs à une époque lointaine.

Vous vous en doutez, j’ai sauté des passages entiers et des pages et des pages tant le roman ne me passionnait guère. Je suis allée jusqu’au bout tout de même car « Le polar pour les Nuls » en parlait en bien, tant au niveau de sa construction que de sa résolution.

Ouf, je suis arrivé dans les chapitres des révélations ! Et patatras, lorsque Munoz, le « détective », prodige aux échecs, dévoilera le nom du coupable « tadaaaa », j’en suis restée baba tant ça me semblait lourd, déjà vu, déjà fait, coup classique… Le coup que je déteste qu’on me fasse. Le coup de pute.

Sinon, c’était vachement alambiqué, c’était recherché d’incorporer la solution de l’énigme dans des parties d’échecs, mais tout ça m’a perdu. En plus, avec des personnages sans trop de saveur et de goût, ça m’a achevé.

Je vais l’oublier et le ranger sur mes étagères.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°226 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 14].

 

Mala vida : Marc Fernandez

Titre :Mala vida

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2015) / Le Livre de Poche (08/03/2017)

Résumé :
De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte.

Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence.

Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes.

Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique.

Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue.

Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Critique :
Si je devais qualifier ce roman en peu de mot, je dirais qu’il est glaçant et addictif.

L’Espagne se réveille avec la gueule de bois car la Droite Dure a gagné les élections et remis la Gauche Molle dans les cordes.

L’AMP est au pouvoir et ici, ça ne signifie pas Agence et Messagerie de la Presse.

On entre dans une ère sombre car les nostalgiques de Franco sont toujours là et prêt à faire revivre les grandes heures du caudillo.

Les peuples ont toujours la mémoire courte ou alors, ils ne retiennent jamais que le « bon » côté de la chose, comme cette dame d’origine espagnole qui me dit, un jour, qu’au moins, sous Franco, personne n’aurait osé te voler ta bouteille de lait sur ton perron.

Les morts apprécieront, les disparus encore plus, quand aux torturés, ça leur fera une belle jambe de savoir qu’on n’aurait jamais osé leur piquer leur bouteille de lait. Quand je vous dis que certains ont la mémoire courte (et les idées encore plus rabotées).

Un qui n’a pas la mémoire courte, ni sa langue en poche, c’est Diego Martín, journaliste à Radio Uno qui aime piquer là où il faut, profitant de son émission pour égratigner le pouvoir en place et parler des injustices commises. Il a des cojones et préfère enquêter longuement afin d’être sûr de son info que de sauter directement dessus, comme le font les médias de nos jours.

Ceci est un roman policier noir et politique où le nom de l’assassin est connu directement. Pas besoin de chercher si c’est le colonel Moutarde ou le professeur Olive qui a assassiné l’élu de Droite, on a directement son prénom et ensuite, on fait le lien entre l’assassin et un personnage qui entre en scène.

Il nous manque juste le mobile, mais puisque les assassinés ont tout de la crapule, personne ne les pleurera. Quant au mobile, sans avoir fait des hautes études en science criminelle, on le trouvera assez vite, en déduisant sans se faire mal aux neurones.

En fait, dans ce roman, ce n’est pas vraiment l’identité de l’assassin qui nous importe mais l’autre enquête, celle sur les bébés volés et vendus à d’autres parents, des braves gens qui n’avaient rien de Rouge ou d’opposants au régime…

Choquant et révoltant de se dire que des êtres humains (??) ont trouvé cette idée brillante et que ce ne fut pas quelques bébés qui furent volés mais des milliers, la loi d’amnistie faite après le décès de Franco ayant enterré ces dossiers brûlants et rendu le sujet hautement tabou.

Et moi qui pensais qu’il n’y avait eu ce genre de pratiques horribles qu’en Argentine… Djézus, je dois encore avoir un fond de petite fille naïve, il était plus que temps de me coller deux baffes et de m’expliquer violemment que ces horreurs avaient eu lieu aussi en Espagne, sous Franco et après Franco… Froid dans le dos, je vous dis.

Un journaliste qui a des cojones, un procureur qui en a aussi et Ana, une ancienne prostituée transsexuelle devenue détective privée (qui a en a eu avant). Un trio couillu, qui marche bien ensemble, sorte de groupe d’incorruptibles, dont Ana est le personnage le plus attachant.

Le roman est captivant, difficile à lâcher, tout en étant glaçant. L’auteur nous livre une enquête bien ficelée, prenante, historique, bien documentée

Mon seul petit bémol sera pour la personne qui assassine, pas super crédible dans son rôle (personnage trop parfait), mais comme je vous l’ai dit, la résolution des crimes est accessoire, elle ne sert qu’à lancer Le sujet puisque ce sera une passerelle entre les affaires de meurtres et les enfants volés.

Le comportement du journaliste, Diego Martín, m’a surprise à la fin. Que l’identité de l’assassin lui fasse un coup, je peux comprendre, mais c’est lui qui avait lancé cette théorie, les flics étant toujours dans le noir total. Par contre, qu’il nous la joue boudeur, choqué, horrifié, là, je tique un peu, même si se faire justice sois-même est interdit et dangereux, sa réaction est anormale. Mais bon…

Un voyage glaçant sur les flots houleux des quartiers madrilènes, dans une Espagne qui a mis la barre sur Tribord dure (droite), avec les nostalgiques de Franco qui hissent les voiles pendant que ceux qui sont à voile et à vapeur serrent les fesses, dans cette galère où tout ce qui n’est pas « espagnol catho pur » est jeté par-dessus bord.

Et puisqu’un jour, un capitaine a décidé qu’il fallait amnistier tous les coupables qui ont profité de la dictature, afin de repartir sur le bon pied, il est clair que sortir une affaire aussi explosive des cales poussiéreuses de l’Histoire, ça risque d’amener des mutineries.

Un super roman policier, plus que noir que policier, glaçant. Une leçon d’Histoire afin de ne pas oublier (ou d’apprendre), le tout porté par des personnages sommes toute un peu stéréotypés (sorte de Chevaliers Blancs) mais attachants.

♫ Tu me estas dando mala vida
yo pronto me voy a escapar ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°224 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 12].

Astérix – Tome 14 – Astérix en Hispanie : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 14 – Astérix en Hispanie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1969)

Résumé :
Rien ne saurait résister à César : après la Gaule c’est l’Hispanie qui se voit annexée à son Empire. Toute l’Hispanie ? Non ! Un petit village non loin de Munda (Montilla) résiste encore. Mais Jules César se lasse des irréductibles et enlève Pépé, le fils du chef ibère Soupalognon y Crouton.

Pépé se retrouve en Gaule, au camp de Babaorum où on se charge de lui donner une éducation romaine. Là, il croise les plus célèbres irréductibles, Astérix et Obélix, qui le libèrent et décident de le ramener chez lui, en Hispanie.

Critique :
Certains hommes auraient bien aimé avoir la Gaule, ils se contenteront de l’Espagne ! Ce n’est pas le même effet, je vous l’accorde.

Oui, si vous avez l’impression qu’une grivoiserie se cache dans ma première phrase, sachez que ce n’est pas qu’une impression !

Quand tout ne va pas bien, quand on est au bout du rouleau, les médecins devraient prescrire quelques albums d’Astérix et Obélix car c’est salutaire pour le moral et les zygomatiques.

Pour ma 368ème lecture de cet album, j’ai ri de nouveau, j’ai fait « Ah oui, c’était dans celui-ci qu’il y avait tel ou tel calembour » et j’ai beau savoir comment tout cela va se terminer, je prends toujours autant de plaisir à le relire encore et encore.

Pepe est un personnage bizarre : un sale gosse qui a du cran, un sale gosse qui a fait tourner les romains en bourriques et qui va énerver le pauvre Obélix avant qu’ils ne deviennent des amis, enfin, surtout Pepe et Idefix qui seront des copains.

L’envoi de ce petit otage dans le camp de Tartopum… Non, dans le camp de Babaorum et sa délivrance par les irréductibles Gaulois va être un bon prétexte pour nos amis d’aller faire un tour en Hispanie afin de le reconduire chez son père, le chef Soupalognon Y Crouton.

— Que ce soit nous ou les Gaulois qui gardions l’otage, ça revient au même ! La seule chose que nous ayons à faire, c’est de surveiller qu’ils ne l’emmènent pas ailleurs ! (…) Et le plus beau, c’est que ce sont les Gaulois qui vont vivre avec le petit monstre ! Ils vont comprendre !

Toute l’Espagne se retrouve caricaturée dans cet album, mais la caricature est gentille, aimable tout en étant juste et possédant des traits de notre époque personnelle mise dans celle de nos ancêtres les Gaulois (les maisons sur roues pour partir en vacances, les files à la frontière, la cuisine des espagnols qui s’améliore, les routes défoncées, les prix qui griment, la cuisine espagnole qui s’adapte à sa clientèle…).

Les auteurs avaient déjà compris ce qui faisait les lieux communs d’un pays et le reproduisaient dans leurs albums, à leur sauce, ce qui est bien plus drôle que dans la réalité.

Un scénario intelligent, bourré d’humour et de jeux de mots du tonnerre qui resteront dans les annales (« Tous les étés, les Ibères deviennent plus rudes ! » et « Il affranchit le rubicond » en parlant de César qui gracie un barbare roux), cette aventure de nos irréductibles Gaulois possède aussi ces classiques habituels tels que le banquet final, le barde qui chante faux, des romains bastonnés, les disputes dans le village et du poisson (frais ou pas, on ne se prononce pas).

De plus, apprendre l’origine de la tauromachie (magnifique, ici) ou voir Obélix danser le flamenco, ça n’a pas de prix ! Même pas les 20 sesterces pour passer la frontière de jour afin d’éviter les patrouilles romaines.

Un must de la collection ! Et si vous ne me croyez pas, je retiens ma respiration !!!

— Que fait César ?
— Il affranchit le rubicond.

— J’ai l’homme qu’il vous faut. Il est du peuple des Vaccéens. Il connaît bien la montagne. Il vous guidera.
— Je ne savais pas qu’il fallait un Vaccéen pour entrer en Hispanie.

— Pas de chance pour toi, Nonpossumus ; quand César saura que les Gaulois se sont emparés de l’otage, tu seras bon pour le cirque !
— Oui ? Et si je dis à César que tu ne m’as pas aidé à récupérer l’otage, nous ferons un numéro à deux dans le cirque !
— Tu es écœurant !
— Tant mieux ! C’est ma seule chance avec les lions !

— N’oublie pas, ô Claudius Nonpossumus, que s’il m’arrive quelque chose, ta tête répondra de la mienne !
— Et alors ?
— Et alors je vais retenir ma respiration jusqu’à ce qu’il m’arrive quelque chose.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).