Le détective de Freud : Olivier Barde-Cabuçon

Moi, Ida, experte consultante autoproclamée et bénévole des questions de psychologie, psychopathologie, et psychanalyse pour le Blog Cannibal Lecteur tenu par Dame Belette qui ne m’a en rien rémunérée lorsqu’elle m’a mandatée pour procéder à l’expertise de l’ouvrage « Le Détective de Freud » écrit par le susnommé Olivier Barde-Cabuçon, publié aux éditions Actes Sud et commercialisé autour de 25 euros, déclare avoir procédé à cette autopsy (ben oui, comme je fais une autopsie psychologique autant appeler ça une autopsy !) en toute bonne foi, impartialité et loyauté.

Méthodologie : j’ai installé l’objet d’étude sur mon divan pour l’inviter à exprimer sans retenue ni censure ce qui lui était passé à travers les pages. Afin de mieux travailler, je me suis moi-même étendue sur le divan pour avoir le dit livre mieux en main.

Introduction : Au terme du congrès de Weimar réunissant en 1911 la diaspora des premiers psychanalystes, Sigmund Freud lui-même et en personne, demande au jeune Docteur Du Barrail d’enquêter sur le meurtre d’un de leurs confrères français, retrouvé étranglé dans son cabinet.

Aidé d’un détective privé qui se fait curieusement nommer Max Engel en référence à ses idées marxistes, et de Carl Gustav Jung, grand psychanalyste Suisse, voici notre héros parti enquêter dans le Paris de la belle-époque finissante.

Résumé : Le Dr Du Barrail, jeune psychiatre et psychanalyste parisien, acquis aux thèses controversées de Sigmund Freud, s’est rendu au congrès de Weimar de 1911, réunissant les premiers représentants de cette discipline psychanalytique née avec le siècle.

À la fin du congrès, Freud demande à Du Barrail de le rejoindre pour une conversation privée. Il l’informe qu’un de ses confrères français a été retrouvé étranglé dans son cabinet, et que les premiers suspects à retenir se trouvent probablement parmi les patients du défunt.

Freud lui remet les notes sur ses patients, que feu leur collègue lui avait adressées à des fins de supervision. Face aux réticences de Du Barrail qui ne se sent pas l’âme d’un détective, Freud lui rappelle que la quête de la vérité reste aussi une affaire d’analyste, et explique que la psychanalyse est suffisamment au cœur des critiques pour qu’en plus la mort d’un analyste puisse interpeller la suspicion publique…

Du Barrail rentre donc à Paris. Mais qui est cette mystérieuse femme en vert qui en veut autant à sa valise ? Et pourquoi  tant de monde s’intéresse donc aux notes cliniques de son défunt confrère ? Le détective Max Engel parviendra-t-il à l’aider dans cette enquête ?

Et pourquoi Diable, Carl Gustav Jung lui-même, héritier désigné de Freud, lui témoigne-t-il autant de sollicitude ? Nos héros se lancent alors dans une enquête qui les conduira à croiser des hommes politiques influents, et des banquiers qui le sont encore plus…

Des bourgeoises, des prostituées de bas étage ou des demi-mondaines recherchées… Dans un Paris qui s’étourdi de fêtes avant que n’arrive le désastre de 1914…

Ce que j’en ai pensé : Je suis toujours méfiante avec les livres qui s’aventurent sur le registre de la santé mentale, sujet que je connais assez bien et qui me conduit à relever avec intransigeance les invraisemblances cliniques et théoriques témoignant de la grande paresse de la plupart des auteurs lorsqu’il s’agit de se documenter sur le sujet qu’on choisit comme background de son roman.

Des grands noms du thriller français m’ont beaucoup déçue sur ce point, et la façon dont ils écrivent en espérant que ses lecteurs puissent en savoir moins qu’eux et en se contentant de broder sur des clichés éculés, a le don de m’irriter.

Au prix où sont les livres, j’aime au moins que l’auteur manifeste un peu de respect pour les lecteurs qui le font vivre et évite de les prendre pour des idiots.

Vous comprendrez que Dame Belette ne m’a pas mandatée pour rien pour cette autopsy !

Même Dexter Morgan et Hannibal Lecter sont des aberrations à mes yeux, car même si j’apprécie ces personnages, je n’oublie pas, que sur le plan théorique, un traumatisme même grave et spectaculaire ne suffit pas à créer un tueur psychotique !

Mais revenons-en à ce livre…

Le début du roman était plutôt engageant car l’auteur a ici pour une fois fait un véritable travail de recherche sur l’histoire de la psychanalyse et l’histoire du Paris de la fin de la Belle Époque.

On ne peut que saluer cet effort méritant. Il est même allé jusqu’à rendre compte l’état d’avancée des théories analytiques de l’époque (très portées sur la sexualité donc, parfois de manière un peu outrée… là où les analystes d’aujourd’hui se préoccupent davantage du « désir » que de sexe, et se gardent de balancer des interprétations à tout va comme leurs ancêtres) soulignant là où les premiers pionniers de la psychanalyse en étaient de leurs tâtonnements au bout de onze années de recherches (Freud a posé en 1900, avec la publication de « l’interprétation des rêves », la date de fondation du mouvement analytique).

Malheureusement, faire un effort de recherche historique ne fait pas d’un écrivain un professionnel de santé mentale, et lorsqu’il se hasarde à faire parler ses personnages de clinique, la belle ouvrage se fissure un peu et le plâtre s’écaille laissant place à des approximations et quelques clichés…

Au point de faire commettre un passage à l’acte incompréhensible à son héros perdu entre les fantasmes et les réalités objectives vécus par une patiente…

Cela étant, à l’époque… ce genre de choses pouvaient arriver mais… bon… Il était tellement consciencieux ce Dr Du Barrail qu’on en est surpris qu’il puisse faire de telles erreurs de débutant !

Si par ailleurs, la psychologie des personnages réels évoqués est assez conforme à ce qu’on connaît de leur biographie (là encore bravo pour le travail de documentation), je regretterai toutefois que le développement du personnage principal puisse souffrir d’une certaine superficialité, car il est souvent plus décrit par ses actes que par ses mouvements émotionnels ou réflexifs.

Un psychiatre dénué d’une part sombre, ou du moins des cicatrices ou des souvenirs de ses propres souffrances est un peu surprenant. Surtout dans un livre mettant en scène des analystes.

Certes, je n’aurais pas non plus aimé une brochette de portraits de psys fêlés, et malfaisants le cliché par excellence… Mais tout de même, ce personnage-là est tellement lisse, et ses aspérités tellement mineures que ça en devient suspect.

Son compère Max Engel (Engel est l’homme qui a co-écrit avec Marx le manifeste du parti communiste), peut paraître quelque peu caricatural parfois, mais vient apporter un peu de légèreté dans ce monde un peu trop sérieux de psys ! Mais trop de légèreté n’est jamais très bon dans un thriller.

Bien que le Paris des années qui précèdent la première guerre mondiale ait été un terrain propice à développer une intrigue sombre au suspens épais… Je trouve toutefois que l’atmosphère de ce roman manque de densité, réduisant Paris à une grande fête bourgeoise, et en oubliant, ou en évoquant trop rapidement ce qui pouvait se passer de plus glauque dans les coulisses.

La construction de l’intrigue me laisse toutefois un peu perplexe. Elle aurait mérité d’être aussi soignée que l’exactitude de la documentation du background…

Et ce n’est hélas pas tout à fait le cas.

La finalité des actions ou choix des personnages sont parfois un peu difficiles à saisir pour le lecteur, on peut les trouver peu logiques voire parfois naïfs…

En outre, les longues diversions sur les théories analytiques montrent que l’auteur a fait un effort certes, mais elles alourdissent le roman, n’apportant rien ou très peu à l’intrigue, ce qui dans un livre assez resserré de 250 pages me paraît assez peu heureux.

Il en eût fait 500 ou 600, le problème ne se serait pas posé.

Cette disproportion entre le nombre de digressions et l’épaisseur du roman rendent proportionnellement plus mince l’espace dévolu au développement de l’intrigue, ce qui lui fait perdre en densité et en fluidité…

Au point que j’en suis arrivée à me demander si ce roman n’était pas davantage prétexte à développer une certaine culture historique qu’à raconter une histoire réduite au rang de prétexte.

D’ailleurs en allant faire un tour sur le net, j’ai appris que l’auteur, juriste de formation, était surtout connu pour faire des romans historiques, et je crains en effet que ce soit plus son talent d’historien amateur qui cherche à s’exprimer ici.

En résumé : Une Belle-Époque parisienne finissante bien rendue et une solide documentation sur l’état de la psychanalyse en 1911 permettent à l’auteur de camper ses personnages et son intrigue dans un décor et une atmosphère crédibles…

Du mystère… Du suspens… Des surprises… Mais un traitement assez irrégulier de la psychologie des personnages et de la construction de l’intrigue vient malheureusement atténuer mon plaisir de lecture.

J’ai tout de même passé un bon moment, même si je recommanderai ce livre plus aux amateurs d’histoire de la belle-époque et de la psychanalyse qu’aux amateurs chevronnés de thrillers.

 

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Undertaker Riddle – Tome 1 : Higasa Akai

Titre : Undertaker Riddle – Tome 1

Scénariste : Higasa Akai
Dessinateur : Higasa Akai

Édition : Ki-oon (2012)

Résumé :
À première vue, Hayato est un lycéen tout ce qu’il y a de plus ordinaire : terriblement gourmand, jamais un sou en poche, très entouré par ses amis. Mais aussi… cerné de fantômes ! Ces être de l’au-delà que Hayato est le seul à voir font de la vie du jeune homme un enfer quotidien…

Sa vie bascule le jour ou il croise un fossoyeur un peu particulier, qui lui propose de le débarrasser des esprits qui l’importunent.

Mais en échange, Hayato devra l’assister dans son travail macabre. Le jeune homme refuse tout net, et tombe presque aussitôt après sur une jeune et jolie apparition… qui le poignarde sans raison !

Il n’a plus le choix : c’est le métier d’exorciste ou la mort. Âmes égarées, fantômes et esprits malins, ce fossoyeur d’un genre nouveau les expédie tous ad patres !

Critique :
Dans ma vie de lectrice, je connais deux Undertaker : celui qui se promène avec son vautour dans une bédé western et celui de Black Butler.

Et bien, maintenant, je connais un 3ème fossoyeur !

Ceci est un manga assez frais, enjoué, avec Hayato – notre personnage principal – un jeune garçon qui aurait tout pour être heureux s’il n’était pas harcelé ainsi par des fantômes qui lui pourrissent la vie en le poursuivant de leurs assiduités (des fantômes filles, bien entendu).

De sa rencontre avec Undertaker Riddle va naître des aventures rocambolesques où le but du jeu est de renvoyer les âmes égarées et méchantes à leur place en leur offrant leur requiem et un beau cercueil !

Pourtant, Hayato n’a rien d’un héros ! Il enchaîne des gaffes sur gaffes, est râleur, voudrait qu’on le laisse tranquille, n’a aucune maturité, mais est prêt à tout pour démontrer à Brad, un des chefs de Riddle, qu’il a les capacités pour être un fossoyeur, même s’il n’est qu’un simple humain !

Une chose m’a interpellée : j’ai trouvé des tas de similitudes entre les dessins et ceux du manga Black Butler (ou c’est le contraire), car Riddle a des airs de l’Undertaker facétieux de l’autre manga.

De plus, le design de la couverture est dans le mode baroque gothique, comme Black Butler, les titres des chapitres sont un peu du même style… À tel point que j’ai même vérifié si ce n’était pas le même mangaka ! Mais non…

Quant à Brad le secrétaire des catacombes, il a de furieux airs de ressemblances avec le Shinigami (dieux de la Mort) Grell.

Une autre chose qui m’a intriguée et dérangée, c’est que j’ai trouvé que Riddle ressemblait beaucoup à un fantôme qu’ils affrontent (Noir) ! Leurs visages étaient similaire – comme dans tous les mangas me diront certains, et moi en premier !

Oui, ces visages en pointent se ressemblent tous, je l’ai remarqué souvent… Visuellement, c’est chiant et ça peut parfois faire naître des sacrées erreurs d’interprétation.

Et ce n’est pas tout… L’autre chose qui m’a frappé, c’est qu’il y a assez bien d’ambiguïté sexuelle entre les deux protagonistes, surtout Riddle qui à l’air carrément amoureux de Hayato, tandis que ce dernier n’est pas tout à fait d’accord.

En fouinant sur le Net, j’ai appris que c’était en fait un shonen-Aï, autrement dit, un manga se basant sur une relation entre deux hommes mais ne contenant aucune scène peu catholique ! Bref, pas de yaoi ou de slash, de lemon, entre les protagonistes mâles !

Au final, j’ai tout de même passé un bon moment de lecture, j’ai apprécié l’humour qui se dégage de ces pages, j’ai apprécié les deux personnages principaux, même s’ils ont des similitudes avec Ciel et le diable de majordome présent dans Black Butler, et j’ai bien envie de voir comment va évoluer ce duo atypique qui est nettement plus drôle que celui de Black Butler.

Je vais continuer la série, mais si ça vire à l’eau de rose dans les prochains tomes, je pense qu’alors je passerai mon chemin !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Contrée indienne : Dorothy Marie Johnson

Titre : Contrée indienne                                                                 big_4

Auteur : Dorothy Marie Johnson
Édition : Gallmeister (2013)

Résumé :
Dans l’intimité de loges indiennes ou celle de ranches à peine construits, à travers les plaines, derrière les murs des forts militaires ou dans les rues de villes nouvelles, pionniers, Indiens et cow-boys sont confrontés à la dure loi de l’Ouest.

Dotés d’un formidable instinct de survie, ces hommes et ces femmes résistent à la destruction de leurs foyers, de leurs croyances et de leurs rêves.

Ces onze nouvelles – dont deux restaient inédites en français – racontent les incidents devenus légendaires et les paysages encore sauvages de cette terre de frontières.

On retrouve parmi elles « L’Homme qui tua Liberty Valance » et « Un homme nommé Cheval » qui inspirèrent deux grands westerns de John Ford et Elliot Silverstein.

Avec Contrée indienne, Dorothy Johnson, grande dame de la littérature américaine, ressuscite le mythe de l’Ouest américain.

Critique : 
Puisque j’étais dans l’Ouest Américain, autant y rester et faire un petit voyage dans le temps vers les années 1860, celles où les indiens avaient encore quelques territoires, quand le Visage-Pâle n’avait pas encore conquis tout l’Ouest.

Ces petites nouvelles m’ont toutes enchantés et mon seul regret sera qu’elles n’aient pas été plus longues car en peu de pages, je m’attachais aux personnages, à leur récit.

De plus, ces récits font la part belle aux Indiens et j’ai aimé me plonger dans leur vie, leur culture, avant d’en être brutalement arrachée au mot « fin ».

Les pages défilent toutes seules, on tremble, on serre les dents, les fesses, on a peur, on sue, on espère, on soupire de soulagement ou on se crispe quand une balle fauche un personnage.

Pas de chichis dans l’écriture, elle est simple mais belle comme une selle western, piquante comme la poudre à canon, âpre et dure comme la vie dans l’Ouest, sèche comme ta gorge après une traversée du désert sans eau (ou sans bière).

Lorsque tu arrives à la dernière page, tu te surprends à secouer le roman, comme tu le ferais avec une gourde, dans le but de récupérer la dernière goutte, celle qui n’est pas pour le slip.

Ma préférée ? Impossible à dire tant à chaque fois je m’émerveillais d’une nouvelle avant de recommencer à la suivante.

Des nouvelles d’une vingtaine de pages, exemptes de gras, elles aussi, l’auteure arrivant à dire tout ce qu’elle a à dire en si peu de page. Exercice périlleux que celui de la nouvelle, mais ici, c’est fait avec brio (avec qui ?).

Bon sang, moi qui voulait le grand air, j’ai été servie, moi qui voulait du calme, j’ai eu mon lot de bousculades, de cris, d’attaques, de larmiches et je pense que là, pour me reposer, je vais tâcher de trouver « Pingui chez les cow-boy ».

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 2014 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

La bouffe est chouette à Fatchakulla : Ned Crabb

Titre : La bouffe est chouette à Fatchakulla                 big_3

Auteur : Ned Crabb
Édition : Gallimard (2008) / Série Noire (2004)
Première parution : 1978 [Oldies]

Résumé :
Pas de quartier à Fatchakulla City ! Ça dépiaute sec, on étripe à tout va au détour des chemins sous la lune. Des marécages montent d’étranges ronronnements généralement suivis de découvertes macabres.

Du plus fieffé salaud du canton à d’autres proies plus délicates (quoique !), les victimes s’accumulent au fur et à mesure qu’un être mystérieux les lacère, les mange puis les éparpille aux quatre vents. Une tête par-ci, un bout de bras par-là…

Fatchakulla, jusque-là connu pour ses dégénérés consanguins et ses alligators, s’est trouvé une autre spécialité.

Les habitants crèvent de trouille. On parle de fantômes et d’esprits et tout le monde semble pouvoir y passer. Même la grosse Flozetta s’est fait bouffer !…

Critique : 
Fatchakulla (à tes souhaits) Springs est une paisible bourgade de la Floride. Nous pourrions même la renommer « Ploucville » tellement ses habitants sont des imbéciles congénitaux, croyant encore que si vous sortez à la tombée de la nuit,  Willie Le Siffleur viendra pour vous prendre et vous manger tout cru !

C’est dans cet état d’esprit apeuré qu’était Module Lunaire, jeune gamin de 8 ans, lorsqu’il brava les interdits pour aller chercher des asticots de nuit, qui, comme le nom l’indique, ne se trouvent que la nuit ! S’il vous plaît ? Oui, j’ai oublié de vous préciser que le gamin se nomme « Module Lunaire ». Pas de sa faute si, le jour de sa naissance, Apollo XI atterrissait sur la lune !

Déjà qu’il avait un peu la trouille, je ne vous raconte pas son état après être tombé sur la tête d’Oren Purvis qui se trouvait sur le chemin menant au bayou.

La tête ?? Mais il est où le reste du corps ? Ben, personne ne le sait… Willie Le Siffleur aura sans doute dû tout manger, sauf la tête. Bon, on ne va pas lui en vouloir vu que Purvis était le plus salopard de toute la contrée.

« Le vieil Oren détestait les enfants et flanquait des coup de pied aux petits chiens. […] Pas de doute, Oren Purvis était un salaud. A en croire les gens du pays, il ne valait pas la corde pour le pendre ».

Pour un roman déjanté, c’est un roman déjanté ! Déjà que nous sommes face à des crétins finis, superstitieux comme pas deux, trouillards à mort, pétris de vieilles légendes qui font peur aux enfants comme aux parents… et, éleveurs de chats tous aussi dégénérés qu’eux.

Ajoutons à cela des forces de l’ordre qui ressemblent à tout sauf à des flics, des morts dont on retrouve des morceaux mais pas l’entièreté du corps et pour résoudre toute cette sordide affaire, le trio constitué du shérif Arlie Beemis, du docteur Doc Bobo (ça s’invente pas, en plus, il est déprimé et trouillard) et de Linwood Spivey qui pourrait se prétendre digne émule de Sherlock Holmes s’il ne picolait pas autant…

Arlie et Linwood s’aperçurent que Doc Bobo s’était entouré de ses propres bras et gémissait.
— Qu’est ce qui vous arrive, doc ? demanda Arlie.
— Je me demande où ils rangent les têtes et les jambes, dit Doc Bobo, à mi-voix, se balançant d’avant en arrière, les yeux fixés droit devant lui. Doit y avoir un millier de cachettes dans cette baraque.
Linwood se tourna vers le toubib et fonça les sourcils.
— Allons, Doc, dit-il, ressaisis-toi.

Et un assassin insaisissable, qui ne laisse pas de traces de ses méfaits, hormis des morceaux de ses victimes, comme s’il avait bouffé tout le reste.

— Arlie, on dirait… On dirait qu’on lui a arraché la jambe.

— Regarde-moi ça, dit Doc Bobo. Bon sang, regardez-moi ça. Ça n’a même pas été tranché. Regardez-moi cette chair : elle est déchirée.

L’épisode de la fesse de la pauvre Flozetta est un pur moment jubilatoire ! Oui, une fesse, c’est tout ce qu’il restait d’elle, la pôvre. Et quand on sait que Flozetta était le cul le plus gros et le plus disponible pour tous les mâles du canton…

— Qu’est-ce que vous croyez que c’est shér’f ? grogna Leonard Pouncey.
Arlie rejeta son chapeau en arrière et se gratta la tête.
— À mon avis, c’est la fesse droite d’un très gros derrière.

— J’suis d’accord, bafouilla Buford. Et dans les environs, y a que Flozetta Cooms pour avoir un cul pareil.

Je pense qu’avec tout ces éléments, vous aurez une vision assez juste de l’atmosphère de malade qui règne dans les 181 pages.

Ne cherchez pas de la logique, il n’y en a pas. On est dans le loufoque, on sourit durant la lecture, les bons mots sont légions, Buford, l’adjoint du shérif est un type qui finira chef d’escadrille le jour où les cons sauront voler et on ne peut pas dire que la procédure criminelle est respectée, mais on s’en moque, on ne l’ouvre pas pour ça.

Oubliez aussi les belles phrases… Nous sommes chez les bouseux qui élisent Miss Pêche à la Grenouille ! Ici, on bouffe ses lettres, on n’a pas beaucoup d’esprit mais on a de l’humour, de préférence, noir !

— Différent ? Parce que ce coup-ci, ils ont laissé un bras et un pied au lieu d’une fesse ou d’une tête.
— Mais non. Ce que je veux dire, c’est la question des indices.

De la rigolade, du suspense, des fausses pistes et de la loufoquerie au menu de ce polar qui, bien que ne cassant pas la tête à Willie le Siffleur, a eu le mérite de me faire passer quelques heures fort plaisantes.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015).