Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale

Titre : Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03

Auteur : Joe Lansdale
Édition : Gallimard Série Noire (2000) / Folio Policier (2009/2020)
Édition Originale : The Two-Bear Mambo (1995)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
Visite guidée dans l’horreur du Texas ordinaire avec les deux protagonistes de L’arbre à bouteilles.

Cette fois, c’est à Grovetown, charmant petit bled où le K.K.K. assure régulièrement l’animation nocturne, que nos deux héros vont se faire remarquer. Ouragan, vaudou, séance de lynch, meurtres, menace de mort et violence raciste à tous les étages. Le quotidien de Hap Collins et Leonard Pine, en somme.

Critique :
Cette histoire de Hap Collins et de son ami Leonard Pine, commence par une scène habituelle : Leonard a foutu le feu à la crack house de ses voisins. Jusque là, rien d’anormal.

Puis, lorsqu’ils seront chargé d’aller voir ce qu’il est advenu de Florida et qu’ils mettront les pieds à Grovetown, au Texas, on entrera dans un registre plus fantastique puisque nous aurons l’impression que nos deux amis se sont retrouvés coincé dans une faille temporelle.

La petite ville charmante de Grovetown semble coincée dans le temps, comme si elle était restée dans les années 50/60, avant le Civil Rights Act (loi pour l’égalité des droits civiques, votée en 1964).

À Grovetown, si vous êtes Afro-américain, rasez les murs, descendez du trottoir lorsque vous croisez un Blanc, baissez les yeux, ne dites rien et n’allez surtout pas boire un café dans le restaurant où, si la pancarte « NO COLORED » n’est pas apposée, il vaut tout de même mieux éviter d’entrer. Dans cette riante bourgade, un ersatz de Klan fait la loi et ceux qui ont dévié de la ligne imposée par les Blancs ont eu des problèmes…

On dépassa ensuite une laverie, avec une enseigne peinte, accrochée à la vitrine. Bien qu’à moitié effacée, elle était toujours lisible et défiait encore le regard. NO COLORED – PAS DE GENS DE COULEUR

Certains de ses habitants regrettent même qu’on ne puisse plus pendre les Noirs comme en 1850, du temps des plantations et de l’esclavage. C’est vous dire la mentalité effroyable de ces gens. Non, Hap Collins et Leonard Pine, un grand Noir homosexuel, ne vont pas s’attaquer à des racistes bas de plafond et plus bêtes que méchants, ici, ce sont d’authentiques méchants !

Les atmosphères de cette enquête sont sombres, affreuses, violentes. Nos deux amis vont morfler, physiquement et mentalement. Heureusement que la plume de l’auteur sait aussi être drôle, cela évite d’appesantir encore plus cette glauquitude.

Lansdale a des personnages décomplexés, totalement. Leonard est Noir et homo, mais il le clame haut et fort et n’a aucun souci avec ses préférences sexuelles, il les affiche, n’en a pas peur et il a bien raison. Leonard n’hésite pas non plus à utiliser le « N word », ce qui donnera des crampes cérébrales à son ami Hap et au flic Charly : est-ce du racisme lorsqu’un Noir utilise le terme « Nègre » ?

L’écriture de l’auteur est truculente, les autres personnages n’hésitant pas à parler de bite, de cul, de sexe, de branlette, de chatte, de grève de la chatte (pour le flic marié), le tout se retrouvant intégré dans leurs conversations entre mecs, ce qui rend une partie du roman plus léger, plus drôle, plus amusant. Faut pas être pudibonde, évidemment.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsque les racistes bas de plafond et méchants balanceront leurs discours racistes et rétrogrades. Cela permet de ne pas oublier qu’il y a toujours des personnes qui pensent cela, qui n’hésitent pas le dire haut et fort, tout en sen sentant intouchables puisque personne ne leur clape leur gueule un bon coup.

Une excellente enquête de notre duo, qui n’aura pas vraiment le temps, ni l’occasion de chercher des indices et ce sera en se posant un peu, en cogitant plus fort, que Hap comprendra ce qu’il a loupé dans l’affaire.

Une lecture jubilatoire, amusante, malgré le côté pesant des habitants de cette petite ville raciste au possible, où les non racistes (ou les sans opinion) doivent fermer leur gueule, s’ils ne veulent pas avoir des problèmes, perdre leur job, se faire rétamer la tronche et finir dans du goudron et des plumes (ce qui est moins drôle que dans Lucky Luke)… La peur vous fait faire de drôles de choses, en plus de vous faire chier dans vos culottes.

PS : zut, aujourd’hui, j’ai un an de plus ! Bon, ça doit me faire 30 ans, maintenant… Oh, interdit de rigoler là au fond. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°89].

Publicité

L’Accident de chasse : Landis Blair et David L. Carlson

Titre : L’Accident de chasse

Scénariste : David L. Carlson
Dessinateur : Landis Blair

Édition : Sonatine (27/08/2020)

Résumé :
Chicago, 1959. Charlie Rizzo, qui vient de perdre sa mère, doit emménager avec son père aveugle. Pour le jeune garçon, l’histoire est limpide : Matt Rizzo a perdu la vue à la suite d’un accident de chasse, comme il le lui a toujours raconté.

Mais le jour où un policier sonne à leur porte, Matt choisit de révéler à son fils la partie immergée de son passé, et la véritable raison de sa cécité…

Roman graphique en noir et blanc à la puissance expressive sans pareille, tiré de faits réels, L’Accident de chasse est une ode bouleversante à la rédemption et aux pouvoirs sans limites de la littérature.

Critique :
Un accident de chasse… Pas à cause d’un chasseur ne sachant pas chasser et prenant un promeneur pour un sanglier, mais à cause d’un stupide accident et de gosses tout aussi stupides.

Voilà pourquoi Matt Rizzo est devenu aveugle. Charlie, son fils, qui vient de perdre sa mère, vient habiter chez lui et ce n’est pas facile pour lui, lui qui n’a plus vu son père depuis quelques années.

466 pages, non seulement c’est lourd à porter, mais ça ne se dévore pas en une seule soirée. Absolument pas ! Ce roman graphique est dense, surtout passé la première moitié des pages, lorsque l’on entre dans le récit de Matt Rizzo sur sa jeunesse et sur son accident, qui n’était pas vraiment de chasse.

Les dessins, noirs et blancs, hachurés, sont déstabilisants au départ, mais après, on s’y habitue, puisque l’ambiance de ce récit est sombre, très sombre, à un moment donné. On y parle de meurtres, de prison, de rédemption…

On y parle aussi de littérature, notamment avec Dante et son Enfer (La Divine Comédie) et l’allégorie est bien trouvée, puisque Matt aura son Virgil pour le guider dans son enfer.

En dire plus déflorait trop ce roman graphique, sachez juste qu’il va vous emporter là où vous ne vous attendiez pas du tout et vous faire vivre une aventure totalement hors norme, avec des personnages marquants, attachants et notamment un assassin qui aime la littérature…

Cette plongée dans le Chicago des années 30 et dans l’univers carcéral est réussie, surtout que je ne m’y attendais pas du tout et que j’avais failli arrêter ma lecture, parce que je m’y embêtais un peu, au départ. Ma persévérance à payée !

Le plus inattendu fut d’apprendre, à la fin, que ce récit était réel. Matt Rizzo a bel et bien existé, c’est le récit de sa vie que je venais de lire.

Un magnifique ouvrage, un scénario inattendu, profond, travaillé, des dessins qui le mettent bien en valeur. Un roman graphique qui ne se lit pas une seule fois, car il y a de la matière à lire et des dessins à bien regarder, tant certains sont détaillés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°85].

Tous les démons sont ici – Walt Longmire 07 : Craig Johnson

Titre : Tous les démons sont ici – Walt Longmire 07

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2015) / Points Policier (2017)
Édition Originale : Hell is empty (2011)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Indien Crow d’adoption, Raynaud Shade est considéré comme le plus dangereux sociopathe des États-Unis et représente le cauchemar de tout policier.

Finalement interpellé, il avoue avoir enterré un cadavre au beau milieu des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, et c’est à Walt Longmire que revient la tâche d’escorter Shade, en plein blizzard, jusqu’au corps. Mais le shérif sous-estime peut-être les dangers d’une telle expédition.

Car pour tenter de rétablir la justice, il va devoir braver l’enfer glacial des montagnes et tromper la mort avec, pour seul soutien, un vieil exemplaire de La Divine Comédie de Dante.

Critique :
Ces derniers temps, j’ai fait des choix de lecture qui m’ont entraîné dans le froid, la neige, les montagnes, bref, je me les suis gelé ! Quelle idée, vu que les températures se sont refroidies (et sont un peu plus de saison).

Dans ce polar, pas de criminel à rechercher, car nous ne sommes pas devant un meurtre et une enquête à mener, mais dans tout autre chose : une chasse à l’homme.

Lors d’un transfert de prisonniers, ils se sont évadés et c’est Walt Longmire, n’écoutant personne, qui va se lancer à leur poursuite, dans la neige, dans une tempête qui se prépare et dans des températures négatives qui donnent plus envie de se vautrer devant le feu, que de courir dehors.

Le roman se lit très vite, il est bourré d’adrénaline, d’action, de suspense et la traque au sommet, bien qu’elle ne ressemble pas à celle d’un Stallone, est tout de même un exercice à ne pas réaliser sans préparation physique préalable.

Mais le shérif Walt Longmire est un homme résistant et increvable. Parfois, l’auteur pousse un peu le bouchon trop loin, notamment avec l’incendie…

L’humour est toujours présent, dans les réparties que notre shérif aura au téléphone, avec un des malfrats et surtout avec Virgil White Buffalo, un Indien solitaire qui vit dans la montagne et dont il avait déjà croisé la route auparavant.

Mon seul bémol sera pour le fait que dans ce huis-clos entre Longmire, les fugitifs et la nature immense et enneigée des Bighorn mountains, il a manqué la nation Cheyenne, je veux parler de Henry Standing Bear… J’aurais préféré une traque en duo, aidé de son ami de toujours, plutôt que cet exercice en solo. Heureusement qu’il y avait Virgil, à défaut d’un Cheyenne, j’avais un Crow.

Dans les aventures du shérif, le mysticisme n’est jamais loin et dans celui-ci, les esprits dont on avait déjà eu vent de leur présence (dans un précédent roman), auront leur rôle à jouer… Oui, en haute montagne, dans des températures négatives, en hypothermie, déshydraté, on ne sait plus trop où est la réalité et où se situe les hallucinations.

Un bon roman de notre shérif Longmire, différent des autres, puisque pas d’enquêtes, bourré d’adrénaline, ainsi que quelques surprises.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°84].

Chito Grant – Intégrale : Jean-Blaise Djian et David Etien

Titre : Chito Grant – Intégrale

Scénariste : Jean-Blaise Djian
Dessinateur : David Etien

Édition : EP Éditions (2017)

Résumé :
Le borgne Chito Grant a un vieux compte à régler avec la ville qui lui a enlevé son père adoptif, sa seule famille. Et ce n’est pas la pulpeuse Texas , la reine de cette ville, qui va l’impressionner.

Seulement, Grant ne se doute pas qu’en pénétrant sur les terres de cette femme richissime, c’est son passé qu’il va rencontrer.

Critique :
Le duo Djian et Etien, je le connais depuis que j’ai découvert la saga des Quatre De Baker Street, mais en ouvrant cette bédé western, je n’ai pas reconnu les dessins de Etien.

Le premier tome de Chito Grant date de 2004, celui des Quatre a été publié en 2009.

Il m’a fallu arriver au troisième (et dernier) tome composant cette intégrale pour retrouver les traits caractéristiques du dessinateur Etien.

Le départ avait mal commencé, j’ai détesté les dessins, heureusement que le scénario était à la hauteur. Puis, au fil des albums, le dessin a changé, les couleurs aussi et en lisant une intégrale, c’est plus flagrant qu’en patientant entre deux albums, notamment dans les visages, qui changent au fil des albums, rendant parfois difficile l’identification de certains personnages (le shérif change de couleur de cheveux en quelques cases).

Malgré les dessins qui ne m’ont pas plu, le scénario, bien que conventionnel, est bien cuisiné : un jeune homme arrive dans une ville où le shérif est aussi le tenancier du saloon. Le jeune homme est borgne et il se frite déjà avec le fils de Texas, LA femme qui tient tout le monde dans sa main, sous sa coupe. La Jupiter du coin.

Chito Grant est un personnage auquel on s’attache. Il y a des mystères dans son enfance, il y a des trucs louches dans la ville, dans le passé de son shérif, de sa patronne toute puissante et il faudra attendre le dernier album pour que tout les fils se touchent, donnant un beau feu d’artifice.

Un western conventionnel, qui respecte tous les codes, sauf celui des selles western… Pas de pommeau devant et rien de western dans les selles plates que j’ai vue dessinées sur les chevaux (qui n’étaient pas beaux, eux non plus). Heureusement que le dessin de Etien a évolué dans le bon sens.

Un western bourré de mystères, de suspense, de coups fourrés, de bandits, de recherche dans le passé de Chito, qui ne sait pas d’où il vient, sauf que son père n’était pas son père, mais celui qui l’avait trouvé, abandonné. Classique, en effet, mais les personnages sont bien faits et il est difficile de s’ennuyer dans ce western.

On a même une pointe d’humour lorsque plein d’étrangers arriveront en ville, rendant fou le shérif, qui, suspicieux, soupçonne des mauvais coups à tous les coins de rue, et vu qu’il est couard…

Une bonne intégrale western, que je ne connaissais pas, comme quoi, il y en a toujours à découvrir et là, ce fut une belle rencontre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°74] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Le dernier paradis : Antonio Garrido

Titre : Le dernier paradis

Auteur : Antonio Garrido
Édition : Grasset (2016) / LP Policier (2017) – 672 pages
Édition Originale : El Último Paraíso (2015)
Traduction : Nelly et Alex Lhermillier

Résumé :
Jack, comme tant d’autres travailleurs, est une victime de la crise des années 30. Renvoyé parce qu’il est juif de l’usine Ford où il travaillait à Détroit, il retourne habiter chez son père, à New York.

L’homme, vieux, colérique, sombre, à l’instar du pays, dans la dépression. Jack, sans travail, sans argent, a bien du mal à s’occuper de ce père devenu alcoolique, et à payer le loyer que le propriétaire, Kowalski, leur réclame chaque semaine de façon toujours plus insistante.

Un soir que Kowalski débarque avec deux hommes de main, un coup de feu part.

Persuadé qu’il va être accusé de meurtre, Jack n’a d’autre choix que de fuir le pays. Il s’embarque alors avec son ami Andrew, un idéaliste et militant communiste de la première heure, pour l’Union soviétique car cette nation nouvelle, paradis des travailleurs, cherche des ouvriers qualifiés pour développer son industrie automobile.

Pourtant, une fois en URSS, les promesses s’évanouissent et les illusions laissent la place au désenchantement. Jack découvre un monde où tout est respect de l’ordre, répression et corruption.

Devenu agent double bien malgré lui, il se laisse entraîner par les événements, mais il va bientôt devoir chercher à comprendre qui tire réellement les ficelles de son destin et choisir son camp, en politique comme en amour.

Critique :
États-Unis, années 30, la crise a frappé de plein fouet tout un tas d’entreprises, des chômeurs font la file pour tenter de trouver un emploi, de la nourriture. Jack, qui bossait chez Ford, a été mis à la porte parce qu’il était Juif. Sympa, monsieur Ford (ironie).

En URSS, on offre des tas d’emplois dans les usines, des logements gratuits, des bons salaires, des congés payés… Chez eux, on prêche l’égalité, le plein-emploi, limite si demain, on ne va pas raser gratis. Le communisme semble si tentant, de loin, avec ses belles paroles.

♫ Caramels, bonbons et chocolats ♪ comme le chantait si bien Dalida à Alain Delon.

Puisque Jack crève la dalle, puisqu’il vient de tirer sur son usurier de propriétaire, puisque plus rien ne le retient dans le pays qui n’est pas encore celui de Donals Trump, il cède aux sirènes prêchées par son ami d’enfance, Andrew Scott, syndicaliste et communiste fervent. L’U.R.S.S est le dernier paradis, là où ils pourront refaire leur vie, avoir du travail, vivre mieux.

Mon cul… Si j’avais pu leur parler, voilà ce que j’aurais dit à Jack. Je lui aurais conseillé de ne pas partir, que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, que là-bas, elle serait même jaune, amère, pire que celle d’Amérique.

Mais pour lui, là-bas, tout est neuf et tout est sauvage. Libre continent sans grillage… Faut du cœur et faut du courage, mais tout est possible à son âge. C’est pour ça que j’irais là-bas, a dit Jack. Merci à JJG pour ses paroles qui allaient bien à ce passage.

Le communisme et son illogisme, il se le prendra en plein dans la gueule. Égalité ? Mon cul (oui, encore lui). Toi, petit ouvrier, tu ne peux avoir accès à la propriété, mais les dignitaires du parti, eux, ne se privent pas d’avoir des propriétés, du fric, de magouiller, de faire trimer les paysans pour s’enrichir encore plus, plus vite.

L’auteur a fait des recherches, cela se sent dans son récit, qui colle au plus près à ces années noires du communisme, à son hypocrisie. C’est très intéressant à lire, à découvrir. On est immergé dans le récit, dans son époque trouble. J’ai toujours eu un faible pour la Russie (le pays, pas ses dirigeants, ni le communisme), j’étais donc dans mon élément, aux pays des Soviets.

Là où cela a coincé, c’est avec certains personnages, à la limite du manichéisme. Jack est le gentil, celui qui magouille sans trop arnaquer les autres, juste pou avoir de quoi s’en sortir, qui les aide, aussi. Il ne manque pas de réalisme, son pote Andrew non plus, lui qui ne voit que le bon côté du communisme et qui en a après tous les sales capitalistes.

L’inconvénient, c’est qu’ils manquent de subtilités, ça fait trop « gentil opposé au méchant ». Manque de finesses dans ces deux personnages, d’épaisseurs, de relief, de charisme. Pour peu, on se retrouverait avec un Tintin « Jack », le gentil qui aide tout le monde, même s’il rechigne un peu au début et qui va tout résoudre après.

De plus, Jack vire un peu trop à l’obsession avec son envie de se faire aimer par Elizabeth, une fille superficielle qui n’aime que les mecs riches. Jack, ouvre les yeux, nom de Dieu ! Un peu, ça va, mais à la fin, il devient lourd, le Jack.

Par contre, l’intrigue est très bien faite. Des sabotages ont lieu dans l’usine de la Zavod, à Gorki et notre Jack ne saura plus trop à quel saint se vouer. Qui joue avec ses couilles ? Qui lui ment ? Qui magouille et pourquoi ?

Dans ce système qui parle d’égalités, des ouvriers américains disparaissent, accusés de contre-révolution, la famine commence, on manque de tout, la répression frappe aveuglément et la corruption est la base de tout. Jack devra exécuter un sacré numéro d’équilibriste pour s’en sortir, tout en menant l’enquête sans savoir qui est dans son camp ou contre lui.

Hormis les quelques points d’achoppement avec les portraits trop manichéens de Jack et d’Andrew, j’ai apprécié le récit, cette plongée dans l’URSS des années 30, avec le moustachu Staline qui commençait déjà ses purges, qui menait tout le monde à la baguette, qui réprimait la population, tout en disant l’aider, tout en disant qu’il avait sorti les paysans de leur misère. Tu parles… Un génocidaire, voilà tout ce qu’il fut, tout ce qu’il était, le Joseph.

Un bon thriller que j’ai dévoré en peu de temps, tant je me sentais bien dans ses pages, bien qu’il ne fasse pas trop bon de traîner au pays des Soviets… Au moins, avec la littérature, on risque moins de se retrouver emprisonné.

Avec des personnages plus travaillés, plus profonds et moins superficiels, on aurait eu un très bon thriller. Là, ce qui sauve les meubles, c’est l’intrigue, le côté politique, le côté agent double qui ne sait plus à qui il peut faire confiance et l’immersion dans une époque terrible. Là, au moins, c’était bien travaillé !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°70] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Thriller.

L’Outsider : Stephen King

Titre : L’Outsider

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2019 / Livre de Poche (2020)
Édition Originale : The Outsider (2018)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
PARFOIS, LE MAL PREND LE VISAGE DU BIEN.

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City.

Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Critique :
Au rayon de mes lectures super en retard, j’avais un King datant de 2019. Comme ils vieillissent très bien, je ne me suis pas inquiété…

Stephen King ne perd pas de temps et nous plonge de suite dans une enquête sur le meurtre épouvantable d’un garçon d’une dizaine d’années.

Les témoignages sont unanimes, les empreintes le seront aussi : le coupable est le coach de base-ball, le professeur d’anglais, le très estimé Terry Maitland.

Oui mais, il y a des preuves et des témoignages qui le disculpent, puisqu’il était ailleurs et jusqu’à ce jour, personne ne possède le don d’ubiquité, ce don qui permettrait d’être à deux endroits à la fois.

Stephen King nous plonge au cœur d’une famille où tout vient de s’écrouler. Non, pas celle de l’enfant assassiné de manière horrible et gore, mais dans celle de l’accusé, celui qui, maintenant, est vilipendé par toute la ville, par les amis qui l’appréciaient, par les gens dont il a entraîné les gamins, qu’il a invité à des barbecues. Les vestes se retournent très vite dans ce genre d’accusation.

La douleur d’une famille qui perd un enfant, même dans les conditions d’un meurtre, il est assez facile de s’y identifier, mais celle d’un accusé d’un meurtre pédophile, là, c’est plus complexe, cela va à l’envers de ce que nous sommes.

Oui, mais, et si l’homme n’était pas coupable ? Y a-t-on songé, dans ce déversement de haine ? Qu’en sera-t-il de sa vie après l’accusation ? Foutue, irrémédiablement, tout comme celle de la famille du jeune gamin assassiné…

Arrivé au tiers de ce roman fantastique, sans trop reprendre ma respiration, je savais que j’avais en main un très bon Stephen King. Mais allait-il virer en Excellent Roman du King par après ? Mystère et boule de gomme et je compte bien faire un peu durer le suspense, maintenant que j’ai ma réponse.

L’élément fantastique est présent, mais il n’est pas le plus important. Ne cherchez pas un monstre sous votre lit. D’ailleurs, ce qui m’a fait le plus peur, dans ce roman, c’est le côté rouleau compresseur de la Justice et de la police.

Être accusé d’un crime que l’on n’a pas commis, un crime pédophile en plus, c’est l’élément le plus glaçant. Vous savez que vous êtes innocent, mais personne ne vous écoute, même lorsque votre avocat prouve que vous n’étiez pas là le jour du meurtre.

La vindicte populaire, le lynchage public, ça fout la trouille aussi. Idem pour l’hystérie collective. Même innocenté ensuite, il restera toujours des traces sur vous et votre famille en souffrira, parce que le tribunal populaire, qui aime juger, qui aime crier fort, chuchotera qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Bref, vous êtes mort socialement, même en étant innocenté.

L’inspecteur Ralph Anderson fait partie des personnage principaux, Holly Gibney arrivera bien après. Une fois de plus, Stephen King n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour que ses personnages soient réalistes et attachants. On sait peut de choses d’eux, mais c’était suffisant, pas besoin de plus.

Les 800 pages de la version poche se lisent toutes seules, l’écriture du King fait toujours le job et jamais je ne me suis ennuyée. Quelques piques envers Trump m’ont fait sourire et les références à Holmes m’ont fait plaisir. Effectivement, dans cette histoire, lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité.

Maintenant, je peux vous le dire, c’est un Très Bon Stephen King, mais pas du niveau de Son Excellentissime ÇA.

Malgré tout, son Outsider fait peur : il cible des enfants, se nourri de la tristesse des gens, prend l’apparence de gentilles personnes pour commettre ses forfaits et se repait ensuite de tout ce qui en découle. C’est un manipulateur terrible. Et les manipulateurs, ça me fout la trouille.

Pas un coup de coeur, mais il n’est pas passé loin… En attendant, cela reste un roman du King comme je les aime : de l’épouvante, du mystère, des personnages forts, réalistes, une créature parfaitement maîtrisée, qui fait peur, un récit où on ne s’ennuie jamais et un final bourré d’adrénaline.

Mais pourquoi ne l’ai-je pas lu plus tôt, moi ??

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XX] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Roman Épouvante.

 

Go West Young Man – Intégrale : Collectif

Titre : Go West Young Man – Intégrale

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Bamboo Grand angle (03/11/2021)

Résumé :
« Le parcours sauvage et violent d’une montre pendant la conquête de l’Ouest. Un western qui sent la poudre et la boue…”

En quatorze histoires, Go West young man retrace la conquête de l’Ouest américain, de 1763 à 1938.

Des conflits des grands lacs au désert du Mexique, les destins se succèdent. Trappeurs et pionniers, tribus indiennes, desperados et prostituées vont se battre et survivre dans les grandes plaines, les villes champignons et les guerres interminables.

Si les grands thèmes sont à l’honneur dans cet album, c’est le côté obscur des Hommes qui ressort, présentant avec un goût amer le rêve américain. Racisme, génocide indien, condition des femmes, guerres et misère.

Go West young man est un hommage au western, mais un hommage lucide.

Critique :
Allez, go west ! On enfourche sa monture et on s’élance dans les grandes plaines.

Ou plutôt, on suit le cheminement d’une montre (durant 175 ans) et on revisite l’Histoire américaine, ses saloperies, son ségrégationnisme, ses meurtres, ses massacres, ses guerres et le pony-express (faut bien un truc sympa dans ce programme sombre).

De 1763 à 1938, au travers de 14 récits, de longueurs différentes, les différents dessinateurs vont mettre en images des scènes reflétant l’Amérique.

Pas besoin d’en faire des tonnes : un gros tas de crânes de bisons symbolisent bien le massacre fait par l’Homme Blanc et une réflexion d’un personnage, parlant des Indiens qui ne savent plus chasser et crèvent de faim, sont plus parlants et plus percutants qu’un long discours.

Tous les personnages de l’épopée Américaine se retrouvent présentés dans cet album magnifique. On aura les anglais, les colons, les Indiens, les cow-boys, les voleurs de bétail, les détrousseurs de diligence, les trappeurs, Geronimo, les convois qui traversaient le pays, la révolution mexicaine, la guerre de Sécession, le racisme, les puits de pétrole, les prostituées, le pony express, les Tuniques Bleues… dans le bon ordre, bien entendu.

Le fil rouge reliant toutes ces histoires sera la montre, passant de mains en mains, apportant chance ou malchance, finissant souvent recouverte de sang.

Le changement de dessinateur ne pose pas trop de problème, je m’y suis faite très vite, d’autant que j’en connaissais assez bien.

Pour celles et ceux qui aiment le western, je ne dirai qu’une seule chose « GO » et pour les frileux qui ne sont pas fans du genre « GO » aussi ! Voilà de quoi faire un tour de l’Amérique sans bouger de son canapé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°60] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La cité en flammes – 01 : Don Winslow

Titre : La cité en flammes

Auteur : Don Winslow
Édition : HarperCollins Noir (04/05/2022)
Édition Originale : City on Fire (2022)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
État de Rhode Island, 1986.

Danny Ryan, 29 ans, est docker. Intelligent, loyal et réservé, il n’a jamais vraiment trouvé sa place au sein du clan des Irlandais qui règne sur une partie de la ville. Son rêve : fuir loin de cet endroit où il n’a pas d’avenir.

Mais lorsque Paulie Moretti, mafieux d’une famille italienne jusque-là amie, s’affiche avec sa nouvelle conquête, Hélène de Troie des temps modernes,

Danny se retrouve mêlé à une guerre sans merci à laquelle il ne peut échapper. Il lui faudra s’imposer enfin et affronter un déchaînement de violence sans précédent pour protéger sa famille, ses amis, et la seule patrie qu’il ait jamais connue.

Avec « La cité en flammes », Don Winslow livre le premier tome d’une trilogie magistrale, transposition des épopées antiques : la ville de Providence est Troie incendiée par les Grecs, Danny Ryan un héros homérique digne d’Énée. Une Iliade contemporaine.

Critique :
Le parrain à la sauce Illiade… La mafia, ses guerres, le tout sur fond de celle de Troie. Mais au lieu d’avoir l’affrontement entre les Grecs et les Troyens, ce sera entre les Irlandais bouffeurs de patates et les Italiens, bouffeur de macaronis.

Pourtant, au départ, tout allait bien dans le quartier de Dogtown : les mafiosi irlandais et italiens s’entendaient bien, ils se partageaient les territoires, même si on se doute que dans le fond, chacun aurait voulu éliminer l’autre pour se tailler la part du lion.

Oui, mais pour se faire la guerre, il faut un déclencheur, un prétexte. Ce sera pour une histoire de nichons que tout commencera avant de se terminer dans un bain de sang.

Paulie Moretti (le clan des Italiens) n’a pas apprécié que Liam Murphy (clan des irlandais) plote les seins de sa sculpturale copine (la Hélène de Troie). La copine n’a pas apprécié non plus et les règles mafieuses sont strictes : on ne touche pas aux femmes des autres (mais l’un d’entre eux ne s’est pas privé, un jour, de violer la gamine d’un autre).

Moi je dirais plutôt qu’on ne touche pas une femme qui ne le veut pas, qu’on ne lui fait pas le coup du « Dis un peu camion » pour pouvoir ensuite faire pouet-pouet. Mais allez expliquer ça à un mec…

Surtout que le Liam, sale gamin pourri gâté, égoïste, beau sans doute comme Brad Pitt dans Friends et ne pensant qu’à sa petite personne et à sa tchole, qu’il a du mal à garder dans son pantalon. Une jolie fille qui passe et il a déjà envie de la keter avant de passer à une autre. Les femmes sont des kleenex pour lui. Il mouche blanc dedans (ou dessus) et puis les jette.

Est-il possible de rendre sympathique des mafiosi qui se font la guerre, qui se tirent dans les pattes ? Hélas, oui, c’est possible, surtout que l’auteur, pas con, nous les présente durant leur vacances à la plage, où la famille Murphy et Dany Ryan coulent un mois d’août fait d’insouciance.

De plus, la ville de Providence est décrite, elle aussi, ce qui nous immerge encore plus dans les ambiances des mafieux ou tout simplement des membres de la famille Murphy.

L’auteur prend la peine d’approfondir certains de ses personnages, n’hésitant pas à stopper son récit pour nous conter l’enfance de Madeleine (elle a changé de prénom), son parcours, ce qui d’un côté est intéressant, mais de l’autre, cela coupe l’élan du récit.

Dommage qu’il n’ait pas su éviter le manichéisme avec Liam, qui cumule tous les défauts du monde, tout en ayant un physique de bô gosse. Il est capricieux, fait des conneries sur conneries, ne sait pas fermer sa gueule, plonge tout le monde dans la merde, est responsable de morts et personne ne le remet en place ??

Et le rapport avec la guerre de Troie, dans tout cela ? Oui, il y est, mais il n’apporte rien de plus à l’histoire, on ne me l’aurait pas noté dans le 4ème de couverture que je ne l’eusse pas vu. Puisque je le savais, j’ai cherché les points de comparaisons.

N’ayant vu que le film avec Brad Pitt, mes références seront celles-là : la belle Hélène est là, c’est une belle poire, Pâris est Liam le merdeux capricieux, on a Achille, le guerrier qui veut foutre le camp à un moment donné, mais qui hurlera sa rage quand son amant, Patrocle, se fera assassiner. Hector (ou son alter ego mafieux) mourra aussi (mort horrible) de la main d’Achille, qui rejoindra l’enfer à cause de son talon du même nom.

Les passages importants de l’Illiade sont bien intégrés au texte, on a de l’action, mais pas trop (ni trop peu), on a de la psychologie, le personnage de Danny va évoluer, tout le monde est nuancé (sauf quelques uns, très très cons ou très très égocentriques) et le récit est emballant, le roman n’a pas traîné sur la table et je n’ai pas soupiré durant ma lecture.

De là à dire que c’est une « Nouvelle trilogie explosive », comme indiqué sur le bandeau-titre… Un peu surfait, je trouve ou alors, il faut vraiment que ce soit explosif et pour le coup, si j’ai apprécié ma lecture, l’univers, les personnages, l’immersion dans la mafia, ça ne vaut pas la trilogie sur les cartels de la drogue (Art Keller).

Malgré tout, je réserverai mon jugement après avoir lu le deuxième tome, parce que justement, dans la trilogie des cartels, c’est surtout le deuxième et le troisième volume qui m’avaient explosé dans la gueule (même si le premier était déjà fort). Il y avait une montée en puissance dans le récit et si cette nouvelle trilogie est dans la même veine, je pourrais m’en prendre plein la tronche avec le volume 2.

Si je n’avais pas lu sa précédente trilogie, j’aurais trouvé ce roman excellent et je lui aurais collé un max en cotation, mais Winslow m’a habitué à des mets plus épicés, plus recherchés, plus fouillés. Son premier tome sur la mafia est très bon, mais ça manque de sel et c’est moins marquant que les cartels, même si j’ai appris plein de choses sur les systèmes mafieux.

Un bon roman noir, un bon thriller, un bon roman sur la mafia, qui se lit tout seul, presque un page-turner, sans pour autant avoir de l’action à gogo, mais venant de Winslow, la barre aurait dû être mise plus haut.

Néanmoins, je lirai le tome suivant avec plaisir, afin de vérifier s’il a rectifié l’assaisonnement..

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°58].

Billy Summers : Stephen King

Titre : Billy Summers

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (21/09/2022)
Édition Originale : Billy Summers (2021)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
L’histoire d’un type bien…qui fait un sale boulot. Billy Summers est un tueur à gages, le meilleur de sa profession, mais il n’accepte de liquider que les salauds.

Aujourd’hui, Billy veut décrocher. Avant cela, seul dans sa chambre, il se prépare pour sa dernière mission…

À la fois thriller, récit de guerre, road trip et déclaration d’amour à l’Amérique des petites villes, Billy Summers est l’un des romans les plus surprenants dans l’oeuvre de Stephen King, qui y a mis tout son génie et son humanité.

Critique :
Billy Summers, dit ainsi, on pourrait penser que c’est le titre d’une chanson des Beach Boys. Un titre qui fleure bon l’été, la plage, la mer, le surf…

Oui, mais non ! Billy Summers, c’est un tueur à gage, un sniper et si vous pensez qu’il est impossible de s’attacher à un tel personnage, je vous détrompe tout de suite, car je l’ai adoré.

Bizarrement, lorsque je lisais ce nouveau du King, je n’avais pas l’impression de lire un Stephen King, mais un Ellory ou tout autre auteur qui a l’habitude de publier des romans policiers « américains ».

Hé oui, il manquait l’élément fantastique auquel je suis habituée, le frisson de l’angoisse, la signature du King.

Certes, Stephen King n’a pas écrit QUE des romans fantastiques ou d’horreur (angoisses) avec des trucs poilus cachés sous le lit, et si quelqu’un s’avisait de résumer l’œuvre du King à ça (sans mauvais jeu de mot), je lui conseillerais de lire les romans de l’auteur et de mieux aspirer sous son lit, afin d’enlever les machins poilus qui se trouvent dessous.

Non, pas d’élément fantastique, si ce n’est une allusion à l’Overlook Hôtel et à ses animaux taillés dans les buis (toujours flippant).

Maintenant, si vous êtes à la recherche d’un thriller trépidant qui speede, faudra aller voir ailleurs, le dernier-né du King possède de longs moments de calme où le truc le plus trépidant sera un barbecue entre voisins ou une fête foraine.

Certains pourraient trouver que 560 pages, c’est long, surtout s’il ne se passe pas grand-chose, puisque Billy, notre sniper, doit s’incruster dans le quartier avant son contrat, se planquer une fois le tir réussi et qu’ensuite, il passera beaucoup de temps sur les routes pour s’enfuir, se venger…

Oui, ça pourrait paraître long, même si dans mon cas, ce ne le fut pas. L’effet « Stephen King », sans doute, celui qui pourrait me parler de météo que je m’amuserais tout autant. Parce qu’il ne faut pas croire non plus que notre sniper va peindre la girafe et que son père littéraire fera pareil ! Que nenni ! On bouge peu, mais on raconte beaucoup.

Dans son dernier récit, le King nous parlera de cette Amérique trumpienne, des chancres dans certaines villes, des drogues, des armes à feu, bref, de ce qu’il reproche à son pays, en ce compris la guerre en Irak, faite par Bushinette Jr.

Avec une variante en supplément, puisque dans ce roman, nous serons face à un homme qui n’aura pas de soucis avec la page blanche (contrairement à ce qui se passe dans Shining) et qui, lorsqu’il écrit, exorcise ses démons, son écriture devenant une thérapie.

Une chose m’a fait sourire. Lorsque je lis un commissaire Montalbano, de Camilleri, c’est une ode aux bons plats, à la cuisine sicilienne… Par contre, dans ce roman du King, vu que notre Billy va passer beaucoup de temps sur la route et dans les motels, ce ne sera que malbouffe à l’américaine : hot-dog, hamburger, poulet frit,… Purée, le taux de cholestérol de ses lecteurs (et lectrices) ne va pas s’en remettre !

Pour cette rentrée littéraire de 2022, Stephen King nous présente donc un roman plus proche d’un thriller, d’un roman noir (le héros étant un tueur à gage, pour les cancres du fond qui ne suivent pas), que d’un roman fantastique ou d’épouvante. Les frissons seront au rendez-vous lors de deux assauts et mon cœur a battu plus vite.

Un thriller qui ne speede pas, qui prend le temps de dresser les décors, d’étoffer ses personnages, même secondaires, de planter des atmosphères réalistes et insérant une histoire dans l’histoire, un roman dans le roman. Et ça, c’est la petite touche en plus, le petit truc extra qui fait crac boum hue.

Ceci n’est pas une déception, loin de là, juste quelques petits trucs qui ont manqué pour en faire un roman inoubliable du King. Billy Summers est un personnage marquant, sympathique, avec ses contradictions, il est réaliste et des plus réussi.

Oui, il aura manqué un tout petit quelque chose pour que le dernier-né du King soit aussi bons que mes préférés. Sans doute ne manquait-il pas grand-chose dans le scénario, son déroulement, pour en faire un truc exceptionnel qui marque à vie.

Il suffirait de presque rien, quelques blablas de moins, pour que je dise que je l’adore, quelques émotions en plus, qui m’auraient prises par la main, pour m’emmener vers le saint des saints et le classer parmi les meilleurs du top du King.

Par contre, pour celles et ceux qui n’aiment pas le fantastique, l’horreur, l’épouvante, alors, ce thriller lent (oxymore, ça, non ?) est parfait pour eux !!

Cul entre deux chaises pour la cotation : 3,85/5 !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°55] et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Thriller.

Crazy Horse – Une vie de héros : Joseph Marshall III

Titre : Crazy Horse – Une vie de héros

Auteur : Joseph Marshall III
Édition : Albin Michel – Terre indienne (2007)
Édition Originale : The journey of Crazy Horse (2004)
Traduction : Renaud Morin

Résumé :
Avec Sitting Bull et Geronimo, Crazy Horse est l’une des figures les plus charismatiques de la résistance indienne aux États-Unis. Sa personnalité, son étonnante victoire sur le général Custer à Little Big Horn, sa mort tragique et prématurée en 1877 ont fait de lui un véritable héros qui, aujourd’hui encore, fait figure de symbole pour les Indiens d’Amérique. »

Les coutumes qu’il a pratiquées, les traditions qu’il a suivies, les valeurs qu’il a incarnées sont encore viables aujourd’hui parce qu’il a fait son possible pour les conserver. Il les a défendues en vivant en accord avec elles et en se battant pour elles.

Pour toutes ces raisons, Crazy Horse sera toujours mon héros », dit l’écrivain et historien lakota Joseph Marshall.

Jamais encore l’un des siens n’avait entrepris de raconter le destin exceptionnel du chef sioux.

Dans ce livre émouvant, fruit d’années de rencontres et de recherches, l’auteur du Cercle de la vie brosse un portrait  » intime  » de Crazy Horse et nous invite à découvrir de l’intérieur la passionnante culture des Indiens des Plaines.

Critique :
L’Homme Blanc a réussi le tour de force de transformer des gens autonomes en personnes assistées ! Du socialisme inversé, en quelque sorte.

C’est du très mauvais socialisme celui qui asservi les gens, ce clientélisme juste bon à s’assurer la passivité (ou les votes, chez nous) de ces nouveaux assistés, qui sans les colis alimentaires, auraient bien du mal à subsister là où les a parqué, alors qu’avant, ces Indiens n’avaient besoin de personne pour survivre.

Pas de quoi pavoiser, l’Homme Blanc est roublard, il se réservera toujours le droit de diminuer les colis donnés, de ne pas respecter les contrats, de ne pas en donner autant d’années qu’il avait été prévu et les colis n’étaient jamais composés que de nourriture avariée, casseroles, instruments agraires ou vêtements défraichis. Oui, le peuple de Red Cloud a été eu… ♫ Paroles et encore des paroles ♪

Cette biographie de Crazy Horse, basée sur des témoignages et sur les récits oraux de ses ancêtres Amérindiens, est romancée. Non pas que l’auteur a raconté des choses fausses, mais contrairement à d’autre livres sur les chefs Indiens, il met en scène l’Histoire, même s’il n’y a pas de dialogues.

Elle commence avec sa naissance et son enfance. Jeune enfant aux cheveux clairs, il était souvent la cible de moqueries des autres gamins (nous n’avons pas le monopole), mais jamais il ne se rebella, ne s’énerva et il acquit ainsi un statut de guerrier juste, pas un fou prêt à tout, mais un homme réfléchi.

Tout allait bien dans la tribu des Sioux, jusqu’à ce que l’Homme Blanc emprunte la piste avec ses chariots, ne chassent les bisons de par sa présence massive, de par ses chasses massives, de par sa frénésie de l’or, de par ses envies de s’étendre et parce que l’Homme Blanc, telle une nuée de sauterelles, détruisait tout sur son passage, Nature, animaux et être humains qui ne vivaient pas comme eux.

Il est marrant (si j’ose dire) de voir que là aussi, le conflit a commencé avec une vache ! Je dis ça parce que gamine, à l’école, nous avions appris l’histoire de la Guerre de la Vache (qui a donné son nom à une route et qui fit 15.000 morts – merci Wiki), histoire célèbre dans mon plat pays (avec la bataille des éperons d’or).

Ici, tout pareil : une vache maigre se promène, sans propriétaires, arrive dans le campement des Indiens, qui la tue, la mange et lorsque le proprio Mormon hurle à l’assassinat de sa vache, ça dégénère, car il refusa les deux bons chevaux proposés en dédommagement par les Indiens et ensuite, des soldats vinrent au campement et tuèrent un chef qui était paisible. Et tout bascula ensuite…

Cette biographie romancée est très intéressante, une fois de plus, c’est une mine de détails, d’Histoire, de culture du peuple des Sioux (divisés en plusieurs peuples) et mon sel regret sera que l’auteur parle peu de la bataille de Little Big Horn.

Dommage, parce que c’est une bataille importante (même si on connait les détails). Par contre, on aura des récits d’autres batailles. Ce sera dans les pages additionnelles que je comprendrai pourquoi l’auteur ne s’est pas appesanti sur Little Big Horn.

Comme toujours, les Indiens ont été trompés par les Hommes Blancs, grugés, les traités n’ont jamais été respectés et la langue des Blancs est resté fourchue en tout temps, en tout lieu.

Les Indiens, lassés de fuir, lassés de se battre contre des soldats qui ne connaissaient rien de l’honneur (comme les autres tribus indiennes contre qui ils se battaient), ont bien souvent déposés les armes, laissé les Blancs emporter leur chevaux et se sont laissé asservir et corrompre par l’Homme Blanc, qui a réussi à monter les Sioux entre eux, donnant du pouvoir à des hommes qui ne l’auraient jamais eu dans leur tribu. On n’est jamais aussi bien trahi que par les siens…

L’ouvrage se termine par la mort de Crazy Horse, assassiné par l’un des siens, sans doute un meurtre commandé par Red Cloud qui voulait rester calife et ne pas partager le pouvoir avec un autre chef, même si Crazy Horse ne demandait rien. La peur de perdre le pouvoir, ça fait toujours agir les humains de manière violente.

Une belle biographie sur ce chef charismatique, une mine d’information pour celles et ceux qui sont intéressées par le sujet, car il n’est pas le seul dont l’auteur parlera.

Le portrait d’un être humain, avec ses défauts, ses qualités. D’un homme qui se dévouait pour son peuple, qui aidait ceux qui n’avaient pas grand-chose (les veuves), parce que c’était son devoir et qu’il n’était pas égoïste, comme d’autres.

Un portrait réalisé au plus juste, loin des clichés habituels qu’on nous a fourré dans la tête, loin des Indiens assoiffés de guerre, de sang, de scalps et de toutes ces conneries des films où les gentils cow-boys, les merveilleuses Tuniques Bleues, affrontaient les vilains méchants Indiens.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022 (dernière fiche).