Scarpetta – Kay Scarpetta 16 : Patricia Cornwell [Par Dame Ida visitant le grenier aux nanars]

Titre : Scarpetta – Kay Scarpetta 16

Auteur : Patricia Cornwell
Éditions : Livre de Poche Thriller (2011/2013)
Édition Originale : Scarpetta
Traduction :Andrea H. Japp

Résumé BABELIO :
Oscar Bane a exigé son admission dans le service psychiatrique de l’hôpital de Bellevue. Il redoute pour sa vie et prétend que ses blessures lui ont été infligées au cours d’un meurtre ; meurtre qu’il nie avoir commis.

Il ne se laissera examiner que par Kay Scarpetta, médecin légiste expert, l’unique personne en qui il ait confiance. À la demande du procureur, Jaimie Berger, Kay se rend à New York City et entreprend cette enquête avec son époux Benton et sa nièce, Lucy. Elle n’est sûre que d’une chose : une femme a été torturée et tuée, et d’autres morts violentes sont à craindre.

Kay se lance et très vite une vérité s’impose : le tueur anticipe avec précision où se trouve sa proie, ce qu’elle fait, et pire encore, les avancées des enquêteurs. Kay Scarpetta devra faire face à l’incarnation du mal…

L’avis de dame Ida :
Tiens… Il y avait un vieux Cornwell qui traînait dans ma PAL depuis quelques dizaines d’’années…

Une copine m’en a refilé tout un lot de vieux « poche » qui moisissait dans un coin (le rangement du nouvel an conduit à redécouvrir ses vieilles possessions oubliées)…

Ce roman est le seizième volume de l’intarissable série des enquêtes du Docteur Kay Scarpetta, médecin légiste créé par Patricia Cornwell et au travers de laquelle l’auteur projette beaucoup d’elle-même à travers ses personnages féminins.

Dans les commentaires, lors de mes échanges avec Dame Belette, notre inénarrable hôtesse de ces lieux, j’égratigne régulièrement Patricia Cornwell, à l’instar d’un Desproges à chaque fois qu’il parlait de Marguerite Duras.

La différence entre Duras et Cornwell, c’est que l’originalité de l’écriture de Duras était constitutive du talents que certains lui trouvaient, bien qu’il ne fît pas l’unanimité, justement de par son caractère parfois déroutant.

Pour Cornwell, ce qu’aiment certainement ses fans, c’est qu’elle n’a pas réellement de style, ce qui rend ses griffonnages facilement accessibles pour qui supporte les longueurs qui permettent à l’auteur de vendre ses ouvrages au poids à ses éditeurs et aux personnes souffrant d’Alzheimer, de pouvoir suivre (quoi que…).

Bordel à cul ! Arrivée au quart du roman j’étais sur le point d’abandonner car il ne s’était encore rien passé de décisif, Benton et la Procureur Berger étant encooore en train de blablater de l’affaire en tournant en rond, disant et redisant les mêmes choses, lâchant parfois une info importante noyée dans les répétitions, obligeant le lecteur un la lectrice à tout se fader s’il/elle veut comprendre la suite.

Je ne vous parle même pas de la séance peu crédible de Benton chez sa propre psy dont les remarques incisives flirtent avec l’analyse sauvage, sans parler du fait que Benton au point où il en est de sa carrière serait supposé ne plus avoir besoin de tels services… Mais bon, je dis ça et je dis rien…

Et pendant ce temps, Scarpetta n’avait toujours pas fini l’examen du témoin/suspect qui avait réclamé d’être examiné par elle.

Ben oui, c’est comme ça aux States ! Un témoin/suspect qui ne s’est encore vu reprocher aucune charge, mais a choisi de se faire interner, peut exiger de faire déplacer un médecin légiste d’un autre État (qui paiera le billet d’avion ? Scarpetta ? Le suspect ? Le contribuable?) pour une consultation avec la bénédiction des autorités locales et la complicité du mari de la dite experte…

Mari qui, lui-même, a examiné le témoin/suspect sur le plan psychologique, puisque Benton, profiler du FBI donne aussi dans les expertises psychologiques. Je passe sur le problème déontologique ou légal de l’affaire : deux spécialistes apparentés ne peuvent pas en principe expertiser une même personne…

Certes les lois états-uniennes peuvent être fluctuantes d’un état à l’autre mais les principes généraux de l’éthique sont les mêmes partout… D’ailleurs, le fait d’avoir transigé avec les règles va les mettre un peu dans l’embarras. Ce n’est pas pour rien que les règles déontologiques existent. Et on comprend mal qu’une institution judiciaire, qui peut voir la moindre décision cassée pour un vice de forme, puisse s’arranger des règles ainsi.

Déjà dès le départ ce n’est pas crédible deux secondes ! La starification d’un légiste et le fait qu’un témoin/suspect impose ses exigences à un procureur qui y cède ! N’importe quoi ! D’autant qu’il n’y a que dans le roman et dans quelques séries états-uniennes à la mode que les légistes interviennent de manière aussi active dans le travail d’enquête en allant sur le terrain ou en interrogeant les témoins ou suspects !

Dans la vraie vie les légistes restent dans leur morgue à découper du cadavre et à disséquer des organes ! Et vu le nombre de corps qui arrivent sur leurs tables où la montagne de paperasses que doivent traiter les chefs de services de médecine légale, il est plus qu’improbable qu’un légiste, chef de service, ait le loisir de s’aventurer sur le terrain.

Pas certaine qu’on lui en laisse le droit sauf pour les premières constatations après la découverte d’un corps, et encore, il faudrait que la covid ait décimé son équipe car un chef de service ne se déplace pas sur le terrain en temps normal !

Et par ailleurs, excusez moi… Mais il s’avère que je connais bien les expertises psychologiques et les tests soi-disant utilisés par Benton (les ayant utilisés moi-même en bilans à l’époque où j’en faisais), et franchement, les comptes-rendus qu’en fait Benton ne sont que des approximations pathétiques. Un/e étudiant/e en deuxième année ferait mieux !

Et si les rapports d’autopsies pondus par Scarpetta et sur lesquels sont fondées les enquêtes sont d’une qualité équivalente aux yeux d’un vrai légiste, on s’étonnera de la renommée cosmoplanétaire de Scarpetta que les administrations et universités états-uniennes s’arrachent ! Sans compter les erreurs judiciaires potentielles que des approximations peuvent entraîner !

Ah oui… On nage en pleine mégalomanie rampante. L’auteur a fait de son héroïne LA star intergalactique de la découpe médico-légale, et elle et son mari, au terme d’un mercato fédéral délirant, se sont vus proposer un pont d’or alliant enseignement universitaire et mise à disposition de leurs hautes compétences au profit d’une administration conquise d’avance. Rien que ça ! On les veut partout ces cadors ! On se les arrache! Elle passe même régulièrement sur CNN !!!

Mais qui y croit ??? Ben pas moi. Et c’est ça mon problème. Quand je lis un polar « à prétentions » (ben oui, on est dans une revendication de crédibilité en rapport avec les pratiques expertales, un champ scientifique pointu et les systèmes judiciaires et policiers américains), j’attends au moins ne pas devoir avaler des couleuvres, et que l’auteur respecte ses lecteurs en maîtrisant son sujet. Les super-experts qui blablatent et assènent des conneries sur un ton sentencieux ça ne passe pas. Surtout quand en plus ils ont choppé le melon.

Corwnell, l’auteure des aventures de Scarpetta est une ancienne chroniqueuse judiciaire… Elle s’est peut-être beaucoup renseignée ou documentée sur tout le charabia professionnel des légistes, des autopsies et autres expertises psychologiques… Mais visiblement elle est loin de maîtriser son sujet et ses coupables approximations ne résistent pas à un œil un minimum informé.

Je reconnais que je suis exigeante sur ces questions et à la limite très mauvais public. J’aime être rassurée sur le fait qu’un romancier en sache réellement plus que moi et se soit vraiment renseigné de manière pointue sur les thèmes dont il parle. Or j’avoue que ça me pose souvent problème quand je lis. Quand un auteur fait des bourdes sur des sujets que je connais assez bien… ben le mécanisme de « suspension d’incrédulité », nécessaire à ce que je puisse adhérer à ce que je lis, ne fonctionne plus et je passe le reste du livre à grincer des dents, voire à chercher la prochaine bourde quand j’en ai déjà repéré plusieurs. Je n’aime pas qu’un auteur puisse parier sur ce que j’ignore pour me vendre un bouquin.

Je n’aime pas trop parler de ma vie professionnelle sur le net mais je résumerai pudiquement en disant que je connais trèèèès bien le cadre médico-psychologique et en particulier dans certaines de ses connexions avec le secteur judiciaire ainsi que les questions d’expertises.

Forcément, j’avoue être facilement exigeante pour ne pas dire intransigeante quand je vois certains polars surfer médiocrement sur la vague médico-psy-légal, parce que ce registre peut en effet fasciner pas mal d’amateurs.

Pourquoi ne pas contribuer à informer les lecteurs correctement sur la vérité ? On peut écrire des histoires très correctes en restant dans les clous de la réalité ! On n’est pas obligé de transformer ça en roman de « science fiction » !

C’est que je trouve important pour ne pas dire capital d’informer correctement les gens sur ces sujets et de ne pas entretenir les lecteurs dans une visions faussée des choses que les auteurs finissent en plus par s’emprunter les uns aux autres.

Certaines séries de polars sont très carrées et respectueuses des champs professionnels mis en avant… Les bouquins de Tallis, d’Allen Carr, ou dans un univers plus contemporain les enquêtes de Frieda Klein sont parfaitement contextualisés et cela ne nuit pas au suspens et à l’intérêt que l’on peut avoir à lire.

Bref, là je vous raconte trop ma vie (mes enfants adoooorent ça… car après ils peuvent se moquer de leur Mamie qui radote !), mais c’est parce que je me sens obligée de vous expliquer pourquoi je si crispée avec les auteurs qui bâclent un peu leur travail de documentation quoi qu’ils en disent. Et comme ça m’arrive très souvent, voire de plus en plus souvent quand je propose une fiche, je pense que je vous devais quelques explications.

Pour paraphraser une vieille pub Orangina© : « Pourquoi est-elle si méchante ? » « Parce que ! »

Anybref, il y avait bien longtemps que je n’avait pas lu un « Scarpetta », mais des décennies plus tard, au bout de quelques pages je retrouve cette sensation d’écœurement semblable à ce que nous éprouvons au terme d’un repas de Noël ou de réveillon de Saint Sylvestre, après avoir repris trois fois du foie gras et du blanc moelleux, avant la dinde farcie aux marrons et une bûche trop pleine de crème au beurre et de sucre.

Trop c’est trop ! Et quand le repas est trop riche et trop long (n’oublions pas la rétribution à la page ou au poids que les longueurs font suspecter), il est fréquent qu’on ne puisse pas arriver au bout, à moins de faire comme les romains de l’antiquité et d’aller se faire vomir entre deux pages.

Ne reculant pas devant les efforts pour sa copinaute Dame Belette, Dame Ida a persévéré consciencieusement face à ce menu trop gras et trop chichiteux pour arriver au bout de sa critique ! (Dame Belette, mettant en page l’article, l’en remercie).

Malgré mon accablement découragé face à la page 110, je me suis accrochée. Ben oui, l’enquête allait bien finir par trouver un rythme correct à un moment donné… Mais il a fallu attendre d’arriver au milieux du roman pour que ça commence à ressembler à quelque chose.

Mais ne nous réjouissons pas trop vite : chaque personnage impliqué refaisant l’enquête dans son coin à un rythme de sénateur, et ayant besoin d’en parler aux autres et de répéter ce qu’il a déjà découvert devant nos yeux ébahis, là encore ça mâche et ça remâche les mêmes éléments en permanence et de temps à autre une nouvelle étape de raisonnement émerge… Doucement… Lentement…

Et je passe sur les rivalités et coups de pute que les « gentils » se font parfois entre eux pour tirer la couverture à eux-mêmes. Ça ralentit le rythme, certes, mais au moins c’est un détail un peu réaliste quand même ça ! Pfff…

Quant aux tergiversations relatives aux ambivalences incessantes des personnages principaux les uns pour les autres, leurs failles psychologiques, là aussi vous n’y couperez pas.

Cela étant, comme Benton et Scarpetta sont maintenant mariés après avoir été amants alors que Benton était encore marié avec une autre, on échappe aux insupportables passages introspectifs interminables où Scarpetta était déchirée entre son désir et son éducation de petite bourgeoise, et où elle reprochait aux autres ses propres travers avec une sévérité telle que j’avais envie de lui mettre des claques.

Mais que les amatrices de drames Harlequinesques se réjouissent : Les grands névrosés que sont Benton et Scarpetta ne peuvent vivre l’harmonie conjugale pour autant… Ce serait trop simple. Et en plus sa nièce déjantée Lucy va encore pécho !

Encore réveillées les copinautes ? Vous ne dormez pas encore ? Courage ! J’ai presque fini ! Ben oui je ne vais pas vous raconter la fin de cette intrigue plutôt retorse et sympathique.

En effet, c’est pour ça qu’elle arrive encore à plaire Patricia Cornwell, malgré toutes les faiblesses irritantes que je trouve à cette série : c’est qu’elle a une imagination assez redoutable pour élucubrer des personnages de méchant bien zinzins aux mobiles bien tordus et aux modes opératoires tout aussi déments et suffisamment fins pour faire durer l’enquête et mobiliser autant de serviteurs de la Vérité et de la Justice pendant plusieurs centaines de pages.

Hélas c’est tout ce qui rend ma critique déséquilibrée : j’ai pu passer beaucoup de temps à vous dire ce qui m’est devenu insupportable avec le temps avec cette série de romans (oui je vous entends de loin « Mais pourquoi qu’elle lit ça si elle aime pas !!! »), mais je ne peux pas vous dire précisément ce que j’ai bien aimé quand même, car le faire en étayant mon propos supposerait que je vous en dise trop sur une intrigue que je ne veux surtout pas déflorer.

Car oui, Scarpetta c’est mon plaisir littéraire coupable ! Je déteste plein de choses dans cette série (son manque terrible de réalisme, l’ego surdimensionné de l’auteur qui filtre à travers son personnage principal hyper idéalisé et quasi tout puissant… les longueurs introspectives interminables qui nuisent au rythme) mais on ne pourra pas lui enlever ça : Cornwell a un réel sens et un réel talent de l’intrigue.

 

Ladies with guns – Tome 1 : Olivier Bocquet et Anlor

Titre : Ladies with guns – Tome 1

Scénariste : Olivier Bocquet
Dessinateur : Anlor

Édition : Dargaud (14/01/2022)

Résumé :
L’Ouest sauvage n’est pas tendre avec les femmes… Une esclave en fuite, une indienne isolée de sa tribu massacrée, une veuve bourgeoise, une fille de joie et une irlandaise d’une soixantaine d’années réunies par la force des choses. Des hommes qui veulent les maintenir en cage.

Des femmes qui décident d’en découdre, et ça va faire mal. Ladies with guns est l’histoire de la rencontre improbable entre des femmes hors du commun refusant d’être des victimes. Un western iconoclaste et jubilatoire où rien ne vous sera épargné.

Critique :
Le western a toujours été mon dada, surtout en bédé, alors, j’ai sauté sur l’occasion de découvrir cette bédé en avant première via #NetGalley.

Dès les premières cases, on est happé par les mystères qui entourent cette jeune fille dans une cage et ensuite, difficile de lâcher l’album avant la fin.

La chronologie de l’histoire ne suit pas une ligne du temps rigide, les auteurs ayant pris soin de nous raconter le passé de certaines femmes à rebours.

Cette bédé est bourrée d’action, c’est le moins que l’on puisse dire. Difficile de s’embêter avec toutes les péripéties qui arrivent à ces femmes.

Entre nous, ne la laissez pas sous les yeux des petits enfants, la violence est bien présente et les auteurs abordent certains sujets délicats comme l’esclavage et la pédophilie, même si jamais le scénario ne sombre dans l’exagéré (ou le voyeurisme) et que tout cela est montré assez rapidement.

Mais bon, un enfant pourrait se demander pourquoi un adulte, qui ne porte pas de pantalon, veut abuser d’une jeune esclave plus que mineure d’âge.

Il est souvent reproché au western d’être un monde super machiste, peuplé de mecs qui jouent avec des révolvers (jouer avec sa bite est mal vu en société), boivent comme des trous, exercent des violences sur les femmes, ont tous les droits, flinguent à tout vent, pincent les fesses et prennent ce que les femmes ne veulent pas leur donner…

Bref, la phallocratie dans toute sa splendeur ! Dans cette bédé, lorsque les mecs voudront en remonter aux femmes, ils trouveront à qui parler car nos gonzesses ne sont pas de celles qui se laissent faire.

Tout le sel du récit se trouve concentré dans ces 5 femmes que tout sépare. Seules, elles auraient un peu de mal à y arriver (hormis l’amérindienne), mais réunies, auront une force de frappe bien plus grande. L’union fait la force, c’est bien connu.

Voilà donc une bédé western qui, tout en respectant les codes du genre, s’en affranchi pour donner la part belle aux femmes.

L’action est omniprésente, la violence aussi puisque nous ne sommes pas dans un Lucky Luke, mais dans une bédé plus réaliste et qu’en ces temps-là, c’était la jungle, l’Ouest !

Malgré tout, l’humour n’est pas oublié dans les dialogues et les expressions des visages sont très bien rendues. Un vrai plus, dans une bédé, lorsque les visages ne sont pas figés, mais expressifs. Les couleurs sont très belles aussi…

Les bases de l’histoire sont posées, l’album est de la dynamite qui pète dans tous les sens. De mon côté, je serai au rendez-vous pour la suivant. J’espère juste que le scénario du second saura prendre un autre chemin que le côté bang-bang du premier, afin de donner un peu plus de profondeur à l’histoire, de la faire évoluer après le final hautement violent.

Parce que l’action c’est bien durant un moment, mais ça ne saurait pas « rester continuer durer » pendant plusieurs albums. Et puis, le croque-mort risquerait encore de se retrouver sans planches pour faire les cercueils…

Une belle découverte ! J’ai eu raison de me fier à mon instinct, ainsi qu’à la couverture et au titre qui disait tout. Yes ! Merci #NetGalley.

#Laideswithguns #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton : Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin

Titre : Mauvaise réputation – Tome 1 – La véritable histoire d’Emmett Dalton

Scénariste : Antoine Ozanam
Dessinateur : Emmanuel Bazin

Édition : Glénat (02/06/2021)

Résumé :
« Qui nous sommes vraiment, nous les Dalton « . 1908. Oklahoma. Emmett Dalton n’est plus un criminel depuis longtemps. Il a payé sa dette à la société, il se contente d’une existence discrète et tente même parfois de visiter l’église pour prier – sans trop de succès pour cette dernière activité.

Aussi lorsqu’un producteur de cinéma lui propose de participer à l’écriture d’un film consacré aux méfaits de sa légendaire fratrie, il se méfie, refuse, puis réalise finalement qu’une chance lui est offerte : évacuer le mythe, rétablir un semblant de vérité et sauver la réputation de sa famille.

Les quatre frères Dalton ne sont pas nés hors-la-loi. Au contraire ! Ils ont tous endossé le rôle de Marshal à l’aube de leurs carrières, et c’est n’est pas de plein gré qu’ils ont plus tard embrassé des vies de fugitifs…

Qui d’autre qu’Emmett, seul survivant, pour déterrer ces douloureux souvenirs et conter sans hypocrisie la véritable histoire des Dalton.

Critique :
Tout le monde connaît les Dalton, ils sont bêtes et méchants. On connaissait moins les aventures de leurs illustres cousins, juste que c’était Lucky Luke qui les avait mis hors d’état de nuire.

Faites table rase de ce que vous savez sur ces bandits, l’Histoire n’est peut-être pas celle que l’on nous a racontée… Même si elle était bourrée d’humour.

Les planches sont faites d’aquarelles et si au début j’ai eu un peu de mal avec elles, au fur et à mesure de ma lecture, je m’y suis adaptée, trouvant les dessins des visages très bien exécutés. Les couleurs sont assez claires, sobres.

Ce premier album nous raconte la véritable vie du gang Dalton, par l’entremise d’Emmett Dalton, le dernier survivant. Il va raconter leur vie à un producteur de cinéma et, bien que la fiction se même sans doute à la réalité, les frères Dalton sont des gars bien sympathiques dans cet album. N’ayant pas été lire la vérité vraie, je ne puis me prononcer.

N’ayant pas le crime dans le sang, nos frangins étaient même des marshal, au service de la loi. Hélas, représentant de la loi, ça ne paie pas bien son homme et les Dalton quitte leur boulot pour devenir cow-boy.

Quelques combines pas très légales, le vol bête de l’argent du poker suite à des tricheries de la part des autres joueurs et voilà nos frères engagés sur le mauvais côté de la route, sans pour autant que cela soit irrémédiable ou catastrophique. C’est léger comme conneries, pas de quoi en faire des bandits.

Là où tout fout le camp, c’est lorsqu’on les accuse de l’attaque du train de la Wells Fargo et qu’eux ne se laissent pas faire. Normal, lorsqu’on se trouve à l’autre bout du pays et que personne ne veut écouter votre alibi, il y a de quoi être vénère.

C’est plus du western mélancolique, crépusculaire, que du western bang bang. Les flash-back sont bien intégrés dans le fil de l’histoire, les cases de souvenirs s’insérant dans celles du récit de manière harmonieuse.

Un belle bédé western qui se fait témoignage prenant, nostalgique et qui donne un autre éclairage sur les frères Dalton, loin de l’interprétation amusante de Morris dans Lucky Luke, remettant la banque au milieu du village et nous montrant que parfois, des gens biens, peuvent devenir hors-la-loi plus vite que leur ombre, suite à des injustices ou pour tout simplement pour manger à leur fin.

Vivement la suite de ce témoignage d’Emmett Dalton !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XXX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 78 pages).

 

Deadpool Assassin : Cullen Bunn et Mark Bagley

Titre : Deadpool Assassin

Scénariste : Cullen Bunn
Dessinateur : Mark Bagley

Édition : Panini Comics – 100% Marvel (07/04/2021)

Résumé :
Les aventures de Wade Wilson le conduisent à la Nouvelle-Orléans, où il se fait de nouveaux amis mais surtout de nouveaux, et puissants, ennemis ! La Guilde des Assassins en a après Deadpool, et ses pouvoirs de guérison vont être mis à rude épreuve !

Les albums consacrés à Deadpool rencontrent toujours un franc succès, a fortiori lorsqu’ils proposent des histoires complètes.

Et si on ajoute que cette nouvelle aventure est imaginée par Cullen Bunn, auteur de la Massacrologie, et Mark Bagley, le dessinateur d’Ultimate Spider-Man, on obtient un hit en puissance !

Critique :
Ce comics est excellent pour se vider l’esprit, pour passer une petite soirée tranquille, sans se prendre la tête.

Il est sans doute à réserver aux fans du mercenaire disert qui souhaiteraient lire un Deadpool plus canonique.

Rien à redire sur les dessins, ils sont bien exécutés, dynamiques, très agréables pour les yeux, bref, un régal.

Le dessinateur Mark Bagley a bien fait le job, nous offrant des dessins lisibles, avec moult détails, notamment dans les expressions faciales sous le masque de Deadpool.

Comme d’habitude, les blablas de Deadpool sont dans des phylactères de couleurs jaunes, ce qui permet de mieux les repérer et comme notre mercenaire est une vraie pipelette, le jaune est plus présent que les autres.

Dans ces deux épisodes, Wade Wilson, affrontera les assassin de la guilde du même nom, ce qui donnera de l’action, de la baston et des gros méchants pas beaux, des super vilains qui veulent tous faire la peau de notre ami.

Pourquoi ? Parce que notre mercenaire voudrait prendre sa retraite sur une île paradisiaque et pour se faire, il lui faut du fric. Avec son ami La Fouine, qui lui trouve des contrats, le voici en train de protéger un type que la guilde veut dézinguer.

On reste dans le classique : baston, humour, parlotte, action, sang, morts, membres découpés… Ça gicle un peu dans tous les sens, sans vous tacher les mains, mais je suppose qu’il faudra tenir l’album en dehors des yeux des enfants très jeunes.

Deadpool, on le sait, a des règles, une certaine éthique : il tue, d’accord, mais des salopards !

Sans révolutionner le genre, cet album est plaisant à lire, fait du bien au moral et offre un Deadpool comme je les aime : blagueur et bagarreur. Oui, il y a de la violence, c’est gore à certains moments, mais l’humour de Deadpool compense.

Nous sommes sur de l’histoire assez classique, mais le scénariste s’est réservé le droit de surprendre ses lecteurs (sauf si vous voyez venir les entourloupes) et j’ai apprécié cette surprise que moi, je n’avais pas vu venir.

Apparemment, ce sera une saga en 6 volumes, mais ce premier tome se suffit à lui-même et ne se termine pas sur un cliffhanger. L’avenir me dira si j’emprunte les albums suivants ou pas (j’ai tellement à lire encore).

Deadpool Assassin n’est pas un album indispensable, en effet, pourtant, il est très agréable à lire, mettant en scène un Deadpool plus canonique et est parfaitement accessible aux néophytes qui n’auraient que peu de connaissance sur le mercenaire en rouge et noir (♫ j’exilerai ma peur, J’irai plus haut que ces montagnes de douleur ♪).

Un comics que je suis contente d’avoir découvert.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°109] et Le Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Pays : États-Unis).

Durango – Tome 18 – L’otage : Yves Swolfs et Giuseppe Ricciardi

Titre : Durango – Tome 18 – L’otage

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Giuseppe Ricciardi
Édition : Soleil (17/11/2021)

Résumé :
Durango sauve deux américains poursuivis par des pistoléros mexicains, maîtresse et conseiller financier d’un homme fortuné, John Glazer qui gère ses investissements au Mexique depuis son hacienda de Tucson. Le fils de Glazer est retenu prisonnier par les guérilleros qui exigent une rançon pour sa libération. Glazer charge Durango de ramener son fils à Tucson.

Critique :
Durango fait partie de mes chouchous en matière de western, au même titre que Blueberry ou Undertaker. Après 5 ans de diète, le retrouver dans une aventure procure une joie immense.

La couverture, très belle, très attirante, avec un Durango aux yeux plissés, chevauchant, l’air déterminé, en compagnie de bandits mexicains, m’avait fait monter la température dans la librairie.

Hélas, j’attendais trop de mon Durango et il n’a pas été à la hauteur, que ce soit au niveau du scénario, très basique ou des dessins de Iko, à la ramasse pour cet album, alors que je les avais appréciés dans le tome 17.

Les couleurs manquaient de chaleur, alors que nous sommes au Mexique et j’ai trouvé les traits des visages un peu brouillons, surtout celui de Durango. La couverture a été composée par son père de toujours, Swolfs, mais les planches d’Iko n’ont pas été à la hauteur.

Le scénario est classique : des bandits mexicains, un trésor, un fils à papa enlevé et détenu en otage, le paiement d’une rançon et personne qui ne fait confiance à l’autre.

Ce qui me gêne le plus, ce n’est pas le côté conventionnel de l’histoire, mais la manière dont elle est racontée : sans piments, sans pep’s, sans ce qui faisait le sel d’un Durango de la première heure.

À voir si la suite de cet album m’offrira plus de profondeur, des surprises et des dessins un peu plus agréables que ceux que le dessinateur nous livre dans ce nouveau tome.

Swolfs se concentre sur les scénarios, mais déléguer les dessins à d’autres n’est pas toujours une riche idée. Les albums étaient plus soignés lorsque l’auteur assurait la totale, nous offrant alors de beaux dessins et des bons scénarios.

Durango, reviens-moi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°108 Bis], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°103] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

American Vampire – Tome 10 – Adieux : Scott Snyder et Rafael Albuquerque

Titre : American Vampire – Tome 10 – Adieux

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Rafael Albuquerque

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (19/11/2021)

Résumé :
À présent destitué de son immortalité, Skinner Sweet a choisi de suivre Pearl et les Vassaux de Vénus dans leur quête. Aidée du Conseil des Aînés, l’équipe sait maintenant quel sacrifice est requis pour empêcher la Bête et le Marchand Gris de conquérir le monde. Mais Pearl et ses alliés sont bien loin d’imaginer ce qui les attend, car face à de tels adversaires, traîtrises et rebondissements sont légion.

Critique :
Enfin le dernier tome, enfin l’affrontement final contre le Marchand Gris et la Bête, qui, à ce moment, n’a pas encore pris sa forme humaine, mais ça ne saurait tarder…

L’album commence en Alaska, avant de basculer dans le temps avec des minis-récits comportant des histoires de vampires ou autres créatures.

Ils étaient intéressants, mais j’aurais préféré passer directement au plat principal au lieu de me farcir les zakouskis de l’American Vampire Anthologie aux dessins pas toujours du même niveau que ceux exécutés par Albuquerque.

Anybref, le final, au moins, n’était pas bâclé du tout ! L’affrontement a eu lieu, je ne vous dirai pas qui a gagné, juste qu’il était magnifique et rempli de suspense.

Déjà qu’après les petits récits d’anthologie, les auteurs nous avaient concocté une surprise de taille qui m’a fait ouvrir grand ma bouche : je ne l’avais pas vue venir, celle-là ! Il faut toujours rabattre les cartes à un moment donné.

Dans l’ultime combat final, ce n’est pas vraiment un combat entre le Bien et le Mal, puisque nos vampires et autres créatures ne sont pas du côté des gentils, malgré tout, il est préférable de devoir vivre avec eux qu’avec la Bête et le Marchand Gris.

Un dernier tome qui ne manque pas d’action dans son final, de rebondissements, de retournements de situations, d’union qui fera la force, de folie, de sang et des aveux de ce cher Skinner Sweet.

Un excellent album qui termine une très belle série que j’ai pris plaisir à découvrir, à lire et que je relirai toujours avec la même passion.

Une série qui a revisité intelligemment les mythes vampiriques, sans les édulcorer, mais en changeant quelques petites choses, sans pour autant dénaturer la créature fantastique qui suce le sang (non, pas les tiques, les vampires on vous a dit).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°104].

American Vampire – Tome 09 – Le grand mensonge : Scott Snyder et Rafael Albuquerque

Titre : American Vampire – Tome 09 – Le grand mensonge

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Rafael Albuquerque

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (27/08/2021)

Résumé :
1976, l’Amérique est ruinée. Au bord de la rupture, les citoyens n’ont plus confiance en leur gouvernement.

Et tandis que les États-Unis s’apprêtent à célébrer leur bicentenaire dans un climat pesant, le Marchand Gris met en place les derniers éléments qui lui permettront, ainsi qu’à son espèce, d’étendre leur domination sur la Terre.

Le souverain vampire trouvera néanmoins sur sa route Pearl Jones et Skinner Sweet, en lutte contre sa toute nouvelle condition.

Critique :
Il m’aura fallu attendre 3 ans avant de lire les deux derniers tomes de la saga American Vampire. Ceux qui l’avaient lu avant moi ont dû poireauter 5 ans. Cela valait-il la peine ? Oui !

Au moins, je ne pourrais pas dire que les auteurs ont bâclé leur final, l’ont expédié trop vite ou, au contraire, l’ont fait durer trop longtemps : à mon sens, on était dans le juste équilibre.

Les dessins de Rafael Albuquerque étaient toujours aussi agréables pour les yeux et les couleurs les mettaient bien en valeur.

Le scénario a poursuivi sa route sur les rails déjà bien tracés : qualité et revisite intelligente du mythe des vampires.

Chez Snyder et Albuquerque, les vampires ne sentent pas l’essence de sapin, ne sont pas des fleurs bleues, mais de vrais vampires suceurs de sang. La particularité des vampires américains est de pouvoir résister au soleil, ce qui les rend plus résistant que la souche carpatique.

Cette série, dès son premier tome, m’avait mordue jusqu’aux sangs, planté un pieu dans le coeur et j’avais avalé les 8 tomes parus à la vitesse d’un vampire assoiffé qui tombe sur une oasis peuplée de bétail à deux pattes.

Cet avant-dernier tome n’est pas avare d’action, d’aventures, de suspense, de mystère et de créatures fantastiques de tout poils. Nos American Vampire doivent contrer le Marchand Gris et La Bête, s’ils ne veulent pas mourir ou être asservis comme les Humains sur la Terre.

L’union faisant la force, on va voir des personnages opposés qui vont devoir s’unir pour le meilleur et pour le pire, ou pour que le pire n’arrive pas.

Le récit reste ancré sur l’Histoire des États-Unis et ses faits les plus marquants, ce qui lui donne un côté réaliste.

Heureusement que je possède le dernier tome et qu’il ne me faudra pas attendre pour découvrir la fin de cette saga vampirique.

PS : la chronique du tome 10 est programmée pour 14h !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°103].

Pulp : Ed Brubaker et Sean Phillips

Titre : Pulp

Scénariste : Ed Brubaker
Dessinateur : Sean Phillips

Édition : Delcourt Contrebande (12/05/2021)

Résumé :
Max Winters, un écrivain de Pulps dans les années 1930 à New York, est entraîné dans une histoire qui rappelle celles qu’il écrit pour cinq cents le mot – des histoires mettant en scène un hors-la-loi du Far West qui rend justice à coups de revolver.

Max sera-t-il aussi efficace que ses héros face à des braqueurs de banque, des espions nazis et des ennemis issus de son passé ?

Critique :
La première chose qui m’a attirée dans cette bédé, c’est la couverture : ses tons orange, la chaleur qui s’en dégageait et l’illustration qui laissait présager bien des choses.

Sans compter le duo d’auteurs dont j’ai déjà découvert une partie de leur œuvre (Fondu au noir et Captain America).

Le récit commence dans un western.

Les couleurs sont dans les tons chauds : des oranges, des jaunes, coloriés à l’arrache, sans suivre les lignes, comme lorsque ma nièce de deux ans colorie… Mais ça donne vraiment mieux dans cette bédé que sur ses gribouillages !

L’histoire se déroulant dans ce western est un pulp (revues populaires très bon marché aux States) et nous comprendrons plus loin ce que ce récit vient faire dans l’autre récit.

Une fois revenu au récit initial, les couleurs reprennent leur juste place et on quitte les tons chaleureux du western en découvrant son auteur : Max Winters, vieil écrivain de nouvelles westerns qu’il vend 5 cents le mot à un magazine éditant des pulps. Oh, pardon, son éditeur vient de diminuer le prix au mot à 2 cent… Chienne de vie !

Le pire viendra ensuite pour Max et la vie se fera encore plus chienne… Bien que ce ne soit pas la vie qui soit une chienne, mais les autres : son patron qui le regarde de haut, l’éditeur qui veut faire des économies, les petites lignes sous le contrat de travail, les petites frappes qui agressaient un Juif dans le métro, les gens impassibles lorsque Max se fait passer à tabac, se fait dépouiller, les sympathisants nazis qui défilent à Times Square…

Les dessins de Sean Phillips sont minimalistes tout en étant rempli de détails dans les décors. Qu’ils concernent les dessins se déroulant en 1939 (le présent) ou ceux du western, qui est un récit dans le récit, avec un parallèle sur la vie de Max Winters en 1895.

Les dialogues sont au cordeau, sans chichis, sans circonlocutions. Ed Brubaker va à l’essentiel, sans pour autant que le fond de son texte en pâtisse. Hitler est au pouvoir en Allemagne et les relents atteignent l’Amérique où la populace acclame le moustachu dans les cinémas, portent le brassard avec la croix gammée et où des riches américains envoient du fric à l’Allemagne d’Hitler.

Cet album est un mélange réussi entre le western, le thriller, le roman noir et les nazis. C’est l’histoire d’un vieil homme au bout du rouleau, qui sait qu’il va y rester un jour, qui ne voit pas le bout du tunnel, qui a perdu son gagne-pain et qui aimerait que sa femme, plus jeune, ne se retrouve pas démunie une fois que sa mort sera venue. Le côté roman noir est bien présent, lui aussi.

Les épisodes western, loin d’être juste là pour distraire les lecteurs, possèdent leur place dans ce thriller et si au début, ce n’était pas vraiment clair, à un moment donné, tout s’éclairera dans notre esprit et les épisodes pulp acquerront toute leur force.

Max Winters n’a rien d’un super-héros, il est vieux, cabossé par la vie, n’a jamais été épargné par elle non plus, a morflé et après une crise cardiaque, il est encore plus diminué qu’avant.

Ne cherchez pas un chevalier blanc dans ce récit, il n’y en a pas et c’est ce qui le rend plus réaliste, lui donne toute sa force. Il n’y a que des gens ordinaires et certains, au lieu de regarder ailleurs, agissent.

C’est clair, c’est net, c’est concis, ça frappe juste où il faut et en peut de mot, l’ancien de la Pinkerton résumera toute la situation à Max Winters.

Un thriller roman noir western percutant, qui prend tout son sens au fil de la lecture, notamment dans le final rempli d’action, avec l’intensité qui monte crescendo avant l’explosion. C’est une pépite bien noire que nous offrent le duo d’auteurs.

C’est aussi un bel hommage au pulp western et au genre en particulier, soulignant la précarité salariale des auteurs de ces petits récits.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°105], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°100], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 72 pages).

Indeh – Une histoire des guerres apaches : Greg Ruth et Ethan Hawke

Titre : Indeh – Une histoire des guerres apaches

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Hachette Comics (22/03/2017)
Édition Originale : Indeh (Signed Edition): A Story of the Apache Wars (2016)
Traduction : Pascal Bataillard

Résumé :
Année 1872. Au coeur des territoires apaches – vaste région déchirée par des décennies de guerres -, Goyahkla, jeune et brave parmi les braves, vient de perdre sa famille et tout ce qui lui était cher.

Une vision l’amène à rejoindre le chef apache Cochise. Il prend ensuite la tête d’une attaque contre le village mexicain d’Azripe, où il fait montre d’un courage insensé. Ce jeune guerrier est dès lors à jamais transformé : Goyahkla sera désormais Geronimo, héros de tous les Indiens d’Amérique du Nord.

Cette attaque n’est qu’un épisode d’un très long combat. Le mot Indeh, qui signifie « les morts », monte aux lèvres des Apaches, chaque fois qu’ils se battent contre l’ennemi et perdent des êtres chers, en défendant leur terre et leur culture.

Le jour où une paix durable semble avoir été atteinte, la guerre paraît enfin terminée… Mais en est-il vraiment ainsi ?

Critique :
Dans cet épais comics, les guerres Apaches seront vues du côté des Apaches, et non selon le point de vue des Tuniques Bleues.

Heureusement que les mentalités ont un peu changées et que maintenant, on comprend que les colons ont été injustes envers les Amérindiens, cherchant toujours le prétexte pour les exterminer.

Et si pas de prétexte valable, on en inventait un, on mettait en scène des massacres dont on accusait les Indiens et hop, c’était reparti pour un tour.

Dans cet ouvrage, il y a peu d’Homme Blanc qui ont la langue droite. Un militaire sera plus indulgent que ses pairs, plus intelligent aussi, comprenant que Cochise n’a pas enlevé de l’homme qui l’accuse et que tout ceci va mal se terminer.

Qu’il est difficile d’être le seul à s’ériger contre les autres, à défendre ceux que personne ne veut défendre, à faire preuve d’humanité, d’écoute, là où tous les autres ne veulent qu’une seule chose : exterminer la vermine Indienne (ce sont leurs mots, pas mes pensées).

La perfidie et la lâcheté des militaires Blancs atteint des sommets de cruauté lorsqu’ils assassineront Mangas Coloradas, venu négocier la paix et qui finira la tête coupée, mise à bouillir dans un chaudron… Non, les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Les Apaches voulaient la paix, leurs ennemis étaient les Mexicains. Suite à des injustices, leur colère va se concentrer sur les Visages Pâles et bien des innocents vont périr.

Lorsque l’on s’attaque à votre culture, à ce qui fait de vous tient à cœur, à vos terres, à votre mode de vie, pour aller vous parquer dans des réserves stériles et vous y laisser crever de faim, il est normal que l’on se révolte. Qui sème le vent récolte la tempête et nos anglo-saxons auraient dû méditer sur cette maxime.

Les dessins, en noir et blanc, sont sublimes ! Les crayonnés mettent en valeur des personnages, les accentuent, en laissant d’autres en arrière-plan. Le scénario était déjà très fort, mais les dessins finissent de vous clouer au fauteuil et rendent les émotions encore plus palpables.

Chronique d’un génocide dont on ne lui donnera jamais le nom… Pourtant, c’est un génocide qui a eu lieu : les envahisseurs Blancs n’avaient pas encore assez avec l’immensité de ce nouveau continent, ils leur fallait aussi le peu que les Indiens possédaient : des terres riches, du gibier et de l’or, qui n’intéressait pas ce peuple car inutile, pour eux.

Les Apaches se disaient « Indah » (les vivants) et à cause des colons, des militaires, ils devinrent des « Indeh » (le peuple mort) : lorsqu’un Blanc tombait, il était vite remplacé, mais lorsqu’un Indien tombait, personne n’était là pour prendre sa place.

L’Homme Blanc était comme un nuage de criquet fondant sur une contrée…

Un roman graphique d’une intensité rare, d’une puissance folle, bourré d’émotions, qui vous serrent les tripes car c’est aussi la chronique d’une mort annoncée, celle d’un peuple qui s’est fait génocider (néologisme offert) pour l’appât du gain, parce qu’il était différent et que l’on ne tolère pas la différence…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°100], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°97].

Un bref instant de splendeur : Ocean Vuong

Titre : Un bref instant de splendeur

Auteur : Ocean Vuong
Édition : Gallimard – Du monde entier (07/01/2021)
Édition Originale : On earth we’re briefly gorgeous (2019)
Traduction : Marguerite Capelle

Résumé :
« Un bref instant de splendeur » se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais.

Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée.

Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Critique :
Ce roman m’avait attiré avec sa belle couverture, son titre beau et énigmatique, son résumé et en plus, il avait recommandé dans l’émission de « La Grande Librairie » (dans la partie des libraires).

Un fils écrit une lettre à sa mère, lettre qu’il lui sera impossible de lire puisqu’elle est analphabète et ne comprend que le Vietnamien.

Le narrateur ne lui cachera pas grand-chose et on se dit qu’heureusement qu’elle ne lira jamais cette lettre dans laquelle son fils parle, entre autre, des coups qu’il a reçu de sa mère.

Je ne sais pas ce que la mère aurait pensé de la lettre de son fils, si elle avait su la lire, mais moi, je me suis ramassée une pelle dans la gueule, et pas dans le bon sens du terme.

Le récit est assez décousu, passant souvent du coq à l’âne. Bon, lors de nos conversations en famille ou entre amis, on saute aussi souvent sur tous les sujets, on divague, on s’éloigne du point de départ, mais si à l’oral, ça marche, à l’écrit, c’est plus confus.

Sans problèmes, j’ai réussi à m’en sortir avec ses digressions, à dérouler le fil de l’histoire, à identifier les membres de sa famille et à comprendre que lorsqu’il parlait du garçon, c’était de lui qu’il parlait, se mettant en scène à la troisième personne du singulier, sans doute pour prendre plus de distance avec le récit, vu que ce qu’il lui arrivait était assez violent…

J’ai apprécié les sujets abordés, assez disparates mais formant un tout cohérent avec le personnage principal : l’exil aux États-Unis, la guerre du Vietnam, le métissage, les syndromes post-traumatiques, l’homosexualité, la difficulté de trouver une place dans la société américaine, les brimades à l’école, te dur travail de sa mère pour s’en sortir, les drogues, le racisme des Blancs envers les plus basanés et celui des Vietnamiens envers les métissés, ceux qui sont trop Blancs pour eux.

Le racisme n’est pas l’apanage de l’Homme Blanc, la connerie existe partout et l’Humain ramène tout à une histoire de couleur de peau ou de race. On le ressent bien dans ce récit, avec la mère du narrateur, fille d’une Vietnamienne et d’un soldat américain.

Le racisme ambiant, qu’il soit au Vietnam ou aux États-Unis est très bien décrit, magnifiquement rendu. Avec peu de mots, peu de situation, l’auteur arrive à nous faire comprendre toute l’imbécilité des gens, quelque soit leur couleur de peau, leurs origines.

La chose qui m’a le plus cruellement manqué, dans ce récit qui avait tout pour me plaire, ce sont les émotions ! Une fois de plus, j’ai eu l’impression qu’elles étaient aux abonnés absents : là où certains passages auraient dû me mettre le cœur en vrac, il ne s’est rien passé, comme si l’écriture n’avait pas su rendre les émotions palpables.

Le manque de dialogues m’a manqué aussi, cela a sans doute contribué à cette impression d’écriture froide. L’auteur a sans doute mis ses tripes dans son roman, mais à aucun moment je ne l’ai ressenti.

Une fois de plus, c’est un rendez-vous manqué avec un roman qui a été salué et encensé par la critique… Si j’ai réussi à tenir le coup durant toute la moitié du roman, la seconde partie fut survolée tant je n’arrivais plus à m’accrocher au récit et à la plume de l’auteur.

Malgré des portraits forts dans ses personnages, malgré un récit qui avait tout pour me plaire, j’ai battu la campagne pendant les 130 dernières pages et me suis enlisée dans la fin du récit, alors que j’avais réussi à apprécier un peu le début du roman.