Dans la vallée de l’ombre de la mort : Kirk Mitchell

Titre : Dans la vallée de l’ombre de la mort

Auteur : Kirk Mitchell
Édition : Folio Policier (08/09/2011)
Édition Originale : Deep Valley Malice (1996)
Traduction : Daniel Lemoine

Résumé :
Au beau milieu du carnage de la Guerre de Sécession, un tueur s’attaque à des femmes Dunkers, ces Baptistes allemands qui refusent de porter les armes pour l’un ou l’autre camp.

Le colonel Simon Wolf, Juif Sudiste engagé dans l’armée du Nord, va traquer le meurtrier jusqu’au bout dans ce gâchis absurde où l’on entasse bras et jambes coupés dans un chariot et où le typhus finit le travail commencé par les armes parce qu’on a installé les latrines de l’hôpital près de la seule source disponible.

Critique :
Des meurtres de civils ont lieu durant le grand carnage de la guerre civile américaine…

Ce sont des femmes Dunkers, des Baptistes Allemands que personne n’aime car ils vivent dans leur coin et surtout, qui n’ont pas voulu prendre les armes durant ce conflit fratricide.

Ils sont contre l’esclavage, même s’ils vivent dans le Sud, ils refusent de prendre les armes contre leurs Frères, vous comprenez bien que tout le monde se fiche qu’on en passe certains par le fil du sabre.

Tout le monde ? Non, un homme résiste encore et toujours à l’indifférence… Simon Wolf est un cas à lui tout seul : colonel, chirurgien, originaire du Sud, opposé à l’esclavage, fils du ministre de la guerre Sudiste et engagé chez les Nordistes.

J’oubliais, il est Juif… Ça ne m’en touche même pas une, mais dans la troupe, il y a des têtes de bois et un Sudiste Juif engagé au Nord, ça fait naître des questions. Oh, il est manchot aussi, depuis la bataille d’Antietam… Il soigne, n’opère plus, mais est chargé de l’enquête sur la mort étrange des femmes Dunkers après en avoir recueilli une.

Virginie, automne 1864, campagne de la vallée de Shenandoah…

Enquêter dans une grande boucherie à ciel ouvert, faut le faire ! Surtout quand on est le seul à vraiment vouloir faire toute la lumière sur cette sordide affaire ! Surtout quand on soulève des inimités à force de vouloir faire la lumière et qu’on suspecte des gradés d’être coupables.

Ne vous attendez pas à une enquête trépidante, l’auteur laisse son personnage prendre son temps, avancer doucement, tomber dans des embuscades, échapper à la mort, se demande ce qu’il fout là.

En fait, je vous dirai que l’enquête n’est là que pour nous parler de la folie meurtrière des hommes, de la soif de sang et de victoires des gradés, prêts à tout pour gagner quelques mètres, quelques collines, pour se faire accrocher quelques médailles de plus sur leurs vareuses.

Custer, Sheridan sont des assassins, des tueurs de masses, autant des soldats du Sud que de leurs propres hommes Nordistes puisque qu’aucun ne compte à leurs yeux. On dirait presque des enfants lançant leurs soldats de bois dans une bataille imaginaire.

Hélas, le sang n’est pas factice, les blessés et les morts non plus et ils sont responsables des montagnes de membres amputés que l’on entasse en tas dans des chariots. Mais pour les soldats, ils sont des héros, des meneurs, des hommes que l’on suivrait même en enfer.

Politiquement, on a monté les habitants d’un pays l’un contre l’autre, pour le prétexte fallacieux de l’abolition de l’esclavage, mettant de côté que le Sud resterait toujours le Sud, qu’il gagne où qu’il perde la guerre. L’auteur nous le fait comprendre dans son récit et c’est avec le cœur lourd que l’on suit cette guerre civile meurtrière.

Un récit qui prend son temps, qui nous plonge dans un bain de sang et de tripes, sans jamais virer au glauque ou au voyeurisme, sans jamais devenir lourd et qui nous expédie, avec un réalisme glaçant, dans une partie de la Guerre de Sécession, dans ses batailles, ses enjeux, ses jeux de pouvoir, mettant à jour les ambitions des gradés.

Une enquête qui ne sera pas facile pour Simon Wolf, un des personnages les plus sympathiques du roman car il a compris depuis longtemps que cette guerre était une boucherie et que rien de bon n’en sortirait.

Un roman policier de guerre qui traînait depuis trop longtemps dans ma PAL ! Merci à Sharon d’en avoir parlé et de m’avoir donné envie de l’en sortir.

PS : joyeux anniversaire à Sherlock Holmes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°163].

Le cinquième cœur : Dan Simmons

Titre : Le cinquième cœur

Auteur : Dan Simmons
Édition : Robert Laffont (15/10/2020)
Édition Originale : The Fifth Heart (2015)
Traduction : Cécile Arnaud

Résumé :
Par une nuit parisienne pluvieuse de mars 1893, Henry James, le célèbre écrivain américain, est sur le point de se jeter dans la Seine lorsqu’un homme l’en empêche. James le reconnaît : c’est Sherlock Holmes. Étrange, car il est censé avoir trouvé la mort deux ans plus tôt dans les chutes du Reichenbach.

Le fameux détective se fait passer pour Jan Sigerson, un explorateur norvégien, et enquête sur le suicide d’une Américaine, Marian Hooper Adams, survenu quelques années plus tôt.

Depuis, à chaque date anniversaire de sa mort, cinq personnes reçoivent une carte ornée de cinq petits cœurs et portant le message suivant : « Elle a été assassinée. » Elles appartiennent au « Cinq de Cœur », une société obscure qui prône la culture.

Henry James accepte, malgré lui, d’accompagner Holmes à Washington et de l’aider dans son enquête. Mais que vient faire Sherlock Holmes, personnage fictif, au milieu de personnages ayant véritablement existé ? Est-il réel ? Ou bien est-il le fruit de l’imagination du Dr Watson ou de Sir Arthur Conan Doyle ?

Critique :
L’énigme du siècle ! Sherlock Holmes et Henry James qui s’associent pour résoudre l’énigme du siècle !

Rien que ça ! Pas celle de l’année ou du mois… Entre nous et rien qu’entre nous, c’est un peu usurpé cet ajout sur la couverture.

L’association aussi est un peu usurpée car le pauvre Henry James n’était pas chaud bouillant pour suivre Holmes et le caractère détestable et autoritaire du détective lui donnera souvent envie de se carapater.

Henry James serra comme un Docteur Watson qui doute des capacités du détective, qui n’a pas envie de prendre des risques et qui aura la chance d’être au bon endroit juste quand il faut, c’est-à-dire quand Celui Qui Rassembla Les Gangs prendra la parole pour leur exposer ses plans sur « Comment foutre le bordel partout ». Mouais.

Un reproche que je ne pourrai pas faire à Dan Simmons, c’est son travail sur l’époque et sur les personnages réels qui se promènent dans les pages de son épais roman. Il maîtrise son sujet, il maîtrise les us et coutumes de l’époque, il sait comment faire évoluer et se croiser les personnages réels…

Et c’est là que le bât blesse :  trop is te veel (trop, c’est trop) ! On passe plus de temps à assister à des dîners et à écouter les causeries de ces messieurs qu’à enquêter à proprement dit. Un peu, ça va, mais à la fin, on soupire de désespoir en se demandant quand est-ce que The Game va être Afoot !

De plus, Dan Simmons a eu envie de réécrire la partie de l’enfance des frères Holmes puisqu’il nous les fait naître dans les bas-fonds londoniens (ok, pourquoi pas mais bon, ça ne colle pas trop) et, par le truchement de Henry James, nous livre une partie des incohérences du Canon Holmésien et des erreurs dans les enquêtes. Cette partie-là, au moins, était assez drôle.

Son Sherlock Holmes ressemble au canonique, sauf pour certaines choses que je ne divulguerai pas (sauf si vous me payez), même si son côté drogué ressort un peu trop à mon goût (Conan Doyle en parlait moins) et que l’auteur a placé son enfance ailleurs que chez des petits propriétaires terriens.

Pour le fait que Holmes comprenne la langue des Indiens Lakota, ça reste tout de même un peu fort (même avec les explications) et que ce soit un membre de la troupe du Wild West Show, présent à l’expo universelle de Chicago, qui l’aide à résoudre son problème identitaire aussi.

Mon dernier problème (oups) concernera le Grand Méchant, Lucan (horrible prénom) qui, devenu le protégé du colonel Moran, n’a qu’une envie, c’est de tuer Sherlock Holmes.

Né auprès d’une mère aimante, enlevé à l’âge de 4 ans par le terrible colonel ensuite, nous n’en saurons pas vraiment plus sur ce personnage important, ne le croiserons jamais avant l’affrontement final…

Son ombre de tueur est là, dans les pages, mais l’auteur ne prendra jamais vraiment la peine de le développer plus, de lui donner de la consistance. Une erreur, selon moi. Comme celle que fit Conan Doyle en sortant le professeur Moriarty de son chapeau, mais lui, au moins, avait des circonstances atténuantes.

Une lecture en demi-teinte. Le côté très documenté sur les personnages réels, les lieux, l’expo de Chicago en 1893 a fini par peser sur l’histoire, à l’alourdir, à ralentir le rythme de lecture. Les enquêtes de Holmes sont souvent foireuses sur du long court et le format des nouvelles va mieux à son talent d’enquêteur que des pavés de 570 pages.

L’énigme du siècle n’en est pas vraiment une, l’enquête de Holmes sur le suicide de Clover Adams n’est pas vraiment une enquête, à tel point que je me demandais si nous aurions le fin mot de l’histoire un jour (tout ça pour ça ?) et j’aurais aimé un final où Holmes aurait posé la question « POURQUOI ? » au petit merdeux de Lucan.

Anybref, un apocryphe bien documenté, qui tient la route « historiquement », mais pas « canoniquement parlant », qui soulève les erreurs de Conan Doyle (nombreuses, on le sait), qui met en scène un Holmes souffrant d’addiction, courant après sa prise d’héroïne (merci Bayer) mais qui est assez lourd à lire du fait que le côté documenté phagocyte l’enquête.

Moins de pages auraient donné plus de rythme.

Merci tout de même au petit moineau qui m’a parlé de ce livre et que j’ai pu aller acheter en librairie afin qu’il intègre ma collection holmésienne (mais pas sur les étagères du haut avec les coups de coeur).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°155].

Wild West – Tome 1 – Calamity Jane : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild West – Tome 1 – Calamity Jane

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (24/01/2020)

Résumé :
Le paysage de Monument Valley, Tsé Bii’ Ndzisgaii, comme disent les indiens navajos suffit à évoquer la Conquête de l’Ouest. À l’arrière d’une calèche, un garçonnet joue ♫ Oh Suzanna ♪ au banjo.

Mais derrière ce décor majestueux à la tranquillité trompeuse, la mort rôde pour faucher sur la route le rêve américain.

Le prologue met le lecteur au diapason du climat de violence qui règne dans l’Ouest sauvage, avec ses assassins et ses chasseurs de tête, ses proxénètes et ses prostituées.

Rien n’arrête la marche du progrès. Alors que le chemin de fer se construit, dans un territoire à feu et à sang, qu’importent les ravages et l’exploitation.

Originaire du Missouri, la famille de Martha Cannary, avant qu’elle ne devienne la célèbre Calamity Jane, avait elle aussi échoué dans sa traversée, livrant l’orpheline à elle-même.

Critique :
Ça canarde sec dans les ruelles puisqu’après Soleil, c’est au tour de Dupuis de sortir une série western réaliste qui aux antipodes de ce bon vieux Lucky Luke.

Mettez de côté la vision de Calamity Jane que Morris nous a donné car ici, nous sommes dans le réalisme et donc dans la violence, le sexe, la prostitution, le sang, les tripes, les magouilles et j’en passe.

Réaliste ne veut pas dire que ceci est la biographie officielle de Martha Cannary, future Calamity Jane !

L’auteur prend des libertés avec ce que fut la vie de Martha Cannary mais il le fait avec brio, alors, pourquoi pas puisque ce n’est pas une biographie ? Nous n’étions pas présent, de toute façon.

Ce western au dessins plus vrais que nature nous offre des personnages détaillés physiquement ainsi que des décors soit magnifiques (Nature), soit glauques (rues des villes). Mais le tout est somptueux et les couleurs ont été choisies avec soin car elles correspondent bien à l’ambiance.

Le prologue, qui commence de manière bucolique, est déstabilisant car sur le moment, je n’ai pas très bien compris où il allait s’inscrire dans l’histoire, puis, j’ai étudié les cases et j’ai supposé que la gamine avec ses couettes était Martha Cannary allant vers l’Ouest avec ses parents avant que le voyage ne tourne au drame.

Après ces deux pages d’intro qui ne sont pas restées idylliques longtemps, nous entrons de plain-pied dans une bédé à la violence omniprésente, tenant plus de la série Deadwood que de La Petite Maison Dans La Prairie. Au cas où certains n’auraient toujours pas compris…

Cette superbe bédé ne met pas qu’en scène notre future Calamity Jane qui apprend violemment que dans la vie, il y a les prédateurs et les prédatés, mais elle nous fait aussi croiser la route de James Butler Hickok chasseur de primes, dit Wild Bill, qui lui expliquera que Dieu a créé un instrument qui donne l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes… Sans doute par l’entremise de Samuel Colt…

Ne cherchez pas la bonté humaine dans ces pages, à cet époque et en ces endroits, elle n’existe pas ou alors, elle n’est jamais désintéressée. Les hommes veulent du sexe et font parler la poudre (ils tirent leurs coups dans tous les sens du terme) et les femmes sont soit bonniches, soit prostituées.

Un excellent album western qui nous montre le far-west de manière réaliste et non pas à la mode Lucky Luke. À découvrir !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°150] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

L’Anomalie : Hervé Le Tellier

Titre : L’Anomalie

Auteur : Hervé Le Tellier
Édition : Gallimard Blanche (30/08/2020)

Résumé :
«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»

En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.

Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.

Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Critique :
Voilà un roman audacieux et qui change de l’ordinaire !

Une sorte de melting-pot entre un roman noir, de la SF, de l’anticipation et roman normal, pourvu de multiples personnages, puisqu’ils seront 11 à nous faire vivre cette expérience de folie de l’intérieur.

C’est déjà en sois une anomalie qu’un roman de la catégorie Blanche commence comme un roman Noir des années hard-boiled avec un assassin insaisissable, avant de basculer dans la littérature dite conventionnelle, puis de flirter ouvertement avec la SF/Anticipation, le tout en changeant sa manière d’écrire selon les personnages, qui, je vous le rappelle, sont nombreux et pourraient faire se crasher le roman.

Pari osé, pari risqué mais pari relevé (Mongénéral, vous m’excuserez pour l’emprunt).

Oui, les différents personnages sont tous et toutes étoffés, sans que l’auteur ait dû écrire des chapitres entiers pour nous les présenter. Chacun à sa manière est différent des autres et tous sont bien typés, pas moyen de confondre l’un avec l’autre.

Comment accepter inacceptable ? Comment réagirions-nous si pareille anomalie nous arrivait ? Comment notre famille, nos amis, nos conjoints(tes) réagiraient devant ce qui ressemble à… À de l’impossible !

Mais l’impossible a eu lieu et maintenant, il faut aller jusqu’au bout de cette anomalie qui risque de déstabiliser bien des familles, touchées ou non en son sein, car elle soulève bien des questions, autant scientifiques que religieuses, financières, juridiques et… éthiques.

Et tac, l’auteur s’en donne à coeur-joie, passant en revue tous les problèmes soulevés, avec humour, même, lorsque les différents représentants des cultes entreront dans la danse, voyez comme ils pensent et riez… Jaune !

Un roman décoiffant, époustouflant, qui change de la popote habituelle, car là, c’est le genre de menu qu’on ne nous sert pas régulièrement en littérature. Il est copieux sans être indigeste, varié, goûteux et à le mérite de faire décoller les lecteurs dans des cieux peu explorés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°147].

 

Les lumières de l’aube : Jax Miller

Titre : Les lumières de l’aube

Auteur : Jax Miller
Édition : Plon Thriller (08/10/2020)
Édition Originale : Hell in the Heartland (2020)
Traduction : Claire-Marie Clévy

Résumé :
30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman.

Le lendemain matin, le mobil home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley, sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête.

L’affaire est restée non résolue et les jeunes filles n’ont jamais été retrouvées.

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de compte sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir.

Critique :
Écrire un roman true-crime n’est pas la chose la plus aisée en littérature car il faut enquêter, mouiller le maillot, se faire accepter par les gens, gagner leur confiance, les faire parler et ensuite, il faut mettre en place toutes les miettes glanées dans le but que cela forme un tout correct et lisible.

Pas de panique, Jax Miller y est parvenue ! Non seulement elle arrive à nous faire revivre les dernières heures de la famille Freeman mais en plus, elle a réussi à rendre tout ce travail de fourmi intéressant, alors qu’elle est arrivée sur les lieux du crime bien des années plus tard…

Pendant que nous passions en l’an 2000 et que le bug prévu n’arrivait pas, une famille perdait la vie dans leur mobil home, dans un trou perdu de la ville de Welsh, Oklahoma.

Ce fut la ruée de toute la ville sur les lieux de l’incendie mais on ne retrouva que les corps des parents Freeman, assassinés, mais pas de trace de leur fille Ashley et de sa meilleure amie, Lauria Bible.

Où ont-elles disparus ? Que s’est-il passé dans la nuit du 30 au 31 décembre ? Qui a allumé le feu, qui a enlevé les filles et d’ailleurs, ont-elles été enlevées ou… ?

Dans les séries télés, les policiers sont toujours intègres et font leur job du mieux qu’ils peuvent, avec passion, avec professionnalisme et s’il y a un mouton noir dans la troupe, il ne fera pas long feu longtemps.

Oui, mais ça, c’est dans la fiction… Dans la réalité, il n’en est rien ! Cette enquête aurait méritée un Horatio Caine ou un Gil Grissom, hélas, les victimes n’ont eu droit qu’à des bras cassés, aux pires flics corrompus de l’Oklahoma qui donnent souvent l’impression de se foutre de cette affaire comme de leur première paire de chaussette.

Si c’est vrai, je me demande si cette affaire a été gérée par l’ensemble d’agences du maintien de l’ordre le plus incompétent ou le plus corrompu de toute l’histoire de l’Amérique.

Souvent j’ai arrêté ma lecture, estomaquée devant tant de foutage de gueule, devant tant de je-m’en-foutisme, devant tant d’égocentrisme, devant tant de mauvaise foi…

Que les policiers aient eu un oeuf à peler avec le père Freeman, c’est une chose, qu’ils en aient eu après son fils, qui n’était pas un ange, c’est une autre chose, mais bon dieu de bordel de merde, il y avait deux gamines de 17 ans disparues, dans l’affaire ! Elles étaient innocentes des conneries des adultes ou du frère de l’une.

Lorsque vous êtes une mère qui a perdu sa fille mystérieusement et que vous devez faire le job des flics parce que eux, ils n’en branlent pas une, il y a de quoi avoir la rage aux tripes. Moi, à la place de la mère Bible, j’aurais tiré dans les fesses des flics…

Dans une partie de l’Oklahoma où les gens ont tendance à la boucler et où les fabricants de meth font la loi, l’auteure enquêtrice n’a pas eu facile à démêler le sac de nœuds des rumeurs, des fausses pistes et des carabistouilles qu’on lui a servie durant ses quatre années d’enquête.

De tout ce fatras d’infos, de ces menaces reçues, des mots à couvert qu’elle a recueilli, Jax Miller, à défaut d’avoir réussi à désigner formellement les coupables (mais il y a de forte chance que les noms qu’elle donne soient les bons), a réussi à extirper les métastases qui rongent cette partie de l’Amérique.

En plus de son enquête détaillée, elle nous livre un portrait peu flatteur d’un société américaine empreinte à la bigoterie et accrochée à ses armes à feu, vivant dans des mobil-home, des maisons délabrées (pas tous), vivotant grâce à des petits boulots, buvant de l’alcool, fumant ou produisant de la meth, le tout dans une partie de l’Oklahoma moribonde dont personne n’avait voulu au moment de son ouverture, du temps de Lucky Luke.

Mon seul bémol sera pour quelques longueurs à un moment donné… J’ai sauté des pages, mais à mon atterrissage, je ne comprenais plus rien, donc, retour au point de saut et j’ai tout lu. Ma foi, une quarantaine de pages n’étaient pas nécessaires, même si elles expliquent bien toutes les chausses-trappes qui se sont trouvées sur le chemin de notre auteure enquêtrice.

Un roman noir très noir, un true-crime qui se lit lentement, car il y a de nombreuses informations à digérer, un boulot titanesque réalisé par l’auteure et par la mère de Lauria Bible, le tout dans un État où les armes sont légion, où l’on vous les sort pour un oui ou pour un non et où la majorité des gens sont bigots (bigoterie et armes à feu, c’est un oxymore, non ??).

Un portrait de l’Amérique peu flatteur, mais ô combien réel, où les policiers sont élus pour 4 années et où bien souvent, ils n’ont aucune expérience, aucun diplôme, sont corrompus, bref, autant faire le boulot sois-même…

Un roman noir qui se déguste avec lenteur, la rage aux tripes, le cœur au bord des lèvres devant tant d’incompétence volontaire…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°145].

West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves : Olivier Peru et Luca Merli

Titre : West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Luca Merli

Édition :

Résumé :
1870, États-Unis. Depuis la signature du traité de Laramie, aucun homme blanc ne doit fouler le territoire sacré des Black Hills. Pourtant une horde de tueurs viole la frontière interdite.

Ils remontent la piste d’un secret capable de détruire les dernières nations indiennes libres.

Mais le plus grand des chefs sioux est sur leurs traces. Sitting Bull et ses braves se mettent en chasse.

Critique :
Si j’avais trouvé que l’album consacré à Billy The Kid était en-dessous de celui de Wyatt Earp, celui sur Sitting Bull va être classé sur une marche tellement haute que tous les suivants n’arriveront jamais à sa cheville (ou alors, va falloir se sortir les tripes).

Ça c’est de l’album ! Un excellent scénario, du rythme, du suspense, un grand guerrier, des salopards, le tout mis en page par des dessins magnifaïks, mes chéris !

Bref, cette lecture fut un pied monumental, un orgasme littéraire en bande dessinées et oui, la bédé peut être autre chose que des p’tits Mickeys, comme le croit trop de gens ignares qui jugent trop vite, sans savoir.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos Indiens, qui sont tout, sauf des moutons. Les Black Hills sont les terres sacrées pour les Indiens, je ne vous dévoilerai rien en vous disant que dedans, il y avait de riches gisements d’or et que le métal jaune rend fou que les Hommes Blancs, mais pas les Indiens.

La nation de pierre que les Blancs construisent partout est vaste et pleine de merveilles de routes, de cités et de bâtiments magnifiques… Quelle pitié qu’elle soit emplie d’hommes comme ce Jeremiah Marcy. Comment leur monde peut-il enfanter des êtres capables de n’aimer qu’une seule chose au point que tout le reste perde toute valeur ? Est-ce l’argent qui rend les hommes fous ? Qui les pousse à envoyer leurs frères à la mort pour posséder toujours plus de cette chose immatérielle qu’ils appellent la richesse ?

Un groupe d’hommes s’est introduit dans les terres sacrées des Black Hills, poursuivant un autre groupe qui s’est introduit aussi en schmet (roublard, profiteur – mot Marocain) sur le territoire sacré qu’un traité interdit pourtant de fouler, et tout ce petit monde est pisté par un mini commando de peaux-rouges.

Tout le monde est là en stoemelings (en cachette – mot Bruxellois) et notre bande de rastacwér (individus peu fiables – mot Wallon) va trouver une couille dans le pâté, ou plutôt, un truc pas net dans la viande séchée.

Cupidité, vols, envie, colonisation, massacres, mépris, appropriations par la violence, spoliations, déportations, mensonges, reniement de sa parole, coups de putes, bref, tout ce qui fut l’apanage de l’Homme Blanc lorsqu’il mit les pieds sur les terres des Amériques (et ailleurs aussi, ne nous leurrons pas) où les Amérindiens vivaient depuis des siècles.

Oui, tout ça est résumé dans un seul album, en quelques pages pour commencer, juste de quoi bien remettre les faits dans leur contexte et donner au lecteur un portrait de ce que certains furent, à une époque donnée : des salopards d’assassins, des voleurs de Terres, des menteurs. Et comme le chantaient si bien les Poppies ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Cet album est magnifique, je l’ai déjà dit et je m’en fous, je me répète pour que ça rentre bien dans vos petites têtes et je vous conseillerais même de le lire « po n’nin mori bièsse » (pour ne pas mourir idiot, comme on dit en Wallon) ou tout simplement, pour passer un excellent moment en compagnie de Sitting Bull et d’un Blanc pas tout à fait comme les autres.

Un album engagé, un album au rythme trépidant, mais sans jamais aller plus vite que la musique, des personnages forts, sympathiques, attachants (Sitting Bull et le Grayback), des méchants ayant de l’envergure, de la puissance, un ennemi implacable, des conditions météos merdiques et un scénario bien pesé, bien détaillé, qui frappe là où il faut.

Putain, j’en veux encore des comme ça, moi !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°139]. et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris : Jul et Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (02/11/2018)

Résumé :
Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d’achever la future Statue de la liberté.

Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu’à Paris.

C’est un choc culturel pour le cow-boy qui, non content de traverser l’Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Critique :
Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué que ça que d’arriver à faire un Lucky Luke post Morris qui tienne la route et qui ait des petits airs de ce que nous avions avant.

Hélas, pas de petits jeux de mots savoureux comme Goscinny savait en faire (même si Morris ne le laissait pas faire, ayant les jeux de mots en horreur et n’en voulant pas dans ses Lucky Luke)…

Malgré tout, on a un comique de situation, des petits travers soulignés, comme avec certains parisiens n’aimant pas les touristes, des personnages connus qui traversent les nouveaux pavés devant la Sorbonne et des petits traits d’humour en droite ligne de notre époque à nous (grève des cheminots, fouilles à l’entrée des prisons,…).

Le voyage de Lucky Luke à Paris ne dure pas tout l’album, avant qu’il ne mette les pieds (et les sabots) dans la ville lumière, il parcourra le far-west avec le sculpteur Bartholdi et la main de la statue de la liberté afin de récupérer des sous pour sa construction.

On reste dans la tradition des Lucky Luke avec les saloons et les types louches, le goudron et les plumes, les danseuses légères, les tirs plus vite que son ombre… Bref, du classique de chez classique, mais ça marche toujours parce que c’est ce qui lui sied le mieux.

Juste une petit interrogation : lorsque Bartholdi et Lucky Luke arrivent à Titusville, célèbre ville de l’album « À l’ombre des derricks » (qui se déroule chronologiquement avant la construction de la statue de la liberté), notre cow-boy explique au sculpteur qu’il s’agit d’une ville qui vit du pétrole mais ne fait aucune allusions au fait qu’il a bien connu la ville !

Pour les puristes, nous sommes loin d’un album Morris/Goscinny au faîte de leur art, mais ne boudons pas notre plaisir lorsque l’album est correct, amusant, drôle, bourré de références en tout genre, de comique de situation et de tout ce qui fait que Lucky Luke est savoureux à lire.

Des comme ça, moi, j’en redemande !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°1XX] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton : Achdé et Jul

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (23/10/2020)

Résumé :
Lucky Luke se retrouve bien malgré lui propriétaire d’une immense plantation de coton en Louisiane. Accueilli par les grands planteurs blancs comme l’un des leurs, Lucky Luke va devoir se battre pour redistribuer cet héritage aux fermiers noirs.

Le héros du far-west réussira-t-il à rétablir la justice dans les terrains mouvants des marais de Louisiane ? Dans cette lutte, il sera contre toute attente épaulé par les Dalton venus pour l’éliminer, par les Cajuns du bayou, ces blancs laissés-pour-compte de la prospérité du Sud, et par Bass Reeves, premier Marshall noir des États-Unis.

Critique :
Lucky Luke, comme beaucoup de personnages de littérature, n’a pas le droit de prendre des vacances ou de se reposer : même dans le trou du cul du far-west, il arrive encore à tomber sur des personnes qu’il connaît bien et adios le repos !

Alors, les Dalton, ils font partie du décor, s’ils ne s’évadent pas, ce n’est pas un vrai Lucky Luke.

Par contre, le premier Marshall Noir, Bass Reeves, lui, on ne l’avait jamais vu dans le petit monde du cpw-boy qui tire plus vite que son ombre.

Oui, Bass Reeves, ou le River Bass de la bédé du même nom et qui est plus politiquement correct dans un Lucky Luke que dans la version de Darko Macan et Igor Kordey.

Lucky Luke qui se frotte au racisme du Sud, l’idée est bonne et louable, mais j’ai l’impression qu’on a survolé le sujet sans vraiment entrer dedans et qu’on s’est perdu en cours de route.

Nous sommes dans un Lucky Luke, je comprend que les gars du KKK doivent être caricaturés comme le furent les Indiens, la Cavalerie, les éleveurs, les bandits… Nous sommes là pour rigoler après tout et se moquer de ces gens est une bonne méthode.

Donc, qu’on en fasse des zozos de carnaval ne me dérange absolument pas. Dans l’univers de Lucky Luke, les Méchants sont plus bêtes que méchants, mais c’est la manière dont on résout le problème qui m’en pose un.

Le Deus Ex Machina qui réglera le problème de cet album marchait du temps de Morris et Goscinny mais moins dans les nouvelles aventures… Nous avions manqué de profondeur dans le scénario et j’aurais préféré que l’on règle le problème de manière moins… (titre d’une chanson fort connue sur le Rocher).

En 46 pages, Lucky Luke ne passera pas longtemps dans sa plantation, aura peu de soucis comparé à l’histoire du fermier mit du barbelés sur la prairie ou au milieu des O’Hara et des O’Timmins ou face à un juge et son ours apprivoisé…

On survole le tout, on essaie de bourrer un max de références connues (qui sont amusantes, je ne dis pas le contraire), mais ça nous éloigne du sujet principal : la plantation de coton, l’or blanc du Sud.

Pire, les Dalton feront même tapisserie et nous éloignerons une fois de plus de la plantation pour nous mettre face à des Cajuns et leur manière de parler particulière. Une grande référence du Sud, mais en 46 pages, il faut faire des choix drastiques ou faire plus court.

La présence des Dalton donnera quelques scènes d’humour, notamment leur évasion et leur entrée dans les marais, mais de ce fait, l’auteur survolera le sujet des plantations et des esclaves Noirs qui ne l’étaient plus, tout en l’étant encore.

Même eux sont caricaturés à l’extrême et aucun ne ressort du lot pour rester dans nos mémoires comme est resté Sam, le meilleur verseur de café du Mississippi et du Missouri réunis !

Nous sommes loin des albums de Morris/Goscinny de chez Dupuis où les personnages étaient marquants, fort en gueule, sympathiques, amusants, hauts en couleur, mauvaise foi… Des personnages que l’on n’oublie jamais, qui reste dans nos mémoires, autant les méchants flamboyants tel Joss Jamon que les gentils ou les loufoques. De cet album, je ne retiendrai personne !

Un album qui n’est pas mauvais, loin de là, qui possède de l’humour, des situations cocasses, des petites références à des personnages de notre époque et littéraires, un album qui partait d’une bonne intention mais qui n’arrive jamais vraiment à conclure dans le coton à force de se disperser un peu partout pour arriver à tout caser en 46 pages.

Mais au moins, je ne pourrai pas leur reprocher comme dans les autres albums, de mettre en scène des dialogues de films connus (Les Tontons Flingueurs et Rabbi Jacob) pour « Les Tontons Dalton » et « La Terre promise » sans rien inventer de neuf.

Comme je ne suis pas mauvaise joueuse, je lirai encore les nouvelles aventures de Lucky Luke mais mon or blanc à moi restera les albums du duo Morris/Goscinny qui seront très difficile à égaler.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°128].

Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial : José-Luis Munuera et Béka

Titre : Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial

Scénaristes : José-Luis Munuera et Béka
Dessinateur : José-Luis Munuera

Édition : Dupuis (30/10/2020)

Résumé :
Londres 1861. William Russell, journaliste au Times, couvre une grève dans une usine, au grand dam de ses supérieurs qui lui reprochent de se ranger du côté des ouvriers. Pour se débarrasser de lui, la rédaction du journal l’envoie de l’autre côté de l’Atlantique où la guerre de Sécession fait rage.

En Amérique, dans le camp de l’armée nordiste, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield sont chargés d’escorter ce drôle d’observateur anglais, flegmatique et distingué, qui prend des notes sur le champ de bataille en chevauchant une mule.

« La vérité, c’est une question de point de vue ! » s’exclame Blutch dans ce nouveau tome des « Tuniques bleues » coscénarisé par le couple BeKa et Jose Luis Munuera, et dessiné par Jose Luis Munuera.

William Howard Russell (1820-1907) est un journaliste anglais, considéré comme le premier correspondant de guerre. Il a couvert la guerre de Sécession.

Dans l’esprit de la série culte de Cauvin et Lambil, et en attendant la parution du tome 64 en 2021, qui marquera le dernier scénario de Cauvin, les auteurs s’emparent du tandem fétiche pour évoquer l’éternelle tentation d’instrumentalisation de la presse par le pouvoir et la difficulté pour elle de rester objective.

Critique :
Il y deux sortes de passionnés de la bédé : les puristes qui ne veulent pas de reprise par d’autres et les autres que ça ne dérange pas, tant que ça reste dans la ligne éditrices et que les scénarios sont intéressants.

Je me situe souvent le cul entre deux chaises mais pour certaine série (Spirou, par exemple), cela ne me dérange pas la continuité par d’autres alors que pour Blueberry, Astérix, on s’est éloigné de la qualité scénaristiques des albums mères.

Mais je suis ici pour parler de l’album 65 de Tuniques Bleues, paru avant le 64 qui marquera la fin de l’ère Cauvin-Lambil qui prennent leur retraite de cette série mythique. Ça me désole, mais ces derniers temps, les albums des Tuniques Bleues ne m’enchantaient plus au niveau du scénario et je trouvais qu’on tournait en rond.

Le trait de Munuera, je le connais de longue date, ayant lu Les Campbell, Nävis et Zorglub. Malgré tout, après 60 albums dessinés par Lambil (4 premiers par Salvérius), il faut un peu de temps pour s’habituer à une autres manière de dessiner les personnages. Souvent, dans les expressions, je revoyais celles des personnages des autres séries du dessinateur Munuera…

Le scénario est excellent et j’ai été étonnée de voir un journaliste du Times de Londres aller jouer l’envoyé spécial sur la Guerre de Sécession, mais effectivement, c’était logique que d’autres s’intéressent au conflit.

William Russell, le journaliste du Times, a tout son flegme britannique et son but à lui, c’est de raconter la guerre telle qu’elle se déroule, de ne pas cacher le nombre de morts, la folie de ce conflit fratricide, de l’imbécillité de certains généraux, le tout, sans prendre parti pour un camp ou un autre.

Si les ronds-de-cuir et les militaires voulaient un journaliste pour leur tresser des lauriers à leur gloire et à leur cause, ils remarquent vite qu’ils se sont fourré le sabre dans le cul, jusqu’au coude et décident de mettre un bâillon sur ce journaliste qui oublie de censurer ses articles, ou de les tourner dans le bon sens du Nord, comme certains firent durant la Première Guerre Mondiale.

À l’Ouest, il y a du nouveau car cet album, même s’il manie toujours l’humour, va plus en profondeur dans les personnages, dans leurs réflexions, leurs actions et les auteurs n’hésitent pas à montrer ce que peu de gens aimeraient voir : une coalition entre les dirigeants des deux camps ! La guerre est une affaire politique.

Je me suis régalée avec ce tome 65 et cela faisait longtemps que je ne prenais plus autant de plaisir à lire mes Tuniques Bleues, sauf à relire les anciens albums (jusqu’au 27, j’adore, entre le 28 et le 36, c’est inégal, au delà, je ne les relis jamais).

La thématique de la presse utilisée par le pouvoir sur place pour son propre bien à lui, dans le but de faire de la propagande ou de minimiser les faits existe depuis toujours et il n’est pas toujours simple pour un journaliste ou son journal de rester objectif devant des menaces, des dessous de table, des tentatives de musellement.

Et encore, durant la Guerre de Sécession, les journaux n’appartenaient pas à des millionnaires/milliardaires/industriels/ et le chantage à la publicité n’avait pas le même impact que maintenant (même si le nerf de la guerre est toujours le fric, le fric, le fric, le fric – et non pas des frites sur l’air des Tuches).

Un excellent album qui renoue avec ce que j’aimais dans cette série : de l’humour mais aussi de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°121].

Un Océan de Rouille : C. Robert Cargill

Titre : Un Océan de Rouille

Auteur : C. Robert Cargill
Édition : Albin Michel Imaginaire (02/01/2020)
Édition Originale : Sea of rust (2017)
Traduction : Florence Dolisi

Résumé :
Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer.

Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète.

Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance,le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

Critique :
Parfois, ça fait du bien au moral de lire un roman de SF post-apocalypse…

Si, si, savoir comment on risque de finir, ça remet les choses à leur juste place : on est poussière et on retournera poussière (ou engrais pour la terre).

L’Homme est ainsi fait, il se tire lui-même les balles dans les pieds et scie la branche sur laquelle il a posé son cul.

Anybref, il est l’artisan de son propre déclin, tout en entraînant le déclin des autres vivants qui ne lui ont rien demandé. L’Homme est partageur.

Dans ce roman post-apo, l’Homme n’a rien trouvé de mieux que de se prendre pour Dieu et de créer des robots, des Intelligences Artificielles à son image et un peu trop intelligente puisque la créature a annihilé ses créateurs quand ces derniers ont décidé des les éteindre. Nous ne sommes pas des robots, nous sommes des êtres vivants libres.

La créature ayant été crée à l’image de ses créateurs, le lecteur a parfois l’impression que les robots sont des humains puisqu’ils agissent comme tels, réfléchissent comme eux, ont les mêmes envies, les mêmes peurs, bref, mimétisme parfait, anthropomorphisme trop réussi.

De plus, les robots ont foutu le bordel partout et foutu en l’air la Terre mieux que nous le l’aurions fait. La faute aux UMI (Unification Mondiale des Intelligences) qui veulent être calife à la place des autres califes et se sont exterminées entre elles pour le contrôle total des robots.

Ce roman de SF a des allures de Mad Max version boite les conserve, de film de grosses bastons à d’autres moments, le tout émaillé de réflexions philosophiques, de rébellion, de révolte, de prise de conscience, d’individualisme… Bref, c’est un pot pourri bourré de références à notre univers à nous et au cinéma SF.

Heureusement qu’un certain équilibre a été gardé, sinon, on aurait eu droit à l’indigestion. Mais l’auteur a su réaliser un bon découpage, alternant les phases d’actions pures et dures avec les explications de ce qui s’est passé durant la révolte et l’extermination des Humains. L’inconvénient est que ça vous coupe dans les phases d’action.

Les robots sont très semblables à nous, la différence étant qu’ils possèdent une technologie que nous n’avons pas dans nos corps, même si cette technologie fait partie de notre quotidien puisque l’on parle de Wifi, de RAM, de disques durs. Ce sont des robots intelligents, certes, mais avec de la technologie de PC ! Pas de création folle de la part de l’auteur.

C’est peut-être ce qui a manqué à ce roman : de la créativité, de la prise de risque. Les robots que nous côtoyons sont attachants, surtout Fragile (et même Mercer qui veut la tuer pour chiper ses composants dont il a besoin pour survivre) mais l’anthropomorphisme un peu trop poussé fait que bien souvent, au cours de ma lecture, je les ai vu humains, trop humains, terriblement humains.

Si le lecteur lambda ne se sentira pas perdu face à la technologie dont parle l’auteur, ceux qui cherchaient un peu d’audace risque de rester sur leur faim puisque rien de neuf dans le robot qui regroupe à peu de chose près ce que tout smartphone ou PC recèle, l’intelligence en moins (et les jambes, les bras, la tête… en moins).

Ça n’en fait pas un mauvais roman SF post-apo, que du contraire, j’ai apprécié le voyage dans l’Océan de Rouille, cette quête de liberté, cette recherche de ses propres composants afin de ne pas s’éteindre, cette humanité qui transparaît dans certains robots, le côté road trip infernal pour échapper aux terribles Intelligences Mondes qui ont tout pour faire de parfait dictateurs tyranniques et autocrates, mais ça manquait d’un grain de nouveauté, de folie, de prise de risques.

Un bon roman SF post apo, un moment de lecture très agréable, une immersion dans un genre qui ne m’est pas familier (et pourtant, j’avais l’impression de déjà-vu), des robots attachants mais rien de neuf sous le soleil et pas vraiment de prises de risques de la part de l’auteur.

Dommage, il y avait matière à explorer pour sortir vraiment des sentiers battus et nous offrir autre chose que du « classique ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°115].