Elfes – Tome 21 – Renaissance : Jean-Luc Istin & Kyko Duarte

Titre : Elfes – Tome 21 – Renaissance

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte

Édition : Soleil Productions Heroic fantasy (20/06/2018)

Résumé :
Lanawyn a promis à Lah’saa de trouver le moyen de changer les elfes Noirs Lea’yn et Feda’yn en elfes Rouges.

Alors que le lien qui l’unit au crystal bleu semble de plus en plus distendu, elle et ses alliés doivent affronter mille périples afin que puisse renaître la dynastie Rouge.

Mais dans l’ombre, certains se sont ligués et ont engagé la compagnie Noire pour les empêcher d’accomplir leur dessein.

Critique :
Le Rouge et le Noir ? Non, juste le Rouge qui est devenu Noir et que l’on va tenter de faire redevenir Rouge, et nous ne parlons pas de couleur politique, je vous assure.

Lanawyn, l’Elfe Bleue a promis de transformer deux Elfes Noirs en Rouges, afin de faire renaître ce peuple assassiné.

Ces deux machines à tuer qui ont reçu leur formation dans la terrible citadelle de Slurce appartenaient au peuple des Elfes Rouges auparavant.

Pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas, on ne nait pas Elfe Noir, mais on le devient… Une mutation intervient et directement ceux de la citadelle le savent et viennent vous quérir.

N’allez pas croire que tout le monde a envie de voir renaître le peuple des Rouges… Lanawyn va avoir fort à faire, aidée de ses guerriers bleus et tout dévoués afin de déjouer les tentatives de meurtres sur leur personnes.

N’allez pas croire non plus que nos deux Elfes Noirs sont les meilleurs potes du monde ! Lea’yn semble haïr Feda’yn et ce dernier n’est pas très copain non plus avec son homologue féminine. Ça risque d’être difficile d’en faire les nouveaux concepteurs de leur ancienne race…

Le chemin vers la renaissance sera semé d’embûches, donc (sinon, c’est trop facile), de pièges, d’attaques, de traitrise, de sabotage et, cerise sur le gâteau, nos Elfes vont embarquer un Orcs bien connu, Turuk ! Oui, le sexy Turuk est de la partie aussi et là, j’ai fait la danse de la joie.

Si la fantasy n’a rien inventé, empruntant comme les autres genres à notre monde, elle ne se prive pas non plus d’emprunter à des films ou autres œuvres bien connues.

J’ai vu un mur immense pour empêcher des choses d’entrer (GOT), j’ai vu un mage qui avait tout d’un Gandalf, j’ai assisté à une bataille de 10 contre 300, dans le style de celle du Gouffre de Helm (LOTR), une espèce de Hulk en version moins sympa (Marvel), une Compagnie Noire (Glen Cook) et les habituels génocides familiers de notre Monde réel.

Une fois de plus, les dessins sont à la hauteur de leur ambition, donnant des paysages féériques, même sur l’eau et le scénariste n’étant pas un manchot, il nous propose du très bon au niveau de l’aventure et du challenge à relever par les Elfes Bleus.

Comme ce n’est pas un imbécile, il nous propose un méchant charismatique, un autre mystérieux, ainsi que des Elfes Noirs au passé aussi sombre que leur âmes, eux qui se sont rendus coupable de choses horribles qui vont à l’encontre de tout.

Deux Elfes qui, avant de pardonner à l’autre, devront se pardonner à eux-mêmes et s’allier au lieu de se haïr.

Un récit haletant, bourré de fuite afin de ne pas se faire tuer par la Compagnie Noire, de combats pour sauver sa peau, quelque soit sa couleur, de questionnement pour savoir qui ne veut pas de la renaissance des Rouges et qui a ordonné leur massacre.

Du boulot pour Lanawyn, le tout sous l’égide d’un grand Mage qui va devoir, lui aussi, tout donner afin d’arriver à remplir sa mission. Non, personne ne va se la couler douce dans ces pages.

Une fois de plus des dessins magnifiques et un scénario servi au petit poil !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Les spectres de la terre brisée : S. Craig Zahler

Titre : Les spectres de la terre brisée

Auteur : S. Craig Zahler
Édition : Gallmeister Americana (23/08/2018)
Édition Originale : Wraiths of the Broken Land (2013)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Mexique, été 1902. Deux soeurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au coeur des montagnes.

Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette.

Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy cultivé, ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante.

Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

Un western impitoyable qui balaie tout sur son passage, comme un film de Tarantino au volume poussé à fond.

Critique :
Si vous cherchez un western tranquille et gentillet, évitez absolument ce dernier titre sorti des écuries prolifiques de Gallmeister car vous risqueriez la crise cardiaque tant la violence est omniprésente et sans concession aucune.

« Une assemblée de chacals » était déjà brut de décoffrage, mais malgré tout, j’ai trouvé ce roman plus brutal et il n’y avait pas un goût de betteraves ou de pommes pour adoucir ce tord-boyaux bourré de poudre de revolvers et de dynamite.

On pourrait lui reprocher le fait de ne pas donner des masses d’indications sur ses personnages principaux, cette troupe d’hommes hétéroclites. Ils seront esquissés au plus près, détaillé à la serpe et vous n’en saurez pas des masses sur le dandy Nathaniel Stromler qui accompagnera la famille Plugford (John Lawrence, le père et ses deux fils : Stevie l’alcoolo et Brent le rancher), un Noir affranchi, un Indien et un tireur d’élite aussi sombre que la nuit.

Pourtant, malgré le peu de détails que l’on aura sur les différents personnages, la plume de l’auteur arrivera tout de même à leur donner de la consistance, de la présence, comme si nous avions chevauché avec eux, partageant la même quête pour retrouver les deux filles enlevées.

Ce que j’ai aimé, chez l’auteur, c’est que les femmes ne sont pas des faibles créatures et les deux sœurs Plugford nous le démontreront à plusieurs reprises, même s’il faudra attendre plus longtemps pour Yvette.

Par contre, on a l’impression, lorsqu’on lit les chapitres, que tout est agencé à la manière d’un film, rendant la lecture très visuelle. Tout est prétexte à faire des scènes d’action violentes et aucune torture ou autre saloperie ne nous sera épargnée. Ici, tout le monde est noir dans son âme et la fin justifie tous les moyens.

Si les 100 premières pages m’avaient parues un peu longues, les 300 suivantes sont passées telle l’express de 23h brûlant tous les signaux, faisant ronfler la chaudière au risque de la faire exploser.

Petit bémol : à force de faire des scènes d’action et d’avoir un rythme fou, le fond est sacrifié sur l’autel de la forme. La profondeur des actions de vengeance est inexistante et les dialogues sont très typés westerns violents. Quant à l’humour, il est aussi noir qu’un café serré fabriqué au pétrole brut.

Ce qui donne, finalement, l’impression que le chien se mord la queue et qu’a force de s’amuser dans l’écriture de son western sombre, l’auteur a oublié de nous monter une véritable intrigue. L’action c’est bien, mais un scénario, c’est mieux.

Attention, je ne dis pas que ce roman a une intrigue sur ticket de métro, mais on a un sentiment de vacuité, un sentiment de manque, un vide. Nom de Zeus, il ne manquait pourtant pas grand-chose pour en faire un excellent roman comme l’assemblée de chacals, sans pour autant perdre de vue le côté violent des personnages et de leur expédition vengeresse.

Malgré ce petit bémol, ce fut une lecture jouissive de par son côté très visuel des scènes d’action.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (400 pages).

 

Les diables de Cardona : Matthew Carr

Titre : Les diables de Cardona

Auteur : Matthew Carr
Édition : Sonatine (16/05/2018)
Édition Originale : The Devils of Cardona (2016)
Traducteur : Claro

Résumé :
1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d’Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe.

Est-ce l’œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l’identité, et qui a promis l’extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ?

La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l’islam en secret.

À la veille d’une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d’une famille juive, est chargé de l’enquête.

Très vite, les tensions s’exacerbent entre les communautés, une véritable guerre de religion se profile. Et les meurtres continuent, toujours aussi inexplicables.

Entre l’Inquisition et les extrémistes morisques et chrétiens, la tâche de Mendoza va se révéler ardue.

Critique :
Espagne, 1584… Non, je n’irai pas passer mes vacances dans le petit bled de Belamar de la Sierra !

Je viens de mener une enquête difficiles aux côtés de Bernardo de Mendoza – magistrat à Valladolid – de son jeune scribe Gabriel (♫ tu brûles mon esprit ) et de Luis de Ventura.

Durant notre périple de 450 pages, j’ai manqué de mourir 10 fois et c’est contente d’avoir échappé à tous les traquenards tendus pour nous évincer de cette enquête que j’ai terminé cette lecture.

Les guerres de religion, elles sont toujours latente, les braises sont chaudes et elles ne demandent qu’un petit souffle pour embraser une région où cohabitent vieux-chrétien et morisques, ces Musulmans espagnols qui furent convertis par la force au catholicisme.

Le vieux-chrétien se sent toujours plus chrétien que le morisque et à la limite, plus catholique que le Bon Dieu lui-même ! Et je ne vous apprend rien sur le fait que l’on voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien et que les plus grands catholiques ne sont jamais ceux qui se prétendent l’être.

L’enquête que le magistrat Bernardo de Mendoza va mener sur la mort du curé, sur celles de trois bergers, sur le viol des bonnes sœurs et les attaques de vieux-chrétien ne sera pas simple et il faudra marcher sur des œufs afin de ne pas attiser les braises de la haine qui couvent toujours.

Ni rameuter l’Inquisition qui ne se sent plus dès qu’on parle de tortures ou de bûchers et qui est sans cesse à la recherche de nouveaux clients afin de tester ses machines de la mort qui tue. La délation étant sa plus fidèle amie, cette petite entreprise ne connait pas la crise…

Dans cette gigantesque partie d’échec, des mains invisibles déplacent les pions que sont les habitants de la région de Cardona, les montañeses, les enquêteurs et tous les autres.

Pas besoin d’avoir fait des hautes études si l’on veut déclencher une guerre, il suffit de faire en sorte que l’on ait de bonnes excuses pour attaquer l’autre et la meilleure est de faire croire à tout le monde que ces derniers vous ont attaqué lâchement. Holmes n’a pas l’apanage du déguisement…

Dans ce polar historique, l’auteur prend le temps de nous présenter l’Espagne telle qu’elle était en ce temps-là, avec ses mentalités un peu rétrograde (pour nous en 2018 qui n’avons plus peur de l’Église), ses vieilles haines de l’Autre, ses conversions de force des Musulmans au Catholicisme, la surveillance étroite sous la laquelle ils se trouvent tout le temps, les esprits aussi étroit que le cul d’une nonne vierge, les anciennes guerres de religion, bénies par le Pape lui-même…

L’esquisse des personnages se fait au fur et à mesure, certains étant plus facile à cerner que d’autres, mais en tout cas, ils étaient eux aussi bien dans leurs bottes et dans leur époque, le tout sans manichéisme, même si les Méchants sont retors, lâches, envieux, violeurs, maîtres-chanteurs, concupiscent, obsédés du sexe (biffez la mention inutile selon le personnage).

Le climat est malsain, ça pue la délation et le chantage à tout va, la violence est omniprésente, mais sans jamais devenir exagérée ou inutile. Nous ne sommes pas dans le pays des Bisounours non plus !

Une enquête difficile, remplie de pièges, où il faut faire preuve de diplomatie si on ne veut pas voir la région d’embraser, déjà qu’on a jeté de l’huile sur le feu et que tout le monde est prêt à se sauter à la gorge…

Un thriller policier historique mené de main de maître, avec brio (avec qui ?), sans en rajouter, porté par une écriture qui frappe comme une épée lors d’un combat, le tout sans jugement des personnes qui croient au même Dieu mais lui donne un nom différent.

Magistral !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

[Sherlock Holmes] La malédiction de Nephrem-Kâ : Sophie Bellocq-Poulonis

Titre : La malédiction de Nephrem-Kâ

Auteur : Sophie Bellocq-Poulonis
Édition : l’Oeil du Sphinx (30/03/2012)

Résumé :
Bien que la mort de Lord Thorndyke, le linguiste émérite, semble des plus naturelles, elle n’est pourtant pas sans rappeler celle du richissime négociant en tabac, Jack Finley, survenue quelques semaines auparavant dans des circonstances similaires.

Cela n’a pas échappé à l’esprit aiguisé de Sherlock Holmes pour qui ces décès sont à rapprocher de celui de Philip Lovecraft, repêché au pied d’une falaise du Sussex,et à relier au passé commun des trois hommes lesquels ont participé à la mise au jour de la nécropole de Nephrem-Kâ, le pharaon maudit que l’Egypte ancienne s’est empressée d’effacer de son histoire.

Ces disparitions successives raniment le spectre de la malédiction dont on avait dit qu’elle frapperait tous ceux de l’expédition Finley.

D’aucuns évoquent à mots couverts la colère du dieu Cthulhu dont la violation du tombeau de Nephrem-Kâ aurait déchaîné la colère.

Critique :
Souvenez-vous, le 4 novembre 1922, ce fut la découverte de la tombe inviolée de Toutânkhamon.

Non, tout comme vous, je n’y étais pas…

Le 26 novembre, Carter et Lord Carnavon pénètrent dans le tombeau. Imaginez la scène…

Sur le mur, il y a une tablette qui fut bien vite escamotée où il était écrit : « La mort abattra de son aile quiconque dérangera le repos de pharaon ».

Je vous laisse faire vous-même le bruit du roulement de tambour ou la musique angoissante du film « Les dents de la mer », de « Psychose » et même de « L’exorciste », si vous voulez.

Ce qui devait arriver arriva… bon nombre d’entre eux moururent pour avoir osé troubler le repos du pharaon ! Fin de la musique angoissante.

Pourquoi je vous cause de ça ? Parce que dans ce pastiche holmésien, Philipp Lovecraft (oui, l’écrivain !!) et toute sa clique ont découvert le temple d’un pharaon tellement maudit que son nom n’est inscrit nulle part !

Aucun égyptologue ne le connaît ! Nephrem-Kâ, qu’il se nomme. Vous le connaissiez, vous ?? Moi pas !!

À côté de lui, le nom du pharaon hérétique Akhenaton fait figure de « populaire », c’est vous dire que le nom de Nephrem-Kâ fut effacé.

Seul Lovecraft résistait encore et toujours (à l’envahisseur ?) afin de prouver au monde entier qu’il avait raison quand il soutenait l’existence de ce pharaon maudit.

Et ce qui arriva en 1922 à l’expédition de Carter survint à celle de Lovecraft, et ce, bien avant, étant donné que tous les membres de l’expédition seront retrouvés soit morts, soit disparu, soit dingo après avoir découvert le temple du pharaon maudit qui s’était déjà écroulé sur eux lors de leur entrée.

Certains esprits superstitieux évoquent, à mots couverts, la colère du dieu Cthulhu dont la violation du tombeau de Nephrem-Kâ aurait déchaîné la colère.

Sherlock Holmes, avec son esprit aiguisé, a déjà fait le lien entre le décès de Philip Lovecraft, repêché au pied d’une falaise du Sussex et il a relié au passé commun des trois hommes qui avaient participé à la mise au jour de la nécropole de Nephrem-Kâ, ce pharaon maudit que l’Égypte ancienne s’était empressée d’effacer de son histoire.

Bien entendu, on ne la fait pas à Holmes ! Un pharaon qui se venge au travers de sa tombe ou un espèce de monstre à tête de pieuvre mal lunée, ça ne prend pas.

Il va donc enquêter…

J’avoue que j’avais tout de même une petite appréhension à l’entame de cet ouvrage parce que je savais pas ce que l’auteur avait décidé : du vrai fantastique sauce « X-Files » ou du fantastique en apparence alors que c’est du tangible, avec des vrais meurtres perpétrés par des humains ?

Bien que j’ai soupçonné directement le coupable et compris sa supercherie ainsi que sa mystification (c’était trop gros pour moi, un truc pareil), je ne m’attendais pas à un tel mobile.

De ce côté là, c’est bien.

Par contre, niveau digestion de toutes les explications qu’un professeur d’université donne à Watson, c’était un peu lourd !

Le récit n’est pas très palpitant car trop lent, trop surchargé d’explications en tout genre sur le pharaon ou le Cthulhu.

Bref, un 2,5/5 mais la demi étoile n’est pas permise.

Quoi ? Non je ne vous dirai pas si la vérité était ailleurs ou sous notre nez. Vous êtes grand assez que pour ne plus croire à tout cela…

Solomon Gursky : Mordecai Richler

Solomon Gursky - Mordecai Richler

Titre : Solomon Gursky

Auteur : Mordecai Richler
Édition : Du Sous-Sol (2016)

Résumé :
Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois parler de Solomon Gursky. Ce personnage mystérieux deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’un homme et d’une famille dont les origines sont drapées dans le mystère.

Nous entraînant dans les bas-fonds londoniens du XIXe siècle, en Arctique avec l’expédition de Franklin, dans l’Amérique de la prohibition, dans les paysages vallonnés des Cantons-de-l’Est d’hier et d’aujourd’hui, des hauteurs de Westmount jusqu’aux ruelles du Mile End, Solomon Gursky est un puissant récit qui nous captive par sa verve et son humour mordant.

Des grands romans de Mordecai Richler, il s’agit sans doute du plus ambitieux, car il met au monde une riche mythologie, à la mesure de la destinée des Juifs en Amérique.

c4ff07bdeb24e1f375fddb00b1b8a7daCritique :
Petite voix discordante dans toutes ces éloges pour ce roman… Parce que moi, j’ai aimé certains passages mais pas tout le roman. On peut en scalper une partie ?

C’était suite à une chronique élogieuse chez une copine blogueuse que j’avais acheté cette brique de 633 pages. L’objet est beau, tout blanc, couverture gaufrée, on aurait bien peur de le salir.

J’avais plus que hâte de le lire et il m’aura fallu une laborieuse semaine pour en venir à bout, littéralement aux forceps et même à la vêleuse à certains moments !

Nom de Zeus, pour un roman qui porte le nom de Solomon Gursky, l’un des protagonistes, il n’en parle pas assez à mon goût.

J’aurais aimé en savoir plus sur ce fameux Solomon ainsi que sur son grand-père, Ephraim, sur leur voyage en traineau dans le Grand Nord lorsque ce dernier enleva Solomon dans son traîneau tiré par des chiens.

Ce fut, selon un motif récurrent dans sa vie, un dangereux mélange de vanité, de concupiscence et de témérité qui précipita la chute d’Ephraim.

Mais j’ai dû ronger mon frein jusqu’à la page avant de recevoir mon dû et me gaver de leurs histoires. Et malgré tout, je ne sais pas encore tout…

Entretemps, durant 400 pages, on peut dire que l’auteur m’a aguiché, titillé, fait monter ma curiosité avec des passages consacrés à ces deux hommes hors-normes et juste quand j’étais bien ferrée, que j’étais immergée dans l’histoire, l’auteur changeait de main et faisait retomber mon plaisir en coupant ces merveilleux récits avec celui de Moses Berger, celui qui est obsédé par la vie de Solomon.

Mon aussi, Moses, je le suis, obsédée par ce personnage, mais si tu pouvais arrêter, durant ton enquête, de boire comme un trou, de te balader dans le néant, de trainer ton ennui, de tout foutre en l’air dans ta vie, de me souler avec tes considérations parce que cela me fait chi** durant ma lecture, tout ça. Je t’aurais remercié mille fois si tu l’avais bouclé et que tu t’étais viré du roman. Hélas…

On peut dire que je me suis réjouie durant un tiers du roman, lorsque je suivais Ephraim jeune dans les bas-fonds de Londres, en prison, dans le bateau, ou au Canada, lorsqu’il était plus vieux.

J’ai pris mon pied avec Solomon durant la prohibition et même avant, tant ce personnage est captivant et attirant comme une lumière pour des moustiques.

Sinon, niveau écriture, c’est pittoresque et le texte est émaillé de mots juifs, de mots d’argots qui rendent le récit plus vivant. Ça, j’ai apprécié.

Niveau personnages, ils sont bien travaillés et sont tellement à profusion que parfois, on ne sait plus qui est qui et ce qu’il a avoir dans le récit. Mais un bon point pour Bernard, le frère de Solomon qui est un vrai pourri !

— Eh bien, il est mort. C’est fini, maintenant.
— Fini ? Pas du tout. Ça ne fait que commencer. Maintenant, il va faire face à un juge qu’il ne pourra pas soudoyer.

Idem pour la construction du récit, les passages dans le temps ne sont pas toujours chronologiques et il y a intérêt  à être bien concentré pour ne pas y perdre son chemin, sinon, semez des petits cailloux blancs pour ne pas vous perdre.

C’était Jeremy, grand et beau, avec son chapeau à la Sherlock Holmes et son veston en tweed Harris.

Un roman dont j’attendais plus, mieux et qui, à mon sens, avec 200 pages de moins sur la jeunesse et les errements de Moses Berger, aurait été plus excitant pour moi.

— Je vais mourir, mademoiselle O.
— Ça vous dirait que je m’occupe de votre zizi ?

— Vous ne devinerez jamais ce que j’ai trouvé sous son lit. Une pile de Playboy. Avec des pages collées ensemble par son foutre.

— Regarde les choses en face, mon pote : on n’attrape pas la chaude-pisse en s’astiquant le moine.

Étoile 2

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Gouverneur Général), le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Le Pavé de l’Été chez Sur Mes Brizées (632 pages).

CHALLENGE - Pavé de l'été 2016

 

La Quête de Wynne : Gwyn Aaron

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Titre : La Quête de Wynne

Auteur : Gwyn Aaron
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :
De son grand-père, Russell a hérité son habileté hors normes à dresser les chevaux et son sens du devoir. Envoyé sur le front irakien, il se précipite au secours d’un cheval pris au cœur d’un échange de tirs.

Bientôt, les images de ce sauvetage héroïque font le tour du monde, parvenant jusqu’au capitaine Wynne.

Ce charismatique et étrange leader d’une unité affectée à une zone montagneuse de l’Afghanistan demande à Russell de dresser pour lui une quinzaine de chevaux sauvages qui permettront à ses hommes d’accomplir une mystérieuse mission sur ce terrain hostile.

Mais cette expédition secrète les mènera bientôt au-delà de toutes limites.

La Quête de Wynne est un formidable roman d’aventures aux allures de western moderne. Ce livre qui se lit d’une traite vous entraînera au cœur d’un monde aussi sauvage que les hommes qui l’habitent.

why-horses-e1435501421898-600x510Critique : 
Elijah Russel est un ranger américain qui se trouve en Irak à faire une guerre sur laquelle je ne me prononcerai pas.

Il sauve un jeune cheval, on le filme, la vidéo fait le buzz sur You Tube et voilà notre Russel propulsé en Afghanistan en tant que dresseur de chevaux pour que le capitaine Wynne puisse remplir une mission dans les montagnes.

Russel a grandi dans un ranch, il sait comment débourrer un jeune cheval en douceur et jamais il ne le fera dans la violence. Les chevaux et lui, c’est tout un pan de sa vie.

Si le 4ème vante que ce livre se lit d’une traite, moi, je conseillerais tout de même des pauses car le roman est dense, lent et profond, sans pour autant que l’écriture de l’auteur soit remplie d’envolées lyriques. Non, elle est simple mais efficace.

Lorsque je parle de la lenteur du roman, je ne sous-entends pas que le récit soit ennuyant, c’est juste qu’il s’écoule à son aise, mélangeant des scènes de débourrages de jeunes chevaux, des souvenirs d’enfance de Russel, des scènes de la vie quotidienne du camp et des récits de guerres, passés ou présents.

De nombreux personnages se croisent, tous avec leurs caractères, leurs histoires, leurs secrets, leurs blessures. Certains étant plus mis sous les projecteurs que d’autres.

En fait, il n’y a pas que le capitaine qui ait une quête à accomplir, Russel en a une aussi : sa recherche de lui-même. Ayant perdu ses parents jeune, il a été élevé par ses grands-parents et, comme son père avant, il est devenu soldat sans trop savoir pourquoi, comme d’autres.

Si le personnage de Russel laisse peu de surprises, celui du capitaine Wynne est complexe et nous ne saurons pas toujours ce qu’il pense, ce qu’il cherche, ce qu’il veut exactement.

Quand aux récits de guerres racontés dans ces pages, jamais l’auteur ne porte un jugement, malgré tout, on sent bien dans quel bourbier les américains ont posés les pieds en Irak et en Afghanistan. Certains passages sont plus éprouvants que d’autres.

Ce roman n’est pas un western mais un eastern et les soldats américains en Afghanistan ont tout des cow-boys ne sachant pas monter à cheval.

Et même si vous n’aimez pas les chevaux et les récits de combats vous pourriez très bien apprécier le roman qui pourrait se classer dans le western, l’eastern, la guerre, l’aventure et une enquête afin de savoir qui est Wynne.

Mélangeant habillement des scènes avec des chevaux, de la vie quotidienne d’un camp, les questions et les aspirations des soldats, leur peurs, les récits de combats violents, les exactions commises par les Talibans et cette mission secrète que le capitaine Wynne doit accomplir, on a pas vraiment le temps de poser le pied à terre pour se reposer.

Sans être un récit qui se dévore, il se mange tout seul, mais faut mastiquer pour bien digérer le tout. Ce n’est pas du fast-food littéraire, ici.

Un roman que j’ai savouré en prenant mon temps.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

 

Bird Box : Josh Malerman

Bird Box - Malerman [NUM]Titre : Bird Box                                                                        big_4

Auteur : Josh Malerman
Édition : Calmann-Lévy (2014)

Résumé :
Malorie élève ses enfants de la seule façon possible: barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie.

S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions: rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme.

Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

Petit Plus : Un tour de force psychologique oppressant au cœur de l’Amérique contemporaine, dans une atmosphère de fin des temps digne d’un livre de Barjavel, de La Route de Cormac McCarthy ou du Jour des Triffides de John Wyndham. Bird Box revisite le roman post-apocalyptique et hisse son jeune auteur Josh Malerman parmi les grands noms du genre.

POLAR - Bird BoxCritique : 
♫ Ouvrez, ouvrez, la cage aux oiseaux… Regardez-les s’entretuer, c’est beau ♪

Oui, j’ai transformé un peu les paroles mais j’ai ouvert la cage aux oiseaux. Pas au sens propre, mais au figuré, ayant ouvert le roman Bird Box.

Par contre, si Pierre Perret avait chanté sa chanson dans le livre, il n’aurai pas eu beaucoup de succès parce que JAMAIS Malorie et les autres n’auraient relâché les oiseaux de la cage puisqu’ils étaient là pour leur sécurité.

Voilà un livre qui m’a collé des frissons de trouille, des sueurs froides en jouant sur une peur ancestrale de l’homme : le noir ! Et pas le noir un petit peu éclairé, mais le vrai noir, celui que l’on obtient lorsqu’on doit se balader dehors les yeux bandés pour ne pas mourir et vivre reclus chez soi, sans lumière du jour.

Ajoutons à cela la peur de l’inconnu car l’ennemi est invisible. Il est là, on sait que si on le regarde dans le blanc de l’œil on va devenir fou et massacrer notre entourage, ou nous suicider nous même.

Vous vous voyez vivre calfeutré chez vous, les fenêtres obstruées par des matelas et des couvertures ? Vous vous imaginez en train d’arpenter votre quartier à la recherche de potentiels survivants ou de vivres, les yeux bandés, mettant 48h pour faire votre tour de pâté de maison, vous ? Moi, ça me file les chocottes.

Non content de nous plonger dans un suspense à couper au couteau avec ces gens qui doivent vivre reclus, l’auteur en ajoute une couche en alternant les chapitres, le sadique qu’il est !

Un chapitre du présent avec l’héroïne principale, Malorie et ses deux enfants baptisés « Garçon » et « Fille », qui cherche à s’enfuir de chez elle (nous sommes 4 ans après) et un chapitre du passé avec cette même Malorie, enceinte, et vivant dans cette maison avec d’autres occupants : 4 hommes, 3 femmes et 1 chien (beaucoup de possibilités, mais personne ne baise) avant d’accueillir deux chiens, une cage avec des oiseaux et un autre homme.

La question que je me suis posée durant toute ma lecture c’est « Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer dans cette maison transformée en boite de conserve pour que Malorie se retrouve seule avec ses enfants ? ». Et je vous jure que l’auteur a fait durer le plaisir, le bougre.

Niveau des personnages, ils étaient tous bien travaillés, sans en faire trop, avec leurs défauts, leurs forces, leurs faiblesses… Le huis-clos est oppressant, prenant, sans temps mort.

Non seulement l’auteur a l’art de maintenir son suspense sans le faire faiblir (viagra ?), de nous coller des angoisses durant la lecture, de nous faire poser un tas de questions, mais en plus, toute sa construction tient la route, tout en nous laissant dans un flou que nous devrons combler.

Bref, une lecture bourrée d’adrénaline, de suspense et de sueurs froides.

Faites gaffe quand vous sortez… mais ouvrez quand même les yeux pour lire le roman.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - US

Trois mille chevaux vapeur : Antonin Varenne

Titre : Trois mille chevaux vapeur                                  big_5

Auteur : Antonin Varenne
Édition:  Albin Michel (2014)

Résumé :
Birmanie, 1852. Arthur Bowman, sergent le la Compagnie des Indes orientales est choisi pour accomplir une mission secrète durant la 2e guerre anglo-birmane. Mais l’expédition tourne mal et les hommes sont capturés et torturés pendant plusieurs mois. Seuls dix d’entre eux en sortiront vivants.

Londres, 1858. Alors qu’il se noie dans l’opium et l’alcool, luttant avec ses fantômes, Bowman découvre dans les égouts le cadavre d’un homme mutilé. La victime semble avoir subi les mêmes sévices que ceux qu’il a endurés dans la jungle birmane.

Persuadé que le coupable est l’un de ses anciens compagnons de captivité, Bowman décide de partir à sa recherche. Une quête qui s’achèvera douze ans plus tard, en 1864, sur les rives d’un autre continent.

À l’Ouest. Où une autre guerre a éclaté. Le chemin qui le mènera à la vérité sera aussi celui de sa rédemption.

Walden qui fait ses oreilles méchantes ?

Critique :
1852, Madras, Birmanie… Nous partîmes 15 mille, mais pas un prompt renfort, nous ne fûmes plus que dix élus à monter sur le Sea Runner. 30 en arrivant à la jonque qui devait nous mener en mission, mais elle s’échoua sur la berge…

Par mon commandement, mes hommes se mirent en joue et nous vainquîmes la jonque ennemie, mais deux autres survinrent. Prisonniers, nous ne fûmes que 10 à survivre aux tortures lorsqu’en 1853, les Birmans libérèrent les prisonniers britanniques dont nous faisions partie.

1858. Arthur Bowman est rentré depuis 5 ans à Londres, cassé, traumatisé, hanté par une armée de fantômes qu’il tente de noyer dans l’alcool. Surveillant à la brigade de la Tamise, il regarde la ville suffoquer sous l’odeur pestilentielle qui la ronge.

Les chaleurs des derniers mois ont fait descendre le niveau de la Tamise et les déchets s’y accumulent : merde, cadavres de bêtes en provenance des abattoirs et tutti quanti. Franchement, n’éditez jamais ce roman en odorama, on le fuirait tant ça y fouette dans ces passages !

« Fin juin, la température avait continué de grimper et la Tamise s’était épaissie au point de devenir une lente coulée de lave putride.

Les déchets des usines, déversés dans les mêmes égouts ou directement sur les berges, s’accumulaient en nappes noires et grasses. Les rejets des abattoirs flottaient à la surface du fleuve solidifié.

Des carcasses de vaches et de moutons, engluées dans la boue, passaient lentement devant le nouveau Parlement de Westminster.

Les pattes des squelettes pointaient en l’air comme sur un champs de bataille abandonné et des corbeaux venaient s’y percher.

Il fallait une demi-journée pour que les cornes d’un bœuf, à l’horizon du pont du Lambeth, passent sous les fenêtres de la Chambre des Lords et disparaissent sous le pont de Waterloo. On prétendait qu’à certains endroits on pouvait traverser le fleuve à pied.

Le 2 juillet, la chaleur fut sans égale et la ville tout entière recouverte par l’odeur d’un gigantesque cadavre ».

Londres crève, Londres pue, Londres à soif mais Londres survit !

« Si l’enfer avait une odeur, elle ne pouvait pas être différente de celle-là et l’idée faisait son chemin: Londres se changeait bel et bien en enfer, il y avait derrière cette peine divine une raison enfouie, un péché monstrueux ».

C’est un meurtre horrible qui va faire bouger l’ancien sergent Bowman de la torpeur dans laquelle il se complaisait : ce corps, comme passé à la moulinette, il est persuadé que c’est un de ses anciens hommes qui l’a torturé. Ils étaient dix à s’en être sorti…

Menant son enquête afin de retrouver les 9, il élimine les incapables, les décédés, le fou, l’emprisonné et le suicidé. Lorsque sa liste ne comporte plus que deux noms, il apprend qu’un est parti et que l’autre est pasteur.

Bowman n’hésitera pas à traverser l’océan à destination de l’Amérique pour suivre la piste de son homme lorsqu’il lira qu’un meurtre semblable à celui des égouts de Londres à eu lieu dans une ville américaine.

Là, on peut dire que ce roman vous fait vivre l’aventure avec un grand « A ». Un Triple « A » même : Aventure, Action, Amérique.

Réunissant un peu tous les genres, mélangeant le roman de guerre avec du polar historique et trempant le tout dans du western et de l’aventure intérieure, ce roman entre dans 7 de mes challenges littéraires.

Un superbe voyage sur trois continents, passant de la Birmanie à Londres puis New-York et ensuite sur les plaines désertiques de cette jeune nation en construction que sont les États-Unis. Le portrait n’est pas flatteur, mais il est réaliste.

— Les États-Unis ne sont pas une jeune nation, mais un commerce d’êtres humains florissant. Ceux qui débattent aujourd’hui à Washington de l’émancipation des esclaves sont les propriétaires des usines où travaillent ces femmes. Ce sont eux qui font tirer sur les ouvriers. Dans le Sud, un Blanc qui tue un Nègre ne va pas en prison, mais un Blanc qui aide un esclave en fuite ira moisir dans une cellule pendant longtemps. Les pauvres sont trop nombreux, on ne doit pas les laisser se réunir.

— Les Blancs ont inventé en Amérique un pays sans passé pour avoir une vie nouvelle. Mais cette terre a une mémoire. C’est pour ça qu’ils nous tuent [les indiens], pour l’effacer. Qu’est-ce que tu en penses ?
— Ce que j’en pense ? Que c’est la même saloperie partout où je suis allé.

L’écriture est magique, elle vous scotche aux pages qui défilent plus vite que le vapeur Persia sur l’océan, celui qui possède un moteur de trois mille chevaux vapeur et qui vous fait la traversée en 9 jours et quelques heures (sans croiser d’iceberg, lui).

Pas de bâillement, pas de décrochement de la mâchoire, pas de « Hé, c’est du chiqué » car tout est bien dosé, bien écrit, bien pensé, bien dosé et les personnages secondaires sont bien travaillés. Un pensée émue pour les Fitzpatrick.

L’aventure est une véritable épopée, vous traverserez les states sur votre mustang, suivant la piste sanglante du criminel, mangeant sur le pouce une tambouille de haricots ou de lard, bivouaquant à la belle étoile, chassant, dépeçant et buvant des les rivières, avant de vous saouler dans un bar quelconque.

Ce roman, c’est aussi des galops furieux durant des heures et des heures qui m’ont cassé le dos, mis les reins en compote et collé des hémorroïdes au cul tellement la selle était peu confortable et que mon Arthur Bowman cravachait comme un fou.

L’ex-sergent Bowman… un sacré mec ! Bougon, grognon, un meneur d’homme, pas un tendre, mais tout de même… sous sa carapace, là, bien au fond, il saura s’émouvoir. Et nous émouvoir de par ses blessures profondes dans l’âme.

Bowman, c’est un boxeur. Cent fois mis au tapis, cent fois il se relèvera et repartira au combat, encore plus enragé qu’avant. Jusqu’au K.O final, mais il ne renonce jamais.

— Pour votre malheur, Bowman, vous avez survécu à des choses qu’un homme normal n’aurait pas supportées. Vous auriez dû vous tuer depuis longtemps, mais si vous ne l’avez pas fait, c’est qu’il y a en vous quelque chose de plus fort que ce dont vous avez été victime.

La traque est intense, rude, il est seul avec Walden, son mustang, seul avec lui-même et ses fantômes. Seul avec ses armes et ses pensées noires. Seul sur la piste…

Un livre qui restera gravé dans ma mémoire, tel un mustang marqué au fer rouge sur la cuisse : à vie.

Un anti-héros avec qui j’ai voyagé sans m’ennuyer une seule seconde, un homme qui m’a ému, émerveillé, emballé et avec qui j’aurais encore fait un bout de chemin.

À tel point que ce matin, alors que je continuais mon roman sur la jeunesse de Sherlock Holmes à Pau entamé la veille (j’étais p 40) dans la foulée de « Trois mille chevaux vapeur »  je me suis dit « Mais pourquoi Bowman va-t-il à la biblio municipale ? Il n’y en a pas dans l’Ouest sauvage ! » quand je me suis souvenue que le roman était terminé et que j’étais dans un autre où les biblio municipales sont présentes.

C’est vous dire si Bowman m’a marqué ! Dommage que c’était son dernier coup d’archet… His Last Bow(man).

Réclamation : pourquoi, à un moment donné – p554 – ce roman se termine ?? L’auteur ne pouvait-il pas encore ajouter 200 pages juste pour mon plaisir personnel ? Quel est l’imbécile qui a inventé le mot « Fin » à des romans de cette trempe là ??

Un gros coup de cœur pour ce roman sombre, mais lumineux.

« Je ne crois pas au fond nous ayons lu trop de livres. Seulement nous vivons entourés de gens qui n’en n’ont pas lu assez, aussi incultes que cette terre. Si nous avons été naïfs, c’était en croyant des hommes d’affaires, plus qu’à nos idées ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, Challenge « Victorien » chez Arieste, le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore,  « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence ».