Camargue rouge : Michel Faure

Titre : Camargue rouge

Scénariste : Michel Faure
Dessinateur : Michel Faure

Édition : Glénat (2013)

Résumé :
Dans un tout petit musée de Saintes-Maries-de-la-Mer, on peut contempler le souvenir d’un moment qui semble imaginaire, tellement il fut incroyable…

Au début du XXe siècle, toute la troupe du Wild West Show, Buffalo Bill en tête, se retrouva coincée sur le port de Marseille.

Un riche propriétaire camarguais, el Baroncelli, leur proposa alors de s’installer sur ses terres du delta du Rhône.

Michel Faure, amateur d’histoires savoureuses, ne pouvait pas passer à côté de celle-ci : la rencontre entre les plus grands chefs indiens avec le peuple des gitans et des gardians.

L’extraordinaire confrontation entre les femmes gitanes et les Indiennes, qui se ressemblent tant. Et tout ce qui peut découler d’un tel choc de civilisations : amour, conflit, jalousie. Une histoire authentique, et qui valait bien un beau livre…

Critique :
Pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas encore, je voue un amour aux chevaux, alors, vous pensez bien que la Camargue fait partie d’un lieu où j’aimerais vivre et si en plus, on ajoute à cette région des Indiens Lakotas, non pas pour le fun, mais parce que c’est la vérité, moi, je fonce sur l’histoire.

Entre nous, j’aurais vendu mon âme au diable pour chevaucher avec les guardians ET les indiens. Là, j’aurais atteint le summum de l’extase.

D’ailleurs, apparemment, les Indiens ont pris goût à chevaucher aux côtés des guardians, participer à l’abrivado et trier les taureaux les a rendu heureux comme ils ne l’avaient plus été depuis des lustres.

Si une partie de l’histoire racontée dans cette bédé est de la fiction, le reste, quant à lui, ne l’est pas, car oui, il y a bien eu des Indiens en Camargue, amené avec le Wild West Show de Buffalo Bill et coincé à cause d’un incendie sur le bateau.

Au lieu de appesantir sur les souffrances des Lakotas et des gitans, l’auteur a préféré mettre en avant le fait qu’ils sont des fils du vent, qu’ils vont où ils veulent et que le voyage a toujours fait partie de leur mode de vie, que les réserves ne sont pas faites pour les uns et que la vie sédentaire n’est pas faite pour les autres non plus.

Associés avec les guardians du marquis de Baroncelli, les trois peuples vont fraterniser (gitans, camarguais, indiens).

Durant une bonne partie de l’album, l’émotion va me saisir à la gorge, surtout lorsque la petite-fille de Crazy Horse va revenir en peu de mot sur le massacre de Wounded Knee et sur le fait que cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vu son peuple aussi heureux, aussi libéré.

Certes, l’auteur ajoute une histoire d’amour, mais elle permet de suivre deux personnages importants et de voir que malgré tout ce qui les unit, bien des choses les sépares, surtout que ni l’un ni l’autre ne veut abandonner son peuple.

Ce que j’ai apprécié le plus, ce sont les dessins, magnifiques, surtout des chevaux (mais je viens d’apprendre que Michel Faure dessinait l’Étalon Noir), personnages à part entière, mais aussi le fait que l’auteur ne représente pas les Indiens de manière fantaisiste, qu’il ne sombre pas dans le larmoyant ni dans tout le monde il est beau et il est gentil.

Des gens qui pensent que les Indiens sont des sauvages, il en existait toujours au début du 20ème siècle et nous croiserons ces gens aux pensées bêtes et méchantes, mais vous savez qu’il est toujours de bon ton de traiter l’autre de sauvage… Le 21ème siècle n’a rien changé en cela.

La bédé est réaliste, teintée d’histoire vraie, explorant avec justesse une page méconnue de la grande Histoire, pour mon plus grand plaisir.

Une belle découverte que j’ai faite là et c’est avec un soupir de regret que j’ai refermé cette bédé qui a si bien su mettre en valeur une région, la Camargue et trois peuples (les camarguais, les Indiens et les gitans).

Amityville – La maison du diable : Jay Anson

Titre : Amityville – La maison du diable

Auteur : Jay Anson
Edition : France loisirs (1979)
Édition Originale : The amityville horror (1979)
Traducteur : Jacques de Roussan

Résumé :
Amityville, banlieue de New York, 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de démence, tue à coups de fusil ses parents, ses frères et ses sœurs.

À son procès, il affirme avoir été possédé par une voix qui lui a ordonné de tuer.

Quelque temps plus tard, cette maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence.

La famille Lutz l’achète malgré la tragédie qui s’y est déroulée. Ils n’y resteront que vingt-huit jours.

Petit plus : Pour en savoir plus sur cette maison, voici quelques sites.

Critique :
Quand une connaissance m’avait demandé si j’avais déjà lu « Amityville, la maison du diable », qui parlait d’une maison hantée et que les faits étaient véridiques, j’avais éclaté de rire.

Encore un truc débile pour faire vendre des livres…m’entendais-je encore dire, alors que je tremblais en lisant le livre.

J’avais 16 ans à tout casser. Un peu plus, mais guère moins… Oui, ça fait un sacré bail, je vous en conviens.

Ah ça, on peut dire que c’était une connaissance qui ne me voulait pas que du bien, en me prêtant son livre.

Foutredieu, j’ai claqué des dents, vérifié que ma porte était bien fermée, sursauté au moindre craquement du parquet (parquet en bois dans les chambres, quand j’habitais chez mes parents),… La trouille, je vous le dis !

Surtout que, si ce truc est une arnaque, elle est bien faite puisque, en avant propos du livre (où en annexe, je sais plus) on vous explique que tout cela est vrai…

Stephen King fut responsable de quelques uns de mes tremblements… Mais ce qui ressemblait à la maladie de Parkinson, point de vue tremblement, c’est ce fichu livre qui me l’a donné !

J’aurais bien fait comme Joey, dans la série « Friends » qui avait mis un livre qui lui fichait la trouille dans le congélateur (« Shinning », de King)… Mais Friends n’existait pas encore… Sinon, j’aurais fait pareil !

Âmes sensibles, cardiaques, abstenez-vous de la lecture de ce livre. Sinon, je vous garantis que vous allez trembler et défaillir lors de votre lecture.

Même adulte, j’oserais plus le relire… ce qui est dommage, parce que c’était bien, l’histoire. Brrr… j’en frissonne encore.

 

Journal d’une fille de Harlem : Julius Horwitz

Journal d'une fille de Harlem - Julius Horwitz

Titre : Journal d’une fille de Harlem

Auteur : Julius Horwitz
Édition : Points (2015)
Édition originale : 1971

Résumé :
Mieux qu’un essai, ce Journal révèle l’ordinaire de la vie -misère, racisme, drogue, prostitution, criminalité – dans les ghettos noirs américains.

Le rapprochement avec le Journal d’Anne Frank ne manquera pas d’être fait : pourtant, A. N., jeune Noire de quinze ans qui écrit ces pages, est un personnage fictif.

Julius Horwitz, qui a passé quinze ans dans les services de l’Assistance américaine, l’a imaginée pour prêter sa voix aux centaines d’enfants de Harlem, Watts, Chicago, Washington, qu’il a interviewés et dont les déchirants récits ont servi à composer celui-ci

r160076870Critique :
New-York, dans les années 70. La 104ème rue dans Harlem et personne ne devrai avoir le désir de vivre dans cet chancre, dans cet immeuble merdique juste bon pour les cafards, les punaises et les rats, mais pas pour des humains.

Pourtant, ils sont nombreux à s’y entasser, mais c’est surtout des femmes célibataires avec des tas de marmots dont chacun est issu d’une paire de couilles différentes.

Oui, ces enfants n’ont pas de pères, ici, les hommes ont la trouille d’être père. Ils savent juste baiser des femmes, des filles, les violer, mais assumer, oh mon dieu non !

Je pensais avoir lu assez bien de romans parlant de la misère sociale, humaine, je pensais avoir déjà touché le fond depuis longtemps (en littérature), surtout après la lecture de « Rafael, derniers jours » et je constate, pour mon plus grand effroi, que non, on peut encore aller plus bas que bas.

Les habitants de cet immeuble sont tous à l’Assistance et c’est un cercle vicieux puisqu’ils y sont souvent depuis au moins deux générations et que les filles ne songent qu’à une chose : tomber enceinte, avoir un enfant et ainsi posséder un dossier à l’Assistance et recevoir de l’argent.

Qu’elles aient 16 ans, 15 ans ou même 13 ans, ce n’est pas un soucis pour elles, elles ne visent que ça comme plan de carrière et ne se rendent même pas compte qu’elles vivront toute leur vie sous le joug de l’Assistance, comme leurs mères, vivotant dans des immeubles insalubres où l’on paie des 28$ par semaine comme loyer.

Ici, vous n’aurez pas beaucoup de noms de personnages à retenir, nous connaîtrons juste les prénoms des deux frères et de la sœur de la narratrice, celle qui écrit dans son journal et qui se nomme A.N. Une jeune fille Noire de 15 ans qui voudrait s’en sortir.

Moi qui aime les dialogues, j’en ai été sevrée dans ce roman puissant et sombre. Il n’y en a aucun ! C’est comme si nous lisions en cachette le journal de A.N. et notre jeune fille nous les retranscrit en mettant juste le prénom de la personne devant.

Rassurez-vous, si au départ cela surprend, on s’immerge vite dans le récit et on oublie très vite cette narration dont nous avons peu l’habitude (sauf si on a lu « Le journal d’Anne Frank »).

Par contre, la plongée dans l’abject est forte, vertigineuse, horrible, c’est véritablement un peuple des abysses qui vit à Harlem, Brooklyn dans ces immeubles où les W.C sont dans le couloir, en panne, où l’eau chaude est une denrée rare, la propreté aussi, mais les rats et les cafards plus nombreux que les gens de l’immeuble.

On y découvre la mère de A.N. qui a cessée de se battre depuis longtemps, qui vit dans ce taudis sans même s’en rendre compte, qui y reste comme si elle devait expier une faute inconnue.

Cette femme, tombée enceinte trop tôt, a pourtant terminé ses secondaires, mais n’a pas cherché du travail et est entrée dans le cercle infernal de l’Assistance qu’elle rend responsable de tout. Elle ne cherche pas de nouvel appartement, mais c’est de la faute de l’Assistance. Elle ne s’occupe plus de ces enfants, mais c’est pas à cause d’elle, elle est innocente.

J’aurais eu envie de lui foutre des coups de pieds au cul, de la battre comme elle bat Harriet parce qu’elle ne sait pas lui parler, ne sait pas l’aider, ne veut pas s’en sortir, même. Comme les autres habitants, elle se complait dans sa crasse dans sa misère.

Les mères se droguent, boivent, se prostituent, et les jeunes filles font de même. Seule A.N. veut s’en sortir et elle au moins, elle n’a pas peur, comme les autres, de franchir ce cercle vicieux qui fabrique des générations d’assistés.

L’écriture de l’auteur est violente, sans concession, les portraits des gens qui y vivent sont colorés, vivants, le récit est des plus réaliste et on comprend pourquoi lorsqu’on lit que l’auteur a lui-même émargé de l’Assistance.

En lisant un roman pareil, on se rend compte de la chance qu’on a d’avoir de l’eau chaude, une douche, à manger, du chauffage, 3 ou 4 pièces en plus de la chambre à coucher.

Un roman fort sombre où la seule touche d’espoir est A.N. qui nous dresse un portrait plein de lucidité de son monde.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.