Cinq cartes brûlées : Sophie Loubière

Titre : Cinq cartes brûlées

Auteur : Sophie Loubière
Édition : Fleuve Noir (16/01/2020)

Résumé :
Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère, Thierry, qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif, comme les signes d’une existence balayée par le destin.

Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer.

Le jour où le discret docteur Bashert, en proie à une addiction au jeu, croise sa route, la donne pourrait enfin changer…

Thriller psychologique d’une rare intensité, Cinq cartes brûlées va vous plonger au cœur de la manipulation mentale. De celle dont on ne revient jamais indemne.

Critique :
Dès les premières pages, l’auteure nous plonge dans un bain de sang, après les galipettes de rigueur. Le ton est donné, ce sera en rouge sang et noir sans espoir.

♫ En rouge et Noir… ♪

Mais comment en est-on arrivé là ? Petit retour en arrière avec une scène des plus belles : la naissance d’un enfant. Oh que c’est beau le petit frère (Thierry) qui embrasse se petite soeur (Laurence) qui vient de naître.

STOP ! Le rose bonbon n’est pas de mise, remisez les dragées, le grand frère de trois ans n’a pas du tout l’intention que le moutard (on dit « moutarde » pour une fille ?) lui ravisse sa place de petit dieu vivant.

♫ Oh ooooh, Laurence… ♪ Y a tant de frères que je ne suis pas ♪ Y a tant de phrases qu’on dit, que je ne te dirais pas ♪

Brimée par son frère Thierry, rabaissée sans cesse par lui, face à des parents qui portent des lunettes noirs d’aveugles et qui n’ont pas l’air de se rendre compte que le frangin est un tyran doublé d’un tortionnaire.

On parlait d’un thriller psychologique et on y était en plein dedans ! Face à une descente aux enfers de Laurence, nous sommes impuissants. Elle, elle a trouvé refuge dans la nourriture, se gavant de tout et dans l’amour que lui porte son père.

Quant tout éclate, la descente continue jusqu’à ce que… La suite dans le roman !

Il est des romans que l’on lit sans se rendre compte que les pages tournent, des romans sans scènes d’action notoire, qui nous parlent de la vie du quotidien, des brimades d’un frère envers une soeur, de parents dépassés, de voisins médisants, d’actes qui puent l’interdit… Et sans nous en rendre compte, nous l’engloutissons avec un appétit d’ogre.

Pourtant, de prime abord, les personnages ne sont pas sympathiques… Thierry, le frère aîné, qui en grandissant devient un parasite glandouilleur critiqueur et qui a loupé sa vie. Une mère qui est parfois à l’ouest, un père qui a un comportement suspect et une Laurence qui se laisse faire, qui ne se rebelle pas contre son frangin, qui encaisse tout le temps, qui se casse le cul et qu’on ne remercie même pas.

Durant des pages et des pages, j’ai eu envie de gifler Laurence, de lui hurler de pousser son frangin tortionnaire dans les escaliers, de le frapper à grands coups de pelle, de la découper en morceau et de le foutre dans la poubelle des déchets organiques (le tri des déchets, c’est important !).

Cette manière de tout encaisser sans ruer dans les brancards m’a exaspéré et pourtant, j’ai continué ma lecture parce que l’ambiance était tendue comme la corde d’un string et que je voulais savoir si Laurence allait, enfin, se reprendre.

Puis, fiat lux…

Dans ce roman noir, sombre, psychologique, l’auteure aborde plusieurs sujets de sociétés comme la boulimie, le mauvaise estime de soi, les brimades scolaires et en milieu familial, la perte de confiance, le regard des autres, le pôle emploi (notre Actiris ne doit pas valoir mieux), le sport de haut niveau, le harcèlement, les rumeurs d’inceste, l’éclatement de la famille, les casinos, les escort girl et le courant électrique.

Dis ainsi, ça fait bordel sans nom mais l’auteure a tout bien classé, tout bien mis en scène et tous ces ingrédients se marient harmonieusement dans l’histoire, sans peser, la touche finale était que le suspense et le mystère sont dosés correctement et qu’ils se diffusent lentement dans le récit.

Mon bémol sera pour le fait que je n’ai pas eu d’accroches avec les différents personnages et que si j’avais apprécié Laurence gamine, j’ai perdu mon estime pour elle lorsqu’elle est devenue adulte et qu’elle a continué à aimer son tortionnaire de frangin, à accepter toutes ses insultes… Avant, une fois encore, de retourner ma veste avant le truc final. Je dis « truc » à dessein.

Un roman noir qui se lit tout seul, les mains accrochées aux pages, les grognements de fureur aux bords des lèvres avant de tout terminer en soupirant devant ses vies éclatées, foutues, écartelées, en se demandant où tout cela à commencer à foirer… À la naissance de Laurence, hélas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°207.

Mictlán : Sébastien Rutés

Titre : Mictlán

Auteur : Sébastien Rutés
Édition : Gallimard La noire (03/01/2020)

Résumé :
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité.

Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose.

Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant.

Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison.

Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle.

La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli ?

Critique :
Une fois de plus, je suis tombée sur un roman noir assez barré, au rythme rapide et à l’écriture qui est comme une rafale de mitraillette et vous empêche de reprendre votre souffle.

Et c’est à prendre au sens propre du terme puisque la première phrase est aussi longue qu’un casier judiciaire d’un membre de gang/mafia et que son point final, bien des pages après, est vécu comme un soulagement.

Purée, il y a plus de points sur les « i » qu’au bout des phrases. Effectivement, ça donne un ton assez spécial à l’histoire, c’est un plongeon directement dans le récit que Gros nous donne, ajoutant à ses pensées des digressions et quelques  gimmicks, dont les fossés avec des capotes usagés en font notamment partie.

Hélas, ça passe ou ça casse. Chez moi, au bout d’un moment, ça a cassé. Hé oui, c’est comme ça la dure vie de lectrice et on se sent un peu seule parmi les avis qui sont bien plus dithyrambique que le mien. La majorité l’emportant, mon avis n’est pas à prendre en compte.

Gros et Vieux, c’est tout ce que nous saurons de leur identité. Au travers de leurs pensées qui iront dans tous les sens, nous en apprendrons un peu plus sur ce pays où on a pas envie d’aller vivre, ni d’y passer ses vacances et qui a tout d’une dictature horriblement sanglante.

Pour être noir, c’est noir. Cherchez même pas la lueur d’espoir, je ne l’ai pas vue… Peut-être une loupiote dans la cabine du camion, lorsqu’on ouvre la porte, et encore.

Je ne remettrai pas en question que le récit est percutant, que le style est spécial et qu’il va comme un gant au récit, lui donnant un côté acéré, violent, déprimant parce que tous ces morts…

Bref, ça te décape le cerveau et ensuite, tu rêves de relire « Martine fait ses courses ». Ah non, pas pour le moment, trop de files !

Un roman noir qui te laisse des traces de cambouis et de sang dans toutes les lignes de ta main et que tout le savon du supermarché du coin ne pourra pas laver. Zut, on me dit qu’il n’y a plus de savon.

Toi qui ouvre ce roman, sache que tu n’entreras pas dans le monde des licornes car dans cette histoire, les licornes, on les tue, comme les enfants, les femmes, les vieillards, ceux qui posent des questions et même ceux qui n’en posent pas.

Ce n’est pas la violence du récit qui m’a bloquée mais le style de l’écriture. Pas de problème, il n’était pas fait pour moi mais d’autres y ont trouvé leur came, comme Dealer de Ligne, pour ne pas citer ma copinaute.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°197.

Le grand silence : Jennifer Haigh

Titre : Le grand silence

Auteur : Jennifer Haigh
Édition : Gallmeister Americana (02/05/2019)
Édition Originale : Faith (2011)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
En 2002, une vague de scandales déferle sur l’Église catholique de Boston. Un à un, des prêtres respectés du diocèse sont accusés du pire des crimes, celui d’avoir abusé d’enfants qui leur étaient confiés.

Éloignée depuis longtemps de sa famille par trop étouffante, Sheila McGann est restée néanmoins proche de son frère aîné, Art, curé dévoué et populaire d’une grande paroisse de banlieue.

Lorsque Art se retrouve soupçonné à son tour de proximité coupable avec un jeune garçon, Sheila rentre à Boston afin de le soutenir. Leur autre frère Mike, ancien policier, est lui aussi bien déterminé à découvrir la vérité.

Leurs enquêtes croisées révéleront les doutes et faiblesses de chacun, venus de leur passé, ancrés dans leur présent.

Critique :
Il est rare qu’un roman de la maison d’éditions Gallmeister me déçoive, mais de temps en temps, ça arrive…

C’est toujours un crève-coeur, surtout quand on l’avait fluoré parce que pitch était plus qu’intéressant.

La pédophilie n’est pas un sujet joyeux et là, c’était l’église de Boston qui était éclaboussée par des accusations de pédophilie.

Je ne suis pas ici pour juger les hommes d’église mais je vous dirai juste que j’évite toujours d’accuser ou de mettre en cause la religion ou dieu lui-même car il sera impossible de leur envoyer une citation à comparaître…

Non, dans ces affaires horribles, c’est le coupable qu’il faut juger et rien d’autre et ne pas crier haro sur le baudet. Ni clouer au pilori le présumé innocent car des faux témoignages, ça existe et certains ont vu leur vie brisée après cela.

Anybref, dans ce roman qui traite d’un sujet brûlant, nous allions enquêter avec Sheila McGann sur la culpabilité ou non de son frère, Art, prêtre. Directement l’homme a été déchu, quasi viré et pour lui, c’est l’incompréhension totale, le choc brutal. Pour sa famille aussi (mettons-nous à leur place, si nous étions livré à la vindicte populaire).

Toute les familles ont leurs secrets et Sheila va en faire la découverte elle aussi.

Le problème de ce roman est dans ses longueurs sans fins, dans les personnages pour lesquels on développe peu d’empathie, qui me semblaient être là sans y être, ou alors, c’était moi qui regardais la pièce sans y être.

C’était mécanique et elle s’est grippée, me faisant perdre le fil et l’intérêt pour l’histoire.

Dommage mais c’est ainsi, certains livres qui auraient dû vous toucher sont écrits d’une telle manière que vous passez loin d’eux.

Il me reste une chose : les accusations, qu’elles soient de pédophilies, d’attouchements, de viols, de harcèlement ne sont jamais à porter à la légère.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°131.

La note américaine : David Grann

Titre : La note américaine

Auteur : David Grann
Édition : Globe (07/03/2018)
Édition Originale : Killers of the flower moon (2017)
Traducteur : Cyril Gay

Résumé :
L’histoire vraie, trouble et tortueuse d’une série de meurtres qui comptent parmi les plus mystérieux et les plus monstrueux de l’Histoire des États-Unis.

Dans les années 1920, les hommes les plus riches au monde étaient Amérindiens, et appartenaient à la tribu des Osages.

Une fois le pétrole découvert sous leurs terres, dans l’Oklahoma, ils se sont mis à rouler dans des automobiles conduites par des chauffeurs, se sont fait construire de belles demeures et ont envoyé leurs enfants étudier en Europe.

Puis, un par un, les Osages ont commencé à disparaître dans d’étranges circonstances. Dans ce Wild West où se croisaient desperados et magnats du pétrole, ceux qui osaient enquêter sur cette tuerie étaient assassinés à leur tour…

Le nombre de morts ne cessant d’augmenter, le FBI se saisit de l’affaire, et perça les mystères d’une gigantesque conspiration, mettant au jour une série de crimes aussi choquante qu’effrayante.

Fondé sur des années de recherche, La Note américaine est un chef-d’œuvre de narrative nonfiction : David Grann mène l’enquête, et chacune de ses découvertes amène son lot de surprises sinistres, de rebondissements et de secrets lourds à porter.

Un livre percutant, d’une grande puissance, qui constitue un témoignage littéraire bouleversant.

Critique :
L’Oklahoma est une terre aride, sans perspectives intéressantes, d’ailleurs, ceux qui y firent la première ruée, surveillés par Lucky Luke, quittèrent vite cette terre de misère.

Quoi de plus naturel, alors, pour le Gouvernement Blanc d’y parquer les Osages, peuplade Indienne, qui, comme les autres tribus, gênait ces messieurs dans leur grands projets d’aménagement du territoire ?

Allez hop, cassez-vous là-bas, bande d’emplumés ! (ceci est la pensée de l’époque et non la mienne, je précise pour ceux/celles qui ne l’auraient pas compris).

Mais si la terre de l’Oklahoma n’est guère propice à la culture, son sous-sol est riche d’une substance noire et puante : le pétrole ! Sortez les derricks et faites revenir Lucky Luke pour s’y balader à l’ombre de ces derniers.

Je plaisante, pourtant, il n’y a rien qui prête à rire dans ce roman mais je me devais d’évacuer la tension et la rage dirigée contre « ma race » (les Blancs) et le gouvernement américain.

Après les avoir retiré de leurs terres, on a balancé les Indiens dans des coins de misère, on leur a enlevé les bisons, la possibilité de les chasser, de vivre dignement, de continuer leurs rites, on les a rationné, le Gouvernement n’ pas payé pas l’argent qu’il leur devait (ou alors, il l’a fait en ration de bouffe merdique), on a voulu les assimiler de force à nos coutumes de Blancs et si des Indiens sont devenus riches grâce au pétrole, on a estimé qu’ils n’étaient pas capables de gérer leur argent et donc, on les a mis sous tutelle de curateurs ultra véreux et voleurs…

Je ne vous dis pas le nombre de fois où j’ai vu rouge… Dans ces pages, la cupidité, le racisme, la mauvaise foi, l’injustice, la jalousie et l’envie de ce que l’autre possède sont légion, comme si toute une partie des salopards de l’Amérique s’étaient donné rendez-vous sur cette terre dont personne ne voulait avant.

Pourtant, les Osages avaient bien négociés les droits de l’exploitation du pétrole, ils avaient été malins car leur vision était sur le long terme et avaient blindé la chose en faisant en sorte que les parts de chaque membre ne soient transmissibles que par héritage.

Trop malins sans doute, ce qui a énervé l’Homme Blanc, obligeant les Osages à avoir des curateurs Blancs. Quand Homme Blanc pas content de voir Or Noir filer entre ses doigts, lui toujours faire ainsi pour spolier l’Autre.

Ce roman qui a tout d’un roman noir n’est pas une fiction, hélas, tout ceci est réel : le pétrole sur leurs terres, ainsi que les meurtres crapuleux qui touchèrent des Osages et les différentes enquêtes qui eurent bien eu lieu mais se soldèrent par un grand point d’interrogation tant on leur mettait des bâtons dans les roues ou des couteaux dans le dos.

À la manière de Truman Capote, pour son roman « De sang-froid », David Grann nous plonge dans l’histoire en temps réel, nous présentant les différents protagonistes, leurs assassinats, les peurs des autres, les enquêteurs qui piétinent ou qui disparaissent mystérieusement, jusqu’à ce qu’on balance un certain J. Edgar Hoover à la tête de l’enquête.

Enfin, pas vraiment lui, mais les hommes de son Bureau Fédéral d’Investigation qui devront autant jouer à Sherlock Holmes qu’a James Bond afin de s’infiltrer sans se faire remarquer. Et dans ce rôle, Tom White fut extrêmement bon enquêteur.

Chaque fois qu’un personnage entre dans la danse, l’auteur nous offre une courte biographie de ce dernier, allant même jusqu’à nous parler de son enfance, de ses parents, de ce qu’il a vécu, le tout au détriment de l’intrigue puisque nous en perdons un peu le fil mais l’avantage est que l’auteur nous y replonge assez vite.

Ce procédé ne m’a pas dérangé, il m’a permis de mieux faire connaissance avec tout le monde et j’ai eu l’impression de découvrir l’Amérique par le petit bout de la lorgnette, mais cela pourrait rebuter les lecteurs qui chercheraient un récit linéaire et dont la bio de chacun serait intégrée au texte, fondue dans l’histoire.

Les recherches qu’a dû faire l’auteur furent colossales, ça se sent bien dans son texte et en plus de la bio du personnage et ses actions, nous avons souvent eu droit à une photo de lui et de sa famille, renforçant encore plus le caractère Historique de cette enquête.

Lorsque j’eu terminé ma lecture, je ne savais plus trop où je me trouvais tant j’avais été abasourdie, dégoûtée, ébranlée, choquée, déroutée par ce que je venais de lire.

Mélange entre le roman noir et historique, entre le récit vrai et le polar whodunit, ce roman inclassable ne laissera sans doute personne indifférent.

Roman saisissant de par le portrait de la communauté Osage qu’il nous offre et cette plongée dans  un chapitre de l’Histoire sombre des États-Unis où les oppresseurs américains Blancs spolièrent les oppressés Osages avec une froideur et une mauvaise foi qui donne envie de gerber.

Glaçant, lorsqu’on fini les dernières pages et que l’on se rend compte que tout ne sera jamais vraiment élucidé et que des meurtriers courent toujours. Enfin, non, maintenant, ils ne courent plus, mais ils n’ont jamais été inquiétés.

Un dernier roman fort que j’ai lu avant de basculer en 2019… Si quelqu’un a un « Oui-Oui » à me prêter, je le lirai volontiers !

Fleur de tonnerre : Jean Teulé

Titre : Fleur de tonnerre

Auteur : Jean Teulé
Édition : Julliard (2013) / Presse Pocket

Résumé :
Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons.

Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

Critique (par Ida) :
Le 26 février 1852, le couperet de la guillotine se chargeait de débarrasser le beau pays de France de sa première sérial killeuse historiquement identifiée.

Stéphane Bourgouin et ses sociopathes made in USA peuvent aller se rhabiller ! À côté d’elle c’est de la gnognotte !!!

Jean Teulé, romancier piqué d’histoire vient en effet nous présenter dans ce petit roman au verbe enlevé et piquant, le parcours de la trop discrète Hélène Jévago, qui passa totalement inaperçu en des temps politiquement troublés et où le choléra faisait tellement de victimes que ses méfaits purent rester longtemps perdus dans l’ombre de l’épidémie.

Née le 17 juin 1803 dans un village paumé du fin fond de la Bretagne, où l’on ne parlait point encore le français, et où les mythes locaux comme celui de l’Ankou, sorte d’ange de la mort squelettique qui venait chercher les âmes avec son chariot qui couine et dont les grincements annonçaient les prochains trépas…

Élevée par ses tantes dont une mourra curieusement, grandissant dans un milieu frustre, privée très jeune de sa mère, elle apprendra la cuisine et partira gagner sa vie comme domestique dans les maisons bourgeoises…

Jouant de malchance, les membres des familles qu’elle sert et qui apprécient ses fameuses soupes aux herbes et ses terribles gâteaux à l’angélique disparaissaient les uns après les autres dans d’horribles souffrances digestives tandis que la belle Hélène les assistaient dans leurs derniers moments avec un rare dévouement faisant l’admiration de tous.

L’ennui c’est qu’une fois que toute la maisonnée est partie poursuivre tranquillement son éternité au cimetière…

Hélène qui aime aussi pas mal le vin et faucher de petits objets à ses victimes, se retrouve sans emploi et doit changer de maison…

Et là voici partie à travers la Bretagne, décimant des familles entières sur son passage avant de se faire coincer par un qui pro quo absurde après des années de longs et loyaux sévices (la faute est volontaire) !

Sur 97 tentatives de meurtres qui lui seront reprochées, elle n’en aurait réussies « qu’une » soixantaine, et seulement cinq de ses assassinats pourront lui être reprochés devant les tribunaux, les autres étant trop anciens et donc prescrits.

Jean Teulé accompagnera Hélène par son récit jusqu’aux assises et sur l’échafaud, nous racontant la petite histoire imbriquée dans la grande.

Son style dynamique, et plein d’humour restitue avec habileté le profil psychologique que l’on peut imaginer à ce personnage particulier de tueuse probablement psychotique, et qu’il parvient même à nous rendre attachante.

Une adaptation cinématographique de ce petit roman qui se lit d’une traite, est sortie au cours de l’année 2017… Et je me dois de la voir.

En attendant… Une chose est certaine, ce livre ravira les habitués du Cannibale Lecteur: une recette qui sent l’arsenique et rassemble tous les ingrédients que l’on aime : écriture qui dépote, sérial killeuse…

Et surtout… Histoire vraie ! Un bijou incontournable.

Derniers Jours : Adam Nevill [LC avec Stelphique]

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Titre : Derniers jours

Auteur : Adam Nevill
Édition : Bragelonne (2014)

Résumé :
Kyle Freeman est chargé de réaliser un documentaire sur le Temple des Derniers Jours, une secte basée dans le désert d’Arizona en 1975, aujourd’hui disparue.

Depuis, les rumeurs vont bon train sur les pratiques déviantes et les expériences paranormales du groupe.

Et bientôt une série de phénomènes inexpliqués s’abat sur la production.

Expériences surnaturelles et visites nocturnes troublantes, disparitions soudaines et découvertes d’horribles artefacts, le tournage vire au cauchemar absolu…

last daysCritique : 
Mon homme a beau me dire que je me fais un film, mais moi, j’ai bien remarqué cette étrange odeur de viande avariée dans la maison…

Et le fait qu’elle provienne – sois-disant – d’une barquette qui a séjourné trop longtemps dans la poubelle ne m’a pas convaincu.

ILS sont ici… J’ai bien vu une coulante pas nette au mur, dehors, et mon mari ne me fera pas croire que c’est un truc qui est là depuis des années et que ça vient du volet, moi je sais, je sens qu’ILS sont parmi nous, chez moi !

Durant ma lecture, j’ai surveillé les murs et les plafonds comme le lait sur le feu, l’angoisse aux tripes, sursautant à chaque odeur nauséabonde et non, il ne me fera pas croire que ce que j’ai senti était la conséquence des gaz qui sortaient après la digestion.

Non, cette odeur, ce sont EUX !! Ce bruit de griffes sur le carrelage, alors que je n’ai plus de chien, ce sont encore EUX qui me cherchent et veulent me sucer le sang et me bouffer toute crue !

Non, non, non, ce n’est pas l’évier qui refoule, ce sont EUX qui tentent d’entrer par là ! Je le sais, je les sens, j’ai limite fait dans mon froc, comme Kyle Freeman et Dan, les deux cinéastes engagés par Max pour tourner un documentaire sur la secte du Temple des Derniers Jours.

Je savais que les sectes étaient dangereuses, tiens, déjà rien que d’entendre un Témoin de Jévého (nom changé afin de garantir leur anonymat) me causer que je cavale déjà en criant que j’ai oublié les patates sur le feu.

Les sectes, pas besoin d’être aux mains de fanatiques ou de malades mentaux pour que ça tourne au carnage ou à l’embrigadement et à la perte de la liberté.

— Tu sais, Sharon Tate était enceinte de huit mois quand elle a été poignardée à seize reprises par une fille de vingt et un ans. Susan Atkins. Elle appartenait à la « Famille » de Charles Manson.

— En 1978, le pasteur Jim Jones à fait abattre ou empoisonner neuf cents de ses fidèles pendant sa Nuit blanche en Guyana.

Vous me direz que les religions officielles, aux mains de fanatiques, de dingues ou de politiciens ambitieux, ça fait du dégât aussi, mais ma religion ne me demande rien : ni argent, ni biens, que dalle… Et si je déconne trop, je verrai si on me présente une facture à ma mort, ou pas.

De plus, libre à moi de refuser les hommes en soutane et de m’adresser directement au Big Boss…

Bien que, parfois, nul besoin de s’embrigader dans une secte pour porter des tyrans aux nues et les suivre comme un seul homme ou les vénérer, encore à notre époque. L’Homme aime le côté obscur de la Force.

Staline exerçait sa tyrannie sadique sur son pays depuis déjà douze ans. Au 1er juillet 1941, son collectivisme avait entraîné la mort de neuf millions de paysans. Dix millions d’hommes et de femmes, envoyés en prison et en camp de travail pour des motifs politiques, sont morts eux aussi. Quand Staline a rendu son dernier soupir en 1953, son bilan estimé s’établissait à environ vingt millions de victimes.

— J’essaie simplement de vous démontrer que la nature humaine possède sa part de ténèbres, que nous ne pouvons pas nous empêcher de vénérer, de servir. C’est notre plus grande tragédie, un phénomène universel, intemporel, comme le sont toutes les tragédies. Et nous ne tirons aucune leçon des erreurs de nos ancêtres. Staline, Hitler, Mao et Pol Pot sont le macrocosme. Ajoutez Napoléon, peut-être César ou même Alexandre à la liste ? Nous admirons ces figures historiques pour leurs conquêtes, leur énergie, leur ambition et les progrès qu’on leur a attribués. Mais l’humanité ne se serait-elle pas mieux portée, en tant qu’espèce, sans eux ?

Anybref… Oui, j’ai eu peur et j’ai adoré me faire peur avec ce roman qui m’a emmené à Londres, en Normandie et dans le le désert de Sonora en Arizona. Trois pays et des tournages qui m’ont fait flipper.

Des personnages attachants qu’on aurait envie de boxer, parfois, pour qu’ils se taillent de là, des révélations horribles et une plume qui arrive à vous faire regarder votre mur de travers à la moindre tache suspecte.

Juste quelques longueurs à un moment donné et 50 pages de moins auraient donné plus de tempo au milieu du récit.

Mais je m’en fiche, rien que pour le final, on rattrape la petite baisse de régime du milieu.

Putain, quel final ! Un truc de malade !

Bon, je vous laisse, je vais vérifier encore une fois mes murs, mes plafonds, les coulantes étranges et tout ce qui fait que la vérité est ailleurs !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (British Fantasy award en 2013), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
C’est l’idée de ma binômette chérie qui devait lire un auteur anglais  pour son challenge, et comme ce livre traine depuis trop longtemps dans ma PAL numérique, le choix est apparu évident….On adore tellement se faire peur à deux….

Synopsis :
Quand Kyle Freeman, réalisateur indépendant, est chargé de réaliser un documentaire sur une secte oubliée, il y voit un moyen de rembourser ses dettes. Le Temple des Derniers Jours, basé dans le désert d’Arizona et dirigé par un gourou à la réputation sulfureuse, a connu une fin sanglante.

Pourtant, les rumeurs vont encore bon train sur les pratiques déviantes et les expériences paranormales du groupe. Bientôt, une série de phénomènes inexpliqués s’abat sur la production. Visites nocturnes troublantes, disparitions soudaines et découvertes d’atroces artefacts, le tournage vire au cauchemar…

Les personnages :
Kyle, il va en voir ce personnage!!! Et plutôt que réalisateur, il va se retrouver acteur d’un film qu’il n’avait pas prévu!!!!Très convaincant, dans son rôle….

Max, je l’aurai un peu baffé, moi à la place de Kyle…..

Ce que j’ai ressenti : … Une peur bleue efficace !!!!

« Celui qui se contente d’être horrifié n’apprend rien. »

Il y a des films qui ont marqué le genre Horreur: « Rec », « le projet Blairwicht », « Paranormal activity »… L’auteur prend son inspiration dans ce phénomène de caméra au poignet, et nous livre un roman qui nous fait gentiment cauchemarder !!!!

Je pense donc plus m’attarder dorénavant sur cette classification, car j’ai adoré avoir la trouille en lecture partagée!

Nuit Blanche
« Ne mangez pas les cerveaux. Ils vous rendront encore plus fous. »

Le point fort de ce livre, c’est ce mélange entre paranormal et folie humaine ! L’auteur a su concilier les deux avec brio, rendant encore plus saisissante, les dérives humaines…

Elle était aussi damnée qu’un fantôme s’apprêtant à quitter définitivement ce monde. Un spectre qui ne règne plus que sur les quelques pièces vides d’une existence dépeuplée. Une ombre qui observe, plus tout à fait ici, pas encore ailleurs, qui écoute le son de toutes les voix joviales et claires, mais n’offre jamais la sienne.

On suit ce réalisateur non conventionnel et son cameraman,  sur les traces d’une secte disparue, et on n’imagine pas l’ampleur fantastique qui va se mêler à ce projet fou de reconstitution d’un massacre. J’ai adoré cette ambiance lourde, suintante, malodorante… L’horreur tapie dans le noir, les « vieux amis » qui s’invitent. Tellement je m’investis, dans mes lectures, j’en ai fait des cauchemars…

C’est juste pour vous dire que l’auteur arrive vraiment à jouer avec nos peurs, et que bien sur, la peur ne vient pas quand la lumière est allumée.. Mais bien quand la nuit tombe…(Petit aparté : Belette, t’es encore là ????!!! je crève de trouille moi !!!! Viens me tenir la main, s’il te plaiiiiiiiiiiiiiiit….). (Réponse de la Belette : je suis cachée sous le lit !!)

« On avait l’impression que la mort se tenait à nos cotés dans le noir. »

Du fait, de cette « urgence » de film, on est happé dans un engrenage d’actions qui fait que l’ennui n’est pas de ses pages. On en voit de toutes les couleurs et surtout de toutes une palette d’odeurs toutes plus répugnantes les unes que les autres.

Mais nous le savons bien le Mal prend toutes formes, et finalement qu’est-ce qu’une odeur face au Mal absolu ???

L’auteur nous sensibilise aux dangers des sectes, à leur fonctionnement, à leur gourou, au lent précipice vers lequel se jette des centaines de personnes presque inconsciemment…

« Mais laissez moi vous dire une chose à propos du boulot de flics. Jour après jour, la police est confrontée à la lie de l’humanité. C’est notre job. « 

Finalement, je ne sais pas ce qui est le plus effrayant de ses deux thèmes…Mais le cocktail des deux se déguste avec délectation !

Et comme pour ne rien gâcher, j’ai apprécié que l’auteur tienne son histoire jusqu’au bout, l’argumente, la mène jusqu’au final. Il ne s’en tire pas avec une pirouette, il nous emporte jusqu’aux Derniers Jours, heu, mots, pardon, dans son univers dérangé !!!

Un bon kiff de lecture!

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette9/10

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Derniers Jours : Adam Nevill [LC – Impressions de lecture 2/2]

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Impressions de lecture du Cannibal Lecteur (page 1 à 228) : Maman, j’ai peur !
Le roman commence en mode normal, rien d’exceptionnel, et puis, dès le premier tournage réalisé par Kyle et Dan, on découvre la peur ! Une sorte de Blair Witch Project ? Pas tout à fait, mais niveau trouille, je suis servie et tout doucement, je me surprends à surveiller la moindre odeur suspecte… Maman !!!!

Impressions de Stelphique (page 1 à 228) : Terrorisée mais j’en demande encore, cachée sous ma couette !!!! 😉
Je dirais que ça faisait longtemps que je n’avais ressenti le coup de la peur !!!! Très efficace cette séance d’ouverture…. Une bien jolie impression pour le démarrage, même si mon cerveau l’a vite traduit en cauchemars, j’ai adoré le style de l’auteur !!!!!

Impressions du Cannibal Lecteur (pages 229 à 456) : Oh putain, j’ai fait une infidélité au King !
Jusqu’à présent, seul le King (et les contributions) arrivaient à me ficher la trouille, mais là, je viens de faire une expérience dans la peur… On est passé à la vitesse supérieure dans l’horreur et le glauque. Oui, j’ai trouillé, oui, j’ai flippé, oui, j’ai vérifié mes murs et oui j’ai eu du mal à lâcher le livre… Maman, j’ai eu peur !

Impressions de Stelphique (page 229 à fin) : Un roman qui a su tenir toutes ses promesses !
Ce n’est pas tout de ficher la trouille à ses lectrices, il faut que ça tienne la route, jusqu’au dénouement ! Et bien, comment vous dire ???? On a pas fini de vérifier nos canalisations !!!! Et heureusement que j’ai un odorat développé et des jambes en état de marche pour fuir aussi loin que possible….

Un régal cet auteur, et j’ai déjà proposé à ma chère binômette, les autres titres de l’auteur pour nos LCs!!!!Vous n’avez pas fini d’entendre parler de cet auteur !  😉

PS : Le Cannibal Lecteur a bien entendu accepté et signé sans lire le contrat !

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Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

Trois jours et une vie : Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre

Titre : Trois jours et une vie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

tempete-tempete-1999_40Critique :
Malheureux qui, comme Ulysse, finit avec une balle…

Difficile de parler de ce roman sans rien déflorer. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il entre dans le club des « Court mais bon et intense ».

C’est un roman que j’ai lu d’une traite, sur une soirée tant je voulais savoir ce qui allait se produire, comment cela allait se passer, et si la police retrouverait le petit Rémi.

Tiraillée je fus entre deux sentiments : celui de la Justice, tout d’abord, parce que tout de même, c’était… On rigole pas avec ça ! Et celui de l’amnistie parce que tout de même, c’était un…

Lisez le roman et vous aurez les réponses aux points de suspensions !

Et puis, j’ai beau le savoir, ça me retourne toujours autant de voir à quoi tiennent nos existences – à un détail – et comment un fait banal peut les faire basculer dans le chaos et l’abîme.

Comment un acte « battement d’aile de papillon » peut, sans qu’on le sache, déclencher un tsunami dans des vies. Ce qui sera le cas pour des personnages de ce roman.

Un acte, une réaction disproportionnée mais sans intention de… et bardaf, l’embardée dans l’abîme, des vies gâchées à jamais.

Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent.

La ruralité est très bien décrite aussi : tout le monde qui connait tout le monde, les rumeurs, les jalousies, le qu’en-dira-t-on, l’opinion des autres, la bigoterie pour certains, l’usine qui nourrit des tas de famille qui est en difficulté, les licenciements, la trouille de perdre son emploi, les vieilles rancœurs… Ces villages que les jeunes ne veulent plus habiter et qu’ils veulent quitter rapidement…

Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait.

Mais aussi la solidarité avec une famille dont le petit gamin de 6 ans a disparu et l’égoïsme ensuite, après la tempête, car chacun a ses problèmes et celui des autres passera après.

– Et mon fils, alors ! hurlait M. Desmedt. Qui va nous aider à le retrouver ? […]
– Est-ce que tu te rends bien compte de la situation, Roger ?
Tout le monde se retourna.
M. Mouchotte avait croisé les bras dans la position du donneur de leçons qu’il était. Le père d’Émilie était un homme perpétuellement drapé dans la morale. […]
– Toutes les communications sont coupées, reprit M. Mouchotte, la ville est sinistrée, des familles entières sont à la rue, tu penses peut-être que tu as droit à une priorité ?

Ce n’était pas seulement l’impossibilité d’aider M. Desmedt qui vous étreignait, mais l’impression que la disparition de son petit garçon, aussi tragique soit-elle, serait désormais reléguée au second plan et qu’écartée par des malheurs qui touchaient chacun, elle ne redeviendrait plus jamais une affaire collective.
On ne pouvait pas continuer de chercher cet enfant, on acceptait sa disparition.

Mention spéciale à la mère d’Antoine, madame Courtin, une femme d’une telle rigidité qu’on penserait qu’elle a un bâton planté dans le cul. Sa manière d’ériger des barrières, des barrages pour occulter des choses est phénoménal !

Beaucoup de tensions, des personnages forts, travaillés avec peu de mots, un récit qui m’a emporté en plein cœur de la tempête de fin 1999 et puis… waw, le coup dans le plexus pour plusieurs choses.

♫ J’m’attendais pas à ça ♪ (comme le chantait Patrick Bruel). Le final est… je suis bluffée et quand j’y repense, pas possible que je l’oublie.

Mais je n’ai toujours pas tranché si c’était pire ou mieux qu’un autre, ce final. Les punitions et les prisons ne sont pas toujours celle qui ont lieu derrière des barreaux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

De sang-froid : Truman Capote

51v0t5jB-rL._SX305_BO1,204,203,200_Titre : De sang-froid                                                                       big_4

Auteur : Truman Capote
Édition : Folio (1972)
Première publication : In Cold Blood (1966)

Résumé :
« De Sang froid » est l’histoire inspirée d’un fait divers de deux jeunes repris de justice qui, le 15 novembre 1959 à Holcomb, petite ville du Kansas, assassinèrent froidement une famille d’agriculteurs. Le récit, chef-d’œuvre de Truman Capote, est le résultat d’un long travail d’investigation mené par l’auteur.

L’écrivain américain a en effet suivi de très près l’enquête policière sur le massacre de la famille Clutter allant jusqu’à interroger lui-même policiers et criminels impliqués. Une investigation qui ne se terminera qu’avec l’exécution des deux meurtriers à laquelle l’écrivain assiste.

Petit Plus : A force de détails, de témoignages, d’observations, Truman Capote raconte ce qui a pu se passer sans jamais prendre parti, ni juger, et crée un genre nouveau, le «roman de non-fiction».

« De Sang froid » (1966) obtient un énorme succès et porte Truman Capote au sommet de la gloire. Le livre est adapté au cinéma par Richard Brooks en 1967.

Critique : 
On aurait pu titrer aussi « Chronique d’un massacre annoncé » puisque d’entrée de jeu, nous faisons connaissance avec la famille Clutter dont on sait que 4 de ses membres finiront avec une balle dans le corps.

Ceci n’est pas une fiction, mais tiré d’un fait divers bien réel qui a eu lieu en novembre 1959, à Holcomb, Kansas.

« Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent « là-bas ». A quelques soixante-dix miles à l’est de la frontière du Colorado, la région a une atmophère qui est plutôt Far West que Middle West avec son dur ciel bleu et son air d’une pureté de désert. Le parler local est hérissé d’un accent de la plaine, un nasillement de cow-boy, et nombreux sont les hommes qui portent d’étroits pantalons de pionniers, de grands chapeaux de feutre et des bottes à bouts pointus et à talons hauts. Le pays est plat et la vue étonnamment vaste : des chevaux, des troupeaux de bétail, une masse blanche d’élévateurs à grain, qui se dressent aussi gracieusement que des temples grecs, sont visibles bien avant que le voyageur ne les atteigne. »

Sans mobile apparent, les quatre membres de la famille du fermier Clutter se font tuer. Truman Capote, tombant sur un article traitant de ce crime a décidé de relater cette histoire avec la plus grande précision.

Ce roman est ce qu’on appelle un « True Crime » car ceci est une reconstruction des faits, avant, pendant, après, ainsi que les conséquences qu’eurent ces meurtres sauvages sur les habitants de la petite ville de Holcomb.

Pensez-vous bien, on avait assassiné un homme qui était respecté, une famille qui allait à l’église tous les dimanches et qui, comme tous les habitants de la petite ville, ne fermaient jamais ses portes à clés.

La question que tout le monde se pose, c’est « Pourquoi eux ? » car il n’y a pas de mobile apparent vu que très peu d’argent volé car monsieur Clutter n’utilisait que des chèques pour payer.

L’auteur utilise tous les codes de la fiction mais dans le but de nous décrire un fait réel. La seule partie qui pourrait être fastidieuse à lire pour certains, c’est celle consacrée au procès. Pour moi, pas de soucis.

Sinon, ça se lit tout seul, la boule au fond de la gorge parce qu’on sait qu’on ne doit pas s’attacher aux membres de la famille Clutter, membres qu’on apprécie (surtout Nancy), malgré l’extrême bigoterie du père (ne boit pas, ne fume pas,…). Clutter est un homme de bien, intègre et honnête, mais on ne trinquera jamais avec une bière, nous deux.

Nancy Clutter est toujours à la course, mais elle a toujours le temps. Et c’est là une définition de ce qu’est une dame.

La première partie, fort importante, comporte la reconstitution minutieuse de tous les protagonistes à cette affaire, et pas à la n’importe nawak : Capote les a mis en scène grâce aux témoignages qu’il avait recueillis sur eux, additionnés des documents qu’il avait consulté. C’est un portrait d’une certaine Amérique des années 50 qu’il nous offre au travers de tout ces gens.

La seconde partie se compose de l’enquête, qui piétine, des rumeurs, qui enflent comme des ballons de baudruche, des pérégrinations de nos assassins et puis de leur traque.

Le lecteur passera beaucoup de temps avec nos meurtriers, apprenant des choses sur leur passé, leur enfance, leurs parents et verront avec horreur comment de marginaux ils sont devenus des criminels de sang-froid.

La psychologie des personnages est bien décrite, fouillée, profonde. Sans leur trouver des excuses (ils n’en n’ont pas), on « comprend » comment tout ce qu’ils ont vécu a fait d’eux des meurtriers putatifs. Les deux hommes sont sensiblement différent et si Dick est une grande gueule, Perry est plus prudent.

La psychologie de la petite communauté est aussi bien travaillée. Comment cette population sans histoires va basculer ensuite dans la paranoïa pure et simple… Comment ces gens ont-ils géré cette tragédie et les conséquences que cela a eu sur leur comportement.

La majorité de la population de Holcomb, après avoir vécu durant sept semaines au sein de rumeurs malsaines, d’une méfiance générale et de soupçons, semblait avoir été déçue d’apprendre que le meurtrier n’était pas l’un d’entre eux.

Ce roman m’a happé. De lent, dans les premières pages, quasi bucolique dans cette description de la vie à la campagne, on se laisserait bien aller à baguenauder si l’auteur ne nous envoyait pas de temps des piqûres de rappel en nous disant que cette famille va mourir.

Du modus operandi des auteurs, vous n’en saurez rien au début, il vous faudra attendre les aveux pour comprendre ce qu’il s’est passé et comment le tout à basculé dans le sang alors que cela aurait pu être empêché.

Ce roman magistral a valu à l’auteur une immense gloire, mais lui a collé une dépression sévère, touché qu’il avait été de sa rencontre avec Perry Smith, l’un des deux assassins. Celui qui, pour moi, avait la psychologie la plus profonde, celui pour qui j’avais ressenti de l’affection, malgré les crimes. Et la pendaison ne résout pas tout…

Il est presque impossible à un homme qui jouit de la liberté et de toutes ses prérogatives de se rendre compte de ce que signifie la privation de cette liberté.

Les riches ne sont jamais pendus. Seulement ceux qui sont pauvres et sans amis le sont.

— Oui, m’sieur, dit le gardien, confirmant cette nouvelle, ils ont eu la peine de mort ».
Dick dit :
— Bien sur. C’est drôlement à la mode dans le Kansas. Les jurys la donnent comme s’ils donnaient des bonbons à des gosses.

Perry et Dick ont été pendus mardi dernier. J’étais là parce qu’ils me l’avaient demandé. Ce fut une épreuve atroce. Dont je ne me remettrai jamais complètement. Je vous en parlerai un jour, si vous pouvez le supporter.

Un roman qui m’a glacé d’effroi devant tant de sang-froid (ou sang-chaud) pour un quadruple crime qui aurait pu ne jamais avoir lieu.

« Est-ce que j’ai des regrets? Si c’est ce que tu veux dire, non. Je ne ressens rien . Je voudrais bien. Mais ça me laisse complétement froid. Une demi-heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait et moi, je riais. Peut-être qu’on n’est pas humains. J’suis assez humain pour m’apitoyer sur moi-même. Je regrette de ne pas pouvoir sortir d’ici quand tu t’en iras. Mais c’est tout. »

À quoi ça tient, la vie, parfois… juste à un fil ténu que n’importe qui peut vous sectionner gratuitement.

Qu’est-ce que la vie? C’est le scintillement d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un buffle en hiver. C’est comme la petite ombre qui traverse les champs et va se perdre dans le coucher du soleil.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur et Le « Challenge US » chez Noctenbule.