Orcs & Gobelins – Tome 09 – Silence : Olivier Peru et Stéphane Créty

Titre : Orcs & Gobelins – Tome 09 – Silence

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Stéphane Créty

Édition : Soleil (19/08/2020)

Résumé :
Silence, le plus farouche et le plus redouté des combattants orcs n’est plus que l’ombre de lui-même… Bien décidé à ne pas mourir comme un misérable vieillard, il nous offre un dernier baroud d’honneur et ce sera sanglant !

Silence était autrefois un orc de légende, un des plus grands guerriers des Terres d’Arran, un de ceux que la mort refusait d’emporter à la fin des combats.

Aujourd’hui, son visage porte plus de rides que de cicatrices, le vieil orc n’a plus rien d’un tueur, il n’a même plus toute sa tête, il vient pourtant de reprendre les armes.

Une ancienne bataille inachevée s’est rappelée à lui et cette fois Silence compte bien la mener à son terme.

Quitte à finir sa vieille carcasse, autant le faire avec du sang dans la bouche et les genoux dans la boue plutôt qu’allongé sur un lit.

Critique :
Lorsque j’ai lu le résumé avant de commencer ma lecture, un horrible doute m’a saisi car le résumé ne m’était pas inconnu… Foutrediable, aurai-je acheté une bédé que j’avais déjà lue ??

Feuilletant l’album, je ne reconnaissais aucun dessins et donc, l’esprit un peu embrouillé, j’ai commencé ma lecture, suspicieuse.

Non, je n’avais jamais lu ce tome et je ne le possédais pas dans ma biblio…

Ce qui m’avait troublé, c’était cette sensation de « déjà-lu » : un vieux guerrier qui n’est plus que l’ombre de lui-même et qui va faire un baroud d’honneur accompagné de ses anciens guerriers et de jeunes recrues.

Le scénario de départ est éculé, plus réchauffé qu’une vieille soupe, mais comme toutes les histoires, le plus important est la manière dont on nous la raconte (et qu’on nous la dessine puisque c’est une bédé).

Olivier Peru n’est pas un manche avec sa plume et il a fait en sorte de rendre son scénario punchy, de l’entrecouper par un flash-back sur la jeunesse glorieuse de Yudoorm, un vieil Orc sur le retour que tout le monde appelle « Silence » car il ne hurlait pas durant les attaques, ce qui déstabilisaient ses adversaires, des culs verts comme lui ou d’autres ennemis.

Silence est touchant dans sa vieillesse qui lui fait voir les fantômes de sa famille et discuter avec, touchant dans sa manière de mener ses combats, sans jamais se précipiter, entraînant ses culs verts de mercenaires à sa suite, mais sans jamais oublier la stratégie, très souvent perfide et digne d’un coup de pute. Mais on ne gagne pas les batailles en étant réglo, surtout que l’adversaire ne la joue pas à la régulière non plus.

Les dessins de Stéphane Créty sont eux aussi au service de l’histoire, nous donnant à voir des décors sombres, écorchés, des châteaux battus par les vents et les flots, des Orcs aux dents pointues, du sang, bref, que du bonheur pour les yeux.

Durant tout le récit, on se demande contre qui le baroud d’honneur de Silence est dirigé et même les explications de Freill, son Gobelin et ami, ne nous éclaireront pas avant le moment final. Excellent, j’adore supputer et ne pas trouver.

Son adversaire était à sa hauteur, sorte de messie de secte pour frappadingues, grand manipulateur devant l’Éternel et le pire, c’est que les gens suivent les sectes ! Au moins, l’Église catholique ne me demande pas ce genre de sacrifices… Elle me fout même une paix royale, pour ne pas dire divine. Mdr

Une fois de plus, les auteurs se basent sur nos sociétés pour monter leurs scénarios et c’est une source intarissable d’histoires, de tacles, des piqûres…

Yudoorm, dit Silence, n’avait pas envie de se laisser mourir dans son lit et son baroud ultime était magnifique de stratégie. Les dessins sont magnifiques, les personnages attachants (Silence et Freill) et c’est avec regrets que je les ai laissés continuer leur route.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°131].

Un livre de martyrs américains : Joyce Carol Oates

Titre : Un livre de martyrs américains

Auteur : Joyce Carol Oates
Édition : Philippe Rey Littérature étrangère (05/09/2019)
Édition Originale : A book of american martyrs (2017)
Traduction : Claude Seban

Résumé :
2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des « médecins avorteurs » du centre.

De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l’accident qui a causé la mort d’une de ses filles, et un mari démuni face à la dépression de sa femme.

Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église où il fait la rencontre décisive du professeur Wohlman, activiste anti-avortement chez qui il croit entendre la voix de Dieu.

Comme un sens enfin donné à sa vie, il se sent lui aussi chargé de défendre les enfants à naître, peu importe le prix à payer.

Dans un camp comme dans l’autre, chacun est convaincu du bien-fondé de ses actions. Mené par des idéaux humanistes, Augustus Voorhees, le docteur assassiné, a consacré sa vie entière à la défense du droit des femmes à disposer de leur corps.

Les morts de Luther et d’Augustus laissent derrière eux femmes et enfants, en première ligne du virulent débat américain sur l’avortement. En particulier les filles des deux hommes, Naomi Voorhees et Dawn Dunphy, obsédées par la mémoire de leurs pères.

La puissance de ce livre réside dans l’humanité que l’auteure confère à chacun des personnages, qu’ils soient « pro-vie » ou « pro-choix ».

Sans jamais prendre position, elle rend compte d’une réalité trop complexe pour reposer sur des oppositions binaires.

Le lecteur est ainsi mis à l’épreuve car confronté à la question principale : entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ?

Joyce Carol Oates offre le portrait acéré et remarquable d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes face à l’avortement, sujet d’une brûlante actualité qui déchire avec violence le peuple américain.

Critique :
Devant un centre d’avortement, Luther Dunphy tire à bout portant sur un médecin avorteur, le Dr Augustus Voorhees.

Pour lui, ce médecin est un assassin et les femmes qui avortent des meurtrières aussi car pour lui, quelque soit la raison de la grossesse (viol, inceste, raisons médicales,…), l’avortement est un péché.

Le procès est facile : Luther coupable et au pilori ces fous de Dieu qui agissent en Son Nom, pour Lui, à Sa place, comme si Dieu n’était pas assez grand pour punir (en partant du principe établi que Dieu existe).

Parce que même si vous n’êtes pas une enragée de l’avortement, vous accordez quand même aux femmes de disposer de leur corps et de ce qui y pousse, contre leur gré. Oui, on tue un être vivant mais ceci est l’affaire de celle qui l’accompli, pour les raisons qui lui sont propres et que nous ne connaissons pas.

Pourquoi ? Parce que le grand philosophe qu’est Patrick Juvet n’a pas posé la bonne question : où sont les hommes (les pères) ?? Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme, ça reste toujours la bonne vieille méthode éculée de l’ovule et du spermatozoïde.

Mais lorsque la femme tombe enceinte des œuvres des coups de rein de monsieur (qu’elle soit consentante ou pas), ce dernier n’est jamais avec elle à la clinique de l’avortement ! Comme si ensuite, c’était le problème de madame, rien que le sien. Facile, non ?

Et puis ensuite, si il faut, on frappera la femme qui a avorté ou l’Église la jugera, sa famille aussi, même si elle a été victime d’un viol…

En commençant ce roman, mon procès était fait, plié, terminé d’avance, avant même que Luther Dunphy, le coupable, ne présente les circonstances de l’assassinat de celui qu’il considérait comme un meurtrier (le Dr Augustus Voorhees, le médecin avorteur).

Il aurait été plus facile si tout avait dichotomique : les bons d’un côté et les mauvais soldats de Dieu de l’autre.

Cela n’aurait pas été réaliste, bien évidemment, mais pour ma conscience, cela lui aurait évité d’être tiraillée à hue et à dia et de tourner en rond avec cette question obsédante : qui sont les martyrs américains ? Les foetus avortés, les médecins qui pratiquent les avortements et qui risquent de se faire tuer ou les fous de Dieu qui flinguent les médecins ?

Peut-être que tout simplement, les martyrs sont les femmes qui se retrouvent enceintes sans l’avoir demandé puisque certains considèrent encore la contraception comme un péché.

Ces femmes aux prises avec des maris libidineux qui se comportent comme des lapins en rut ; ces femmes/jeunes filles/gamines victimes de prédateurs sexuels qui les ont violées et qui courent toujours ; ces femmes pauvres qui ne savent pas comment elles nourriront une bouche de plus… Une fois de plus, aucun homme pour les épauler.

L’auteur déroule la vie de deux familles : celle de l’assassin et celle de l’assassinée. Cela vous fait plonger dans leur vie, dans l’enfance de l’assassin et même si à la fin du récit vous le considérez toujours coupable, vous saurez au moins le pourquoi du comment il en est arrivé là. Un éclairage est toujours bon pour l’esprit.

L’auteure n’est pas tendre avec l’Amérique et la mentalité rétrograde de certains qui ne jure que par Dieu. Les croyances sont l’affaire privée de chacun, je ne les rejette pas mais certains vont trop loin et on a l’impression de ne pas se trouver en Amérique, pays qui se veut libre, tolérant et progressiste (pourquoi vous toussez ?), mais dans le fin fond du fin fond des âges sombres dont nous avons émergés.

Ce livre n’est pas facile à lire car il est profond, il ne juge personne, il déroule les faits, mais certains passages sont des plus horribles, comme les foetus dans des sacs poubelles et l’injection létale.

Mais au moins, il a le mérite d’aller au fond des choses et de nous montrer les conséquences de l’acte d’assassinat sur les familles, que ce soit celle du tireur (Dunphy) que celle de la victime (Voorhees).

Entre nous, j’ai trouvé que les passages consacrés à la famille Dunphy plus intéressants que ceux consacrés à la famille Voorhees car plonger dans le quotidien difficile d’une famille pieuse et pas riche était plus enrichissant que celle de la famille instruite. Dawn Dunphy m’a profondément plus marqué que Naomi Voorhees.

Mon seul bémol sera pour la longueur du roman (864 pages) : 150 pages de moins lui aurait évité cette impression de lourdeur qu’il donne par moment, surtout lorsque nous sommes avec la famille Voorhees.

À certains moments de ma lecture, j’ai tiré la langue comme un coureur non entraîné (qui a dit non dopé ?) qui grimperait le mont Ventoux. Lui s’accrochera à une voiture, moi j’ai sauté quelques passages longs et insipides.

Un roman qui analyse brillamment et de manière pointue une société fort complexe sans la juger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°49], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Boucet le et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (de 17 mars au 10 mai) et saison 2 (du 20 juin au 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°09 – 864 pages].

Possédées : Frédéric Gros [LC avec Bianca]

Titre : Possédées

Auteur : Frédéric Gros
Édition : Albin Michel (18/08/2016)

Résumé :
En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions, victime d’hallucinations.

Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Église les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes.

Critique :
♫ Possédées, nous étions toutes possédées ♪ Avoir envie de s’auto-flageller ♫ Et à des bites rêver ♪ Possédées ♪

Le sexe de nos religieuses serait-il devenu l’enfer ? Oui, parce que Satan l’habite (je n’ai pas pu résister au jeu de mot).

Enfin, c’est ce qu’il paraît parce que ce roman, je l’ai survolé de très haut, sautant les phrases et n’arrivant à m’agripper à rien.

Une lecture en travers, voilà comment je désignerais ce que je viens de faire, ne m’arrêtant que sur certains passages, et même eux n’étaient pas intéressants.

Mea culpa, j’ai péché ! Mon père, donnez-moi l’absolution parce que j’ai commis le péché de lecture en diagonale.

Et si vous ne me pardonnez pas, alors, excommuniez-moi, déclarez-moi hérétique, je m’en fous, parce que de toute façon, rien de rien, non, je ne regrette rien.

Si ce n’est de m’être laissée tenter par un résumé aguichant, intéressant, intriguant…

Anybref, une lecture qui ne restera pas dans mes annales (avec deux « n » s’il vous plait, bougre de petits cochons) et niveau bonnes sœurs, ma préférée restera toujours Sœur Marie-Thérèse des Batignolles.

Une lecture à oublier et un livre à bazarder au plus vite.

Ma copinaute Bianca a adoré sa lecture, elle. Voyez son avis, pour avoir une autre opinion que la mienne.

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°40 – Le Manoir de l’Abbaye – lire un livre dans lequel la religion est un sujet important).