Délivre-nous du mal : Chrystel Duchamp

Titre : Délivre-nous du mal

Auteur : Chrystel Duchamp
Édition : L’Archipel (22/01/2022)

Résumé :
Commandant de police à Lyon, Thomas est chargé de retrouver Esther, mystérieusement disparue. Les mois passent et l’enquête s’enlise, tandis que d’autres femmes de la région s’évanouissent sans laisser de trace.

Jusqu’à ce que l’une d’elles soit retrouvée pendue dans une usine désaffectée, le crâne rasé et la langue arrachée. C’est le début d’une série de macabres découvertes.

Critique :
Délivre-nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation ? Amen ?

Non, pas d’Église dans ce thriller, ni même de prêtre, malgré tout, laissez les enfants assez loin de ce récit qui est violent et glauque dans la mise en scène des cadavres.

Une femme a disparu. En France, on a le droit de disparaître, sans rien dire à personne.

Peut-être, mais quand on part, on prend ses papiers, son argent (qu’on a retiré à la banque auparavant) et on ne laisse pas son chat enfermé dans sa chambre, sans manger et sans boire, non ? L’enquête principale commence ainsi, avec une femme qui est persuadée que sa soeur a été enlevée. L’enquête partira dans des directions inattendues…

Autant où son précédent roman « Le sang des Belasko » m’avait conquis à 100%, autant où celui-ci me laisse mitigée. Je suis partagée entre deux sentiments : j’ai apprécié certaines choses dans le récit, et pourtant, j’ai une sensation de vide en moi, comme si je n’avais pas accroché à cette lecture, ou accroché à moitié.

Le début était prometteur pourtant : le roman commence par des prologues qui se terminent abruptement, laissant le lecteur dans un suspense énorme, sans que l’on en sache plus pour le moment. Les dates ne sont pas les mêmes, la question sera de savoir comment ces trois prologues se rejoindront dans le récit. Pour le premier, on comprendra vite comment.

Ma sensation de vide durant ma lecture vient du fait que j’ai eu l’impression que cette histoire manquait de liant. L’épisode avec le petit village de Oingt est sans doute de trop dans ce récit.

J’avais commencé à décrocher un peu du récit et là, avec ce qui va suivre, j’ai eu l’impression de me retrouver face au fameux concept du « jumping the shark » (autrement dit, la scène qui va trop loin), même si elle faisait référence à un épisode historique réel. Dans le récit, par contre, c’est plus poussé que dans le fait divers réel.

Quant bien même cet épisode se rattache ensuite au récit central, ce qui me heurte, c’est que cela va trop loin dans la folie vengeresse et ça a fichu en l’air les messages importants que possédait ce récit, notamment sur la banalisation des viols, des féminicides, de toutes ces femmes battues que l’on n’écoute pas, dont on ne prend pas assez au sérieux les dépôts de plainte.

Comme si les personnages n’avaient pas été réalistes, ce qui est bizarre comme sensation, puisque notre policier peste sur l’administration qu’il doit faire, qu’il passe plus de temps au bureau que sur le terrain et qu’il lui semble s’être transformé en secrétaire.

C’est tout à fait le résumé de la fonction de policier ou d’enquêteur. Sans doute est-ce la manière dont c’est amené dans le récit qui l’a fait sonner faux. Idem avec les aveux de sa fille, qui semblent n’être là que pour rajouter du glauque au glauque, alors que cela n’apporte rien au récit, si ce n’est de l’eau au moulin de certain(e)s.

C’est un sentiment d’irréalité, de fausseté dans les monologues (ou dialogues) qui m’a attrapé à plusieurs moments et qui ont gâché cette lecture qui était prometteuse, car nous étions dans un polar qui n’avait rien de commun avec les habituels.

L’autrice sortait des sentiers battus en mettant de l’originalité dans la construction du récit et dans son contenu (mais pas dans les personnages, hélas). Elle avait réussi à piquer ma curiosité et je me demandais ce qui se cachaient derrière ces disparitions suspectes. Mon sentiment de départ était que cette lecture était prometteuse… Zut, loupé.

Le final, un peu bâclé, un peu trop rapide, laisse comme un goût d’inachevé, là où le final du « Sang des Belasko » était remarquable. Même si les derniers chapitres, sous forme de lettres, expliquent bien des choses, cela n’enlève rien au sentiment de gâchis qui m’a étreint durant une bonne partie du récit.

Pourtant, ce roman n’est pas à jeter aux orties, c’est ce qui fait que je suis, une fois de plus, le cul entre deux chaises, même s’il penchera plus du côté des « lectures qui ont foirées » alors que l’autre roman de l’autrice est dans mes coups de cœur.

Sans doute est-elle plus douée pour les polars psychologiques que dans les enquêtes policières avec des vrais flics.

J’essaierai son autre roman « L’art du meurtre » pour ne pas rester sur ma chute… Allez, en selle !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°191].

Ladies with guns – Tome 1 : Olivier Bocquet et Anlor

Titre : Ladies with guns – Tome 1

Scénariste : Olivier Bocquet
Dessinateur : Anlor

Édition : Dargaud (14/01/2022)

Résumé :
L’Ouest sauvage n’est pas tendre avec les femmes… Une esclave en fuite, une indienne isolée de sa tribu massacrée, une veuve bourgeoise, une fille de joie et une irlandaise d’une soixantaine d’années réunies par la force des choses. Des hommes qui veulent les maintenir en cage.

Des femmes qui décident d’en découdre, et ça va faire mal. Ladies with guns est l’histoire de la rencontre improbable entre des femmes hors du commun refusant d’être des victimes. Un western iconoclaste et jubilatoire où rien ne vous sera épargné.

Critique :
Le western a toujours été mon dada, surtout en bédé, alors, j’ai sauté sur l’occasion de découvrir cette bédé en avant première via #NetGalley.

Dès les premières cases, on est happé par les mystères qui entourent cette jeune fille dans une cage et ensuite, difficile de lâcher l’album avant la fin.

La chronologie de l’histoire ne suit pas une ligne du temps rigide, les auteurs ayant pris soin de nous raconter le passé de certaines femmes à rebours.

Cette bédé est bourrée d’action, c’est le moins que l’on puisse dire. Difficile de s’embêter avec toutes les péripéties qui arrivent à ces femmes.

Entre nous, ne la laissez pas sous les yeux des petits enfants, la violence est bien présente et les auteurs abordent certains sujets délicats comme l’esclavage et la pédophilie, même si jamais le scénario ne sombre dans l’exagéré (ou le voyeurisme) et que tout cela est montré assez rapidement.

Mais bon, un enfant pourrait se demander pourquoi un adulte, qui ne porte pas de pantalon, veut abuser d’une jeune esclave plus que mineure d’âge.

Il est souvent reproché au western d’être un monde super machiste, peuplé de mecs qui jouent avec des révolvers (jouer avec sa bite est mal vu en société), boivent comme des trous, exercent des violences sur les femmes, ont tous les droits, flinguent à tout vent, pincent les fesses et prennent ce que les femmes ne veulent pas leur donner…

Bref, la phallocratie dans toute sa splendeur ! Dans cette bédé, lorsque les mecs voudront en remonter aux femmes, ils trouveront à qui parler car nos gonzesses ne sont pas de celles qui se laissent faire.

Tout le sel du récit se trouve concentré dans ces 5 femmes que tout sépare. Seules, elles auraient un peu de mal à y arriver (hormis l’amérindienne), mais réunies, auront une force de frappe bien plus grande. L’union fait la force, c’est bien connu.

Voilà donc une bédé western qui, tout en respectant les codes du genre, s’en affranchi pour donner la part belle aux femmes.

L’action est omniprésente, la violence aussi puisque nous ne sommes pas dans un Lucky Luke, mais dans une bédé plus réaliste et qu’en ces temps-là, c’était la jungle, l’Ouest !

Malgré tout, l’humour n’est pas oublié dans les dialogues et les expressions des visages sont très bien rendues. Un vrai plus, dans une bédé, lorsque les visages ne sont pas figés, mais expressifs. Les couleurs sont très belles aussi…

Les bases de l’histoire sont posées, l’album est de la dynamite qui pète dans tous les sens. De mon côté, je serai au rendez-vous pour la suivant. J’espère juste que le scénario du second saura prendre un autre chemin que le côté bang-bang du premier, afin de donner un peu plus de profondeur à l’histoire, de la faire évoluer après le final hautement violent.

Parce que l’action c’est bien durant un moment, mais ça ne saurait pas « rester continuer durer » pendant plusieurs albums. Et puis, le croque-mort risquerait encore de se retrouver sans planches pour faire les cercueils…

Une belle découverte ! J’ai eu raison de me fier à mon instinct, ainsi qu’à la couverture et au titre qui disait tout. Yes ! Merci #NetGalley.

#Laideswithguns #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

Les femmes d’Heresy Ranch : Melissa Lenhardt

Titre : Les femmes d’Heresy Ranch

Auteur : Melissa Lenhardt
Édition : Cherche Midi (11/02/2021)
Édition Originale : Heresy
Traduction :

Résumé :
Elles étaient seules, elles étaient vraies, elles étaient magnifiques. Colorado, 1873. Après la mort de son mari, Margaret Parker décide de continuer à s’occuper de son ranch.

À ses côtés, celles qu’elle considère comme sa famille : deux soeurs, Joan et Stella, une cuisinière, Julie, et Hattie, une ancienne esclave au passé aventureux. Mais des femmes seules sur un ranch ont vite fait d’exciter toutes les convoitises, et bientôt elles sont dépossédées de leurs biens.

Elles n’ont plus, chacune, qu’un cheval, et le choix qui reste dans l’Ouest américain à celles qui ont tout perdu : se marier ou se prostituer. Ces femmes-là vont néanmoins trouver une option inédite pour survivre : tourner le dos à la loi dont elles ont été les victimes et prendre les armes pour se faire justice. Le gang Parker est né. Bien vite, les exploits de cette mystérieuse bande de femmes défraient la chronique et les Pinkerton se mettent sur leur piste.

Les Femmes d’Heresy Ranch est un formidable récit d’aventures tiré de faits réels. Historienne et romancière au talent fou, Melissa Lenhardt y crée des personnages inoubliables, au caractère bien trempé, et nous livre des informations inestimables sur la vie méconnue des femmes dans l’Ouest américain.

Critique :
Un western féministe, ça, je n’avais pas encore lu ! Les seuls personnages féminins qui ressortaient des western étant ceux de Calamity Jane et de Ma Dalton…

Maintenant, j’ajouterai le gang Parker. Non, non, pas celui de Bonnie Parker ! Celui de Margaret Parker, composé uniquement de femme et d’un seul homme, celui qui joue les transporteurs ou cocher.

Comment en sont-elles arrivées là ? Non pas par goût du lucre, juste pour survivre, sinon, elles auraient dû écarter les jambes et ça, c’était hors de question…

Le western est quasiment masculin, l’Ouest n’étant déjà pas tendre avec le sexe fort, alors vous pensez bien, avec le sexe dit faible…

Dans l’Ouest (Colorado) et à cette époque-là (entre 1873 et 1877), les femmes n’ont rien à dire, elles ne peuvent pas mener les affaires, s’occuper d’un ranch. Les hommes les pensent incapables de le faire, incapables de voter, trop sujette à leurs émotions, intellectuellement plus faibles qu’eux.

Ajoutez à cela un égo énorme et vous comprendrez qu’aucun mec n’avait envie qu’une femme leur damne le pion, prospèrent mieux qu’eux, soit la tête pensante du couple et vivent sans un homme. Si en plus, l’homme est envieux, il vous piquera votre exploitation et vous enverra à la soupe populaire, qui n’existe pas encore…

Ça, c’est ce qui s’appelle le souffle de la grande aventure ! Nos femmes ont monté un gang, elles attaquent des banques ou des transports de fonds. Rassurez-vous, le roman n’est pas composé que de braquages, ils seront même le parent pauvre. Le récit se composera de leur fuite, de l’entrée dans le gang d’une autre femme, de leurs rêves, leurs envies et le duel final, qui ne sera pas comme vous pourriez le penser.

Commençant comme un récit historique retrouvé tant bien que mal et étayé par des récits ou des carnets écrits par Margaret Parker, les récits ont parfois tendance à se répéter, selon que l’on a changé de point de vue, cela donne l’impression de repartir en arrière et casse un peu le rythme.

Mon autre petit bémol sera pour les portraits des hommes, sans nuances aucune. Où l’on a affaire à des salopards de chez salopards ou bien à des hommes biens. Je vous certifie que les hommes biens sont peu nombreux, à la limite de l’extinction de l’espèce.

Un peu de nuance dans les portraits mâles n’aurait pas fait de tort, je sais que l’on a mis le pied dans un monde peuplé de testostérone et d’égo aussi gros qu’un éléphant, qu’en ce temps-là, les hommes étaient ainsi, que penser autrement était sujet de raillerie, de moquerie et pas dans l’air du temps, mais bon, tout n’est pas noir ou blanc, dans les êtres humains… Et les femmes ne virent pas toutes en LGBT.

Ces quelques bémols n’en sont pas vraiment, plus des réflexions sur ma lecture… Cela ne m’a pas empêché de vibrer, de cavaler, d’avoir les chocottes, de vibrer avec mon gang de femmes que personne n’imagine qu’il existe, puisque les femmes sont incapables de commettre des actes de pareille amoralité.

Puis, ça défriserait les poils du cul des mecs d’admettre que des femmes en sont capables et qu’en plus, elles sont plus intelligentes qu’eux.

Voilà donc un western féministe, qui nous parle des conditions de vie des femmes du temps de l’Ouest, du far-west, dans un monde où les hommes font la loi et où les femmes la subissent, victimes, elles aussi, des autres femmes qui ne veulent pas s’émanciper ou si oui, se gardent bien de le crier sur tous les toits. Les hommes se serrent les coudes, les femmes se tirent dans les pattes…

L’écriture est simple mais jamais simpliste, elle est fluide et le roman se lit sans effort, même si de temps en temps, on bondit face aux injustices faites aux femmes ou aux autres personnages.

Si les portraits des hommes sont sans nuances, celui des femmes sont mieux réussi et en nuance, même si, finalement, on aura un affrontement entre les Méchants et les Gentilles, limite à la Tarantino.

Ce qui m’aura marqué le plus, dans ce western, c’est la place énorme donnée aux femmes, même à une Noire (qui était un sacré personnage que j’ai adoré), ce qui est fort rare dans cette littérature.

Raconter leur histoire, comme si elle était véridique, en utilisant des carnets, un interview, des coupures de journaux, c’était très intelligent car cela donnait un souffle de récit historique, apportant un petit plus au récit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°65], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°88] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

La Venin – Tome 2 – Lame de fond : Laurent Astier

Titre : La Venin – Tome 2 – Lame de fond

Scénariste : Laurent Astier
Dessinateur : Laurent Astier

Édition : Rue de Sèvres (08/01/2020)

Résumé :
Emilie est recherchée et sa tête est mise à prix. Poursuivant sa fuite en tenue de nonne, elle est Soeur Maria quand elle arrive à Galveston, au Texas.

Elle n’est pas là par hasard, elle cherche le révérend Alister Coyle, celui-là même qui dirige l’orphelinat pour jeunes filles de la ville. Sous couvert de cette nouvelle identité, elle est hébergée quelques jours au sein de son institution.

Le décès d’une pensionnaire et surtout la tentative de suicide de l’une d’elles ne laissent aucun doute sur le comportement malsain et les sévices commis par le révérend.

Il est temps de rendre justice ! Emily s’en chargera et Dieu en sera témoin !

Critique :
Dans ce deuxième tome, Emily continue sa vengeance de manière moins subtile qu’un comte de Monte-Cristo, puisque elle, elle monte au créneau !

Les dessins sont toujours agréables pour les yeux, hormis dans les chevaux qui semblent plus raides que des planches à pain lorsqu’ils marchent ou galopent.

Le problème, lors de l’illustration d’un galop, vient des jarrets (membres postérieurs). Bref, ce ne sont pas les mieux réalisés…

On en apprend un peu plus sur la jeunesse d’Emily, après le décès de sa mère et sur toutes les merdes qu’elle a endurée et qui l’ont façonnée telle qu’elle est maintenant. Elle n’a pas été gâtée avec les sœurs de sa mère, que ce soit avec la dépravée ou la rigide bigote religieuse.

L’inconvénient, c’est que ces flash-back cassent un peu le rythme de la narration et donnent aussi l’impression qu’on a rajouté des couches aux emmerdes, déjà multiples, qu’Emily a endurée.

Non pas que ce ne soit pas réaliste, des vie de misère où l’on cumule les emmerdes volant en escadrille, c’est tout à fait véridique, mais en littérature (ou au cinéma), ça donne toujours l’impression qu’on a voulu rallonger le scénario et y ajouter de quoi faire pleurer dans les chaumières.

Attention, j’ai apprécié ma lecture, j’ai passé un bon moment de détente avec Emily et sa vengeance, mais le scénario manque parfois de subtilités et les deus ex machina ne sont pas camouflés.

Tel Zorro ou l’ami Ricoré, certains arrivent toujours au bon moment (sans le café et les croissants) afin de sauver notre Emily. D’accord, sans les deux sauvetages miraculeux, dont un ressemblait à une Ira Dei digne de l’Ancien Testament, la série s’arrêterait net, ce qui serait stupide, mais bon, on peut sauver ses personnages de manière plus soft.

Si les visages sont bien réalisés et que personne ne ressemble à un autre, j’ai trouvé que les salopards d’enfoirés de leur race était un peu trop repérable avec leur dents poussées en avant, comme des chiens prêts à mordre. De mon côté, je préfère avoir la surprise pour les méchants…

Malgré tout, le scénario n’est pas mal du tout, même s’il manque de subtilité à certaines moments et qu’il y a des grosses ficelles qui tombent à pic quand il faut sauver l’héroïne.

Le récit de vengeance est vieux comme le monde, mais le personnage d’Emily est attachant et puis, merde, pour une fois que c’est une femme qui mène la danse dans un western, ça fait du bien. Et elle est plus féminine que la Calamity Jane dans Lucky Luke.

Une chouette découverte tout de même, que je compte bien poursuivre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°50] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 62 pages).

Les femmes n’ont pas d’histoire : Amy Jo Burns

Titre : Les femmes n’ont pas d’histoire

Auteur : Amy Jo Burns
Édition : Sonatine (18/02/2021)
Édition Originale : Shiner (2020)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire.

Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé.

Jusqu’au jour où un accident lui donne l’occasion de reprendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une auteure au talent époustouflant.

Un récit d’émancipation vibrant de beauté et de rage.

Critique :
Les Appalaches… Je n’y ai jamais mis les pieds mais j’ai l’impression de les connaître par coeur, tant je les ai découvertes au travers de la littérature.

Pas avec de la littérature joyeuse, mais au travers de la Noire, celle qui parle de conditions sociales miséreuses, de gens qui boivent, qui distillent leur alcool, qui se droguent, qui vivent chichement, certains étant à la limite des hommes des bois tellement ils vivent dans un isolement quasi total.

Ici, le patriarcat fait loi. Comme partout ailleurs, vous me direz… Oui, mais ici, c’est pire qu’ailleurs !

Comparées aux femmes qui vivent là-bas, nous sommes des reines pourvues de multiples droits car celles du livre n’ont souvent que le droit de la fermer et de se taire, tout en pondant des chiards et en s’occupant de leurs maris, pauvres petits gamins qui ont besoin d’une mère pour essuyer leur merde.

Dans ce récit, on se prend la ruralité de plein fouet. Et la religion dans la gueule. Les gens vont à l’église le dimanche et certains pratiquent encore le culte avec des serpents.

Bizarrement, même si les femmes sont résignées, ce ne sont pourtant pas des femmes faibles, sans volonté. Elles auraient voulu changer de vie, mais les montagnes des Appalaches ne leur ont pas permis de se libérer et celles qui voulaient foutre le camp se retrouvent mariées avec des enfants, vivant dans un mobile-home ou dans une cabane en rondins.

Ce qui marque le plus, dans ce roman noir profond, c’est la puissance des personnages, qu’ils soient adultes ou adolescente, comme Wren, la fille du manipulateur de serpent qui la garde dans sa cabane, perdue au fond des bois, régnant tel un dictateur sur ce petit territoire et sur deux sujets : son épouse et sa fille.

Malgré le fait que je ne me sois pas vraiment attachée à Wren, malgré le fait que le récit soit assez lent, qu’il n’y ait pas vraiment d’action, j’ai apprécié cette lecture en apnée, cette descente dans l’intimité de deux familles où les hommes ne foutent pas grand-chose et où ce sont les femmes qui portent tout à bout de bras.

Dans d’autres romans, je me serais ennuyée, mais ici, jamais. L’atmosphère est oppressante, sans jamais l’être trop et la construction du récit est intelligente. Si la première partie concerne le récit vu aux travers des yeux de Wren, les parties suivantes seront pour les récits de sa mère, Ruby et de sa meilleure amie, Ivy, avant de passer à Flynn, le moonshiner (il distille de l’alcool).

Ces différentes trames temporelles apportent un éclairage intéressant sur le récit, nous apporte des réponses sur le pourquoi ses deux femmes sont restées sur ces collines boisées, sur leur vie d’avant et d’après, leurs rêves…

Un roman puissant, sans pathos aucun, avec des personnages tout en nuance, désespérés, perdus, cherchant leur voie dans cette Rust Belt qui ne fait de cadeau à personne et n’offre pas du travail à tous. Alors on boit pour oublier, parce que c’est plus simple de se laisser porter par la vie, que d’être acteur de la sienne.

Un roman noir porté par une belle écriture, simple, sans fioritures, trempée dans une encre très sombre, décrivant ces vies fracassées, cette Nature imposante, cette société où le fait de naître femme vous condamne déjà à être ce les hommes voudront que vous soyez et ne vous laissera aucune opportunité de changer de vie (à moins qu’une bite ne vous pousse).

Une histoire ancrée dans un réalisme qui fait frissonner car nous avons beau être dans une fiction, elle n’est guère éloignée de la réalité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°49].

La Venin – Tome 1 – Déluge de feu : Laurent Astier

Titre : La Venin – Tome 1 – Déluge de feu

Scénariste : Laurent Astier
Dessinateur : Laurent Astier

Édition : Rue de Sèvres (09/01/2019)

Résumé :
Colorado, Juillet 1900.

Emily débarque à Silver Creek, petite ville minière en pleine expansion. Mais la jeune femme est-elle vraiment venue se marier comme elle le prétend ?

Rien n’est moins sûr, car dans l’Ouest encore sauvage où les passions se déchaînent et les vengeances sont légion, les apparences sont parfois trompeuses… Et la poudre dicte toujours sa loi !

Surtout lorsque votre passé est plus lourd que la valise que vous traînez.

Critique :
Dans ce western, Patrick Juvet ne pourra pas chanter ♫ Où sont les femmes ♪ puisque c’est une femme qui tient le haut de l’affiche et qu’elle n’est pas la seule.

Avec des prostituées, une bonne sœur et l’épouse d’un médecin, les femmes ne sont pas en minorités et certaines ont quelque chose dans les tripes.

L’histoire commence dans le passé, lorsque Emily est une jeune fille un peu trop curieuse et désobéissante.

Si la curiosité tue les chats, la sienne attisera les envies de certains messieurs. Attention, je ne la déclare pas coupable. Son seul tort fut de ne pas obéir, le tort de certains hommes est de réfléchir avec leur bite qui leur donne un pouvoir certain.

Cette bédé western est assez difficile à chroniquer car je suis en phase avec des avis contraires dans ma tête. D’un côté, j’ai apprécié que l’on mette une femme à l’honneur dans un western, qu’elle ne soit pas une faible femme, mais une qui en a sous la robe.

Les planches sont de couleurs vives, dans des tons ocres, jaunes ou sombres. Les dessins sont agréables pour les yeux, hormis encore un problème de proportion entre la tête d’un cheval et le reste de son corps.

Le côté historique est bien rendu aussi, grâce aux décors, aux couleurs et aux références qui parsèment cette aventure explosive.

L’action est bien présente et il est difficile de s’embêter, les phylactères sont bien remplis, il y a de quoi lire et l’auteur a joué sur les flash-back pour nous parler de l’enfance d’Emily, même si à la fin de ce premier tome, on ait l’impression de ne pas tout comprendre de sa motivation vengeresse.

Même si, en réfléchissant un peu, il me semble voir le pourquoi. Nous en saurons sans doute plus dans les deux prochains tomes (je l’espère). Les multiples références aux grands westerns, qu’ils soit cinématographiques, historiques ou littéraires sont aussi très plaisant à découvrir.

D’un autre côté, à force de multiplier les clins d’œil, ça devient foutraque, lourd, surtout que cela semble parfois un peu forcé, comme ajouté là pour faire bien, afin d’atteindre un quota de références obligées. Ce n’est que mon impression, elle est peut-être faussée.

Dans cette bédé, on a matière à lire, il y a beaucoup d’action, mais là aussi, trop c’est trop et on a aussi l’impression que l’auteur voulait produire un album survolté, sans vraiment réfléchir au réalisme de toute cette aventure un peu folle où Emily change d’identité comme de chemise.

Malgré mes bémols, je ne serai pas trop sévère sur la cotation car j’ai apprécié le personnage d’Emily et que j’ai passé un bon moment de lecture détente, addictive, remplie de suspense, de mystères, d’action et d’aventures avec un grand A.

Sans être tout à fait conquise, je demande à lire la suite. Ceci est le premier coup de semonce, celui qui doit marquer les lecteurs dans le but de les harponner pour la suite. Le premier coup n’est pas toujours parfait…

En espérant que la suite soit meilleure ou, au pire, de même niveau que ce premier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°34] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 66 pages).

La vallée des poupées : Jacqueline Susan [LC avec Bianca]

Titre : La vallée des poupées

Auteur : Jacqueline Susan
Éditions : Presses de la cité (2014) / 10/18 (2016)
Édition Originale : Valley of the Dolls (1966)
Traduction : Michèle Lévy-Bram

Résumé :
1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour débarquer à New York, la tête pleine de rêves et de gloire.

Elle y devient secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre et fait la connaissance de deux autres jeunes femmes qui prévoient de faire carrière dans le monde du spectacle: l’ambitieuse et prometteuse Neelly O’Hara et la très belle mais peu talentueuse Jennifer North.

Des bureaux d’agents d’artistes aux coulisses de Broadway, des plateaux d’Hollywood aux premières émissions TV, le roman suit leur ascension (et chute) respective, au rythme de leurs rencontres plus ou moins heureuses, carrière, amitié, amours bien sûr et autres trahisons et désillusions…

Critique :
Dallas était un univers impitoyable ♪ mais Broadway et New-York aussi !

Bienvenue dans le monde du show-bizz des années 45 à 65. Bienvenue dans un panier de crabes où tout les coups de putes sont permis.

Bienvenue dans ce qui ressemble souvent à un règlement de compte à O.K Corral mais en version plus perfide car ici, on peut tirer dans le dos.

Si vous voulez vous changer les idées et lire un truc gentillet, va falloir choisir un autre roman si vous ne voulez pas finir en dépression devant tant de perfidie, de saloperie, d’exploitation de la Femme par l’Homme.

Attention, ne pensez pas que les poupées du titres sont les jolies jeunes filles de la couverture ! Le docteur House était accro à la Vicodine et ici, les pilules qui font dormir, maigrir, rendent heureuses, les filles les appellent les poupées. Il y en a de toutes les couleurs, comme les Dragibus, mais avec elles, vous risquez bien plus que des caries (l’addiction est la même, par contre).

Après la Seconde Guerre Mondiale, les femmes rêvent de liberté, de se prendre en main, de mener une carrière artistique. Hélas, les hommes sont toujours paternalistes ou bien coureurs de jupons ou pensant que la place de la femme est au foyer, avec des marmots dans les pattes.

À 18 ans Ann a quitté sa province, bien décidée à empoigner la vie. Neelly rêve de gloire aussi, dans la même pension d’Ann et ensemble, elle croiseront la route de Jennifer. Toutes les trois ont les mêmes aspirations ou presque.

Faut pas croire que ce roman ressemble à une série américaine neuneu faite pour les ménagères de plus de 50 ans ou les bobonnes. Le scénario vole bien plus haut que les débilités au long cours que sont certaines séries. C’est Amour, Gloire et Beauté mais en version plus trash et cynique. C’est l’envers du décor du show-bizz et il n’est pas beau à voir.

Le pire, c’est que les horreurs et coups bas qui avaient lieu en 1945 ont toujours lieu maintenant, à quelques différences près (les réseaux sociaux et des nouvelles drogues en plus). L’univers du show-bizz est toujours plus impitoyable que celui de Dallas (vous l’avez en tête, le générique ???)…

Mes bémols iront à des personnages qui m’ont parfois un peu déçus dans leur comportement, qui auront manqué de courage, de reconnaissance.

Le beau Lyon est un coureur de jupons qui prend des excuses débiles pour ne pas se fixer (des claques !) ; Ann qui nous la joue midinette à 18 ans, je comprends, mais pas 18 ans après, surtout auprès d’un homme qui est resté des années silencieux et qui l’avait plaqué comme une vieille chaussette puante et Neelly qui ne se comportera pas comme une amie sur la fin du roman.

Toutes les femmes de ce roman avaient des rêves de gloire, d’amour et de beauté éternelle. Une soif éperdue de succès, de reconnaissance, de public en liesse. L’argent est facile à faire mais il part encore plus vite qu’une baignoire qui fuit dans un problème de math.

Un très bon roman sur l’envers du décor qui est bien plus sombre que celui qu’on nous montre habituellement, rempli de paillettes, de sourires Pepso Dent, de cirage de pompes et de main amicale dans le dos. Ne vous fiez pas au apparences, tout est faux.

En tout cas, je remercie Bianca de m’avoir proposé ce roman en LC parce que sans sa proposition (et la présence du roman chez mon bouquiniste préféré), jamais je n’aurais lu ce roman.

Nous avons toutes deux passé un bon moment lecture, avons ressenti les mêmes choses et trouvé aussi que certains personnages méritaient des claques !

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Un livre de martyrs américains : Joyce Carol Oates

Titre : Un livre de martyrs américains

Auteur : Joyce Carol Oates
Édition : Philippe Rey Littérature étrangère (05/09/2019)
Édition Originale : A book of american martyrs (2017)
Traduction : Claude Seban

Résumé :
2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des « médecins avorteurs » du centre.

De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l’accident qui a causé la mort d’une de ses filles, et un mari démuni face à la dépression de sa femme.

Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église où il fait la rencontre décisive du professeur Wohlman, activiste anti-avortement chez qui il croit entendre la voix de Dieu.

Comme un sens enfin donné à sa vie, il se sent lui aussi chargé de défendre les enfants à naître, peu importe le prix à payer.

Dans un camp comme dans l’autre, chacun est convaincu du bien-fondé de ses actions. Mené par des idéaux humanistes, Augustus Voorhees, le docteur assassiné, a consacré sa vie entière à la défense du droit des femmes à disposer de leur corps.

Les morts de Luther et d’Augustus laissent derrière eux femmes et enfants, en première ligne du virulent débat américain sur l’avortement. En particulier les filles des deux hommes, Naomi Voorhees et Dawn Dunphy, obsédées par la mémoire de leurs pères.

La puissance de ce livre réside dans l’humanité que l’auteure confère à chacun des personnages, qu’ils soient « pro-vie » ou « pro-choix ».

Sans jamais prendre position, elle rend compte d’une réalité trop complexe pour reposer sur des oppositions binaires.

Le lecteur est ainsi mis à l’épreuve car confronté à la question principale : entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ?

Joyce Carol Oates offre le portrait acéré et remarquable d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes face à l’avortement, sujet d’une brûlante actualité qui déchire avec violence le peuple américain.

Critique :
Devant un centre d’avortement, Luther Dunphy tire à bout portant sur un médecin avorteur, le Dr Augustus Voorhees.

Pour lui, ce médecin est un assassin et les femmes qui avortent des meurtrières aussi car pour lui, quelque soit la raison de la grossesse (viol, inceste, raisons médicales,…), l’avortement est un péché.

Le procès est facile : Luther coupable et au pilori ces fous de Dieu qui agissent en Son Nom, pour Lui, à Sa place, comme si Dieu n’était pas assez grand pour punir (en partant du principe établi que Dieu existe).

Parce que même si vous n’êtes pas une enragée de l’avortement, vous accordez quand même aux femmes de disposer de leur corps et de ce qui y pousse, contre leur gré. Oui, on tue un être vivant mais ceci est l’affaire de celle qui l’accompli, pour les raisons qui lui sont propres et que nous ne connaissons pas.

Pourquoi ? Parce que le grand philosophe qu’est Patrick Juvet n’a pas posé la bonne question : où sont les hommes (les pères) ?? Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme, ça reste toujours la bonne vieille méthode éculée de l’ovule et du spermatozoïde.

Mais lorsque la femme tombe enceinte des œuvres des coups de rein de monsieur (qu’elle soit consentante ou pas), ce dernier n’est jamais avec elle à la clinique de l’avortement ! Comme si ensuite, c’était le problème de madame, rien que le sien. Facile, non ?

Et puis ensuite, si il faut, on frappera la femme qui a avorté ou l’Église la jugera, sa famille aussi, même si elle a été victime d’un viol…

En commençant ce roman, mon procès était fait, plié, terminé d’avance, avant même que Luther Dunphy, le coupable, ne présente les circonstances de l’assassinat de celui qu’il considérait comme un meurtrier (le Dr Augustus Voorhees, le médecin avorteur).

Il aurait été plus facile si tout avait dichotomique : les bons d’un côté et les mauvais soldats de Dieu de l’autre.

Cela n’aurait pas été réaliste, bien évidemment, mais pour ma conscience, cela lui aurait évité d’être tiraillée à hue et à dia et de tourner en rond avec cette question obsédante : qui sont les martyrs américains ? Les foetus avortés, les médecins qui pratiquent les avortements et qui risquent de se faire tuer ou les fous de Dieu qui flinguent les médecins ?

Peut-être que tout simplement, les martyrs sont les femmes qui se retrouvent enceintes sans l’avoir demandé puisque certains considèrent encore la contraception comme un péché.

Ces femmes aux prises avec des maris libidineux qui se comportent comme des lapins en rut ; ces femmes/jeunes filles/gamines victimes de prédateurs sexuels qui les ont violées et qui courent toujours ; ces femmes pauvres qui ne savent pas comment elles nourriront une bouche de plus… Une fois de plus, aucun homme pour les épauler.

L’auteur déroule la vie de deux familles : celle de l’assassin et celle de l’assassinée. Cela vous fait plonger dans leur vie, dans l’enfance de l’assassin et même si à la fin du récit vous le considérez toujours coupable, vous saurez au moins le pourquoi du comment il en est arrivé là. Un éclairage est toujours bon pour l’esprit.

L’auteure n’est pas tendre avec l’Amérique et la mentalité rétrograde de certains qui ne jure que par Dieu. Les croyances sont l’affaire privée de chacun, je ne les rejette pas mais certains vont trop loin et on a l’impression de ne pas se trouver en Amérique, pays qui se veut libre, tolérant et progressiste (pourquoi vous toussez ?), mais dans le fin fond du fin fond des âges sombres dont nous avons émergés.

Ce livre n’est pas facile à lire car il est profond, il ne juge personne, il déroule les faits, mais certains passages sont des plus horribles, comme les foetus dans des sacs poubelles et l’injection létale.

Mais au moins, il a le mérite d’aller au fond des choses et de nous montrer les conséquences de l’acte d’assassinat sur les familles, que ce soit celle du tireur (Dunphy) que celle de la victime (Voorhees).

Entre nous, j’ai trouvé que les passages consacrés à la famille Dunphy plus intéressants que ceux consacrés à la famille Voorhees car plonger dans le quotidien difficile d’une famille pieuse et pas riche était plus enrichissant que celle de la famille instruite. Dawn Dunphy m’a profondément plus marqué que Naomi Voorhees.

Mon seul bémol sera pour la longueur du roman (864 pages) : 150 pages de moins lui aurait évité cette impression de lourdeur qu’il donne par moment, surtout lorsque nous sommes avec la famille Voorhees.

À certains moments de ma lecture, j’ai tiré la langue comme un coureur non entraîné (qui a dit non dopé ?) qui grimperait le mont Ventoux. Lui s’accrochera à une voiture, moi j’ai sauté quelques passages longs et insipides.

Un roman qui analyse brillamment et de manière pointue une société fort complexe sans la juger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°49], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Boucet le et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (de 17 mars au 10 mai) et saison 2 (du 20 juin au 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°09 – 864 pages].

Le bal des folles : Victoria Mas

Titre : Le bal des folles

Auteur : Victoria Mas
Édition : Albin Michel (21/08/2019)

Résumé :
Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres.

Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

Critique :
Avant, lorsqu’on voulait se débarrasser d’une femme, c’était très facile : on l’emmenait à la Salpêtrière et on la faisait déclarer folle.

Même pas besoin de soudoyer un médecin pour un faux certificat médical, la parole d’un homme suffisait puisque les possesseurs de bananes-kiwis avaient le pouvoir absolu.

Nous les femmes, nous avions juste le droit de fermer notre gueule, de ne pas marcher hors des sentiers délimités pour notre sexe, fallait éviter à tout prix les envies de révoltes et même en restant dans le carcan étroit qui nous était dévolu, le mâle (père, mari) ou une belle-mère pouvait nous faire interner.

Effectivement, ce roman met à nu les conditions de la femme à la fin du 19ème siècle (1885) et force est de constater, une fois de plus, que nous revenons de loin et qu’il y a un peu plus de 100 ans, il était possible de faire disparaître une femme dans un asile d’aliéné sans qu’un bilan de santé soit établi.

La Salpêtrière, ce n’est pas Bedlam (Bethlem Royal Hospital à Londres) mais tout de même, les droits n’existent pas.

Au travers de différents regards, que ce soit des patientes ou d’une infirmière, l’auteure nous fait déambuler dans les couloirs, à quelques semaines du fameux bal des folles où la bourgeoisie va venir voir les aliénées danser, en espérant qu’une fera une crise, afin d’avoir des sujets de conversations jusqu’à la fin de l’année.

Si je regrette un peu que le portrait dressé de Charcot soit minime, les portrait des femmes croisées sont des plus réussis.

Que ce soit Eugénie, jeune fille d’une bonne famille qui voit et entend les morts, ou Louise, qui rêve de son amoureux, persuadée qu’elle va sortir de là et Geneviève, infirmière aussi rigide qu’un corset métallique qui va se réchauffer un peu, ces femmes ont une histoire que l’auteure va mettre en scène et nous les faire aimer.

Une fois de plus, je suis tombée sur une petite pépite littéraire qui bien que mettant en scène un sujet lourd, grave et ayant existé, ne sombre pas dans le pathos ou le larmoyant.

On ne rigole pas, certes, mais  c’est addictif, on veut connaître le destin de nos différentes femmes et les émotions sont perpétuellement en voyage, dans cette lecture puisque l’on passe de l’indignation à la tendresse, avant d’avoir envie de hurler devant l’étroitesse d’esprit de certains personnages face à ce qui est autre que leurs croyances ancrées.

Un peu plus de pages n’auraient pas nui à l’histoire car l’épisode du fameux bal est assez court. De plus, quand on aime un roman, on a toujours envie d’en avoir un peu plus.

Un roman historique qui lève le voile sur ce qu’on appelait la folie en 1885 et où la majorité des patientes n’étaient pas folles du tout. Un roman humaniste, une petite pépite qu’on lit avec gourmandise en pestant sur nos sociétés phallocratiques (la banane) où tout le pouvoir était dans les mains des hommes.

C’est bouleversant.

Le consentement : Vanessa Springora


Titre : Le consentement

Auteur : Vanessa Springora
Édition : Grasset (02/01/2020)

Résumé :
Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse.

Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir.

Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque.

Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.

Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.

« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Critique :
Je vais être honnête avec vous, je ne savais même pas qui était Gabriel Matzneff (G.M) avant d’entendre parler de cette affaire de pédophilie.

Affaire que j’avais suivie de loin en m’abstenant d’aller ajouter mon grain de sel dans les débats.

Puisque l’auteure venait à La Grande Librairie, je me suis plantée dans mon canapé et j’en ai pris plein ma gueule. Le lendemain, le roman était sur ma table et fut de suite entamé.

Mettons les choses au point pour ceux ou celles qui ne sauraient pas, ce roman n’est pas un pamphlet de haine, ni un règlement de compte, ni un roman de plus sur l’horreur qu’est la pédophilie.

Non, c’est différent, mais c’est fort, horriblement fort et, je l’espère, libérateur pour l’auteure et pour toutes celles qui furent victimes de ce pédocriminel qui se vantait de n’en forcer aucune puisqu’il avait toujours le consentement des adolescentes de moins de 16, de moins de 15 ans, parfois de 14 ans à peine. Pour les garçons de Manille, c’était encore plus jeune.

Non, l’auteure ne règle pas ses comptes, elle raconte simplement les faits, sans minimiser ce qu’il s’est passé. Elle  donne sa version des faits, puisque son prédateur ne s’est pas privé pour l’insérer dans ses abjects livres où il décrivait ses crimes sexuels par le menu, sans que les romans ne portent l’étiquette « fiction » mais celle de « journaux ». On ne peut pas dire que personne ne savait…

Enfermer le prédateur, le chasseur de petits garçons et de petites filles dans un livre, le prendre à son propre jeu, à son propre piège. Il a dû lui en falloir du courage, car il faut toujours plus de courage aux victimes qu’aux coupables.

G.M, c’est un pédocriminel pervers narcissique… Il manipule les filles, il manipule les gens, utilise les mots comme des armes, les sentiments aussi et se donne toujours de l’importance puisqu’il est un auteur célèbre et un amant magnifique (c’est lui qui le dit, pas moi !!). Bref, il donne envie de vomir.

Mais ce qui rend encore plus malade, c’est que la Société n’ait rien fait et ait laissé faire, comme si, le fait qu’il soit un auteur célèbre et que les filles mineures soient « consentantes » aient constitué un passe-droit et non une violation de la loi, en plus de celle des gamines.

Le monde littéraire savait mais tolérait les penchants de G.M, les flics ne voyaient même pas la gamine qu’était Vanessa, à côté de G.M, pourtant… Les passants faisaient bien leurs regards désapprobateurs, mais passaient ensuite leur chemin, comme les passants qui passent savent si bien le faire. J’en fais partie aussi.

Non, à 14 ans on n’est pas adulte, non, à cet âge-là, on ne pense pas correctement, on est un peu folle (j’ai eu 14 ans moi aussi), on est nombriliste, les adultes sont des gens qui ne comprennent rien (surtout les parents et les profs) et si la Loi ne nous donne pas la capacité légale de signer certains contrats, j’estime que le législateur devrait protéger aussi les mineurs de ces adultes qui veulent s’amuser en ayant des relations déplacées avec eux.

À 14 ans, il n’y a pas de « consentement » qui tienne, à 15 ans non plus… Ce sont des vies détruites à tout jamais. Mais les politiciens ont pinaillé sur ce fameux « et si il y a consentement ? » et n’ont rien produit de concret. Ce roman va peut-être faire bouger les choses, je l’espère en tout cas.

220 pages qui se lisent d’une traite, sous apnée car on voit Vanessa courir à sa perte et on aimerait la retenir, l’empêcher de tomber sous la coupe de ce pervers narcissique pédocriminel manipulateur mais on sait déjà qu’il est trop tard puisque cela à eu lieu il y a plus de 30 ans, dans ces années 80 que j’aimais.

Un livre choc, fort, pudique, bourré d’émotions mais sans vouloir faire pleurer dans les chaumières car l’auteure ne veut plus être victimisée, ni être une coupable car le coupable, c’est l’adulte qui l’a chassée, qui l’a prédatée, qui a abusé d’elle, et on se fout pas mal qu’elle ait donné son consentement car pour moi, consentement il n’y avait pas, en raison de son jeune âge.

Il lui en a fallu du courage pour vivre après ça, pour reprendre pied, pour remonter à la surface respirer, et réapprendre à vivre, alors que ce pédocriminel de G.M. continuait de publier des livres, d’agir au nez de tout le monde, de se victimiser, de rendre les autres (notamment l’auteure) coupable, de regarder de haut les rares personnes qui s’indignaient des actes de G.M. (l’auteure Denise Bombardier a eu ce courage, mais tout le monde s’en foutait sur le plateau de Bernard Pivot).

J’aimerais vous dire plus sur ce livre qui m’a tordu les tripes, sur ce livre qui montre les failles de la Justice, vous parler des émotions ressenties, mais les mots me manquent ou alors je vais écrire une chronique de 36 pages.

Je ne direz qu’une seule chose : lisez-le ! Pour comprendre… Parce que comprendre ne veut pas dire pardonner. Mais pour se prémunir, il faut connaître les méthodes de chasse des pédocriminels.

Et faisons en sorte que le législateur se prononce enfin sur une interdiction des relations entre majeurs et mineur(e)s de moins de 16 ans. Point barre.

Madame Springora, je salue le courage qu’il vous a fallu pour écrire ce livre et pour votre intervention sur le plateau de La Grande Librairie, ainsi que les intervenants qui ont tenté d’éclairer un peu le monde sur le pourquoi du comment la justice, les flics et personne (ou si peu) n’avaient bougé.