Nana : Émile Zola – Dans la collection « Les Vieilleries de Dame Ida » [Fiche de lecture non académique]

Titre : Nana – Les Rougon-Macquart – Tome 9

Auteur : Émile Zola
Édition : Le Livre de Poche (31/08/2003)

Résumé :
Zola brûlait d’écrire Nana.

« Je crois que ce sera bien raide. Je veux tout dire, et il y a des choses bien grosses. Vous serez content de la façon paternelle et bourgeoise dont je vais peindre les bonnes filles de joie. »

En fait de joie, l’actrice, Nana, dévore les hommes, croque les héritages et plonge les familles dans le désespoir.

Belle et prodigue, elle mène une danse diabolique dans le Paris des lettres, de la finance et du plaisir. En se détruisant elle-même, elle donne le coup de grâce à une société condamnée, détestée par Zola.

Neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, Nana est le plus enivrant d’érotisme et de passion déchaînée.

« Nana tourne au mythe, sans cesser d’être réelle. Cette création est babylonienne. » Flaubert

Le résumé de Dame Ida :
Vous vous souvenez de la Gervaise Macquart de l’Assomoir ? Nan ? L’avez pas lu ? Et ben c’est pas grave puisque c’est de sa fille qu’on va parler aujourd’hui.

Ben oui, le Zola il est comme ça… Quand il commence à écrire, c’est pour vous déployer toute l’histoire d’un arbre généalogique de cassos… Les Rougon-Macquart…

Bref, la Gervaise elle a eu un mioche avec le père Coupeau et comme c’était une pisseuse, ils l’ont appelée Anna, qui est vite devenue Nana, la p’tite nana bien connue des messieurs puisqu’en cloque à 16 ans, elle a eu un p’tit garçon qu’elle a refilé à une nourrice et elle est partie battre le bitume à Paris et se faire entretenir par des messieurs un peu plus fortunés pour l’élever.

Petit commentaire à ma façon au passage… On bosse toutes pour élever nos mioches… Et on est pas obligé de faire le plus vieux métier du monde pour autant… d’autant qu’à l’époque de Nana… à 16 ans, il y a bien longtemps que les jeunes étaient partis bosser quand les parents n’étaient pas pétés de thunes, puisque c’était la seule condition pour aller à l’école.

Ceci étant dit revenons-en à nos moutons, ou plutôt à notre Nana qui tond les vieux boucs comme des moutons.

Ben ouais, parce qu’elle n’est tout de même pas vilaine la Nana. Au point que bien qu’elle chante aussi faux qu’une meule rouillée, on lui propose un rôle dans une opérette.

Et pas n’importe lequel : le rôle de Vénus ! Et comme il est prévu qu’elle se pavane sur scène pratiquement nue, le public composé majoritairement de mecs applaudit aux éclats, oubliant que sa voix vous scie les tympans et les fait saigner… et que leurs femmes fuient la salle épouvantées !

Elle se maque avec un des comédiens de la troupe, et elle aurait pu mener une vie de ménagère parfaite si ce salaud ne l’avait pas battue comme du plâtre et fait porter les cornes.

Alors elle se barre (enfin, c’est surtout qu’il la fout dehors pour la remplacer par sa nouvelle pouffiasse), se lie avec une certaine Satin, amatrice de tarte aux poils et périprostipute professionnelle de son état.

Il ne faut rien de plus que cette mauvaise influence pour que Nana et reprenne le tapin avec sa nouvelle maîtresse.

Marion Game & Véronique Genest (1981)

Après avoir bouffé tous ses ronds, elle accepte de devenir la cocotte du Comte Muffat, c’est-à-dire de signer un contrat d’exclusivité pour ne prodiguer qu’à lui ses services sexuels en échange d’un toit, et d’une somme assez rondelette pour vivre très décemment, et se changer quinze fois par jour avec des robes hors de prix que même feu Karl Lagerfeld n’aurait pas osé imaginer.

Ben oui, à cette époque, un mec qui avait réussi dans la vie, il n’avait pas encore de Rolex ou de grosse berline hors de prix pour exhiber son statut ! Il devait avoir une cocotte, belle, bien entretenue, pour la montrer à son bras en ville lors de ses sorties entre potes…

Sur quoi tu louches ??

Ben ouais, quand il sortait avec sa dame, ou allait avec elle à la messe… la cocotte restait au placard. Faut pas pousser non plus.

C’était les mœurs de l’époque d’ailleurs Stéphane Bern avait sorti un Secrets d’Histoire exprès sur les « Grandes Horizontales », c’est-à-dire sur les périprostiputes de luxe de l’époque qui amassaient des fortunes en diamants en ruinant ces vieux dégueux pleins de sous qui étaient obligés de payer pour s’envoyer en l’air vu qu’avec leurs légitimes, tout se faisait habillé, dans le noir entre un ave et deux paters, dans la position du missionnaire…

Et si Monsieur pouvait se dépêcher c’était pas plus mal parce que ces dames qu’ils avaient épousées pour leur dot, en bonnes catholiques, n’aimaient pas ça du tout.

Anybref, la voilà entretenue par le Comte Muffat, qui en public fait croire qu’il est un parangon de vertu (Hou là ! Comme je cause bien tout à coup ! Faut pas que je me relâche !), devient le petit toutou à sa Nana, qui prend des amants à la pelle (et les sous de ses amants… rien est gratuit… attention !) et renoue avec son béguin lesbien qu’est la Satin.

L’un d’entre eux, un certain Comte en banque… heu non… de Vandeuvres, appelle une pouliche Nana et la fait courir à l’hippodrome en son honneur, et la bestiole gagne.

Sauf qu’il est accusé de tricherie, se suicide en mettant le feu à son écurie, un de ses amants est arrêté pour détournements de fonds pour payer ses passes chez Nana, le très jeune frère de celui-ci que Nana a dépucelé au passage, se suicide, transi d’amuuuuur pour elle…

Et son Comte Muffat finit lui aussi totalement sur la paille après qu’elle lui ait fait financer un lit spectaculaire tout en bronze doré, aussi orné que l’autel d’une cathédrale dans laquelle on célèbrerait de drôles de messes païennes !

Ben attends ! À gagner sa vie couchée, autant le faire confortablement en pétant dans la soie, la Satin et le velours !

Pour la petite histoire sachez qu’une courtisane ayant réellement existé à cette époque, une certaine Valtesse de la Bigne, s’était fait faire un tel lit que l’on peut aller admirer au musée des arts décoratifs de Paris aujourd’hui…

Car la Nana de Zola, c’est une sorte de cocktail réunissant le parcours de plusieurs cocottes de la fin du second empire : Valtesse de la Bigne, Delphine de Lizy, Cora Pearl, Hortense Schneider, Anna Deslions…

Et la figure du comte Muffat est l’archétype du pigeon, qui prend pour tous les autres volatiles de son espèces qui sont allés claquer la dot de leur femme, l’assurance vie des enfants, leur plan d’études, la paye de leurs employés et leurs arriérés d’impôts chez ces dames de petite vertu…

Tout ça pour dire que partout où Nana passe, les mecs et les fortunes trépassent ! Que de scandales ! Voici, Gala, Coins de rue – Images Immondes en auraient fait leurs choux gras.

Comme Nana dépense sans compter, elle aussi finit endettée, et elle doit vendre tous ses trucs aux enchères, même son baisodrome de compétition de lit et se retirer à la campagne ou, la morale sera sauve : elle trépasse à dix-huit ans à peine, emportée par la variole, totalement défigurée, et ruinée.

C’est bien fait ! Elle n’allait tout de même pas emporter au paradis son lit et toute la thune qu’elle avait piquée en couchant avec des vieucs ! Non mais !

MON HUMBLE AVIS :
Si vous ne devez lire qu’un seul Zola dans votre vie, lisez celui-là.

Le thème est léger, la prose parfois acide et délicieuse (j’adooooore la première phrase du chapitre deux « Et Nana devint une femme chic, marquise des hauts-trottoirs, rentière de la bêtise et de la luxure des mâles » – je cite de mémoire… y a p’t’être des erreurs…), et Zola révèle, que dis-je, dénonce les mœurs hypocrites des grands bourgeois de cette époque, qui étaient censés être fourrés à la messe tous les dimanche, se voulaient conservateurs, attachés à l’ordre de leur établi (oui, je sais… c’est pas tout à fait comme ça que ça s’écrit!) etc… et qui entre copains jouaient à qui se taperait la périprotipute la plus chère de Paris !

Un pur délice !

J’ai kiffé grave la race de ma mémère, et je vous recommande ce bouquin de toute urgence…

En plus il est pas très épais et écrit assez gros, même s’il y a pas d’images (c’est dommage d’ailleurs… mais sur internet on pourra trouver tout ce qu’on veut en matière d’illustrations…) !

 

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Né d’aucune femme : Franck Bouysse

Titre : Né d’aucune femme

Auteur : Franck Bouysse
Édition : La manufacture de livres (10/01/2019)

Résumé :
« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile ».
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandais-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose.

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquelles elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Critique :
« Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé » et là, je confirme les paroles intelligentes d’Harry Quebert car, autant où je suis contente d’arriver à la fin de ce récit sombre tant mon coeur n’en pouvait plus, autant où j’ai envie de replonger dedans pour le relire, apaisée.

L’auteur m’a souvent fait vibrer, avec son écriture magnifique, ses mots bien choisis, avec ses personnages profonds, avec ses histoires bien racontées et surtout avec le milieu qu’il décrit : le rural noir.

On a beau vivre à la capitale depuis bientôt 20 ans, mes origines sont dans la ruralité !

Johnny Hallyday chantait ♫ Je suis né dans la rue ♪ et moi je pourrais chanter ♫ Je suis née dans la ru…ralité ♪ mais bon, le temps est déjà moche, je ne vais pas rajouter de la pluie ♫ en chantant ♪ (non, Sardou, ne dis rien dans ma tête ou je vais chantonner un mélange de toi et de Johnny).

L’habileté de Franck Bouysse tient dans beaucoup de choses, comme je le disais au deuxième paragraphe, mais elle vient aussi de sa manière de construire son récit en le déstructurant de manière à nous appâter dès le départ avec du suspense, du mystère et des décors grandioses qui cachent des scènes plus sombres.

Pourtant, au début du récit, bien que j’ai été happée, il y a eu un moment de flottement dans mes émotions… On avait commencé avec du costaud, on poursuivait dans du sombre et puis, tout avait l’air d’aller dans le meilleur des mondes… Durant peu de temps, je précise ! Le flottement a duré quelques pages et puis…

À partir de ce moment là, mes émotions ont été mises à mal, ballotées, torturées car je m’étais attachée à Rose, cette jeune fille de 14 ans travaillant dans une maison où les maîtres n’ont rien de chaleureux, sans pour autant être des brutes…

Un instant de flottement, je vous ai dit ! Juste le temps de laisser le lecteur prendre une bouffée d’air avant de le noyer dans la suite du récit car il va nous plonger dans du très sombre, mais jamais sans que cela devienne trop obscur.

L’auteur a su jongler entre le sordide, l’horrible, l’indicible mais sans jamais entrer dans le glauque gratuit alors que son récit est très brutal par certains moments et que seule la volonté de Rose, son personnage principal, nous donnera la force de poursuivre avec elle.

Oh, Rose, combien de fois aie-je eu envie de te sauver ? De te délivrer ? D’avoir des couilles à la place d’Edmond, celui qui, toute sa vie durant, failli être un homme sans jamais l’être vraiment.

Une fois de plus, l’auteur m’a enchanté, m’a emporté, m’a fait vibrer, m’a fait pleurer, m’a remué les tripes, m’a mise à genoux (et ça commence à devenir du sexisme tous ces auteurs mâles qui me mettent à genoux, sans compter que mon kiné ne sera pas content), m’a fait passer par une multitude d’émotions, me laissant amorphe à la fin de ma lecture de ce rural noir, de ce roman choral qui m’a marqué au fer rouge.

Amoureux des grands romans, amoureux des belles plumes, lecteurs/trices qui veulent lire autre chose que de la littérature fast-food (sans pour autant commencer à lire des Classiques), ceux ou celles qui aiment qu’on leur retourne les tripes avec des mots et des personnages qui marquent, à tous ceux et celles qui aiment les belles histoires, je ne dirai qu’une seule chose : lisez-le, nom de Dieu !

PS : il est à signaler que les mouchoirs ne sont pas fournis avec le roman…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Témoin de la nuit : Kishwar Desai

Titre : Témoin de la nuit

Auteur : Kishwar Desai
Édition : De l’aube – Aube Noire (2013)
Édition Originale : Witness the night (2010)
Traducteur : Benoîte Dauvergne

Résumé :
Si l’intrigue est très bien troussée, ce n’est pourtant pas le principal intérêt de ce livre.

Les crimes servent de prétexte à la romancière pour brosser le tableau d’une société à la fois ancrée dans la tradition et en pleine mutation.

Simran, par exemple, est une femme émancipée, contrairement à Durga, qui vient d’une famille très conventionnelle, riche, bridant ses filles, faute d’avoir pu les tuer à la naissance.

Ce roman devint un best-seller à sa parution à New Delhi, il y a quatre ans, et il vaut bien des documents.

Critique :
Pour une fois, le résumé n’est pas trompeur : une intrigue bien troussée mais qui n’est pas le principal intérêt de ce roman noir.

Toute l’enquête de la travailleuse sociale atypique Simran Singh sur l’assassinat de toute une famille riche (13 membres) n’est que le prétexte pour nous parler de la société indienne (hindoue) qui est patriarcale à mort et où les femmes et les filles n’ont que le droit de pondre des fils et de tenir le ménage.

— Alors dès le début, on m’a mis la pression pour que je ponde, ponde, ponde… comme une putain de poule.

On se plain des plafonds de verre chez nous ? Croyez-moi, nous sommes le cul dans le beurre et il est bordé de nouilles déposées à la cuillère en argent.

Le récit est âpre, violent, dénonçant les injustices et le sex-ratio inégalitaire puisqu’il est mal vu de mettre au monde des filles, alors, on les élimine direct et on ne garde que les mâles. Vous imaginez qu’au final on se retrouve avec 350 filles pour 650 garçons et que ces derniers doivent importer des femmes d’ailleurs puisqu’il n’y en a pas assez.

Le médecin nous a appelés pour nous dire que le bébé était une petite fille en bonne santé. J’étais tellement heureuse que j’ai presque sauté de joie. Et puis j’ai vu le visage de mon beau-père. Pendant tout le trajet de retour, il a eu l’air très mécontent. À la maison, la nouvelle a reçu le même accueil.

La plume est trempée dans le vitriol, par le biais de sa personnage principale, Simran Singh qui s’est toujours révoltée contre de telles pratiques mais qui ne peut pas faire grand-chose à son niveau. Pourtant, elle essaie.

Simram a tourné le dos à toutes ces traditions du Punjab, elle a 45 ans et ne s’est pas mariée, ce qui fait que tout le monde regarde cette vieille fille avec mépris et sa mère la harcèle pour qu’elle lui offre un petit-fils. Pas facile de dire merde aux traditions.

Les portraits dressés de certains personnages sont taillés à la serpe, le genre de personnage qu’on aimerait flinguer assez vite, imbu d’eux-mêmes, jaloux de tout et prêt à tout pour y arriver.

Les flics étaient corrompus sous Al Capone et le sont toujours ? Ici, on est dans le haut du panier niveau magouilles, les médailles d’or tombent, n’en jetez plus, tout marche à la corruption, même les soins dans les hôpitaux.

Au fur et à mesure que Simran Singh dénoue l’écheveau de ce meurtre multiple et tente d’entrer dans le passé de Durga, la fille cadette de cette famille, suspectée d’être l’auteure des meurtres, elle tombe dans le glauque absolu, et nous avec.

On referme ce roman noir avec le coeur au bord des lèvres, le dégoût suintant de tout nos pores (on aimerait écrire « porcs » mais ce serait une insulte à l’animal) et le guide du Routard peut me dire ce qu’il veut mais je n’ai pas envie de poser un pied là-bas.

Un roman noir où l’enquête est un prétexte pour écrire un réquisitoire sur le pays de l’auteure, sur son gouvernement, sur les hommes qui ne veulent pas de l’égalité et sur des gens qui n’ont pas encore compris qu’on va droit dans le mur en ne sélectionnant qu’un seul sexe et en éliminant systématiquement l’autre.

Un roman noir qui laisse le lecteur groggy, pantelant, en proie à de multiples émotions qui ne sont pas celle de la joie, évidemment. Avec un tel sujet, on se doute qu’on ne va pas nager dans les petites fleurs et les arc-en-ciel des Petits Poneys.

Je savais qu’en Inde, il était illégal de demander le sexe de son enfant, alors j’ai cru qu’il voulait savoir si le bébé était en bonne santé et j’ai accepté. Cependant, j’ai été très surprise lorsqu’il m’a dit que nous devions attendre le compte rendu avant de rentrer.

Un roman noir où l’enquête est accessoire, même si elle est utile pour nous brosser, au vitriol, un portrait peu flatteur de la société hindoue dont certains sont encore plus rigides que les plus rigides anglais victoriens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).

 

Brooklyn : Colm Tóibín [LC avec Bianca]

Titre : Brooklyn

Auteur : Colm Tóibín
Édition : Robert Laffont (2016) / 10/18

Résumé :
Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 50. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail.

Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis.

En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier.

Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande.

À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

Critique :
Auriez-vous oser tout quitter – votre famille, vos amis, votre ville, votre pays, votre continent – pour aller travailler dans une ville et un pays inconnu, vous ? Moi, pas sûre…

Déjà que monter à la capitale était toute une aventure… Et je n’étais pas à l’autre bout du monde, la Belgique, ce n’est pas bien grand.

Pourtant, Eillis a osé le faire. Bon, pas vraiment de bonne grâce, on pourrait dire qu’on ne lui a pas laissé le choix, vu qu’elle ne trouvait pas d’emploi dans sa ville Irlandaise, alors qu’elle avait un diplôme de comptabilité.

Là, je peux dire que j’ai eu une lecture rafraichissante, agréable, dépaysante (comme d’hab) et surtout, je me suis identifiée à Eilis dans certains de ses gros blues. Et je ne vous parle pas de la musique que j’aime…

Si ce roman comporte une histoire d’amûr, le réduire à ça sera criminel car dans le fond, on a aussi du roman noir avec les pauvres gens obligés d’immigrer aux States afin de trouver un emploi, comme bien des Irlandais, entre autre (et pas qu’eux).

Roman noir aussi de par la condition sociale des Noirs qui, en 1950, pourront entrer dans certains magasins qui étaient fréquentés uniquement par des Blancs. On a beau savoir que la ségrégation a existé (et elle existe encore, hélas), lire certains faits provoquent toujours chez moi un malaise certain.

Mon seul bémol sera pour ce passage là : j’aurais aimé que l’auteur approfondisse un peu plus cette partie-là du roman. Certes, on a les réactions choquées des vendeuses, de certaines clientes, des filles de la pension de famille, mais j’ai trouvé que ça faisait peu.

Les personnages sont humains, normaux, bien décrits, avec ses lots de pestes, de timides, de coquines, de mêle-tout.

Eilis, elle, elle oscille entre les deux, n’étant jamais peste, mais jamais effacée non plus. Parfois, j’aurais aimé qu’elle s’affirme un peu plus devant les autres, surtout devant sa mère, qui elle, ne se rend même pas compte qu’elle parle pour sa fille et décide pour elle aussi.

Quant aux lieux décrits, ma foi, j’ai eu l’impression de les voir, de les arpenter, de humer l’air de Brooklyn, me demandant sans cesse ce que j’aurais fait à la place d’Eilis, comment j’aurais réagi.

Anybref, ce roman, c’était une bulle d’air dans mes romans noirs purs jus, un petit bijou à lire, avec des personnages attachants, qu’on se plait à suivre, même si parfois on a envie de les houspiller pour qu’ils se comportent autrement et arrête toutes ces cachoteries.

Un roman que j’ai posé avec regrets sur la table, une fois terminé.

Une LC avec Bianca qui, une fois de plus, donne des chroniques différentes. Son lien est dans son nom, cliquez dessus pour savoir tout, tout, tout… sur Brooklyn !

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N° 25 – Le Pensionnaire en Traitement – un livre dans lequel les personnages vivent en colocation).

[FILMS] Le retour de Jack l’Éventreur : E.W. Swackhamer

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Titre original : Bridge Across Time
Genre : Thriller, Fantastique
Réalisateur : E.W. Swackhamer
Scénario : William F. Nolan
Casting : David Hasselhoff , Stepfanie Kramer , Randolph Mantooth , Adrienne Barbeau , Lindsay Bloom , Ken Swofford , Clu Gulager
Musique : Lalo Schifrin
Pays : États-Unis

Synopsis :
1988. Angleterre, Londres, Pont de Londres.
Jack l’Éventreur meurt dans la rivière de Thames (La Tamise).

1985. Arizona, Lac Havasu.
La dernière pierre originale pour réassembler le pont de Londres vient d’être posée. Mais à partir de ce moment, d’étranges meurtres sont perpétrés.

Le policier Don Gregory mène l’enquête, et a plusieurs suspects. Mais une curieuse idée lui vient à l’esprit. Une idée qui peu à peu se transforme en certitude: Jack l’Éventreur est revenu à la vie!

Évidemment, personne ne le croit…

terrorCritique du film par Ida (et pas par moi) : « Le retour de Jack l’Éventreur »… Avec David Hasseloff et la brune qui faisait la partenaire de Rick Hunter! (enfin je crois)

Quand je cuisine pour dix le samedi soir (Toquéfada réunissait quelques amis pour réfléchir aux dernières techniques de « la question extraordinaire »), j’aime bien avoir une vidéo en fond sonore pour me sentir moins seule avec mes casseroles…

Et bien décidée à voir tout ce que Youtube nous propose sur Jack l’Éventreur je suis tombée sur un film prétendant tout nous dire sur son retour! Je n’ai pas été déçue.

C’est tellement mauvais que ça en est comique et formidablement réjouissant! Même le doublage est ridicule… chacune des répliques est prononcée avec un manque de conviction sidérant ou sur un ton décalé… Et il peut y avoir des blancs très longs entre deux répliques…

Le clou c’est la vieille sexagénaire qui tient un motel qui parle comme si elle était hôtesse du téléphone rose !!! Voire comme une roulure cherchant le client pour une passe.

Et on ne peut pas dire que le dialoguiste se soit plus foulé que le scénariste qui visiblement était sous acide…

Parce que ce scénario… C’est du grand art ! On a rarement atteint un tel niveau d’indigence… Le vrai Jack fuit ses poursuivants à Londres en 1888 et meurt en laissant son âme dans la pierre d’un pont où le sang d’une gourdasse viendra lui rendre forme humaine dans les années 1980 aux États-Unis !

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Ah ben oui ! Parce qu’entre temps, le pont a entièrement été démonté et offert à un bled paumé de fin fond de l’Amérique (on ne sait trop pourquoi d’ailleurs) !!!!

Et évidemment, Jack revenu à la vie  zigouille la gourgandine yankee et reprend ses coupables activités à qui mieux mieux !!! Affligeant, non ? Qui peut avoir des idées aussi débiles  et oser croire que le public va adhérer ?

Et quel producteur bourré peut accepter de mettre ne serait-ce qu’un bouton de culotte sur une bouse pareille ???

Et les acteurs? Se commettre dans une telle idiotie! Ils devaient avoir des arriérés d’impôts… Ou très faim… Ou on devait les faire chanter (une sex tape qui traîne ça peut faire faire n’importe quoi !!!)…

Accepter de tourner un navet pareil, c’est savoir qu’on va ruiner à jamais sa carrière!!! C’est un suicide artistique!!! Bon en même temps… L’art de David Hasseloff… Sans vouloir être inutilement méchante (ce qui n’est pas mon genre comme chacun sait)… Il reste assez discutable… Depuis K2000 on ne peut pas dire qu’il ait pété la baraque.

Or donc… Jack s’est remis à jouer du couteau. Ah oui… ce Jack là a une prédilection pour l’égorgement et non pour la strangulation avant de jouer au pseudo légiste… mais on ne va tout de même pas demander à un scénariste de navets made in US (destiné à couper les spots de pub) à se renseigner sur le vrai Jack avant de le remettre en circuit !!!

En plus il est poursuivi par un mystérieux maboul que Toquéfada adorerait… Mais aussi par un flic à problèmes (le bô David) que sa hiérarchie bornée et idiote (rhô… des flics avec un QI si bas… je croyais que ça n’existait que dans les fantasmes des anarchistes moi!) n’arrête pas de brimer (houuuu les vilains! Ils sont jaloux parce que David est un vrai bôgosse épicétou!) à tout bout de champ !

Et bien sur personne ne le croit quand il dit que le VRAI Jack est revenu! Ben ouais… On comprend pas pourquoi tellement c’est évident tout de même ! Ah pôvre David! Seul contre tous ! Il est cerné par les cons qui ne croient pas que le Jack disparu à Londres en 1888 est de retour aux states un siècle après… Heureusement que David est là pour sauver les fâmes!

Je passe sur la psychologie caricaturale des personnages, digne d’un téléfilm allemand… Sur le quart d’heure poê(pathé)tique d’une journaliste inspirée par le (mauvais) génie avant que Jack fasse heureusement le nécessaire pour nous éviter la parution d’un article navrant…

Sur la moureuse du bô David qui joue les psychothéraputes en solde (nan j’ai pas oublié un « e » quelque part) parce que le bô David est déprimé à cause d’une bavure qu’il a commise jadis et lui a fait perdre toute sa crédibilité de flic (pour sa crédibilité d’acteur là aussi après ça elle est irrémédiablement perdue)…

Et sur le fait que dès qu’un mâle et une femelle se rencontrent, c’est à peine s’ils ne se reniflent pas l’arrière train comme des chiens pour savoir quand ils vont conclure…

Et les voix du doublage… Surtout celles des femmes… Nooon… C’est juste pas possible! Elles parlent toutes comme des pétasses décérébrées! Je me demande quelle vision de la femme avait les responsables de cette tragédie !

Bref… J’ai beaucoup ri ! En poussant juste un petit peu plus le bouton on aurait pu tomber dans ma parodie lourdingue du genre « Y-a-t-il un flic pour zigouiller Jack l’Éventreur ? », et au moins on n’aurait pas eu à être navré de voir autant de monde se prendre autant au sérieux pour gâcher de la pellicule d’une façon aussi ridicule.

Mon mauvais esprit a pu s’éclater comme du pop-corn mais j’ai tout de même demandé à Toquéfada de dresser TROIS bûchers! Ma bienveillance a des limites tout de même!

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Landfall : Ellen Urbani

Landfall - Urbani

Titre : Landfall

Auteur : Elllen Urbani
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Un matin de septembre 2005, Rose, à peine âgée de dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans avec sa mère. Les deux femmes vont porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina.

Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité,, ne tarde pas à obséder la rescapée.

D’autant que dans sa poche on retrouve une page d’annuaire avec les coordonnées de la famille de Rose.

Celle-ci n’a alors d’autre choix que de retracer pas à pas le parcours de la victime, à travers une ville en ruine après le passage de l’ouragan.

katrina-new-orleans-floodingCritique :
Gallmeister, mon fournisseur de bonheur… et de grandes émotions. Mais avec ce roman, j’ai touché le ciel et reçu une forte dose d’émotion.

Si en débutant ma lecture, je n’ai pas très bien compris ce qui allait m’arriver, au bout de quelques pages, c’était fait et plus rien ne m’en aurait fait sortir. Même un ouragan dans mon plat pays qui n’est pas si plat que ça.

On découvre tout d’abord Rose, jeune fille blanche de 18 ans qui vit avec sa mère, Gertrude. Enfin, elle vit… On se pose des questions sur leur manière de vivre ou de ne pas vivre, car Gertrude est une mère étrange qui ne montre pas son amour, qui est distante, sévère, réprobatrice et à des idées bien à elle sur le fait qu’un enfant doit affronter la vie.

Si Rose ne commençait pas à se comporter en fille de son âge, elle aurait du mal à s’intégrer, elle serait une paria dans sa nouvelle école, la pire façon de vivre son adolescence. Je la protège, avait pensé Gertrude, un bras tendu pour libérer Rose de ce que représentait la boîte.

Quant à Rose, on la dirait transparente.

Pendant près de dix-neuf ans, Rose vécut avec une femme qu’elle connaissait à peine.

Ensuite, en alternance avec les chapitres consacrés à Rose, on a Rosy… Elle est Noire, vit à la Nouvelle-Orléans avec une mère qui montre son amour mais qui a de sérieux problèmes avec sa tête. Quant elle pique une crise de folie, ce n’est drôle pour personne. Mais Rosy, elle est vivante comparée à Rose !

Hélas, Rosy est vivante mais plus pour longtemps puisque, renversée par la voiture de Gertrude, Rosy décédera tandis que Rose vivra.

Et c’est là que la force de l’écriture entre en jeu : oui, Rosy est décédée dans les premières pages, mais puisque Rose tentera de reconstituer son parcours et que nous découvrirons en profondeur la vie de misère de Rosy et de Cilla, sa maman, ce sera comme si Rosy était toujours en vie.

Combien de fois n’aie-je pas craint pour la vie de Rosy lorsqu’elle se trouvait sur le toit de sa voisine, regardant l’eau monter après la rupture des digues suite à l’ouragan. Pourtant, logiquement parlant, je savais qu’elle avait survivre puisqu’elle meurt plus tard et ailleurs… Mais la plume d’Ellen Urbani l’avait ressuscitée et pour moi, elle vivait toujours.

Je vous parlais des émotions énormes ressenties lors de ma lecture et je dois dire que la fin du chapitre 8 m’a donné mal aux muscles de mes mâchoires. Je me suis trouvée à la limite de la rupture des digues aussi.

Émotions, oui, mais sans en faire des tonnes ou sombrer dans le pathos ! Avec peu de choses, en donnant corps à son récit, l’auteur vous fait revivre l’ouragan Katrina comme si vous y étiez et croyez-moi, vous n’avez pas envie d’y être au moment où cela arrive et encore moins de vivre ce qui se passa ensuite.

N’oublions jamais que lors d’une catastrophe, on s’entraide au départ et ensuite, quand l’eau et la bouffe viennent à manquer, l’instinct de survie supplante tout et l’Homme devient pire qu’un loup pour l’Homme.

Et l’auteur a su choisir ses mots, ses faits, les actions de ses personnages, pour nous donner une vue d’ensemble d’une partie de ce qui s’est passé. Nous ne saurons jamais tout, mais le peu que j’ai lu m’a donné mal aux tripes.

Si au départ je ne m’étais pas attaché à Rose et à sa mère, trouvant leurs vies fades comparées à celles de Rosy et de sa mère, Cilla, j’ai ensuite changé d’avis car Rose la Blanche et Gertrude la mère ont réussi à renverser la vapeur et à m’émouvoir. Il me suffisait de mettre leurs chaussures.

Rose perçut, enfin, que de l’autre côté des portes verrouillées de son enfance, une femme avait souffert aussi intensément qu’elle, avait autant pleuré pour Rose que Rose avait pleuré pour elle.

À une occasion seulement, Gertrude avait failli raconter à sa fille la femme plus jeune, plus légère qu’elle avait été.

Un magnifique roman que je ne regrette pas d’avoir ouvert, de l’émotion à l’état brut, une plume qui vous emporte ailleurs, une quête de Rose qui la changera définitivement et un portrait de la Nouvelle-Orléans quand elle a été touché de plein fouet dans sa chair.

Un portrait de l’Amérique pas toujours flatteur (accueil des réfugiés dans les différentes villes), des personnages bien travaillés, mais des portraits tout en nuances de gris car nous ne sommes jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc et chacun voit midi à sa porte, qu’il soit réfugié ou maire ne sachant plus faire face à l’arrivée massive de gens ayant tout perdu et souffrant de mille maux.

Un grand roman rempli d’émotions qui restera dans ma mémoire et intégrera mes Coups de Cœur de l’année et de ma vie.

Merci madame Urbani pour cette merveilleuse histoire. Et un kleenex parce que la digue de mes yeux va se rompre.

Rose avait vivement refermé le livre sur le comptoir.
— T’es une belette.
— Je ne suis pas une belette, avait répondu Gertrude en alignant les conserves de soupe – une rangée de Campbell, une rangée de Progresso – dans l’armoire du haut. Je ne sais rien sur les belettes.
— Crois-moi, t’es une belette !
— Non. Je suis une libellule.
— Non. Peut-être que tu aimes les libellules, mais ça ne veut pas dire que tu en es une. T’es une belette.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

BILAN - Coup de coeur

La Fille du train : Paula Hawkins

Titre : La Fille du train                                                                   big_4

Auteur : Paula Hawkins
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi.

Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre.

Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime.

Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason.

Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Critique : 
♫ Ding Dong ♪ *voix suave * Les passagers à destination du polar psychologique sont priés d’embarquer.

Que ceux qui veulent aller vite changent de train et montent dans un TGV. Mais ils ne verront jamais ce qu’il se passe dans les maisons qui longent la ligne de notre banlieusard.

Qui n’a jamais été tenté de jeter un coup d’œil dans les maisons qui se trouvent à proximité d’une ligne de chemin de fer en passant juste à côté ? Rachel est comme vous et moi, elle a aussi ce petit travers.

Si Rachel avait eu un bon bouquin comme celui qui narre son histoire, elle aurait été tellement captivée par le roman qu’elle n’aurait jamais zieuté la vie de ce couple à la vie si parfaite et ne les aurait pas baptisé Jason et Jess.

Rachel… j’ai eu envie de la tuer, vous savez. De lui plonger la tête dans de l’eau glacée et de lui murmurer à l’oreille qu’il serait plus que temps de se reprendre au lieu de sombrer dans les délices des bouteilles de vin blanc (et elle a mauvais goût, du blanc, beurk !).

Rachel… plus épave que la « Licorne » après avoir sombré, plus imbibée qu’une éponge, elle vivote, telle une amibe, chez sa copine, se lamentant encore et encore sur son ex qui l’a quittée pour une autre. Sa vie par en… quenouille (vous avez eu peur, je parie) et elle ne fait rien pour inverser la courbe.

Rachel… qui m’a énervée à toujours geindre, à ne pas avoir de volonté, et à se plaindre encore et encore pour des choses qu’elle a faite mais dont elle ne garde aucun souvenir. Bref, un personnage que j’ai détesté de prime abord. On est d’accord que c’était de prime abord…

Ici, on fait dans le roman policier psychologique, les personnages sont bien travaillés, tous bien distincts les uns des autres, avec leurs qualités, leurs défauts.

Le récit est articulé autour de trois narratrices : Rachel l’éponge, Anna la voleuse du mari de Rachel et Megan « Jess », la femme qui se veut indépendante.

Le changement de narrateur vous empêche aussi de flinguer Rachel parce que, plus de 300 pages avec elle en train de se lamenter et de regarder sa vie partir en lambeaux, je n’aurais pas tenu sans commettre un crime.

L’avantage du récit, aussi, c’est les petits retours dans le passé, avec Megan, afin de savoir ce qu’il s’est passé avant sa disparition.

Chiche en personnages mais riche dans leur profondeur, ce roman, une fois ouvert, se referme difficilement. Hormis lorsque vous arrivez à la dernière page, of course.

Bien qu’on ne courre pas dans tous les sens, les aller-retour entre le passé et le présent pimentent le récit, font monter la pression (à bière) et nous font mousser.

Au débouchage, le vin avait l’air banal, peu engageant… Mais une fois la première gorgée avalée, les tanins se font sentir, le goût prend toute sa saveur et le récit roule sur la langue, est long en bouche, vous monte à la tête et on a qu’une envie : se resservir !

Bluffée j’ai été et bien que j’ai eu des soupçons sur le personnage qui avait tué le docteur Lenoir dans la bibliothèque avec la clé anglaise. Mais j’avoue qu’avant de pointer correctement le coupable, j’avais un peu visé à côté.

Un roman plus psychologique que trépidant (c’est pas 24H chrono), plus profond que léger, et bien plus intéressant qu’il ne me laissait penser au départ. Mention spéciale à un personnage foutrement bien campé ! Machiavélique ce roman.

♫ Ding Dong ♪ Veuillez attacher vos ceintures, ça pourrait secouer durant le voyage de ce train.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « A year in England » chez Titine.

The private life of Sherlock Holmes – La vie privée de Sherlock Holmes [FILMS]

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) est un film britannique réalisé par Billy Wilder en 1970.

1. Synopsis :

Sherlock Holmes et le docteur Watson sont invités à une soirée des Ballets russes, sur l’initiative de la danseuse étoile Madame Petrova : celle-ci voudrait d’Holmes un enfant qui ait son intelligence et lui offre en échange un violon Stradivarius.

Le détective refuse, prétextant que Watson est son « compagnon ».

Un peu plus tard, un cocher amène à leur domicile une jeune femme amnésique qui vient d’échapper mystérieusement à la mort et n’a sur elle qu’un indice, l’adresse des deux hommes.

Cette personne, retrouvant la mémoire, déclare s’appeler Gabrielle Valladon et demande à Holmes, qui accepte, d’enquêter sur la disparition de son mari. Le frère du détective, Mycroft Holmes, un agent du Gouvernement, le dissuade de poursuivre ses recherches.

Holmes va néanmoins poursuivre ses investigations qui vont le mener aux abords du Loch Ness…

2. Fiche technique :

  • Titre original : The Private Life of Sherlock Holmes
  • Titre français : La Vie privée de Sherlock Holmes
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder, I.A.L. Diamond, basé sur les personnages créés par Sir Arthur Conan Doyle
  • Décors : Alexandre Trauner
  • Costumes : Julie Harris
  • Photographie : Christopher Challis
  • Son : Roy Baker
  • Montage : Ernest Walter
  • Musique : Miklós Rózsa
  • Société de distribution : United Artists Corporation
  • Pays d’origine : États-Unis,  Royaume-Uni
  • Genre : Film policier
  • Durée : 117 minutes
  • Dates de sortie : décembre 1970

vlcsnap-2011-07-03-16h53m34s1163. Distribution :

  • Robert Stephens (V.F. : Marc Cassot) : Sherlock Holmes
  • Colin Blakely (V.F. : Albert Médina) : le docteur Watson
  • Geneviève Page (V.F. : Geneviève Page) : Ilse von Hoffmanstal, alias Gabrielle Valladon
  • Christopher Lee (V.F. : Raymond Loyer) : Mycroft Holmes
  • Irene Handl (V.F. : Hélène Tossy) : Mme Hudson, la logeuse de Holmes
  • Clive Revill (V.F. : Serge Nadaud) : Nikolai Rogozhin, le directeur des Ballets russes
  • Tamara Toumanova : Mme Petrova
  • George Benson : l’inspecteur Lestrade
  • Catherine Lacey : la vieille dame en chaise roulante
  • Mollie Maureen (V.F. : Henriette Marion) : la reine Victoria
  • Peter Madden : Von Tirpitz
  • Michael Elwyn : Cassidy
  • Stanley Holloway : le premier fossoyeur
  • Eric Francis : le second fossoyeur
  • Graham Armitage : Wiggins

4. Analyse (mais pas de moi) :

Au moment d’une diffusion télévisée en 1989, Patrick Brion (alias André Moreau) écrivait dans Télérama :

« Sherlock Holmes — déclarait Billy Wilder — a toujours été un de mes personnages de fiction préféré, comme Cyrano et Les Trois mousquetaires.

Ce n’est pas un moraliste, ni un redresseur de torts qui veut livrer les criminels à la justice. Cela, il s’en moque. Ce qui l’intéresse, c’est de résoudre l’énigme.

Son grand regret, ce n’est pas qu’il y ait des crimes, mais qu’il y ait des crimes sans imagination.

Wilder a donc choisi, non pas d’adapter une des nouvelles de Conan Doyle, mais de se livrer à une éblouissante variation sur Holmes et Watson.

L’atmosphère victorienne est recréée avec beaucoup de goût, grâce notamment aux décors d’Alexandre Trauner.

L’esprit de Billy Wilder apparaît tout au long du film, que ce soit dans la description, parfaitement narquoise, du couple Holmes-Watson, ou dans un dialogue exceptionnellement brillant, sans oublier l’apparition d’une reine Victoria assez surprenante.

C’est dire que le film ravira tant les amateurs de Billy Wilder que ceux de Sherlock Holmes, confronté à une ténébreuse intrigue où se croisent des nains, le monstre du Loch Ness et le frère de Sherlock. Une grande réussite ».

Le prologue du film commence avec un générique qui nous fait comprendre que nous allons assister à une succession d’affaires laissées de coté par Watson du vivant de Holmes afin de ne pas écorner la légende.

On n’en aura en vérité que deux : celle de la ballerine Russe de passage à Londres et l’affaire Valladon…

Ce que j’en ai pensé (et ce, depuis le début) :
Oui, vous devez vous douter que vu mon addiction pour Sherlock Holmes, ce film avait été vu et revu depuis longtemps !

Je profite juste de l’occasion du Mois Anglais 2015 pour me refaire quelques lignes de Sherlock. Mes films préférés que je n’avais pas encore chroniqués…

Pour les premiers de classe, pas besoin de vous rappeler l’émoi qui m’avait saisi lorsque j’étais tombée sur le roman de Michaël Hardwick nommé « La vie privée de Sherlock Holmes » en 1990 (chronique ICI).

Mon cœur avait de nouveau raté quelques battements lorsque, peu de temps après, j’avais vu qu’il existait en film et qu’on le diffusait à la télé ! Après j’ai appris que c’était le contraire : le film en premier, la novélisation après.

Bon, je n’orgasme plus lorsque je le revisionne, mais le plaisir est toujours là, même si la surprise originelle du livre n’existe plus.

Si Billy Wilder s’est basé sur un apocryphe, il a tout de même réuni les choses essentielles qui font Holmes : le détective qui s’ennuie lorsqu’il n’a pas d’affaire en cours, qui s’adonne de temps en temps à la cocaïne pour stimuler son brillant cerveau et son côté maussade quand il a le cerveau au repos forcé, sans oublier son violon.

Holmes râle même sur Watson qui l’a fait trop grand dans ses chroniques !

Par contre, j’ai toujours un peu de mal avec l’acteur qui incarne Watson… Il manque de flegme et je le trouve un peu trop ronchon, trop excité, genre petit roquet et pas toujours très futé. Watson n’avait pas les dons de Holmes, mais ce n’était pas un branque non plus.

Il me fait un peu penser au rôle qu’avait Jack Lemmon dans « Some like it hot » : celui de Daphné, le Jiminy Cricket de Tony Curtis (de Billy Wilder aussi).

L’avantage de connaître l’histoire, c’est que je me marre à l’avance lorsque Holmes et Watson sont invité à l’opéra et que Holmes est reçu dans la loge de Madame Petrova, la danseuse étoile qui voudrait que Holmes soit son étalon…

La manière dont il lui explique avec soin qu’il décline son invitation est à mourir de rire. Il essaie tout, même la maladie de l’hémophilie avant de balancer que lui et Watson… sont de la jaquette !

— Le docteur Watson est votre verre de thé ?

Le pauvre Watson qui dansait au milieu de toutes les jolies danseuses de l’opéra verra progressivement son cheptel de femelles diminuer pour être remplacé par tous les danseurs, à son plus vif désaccord.

Et je ne vous raconte même pas sa crise de retour à Baker Street quand Holmes lui avouera le mensonge qu’il a dû dire afin d’éviter de devoir saillir madame Petrova comme un vulgaire étalon reproducteur !

Watson prendra très mal la chose, et lors de sa discussion avec Holmes, il lui demandera de confirmer qu’il a bien des rapports avec les femmes, ce que Holmes refusera de faire, laissant la question en suspend vu la manière dont il lui répond.

Si Robert Stephens n’est pas mon Sherlock Holmes préféré, j’ai appris à l’apprécier en apprenant, bien après, qu’il était un ami de Jeremy Brett (mon Holmes préféré) et qu’il l’avait mis en garde sur le personnage de Holmes qui avait failli le tuer…

Ce que je reproche à l’acteur, c’est le fait qu’il l’air un peu tsoin-tsoin, parfois. Et pour moi, bien que le personnage de Holmes ne soit pas intéressé par les femmes et qu’il s’en méfie ne fait pas de lui un homo.

Vu la manière dont il est maquillé dans la scène de l’opéra, on pourrait croire qu’il est vraiment de la jaquette !

Là où le film commence à devenir une véritable enquête, c’est lorsque la pauvre Gabrielle Valladon débarque chez nos deux compères avec sa mémoire lui faisant défaut… Elle a reçu un coup sur la tête et ne se souviens plus de rien.

Ne sachant plus qui elle est ni ou elle est, notre Gabrielle fera irruption, totalement nue, dans la chambre de Holmes, au soir, pensant qu’il est son mari ! Elle l’invite même clairement à le rejoindre dans le lit… Rhââââââ !

Holmes, pas trop perturbé, s’intéressera alors à un indice pour son identité : elle a une marque d’encre sur la paume.

Mais comme dans le livre, nous ne saurons pas plus ce qu’il s’est passé entre eux deux… Coucherie or not coucherie ?

Le lendemain, c’est Watson qui découvre la jeune femme seule, couchée dans la chambre de son ami.

Le retour de Holmes dissipera l’équivoque. En tout cas, Watson et surtout madame Hudson, la logeuse, seront outrés par le fait que Holmes ne l’ait pas chassé de sa chambre.

Durant tout le film, Gabrielle Valladon et Holmes vont maintenir une étrange relation, distante, mais pas trop, laissant flotter une certaine équivoque quant à la nature de leurs relations.

Le pot-aux-roses ne sera jamais dévoilé, seuls les sentiments de l’un et de l’autre seront, eux, parfaitement clairs.

Le film a vieilli, certes, mais il se regarde toujours avec plaisir. On voyagera de Baker Street au Club Diogène, le club de Mycroft, le frère de Sherlock, interprété par Christopher Lee (décédé le 07 juin 2015).

Cet ancien Holmes, ancien Sir Henry Baskerville et ce futur Saroumane, est excellent dans le rôle.

Et comme avec le Mycroft de la BBC, on ne sait pas très bien à quoi il joue. Mauvais point pour Holmes qui sort affublé de la deerstalker et du macfarlane !! En plein Londres, je vous demande un peu !!

Ensuite, malgré le fait que son frère l’en dissuade, Sherlock va emmener sa petite troupe sur les bords du Loch Ness, faisant passer sa cliente, Gabrielle Valladon, pour son épouse (ils ont tous pris une fausse identité) et Watson comme valet.

Le film est rempli de petites péripéties et de moments un peu plus intimes entre Holmes et Gabrielle, mais vous ne verrez pas une scène de cul ou même le début, tout reste parfaitement propre ! Dommage…

Les dialogues sont succulents et lorsqu’on a vu souvent le film, on prend plus attention aux détails, comme ces moines que l’on voit passer plusieurs fois en arrière-plan.

Tous les petits détails qui semblaient anodins au départ trouvent leur sens une fois qu’on nous les explique et on additionne nous même les faits pour se rendre compte qu’on s’est fait mener par le bout du nez depuis le début.

Billy Wilder avait semé des petits cailloux tout au long du film et nous n’y avions pas prêté attention, trop occupés que nous étions à avoir notre attention ailleurs : les décors bien reproduits et l’histoire qu’il pourrait y avoir en Holmes et Gabrielle (♫ tu brûles mon esprit ♫)

Ni Sherlock, ni nous, n’avions vu venir la chose…

La scène finale est splendide de mélancolie et c’est alors que tout s’éclaire : après avoir eu lecture du télégramme, Holmes tenter de jouer du violon, puis l’abandonner pour s’adonner à son autre passe-temps, sous le regard de Watson.

Si Watson avait donné son approbation tranquille à l’écoute des notes de musique, ce sera l’inquiétude en entendant le violon s’arrêter, et sa désapprobation totale lorsque, sans un mot, Holmes se dirigera vers la petite mallette qui contient la solution à 7%.

Une scène dans laquelle toute la science de Wilder, sa délicatesse, mais aussi son amour du détail, vont droit au but, et en disent plus long sur Holmes, et aussi sur Watson, que les paragraphes entiers de Sir Arthur Conan Doyle.

Verdict Final : À juste titre, « La Vie privée de Sherlock Holmes » est considéré par les amoureux du détective comme l’une des meilleures variations du personnage à l’écran. Je ne suis pas loin de le penser, moi qui ait toujours une tendresse particulière pour ce film, quelque soit le nombre de visionnages.

Billy Wilder et I.A.L Diamond ont écrit un scénario original, qui reprend les personnages créés par Arthur Conan Doyle, afin de mieux s’attaquer au mythe du personnage de Sherlock Holmes.

Personnages super, décors aussi, dialogues au poil, mais pas de scène de cul, merde alors !

Note en plus : Le film original, plus long, allait plus loin encore, aussi bien sur les mensonges et les stratagèmes que sur les aspects graveleux (un épisode concernait les rapports ambigus de Holmes et d’une prostituée, un autre voyait Watson tenter de résoudre une affaire impliquant des fêtards nus dans un lit, etc).

Watson entrait en compétition avec Holmes, lui soumettant une affaire truquée par ses soins, infaisable, mais dont Holmes triomphait sans souci.

Une touche discrète reste dans le film, de façon insistante : Holmes n’est pas infaillible.

5. À savoir :

C’est un Billy Wilder fragilisé par ses derniers échecs qui s’attaque à une nouvelle extravagance : un film épique, énorme, sur Sherlock Holmes, dans lequel le personnage de fiction serait traité comme un homme ayant existé, et bien sur dans lequel la voix du Dr Watson allait pouvoir être entendue à sa juste valeur.

Ce film, on le sait, on ne le verra probablement jamais en entier, puisqu’il a été mutilé avant sa sortie par les Mirisch, et qu’aucune des quatre scènes qui avaient été enlevées afin de raccourcir la durée du film n’a survécu.

Ce qui reste, ce sont les 125 minutes de la version que les Mirisch ont assemblée, afin de capitaliser un tournage somme toute cher, et prestigieux.

Néanmoins, une fois ramené à une longueur moins effrayante, ce film est un bien bel anachronisme en 1970 : situé à la fin du XIXe siècle, il épouse le verbe de Conan Doyle, ça et là rehaussé de ces brillants traits d’humour Wilderiens.

Ici, le fin limier, formidablement incarné par Robert Stephens, possède des mœurs douteuses, est complètement manipulé par une femme qui de plus se révèle être une ********, et s’adonne à la cocaïne dans une solution diluée à 7 pour cent (telle que Conan Doyle l’avait décrite dans son œuvre).

Finalement les scénaristes accentuent les défauts du détective mais respectent le personnage et l’époque victorienne où ce dernier évoluait.

Par ailleurs, le scénario du film donnera une novélisation signée Michael et Mollie Hardwicke, deux grands experts holmésiens.

Le terme de « private life » adopté dans le titre, et qui était déjà dans la version de 180 minutes, fait allusion à la nature scabreuse du film, et au fait que dans les sujets ici retenus, il est largement question de sexe, et d’une manière générale des rapports de Holmes avec les femmes en général.

BILAN - Coup de coeurChallenge « Victorien » chez Arieste, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 Minions - OK challe11

Whitechapel : Sarah Pinborough

Titre : Whitechapel                                                        big_4

Auteur : Sarah Pinborough
Édition : Bragelonne (2014)

Résumé :
Londres, 1888. Lorsque des cadavres de femmes atrocement mutilées sont repêchés dans la Tamise, le médecin légiste Thomas Bond comprend qu’un second tueur sévit dans les rues de Whitechapel.

Or cet assassin paraît plus inhumain que Jack l’Éventreur lui-même…

Pour lutter contre ses insomnies, le docteur Bond passe ses nuits dans les fumeries d’opium.

Chaque soir, un inconnu en noir vient examiner les rêveurs perdus dans les brumes opiacées. Pourrait-il être la clé du chaos qui s’est emparé de la capitale ?

Critique : 
À ma gauche, poids lourd, Jack The Ripper, dit « L’Éventreur », spécialisé dans l’ouverture au couteau et le découpage de femmes de petites vertus dans les rues mal éclairées de Whitechapel.

À ma droite, poids lourd aussi, le Tueur de la Tamise dit « Tueur au Torse », spécialisé dans le « démembrage » (néologisme) des femmes afin d’en faire des puzzles et qui les éparpille pour que les roussins s’amusent plus en travaillant plus.

Deux tueurs sur le ring, deux tueurs opérant au même moment, mais chacun de leur côté, chacun ayant sa méthode personnelle pour faire couler le sang et rendre les policiers chèvres. Aucun des deux ne fut identifié de manière formelle et n’eurent jamais à répondre de leurs crimes. Que le match commence !

Jack l’Éventreur et le Tueur de la Tamise, deux ombres tapies dans les recoins de mon esprit, deux monstres sans formes ni contours, mais tout aussi menaçants, deux assassins aux méthodes bien différentes.

Pardon, on me signale en régie que Jack The Ripper ayant eu droit à tous les honneurs des médias en son temps et les recevant encore maintenant au travers de nombreux ouvrages, il ne pourra pas voler pas la vedette du Tueur de la Tamise dans ce roman. Le combat des Titans n’aura pas lieu.

Jack, tue dans ton coin, amuse-toi, fais un peu parler de toi dans ce roman,  mais ne vient pas faire de l’ombre à ce criminel qui était plus inhumain encore que toi.

Non, ce roman ne nous parlera pas une Xième fois de l’ami Jack, mais d’un autre tueur qui a sévit au même moment et dont on a peu parlé, Jack ayant éclipsé tous les autres.

Le roman nous parle donc de ce tueur qui démembrait des femmes et jetait les troncs dans l’eau, les autres parties étant manquantes : Le Tueur au Torse !

Scotland Yard est sur les dents et le docteur Bond, médecin légiste, insomniaque, fumeur d’opium et enquêteur à la petite semaine, va tenter de résoudre cette affaire qui a des ramifications bien plus complexe qu’il ne le pense au départ.

Si l’enquête ne comporte pas de course-poursuite en fiacre, elle est rythmé et le suspense est entretenu par un récit qui fait souvent quelques bonds dans le temps afin que nous ayons une vue d’ensemble complète.

Le changement de narrateur permet aussi de nous donner différents points de vue et rend le récit moins linéaire qu’avec un seul narrateur. On passe même aussi d’un récit à la première personne (avec le docteur Bond) à des récits à la troisième personne avec d’autres personnages.

Bref, une belle découpe du récit et, bien qu’au départ cela soit un peu éparpillé, à la fin, le corps du récit est complet et il ne nous manque pas une seule pièce.

Le style d’écriture est simple, mais pas basique, il est même émaillé de quelques mots à chercher au dico.  Point de vue descriptions des meurtres ou des cadavres retrouvés, on ne fait pas dans la dentelle, on détaille le tout sur un ton froid et médical.

Le tronc de la victime – une femme – n’avait plus ni bras, ni jambes, ni tête. Au niveau des extrémités tranchées, des amas grouillants de vers plongeaient dans les chairs en putréfaction pour s’en repaître. Dans le silence du caveau, nous entendions distinctement le chuintement humide des asticots à l’œuvre. Par endroits, quelques larves blanches tombaient à terre à force de se tortiller.

— Je suis bien content, dis-je en me penchant sur le torse. La partie inférieure du vagin est toujours présente dans le pelvis, et même chose pour le rectum. Ainsi que la partie avant de la vessie, ajoutai-je en inclinant la tête pour mieux voir.

Niveau personnages, on a un peu de tout, de tous les milieux et je les ai trouvé correctement dépeint, sans en faire trop ni trop peu. J’ai bien aimé le docteur Bond, homme de science à l’esprit plutôt cartésien, troublé et cherchant l’oubli dans les fumeries d’opium.

Quant au petite coiffeur bien connu des ripperologues de tout poils, ça m’a fait tout drôle de le voir dans un tout autre rôle que celui qui lui échoit régulièrement. Et oui, si ceci est une fiction, elle se base tout de même sur des faits et des personnages réels !

Bien entendu, qui dit Éditions Bragelonne dit petits éléments fantastique dans l’enquête. Le tout étant bien amené, ça glisse comme un couteau bien aiguisé dans le corps de Mary Jane Kelly.

Et puis, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour me retrouver dans le Londres de Sherlock Holmes et pour m’encanailler dans les pubs mal famés et les gargotes à opium !

Ici, on ne passe pas trop de temps dans les beaux salons mais on arpente les rues remplies de smog et on respire les miasmes du Londres pollué. Sans parler des odeurs de cadavres putréfiés !

Toute la misère du monde est concentrée dans le quartier de Whitechapel, c’est cru, l’auteur ne recouvre pas la pauvreté de beaux atours, elle la décrit de manière brute de décoffrage : meurtres, alcool, opium, sexe violent, enfants crevant de faim, gens entassés les uns sur les autres, femmes vendant leurs corps, gosses abandonnés…

Combien de familles vivent ici, tassées dans une ou deux pièces, et priant pour avoir de quoi payer la semaine ? Depuis leurs grandes demeures bien chauffées où ils comptaient leur fortune, les propriétaires anonymes chargeaient avocats et huissiers de tirer de leurs proies jusqu’au dernier penny.

Les pires bordels y étaient légion. Les plaisirs fugitifs que les marins venaient y chercher en provenance des quais tout proches avaient toutes les chances de s’accompagner d’une bonne vérole, entre autres infections carabinées.

À Londres cohabite la misère et la richesse… Et l’auteur nous retranscrit bien cette dichotomie londonienne.

Il existait deux Londres bien distinctes. La première appartenait à ceux qui s’habillaient pour aller à l’opéra, et la seconde à ceux qui survivaient en vendant des allumettes dans la rue devant l’Opéra.

[…] Ces messieurs et gentes dames si prompts au geste charitable et si soucieux de « leurs pauvres », comme s’ils avaient la moindre idée de l’enfer que vivaient ces gens-là.

Londres était une ville cupide et rapace, où le fossé entre la richesse et la misère avait la taille d’un gouffre.

C’est un roman qui se lit facilement et lorsqu’on commence, on a du mal à ne pas aller jusqu’au bout. L’enquête n’est ni trop rapide, ni trop lente, un bon compromis entre les deux et elle est bien fichue, en plus.

Une belle plongée dans les rues sombres de la ville à la recherche des morceaux de femmes, une pipe à opium coincée dans la bouche.

Au fait, la tête de la dame, elle est où ?? ♫ Latêtoutai, latêtoutai ♪ ??

PS : Le tueur au torse a fait au moins deux victimes, deux femmes dont on a retrouvé seulement les torses, amputés de tous leurs membres. L’une d’elles fut même retrouvée sur le chantier des nouveaux locaux de Scotland Yard. Comme Jack, il ne fut jamais attrapé. Mais son modus operandi était différent, ce qui fait dire aux spécialistes qu’il y avait bien deux tueurs. Les meurtres de Whitechapel, au nombre de onze, furent commis sur des femmes du district londonien élargi de Whitechapel, entre le 3 avril 1888 et le 13 février 1891. Ces assassinats ont été attribués, sans être identifiés avec certitude, ici à Jack l’Éventreur, là au « tueur aux torses ». Pour fins d’enquêtes, le Metropolitan Police Service monta alors un dossier nommé « Whitechapel murders » (« Meurtres de Whitechapel »).

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.