Couleurs de l’incendie : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Couleurs de l’incendie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2018) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Critique :
Mais qu’est-ce que l’auteur allait bien pouvoir nous raconter alors que le volume précédent semblait mettre fin à tout l’histoire ?

Mais une autre histoire, pardi, avec des personnages qui étaient « secondaires » dans la première, les faisant passer de figurants importants à premiers rôles, notamment Madeleine.

♫ Madeleine c`est mon Noël ♪ C’est mon Amérique à moi ♫ Même qu`elle est trop bien pour moi ♪

Pourtant, ma lecture avait mal commencé, si on peut dire…

Dès le départ, le ton utilisé semblait être burlesque, comme si ce qu’il nous décrivait était une comédie. Hors, devant mes yeux horrifiés se jouait un drame. Un terrible drame qui se joua aussi devant les témoins impuissants de la scène mais ces derniers semblaient se comporter comme des poules, caquetant pour rien, jouant les égoïstes.

STOP ! J’ai fermé les yeux, rassemblé mes deux neurones et imaginé la scène… Naïve que j’étais encore ! Nous étions face à des êtres humains, autrement dit, une belle bande d’égoïstes de tout poil, ne pensant qu’à leur nombril. Comportement hélas des plus réalistes.

Puis, emportée par la foule ♪ qui nous traîne ♪ Nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre ♫ Nous ne formons qu’un seul corps ♫ Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre ♪ Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux ♫

Oui, j’ai été emporté par l’océan furieux de Lemaître, par cette histoire qui m’a permis de faire connaissance avec Madeleine qui était bien en peine, face à des requins qui rôdent autour d’elle, attiré par le fric, par le flouze, pas le pèze. Faut qu’elle le crache.

Flamboyant ! Bordel de nom d’une pipe avalée, j’ai pris mon pied littéraire avec les personnages, qu’ils soient dans le camp des pourris ou de ceux qui tentent de s’en sortir.

La profondeur était là, les portraits étaient réussis, soignés, chacun ayant son rôle dans cette histoire. La pièce se jouait et tous les acteurs étaient parfaitement à leur place.

Vitriol ! Oui, c’est le mot, l’auteur a trempé sa plume dans le fiel et ça casse, ça casse,  sur la bonne société française… Savoureux ! Caustique ! Truculent !

Les puissants, les nantis, les bourgeois, les bien-pensants, les politiciens… Bref, on tape sous la ceinture, mais avec grâce, avec classe et on a envie de se lever pour demander « encore ».

Madeleine n’ira sans doute pas manger des frites chez Eugène mais elle a savouré un autre plat, celui qu’on préconise de savourer froid, même si elle l’a dégusté tiédi. C’était pas du Edmond Dantès mais c’était terriblement bien ficelé quand même.

Lyrique ! À un moment, j’ai pouffé de rire, j’ai failli m’étrangler en retenant cet éclat que j’aurais mieux fait de libérer, mais trop tard.

Je m’en voudrais aussi de ne pas parler des décors, plus vrais que nature et de l’arrière-plan historique, parce que nous sommes dans l’entre deux-guerres, on a le capitalisme, le fascisme, la montée du nazisme avec un certain moustachu de sinistre mémoire qui vient d’arriver Chancelier et qui, d’ici quelques années, fera chanceler l’Europe et le Monde…

Un roman Historique flamboyant, des personnages à leur place, soignés, des détails historiques qui donnent plus de réalisme à l’histoire, un univers riche, un style caustique, ironique et un rythme de narration qui ne laisse jamais le temps de bailler.

Lemaître n’est pas un auteur qui commence sur les chapeaux de roues pour terminer bien avant, sur les jantes. Non, il commence en fanfare et durant tout le concert, jamais il ne faiblit ! Je suis debout et j’applaudis.

Bianca, avec qui je faisait cette LC, applaudit aussi à tout rompre à mes côtés. Nous sommes prêtes pour le troisième tome qui, on l’espère, fera aussi l’objet d’une LC.

Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands lorsque les circonstances s’y prêtent.

Pour un banquier, la faillite d’un établissement de crédit, c’est comme un deuil familial.

– Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. « Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu’est-ce qu’on fera ? »
– Vous commencez à m’emmerder avec vos citations !
– C’est vous qui l’avez écrit, monsieur le président. Pour votre campagne électorale de 1928.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°124.

 

Été rouge : Daniel Quiròs

Été rouge - Daniel Quiros

Titre : Été rouge

Auteur : Daniel Quiròs
Édition : Nouvelles éditions de l’Aube (2015)

Résumé :
Côte du Pacifique, Costa Rica. Un Éden où les pinèdes sont massacrées afin de permettre la construction de villas luxueuses pour des investisseurs étrangers… et des caïds de la drogue. Un Éden où il fait terriblement chaud, où l’alcool ne peut faire oublier le sable, la poussière et le vent.

C’est là, dans un tranquille village de pêcheurs, qu’est découvert sur la plage le cadavre d’une femme, surnommée l’Argentine.

Don Chepe, ancien guérillero qui a lutté aux côtés des sandinistes, décide de retrouver l’assassin de son amie. Une enquête qui le conduit à découvrir les liens obscurs entre passé et présent, utopie et désenchantement… et à revisiter l’histoire de son pays.

Entre torpeur et violence, ce livre nous colle à la peau.

Petit Plus : Été rouge a reçu le prix national de Littérature Aquileo J. Echeverría, la plus haute distinction littéraire du Costa Rica.

image003Critique :
Direction le Costa Rica, les p’tit gars, pour enquêter au côté de Don Chepe, ancien sandiniste et ancien de la Compagnie Nationale d’Assurances qui a décidé de se retirer dans un petit coin tranquille, Paraiso, paisible petite bourgade de pêcheurs.

Il n’entre pas grand monde dans ce bar. Il n’y a pas grand-chose à attendre d’un village de pêcheurs où vivent à peine trois cents personnes, et qu’un quelconque farceur a eu la riche idée de baptiser Paraiso (Paradis).

Don Chepe est un enquêteur du dimanche, un gars qui donne un coup de main aux policiers locaux pour résoudre des affaires de drogues, de meurtres, de vol.

Sinon, il passe son temps à siroter des bières dans le bar de Doña Eulalia, fumant ses cigarettes tout en regardant la mer, pestant sur la poussière qui lui colle à la peau moite.

La poussière. Je déteste la poussière. A cette époque de l’année, elle recouvre tout, comme une toile d’araignée omniprésente. Elle se mélange à la sueur et transforme la peau du visage en masque noirâtre.

Autre variante, il peut aussi être tranquillement à déguster dans le bar librairie de la ville voisine de Tamarindo, chez Ilana Etcheverri (surnommée l’Argentine), qui fait aussi dans le prêt de livres, ce qui occupe les looongues journées de tranquillité de notre homme.

La tranquillité s’est terminée lorsqu’on a retrouvé le corps de son amie, Ilana, une balle dans la tête et le portefeuille rempli. Ça pue le règlement de compte.

Don Chepe va enquêter et suivre le jeu de piste que Ilana a mis en place pour lui, en lui léguant des photos, une clé, une lettre.

L’enquête pourrait être accessoire, dans ce roman car la partie politique du pays est fort importante et l’auteur nous en parle au travers de son personnage atypique de Don Chepe.

Sans que cela devienne indigeste, durant sa remontée de piste au sujet du meurtre, Don Chepe se remémorera l’attentat à la bombe, commis à La Penca en 1984 et qui fit 7 morts et de nombreux blessés, dont les journalistes qui couvraient le conflit entre les sandinistes et les Contras.

Ici, bien entendu, se basant sur du vrai, le reste ne sera que fiction, notamment dans l’identité du poseur de bombe ou de ceux qui auraient pu le commanditer.

Roman assez court, mais tout est dit… L’atmosphère de chaleur moite est plantée et bien rendue, les tensions qui existent encore dans le pays sont esquissées, il nous parle aussi des autochtones qui ont du mal à s’y retrouver avec tous ces complexes hôteliers qui poussent comme des champignons le long des plages et le côté politique n’est pas indigeste, même pour ceux qui n’aiment pas. J’ai eu l’impression de me cultiver en suivant l’enquête avec Don Chepe.

Notre personnage principal oscille un peu entre flic et voyou et sans être un foudre de guerre, peut devenir dangereux quand il pète un câble car il a failli nous refaire le coup de la cuisson à la Jeanne d’Arc, à un moment donné. Le bûcher en moins, l’essence en plus.

Au final, notre enquêteur aura résolu deux affaires, une fraiche et un cold-case, tout en nous expliquant son pays, une partie de sa politique, même si nous ne savons pas encore tout du Costa Rica.

Un roman qui a le cul entre deux chaises : policier et roman noir, empruntant aux deux. Ni trop long, ni trop court, avec des personnages bien sympathiques, ni tout blanc, ni tout noir et qui nous fait découvrir un pays que nous ne connaissons que peu ou pas du tout.

Une belle découverte, je dois dire ! Et loin de l’image de la « Suisse américaine » comme le pays se dit…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix national de Littérature Aquileo J. Echeverría – Costa Rica) et le Challenge « Le mois Espagnol » chez Sharon.

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