Le fleuve des rois : Taylor Brown

Titre : Le fleuve des rois

Auteur : Taylor Brown
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (12/05/2021)
Édition Originale : The river of kings (2017)
Traduction : Laurent Boscq

Résumé :
Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan.

C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.

Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit.

Remontant le cours du temps et du fleuve, l’auteur retrace le périple des deux frères et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part à l’expédition de 1564 au cœur de cette région mythique du Nouveau Monde.

Critique :
Voilà un triptyque qui n’est pas banal et qui n’est jamais arrivé à me faire vibrer totalement.

Pour les incultes du fond de la clase, un triptyque n’est pas un vélo à trois roues, ni une partie de jambes en l’air à trois.

Les trois récits se déroulent à des époques différentes, dont une bien distincte.

Le premier met en scène le périple de Lawton et Hunter, remontant Altamaha River (Géorgie) en kayak pour disperser les cendres de leur père à un endroit précis.

Le deuxième va nous parler de la vie de leur père, un homme ténébreux, mystérieux, qui avait des multiples secrets, quant au troisième, il nous plongera dans le passé, en 1564, avec le récit de Jacques Le Moyne de Morgues.

C’est instructif, je le nierai pas. C’est très bien écrit, je ne pourrai pas le reprocher à l’auteur. Les décors sont très bien décrits, l’auteur ne lésine pas sur les descriptions sans que cela ne devienne lourd, les personnages sont travaillés, réalistes, avec leur part d’ombre, leurs qualités, leurs défauts, jamais manichéen.

Quant aux atmosphères, elles ont des vraies gueules d’atmosphère ! Nous sommes sur des terres à la fois sauvages et inhospitalières, où une légende parle d’un monstre marin, l’auteur nous parle aussi de préservation de la Nature, de l’exploitation exagérée par l’Homme des différents ressources du fleuve, de leur cochonneries qu’ils laissent trainer partout, de la pollution, de trafic de drogue, de l’installation des premiers colons français (Huguenots)…

Oui, une fois de plus, il y avait tous les ingrédients pour me plaire. Non, l’auteur ne s’est pas dispersé dans ses multiples sujets puisque tous se recoupent, se rejoignent, sont approfondis…

Où le bât a-t-il blessé ? Je cherche encore pourquoi j’ai ressenti de l’ennui à un certain moment, pourquoi j’ai décroché du récit et que la suite ne fut qu’une longue lecture dont je ne voyais pas la fin, comme un repas dont vous avez du mal à terminer.

Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que je navigue à contre-courant (c’est le cas de dire, ici) des autres critiques et que je passe à côté d’un roman qui me tentait fort et qui possédait tout pour me faire vibrer.

Hélas, aucun personnage n’a réussi à m’émouvoir, à recevoir mon empathie, mon amitié. Malgré une belle écriture, du réalisme dans les décors, dans les personnages et dans l’histoire, je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment mitigé. C’est le seul sentiment qui est ressorti de ma lecture.

Dommage…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°39].

 

Un pont sur la brume : Kij Johnson

Titre : Un pont sur la brume

Auteur : Kij Johnson
Édition : Le Bélial’ (25/08/2016)

Résumé :
Kit Meinem d’Atyar est peut-être le plus doué des architectes de l’Empire. Peut-être… et tant mieux. Car il lui faudra convoquer toutes ses compétences, l’ensemble de son savoir pour mener à bien la plus fabuleuse réalisation qui soit, l’oeuvre d’une vie : un pont sur le fleuve de brume qui de tout temps a coupé l’Empire en deux.

Un ouvrage d’art de quatre cents mètres au-dessus de l’incommensurable, cette brume mortelle, insondable, corrosive et peuplée par les Géants, des créatures indicibles dont on ne sait qu’une chose : leur extrême dangerosité…

Par-delà le pont… l’abîme, et pour Kit une aventure humaine exceptionnelle.

Critique
♫ Faire un pont ♪ Pour de bon ♪ Lui donner ♫ Ton prénom ♪ Le traverser ♪ Pour t’embrasser ♫ Faire un pont ♪

Si Dick Rivers ne vous tente pas, vous pouvez toujours siffler la musique du film « Le pont de la rivière Kwaï », seul film (ou livre) que je connaissais et qui parlait de la construction d’un pont entre deux rives.

Maintenant, sur mon CV, je pourrai ajouter que je sais comment construire un pont sur une rivière de brume, rivière qui est remplie de trucs pas nets, genre des gros poissons ou des géants que l’on n’a jamais vu, mais qui ont déjà fait chavirer bien des barges.

On ne sait pas d’où vient cette brume épaisse, ni où elle va, ni même s’il y a de l’eau sous la brume, tout ce que l’on sait, c’est que certains il ne fait pas bon naviguer dessus et que cette foutue brume coupe l’Empire en deux !

En peu de pages, l’auteur arrive à nous faire ressentir de l’empathie pour ses personnages, dont les deux principaux, Kit Meinem d’Atyar, l’architecte du pont et Rasali Bac, celle qui aide les gens à traverser ce fleuve de brume qui fait 400 mètres de large.

Une belle histoire d’amour, tout en retenue, tout en douceur, une belle histoire humaine de construction d’un pont qui prend des années, une histoire de défis humains, de stress, de paperasses (et oui, chez eux aussi).

Une belle histoire qui nous montre aussi que la vie dans les deux villages séparés par le fleuve de brume est en train de changer aussi, avec l’arrivée des travailleurs et du fait qu’il ne faudra plus prendre les bacs pour passer d’un côté à l’autre.

Un court roman de SF qui se lit paisiblement, un mojito à la main et où, en plus de voir un pont prendre forme, on voit une société et des personnages se transformer.

Très plaisant. Une petite bouffée d’air frais que j’ai pris grand plaisir à respirer.

 Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.