Red Grass River : James Carlos Blake

Titre : Red Grass River

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Rivages/Thriller (2012) / Rivages Noir (2015)
Édition Originale : Red Grass River : A Legend (1998)
Traduction : Emmanuel Pailler

Résumé :
Sud de la Floride, début du XXe siècle.
À l’abri des forêts marécageuses des Everglades, John Ashley, âme du gang familial et héros populaire, mène une existence flamboyante de bandit de grand chemin, trafiquant d’alcool et braqueur de banques.

De séjours en prison en évasions rocambolesques, d’exils forcés en raids téméraires, de règlements de comptes en conquêtes féminines, il devient la véritable légende vivante de cette région encore très sauvage mais en plein boom qui, à bien des égards, rappelle le Far West à ses plus belles heures.

Le shérif Bobby Baker, homme dur et amer qui a perdu une jambe et dont John a ravi la fiancée, a juré sa perte. Alors que, à l’image des marais impénétrables devant la progression des villes nouvelles, le vieux monde des Indiens et des pistoleros recule, leur affrontement prend des proportions grandioses.

Avec la Prohibition, le gang Ashley voit l’opportunité de se développer comme jamais.

Mais pendant que John, retranché dans les marécages, vit une grande histoire d’amour, que son père lutte contre les forces de l’ordre et l’invasion de mafieux plus structurés venus du Nord, Bobby Baker fourbit ses armes pour un affrontement final en forme de tragédie grecque.

Critique :
Les Ashley, père et fils, sont une sympathique famille de braqueurs et de trafiquants d’alcool dans les Everglades…

Enfin, sympathiques… Vaut mieux pas chier dans les bottes du patriarche, Jo Ashley. Quant à la mère, elle sait tirer au fusil et vaut mieux être du côté des fils, si on ne veut pas avoir d’emmerdes et finir dans le ventre d’un  alligator.

Ce roman noir, qui a des airs de western, se déroule sur la période qui va de 1912 à 1924. Durant cette courte période, les Ashley vont en commettre, des forfaits.

Qui dit bandits dit police, pour équilibrer la balance et pour bien faire les choses. L’auteur met face aux Ashley la famille Baker. Flics et voyous. Sauf qu’il fut un temps où un des fils Ashley (John) était super pote avec Bob Baker…

Puis un jour, John Asley fourra sa bite dans le minou de la copine de Bob Baker et après cela, plus rien de fut le même…

Les Everglades, surnommées le Jardin de l’Enfer, sont un endroit propice pour distiller de l’alcool de contrebande et le livrer à l’insu des autorités. Lorsque la prohibition surviendra, elle fera les beaux jours de la famille Ashley et sa fortune.

James Carlos Blake nous offre un western sur l’eau, un western sans canassons mais avec des canoës, des barques voguant dans les petits canaux des Everglades… Ici, on braque la banque avec style et décontraction et sans être masqué.

Aux travers de la vie de braqueurs et trafiquants d’alcool flamboyants, l’auteur nous fait vivre une vie de folie, faite de cadavres, de pognon coulant à flot, de balles tirées entre les bandits et les flics, le tout sur fond d’une haine brûlante entre John Ashley et Bob Baker suite à une amitié quasi fraternelle qui vola en éclat pour une copine chipée.

Ce roman aurait pu être sombre mais je l’ai trouvé flamboyant à cause de ses personnages, surtout le clan Ashley, John étant la tête de proue, celui qui s’évade, celui qui braque, qui baise à couilles rabattues et qui, comme ses frères, voue obéissance au patriarche.

Dans ce western humide, on a tous les ingrédients importants (sauf les chevaux) :  fidélité au clan familial, esprit de vengeance, étendre son territoire, partir à la conquête d’une nouvelle Frontière, faire du fric en allant le chercher dans les coffres de la banque, sans oublier la construction chaotique d’un pays, la ville de Miami commençant à se développer et à attirer d’autres trafiquants qui pourraient croire que l’on peut traverser le territoire des Ashley sans payer son tribut.

Ce roman noir n’est pas qu’une éloge de la violence, c’est aussi l’histoire d’une famille, d’un empire, d’une population qui sait ce qu’il coûte de trahir les Ashley, qui en a peur, mais c’est aussi le shérif Baker qui n’hésite pas à déléguer le sale boulot à un autre, sans regarder sur ses méthodes expéditives.

Les salauds sont partout, dans ce roman. Pas de manichéisme.

La plume de James Carlos Blake m’a une fois de plus emportée loin de mon quotidien banal.

Avec lui, je suis devenue trafiquante d’alcool, j’ai arpenté les Everglades, la main sur mon revolver, j’ai braqué des banque, je suis allée au bordel faire ma voyeuse pendant que John prenait du bon temps, j’ai appuyé sur l’accélérateur, poursuivie par la police, je me suis cachée, j’ai découvert l’amour avec un grand A, joué à Bonnie Parker et Clyde Barrow sans que Bardot ne chante dans les oreilles.

Un roman noir serré qui parle aussi de la construction de l’Amérique, de ses travers, de ses bandits, des flics qui laissaient les trafiquants faire pour éviter des problèmes avec la population… L’auteur nous conte cette histoire comme si elle était véridique et je vais vous dire qu’on aurait envie d’y croire tant c’est brillant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°69] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Laurie : Stephen King

Titre : Laurie

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel – Ebook Gratuit (26/02/2019)
Édition Originale : Laurie (2018)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Lloyd vient de perdre sa femme. Pour l’aider à surmonter son deuil, sa soeur Beth lui rend visite et lui offre un adorable chiot baptisé Laurie dont il ne veut pas.

Mais avec le temps, un lien se crée entre l’homme et l’animal…

Critique :
♫ Oh oh, Laurie ♪ petit chien de rien du tout mais tant pour moi ♪ Tous ces conseils qu’on donne, je les ai lus pour toi ♪

♪ J’ai dépensé tant de forces ♪ Pour ramasser tes p’tites crottes ♪  Tes pipis à côté du tapis, où tu allais  t’oublier, ♪ Mais que le Sopalin les emporte ! Tout me semble dérisoire ♪ Évaporé dans le bleu de ton regard ♫

Quoi ? Vous auriez préféré que je vous chante une chanson de Laurie, genre « Ta meilleure amie » ? Parce que je peux le faire…

De plus, un chien, c’est le meilleur ami de l’Homme… Ce qui fait que Laurie, la chienne (pas la chanteuse), pourrait chanter à Lloyd qu’elle sera sa meilleure amie. S’il lui donne cette chance, parce que là, c’est pas gagné.

Ne cherchez pas le monstre sous le lit dans cette courte nouvelle du King, il ne s’y trouve pas. Ni dans les placards, ni dans les égouts. Cherchez pas, j’vous dis, y’a pas de monstre !

Par contre, vous risquez de trouver quelques petites crottes de chiot sur le sol, faudra ramasser, n’oubliez pas le Domex (Sopalin, en France, vous voilà bilingue Belge-Français).

C’est court, c’est touchant, c’est plaisant à lire avant de dormir, ça ne nous donnera pas d’insomnies, juste un sourire béat de satisfaction.

On aurait pu intituler ce court récit « Le vieil homme et sa chienne » ou « Le vieil homme est amer ». Sans vous en dire plus, sachez que Beth offre à son frère, Lloyd, un chiot et que ce dernier n’est pas très chaud.

Tous ceux qui ont eu des chiens le savent, c’est plus fort que nous, on craque devant la bouille d’un chiot. Leur manière pataude de marcher, de se trémousser, de se dandiner… Et puis, boum, un p’tit pipi sur le tapis ! Et la bête continue son bonhomme de chemin…

Attention, petit avertissement : c’est tout de même le King qui nous écrit une nouvelle, donc, on risque tout de même de croiser un truc dangereux, mais je vous rassure de suite, il ne sera pas caché sous le lit ou dans un placard.

Alors arrêtez de regarder sous votre lit et d’ouvrir votre placard ! Et lisez, nom de Dieu !

Une nouvelle plaisante, une petite bouffée de plaisir dans la grisaille du soir. Sans être transcendantale, cette petit nouvelle se déguste comme un cappuccino, avec de la poudre de chocolat et du sucre. Et ça fait du bien par où ça passe (et honni soit qui mal y pense).

Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chroniques Littéraires (Les auteurs : Stephen King).

Nu dans le jardin d’Éden : Harry Crews

Titre : Nu dans le jardin d’Éden                               big_5

Auteur : Harry Crews
Édition : Sonatine (2013)

Résumé :
Garden Hills a connu des jours heureux. À l’époque où Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a fait construire le village au fond d’une mine de phosphate qu’il a découverte et exploitée. Travail assuré, salaire, sécurité. Puis, les hommes de Jack ont quitté la place. Le créateur a abandonné sa création, la mine a fermé, les habitants ont déserté le village.

Seules une douzaine de familles ont résisté, constituant une véritable cour des Miracles qui vit aujourd’hui encore dans l’espoir du retour de Jack O’Boylan.

Le village pourrait néanmoins renaître seul de ses cendres grâce à Fat Man, qui a hérité de son père, propriétaire des terrains avant la construction de la mine, une incroyable fortune.

Mais personne n’attend plus rien de lui : Fat Man est un obèse qui passe son temps reclus dans sa maison à ingérer d’énormes quantités de nourriture en ignorant le monde extérieur.

Reste Dolly, une ancienne reine de beauté, dont le souhait le plus ardent est de convertir Garden Hills à la modernité, c’est-à-dire au tourisme et à la débauche.

Rapports de forces, manigances amoureuses et sexuelles, trahisons et machinations … Dolly ne lésinera sur rien pour abattre les vieilles idoles et mener son projet à bien.

Petit Plus : Quelque part entre Samuel Beckett et Jim Thompson, Harry Crews nous offre avec l’histoire de ces marginaux perdus dans une ville fantôme une interprétation saisissante de la Chute originelle.

On trouve dans ce roman, le deuxième de l’écrivain, publié aux États-Unis en 1969 et jusqu’ici inédit en France, la noirceur, l’humour et la compassion qui ont fait le succès de « Body », « Car » ou encore « La Foire aux serpents ».

Critique : 
« Nu dans le jardin d’Éden » ne vous parlera pas d’Adam et Eve chassé du Paradis, mais plutôt le contraire : Dieu qui fou le camp, abandonnant ses misérables créatures dans ce qui se rapprocherait plus de l’Enfer que du Paradis d’Éden !

1960. Garden Hills, une petite ville de Floride, sorte de trou du cul du monde d’où on extrayait du phosphate, tient plus d’un enfer que d’autre chose : les tâches y sont harassantes, horriblement sales à cause du phosphate, et répétitives à la limite de l’absurde, comme ce trou qu’un homme – Wes – creuse tous les jours et qui est rebouché la nuit

On pourrait croire que les habitants n’étaient pas heureux, mais c’est tout le contraire : ils étaient tout content, les gens qui bossaient à l’usine d’extraction de phosphate de monsieur O’Boylan ! La routine, certes, mais l’argent de leur salaire les faisait vivre… Jusqu’à ce que O’Boylan (Dieu) se retire de ce trou à rat, laissant les gens en plan.

Une douzaine de familles résistent encore et toujours, s’accrochant aux collines poussiéreuses et aux lacs sans poissons au lieu d’aller chercher fortune ailleurs. car dans leur petite tête, O’Boylan va revenir, cette absence de la divinité, qui les nourrissait en les faisant travailler, ne peut être que temporaire.

C’est ce constat qui donne un sens à leur présence dans cet endroit désolé.

Ici, nous sommes dans un vrai roman noir, limite huis clos puisque, en plus d’être dans le trou du cul phosphaté du monde, nous suivons la vie de trois personnages principaux (Fat Man, Jester et Dolly) et quelques autres secondaires (Wes dit « Iceman » et Lucy). Les seuls moments où nous quittons la petite ville, c’est lorsque nous suivons leur parcours de vie « antérieure ».

Si ces habitants attendent le retour de O’Boylan comme d’autres attendent le Messie, c’est parce que Fat Man – 280 kg à poil – a entretenu cette flamme en racontant sa fable : O’Boylan reviendra !

Fat Man, dont le père a touché un pactole en vendant les terres à O’Boylan, trône dans sa grande baraque sur les hauteurs. Un autre Dieu puisqu’il a maintenu un simulacre de vie normale à Garden Hills depuis le départ de l’usine et que « Les hommes pour qui Dieu est mort s’idolâtrent entre eux » (Le Chanteur de Gospel – 1968).

Les familles qui végètent à Garden Hills sont des pathétiques doublés d’assistés. D’ailleurs, s’il n’y avait pas le talent d’écriture de l’auteur additionné à un scénario bien monté, des personnages travaillés et goupillé avec tout le reste, on pourrait même dire que ces gens sont des cons, des débiles et des gros naïfs.

Mais cela eut été trop simple et trop facile que d’en faire des cons, et le roman n’aurait pas mérité son titre de roman « noir ». Non, on l’aurait appelé « Lost Story », tout simplement. Ces gens, on apprend à les connaître et on comprend le pourquoi du comment… Une partie de la force du roman réside là-dedans.

Mensonges, cupidité, trahisons, manipulations, freaks (monstres humains) prostitution soft (pelotage), espoirs entretenus, despotisme, misère, voyeurisme,…

C’est tout cela qui est réuni dans ce livre dont je ne puis vous en dire plus tellement le scénario est riche sans être alambiqué, bien écrit et bien travaillé, bien pensé, bien pesé, jusqu’à un final dantesque.

Une lecture coup de coeur, coup de poing, courte, mais bonne et qui va me trotter dans la tête durant de longues années !

Note : dans la salle de bain de Fat Man, construite par O’Boylan, il y avait la représentation de Michel-Ange « La Création » où Dieu et Adam se touchent le doigt, car si Dieu a créé l’homme à son image, l’homme a créé Dieu à la sienne. Et tout s’explique…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Le « Challenge US » chez Noctembule.