Tranchecaille ‭:‬ Patrick Pécherot [LC avec Bianca]

Titre : Tranchecaille

Auteur : Patrick Pécherot
Édition : Gallimard Série noire (2008) / Folio Policier (2010/2015)

Résumé :
Chemin des Dames, 1917, l’offensive du général Nivelle tourne à l’hécatombe. Dans l’enfer des combats, un conseil de guerre s’apprête à juger le soldat Jonas, accusé d’avoir assassiné son lieutenant.

Devant l’officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d’un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ?

Le capitaine Duparc n’a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille.

Critique :
Ce polar historique, qui aura pour cadre les tranchées de la Première Guerre Mondiale, commence un peu à la Columbo…

Dès les premières lignes, nous assistons à l’exécution d’un soldat accusé d’avoir planté, non pas le bâton, mais la baïonnette dans le dos de son lieutenant.

Tout ça pour un uniforme trop grand… Tout ça pour une prise de bec qui a eu lieu entre lui et le nouveau lieutenant ? Purée, ça fait cher le tissu en trop et le froc qui descend lorsque l’on charge les tranchées des casques à pointes.

Ce polar historique ne commence pas comme un autre, n’a pas un terrain d’enquête habituel et sa manière de nous narrer l’enquête du capitaine Duparc n’est pas commune du tout.

En effet, la narration de l’enquête, les faits et gestes du capitaine Duparc, du soldat Jonas (l’accusé), ainsi que des autres protagonistes de l’histoire (témoins, gradés, soldats de l’unité et j’en passe) est racontée au travers de chapitres assez courts qui sont en fait des témoignages en direct ou rapportés, des interrogatoires menés par le capitaine (ou son greffier), des discussions qui ont lieu sur place ou ailleurs, a moyen de lettres, de scènes rapportées….

Déstabilisant au départ, ce récit, monté comme un journal de bord. Pourtant, une fois dans le bain, on se sent très vite à l’aise, même si nous sommes dans un endroit où je n’aurais pas aimé traîner à cette époque.

D’ailleurs, l’auteur ne se contente pas de nous conter l’enquête, dans les chapitres, il y a aussi des scènes de la vie quotidienne dans les tranchées, notamment les milliers de morts, pour quelques mètres de pris et dont les quotidiens titreront que c’était une percée importante.

Si je ne me suis attachée à aucun personnage, cela n’a pas entamé mon plaisir de lecture, puisque les 300 pages ont été avalées en une seule journée (sorry ma Bianca).

Cela était sans doute dû au fait que l’on ne sait jamais vraiment qui est le soldat Jonas, l’accusé : un vrai benêt ou un type intelligent qui jouait au con ? Un vrai traumatisé par ce qu’il a vécu durant les 3 années, ou un comédien ? Un soldat qui est vraiment crétin ou un qui se moque des gradés ? Un débile, un âne ? Ou un simulateur de génie ? Cet homme est une énigme à lui tout seul.

En tout cas, c’est addictif, cette enquête et elle n’a rien de banal.

Un polar historique sur fond de Première Guerre Mondiale, sous le régime de la censure, celui de la langue de bois, celui où la justice était arbitraire et inique puisque, pour un galonné assassiné, on veut exécuter un soldat, mais qu’on n’exécutera pas de galonné pour tous les soldats qu’ils ont envoyé à la boucherie.

Une LC avec Bianca réussie et que je ne regrette pas d’avoir faite, ce roman traînait depuis trop longtemps dans mes étagères et il ne méritait pas ça !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°213].

Cochrane vs Cthulhu : Gilberto Villarroel [Dame Ida, Servante des Grands Anciens]

Titre : Cochrane vs Cthulhu

Auteur : Gilberto Villarroel 🇨🇱
Édition : Aux Forges de Vulcain (2020) / Pocket (18/02/2021)
Édition Originale : Cochrane vs. Cthulhu (2016)
Traduction : Jacques Fuentealba

Résumé Babelio :
Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité !

Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur.

En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !

L’avis de Dame Ida (ne pas lire « La Vie de Dame Ida »… quoique… cela ne m’empêchera pas de vous la raconter ! Elle est passionnante ma vie ! Y a que mes enfants que ça emmerde ! Si, si ! Je vous jure!) :
Quand je me promène sur la plage en regardant là où mer et ciel se confondent, et surtout quand les nuages au loin sont sombres, je m’amuse toujours à me faire peur en imaginant Cthulhu poindre à l’horizon…

Car… Comment dire… Depuis que j’ai vu le rêve de la femme du pêcheur d’Hokusai (Nan ! C’est pas un manga!), fameuse estampe érotique japonaise, je m’affole dès que je vois un bout de tentacule (parce que ça rime avec « je t’… »

Nan… je peux pas l’écrire … désolée). Imaginez mon état devant l’étal du poissonnier… Et ce crétin qui croit que c’est lui qui me fait de l’effet !

De fait, je suis devenue une fan incontestée du Grand Cthulhu , créature extra-terrestre à tête de poulpe plus que géant, quasi-divine et quasi immortelle sortie de l’esprit extrêmement perturbé de H.P. Lovecraft.

L’est-y pas jojo ?

Or donc, dès que je vois son nom ou un bout de ventouse sur une couverture… et ben j’achète.

Cochrane ? L’autre nom sur la couverture ? C’est qui ça ? Connais pas… Qu’est-ce que j’en sais moi ! Je vous en pose des questions ? Ah ! Qu’est-ce que je disais !

OK… Si j’avais été davantage anglophile et que je m’étais intéressé à davantage qu’à l’afternoon tea chez la duchesse de Betford, à Sherlock Holmes, à Downton Abbey et à Bridgerton, j’aurais dû savoir que ce fut un grand marin Britannique du début du XIXe siècle, qui s’est particulièrement illustré pendant les guerres napoléoniennes et en Amérique du Sud dont l’auteur est originaire (C’est un Chilien marié à une française et qui vit à Paris). 

Mais le Cochrane était dans le camp anglais… Ben oui… C’est même un Lord. Alors quand le résumé Babélio vous les présente comme un héros… c’est juste parce que l’auteur Chilien a trouvé plus sympa un anglois qui a permis à l’Amérique du Sud de se libérer de la tutelle Européenne. 

Il a dû apprécier le fait que Cochrane ait défait la flotte française en lançant contre elle des navires enflammés, provoquant pagaille et naufrages dans les rangs des petits bateaux de l’Empereur. Malin le gars… Même si je trouve ce genre de stratégie assez peu conventionnelle, soit dit en passant.

Heureusement que je suis pas chauvine au point de refermer un bouquin prenant parti pour un ennemi héréditaire de mon pays ! Faut dire que le Napoléon je ne l’ai jamais trouvé très sympa non plus…

Donc, le Lord Cochrane a VRAIMENT existé. Ce qui signifie que l’auteur s’est offert ici quelques libertés avec l’histoire. Et visiblement il n’en serait pas resté que là car il fait vivre à ce héros aventureux de la perfide Albion, bien d’autres aventures racontées dans d’autres livres et qui ne figurent manifestement pas dans sa notice biographique Wikipedia (j’ai vérifié). 

Anybref, le Sieur Cochrane se pointe à Fort Boyard et s’y fait serrer par les militaires français… Il essaie de s’en échapper mais pas de bol, des renforts arrivent avec à leur tête un certain Durand, adjoint de l’ignoble Foucher, chef de la police secrète de l’Empereur… Adjoint assez ignoble également, qui porte sur sa tête toute la fourberie qui l’habite. Le français ne sera pas épargné.

Mais que sont donc ces écritures étranges et immémoriales que l’on retrouve dans les fondations du fort et pour lesquelles on est parti chercher les frères Champollion (je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler qui ils étaient enfin… qui était le Jean-François Champollion qui avait ridiculisé les englishes en déchiffrant les hiéroglyphes avant eux, ce sont ils se sont vengés en nous fauchant la pierre de Rosette ! Nan Belette ! La pierre de Rosette ne sert pas à couper le saucisson à l’apéro!) ?

Et pourquoi n’a-t-on retrouvé que le bras du grand soldat Petit et pas le reste de son corps?

Évidemment, si on est en mer et que Cthulhu figure sur la couverture, et que vous êtes au moins aussi intelligentes que moi, vous vous doutez bien qu’on n’est pas simplement confrontés à un banal récit de guerre sur fond d’histoire.

Alors qu’en ai-je pensé ?

Et ben j’ai kiffé grave la race de ma mémère ! Même si le Père Fouras, Passe-Partout et les lions ne sont pas dans ce Fort Boyard-là.

Autant quand je n’aime pas un livre, ou un film, je suis intarissable en critiques… Autant là… j’ai envie de vous en dire le moins possible pour vous inciter à le lire.

C’est rythmé, très bien écrit, avec des personnages consistants… Et c’est très bien documenté. L’histoire réelle se marie bien à la vision romancée de l’auteur. La construction est comme je l’aime : c’est à dire que l’auteur introduit les éléments fantastiques au compte-gouttes mine de rien, sans se précipiter, nous conduisant progressivement des faits historiques, au roman avant d’arrivé en plein délire apocalyptique lovecraftien cthulesque. 

Deux petits bémols cependant :

1 – L’auteur est bien briefé sur le mythe de Cthulhu mais prend tout de même une liberté assez conséquente sur la façon dont il géolocalise R’lye où le dieu extraterrestre est supposé comater depuis… pffff… Au moins tout ça ! Bref ça me chiffonnera un peu mais je serai compréhensive car il n’aurait pas pu situer l’action au fort Boyard autrement.

2 – Comme l’action se déroule sur fond de guerre et donc entre militaires, la dimension belliciste prendra le pas sur la dimension fantastique qui a plus ma faveur. Ben oui quoi… Je suis une faible femme et les histoires de mecs en uniformes qui aiment bien montrer qui tire le plus loin, le mieux, le plus fort… Qui est le plus brave, le plus courageux, le plus couillu… J’avoue qu’au bout d’un moment je me lasse un peu de tous ces mâles en uniformes. Il n’aurait pas fallu que le roman soit plus long.

Heureusement que Cthulhu est là. Affreux. Terrible. Puissant. Redoutable… Tremblez pauvres mortels ! Vous ne réchapperez pas à son courroux ni à son appétit pauvres présomptueux ! 

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°02 – Dame Ida).

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Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie ‭: Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Le second tome commence là où le premier nous avait laisse : devant une révélation coup de tonnerre et j’allais enfin savoir le fin mot de l’histoire.

Rien n’est simple dans la vie, les choix que l’on prend dicteront une partie de notre vie et les auteurs ont réussi à bien retranscrire cela dans leur scénario, mêlant la petite histoire à la Grande.

Angelita est en colère, comme le fut Julia, sa mère, en 1939, durant la guerre civile, lorsque son mari voulait aller se battre. Lui aussi était en colère de ne pouvoir y aller, de voir son pays sombrer aux mains des franquistes.

Leurs paroles et leurs actes auront des conséquences importantes sur leur vie et peut-être auraient-ils fait autrement s’ils avaient eu connaissance de l’Histoire. Hélas, le destin est cruel et en plus de nos choix lourds de conséquences, le destin s’arrange toujours pour faire le reste et pas toujours dans le bon sens.

Le destin s’est joué de la famille, en plus du choix du père et de son épouse. Que se serait-il passé si le petit Franco s’était étranglé, bébé, en buvant son lait ? Peut-être rien de tout cela… On peut rêver.

Une fois de plus, les sentiments sont bien retranscrits sur les visages, que ce soit la colère, l’abattement, l’humiliation, la résignation.

Jusqu’à présent, pour moi, la ville d’Angoulême était synonyme de festival de la bande dessinée, maintenant, lorsque j’entendrai son nom, je penserai aux camps dans lesquels furent parqués les réfugiés espagnols. On se dit que l’on est tombé bien bas, et puis, arriveront les Allemands et là, on comprendra qu’on peut toujours tomber encore plus bas dans la bassesse humaine…

927 personnes furent emmenées. Les femmes et les enfants (427) furent renvoyés à Franco, les hommes (490) furent envoyé à Mauthausen (la différence est due aux morts durant le transport).

Face à cette destination, l’ancien camp composé d’anciens baraquements pour les tziganes semblaient être un hôtel 5 étoiles.

Les quelques dessins de cette partie de l’Histoire m’ont fait frémir, une fois de plus, sans pour autant que l’auteur ne sombre dans le pathos. Mais en quelques images, le principal de l’horreur était dit.

Une fois de plus, nous aurons les atermoiements d’Angelita, mais dans ce tome 2, ils sont importants. Elle est tiraillée entre ce qu’elle vient d’apprendre, entre les mensonges de sa mère, elle ne sait pas quoi faire, comment réagir. Ces cases sans paroles illustraient bien son désarroi, sa peine, son incompréhension et le fait que la vie n’est jamais simple.

L’inconvénient sera pour les dialogues en espagnol, non traduits. Bon, en lisant lentement, on arrive à comprendre le sens général, mais une petite traduction en bas de page (ou de case), n’aurait pas été du luxe.

Voilà une bédé que je suis contente d’avoir découverte, qui m’a appris des choses peu reluisantes sur les réfugiés espagnols (comment les générations suivantes jugeront notre accueil des réfugiés Syriens ou autres ? Sans doute durement et avec raison).

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°17) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie :‭ ‬Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Cette bédé parle d’un fait historique dont on parle peu : la dictature de Franco, la guerre civile et l’exil des Espagnols vers la France, ainsi que de l’accueil qu’il leur fut réservé.

Mais avant d’entamer ce morceau d’Histoire, nous commencerons le récit en 1975, avec Angelita qui doit aller voir sa mère malade. Cette dernière se trouve à Barcelone, alors que tout le monde la croyait en Auvergne.

Erreur géographique ou autre chose ?

Comme beaucoup d’Espagnols exilés, elle avait fait le serment de ne plus mettre en Espagne tant que Franco serait toujours vivant et il vit toujours, même s’il n’en a plus pour très longtemps.

Angelita, sa fille, va se remémorer leur exil et la guerre qui faisait rage, quand Barcelone était bombardée par les avions Italiens… Nous étions en 1939…

Si je n’ai pas craqué pour les dessins, j’ai apprécié ce scénario qui a mis en lumière un pan méconnu de l’Histoire. Le récit est poignant et les dessins font bien ressentir toute la détresse des gens, obligés de quitter leurs maisons, leur ville et de fuir, en voiture ou en autobus.

Et lorsque la route est bloquée, il faut continuer à pied, se débarrasser du superflu, de ses souvenirs, et marcher dans la neige, dans le froid… Dormir dans le froid aussi. L’exil n’est jamais une promenade de santé.

Quant à l’accueil, parlons-en : le fait de voir sa ville bombardée n’est sans doute pas une bonne raison de fuir. Ben non, on ne risque rien, voyons ! Allez, circulez avec ce laisser-passer provisoire et oubliez vos droits, vous n’en avez plu. La fraternité n’est plus ce qu’elle était…

Ensuite, on a séparé les familles : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre.

Bref, rien de réjouissant dans le statut de réfugié. Les conditions de vie sont horribles, les gens se transforment en bêtes sauvages, se battant pour du pain (nous ferions de même), le tous sous les moqueries des forces de l’ordre françaises.

Ce premier album est rempli d’émotions, sans pour autant virer dans le pathos. C’est l’histoire d’une mère dont la fille n’a plus rien à lui dire, hormis bien des questions, notamment sur le sort qui fut réservé à son père, dans le camp de Mauthausen.

Les expressions sur les visages sont expressives, jamais figées. Elles font passer les émotions ressenties par les personnages, ce qui fait que, finalement, j’ai réussi à apprécier les dessins.

Mon seul bémol sera pour la longue introduction où l’on nous relate la vie sentimentale d’Angelita et qui n’apporte rien de plus au récit.

Je ne tarderai pas à lire le second album, car, malgré mon petit bémol, l’Histoire est très prenante et j’ai envie d’en savoir plus.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°16) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Haine : José Manuel Fajardo

Titre : Haine

Auteur : José Manuel Fajardo
Édition : Métailié – Bibliothèque hispano-américaine (07/10/2021)
Édition Originale : Odio (2020)
Traduction : Claude Bleton

Résumé :
La haine que nous voyons se déchaîner sur les réseaux sociaux n’a rien de neuf, elle utilise juste de nouveaux canaux techniques. Ce court roman nous amène à distinguer ses invariants à travers la puissance de la littérature.

Au XIXe siècle, dans les rues de Londres plongées dans le brouillard et la misère, se promène un fabricant de cannes aigri, ne trouvant aucune reconnaissance sociale, qui va s’enfoncer de plus en plus dans les bas-fonds de la ville.

Au début du XXIe siècle, dans la banlieue parisienne, nous assistons à la transformation d’un jeune homme frustré et incapable d’affronter les autres autrement que par la colère et la violence.

La mise en miroir de ces personnages révèle l’image des démons de la haine de l’autre à travers deux époques, les tire de l’anonymat, et montre les traces de leurs chemins cachés et mortifères parmi nous. L’auteur se livre à un exorcisme littéraire de notre époque. Un texte fort, pertinent et original.

Critique :
La haine, dans tout ce qu’elle a de plus silencieuse, de plus pernicieuse, celle qui arrive doucement, en tapinois et qui prend les gens dans ses filets, ne les lâchant plus.

C’est de cette haine que l’auteur va parler, au travers deux récits, à des époques et des endroits différents.

Le premier se déroule à Londres, en 1887, à Soho. Là vit Jack Wildwood, un obscur fabricant de cannes qui ne se sent à sa place nulle part, qui fréquente les bourgeois, tout en sachant que ceux-ci le méprisent.

Il est invisible, méprisé par  ces riches hommes, qui ne le disent pas ouvertement, mais qui le lui font sentir. En retour, il les méprise encore plus, tout en les enviant et en se méprisant lui-même. Effet miroir.

L’autre récit se déroule à Paris, en 2015. Harcha est issu de l’immigration, dans leur quartier, son père est le roi du pneu, alors qu’ailleurs, il n’est rien. Harcha se cherche, ne sait pas où aller, en veut à son père de se contenter de ce qu’il a, en veut à son ami de prêcher un islam de tolérance.

Tous deux vivent une sorte de mal-être, ils se cherchent, aimeraient une autre place dans la société, méprisent les autres, sont déçus de leur vie, sans pour autant qu’ils ne fassent des efforts pour la changer.

Un objet les relie : une canne sculptée. Et ce qui avait commencé par être de la haine ordinaire, celle qui fait râler dans son coin, celle qui fait pester contre la terre entière, va se muer petit à petit en passage à l’acte et là, c’est l’horreur absolue puisque nous, lecteurs, comprendrons très bien ce qu’il va se passer aux deux époques.

Ce roman, très court, se lit d’une traite, passant d’une époque à l’autre sans aucun problème, tant la plume de l’auteur est homogène, fluide, délicate, mais percutante. Il nous montre l’escalade, ou comment deux être frustrés par la vie, vont, petit à petit, se changer en véritable monstre, rempli de haine envers les autres, autant qu’envers eux-mêmes.

C’est pernicieux, implacable. Comment deux personnes qui n’ont pas trouvé leur place, qui n’ont pas fait grand-chose pour la trouver non plus, vont souffler sur les braises de cette amertume et se transformer en assassin. Les indices, dans le texte, sont plus que flagrants pour vous laisser comprendre ce qu’ils vont devenir et ça fait froid dans le dos, surtout celui de 2015.

Parsemé de références littéraires, notamment au Portrait de Dorian Gray, au Docteur Jekyll & mister Hyde, à Don Quichotte, ce roman percutant se lit tout seul, presque sans reprendre son souffle.

La haine, plus contagieuse et plus dangereuse que la covid… Ne pas manipuler, dangereux ! La haine est plus forte que nous et c’est elle qui manipule les gens, les transformant en un espèce de truc pas beau à voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°203] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°06).

Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tome 1 – Là où tombent les hommes

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman – Ligne d’horizon (23/09/2009)

Résumé :
Décembre 1944: La bataille des Ardennes fait rage depuis plusieurs jours. Dans une forêt figée par la neige et le gel, d’ultimes détonations parviennent encore aux oreilles d’un GI Airborne abattu dans la neige.

Face à lui, deux enfants impuissants tentent de l’empêcher de mourir. Mais dans son dos, une tache de sang s’agrandit inexorablement…

Critique :
Certains pourraient penser : encore une bédé sur la Seconde Guerre Mondiale. Encore une bédé à la gloire des G.I’s américains.

Et bien non, ce n’est pas une énième bédé, c’est plus profond que ça, plus élaboré, plus recherché…

Les planches du départ sont superbes : on se retrouve plongé dans les Ardennes enneigées.

L’auteur plonge déjà ses lecteurs dans le mystère, car on se demande quel soldat est couché au sol avec les deux enfants qui lui demandent de ne pas mourir.

La suite sera tout aussi remplie de mystères : on repart en arrière et on met face à face un soldat Américain face à un Allemand. Le mystère est de comprendre pourquoi la forêt grouille d’uniformes des Waffen SS et de nazis galonnés. Et pourquoi ils recherchent un soldat allemand qui a déserté ?

Lorsque la Grande Histoire est ramenée à une petite histoire, à hauteur d’Homme, cela permet de mieux toucher le public. Bien entendu, les soldats que nous croiserons n’ont jamais existé, du moins, pas leurs noms ou leurs faits, mais ce que l’histoire raconte, c’est une partie de la Grande Histoire.

Les enfants juifs ayant échappé à une rafle et cherchant leurs parents, les hommes engagés contre leur gré dans l’armée allemande (les « Malgré Nous »), les soldats américains (d’origine allemande), perdus dans la neige, trouvant refuge dans une ferme isolée, les faits des Einzatsgruppen, le génocide par balles, ce sont des faits qui ont eu lieu.

Incorporés au scénario de ce diptyque, ils permettent de nous donner une vision globale de ce que fut cette période de guerre, de nous donner des personnages à qui s’attacher, à suivre et pour qui on croisera les doigts pour qu’ils s’en sortent (pas le chef nazi).

Cela faisait longtemps que j’avais lu ce diptyque, mais je ne m’en souvenais plus. Comme quoi, ranger une de ses biblios, cela permet de retrouver des trésors enfouis depuis trop longtemps (oui, une fois de plus, j’ai lu au lieu de ranger).

L’avantage de cette magnifique bédé, c’est qu’elle est complète en 2 albums. Ensuite, on peut soit s’arrêter là, soit poursuivre avec les autres tomes parus. Le scénario est élaboré, l’auteur ayant fait un travail de fou, afin de ne pas faire d’erreur dans les uniformes.

Le suspense est présent, les dessins sont magnifiques, les personnages bien campés, avec ces soldats américains, descendant de colons allemands, qui se battent sous l’uniforme des G.I’s et tenter de s’en sortir dans cette neige froide, alors qu’il y a des nazis et des soldats allemands dans le coin.

Un bien bel album, incorporé dans un joli coffret cartonné. Encore une fois, j’ai bien fait de remettre de l’ordre dans cette biblio et de ressortir cette pépite, dont j’ai lu le deuxième album de suite.

Le Loup des Ardents : Noémie Adenis

Titre : Le Loup des Ardents

Auteur : Noémie Adenis
Édition : Robert Laffont La bête noire (23/09/2022)

Résumé :
1561, Sologne. L’hiver s’abat sur Ardeloup. Nuit et jour la neige tombe, transformant implacablement le village en prison.

Puis un mal mystérieux se répand parmi les habitants. Certains ont des hallucinations terrifiantes, d’autres hurlent qu’ils brûlent alors qu’ils sont glacés.

Cette maladie qui imprime sa marque noire sur le corps des mourants est-elle l’œuvre d’un démon ou celle d’un assassin ? Bientôt, la superstition embrase les esprits. Il faut un coupable avant qu’il ne reste plus personne pour enterrer les morts…

Critique :
Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « cile » ?? Non, pas d’idée ? Ben la neige, imbécile !

C’est l’hiver, il neige à mort, il fait froid à se cailler les miches, nous sommes en 1561, à Ardeloup, petit village paumé en Sologne, entre les villes de Vierzon et de Romorantin.

Aymar de Noilat, médecin, allait vers la ville de Romorantin, la neige l’a surpris et il est resté à Ardeloup, où on a eu très vite besoin de ses connaissances et de sa science, vu l’épidémie qui a commencé à y sévir, emportant les habitants après d’atroce souffrance.

Vous vous souvenez du confinement de mars 2020 ? Il n’était rien comparé à ce que vont vivre les habitants du village : la nourriture manque, le bois pour se chauffer aussi, la neige est épaisse, monte très haut, il fait caillant et on a du mal à se déplacer. En 1561, pas Netflix, pas de livres (ils ne savent pas lire), rien ! Juste la peur…

Parlons-en, justement de la peur ! Elle dévore les cœurs, elle obscurcit les esprits et les gens ne tardent pas à chercher un bouc émissaire. En ce temps-là, le diable est Number One (avec une punition divine), mais comme il est difficile de le citer à comparaître, faut chercher plus simple : une sorcière !

Ben voilà, c’est facile, c’est rapide, pas besoin d’aller voir plus loin. La logique déserte alors les cerveaux et le médecin aura beau apporter sa science, des preuves, du bon sens, rien n’y fera !

On pourrait se dire qu’en ces temps obscurs, les gens ne sachant pas lire, étant pauvres, rustres et frustes, sans éducation, c’est malheureusement normal qu’ils se tournent vers la facilité et le bouc émissaire… Oui, mais non…

Certaines personnes, lors de la pandémie de la covid en 2020 (alors que nos populations sont éduquées, que la majorité sait lire) ne se sont pas privées de désigner des boucs émissaires. Des sales caricatures ont refait surface, comme dans les années 1930 et que des accusations, sans fondements, sans logique, ont été balancées, répétées, hurlées,… ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Impossible d’avoir une conversation sensée avec ces personnes, quelque soit l’époque, comme l’a constaté le médecin Aymar. Lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse d’avoir la rage et dans le cas du Mal des Ardents, les gens sont capables de voir des liens où il n’y en a pas et de mentir, aussi, pour arriver à leurs fins. Glaçant, mais moins que durant notre ère (ou celle des années 30, et encore après).

Le médecin, Aymar de Noilat, sera notre narrateur, témoin impuissant de ce qui se déroule sous ses yeux, impuissant à soigner les gens, ne comprenant pas le mal dont ils souffrent. C’est le Mal des Ardents, mais ils ne savent pas encore comment il se déclenche. Nous, lecteurs, en 2022, nous connaissons les méfaits de l’ergot du seigle, mais eux sont dans le noir total.

Le coup de force de l’autrice, c’est d’être arrivée à donner une présence immense à la jeune Loïse, une petite fille taiseuse qui subit la mauvaise humeur des gens chez qui elle vit, qui se tape tous les sales boulots.

La gamine n’a pas beaucoup de dialogues, sa présence est en arrière-plan, elle ne dit rien, elle observe. Pourtant, elle m’a fait un grand effet et son personnage était lumineux, avec peu. Chapeau d’avoir réussi à lui donner pareille densité !

Ce polar historique se démarque des autres par sa conception : pas d’enquêteur pour chercher le coupable d’un crime puisqu’il n’y a pas de meurtres, juste des gens touchés par un mal violent, implacable, un tueur contre qui l’on ne sait pas lutter en 1561. Le médecin tentera de sauver les gens, avec l’aide de Loïse, qui préparera ses plantes pour soigner et de sauver la personne accusée de sorcellerie.

Un roman court, qui va à l’essentiel, qui ne fera pas l’impasse sur les décors et les ambiances, afin que les lecteurs se sentent bien dans le froid et la neige. Ce froid, je l’ai ressenti dans tous mes os, à tel point que j’ai terminé la lecture avec un plaid sur les épaules (note pour moi-même : j’aurais dû le lire un jour de canicule).

Un roman sombre, noir, qui ne s’éternise pas. Un roman court (290 pages) qui va droit au but et qui offre quelques heures de lecture remplie de mystères, notamment avec cette ombre qui rôde dans la neige froide…

Un polar historique qui a des relents nauséabonds qui n’ont rien à envier à notre époque où l’on érige des bûchers sur le Net et où les tribunaux sont les réseaux sociaux. Je me demande si nous ne sommes pas pires que ceux qui vivaient dans les siècles obscurs.

PS : Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « ire » ?? La neige, imbécile, je viens de te le dire ! (ok, je sors).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°193].

Délivre-nous du mal : Chrystel Duchamp

Titre : Délivre-nous du mal

Auteur : Chrystel Duchamp
Édition : L’Archipel (22/01/2022)

Résumé :
Commandant de police à Lyon, Thomas est chargé de retrouver Esther, mystérieusement disparue. Les mois passent et l’enquête s’enlise, tandis que d’autres femmes de la région s’évanouissent sans laisser de trace.

Jusqu’à ce que l’une d’elles soit retrouvée pendue dans une usine désaffectée, le crâne rasé et la langue arrachée. C’est le début d’une série de macabres découvertes.

Critique :
Délivre-nous du mal et ne nous soumets pas à la tentation ? Amen ?

Non, pas d’Église dans ce thriller, ni même de prêtre, malgré tout, laissez les enfants assez loin de ce récit qui est violent et glauque dans la mise en scène des cadavres.

Une femme a disparu. En France, on a le droit de disparaître, sans rien dire à personne.

Peut-être, mais quand on part, on prend ses papiers, son argent (qu’on a retiré à la banque auparavant) et on ne laisse pas son chat enfermé dans sa chambre, sans manger et sans boire, non ? L’enquête principale commence ainsi, avec une femme qui est persuadée que sa soeur a été enlevée. L’enquête partira dans des directions inattendues…

Autant où son précédent roman « Le sang des Belasko » m’avait conquis à 100%, autant où celui-ci me laisse mitigée. Je suis partagée entre deux sentiments : j’ai apprécié certaines choses dans le récit, et pourtant, j’ai une sensation de vide en moi, comme si je n’avais pas accroché à cette lecture, ou accroché à moitié.

Le début était prometteur pourtant : le roman commence par des prologues qui se terminent abruptement, laissant le lecteur dans un suspense énorme, sans que l’on en sache plus pour le moment. Les dates ne sont pas les mêmes, la question sera de savoir comment ces trois prologues se rejoindront dans le récit. Pour le premier, on comprendra vite comment.

Ma sensation de vide durant ma lecture vient du fait que j’ai eu l’impression que cette histoire manquait de liant. L’épisode avec le petit village de Oingt est sans doute de trop dans ce récit.

J’avais commencé à décrocher un peu du récit et là, avec ce qui va suivre, j’ai eu l’impression de me retrouver face au fameux concept du « jumping the shark » (autrement dit, la scène qui va trop loin), même si elle faisait référence à un épisode historique réel. Dans le récit, par contre, c’est plus poussé que dans le fait divers réel.

Quant bien même cet épisode se rattache ensuite au récit central, ce qui me heurte, c’est que cela va trop loin dans la folie vengeresse et ça a fichu en l’air les messages importants que possédait ce récit, notamment sur la banalisation des viols, des féminicides, de toutes ces femmes battues que l’on n’écoute pas, dont on ne prend pas assez au sérieux les dépôts de plainte.

Comme si les personnages n’avaient pas été réalistes, ce qui est bizarre comme sensation, puisque notre policier peste sur l’administration qu’il doit faire, qu’il passe plus de temps au bureau que sur le terrain et qu’il lui semble s’être transformé en secrétaire.

C’est tout à fait le résumé de la fonction de policier ou d’enquêteur. Sans doute est-ce la manière dont c’est amené dans le récit qui l’a fait sonner faux. Idem avec les aveux de sa fille, qui semblent n’être là que pour rajouter du glauque au glauque, alors que cela n’apporte rien au récit, si ce n’est de l’eau au moulin de certain(e)s.

C’est un sentiment d’irréalité, de fausseté dans les monologues (ou dialogues) qui m’a attrapé à plusieurs moments et qui ont gâché cette lecture qui était prometteuse, car nous étions dans un polar qui n’avait rien de commun avec les habituels.

L’autrice sortait des sentiers battus en mettant de l’originalité dans la construction du récit et dans son contenu (mais pas dans les personnages, hélas). Elle avait réussi à piquer ma curiosité et je me demandais ce qui se cachaient derrière ces disparitions suspectes. Mon sentiment de départ était que cette lecture était prometteuse… Zut, loupé.

Le final, un peu bâclé, un peu trop rapide, laisse comme un goût d’inachevé, là où le final du « Sang des Belasko » était remarquable. Même si les derniers chapitres, sous forme de lettres, expliquent bien des choses, cela n’enlève rien au sentiment de gâchis qui m’a étreint durant une bonne partie du récit.

Pourtant, ce roman n’est pas à jeter aux orties, c’est ce qui fait que je suis, une fois de plus, le cul entre deux chaises, même s’il penchera plus du côté des « lectures qui ont foirées » alors que l’autre roman de l’autrice est dans mes coups de cœur.

Sans doute est-elle plus douée pour les polars psychologiques que dans les enquêtes policières avec des vrais flics.

J’essaierai son autre roman « L’art du meurtre » pour ne pas rester sur ma chute… Allez, en selle !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°191].

Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues : Jérôme Hohl

Titre : Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues

Auteur : Jérôme Hohl
Édition : Astrid Franchet (16/11/2021)

Résumé :
Londres 1903. Sherlock Holmes est au plus mal. Watson est appelé au célèbre appartement de Baker Street, dans lequel le détective a provoqué un incendie.

Un accident selon Holmes, qui ne semble plus maîtriser son addiction aux psychotropes, surtout depuis une malheureuse affaire de prise d’otage dans laquelle il a échoué et qui a contribué à brouiller les deux amis. La réputation de Holmes est sévèrement entachée.

Mycroft, son frère, et Watson vont essayer de réveiller l’enquêteur en lui. Une affaire de mystérieuses noyades tombe à point nommé. Et si Sherlock et Watson entreprenaient le voyage sur le continent pour démontrer au monde que Sherlock Holmes est toujours le plus brillant des détectives ?

Critique :
Comme je l’ai souvent dit, le format court va mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes, que le long.

Il vaut mieux une petite nouvelle qui frétille, qu’un long roman qui roupille.

Dans le cas de ce roman, la taille est parfaite, ni trop courte, ni trop longue.

Le rythme est bien géré : on prend son temps de développer l’histoire, de mener l’enquête, de suivre les pistes, d’étoffer le récit de détails historiques, de donner de l’épaisseur aux personnages, le tout sans se perdre dans des choses inutiles.

L’enquête est bien menée, remplie de mystères et pas simpliste du tout, puisque j’ai été surprise des révélations découvertes par Holmes. Là, je suis ravie.

Évidemment, j’ai deux bémols à faire (sinon, ce ne serait pas moi) : le premier concerne les personnages de Holmes et Watson. Non, pas de panique, ils sont canoniques.

Mais nom de Zeus, à l’époque victorienne comme à l’époque édouardienne, ils n’utilisaient pas leurs prénoms pour l’un de l’autre ! Qu’on laisse les prénoms de Sherlock et de John pour notre époque contemporaine. Ici, dans le récit, l’auteur commence avec les prénoms puis passe définitivement aux noms de famille, avant de revenir de temps en temps aux prénoms.

L’autre bémol, plus important, est sur le fait que les auteurs nous ressortent encore et toujours Vous-Savez-Qui ! Alors, je peux comprendre (et admettre) qu’on utilise ce méchant canonique avant 1891, mais pas ensuite. Il est tombé dans le gouffre, qu’on l’y laisse pourrir et qu’on ne l’en ressorte plus, merci ! J’apprécierais que les auteurs nous en inventent des autres, les méchants ne manquent pas dans la vie réelle…

Ces bémols ne sont que le reflet de mon opinion, ils n’engagent que moi et ne sont pas rébarbatifs, c’est juste l’expression de ma pensée. Ils n’entravent rien au plaisir de lecture, si ce n’est une mini exaspération de ma part.

Le point fort du roman est que l’enquête est cohérente, pas simpliste, possédant un rythme ni trop lent, ni trop rapide et que les personnages de Holmes et Watson ne s’écartent pas de leurs originaux.

Holmes est comme nous le connaissons, dépressif, en proie à ses démons intérieurs, passant d’un état exalté à celui de plus apathique, intransigeant avec les autres et face à un Watson qui ne sait plus quoi faire pour le garder dans le droit chemin. Leur amitié à pris un coup, mais elle est toujours présente.

Anybref, ceci est un très bon pastiche holmésien, l’Historique de l’époque est présent, sans recouvrir le récit, les décors de la ville de Colmar sont bien restitués, sans que cela empiète sur le récit, l’auteur intégrant bien tous les ingrédients à son gâteau, sans forcer sur le sucre et le gras.

Une lecture qui m’a agréablement surprise et j’espère qu’il y aura une suite, de la même qualité scénaristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°187].

Sherlock Holmes et les Romanov : Pascal Malosse

Titre : Sherlock Holmes et les Romanov

Auteur : Pascal Malosse
Édition : De l’Antre (01/06/2021)

Résumé :
En ce début de XXème siècle, la Côte d’Azur est l’incontournable destination de villégiature de l’aristocratie européenne.

Anglais, Russes, Italiens, Prussiens viennent s’enivrer à la douceur de la vie niçoise. Hélas, dans l’ombre des palais édifiés pour le bonheur de ces illustres visiteurs, un complot se trame : un groupe anarchiste fourbit ses bombes meurtrières.

Sous le soleil de la Baie des Anges, le célèbre détective londonien, plus habitué au « smog » de la capitale britannique, ne risque-t-il pas de perdre sa légendaire sagacité et d’échouer à empêcher un terrible attentat contre la famille impériale russe ?

Critique :
Lorsque j’entre dans une librairie pour acheter un titre bien précis, le hasard me fait souvent tomber sur de l’inattendu.

Ce fut le cas pour ce petit pastiche holmésien, dont je ne connaissais pas l’existence et qui est venu frapper mon regard qui errait sur les étagères du rayon « polar ».

Pour être court, il l’est ! C’est le format d’une nouvelle, guère plus, ce qui est parfait pour une enquête de Sherlock Holmes : ni trop court, ni trop long.

Le caractère des personnages est assez conforme aux originaux, sauf que Watson appelle à un moment donné son ami par son prénom. Sinon Watson est comme d’habitude : il ne voit rien, comme le lecteur.

Holmes se fendra de quelques déductions, ne dira rien sur l’enquête en cours et se réservera le côté de la surprise.

L’enquête n’a rien d’exceptionnel, elle est correcte. La vie des Romanov est menacée par des anarchistes et Holmes doit trouver qui leur en veux, tout en déjouant un possible attentat.

Peu de détails sur les décors, peu de détails sur l’Histoire aussi. Le roi étant George V, nous pouvons en déduire que nous sommes entre 1910 et 1914, puisque la Première Guerre Mondiale n’a pas éclatée.

C’est un petit polar historique qui se lit assez vite, qui est plaisant, sans pour autant casser trois pattes à un tsar de Russie. Nous apercevrons juste la famille royale, rien de plus, ce qui est dommage pour ceux ou celles qui auraient aimé qu’ils soient plus présent (comme moi). La diplomatie est une chose obscure…

Une petite enquête honnête, correcte, agréable à lire, sans pour autant avoir un final à couper le souffle. Malgré tout, ce petit pastiche ira dans l’étagère des « bons pastiches » et non dans les daubes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°168] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 74 pages).