Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune : Alejandro Jodorowsky et Jérémy

Titre : Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (15/01/2020)

Résumé :
Il ne deviendra jamais le roi de France. L’Alchimie lui réserve un plus grand destin. 1888.

Au refuge des Chevaliers d’Héliopolis, Asiamar, âgé de cent-dix ans, se prépare à accomplir le dernier rituel de son initiation : Citrinitas, l’œuvre au jaune, qui lui permettra de retrouver sa jeunesse et de vivre mille ans.

Il est désormais temps pour lui de connaître également le secret des Chevaliers gardé par leur maître.

Car celui-ci a besoin de la puissance de tous ses disciples pour sauver l’humanité.

Mais avant cela, il charge Asiamar d’une mission : affronter la dernière grande menace de leur ordre. Un mutant tueur de femmes qui sévit dans les nuits embrumées de Londres, la capitale du monde moderne : Jack l’Éventreur !

Critique :
Soyons sympa, les dessins de Jérémy sont toujours aussi beaux à regarder, les couleurs sont chatoyantes et j’ai passé un bon moment de lecture sans me prendre la tête.

Les débuts étaient prometteurs : Londres, 1888…

Si en voyant ça, j’ai imité le cri du loup de Tex Avery, ensuite, j’ai eu l’impression que tout partait en capilotade, pour ne pas dire en couilles (je resterai polie, hein).

Autant je ne connais pas bien l’Histoire de vos p’tits Louis numérotés (je ne vois donc pas toutes les libertés prises par l’auteur), autant sur Jack The Ripper je suis plus cultivée (vous m’excuserez) et donc, voir les prostituées assassinées dans des coins reculés de parcs, ça m’a fait crier à l’hérésie.

De son côté, Asiamar notre chevalier hermaphrodite passe au dernier niveau, celui du jaune et Fuxi, le maître des chevaliers lui explique l’origine de leur groupe. Petit mot à ceux qui ont lu le tome 4 : vous ne trouvez pas qu’il a des petits airs du personnage Petit-Coeur dans Dragon Ball, le Fuxi ??

Petite crise mais Asiamar gère assez vite sa déception et est ensuite envoyé affronter l’assassin qui terrorise tout Londres… La rencontre à lieu et boum… Mais qui a enclenché le turbo dans cet album ??

Le soucis c’est que tout va trop vite, bien trop vite ! On tombe amoureux des deux côtés rien qu’en un regard et viens-y que je te donne mon âme, mon sang, mon coeur, mon cul (ok, là je ne dirai rien sur la vitesse) et que tout se fasse dans un déchirement qui ferait passer Roméo et Juliette pour des couillons au niveau des promesses.

Comme si ça ne suffisait pas, comme le scénariste déjanté qu’est Jodorowsky doit tout caser en un seul album, on accélère là où on aurait dû prendre son temps et on atermoie durant des cases et des cases sur Asiamar qui aimheu la femme qu’il a croisé car c’est son âmheu, son coeur, sa vie… Bref, fû d’amûr il est.

Et vas-y que ça galope encore plus vite pour terminer avant le mot fin… On aime aussi vite qu’on pardonne et qu’on arrête d’haïr. Le trop lent côtoie le trop rapide, le trop expliqué, trop détaillé côtoie l’expéditif.

Alors oui, à la fin, on sait que tout est résolu, on a fait le tour de la question, le lecteur ne restera pas sur sa faim à la fin, mais ce fut expédié à la vitesse d’une météorite poussée par des réacteurs super-puissant.

Nous avons une morale à la fin, elle nous fait honneur, mais bon, je la trouve un peu surfaite, limite bancale. Heureusement, les personnages sont super intelligents et le principal concerné, Fuxi, a compris. La lumière fut dans son cerveau super prodigieux alors que n’importe qui aurait pu lui expliquer facilement…

Ce quatrième tome aurait dû être exécuté en deux, cela aurait permis à l’auteur d’aller plus doucement, de ne pas résoudre tous les problèmes rapidement, facilement, de faire aller son scénario à la vitesse de l’éclair et de donner l’impression qu’on termine vite avant de passer à autre chose.

Un partage en deux tomes ne m’aurait pas donné l’impression que les auteurs faisaient un tome supplémentaire afin de se faire du fric sur le dos des lecteurs (comme certains le firent sans honte).

Une saga en dents de scie, avec des hauts et des bas et une conclusion un peu trop rapide à mon goût. Maintenant, si on fait abstraction de tout ça, on passe en moment de lecture détente sans se prendre la tête…

À vous de voir ce que vous désirez lorsque vous ouvrez une bédé au moment X. Là, je voulais autre chose….

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°111].

Ce qu’il faut de nuit : Laurent Petitmangin

Titre : Ce qu’il faut de nuit

Auteur : Laurent Petitmangin
Édition : La manufacture de livres (20/08/2020)

Résumé :
C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choississent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes.

Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses.

C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.

Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

Critique :
À quoi ça tient le destin d’une personne ? À un fil, pas plus…

Au fait qu’on ait été là au bon moment ou au contraire, absent quand il ne fallait pas…

Qu’on ait fermé sa gueule quand on aurait dû l’ouvrir… Ou ouvert sa gueule quand on aurait dû la garder fermée.

À des bonnes ou des mauvaises rencontres… À des parents, des amis qui peuvent vous aider à reprendre pied, à changer de route et à prendre la bonne. À vous aussi qui avez envie, ou pas, de suivre leurs conseils. Car si on peut mener le cheval à l’abreuvoir, on ne peut pas le forcer à boire.

Ce roman social m’a donné l’impression d’être un curé écoutant la confession d’un homme qui a tout fait pour que ses deux gamins grandissent bien, après le décès de leur mère. Il a bossé dur, a fait du mieux qu’il pouvait avec ses maigres moyens.

Ses enfants semblaient être parti sur les bons rails, ce qui pour un type qui bosse à la SNCF est une bonne chose. Puis Fus (Frédérique) l’aîné à pris la voie qu’il ne fallait pas et est allé traîner avec des gars de la Marine… Pas la marine marchande, ni celle de l’armée, celle qui a rebaptisé son Front en Rassemblement et c’est refait une virginité.

Effectivement, vu comment le fils en parle et dédramatise la chose, on dirait presque que tout baigne, que c’est propre mais sous la propreté, il y a toujours de la crasse et on a beau emballer la merde de la haine dans un bas de soie, ça reste toujours de la merde.

Rien de bon ne pouvait en sortir d’une telle fréquentation et notre Fus a déraillé grave sa race et fini directement droit dans le mur. Même si d’autres lui ont donné des raisons de péter un câble.

Plus que la confession d’un père qui se demande à quel moment il a merdé, perdu pied, fermé sa gueule ou lieu de l’ouvrir, ce roman donne surtout l’impression d’écouter un vieil ami qui vide son sac, qui se libère d’un poids trop lourd pour ses frêles épaules et qui aimerait que tous les bons moments passés avec ses deux gosses existent toujours.

J’ai aimé sa confession, j’ai aimé l’histoire, le côté social des ouvriers besogneux, socialos, la manière dont l’auteur arrive à parler du racisme ambiant, de ses petites phrases qui semblent innocentes quand on les dit, mais qui ne sont que des pamphlets de haine douce, de lieux communs, de mauvaises pensées, ces préjugés tout faits, ces mauvaises idées que l’on a sur les Autres comme si nous étions nous mêmes exempt de défauts.

Il m’aura juste manqué les émotions que je n’ai pas ressenti alors que j’aurais dû me les prendre violemment dans la gueule.

Pour la défense de l’ouvrage, j’ai encore du mal à me remettre des émotions fortes de « Betty », sans compter que les dernières décisions prises par le Conseil National de Sécurité pour lutter contre le coronavirus m’ont foutues par terre.

Ce n’était pas le livre à lire lorsqu’on a le moral dans les chaussettes et autant d’énergie qu’un rat mort. Il mérite mieux que ça. Heureusement qu’il y a Dealer de Lignes pour ça.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°107].

Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 3 – Rubedo, l’oeuvre au rouge : Alejandro Jodorowsky et Jeremy

Titre : Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 3 – Rubedo, l’oeuvre au rouge

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jeremy

Édition : Glénat (06/03/2019)

Résumé :
Ils ne l’ont pas laissé devenir roi de France. L’alchimie lui réserve un plus grand destin.

Face à Napoléon, Asiamar n’a pu se résoudre à accomplir sa mission. Alors qu’il aurait pu, d’un coup d’épée, changer le cours de l’histoire, il s’est montré trop bon. Il a préféré laisser s’exprimer la part féminine de sa double identité et a donné à l’Empereur un baiser. Aujourd’hui, pour cet échec, il comparait devant les Chevaliers d’Héliopolis.

Car, pour accomplir son destin, un véritable Alchimiste doit aussi savoir se montrer cruel. Apprendre à apprivoiser cette cruauté, c’est l’essence même de Rubedo, l’œuvre au rouge et troisième épreuve alchimique.

Peut-être la plus difficile de toute. Asiamar s’en montrera-t-il capable ?

Le génial Jodorowsky s’associe au jeune prodige Jérémy pour réécrire l’histoire avec un grand H dans une grandiose fable initiatique et ésotérique.

Une fresque épique mêlant les secrets de l’alchimie aux arcanes de l’Histoire.

Critique :
Vous avez sans doute gardé en mémoire vos cours sur la campagne de Russie de Napoléon…

Si non, vous avez peut-être vu un des nombreuses adaptations télévisées…

Dans ce troisième tome, vous saurez enfin pourquoi Napoléon est parti à l’assaut de la mère Russie et tant pis si ça ne correspond pas à ce que l’école vous a appris, ne dit-on pas : les livres au feu ? (et le prof au milieu).

C’est toujours très ésotérique, fantastique, mais Jodorowsky peut encore être plus fou que ça… D’ailleurs, il reprend une théorie que Dan Brown exploitant dans son Da Vinci Code…

Maintenant, si vous êtes un maniaque de la vérité historique ou que vous n’aimez pas trop qu’on joue avec, cette série risque de vous hérisser les poils car la chronologie des faits n’est pas toujours respectée et les fait tout court non plus (et Waterloo morne plaine, elle pue ??).

Par contre, niveau dessins, nous sommes gâtés car les coups de crayon de Jérémy sont très adroits et c’est un plaisir de les regarder.

Une saga qui se lit sans trop se poser de questions puisqu’elle flirte avec l’ésotérisme et le fantastique à fond (c’est plus du flirt, d’ailleurs, c’est de la coucherie pure et simple), mais ça ne m’a pas hérissé tous les poils et j’ai passé un chouette petit moment de lecture, sans me prendre la tête, ce que je désirais avant tout.

Peut-être qu’avec le cerveau enclenché j’aurais tiqué devant les libertés prisent avec l’Histoire, mais vu qu’il est au repos, le tout est passé comme une lettre à la poste.

À vous de juger ! (de la bédé, pas de mon pauvre cerveau vermoulu et fourbu).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°105].

 

Le Loup des Cordeliers : Henri Loevenbruck [LC avec Bianca]

Titre : Le Loup des Cordeliers

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : XO (2019)

Résumé :
Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris…

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l’ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s’échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l’identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l’un des plus grands complots de la Révolution française ?

UN ENQUÊTEUR REDOUTABLE

Une fresque magistrale des premiers jours de la révolution.

Critique :
— C’est une révolte ?
— Non, Sire, c’est une révolution !

Évidemment, à ce moment-là, personne ne pensait que Louis XVI et Marie-Antoinette perdraient un jour la tête (comme bien d’autres).

Le loup des Cordeliers m’a pris dans ses crocs directement, après quelques lignes. J’étais dans le roman, accrochée aux pages, la bouche ouverte de contentement (honni soit qui mal y pense).

Génial, me suis-je dis, j’allais pouvoir vivre la Révolution de 1789 de l’intérieur ! C’est tout de même assez violent de faire la révolution, la nôtre, en 1830, fut plus calme.

L’auteur a évité tout manichéisme en faisant du peuple qui se révolte le Bon, les Nobles les Méchants et la royauté les Truands… Vous aurez sans doute constaté, tout comme moi, que les révoltés se comportent très vite aussi mal que ceux qui étaient au pouvoir et qu’il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’ils copient tous leurs travers.

Ce que j’ai aimé, dans ce récit, c’est que le côté Historique ne bouffe pas le côté enquête mais y soit intégré de manière harmonieuse. J’ai appris des choses, j’ai fait la révolution et cela ne m’a pas semblé insipide ou assommant comme un cours d’Histoire, mais vivant.

Les personnages sont bien campés, réalistes, les fictifs croisant les réels et notre jeune journaliste enquêteur, Gabriel (♫ tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie ♪ – je n’ai pas pu résister), doit être un ascendant de Sherlock Holmes car il possède, comme lui, des dons de déduction. Très utile dans la vie et pour son enquête aux côtés d’un ancien pirate (que j’ai adoré aussi).

Notre Gabriel Joly aimerait faire de vrai journalisme et non s’occuper des programmes des spectacles. Lui rêve de raconter les faits depuis l’intérieur de la révolution, dire ce qu’il se passe sans mentir, mais ça fake news de tous les côtés alors qu’il n’y a pas réseaux sociaux, juste des gens qui parlent sans savoir. ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Un polar historique qui mélange habillement l’Histoire et une enquête, sans jamais être rébarbatif ou donneur de leçons, qui vous fait vivre la révolution de l’intérieur, comme si vous aviez le pouvoir d’être avec le peuple mais aussi en compagnie des autres, les nobles et tout ce qui gravite autour de la personne du roi.

Un roman qui vous décrit les rues de Paris comme si vous y étiez, les petits estaminets, les bouges infâmes, les ruelles pavées. Un roman qui vous fera côtoyer les brigands, les pirates et puis le beau linge de la France d’en haut, vous faisant passer de l’un à l’autre sans que cela ne vous choque.

Un excellent roman qui se dévore, bourré de mystères et de suspense, le tout porté par une écriture simple mais jamais simpliste. Une belle réussite, tout simplement.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca qui a adoré ce récit d’aventure révolutionnaire autant que moi.

PS : Ce roman est à suivre, je ne le savais pas en le commençant. Pas un gros problème pour nous deux puisque la suite arrivera bientôt, mais je trouve ça un peu cavalier que la maison d’édition XO n’ait pas signalé sur le roman que c’était en deux tomes… La surprise est de taille lorsqu’on arrive au bout et qu’on ne le sait pas, c’est frustrant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°101].

American Vampire Legacy – Tome 2 – Le réveil du monstre : Scott Snyder et Dustin Nguyen

Titre : American Vampire Legacy – Tome 2 – Le réveil du monstre

Scénariste : Scott Snyder
Dessinateur : Dustin Nguyen

Édition : Urban Comics Vertigo Classiques (2013)
Édition Originale : American Vampire, book 5 : Lord of Nightmares

Résumé :
1954. De retour aux États-Unis, Felicia Book tient la promesse qu’elle avait fait à son ami et coéquipier, l’agent McCogan, en élevant son fils Gus, alors délivré de la contamination vampirique.

C’était sans compter l’organisation des « Vassaux de Vénus » qui bientôt lui demande de se rendre d’urgence à Londres où leur coffre sécurisé et inviolé depuis 1888 a été ouvert.

Le plus dangereux vampire de tous les temps est de retour, prêt à reprendre le pouvoir sur son armée.

Critique :
Rien de tel que de revenir aux origines des vampires pour rendre un deuxième tome attractif.

Nous sommes en 1954 et les nazis vampires ne sont plus une menace depuis longtemps. N’espérez pas vous la couler douce, une menace encore plus grande arrive à grands pas.

Nous quittons provisoirement les États-Unis pour aller prendre l’air à Londres et à Paris.

Pas de virée shopping, faut juste cavaler, se prendre des coups, saigner et tenter de faire en sorte que le premier des carpatiques reste dans son sarcophage et ne monte pas sur son trône d’où il pourrait contrôler tous les vampires…

Changement de dessinateur, on passe dans des cases qui ressembles à des aquarelles délavées. Les tons délavés ou lumineux collaient bien aux ambiances et si le changement de dessins m’a un peu déstabilisée au départ, je m’y suis habituée assez vite.

Les créateurs de la série American Vampire avaient eu la bonne idée de revisiter le mythe du vampire, notamment en dotant la souche américaine de pouvoirs que la souche carpatique ne possédait pas et en scindant les vampires en races. On a plus de choix.

Toujours de l’action, du sang, de la violence, des combats et une course-poursuite pour éviter que le roi des carpatiques (pas besoin de vous donner son nom, vous le connaissez) ne se réveille plus qu’il ne l’est déjà.

Si l’histoire ne révolutionne pas le genre, elle est tout de même un cran au-dessus du premier tome mais n’apporte pas les surprises de la série mère (American Vampire). On est dans du classique, même si la mise en scène est bien faite et qu’on ne s’embête pas une seule seconde.

Conventionnel mais bien foutu. Classique mais efficace. Ou quand le mythe rejoint les nouveautés pour donner quelque chose de punchy qui fait passer un excellent moment, même si des pages de plus auraient permis de ne pas finir se conclure si rapidement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°20].

Le bal des folles : Victoria Mas

Titre : Le bal des folles

Auteur : Victoria Mas
Édition : Albin Michel (21/08/2019)

Résumé :
Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres.

Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

Critique :
Avant, lorsqu’on voulait se débarrasser d’une femme, c’était très facile : on l’emmenait à la Salpêtrière et on la faisait déclarer folle.

Même pas besoin de soudoyer un médecin pour un faux certificat médical, la parole d’un homme suffisait puisque les possesseurs de bananes-kiwis avaient le pouvoir absolu.

Nous les femmes, nous avions juste le droit de fermer notre gueule, de ne pas marcher hors des sentiers délimités pour notre sexe, fallait éviter à tout prix les envies de révoltes et même en restant dans le carcan étroit qui nous était dévolu, le mâle (père, mari) ou une belle-mère pouvait nous faire interner.

Effectivement, ce roman met à nu les conditions de la femme à la fin du 19ème siècle (1885) et force est de constater, une fois de plus, que nous revenons de loin et qu’il y a un peu plus de 100 ans, il était possible de faire disparaître une femme dans un asile d’aliéné sans qu’un bilan de santé soit établi.

La Salpêtrière, ce n’est pas Bedlam (Bethlem Royal Hospital à Londres) mais tout de même, les droits n’existent pas.

Au travers de différents regards, que ce soit des patientes ou d’une infirmière, l’auteure nous fait déambuler dans les couloirs, à quelques semaines du fameux bal des folles où la bourgeoisie va venir voir les aliénées danser, en espérant qu’une fera une crise, afin d’avoir des sujets de conversations jusqu’à la fin de l’année.

Si je regrette un peu que le portrait dressé de Charcot soit minime, les portrait des femmes croisées sont des plus réussis.

Que ce soit Eugénie, jeune fille d’une bonne famille qui voit et entend les morts, ou Louise, qui rêve de son amoureux, persuadée qu’elle va sortir de là et Geneviève, infirmière aussi rigide qu’un corset métallique qui va se réchauffer un peu, ces femmes ont une histoire que l’auteure va mettre en scène et nous les faire aimer.

Une fois de plus, je suis tombée sur une petite pépite littéraire qui bien que mettant en scène un sujet lourd, grave et ayant existé, ne sombre pas dans le pathos ou le larmoyant.

On ne rigole pas, certes, mais  c’est addictif, on veut connaître le destin de nos différentes femmes et les émotions sont perpétuellement en voyage, dans cette lecture puisque l’on passe de l’indignation à la tendresse, avant d’avoir envie de hurler devant l’étroitesse d’esprit de certains personnages face à ce qui est autre que leurs croyances ancrées.

Un peu plus de pages n’auraient pas nui à l’histoire car l’épisode du fameux bal est assez court. De plus, quand on aime un roman, on a toujours envie d’en avoir un peu plus.

Un roman historique qui lève le voile sur ce qu’on appelait la folie en 1885 et où la majorité des patientes n’étaient pas folles du tout. Un roman humaniste, une petite pépite qu’on lit avec gourmandise en pestant sur nos sociétés phallocratiques (la banane) où tout le pouvoir était dans les mains des hommes.

C’est bouleversant.

Tuer le fils : Benoît Séverac

Titre : Tuer le fils

Auteur : Benoît Séverac
Édition : La manufacture de livres (06/02/2020)

Résumé :
Matthieu Fabas a tué parce qu’il voulait prouver qu’il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, 15 ans de prison.

Le lendemain de sa libération, c’est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il une nouvelle fois sa vie ?

Pour l’inspecteur Cérisol chargé de l’enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l’histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation.

Derrière cette intrigue policière qu’on ne lâche pas, ce nouveau roman de Benoît Séverac nous parle des sommes de courage et de défis, de renoncements et de non-dits qui unissent un père et un fils cherchant tous deux à savoir ce que c’est qu’être un homme.

Critique :
D’habitude, c’est le père qu’il faut tuer, pas le fils…

Et parlons-en, du père à Matthieu Fabras : un facho de la pire espèce, un intolérant aux peaux basanées, aux homos, aux étrangers… Pour lui, le RN est trop mou et la France doit être aux français.

Intolérant à son fils aussi qu’il ne trouve pas assez viril, trop lopette… Pourquoi ? Si son gamin était un cheval, on dirait qu’il est pif, mais la science médicale utilise un terme plus long et complexe pour désigner cette petite emmerde qui ne touche que les mecs. Ou les chevaux mâles.

Pour prouver à son paternel qu’il n’était pas une chiffe molle et pour tenter de recevoir son amour, son adoubement, un signe de gentillesse, Matthieu a massacré un homosexuel et l’a tué. Direct au zonzon, le gamin et même pas un regard affectueux du paternel.

Vous comprenez que lorsque Patrick Fabas meurt, c’est un grand soulagement pour le lecteur. Maintenant, la question que l’on se pose, c’est : est-ce que son fils lui a réglé son compte le lendemain de sa sortie de prison ??

Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est avant tout sa construction : un récit dans le roman et une histoire qui commence à l’envers puisqu’on est directement avec Matthieu arrêté pour meurtre.

Cette construction permet à l’auteur de nous présenter sa palette de personnages, assez typés. Les inspecteurs de police sont atypiques, leur chef étant addict à la confiture (on ne me l’avait jamais faite, celle-là) et marié à une non-voyante. C’était appréciable qu’on sorte du carcan de flics alcoolos bourrés de problèmes horribles.

Matthieu est un personnage abîmé, qui n’a jamais su quoi faire pour plaire à son père, pour qu’il l’aime, pour qu’il s’intéresse à lui. Il est des hommes qui ne devraient jamais devenir père ou alors, faudrait qu’ils évitent de passer leur frustration sur leurs gosses.

Bizarrement, la scène la plus marquante, celle qui m’a fait dresser les poils sur les bras, c’est celle de Matthieu au stade de France pour le concert de Johnny. On ne me refera pas.

Ce roman sombre explore les secrets de famille, les non-dits, les tares con-génitales (oui, en deux mots) reportées sur d’autres, les racistes, les fachos, les xénophobes, les bas-de-plafonds, la douleur d’un fils face à un père qui le hait et l’univers de la prison où Matthieu découvrira l’écriture avec l’atelier qu’un auteur viendra faire.

Une enquête pas commune, avec des flics désabusés, cyniques, avec leurs problèmes personnels (mais toujours terre-à-terre) et si le lecteur est attentif, il comprendra assez vite si Matthieu est coupable ou pas. Sans que ça gâche la résolution !

Un roman sombre mais réaliste, non dénué d’humanité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°13] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°24].

L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Il était deux fois : Franck Thilliez

Titre : Il était deux fois

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (04/06/2020)

Résumé :
En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato.

Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée. Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise…

Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage.

Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… Dehors, il pleut des oiseaux morts.

Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7.

Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Critique :
Certains romans de Franck Thilliez devraient porter, comme les paquest de clopes, des mentions obligatoires telles que : « Peu nuire gravement à votre nuit », ou « Rend les mains moites et provoque une accélération cardiaque » ou « Fera fumer votre cerveau » ou « Peut entraîner une addiction sévère » ou « Attention, à ne pas emporter sur une plage, danger de ne pas voir la marée monter ».

À chaque roman, l’auteur met la barre plus haute et réussi à franchir l’obstacle avec maestria.

Là, Gabriel Moscato, lieutenant de gendarmerie s’endort dans la chambre 29, au deuxième étage et se réveille ensuite dans la chambre 7, au rez-de-chaussée.

Blague de potache ? Bizutage ? Somnambulisme ? Sauf qu’il s’est endormi en 2008 et qu’il se réveille en 2020… Coma ? Utilisation de la Delorean du doc Emmett Brown pour aller dans le futur ?

Thilliez surfe sur le fantastique mais comme Conan Doyle dans « Le chien des Baskerville », tout a une explication logique et scientifique. Malgré tout, on comprend que Gabriel flippe un max en comprenant qu’il a fait un bond de 12 ans.

Imaginez un l’horreur… Lorsque vous vous couchez, Barak Obama a toutes ses chances pour la présidence et lorsque vous vous réveillez, boum, il y a un excité à la mèche peroxydée qui twitte furieusement.

Pire, vous vous êtes endormi sous Sarkozy et bam, à votre réveil, vous êtes sous Macron… Et entre les deux, vous avez été sous Hollande et vous n’avez rien senti. Bien que votre vie sexuelle ne me regarde pas…

Sérieusement, je ne voudrais pas être le psy qui analysera un jour le contenu de la tête de Franck Thilliez ! Il doit avec de ces trucs de ouf, là-dedans…

Parce qu’à chaque roman, pour nous faire toujours plus fort, faut être un créateur fou, avoir une imagination des plus dingues (et logique) pour que toutes les pièces s’emboîtent dans chacun de ses romans ou sur deux romans, comme c’est le cas ici.

J’imagine l’auteur, devant son mur, gribouillant partout, faisant des flèches pour relier son grand projet, le tout avec des yeux fous, un sourire de pervers sadique aux lèvres, poussant un rire démoniaque, tel celui qui fini la chanson « Thriller » (de Michaël Jackson) car il sait que, une fois de plus, il va faire tourner en bourrique ses lecteurs, les rendre chèvre et nous ne demandons que ça !

L’auteur prend son temps pour placer son décor, une ville où vous n’auriez pas envie d’aller en vacances, de présenter ses personnages.

Gabriel, borderline, tigre féroce, bulldozer, qui te casse la gueule avant de te questionner après, têtu aussi et Paul, gendarme lui aussi, son collègue, très froid, qui cache ses sentiments mais qui va se dégeler au fur et à mesure. Ils sont humains, terriblement humain, ces deux hommes qui le cachent bien.

Si l’enquête commence elle aussi à son rythme, ensuite, elle s’accélère et là, plus moyen de poser le roman. Une fois de plus, j’ai surveillé la cuisson du dîner (midi) avec le roman posé non loin de moi…

Non content de vous faire monter l’adrénaline, Thilliez vous instruit aussi pour le même prix. Ne l’emportez pas sur une plage, vous ne verrez pas le temps passer et la marée vous submergera sans que vous en preniez conscience.

Le thriller de Thilliez, c’est un puzzle éparpillé qu’il va patiemment construire sous vos yeux et il faudra attendre la dernière pièce avant de voir l’oeuvre toute entière.

C’est tordu mais droit, tout est mélangé mais tout est logique, ça sent le fantastique mais c’est du rationnel. C’est un labyrinthe mais si vous suivez Thésée, vous arriverez à la sortie, le cœur battant à fond, les tripes retournées, le cerveau fumant, à cheval entre le plaisir de l’avoir lu (et de savoir) et la frustration de devoir attendre le suivant pour reprendre une dose de Thilliez.

Challenge Thrillers et Polars chez Sharon (du 10 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°03].

De mort lente : Michaël Mention

Titre : De mort lente

Auteur : Michaël Mention
Édition : Stéphane Marsan (11/03/2020)

Résumé :
Ils sont partout, mais c’est un secret bien gardé. Dans votre nourriture, vos meubles, les jouets de vos enfants. Vous êtes empoisonné, mais vous ne le savez pas encore. Tant que leur degré de toxicité ne sera pas démontré, les perturbateurs endocriniens continueront de se répandre dans notre quotidien.

Il n’y a encore pas si longtemps, Marie, Nabil et leur fils étaient heureux. Philippe était un éminent scientifique. Franck était un journaliste réputé. Désormais, ils sont tous des victimes. Aucun d’eux n’est de taille à lutter contre le puissant lobby de l’industrie chimique. Tout ce qu’ils exigent, ce sont des réponses. Mais ils posent des questions de plus en plus gênantes…

C’est le début d’une guerre sans pitié, de Paris à Bruxelles, de la Bourse à la Commission européenne, où s’affrontent santé publique et intérêts privés.

Critique :
J’imagine bien un Top Chef où on demanderait aux candidats d’épicer leurs plats à grands coups de perturbateurs endocriniens, de rajouter un peu de PCB (polychlorobiphényles) pour le goût et de ne pas oublier d’assaisonner le tout avec une touche de bisphénol A…

Plus envie de saliver devant les plats ?

Et pourtant, nous bouffons ces saloperies sans même le savoir…

Des trucs qui ne nous disent rien car nommés PFC, PCB, BPA, PBDE, APE,…

Oui, vu d’ici, on dirait ma nièce de 6 mois qui babille… Il n’en est rien.

Si je devais chanter pour résumer le roman de Michaël Mention, je vous proposerais bien du Jacques Dutronc avec du ♫ On nous cache tout, on nous dit rien ♪

Mais au final, ce sera Nolwenn avec ♫ Glacée, oh, oh, glacée ♪ (on change un peu son « cassée »).

Oui, ce roman m’a glacée. Normal, on parle de perturbateurs endocriniens (des substances capables d’interférer avec notre système hormonal), ces petits tueurs que l’on ne voit pas, que Hercule Poirot ne saurait démasquer et qui nous tuent à petit feu.

Nous mourons de mort lente, mais tout va très bien madame la marquise.

Déjà que tous les mercredis, le « Conflit de Canard » (du Canard Enchaîné) me donne des sueurs froides, mais ici, ce fut pire : sueurs froides et mains moites.

Les manœuvres perfides des lobbys, véritables gangs aussi puissants qu’une mafia; la lenteur du système; les scientifiques qui mangent à tous les râteliers; la presse qui est subsidiée ou qui appartient à des grands patrons d’industries, qui n’est plus indépendante, tant elle est à la merci de l’argent des campagnes de pubs; certaines maladies qui augmentent, dans indifférence totale…

Tout comme moi, quelques personnages du roman morflaient déjà sévèrement (Nabil, Marie, Léonard, Franck, Philippe) dans le roman, mais ce qui m’a glacé plus que tout, ce furent les campagnes de bashing que durent subir certains personnages.

La pire des choses, surtout à l’heure des réseaux sociaux qui s’enflamment très vite, où tout se partage encore plus vite, tout le monde oubliant la présomption d’innocence et où l’on mise sur les émotions des gens et non sur leurs réflexions.

Propagande, tu n’as pas fini de vivre et d’enfler. C’est aussi dévastateur qu’une exécution musclée du gang des MS-13, le sang en moins. Après, on ne s’en relève jamais tout à fait.

Le roman de Michaël Mention parle d’un sujet difficile, que personne n’a envie de lire parce que la politique de l’autruche est plus simple et que de toute façon, après moi, les mouches…

Et pourtant, même avec un sujet rébarbatif au possible, l’auteur arrive à nous faire vibrer, à nous instruire, à nous faire peur, à nous faire vivre ce combat perdu d’avance entre David le citoyen lambda et Goliath, la grosse industrie qui se la joue comme un gang.

Les personnages font beaucoup, on s’y attache, on vibre avec eux, on s’insurge à leurs côtés, on vocifère, on a envie de hurler que « Putain, c’est trop injuste » et de dégommer certains méchants, qui sont réussis eux aussi, même s’ils sont toujours dans l’ombre et qui envoient leurs « hommes » faire le sale boulot.

C’est d’un réalisme saisissant, quasi un reportage journalistique, sauf que ce reportage est romancé pour faciliter son ingestion. Ne comptez pas le digérer, c’est de notre santé et de notre vie qu’il en est. Une fois de plus, l’auteur me marque au fer rouge.

L’écriture de Michaël Mention me plait toujours autant, elle est reconnaissable entre toutes, c’est sa patte : jamais barbante, toujours intéressante, brassant large, tapant sous la ceinture et tout le monde en prendra pour son grade dans notre société.

Comme quoi, on peut instruire les lecteurs sans les noyer sous les informations, les pousser à s’interroger, les entraîner dans une histoire glaçante, aux côtés de personnages qui, comme nous, vont en baver.

Des romans glaçants, j’en ai lu beaucoup. Même des plus horribles que celui-ci, de ceux qui ont terminé dans mon freezer, car trop éprouvant à lire.

La seule différence, c’est qu’ils se déroulaient loin de chez moi, soit dans des autres pays, soit dans une autre époque. Ça m’avait remué les tripes, mais je me sentais protégée par la distance ou le temps.

Ici, je ne puis me protéger, je suis dedans jusqu’au cou… Et vous aussi. Glaçant. Dérangeant. Angoissant. Du grand art.

Bon appétit, s’il nous en reste.

PS : Michaël, désolée, mais vu ce que tu as osé faire à Starsky, tu viens d’intégrer ma kill-list, aux côtés d’Olivier Norek (son utilisation du micro-onde n’est toujours pas pardonnée) et de Bernard Minier (la scène de « Glacé » dans la montagne n’est toujours pas digérée non plus). Il est des choses qui ne se font pas, même dans un roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°01].

Pour mourir (lentement) moins bête… Mais on mourra quand même.

  • PFC (composés perfluorés) : s’accumulent dans les êtres vivants, causant des problèmes de développement et de la reproduction ainsi que des troubles du métabolisme. Ils sont cancérigènes et agissent sur les hormones thyroïdiennes.
  • PCB (polychlorobiphényles) : ils sont toxiques, écotoxiques et reprotoxiques (y compris à faible dose en tant que perturbateurs endocriniens). Ils sont classés comme cancérogènes probables.
  • BPA (bisphénol A) : Son écotoxicité est encore en débat, mais en juin 2017, après que le Canada l’a classé comme reprotoxique, le comité des États-membres de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé à l’unanimité le bisphénol A parmi les substances extrêmement préoccupantes du règlement REACh, en tant que perturbateur endocrinien.
  • PBDE (polybromodiphényléthers) : ils sont une suite de 209 produits chimiques bromés différents, dont certains sont ou ont été utilisés pour ignifuger les matières plastiques et les textiles. Ils ont aussi été utilisés à haute dose dans les années 1970 et 1980 pour l’extraction pétrolière. Plusieurs de leurs propriétés physiques rendent les composés de cette famille dangereux.
  • APE (éthoxyates d’alkylphénol) : En tant que composés xénobiotiques (c’est-à-dire en tant que molécule artificielle introduite dans l’environnement) ils sont considérés comme étant des perturbateurs endocriniens.