Madame Bovary : Gustave Flaubert [Fiche de lecture pas très académique par Dame Ida]

Titre : Madame Bovary

Auteur : Gustave Flaubert
Édition : Michel Lévy (1857) / Folio Classique (2017)

Résumé :
Pour son malheur, Emma Bovary est née femme et vit en province. Mère de famille contrainte de demeurer au foyer, elle mène une existence médiocre auprès d’un mari insignifiant.

Pourtant, Emma est nourrie de lectures romantiques et rêve d’aventures, de liberté et surtout de passion. L’ennui qui la ronge n’en est que plus violent, au point de la pousser à l’adultère.

Critique :
Le petit Charles était un petit gars de la campagne qui aimait bien se balader dans la nature et observer les travaux des champs d’autant que son paternel avait autre chose à faire avec son blé que de l’envoyer à l’école.

Sauf que sa daronne avait d’autres ambitions pour lui. Elle voulait en faire un docteur.

Alors on l’a balancé au collège où il ne fit pas d’étincelles, puis faire sa médecine même si sa première année était laborieuse.

Bon an, mal an, il fit par décrocher son parchemin et sa daronne arriva même à lui trouver une clientèle à reprendre et une veuve prétendument riche et certainement ménopausée à marier pas très loin de chez elle. Sauf que la vioque n’était pas si riche que ça et tellement animée de jalousie maladive qu’elle a fini par en clamser.

Voilà qui tombait vachement bien parce que le p’tit Charles Bovary il la trouvait pas si mal que sa la p’tite Emma, toute fraîche, que son père, paysan à l’aise à qui il était allé réparer une jambe, avait fait revenir du couvent auprès de lui.

V’là que le p’tit Charles lui fait sa cour en se pointant chez le paysan tous les jours pour un oui ou un non… Et que tout de même que c’est pas bien sain qu’un docteur il reste célibataire.

Alors il demande sa main à la p’tite Emma, que son père accepte vivement de lui céder bien volontiers. Evidemment la mère Bovary fait la tronche parce qu’elle n’avait pas choisi la nouvelle femme de son fils…

Après des noces paysannes plouques à souhait, avec cortège de dames endimanchées et de messieurs si bien rasés qu’on se demandait s’ils avaient pas essayé de violer leur chat vu leurs balafres… repas interminable où tous les cochons et tous les poulets du coin auront été bouffés et toutes les bouteilles de pinard et de gnôle auront été vidées, la p’tite Emma arrive chez elle et essaie d’être une épouse parfaite.

Sauf qu’elle s’emmerde un peu parce que son docteur de mari n’est pas trop là… Une invitation va tout de même tromper son ennui !

Le vicomte (mazette ! Un noble ! Un vrai aristobourge !) du coin les invite à un bal à son château et à passer la nuit. Voilà qu’ils chargent leur petite voiture à cheval pour s’y rendre, qu’Emma a pris ses plus belles robes… Révisé ses pas de danse…

Et tout ce weekend n’est qu’un émerveillement permanent à la lueur des chandelles, des cristaux des lustres, des verres délicats, des reflets de l’argenterie que Conchita elle a frottée et frottée tout la journée au sous-sol…

Les porcelaines délicates de la vaisselle seront remplies de mets délicats et raffinés, les vins et le champagne lui donneront du rouge au joue, mais pas mal à la tête ou à l’estomac comme la gnôle du père Machin…

Et toutes ces belles robes… Ces beaux meubles… Ces beaux tableaux… Ces belles manières… Ces gens si distingués… Et même le vicomte lui offrira une valse… Heureusement, Emma aura réussi à convaincre son mari de ne surtout pas danser et de se faire oublier dans un coin pour ne pas lui coller la honte. Ben ouais…

C’est qu’il est un peu lourdaud le Charles !

Bref, la p’tite Emma vivra l’année qui suivra dans le souvenir de cette soirée, guettant une nouvelle invitation en vain… Mais comme elle ne reviendra pas elle en tombera littéralement malade parce que bordel à cul de pompe à merde ! Qu’est-ce qu’on se fait chier avec Charlot ! Il est nul quoi !

Et v’là que la p’tite Emma veut jouer les parisiennes, v’là qu’elle s’invente une vie,  lit des livres pour faire croire qu’elle est cultivée s’achète des fringues, des fanfreluches, des breloques…

Monsieur Lheureux, son fournisseur officiel et à crédit la laisse s’endetter peu à peu… Elle néglige sa fille qui n’est franchement pas très intéressante…  Elle dragouille le clerc de notaire mais qui se barre pour finir son droit à la ville avant de conclure avec elle…

Alors elle se rabat sur un autre nobliot du coin réputé pour être un coureur… Et l’adultère longtemps imaginé sera enfin consommé…

Elle envisagera de se barrer avec mais il la plantera au dernier moment… Et retombera sur son ancien béguin (le clerc du notaire) lors d’une petite virée en ville à l’opéra avec son mari et s’inventera des leçons de piano en ville pour retourner trouver son p’tit jeune avec qui elle s’envoie en l’air dans une calèche qu’on voit partir dans tous les sens…

Pendant ce temps, les dettes s’accumulent et ça commence à craindre sévère car le Monsieur Lheureux revend une partie de sa dette à une sorte d’agent de recouvrement qui se fait pressant…

Et puis ces dettes ça craint d’autant plus que le père Charles s’est lancée dans une opération calamiteuse de pieds bot qui s’est soldée par une amputation jusqu’à la cuisse ce qui n’a pas arrangé sa réputation et lui a occasionné quelques dédommagements…

Bref c’est la grosse merdasse, et entre deux parties de jambe en l’air avec son jeunot, Emma cherche des moyens idiots pour ré échelonner ses dettes en continuant à dépenser parce que tout de même… elle n’est pas trop dans la réalité la gourdasse… jusqu’au jour où le jugement de saisie des biens du ménage est prononcé…

La cougar crétine s’affole… supplie… est presque sur le point de se prostituer… Mais ça ne marche plus ! Les dents du piège se referment et la broient…

Avec son sens du courage habituel qui l’a conduite à jouer l’autruche en se collant la tête dans le sable où elle retrouvait ses rêves de grandeur… Emma ne veut surtout pas voir les conséquences atrocifiantes de sa connerie, et pipotte l’aide du pharmacien pour aller bouffer en douce de l’arsenic dans sa réserve. Rien ne nous sera épargné de sa longue et douloureuse agonie…

Elle a péché, qu’elle expie… et qu’elle expire !

Son pauvre benêt de Charles mourra de chagrin à petit feu, ravagé en retrouvant les lettres d’amour de sa gourgandine de femme, preuve absolue de la hauteur de ses cornes…

Et leur fille finira dans une usine parce que tout de même sa tante n’allait pas entretenir une orpheline à ne rien faire !

Flaubert ne le dira pas, mais il est certain qu’elle finra fille mère engrossée par le contremaitre, devra se prostituer, chopper la tuberculose et se trouvera un mac alcoolique et violent qui lui refilera aussi la syphilis, la peste et le choléra avant qu’une voiture à cheval ne lui roule dessus la laissant agoniser en deux morceaux pendant trois semaines.

Voilà à quoi conduit la luxure, les rêves de grandeur,et la dilapidation désinvolte de ses biens ! Au malheur, au déshonneur, à la ruine et à la malédiction sur les générations qui suivent ! Epicétou !

Bref ! On ne trompe pas son mari et on ne dépense pas plus qu’on ne gagne ! Et on évite de se prendre pour ce qu’on est pas ! C’est compris ?

Vous me le copierez 100 fois par jour de découvert à la banque !

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Le cercle : Bernard Minier [LC avec Bianca] +[Défi CannibElphique]

Titre : Le cercle [Saga Martin Servaz 2]

Auteur : Bernard Minier
Édition : Pocket Thriller (2013 – 2017)

Résumé :
Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, précipitent le commandant Martin Servaz dans une enquête dangereuse, la plus personnelle de sa vie.

Un professeur de civilisation antique assassiné, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux… Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest, et son cercle d’étudiants réunissant l’élite de la région ?

Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d’anciennes et terribles blessures et faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

Le cercle, Bernard Minier.
Une histoire en Trio…
Une Mordue, Une Cannibale, Une Elfe…

Critique :
♫ Tiens tiens, voilà du Martin, voilà du Martin ♪

Le cercle m’a fait tourner chèvre tant je ne pouvais le lâcher, tant je voulais le terminer. À tel point que je me suis enquillé 500 pages en un jour, n’en laissant qu’une centaine pour le lendemain.

Ma première enquête avec le commandant Martin Servaz s’étant déroulée dans le froid et la neige, je l’avais terminée avec des engelures (♫ ah, la crème Nivéa, si tu étais là… ♪).

C’est donc contente que je l’ai accompagnée dans cette deuxième aventure, du côté de Toulouse, dans la petite ville universitaire de Marsac où les cours prépas littérature sont réputés.

Problème : on a tendance à y mourir de manière violente, sur des airs de vuvuzelas car nous sommes en juin 2010 et la coupe du monde de foot fait rage dans les rangs des policiers qui préféreraient regarder les match de l’équipe de France (peu glorieux) au lieu d’enquêter sur une assassinée noyée dans sa baignoire.

Pour Martin Servaz, c’est tout bon, il déteste le foot. Mais un autre problème se pose : le suspect retrouvé sur les lieux du crime est le fils d’une connaissance à lui et il a tout d’un innocent qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

L’enquête est assez longue, même si, dans l’absolu, elle ne se déroule que sur une grosse semaine. Les chapitres sont copieux, épais, et je me demande si l’auteur aurait pu sabrer dans certains passages pour rendre le roman plus court.

Pour moi, le roman est très bien comme il est puisque je n’ai pas ressenti les longueurs, galopant au travers des pages à bride abattue, me cravachant même pour aller plus vite et enfin savoir si… et qui l’avait fait… et pourquoi… et comment… et quoi… et qu’est-ce…

Honteusement, je n’ai rien vu venir, j’ai essayé et puis je me suis dis que je gagnerais plus à profiter de la prose de Bernard Minier, qui, au travers de quelques phrases bien senties, tire de sarcastiques boulets rouges sur la politique, l’école (la grande), l’élite et la société en général.

Comme l’aurait dit le grand penseur philosophe, amateur de doubitchous, le célèbre monsieur Preskovitch : « Vous être caustique, monsieur Minier ».

Continuez, seulement !

Une intrigue riche et dense, où plusieurs pistes se mêlent et s’entremêlent, où on ne sait jamais trop si on a raison ou si on se goure de piste, Martin Servaz lui-même ne sachant plus trop où donner de la tête (celle de noeud, ça, il saura où la mettre), où le lecteur hésitera entre se faire l’intégrale de Mahler ou celle de Marilyn Manson, ou les deux, pourquoi pas ?

Le final est addictif à fond, on entrevoit le vérité et on se dit « non, quand même pas ? » car c’est une piste que n’aurait pas renié Agatha Christie, elle qui savait si bien épater son lecteur. M’est avis que monsieur Minier a mangé de la mère Christie au p’tit dej car là, je dis « bravo ». C’était bien retors.

LC avec Bianca ainsi qu’avec Stelphique pour le Défi CannibElphique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (790 pages) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] sur le forum de Livraddict (N°45 – L’Aventure du Cercle Rouge – lire un livre avec un cercle sur la couverture ou avec le mot « cercle » dans le titre).

Nu couché sur fond vert : Jacques Bablon

Titre : Nu couché sur fond vert

Auteur : Jacques Bablon
Édition : Jigal Polar (15/02/2017)

Résumé :
Margot et Romain. Deux flics d’une même brigade. Ont en commun l’habitude de sortir du cadre autorisé pour régler à leur manière les affaires criminelles qui leur tiennent à cœur.

Margot veut retrouver l’assassin du père de Romain, tué par balle, il y a vingt-cinq ans. Une famille au destin tragique… Romain ne lui a rien demandé. Mais Margot ne supporte pas que des tueurs cavalent librement dans la nature.

Romain, lui, traque les auteurs du carambolage meurtrier qui a coûté la vie à l’inspecteur Ivo, son coéquipier. Leurs armes ? Acharnement et patience sans bornes pour Margot…

Beretta et fusil à lunette pour Romain ! Une plongée dévastatrice où le hasard n’a pas sa place…

Critique :
Après l’excellent « Trait bleu » qui ouvrait le bal de la saga des couleurs, je viens, une fois de plus, de confirmer que le vert n’a jamais été ma couleur préférée…

Qu’est-ce qui a foiré dans le récit ? Les personnages, tout d’abord, avec lequel je n’ai ressenti aucune empathie, aucune sympathie car ils m’ont semblé trop stéréotypés.

Lui, Romain, orphelin dont on va découvrir une partie de son enfance est un flic assez froid et Margot, sa même pas coéquipière accumule les problèmes d’une femme flic avec des enfants qu’elle ne comprend plus et un mari qui va tremper son biscuit dans une autre tasse de café.

Là où le bât a vraiment blessé, c’est dans leurs comportements à chacun. Romain va traquer les auteurs de l’accident de voiture qu’ils ont eu, son coéquipier Ivo et lui.

Problème, Romain et Ivo ne s’entendaient pas du tout et on essaye de me faire croire que Romain va assassiner les commanditaires et les hommes de main de cet accident ?? Qu’il le fasse pour lui, passe encore, mais pour un type dont il se fichait pas mal…

Sans compter la violence de la vengeance, le côté pas discret et nous sommes en France, cette fois-ci, pas dans le trou du cul de l’Amérique.

Margot, elle, ne va rien trouver de mieux que de chercher l’assassin qui tua le père de Romain lorsque celui-ci n’avait que 6 ans et dont il se contrefout royalement. Ils ne sont pas coéquipiers, pas copains, au départ, et Margot, qui a une vie bien remplie et trois gamines, va s’amuser à ça ? Ok, d’accord.

Quant au mobile du meurtre du père de Romain, je l’ai trouvé très léger, l’assassinat lui-même manquant de réalisme car qui laisserait un témoin de la scène ? À ce moment là, un cadavre de plus ou de moins, qu’est-ce que ça change ? La personne a vu votre tronche et vous la laissez repartir ? Moi pas…

Certes, pas de temps morts dans ce roman, ça pulse comme une salve de kalachnikov, mais justement, ça pulse un peu trop et ça défouraille pire qu’au temps de la prohibition ! Le final est bourré d’adrénaline, mais justement, il y en a trop et une fois de plus, est exagéré par rapport aux faits.

Anybref, même si j’ai lu le roman avec plaisir, tous ces petites pierres d’achoppements m’ont fait trébucher et empêché de prendre vraiment mon pied littéraire, alors que dans Trait Bleu, j’avais adoré les ambiances, les personnages, le scénario.

Ici, il a manqué un poil de réalisme dans les actes, mobiles, un chouïa de sel « empathie » dans les personnages principaux et la main avait été trop forte avec les épices car à force de dézinguer dans tous les sens, on a les yeux qui piquent à cause de l’abus de poudre.

Cela ne m’empêchera pas de lire les deux autres couleurs « Rouge écarlate » et « Jaune souffre ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Ils ne sont pas sur fond vert, pas toujours nus non plus, mais juste pour le plaisir des yeux (ou de la comparaison avec Monsieur)… J’ai vu des toutes petites (avec des mecs musclés, ça fait cloche) et j’ai vu aussi des trucs très gros qui doivent donner l’impression d’accoucher à chaque fois que monsieur se retire…

Là où vivent les loups : Laurent Guillaume

Titre : Là où vivent les loups

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Denoël Sueurs froides (07/06/2018)

Résumé :
Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante.

Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes.

Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet.

Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître ?

Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne ? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.

Critique :
Une fois de plus, je me retrouve dans un endroit qui a tout du trou du cul des Alpes !

En tout cas, les habitants sont considérés par les gens de la capitale comme des bouseux, sorte de cousins attardés se reproduisant entre eux…

Vu que le commandant de l’IGPN, Priam Monet, considère tout ce qui est hors Paname comme de la merde, on peut dire qu’il est arrivé dans ce charmant petit coin des Alpes avec des préjugés gros comme des maisons.

Priam Monet, il a la taille d’un basketteur et le poids d’un sumo (150kg) et il est une bande de personnages à lui tout seul : il déteste marcher inutilement comme un Mycroft Holmes, a le sens de la déduction d’un Sherlock Holmes (le bizarre incident du chien), le sens des question d’un Columbo, la haine du sport d’un Winston Churchill et le sens de la répartie d’un Tyrion Lannister.

Ajoutez à cela le cynisme d’un Docteur House, le regard noir d’un Lee Van Cleef, la science du tir d’un Blondin (Clint Eastwood), l’amour de l’alcool d’un capitaine Merlicht, la bienveillance d’un Poirot (si, si), le plaisir de la bouffe d’un Maigret, le crochet de Mohammed Ali et le côté sans gêne asocial d’un Sheldon Cooper car il tout droit ce qu’il pense, quitte à vous froisser.

Et je l’adore car il détonne dans le monde des romans policiers.

À propos de roman policier, le fait de découvrir assez vite le comment du pourquoi et l’identité de qui a tué le Docteur Lenoir n’a absolument pas gâché mon plaisir de lecture car le commandant Monet était une œuvre d’art à lui tout seul et les multiples rebondissements, agrémentés d’une touche d’humour, m’ont fait passer un excellent moment dans les Alpes françaises.

Rien de tarabiscoté dans l’intrigue, un scénario bien ficelé et des loups qui ne sont pas tant les Canis Lupus mais plus les Homo Sapiens Sapiens (certains à tendance Erectus) et je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’Homme est un loup pour l’Homme (et pour le loup aussi).

Un roman policier au personnage principal atypique, hors norme, bourré de défauts et rempli de cynisme, conscient de son poids, mais s’en foutant, policier au passé trouble mais à la ténacité d’un bouledogue et au sens de la justice à géométrie variable.

Un roman policier qui met en avant le côté féodal de certaines villes où un industriel règne en seigneur et maître car il fourni le travail de toute la région, un roman qui est parsemé de touches d’humour, de petites répliques qui font mouche, de personnages typés, évoluant au fil des pages et se transformant, tel une chenille devenant papillon.

Un excellent moment de lecture, sans se prendre la tête, avec un charmant petit coin des Alpes où les pompes funèbres vont avoir du boulot suite à la venue de Priam Monet.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le sang du Suaire : Sam Christer [Défi CannibElphique]

Titre : Le sang du Suaire

Auteur : Sam Christer
Édition : France loisirs (2012) / MA (Pôle noir)
Édition Originale : The Turin Shroud Secret (2012)
Traducteur : Véronique Gourdon

Résumé :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde. D’où vient-il ? De quand date-t-il ?

L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican.

Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Le Sang du Suaire est un roman extrêmement bien documenté, riche de péripéties et de multiples rebondissements qui s’enchaînent à un rythme effréné.

Critique :
Alors, le suaire de Turin, est-ce une vraie relique qui aurait contenu le corps du Christ (amen) ?

Est-ce un faux habile ? Un vrai faux refait après la perte du vrai véritable ? Un vrai faux refait après le premier vrai faux qui aurait cramé dans un incendie ?

Besoin d’aspirines, peut-être ?

Anybref, les chercheurs scientifiques, après avoir brillamment résolu le mystère entourant les dessous des kilts écossais, compris le pourquoi du comment les jupes de Sa Très Gracieuse Majesté Elizabeth II ne se soulevaient jamais, même par grand vent et séchant sur le fait que les écossais ne prennent jamais froid aux couilles, ils se sont dit qu’ils se pencheraient bien un peu sur le suaire de Turin, qui était à Jésus Christ avant, enfin, on suppose. On suppute, même si certains disent que oui, il l’est !

Ce roman végétait sur mes étagères depuis des temps immémoriaux (6 ans) et c’est pour ma LC avec Stelphique que je l’ai sorti de l’endroit où il somnolait. En juin, faut sortir ses auteurs anglais !

Au départ, j’ai eu du mal à accrocher au duo de flics, surtout que nous avions de nouveau un grand torturé (l’inspecteur Nic Karakandez) et sa coéquipière (Mitzi Fallon) brutalisée par son abruti de mari alcoolo et chômeur de profession. Ça puait le déjà lu. De plus, on sentait à plein nez les flics américains que l’on voit dans les multiples séries en provenance de chez eux.

J’avais aussi la crainte de ce que l’auteur pourrait nous balancer sur le linceul gardé plus précieusement que l’hymen de Marie et le prépuce de Jésus (je finirai en enfer, moi) et entouré de tellement de mystères que toutes les hypothèses sont plausibles…

Ce que je ne voulais pas non plus, c’était une resucée du Da Vinci Code.

Emballée, je ne l’ai pas été au début, et puis, petit à petit, j’ai commencé à m’attacher à ces deux policiers, à craindre pour eux, à les encourager dans leur enquête, le cul entre deux pays et deux villes (Los Angeles en Amérique et Turin en Italie), à mener des investigations en leur compagnie, tout en suivant les pérégrinations d’un tueur en série qui rôde, d’un psychopathe zinzin qui se prend pour l’instrument de Dieu et pour anachorète qui doit provenir de chez les cénobite pas tranquille.

La question au sujet du suaire est ouverte, à vous de croire ce que vous voulez croire, de suivre les scientifiques ou les hommes à robe longue qui, dès qu’ils n’ont pas la réponse, invoquent le miracle (c’est un miracle Salomon, un vrai miracle).

Je ne sais si l’hypothèse émise dans le roman est plausible, mais elle passe bien et elle a eu le mérite de me faire sourire, tout en expliquant bien des choses. J’ai d’ailleurs envoyé un courrier à François pour lui demander son avis éclairé.

Au fur et à mesure, j’ai commencé à m’attacher aux personnages, au grand flic torturé, à sa collègue qui a des couilles, elle aussi et j’ai suivi leur enquête fébrilement, voulant savoir absolument la fin de l’histoire.

Bon, on a tout de même quelques airs de Da Vinci, mais depuis sa publication, qui n’en a pas vu qu’ils lui ressemblent tous, mais j’ai trouvé plus plausible le personnage de flic de Nic Karakandez que celui du professeur Langdon qui, sans jamais avoir donné un coup de poing de sa vie, a joué au James Bond Indiana Jones durant tout le roman !

Anybref, ça ne va pas casser trois pattes à un pape, ni déchirer le suaire ou déclencher une vague de protestations (hormis chez les coincés du culte), ni révolutionner le genre, mais je dois dire que ça se lit facilement, que c’est assez addictif et bourré de mystères avec le suaire et les meurtres violents qui ont lieu sans que l’on sache qui les commet.

En passant, je vais en profiter pour énoncer les petites choses qui fâchent, les petits trucs qui m’ont fait grincer des dents, comme, notamment, les expressions horrifiées affichées sur les visages des morts, ou, apaisées…

Nom de dieu, à notre mort, tout s’arrête et les muscles se relâchent, donnant cette impression d’apaisement et lorsque la rigor mortis arrive, les muscles peuvent se tendre à cause du manque d’eau et donner à nos traits des airs épouvantés ou torturés.

Mention « pas bien » au serial-killer qui a réussi à aller chier là où il mangeait, le crétin de bougre d’imbécile ! Là, je déposerai plainte devant l’auteur, c’était un peu poussé, comme le fait qu’il aille se rendre à la police aussi. J’ajouterai à cela les deux bonnes femmes, travailleuses dans une société, qui avaient tout de la caricature tant elles étaient méchantes et bêtes. Un peu de nuance n’aurait pas fait de mal !

Rien de transcendantal mais ça se lit avec plaisir, tout en se prenant la tête en tentant de résoudre les énigmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Nous avions ce livre, Ma Belette et moi même, dans la liste Défi CannibElfique pour déquiller en duo, et pour votre plaisir, les livres oubliés de notre PAL… Pour la petite histoire du livre-objet, il était encore emballé (depuis 2012, ça fait peur^^), donc j’ai eu le plaisir de le lire avec l’odeur d’un livre neuf… J’adore….

Synopsis :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde.

D’où vient-il ? De quand date-t-il ? L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican. Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Ce que j’ai ressenti :
La première impression qu’il m’est venue, c’est cet effet « Too much ». Pas inintéressant.

Pas mauvais, loin de là,  mais un poil de « Trop », et elle ne m’a pas quittée durant toute ma lecture.

Finalement le personnage le plus réussi, est sans doute le « Méchant » de l’affaire parce que, lui, pour qu’il soit crédible, il valait mieux « trop » en faire que « pas assez »…

Je pense qu’il m’a manqué un certain dosage de finesse dans la plume, c’était intéressant, mais ça l’aurait été plus sans cette surenchère de vouloir en faire trop.

Pour ce qui est de l’enquête qui se joue autour du Suaire de Turin étant donné, que cette impression de « Too Much » est bien restée imprégnée, j’ai eu du mal à accrocher à cette théorie, même si on ne saura jamais le fin mot de l’Histoire, à part peut être, à notre Jugement Dernier…

L’orgueil précède la chute.

Pour ce qui est du thriller en lui même le rythme est bien dosé, les rebondissements bien sanglants et les stratèges bien infiltrés.

C’était d’une belle efficacité, on ne s’ennuie pas à dénicher les petits secrets millénaires et un tueur en série quelque peu nauséabond…

Ça suinte, ça découpe, ça dissimule à tout va, et j’ai tourné bien vite les pages (bien moins vite que ma binôme comme d’habitude, mais bon, c’est quasi impossible de rivaliser de vitesse avec elle, en lecture, et j’ai de l’entraînement pourtant depuis 3 ans de LC^^ ).

Très bientôt, la scène de crime aura disparue. Lavée par madame la marée, la vieille complice de tant de meurtres.

Au niveau des personnages, j’ai une préférence pour Mitzi, et je pense que c’est celle qui m’a le plus touchée, parce qu’elle est faible et forte à la fois, victime et à la fois, une femme forte qui ne s’en laisse pas compter.

Son histoire personnelle et le cheminement vers sa nouvelle vie, est le petit fil qui m’a tenue toujours attentive.

Pour les autres personnages, j’ai ressenti encore cet effet de « trop », qui m’a un peu enlevé l’attachement envers eux…Et la fin ne m’a pas du tout convaincue…

D’après mon expérience, le Mal ne fait pas sa propre publicité. Il reste caché et se déplace comme un criminel en fuite.

En bref, c’était dans l’ensemble une lecture agréable, prenante, mais j’ai eu un peu de mal avec la plume.

Il ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il a quand même rempli sa part du contrat, puisque j’ai voyagé de Los Angeles à Turin en passant par le Liban , j’ai appris quelques informations bien intéressantes sur la science et les trésors mystérieux de la religion chrétienne et puis j’ai lu ce livre en duo, et il n’est pas plus doux que de lire avec son amie <3.

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 6/10

Le manuscrit inachevé : Franck Thilliez

Titre : Le manuscrit inachevé

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Editions (03/05/2018)

Résumé :
Un manuscrit sans fin, une enquête sans corps, une défunte sans visage pour un thriller virtuose !

Aux alentours de Grenoble, un jeune a fini sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans son coffre, le corps d’une femme, les orbites vides, les mains coupées et rassemblées dans un sac.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète.

Car sa vie, c’est un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale où est resté son mari depuis la disparition de leur fille.

Mais un appel lui annonçant son hospitalisation à la suite d’une agression va faire resurgir le pire des quatre dernières années écoulées. Il a perdu la mémoire. Elle est seule.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question se posera : faut-il faire de cette vie-là un manuscrit inachevé, et en commencer un autre ?

Critique :
Franck Thilliez, si je le croise, je m’en vais te le séquestrer façon « Misery », moi !

Annie Wilkes, comparée à la Belette, ce sera un enfant de cœur.

Le Thilliez, je vais le travailler en férocité, moi, le faire marcher à coup de lattes ! À ma pogne, je veux le voir ! Et je vous promets qu’il demandera pardon, et au garde-à-vous !

Au quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, le Thilliez. Éparpillé par petits bouts, façon « Puzzle », puisqu’il les aime tant. « Atom[ka]isé », sûr qu’il va faire le « Grand Voyage » grâce à la Belette. Un aller simple pour le terminus des auteurs audacieux que je m’en vais lui composter, moi.

Sa dernière pensée fut pour sa mère quand la Faucheuse lui composta son billet, trois virages plus loin. Il n’avait pas mis sa ceinture de sécurité.

Ce ne sera que justice puisqu’il a failli me faire passer une nuit blanche car je voulais savoir, puisqu’il m’a scotché avec son dernier roman, puisque j’ai sué sang et eau en tentant de découvrir LA solution, puisque j’ai « Rêver » que je l’avais trouvée…

Toute fière que j’étais de croire que le voile s’était déchiré et prête, tel Archimède dans sa baignoire, à me dresser en criant « EUREKA » avant de me rendre compte que des tas de trucs ne collaient pas et que MA solution, j’allais en faire mon « Deuil de Miel ». Bon, je m’en étais tout de même fort approchée. Ça me console un peu.

Oui, Thilliez m’a fait tourner la tête d’entrée de jeu, donné des « Vertiges » avec son roman dans le roman dans le roman… Déjà que je suis perdue lorsque l’on voit un type lisant un magasine avec, sur la couverture, le même type lisant le même magasine qui, sur sa couverture a l’image du même type….

Malgré tout, j’ai vite passé au-dessus du côté matriochka du roman, l’oubliant même, m’immergeant totalement dans l’histoire, tant l’auteur a su la rendre réelle. J’étais spectatrice de cette histoire, comme si j’en avais fait partie intégrante, planant sur l’ensemble.

Petit plus dans une partie des lieux où se déroule le roman, notamment à la côte d’Opale, je les connais bien et jamais plus je ne verrai le fort d’Ambleteuse de la même manière.

Niveau personnages, beaucoup de réalisme aussi, de plus, l’auteur a eu la bonne idée de donner la parole à tous et toutes, reprenant même des passages lu avec un autre narrateur, nous permettant de découvrir alors l’autre côté, ce qui rendait l’histoire encore plus prenante et addictive.

Thilliez, dans ce roman, il est dingue, fou, étonnant, taré, illuminé, inspiré, déjanté !

Lire son roman, c’est comme marcher dans un marigot, avançant lentement pour ne pas rater une bouée, sans oser rester à la traine pour autant car le suspense est trop grand, tout en faisant aussi attention aux crocodiles qui pourraient surgir de sous l’eau brunâtre et nous surprendre.

Quand on est persuadé de quelque chose, toutes les coïncidences auxquelles on ne prêterait même pas attention d’ordinaire se transforment en indices. En éléments qui ressemblent à des messages qui nous sont adressés. Alors que ça ne reste que des coïncidences.

Léane savait que, à force de chercher des liens, on finissait toujours par en trouver, même les plus absurdes. N’en avait-elle pas la preuve avec cette histoire de plagiat dont lui avait parlé Pam ?

Thilliez, une fois de plus, a joué avec mes pieds, avec mon rythme cardiaque, avec mon cerveau qu’il a mis sens dessus-dessous, se permettant en plus de faire des références à des romans du King (Misery et La Part Des Ténèbres) ainsi qu’aux personnages de Conan Doyle. Petit coquin ! Il sait me causer, le Thilliez…

Le courrier était signé « Irène A. ».
— Irène A. pour Irène Adler. L’un des personnages de Conan Doyle. Vic tendit à son collègue le paquet.

— Pourquoi ceux-là ? C’était une vraie énigme, en soi, digne d’un Conan Doyle.

— On a déjà eu Docteur Watson, je parierais pour Professeur Moriarty, lança Vic. Le grand méchant des romans de Conan Doyle.
— De vrais petits comiques…

C’est en rougissant sous la honte que je signalerai que la grande amatrice de Sherlock Holmes que je suis n’a pas détecté toutes les énigmes, ni LA solution finale, et qu’elle est allée bêtement demander des infos à Yvan (Blog ÉmOtionS) qui, gentiment, m’a mis sur la bonne voie, ce qui m’a permis ensuite de crier ce fameux EUREKA et de sortir de cet « Anneau de Moebius » dans lequel le final m’avait plongé.

Vous ne savez pas ouvrir vos yeux ni regarder en profondeur, derrière la complexité apparente de simples équations. Les réponses sont étalées sous votre nez depuis le début. Vous aviez juste à tendre la main et vous servir.

Astucieux, l’homme ! J’adore le concept de ouvert/fermé.

« Angor » une fois je le dis : Thilliez est le roi des énigmes, le roi du trifouillage mental, l’empereur du polar qui t’élève au-dessus, bien au-dessus des polars classiques.

Il ne faut pas toujours chercher derrière les écrivains de thrillers des êtres tourmentés ou des psychopathes.

Thilliez, c’est un magicien, le roi de l’embrouille, le roi de l’illusion, tu n’y vois que du feu et même une fois qu’il t’a expliqué son tour, t’as toujours les yeux brillants de plaisir car t’as rien vu venir. Excellent !

Un roman est un jeu d’illusions, tout est aussi vrai que faux, et l’histoire ne commence à exister qu’au moment où vous la lisez.

La mémoire est extrêmement complexe, elle peut parfois nous jouer des tours et créer de faux souvenirs. Elle a horreur des vides et les comble d’elle-même lorsque c’est nécessaire.

PS : ceux qui ont lu Thilliez auront remarqué que je cite quelques uns de ses romans dans ma chronique, je les ai entouré de guillemets pour les non-initiés, pour qu’ils n’aillent pas penser que j’ai fait des fôtes ou que j’ai adrabé un rhube.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

L’Affaire Léon Sadorski : Romain Slocombe [LC avec Bianca]

Titre : L’Affaire Léon Sadorski

Auteur : Romain Slocombe
Édition : Robert Laffont (25/08/2016)

Résumé :
Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné.

Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy.

De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ».

Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police…

De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Critique :
Léon Sadorski est ce qu’on peut appeler un salaud, un pute de fils, le genre de personnage abject avec qui l’on a pas envie d’aller boire un verre, et encore moins de croiser sa route, surtout si dans la famille, on a des prénommés Sarah ou Lévy.

Ça risque de vous foutre la vie en l’air parce que nous sommes en 1942 et que je pense que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin.

Malheureusement, Léon Sadorski n’est pas un cas isolé, il est même un type tout ce qui a de plus normal dans cette France occupée dont les priorités sont de bouffer, faire des risettes à l’ennemi ou du moins, ne pas s’attirer leurs foudres, faire un peu de fric sur le dos des gens qui ont des choses à se reprocher, comme des « origines en désaccord avec l’idéologie des nazis ».

Et pour Léon, on pourra ajouter qu’il est le roi de la moule puisqu’il aime faire le coup du grand cyclope à Madame et visiter d’autres cavernes aux merveilles parce que ce n’est pas parce qu’il est au régime qu’il ne peut pas manger aux autres pelouses. Par contre, si sa femme fait pareil, il l’assommerait à coup d’beignes ♫

Le ton du roman est froid, sans concession, limite au sclapel et rien ne nous est épargné dans ce Paris occupé par les Z’Allemands qui sont encore triomphants. Niveau perversité et mauvaise foi, c’est des champions du monde et l’auteur ne vas pas se priver de nous faire vivre ces jours sombres comme si nous y étions.

D’ailleurs, je ne me suis senti en empathie ou en sympathie avec aucun personnages, et pourtant, ça ne m’a pas empêché de dévorer le roman, tentant de comprendre comme l’Homme peut en arriver à des extrêmes pareilles, à des violences pareilles…

La propagande avait fait son job, elle l’avait bien fait, même. Elle refera le job plus tard, transformant tous ces collabos en parfait petits résistants. Mais ceci est une autre histoire.

Bon, le répétez à personne mais, si j’ai adoré ce roman, il m’a glacé les sangs et certains passages furent lu avec le cerveau déconnecté sinon j’aurais perdu toutes mes couleurs et toute chaleur dans mon corps.

Sans pour autant entrer dans le voyeurisme graveleux ou gratuit, l’auteur nous immergera dans le quotidien de ces braves gars des Renseignements généraux qui ont des méthodes bien à eux pour faire parler les gens et leur faire avouer des choses dont ils ne sont pas coupables.

Je vous le dis, c’est glacé comme la lame d’un scalpel et pour rien au monde je n’aurais voulu vivre à cette période, ni que ce genre d’horreur se reproduise avec moi pour personnage principal. Oui, je fuis !

Mais je ne fuirais pas les autres romans mettant en scène ce pute de fils d’enculé de salopard de sous-merde qu’est Léon Sadorski.

Une LC avec Bianca qui fut partagée : j’ai adoré ce roman, elle, par contre, ne l’a pas terminé tant elle a trouvé le personnage principal détestable. Pas de chronique pour Bianca (on dirait un titre de film ou de roman).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°43 – Les Plans du Bruce-Partington – lire un livre se passant en temps de guerre).

 

Ça peut pas rater : Gilles Legardinier [LC avec Bianca]

Titre : Ça peut pas rater

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Fleuve Éditions (02/10/2014) / Presse Pocket (mars 2016)

Résumé :
Marie pensait avoir trouvé l’homme de sa vie, jusqu’à ce que son couple implose de façon brutale et scandaleuse.

Anéantie, elle prend une décision sur laquelle elle jure de ne jamais revenir : ne plus faire confiance aux mâles et surtout, ne plus rien leur passer.

Ni dans sa vie privée, ni au travail. On remet les compteurs à zéro. On renverse la vapeur. La gentille Marie est morte, noyée de chagrin. À présent, c’est la méchante Marie qui est aux commandes.

Marie est remontée comme un coucou. Marie ne croit plus à l’amour, ce mirage source de tous les malheurs des femmes.

Mais voilà, Marie a du cœur, une famille, des amies aussi tordues qu’elle et une soif de vivre qui n’a pas fini de la précipiter dans des plans impossibles.

Et si, au-delà de ses illusions perdues, il était temps pour elle de découvrir tout ce qui vaut vraiment la peine d’être vécu ?

Critique :
Alors comme ça, il vaut mieux utiliser une Charlotte plutôt qu’une Bintje si on veut foutre en l’air une bagnole en lui collant une patate dans le pod’échappement ?

Merci du bon conseil, monsieur Legardinier ! Je saurai l’appliquer avec vigueur.

Ensuite, il faudra que je vous interroge sur les laxatifs que vous préconisez et de la meilleure manière de les amalgamer dans des crèmes en tout genre… On va se faire « Top Chiasse », là, à nous deux !

Au fait, monsieur Legardinier, tu permets que je t’appelle par ton prénom ? La raison, Gilles ? Tu connais sans doute le vieux diction qui dit que « lectrice qui rit est à moitié dans … » ? Hors avec toi, je ris. Je ris beaucoup.

Pas de panique, je n’ai pas l’intention de quitter Chouchou pour Gilles Legardinier, mais puisque cet auteur m’a déjà fait rire plein de fois, et pleurer, aussi, je me sens le droit de le tutoyer et de m’adresser à lui comme si nous avions élevés les vaches ensemble.

Le forban a encore réussi à me faire pouffer de rire durant ma lecture, ce qui m’a valu des regards courroucés, étonnés, amusés, des autres usagés de la rame du métro.

Bandes d’ignares, s’ils savaient que les livres de Gilles sont des concentrés de bonne humeur, ils manifesteraient pour qu’ils soient remboursés par la sécu.

Certes, ce roman là était moins émotionnant que « Et soudain, tout change », j’ai eu parfois envie de secouer Marie, notre personnage principal, qui aime se faire des films sur les hommes, car dans son crâne, contrairement aux carrefours la nuit, il y a beaucoup de passage !

D’ailleurs, vu comment Gilles a une super connaissance de l’esprit et du fonctionnement des femmes, je le soupçonne soit d’en avoir été une (suite à un sortilège de la fée Pachié)… Parce que non, pas possible qu’un type en sache autant sur nous. Ou alors, des femmes ont cafté et lui ont raconté notre moi intérieur !

Anybref… Dire que ce chouette roman feel-good trainait dans ma PAL urgentissime depuis sa sortie en octobre 2014 et que sans l’intervention bénéfique de Bianca, il y croupirait toujours, avec les 36 autres vachement super urgent à lire au plus vite.

Servi par une brochette de personnages tous plus drôles et sympathiques les uns des autres,ce roman est une bouffée d’oxygène dans la journée car en plus de vous faire rire, l’auteur s’attaque aussi à nos sociétés dirigées par le pognon et pour verser plus de profits aux actionnaires, et ce, à n’importe quel prix humain.

Sans oublier quelques phrases dignes de figurer dans mon carnet de citations célèbres, profondes ou drôles.

On pourrait lui reprocher de faire preuve de manichéisme vis-à-vis de certains personnages, comme Hugues ou le patron de la boite, mais cela n’empêche pas le lecteur de s’amuser des situations cocasses, des pensées un peu folles de certains personnages, même si, à la fin, ça devient un peu lourd.

Voilà pourquoi il ne décrochera que 3,5 Sherlock : à cause de certaines lourdeurs et longueurs dans les pensées, actions, ou répétitions de Marie.

Attention, le score est excellent et j’ai passé un moment de lecture des plus agréables, avec des sourires, des pouffements ou carrément des éclats de rire avec des envies de me faire pipi dessus.

Alors, pour tout ça, Gilles, tu me pardonneras de t’appeler par ton prénom.

Merci pour ces bons moments…. (oups, ça ressemble à un titre de livre, ça).

PS : Bianca, ma binôme de LC a passé un bon moment de lecture elle aussi. Ça en fait des femmes comblées, tout ça…

Sauf : Hervé Commère

Titre : Sauf

Auteur : Hervé Commère
Édition : Fleuve Editions (08/03/2018)

Résumé :
L’année de ses six ans, à l’été 1976, Mathieu a perdu ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n’a survécu aux flammes, pas le moindre objet.

Mathieu est aujourd’hui propriétaire d’un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions.

La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…

Mathieu a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé.

De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

Critique :
Mais il est fou, dis ! Dingue ! (comme le disait Jacquouille). Oui, il est dingue, cet auteur, moi je te le dis !

Hervé Commère m’avait déjà époustouflé avec « Ce qu’il nous faut c’est un mort » et là, il m’a décoiffé.

Pire, je pourrais même dire qu’il m’a troué le c** mais je ne voudrais pas qu’il ait des problèmes et qu’on l’accuse d’abus textuel sur la pauvre lectrice que je suis.

Oui, ce roman est un truc de ouf (pour parler djeuns), tout en étant réaliste. C’est court, c’est intense, sans que l’auteur ait bradé la qualité de son histoire, de ses personnages ou de son écriture.

Au départ, tu te poses moult questions sur le pourquoi du comment un album photo, censé avoir brûlé avec le manoir, se retrouve dans les mains de Mathieu, propriétaire d’un dépôt-vente et, accessoirement, fils de ses parents qui sont mort dans l’incendie dudit manoir. Tu m’suis ?

Il y a du mystère, qui, tel un brouillard léger, entoure cet album photo. Ensuite, le brouillard s’épaissi, tout comme le mystère et les questions affluent dans ta tête, sans que tu puisses trouver la solution de l’affaire. Je pensais l’avoir trouvé et je me suis plantée. Et royalement !

Avançant à vitesse élevée dans ta lecture, malgré la purée de pois, tu la vois se lever vers la moitié du roman et là, tu as la trouille : si l’auteur nous raconte tout, qu’est-ce qu’on va faire le reste du roman ? Se gratter les cou…des ??

Si le brouillard s’est levé en partie, l’auteur sort ensuite le canon à smog et t’enfumes un peu plus, te faisant tourner en bourrique au niveau cérébral car tu cherches le fin mot de l’histoire, mais aucun des scénarios échafaudés dans ta tête ne sera plausible.

D’ailleurs, la tête, je me la suis prise, éliminant l’impossible pour que, ce qui me reste, si improbable soit-il, devienne nécessairement la vérité. Et je me suis plantée…

Punaise, quel roman ! Je suis essoufflée par l’enquête menée par Mathieu et sa femme, Anna, aidé tout deux par les employés de Mathieu : Gary, le gitan (♫ que tu ne connais pas ♪) et la vendeuse, Mylène (pas Farmer).

Du rythme, du mystère, du suspense, de l’action, des personnages intéressants, sympathiques, avec leur part d’ombre, une enquête qui ne sera pas pépère, sorte de chasse à la vérité, une chasse au présent pour éclairer le passé et ce qui est arrivé dans ce putain de manoir, la nuit 6 au 7 août 1976.

Un truc de fou, je vous le dis ! Et comme le disait si bien Jeanne D’Arc alors que les flammes dansaient autour d’elle « Vous ne m’avez pas crue, et bien, vous m’aurez cuite ».

Faites fumer vos méninges sur ce roman de fou et, comme moi, perdez le sens du temps, oubliez ses heures (Qui tuaient parfois À coups de pourquoi ♫), oubliez de manger, de boire et lancez-vous comme un affamé sur ce roman qui vous enfumera plus que si vous étiez une noix de jambon dans un fumoir.

Son précédent roman avait placé la barre très haute au niveau émotions et profondeur.

Celui-ci ne le dépassera pas, ne l’égalera pas, mais ce n’est pas grave car les histoires ne sont pas les mêmes. En tout cas, il le talonne de près.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

Fantazmë : Nicolas Tackian [Saga Tomar Khan 2]

Titre : Fantazmë [Saga Tomar Khan 2]

Auteur : Nicolas Tackian
Édition : Calmann-Lévy (03/01/2018)

Résumé :
Comment être un bon flic quand les victimes sont aussi des bourreaux ?

Janvier 2017. Dans une cave du 18e arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Sur place, beaucoup d’empreintes et un ADN ne correspondant à rien dans les fichiers de police.

Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’enquête qui restera en suspens des années, se dit-il.

Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi.

Et bientôt la rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, le « spectre » en albanais.

Critique :
Vous voulez connaître mon fantasme ? Vous voulez vraiment le connaître ?

Approchez-vous de l’écran que je vous le chuchote à l’oreille car il ne faudrait pas que d’autres l’apprennent : n’avoir rien d’autre à faire dans ma vie que lire et monter à cheval !

Oh, je vous sens déçus ? What did you expect ? Bande d’obsédés, va !

Si le titre « Fantazmë » ressemble phonétiquement à la définition de la représentation imaginaire suggérée par l’inconscient, la définition n’est pas la même puisque dans notre roman, il s’agit d’un mot albanais qui veut dire « spectre ». Déjà là, je me suis couchée moins bête.

Au 36 quai des Orfèvres, on est en émoi pour plusieurs choses : le déménagement prochain et quelques crimes bizarres, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est l’extrême violence dans lesquels ils ont eu lieu.

N’ayant jamais lu le premier tome, j’ai donc fait connaissance avec ce drôle de flic, le commandant Tomar Khan, chef de groupe de la section 3. D’origine kurde, on apprend que son enfance ne fut pas celle joyeuse de l’île aux enfants et que ses placards sont bourrés de squelettes en tout genre.

Un flic écorché, une fois de plus, me direz-vous… Oui, mais le portrait de l’homme est bien réalisé, bien travaillé, et ses blessures ne ressemblent pas à celles des autres flics torturés que nous connaissons.

Sans en faire des tonnes, l’auteur plante son décor, ses personnages, son intrigue et le déroulement des meurtres, dont les âmes sensibles devraient pouvoir s’en remettre… Quoique, vu la situation de misère des migrants (et des SDF) décrite dans la ville des Lumières, on ne devrait pas avoir le droit de s’en remettre.

Sous le couvert d’une enquête qui pue le classement vertical, faute de preuve, l’auteur nous plante le décor de la ville de Paris (loin de ses lumières) avec, à ma droite, ses chancres, ses camps de migrants vidés, ses pauvres hères qui errent sans but dans une ville où la loi ne fait rien pour les aider et à ma gauche, ses réseaux de prostitution mis en place grâce aux trafics de femmes, le tout sous l’égide de la mafia albanaise.

C’est rythmé, c’est couillu, c’est musclé, sanglant, violent, servi avec de la profondeur et des émotions, sans oublier le suspense, mon vieux complice (oups, je sors), un bœuf-carottes que l’on aimerait foutre en boite, le tout étant relié à des faits réels puisque l’auteur fait allusions aux terribles faits du vendredi 13 novembre.

Faut pas avoir fait littérature supérieure pour comprendre le roman, c’est à la portée de tous et il n’y a rien de péjoratif dans cette phrase, juste une conclusion, un constat.

Ici, les flics sont des flics, ils ne parlent pas comme dans La princesse de Clèves et se comportent comme des policiers qui n’ont plus de vie de famille, qui sont crevés, mal aimés, mal achalandés car jamais assez de budget et toujours une guerre de retard sur les truands.

Réaliste, donc…

Ça te déchire ta race sans révolutionner le roman policier, mais ça va quand même plus loin que le polar habituel puisqu’il n’est pas question, ici, du colonel Moutarde ayant tué dans la bibliothèque avec le révolver.

Allez, vite la suite que je sache ce qui va arriver ensuite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°41 – La Deuxième Tache – Lire le deuxième tome d’une saga).