Branle-bas au 87 : Ed McBain

Titre : Branle-bas au 87                                               big_3

Auteur : Ed McBain
Édition : Collection Série Noire (n° 2484) Gallimard / Carré noir /Folio n°273

Première parution en 1974 / Nouvelle édition revue et augmentée par Anne-Judith Descombey en 1998

Résumé :
Avec la découverte d’un charnier où gisent six cadavres, on peut dire que les inspecteurs du 87ème commissariat sont particulièrement gâtés.

Carella, Kling, Meyer Meyer et les autres flics ont aussi sur les bras une guerre que se livrent différents gangs de jeunes.

Et là, ça dépasse tout, car, pour imposer une paix durable dans la rue, un certain Randall Nesbitt, un mec complètement givré mais bourré de principes, déclenche un carnage en règle.

Critique : 
Ville d’Isola, 3h du mat, dehors, il fait un froid de canard et pourtant, les flics du 87ème district sont là, à battre le pavé de leurs semelles, frigorifiés, leur petit gris étant rentré depuis longtemps dans la coquille.

Une tranchée dans un chantier et dedans, 6 cadavres raides morts et nus comme au jour de leur naissance. 5 adultes et un bébé…

Ed McBain doit être le roi des surprises car alors que nous en étions à l’enquête préliminaire (déterminer les noms des cadavres et comprendre pourquoi ils se trouvaient là), voilà que nous nous trouvons face à la déposition d’un certain Randall Nesbitt, président d’un « club » et qui avoue être à l’origine du carnage.

Là je vous jure que ça m’en a bouché un coin ! J’ai même pensé durant quelques secondes à une entourloupe d’un éditeur particulièrement sadique qui aurait inséré un chapitre de fin au début. Mais non, c’est un truc de l’auteur.

Vous vous dites « Quel est le plaisir de lire un roman dont on a déjà le nom du coupable ? ». Je vous dirais qu’on a tous regardé avec plaisir les enquêtes du lieutenant Columbo… On avait beau savoir QUI, on voulait comprendre COMMENT Columbo allait le démasquer.

Ici, malgré les chapitres où Nesbitt raconte l’affaire, nous suivons tout de même les policiers qui remontent toute la filière.

Les policiers du 87ème district nous font partager leurs pensées, leur vie, et on a l’impression qu’ils sont nos collègues de travail avec lesquels on va partager un café à la machine.

L’autre bon côté du livre est le fait que Nesbitt est un mec complètement givré, bourré de principes, possédant un langage correct, mais cet homme est d’une froideur absolue qui vous glace les sangs.

Sans parler qu’il est d’une mauvaise foi à vous renverser de votre chaise. Le bébé tué ? Pas responsable, monsieur ! Si ça se trouve, c’est une balle perdue tirée d’un des futurs cadavres qui a tué le môme…

— […] Chingo s’est mit à les canarder, il ne voulait pas toucher le bébé, bien sûr, mais ces choses-là, ça arrive. En pleine action, il y a souvent des accidents. Le bébé était innocent et personne ne voulait buter un bébé innocent. C’est arrivé, tout simplement. D’ailleurs, Chingo dit que le négro a sorti son feu au moment où Chingo défouraillait et c’est peut-être bien des balles perdues de son propre flingue qui ont tué le môme, va savoir… C’est peut-être bien lui qui a tué son propre bébé. Il a vu Chingo avec un feu à la main, il a sorti le sien pour se défendre et il y a eu des balles perdues.

— Le bébé, c’était juste un accident, on aurait sans doute essayé de descendre Atkins dans la rue. Il était pas prévu qu’on descende un innocent. […] D’aileurs, comme je vous l’ai déjà dit, Chingo pense que c’est peut-être une balle perdue tirée par Atkins lui-même qui a tué le môme.

Nesbitt possède ce talent qu’on certain pour vous faire dresser les sourcils devant tant de bêtises assénées comme des vérités. Pour avoir la paix, monsieur déclenche la guerre… effectivement, si le clan A et B son décimés, la paix va régner dans le quartier !

Dans ce roman où les balles voleront et les grenades exploseront, vous aurez tout de même le temps de croiser presque toutes les différentes couches de la société américaine.

Je terminerai par une citation d’Einstein qui résume bien : « La paix ne peut être maintenue par la force : elle ne peut être obtenue que par la compréhension mutuelle ». Médite bien dessus, Nesbitt. Si tu es capables de raisonner, bien entendu, ce dont je doute.

Einstein disait aussi : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, le « Mois Américain » chez Titine et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Un dernier verre avant la guerre : Dennis Lehane [Kenzie & Gennaro 1]

Titre : Un dernier verre avant la guerre     big_5

Auteur : Dennis Lehane
Édition : Payot et Rivages (2000)

Résumé :

Amis depuis l’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d’une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels.

Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c’est un feu qui couve « en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises ». En attendant la guerre des gangs, des races, des coupels, des familles.

Petit plus :

Thriller urbain, roman engagé, « UN DERNIER VERRE AVANT LA GUERRE » est la première enquête du couple Kenzie-Gennaro, les deux héros meurtris de Dennis Lehane.

Ils ont, selon les mots de Jean-Pierre Perrin dans Libération, « Le désespoir terriblement drôle et l’humour ravageur prêt à fleurir sur la moindre cicatrice ».

Critique :

Voilà, c’est fait ! Je ne suis plus vierge de lectures de l’auteur Lehane ! Et oui, j’ai franchi le pas. Pourquoi ? Grâce à Jeranjou qui m’a plus que conseillé de découvrir cet auteur… Une fois que j’eus trouvé ce livre, je l’ai lu de suite.

Comment cela s’est passé cette découverte ? Bien, très bien. Pour une première fois, je suis conquise, c’est l’orgasme littéraire, le Nirvana, le 7ème ciel, le panard total.

Pourtant, ma main a tremblé un peu lorsque j’ai débuté la lecture de ce roman. Imaginez que je ne l’aime pas ? Aurais-je osé écrire une mauvaise critique et surtout la publier ?

Heureusement pour ma vie, j’ai ADORÉ le bouquin. Tiens, si je pouvais lui attribuer un 5,2 et bien, je le ferais.

C’est du pur malt, ce livre, la plaquette de chocolat noir !

Les personnages de Lehane sont haut en couleur, torturés, aussi. D’ailleurs, si l’on pouvait décerner les titres de « pires pères » à ceux de Patrick Kenzie et à Roland, je voterais pour. Plus que des salauds, leurs papas.

Pour ce qui est des lieux, nous sommes dans la ville de Boston et découvrons le ségrégationnisme poussé assez loin.

Ce qui a de bien, c’est que l’auteur n’enfonce pas de portes ouvertes et faciles avec des clichés tels que « Il est méchant, le Blanc » ou « Il est gentil, le Noir ».

Oh non, l’auteur ne met pas les fautes dans l’un où l’autre groupe, les fautes sont partagées et les crétins finis sont aussi cons d’un côté que de l’autre.

Entre le Blanc qui insulte le jouer de foot parce qu’il est noir et le Noir qui pense que s’il a une vie de misère, c’est la faute aux autres, alors il doit prendre des flingues et descendre tout le monde, sans réfléchir… et j’en passe.

Alors, les gangs se forment…

Bref, pas de manichéisme, tout n’est pas tout blanc ou tout noir avec l’auteur, mais gris. Si les gangs Noirs sont armés lourdement, il en va de même pour les gangs Blancs.

Pourtant, malgré la noirceur du roman, l’auteur nous glisse des tas de petites réflexions amusantes, par l’entremise des pensées de son détective, Kenzie.

Des métaphores qui m’ont fait pouffer de rire, glousser, me faisant penser à un autre auteur, Frédéric Dard et son célèbre commissaire San-Antonio.

La différence étant que Dard faisait dans le polar burlesque, le sexuellement non sérieux. Lehane m’a fait rire mais a poussé ma réflexion sur les remarques plus sérieuses de ses personnages.

Ce que j’ai apprécié aussi, ce sont les retournements de situation, les rebondissements d’enquête. Lorsque vous croyez que tout est réglé, hop, rebondissements ! Et ce, jusqu’à la dernière ligne. Magnifique !

Mon intention est de poursuivre ma découverte de cet auteur. J’ai justement Di Caprio qui m’attend sur une étagère… « Shutter Island » pour ceux qui n’ont pas compris.

Titre participant au challenge « Thrillers et polars » de Liliba.