Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants : Charles Williams

Titre : Sagamore Noonan – Tome 1 – Le Bikini de diamants

Auteur : Charles Williams
Édition : Gallmeister Totem (07/09/2017)
Édition Originale : The diamont bikini
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
Pop vend des pronostics truqués sur les champs de courses. Pour échapper à la police, il se réfugie avec son fils Billy dans la ferme de son frère Sagamore, un génie local qui depuis quarante ans distille de l’alcool au nez et à la barbe du shérif.

Peu après leur arrivée surgit un couple dont la femme est curieusement vêtue. Il s’agit de Caroline Tchou-Tchou, une reine du strip-tease en fuite pour éviter de témoigner à un procès.

Critique :
Sorti sous le titre loufoque de « Fantasia chez les ploucs », ce roman m’avait fait passer quelques belles heures de lecture drôle et ponctuée d’éclats de rire à cause de l’oncle Sagamore et de ses réparties à se pisser dessus.

Oui mais voilà, la traduction n’était pas fidèle, ce qui fait que lorsque Gallmeister (loué soit-il) l’a réédité en version française conforme, j’ai sauté dessus dans le but unique de me replonger dans cette aventure loufoque et décalée.

Loufoque parce que pas vraiment réaliste, mais entre nous, on s’en fout tant c’est bourré d’humour, rempli de situations cocasses et de personnages bien campés, hauts en couleur.

Décalé parce que le récit est raconté par Billy, le fils de Sam Noonan (Pop), 7 ans. Lui, il ne comprend pas bien ce qui se trame sous ses yeux, il est innocent… Mouais, peut-être pas tant que ça… Sachant que Billy a fréquenté les champs de courses avec son père qui est trafiquant de pronostics, on peut se poser des questions.

En tout cas, du haut de sa candeur infernale, il ne comprend pas ce que son oncle Sagamore trafique dans ses baignoires avec ses peaux de bêtes qui y trempent avant d’être tannées, sauf que, ça tourne toujours en eau de boudin puisque exposées plein soleil et que ça dégage une odeur pestilentielle de 10.000 rats morts. Horrible !

Marrant aussi, cette fumée qui sort de la cheminée alors que le poêle est froid, tout comme les cendres, bizarre que Pop (le père de Billy), disparaisse ainsi avec son frère (Oncle Sagamore) dans la maison, sans qu’il les retrouve, et ne parlons même pas de ces flics qui déboulent tous les jours dans la ferme avec des motifs des plus étranges.

— Si je ne suis pas trop curieux, ça ne vous dérangerait pas de me dire ce que vous comptez faire de tout ça? Moi, voyez-vous, ce genre d’histoires, ça m’intéresse.
— Vous comprenez, quand Sam que voilà m’a écrit qu’il s’amènerait faire un tour par ici cet été et qu’il amènerait son garçon, je me suis dit qu’il lui faudrait des douceurs, à ce petit. Vous savez ce que c’est que les gosses, pas vrai ?
— Neuf mille livres de sucre? demande le shérif. Ils doivent avoir l’intention de rester quelques semaines, je pense? Vous avez pas peur qu’il attrape mal aux dents ?
Mon oncle Sagamore fait claquer ses doigts :
— Figurez-vous que j’avais pas pensé à ça ?
Le visage du shérif redevient tout rouge. Mon oncle Sagamore secoue la tête, l’air un peu contrarié :
— Vous vous rendez compte , quel couillon je fais, quand même ! Avoir acheté tout ce sucre pour rien.

— C’était fatal, il dit, le visage tout rouge, en tortillant son chapeau. Qu’il y ait une foutue guerre ou un foutu cyclone ou une foutue épidémie de peste bubonique ou une foutue révolution ou une foutue maison de repos pour gangsters avec batailles rangées à la mitraillette à travers tout le paysage, ça ne peut pas se passer ailleurs que dans la ferme de Sagamore Noonan. C’était l’endroit logique, tout indiqué pour.

Le lecteur comprend très vite ce que trafique Sagamore dans sa ferme, on se marre avec ces flics cons (très cons), ce shérif plus excité qu’un morpion au salon du sexe non épilé et on se fend la poire à écouter oncle Sagamore qui déblatère sur les politiciens. C’est tout simplement un régal pour fin gourmet (ils en prennent pour leur grade, les politiciens).

— Eh bien, m’sieur, c’est rudement sympa de la part du shérif, ça, a dit l’oncle Sagamore avant de regarder Pop. C’est exactement ce que je te disais, Sam. Y a tout un tas de foutus politiciens à gros bide qui restent assis sur leur gros derrière dans les tribunaux, les deux mains dans les poches des contribuables et qui font rien pour gagner leur argent.

— […] Avec tous ces politiciens à gros bide qui passent leur temps assis dans les tribunaux à attendre que les pauv’ gens arrachent de terre une autre piécette avant de fondre dessus comme des moineaux sur un cheval trop nourri, faut bien qu’un homme agisse, sinon il tombe dans le désespoir et il se présente aux prochaines élections.

— De l’huile de ricin ? il a dit comme s’il arrivait pas à y croire. Mais enfin, shérif, ils doivent vous mener en bateau. Y feraient jamais un truc pareil. Enfin quoi, deux gars comme eux, assez intelligents pour devenir politiciens et toucher un salaire rien qu’à rester assis dans l’ombre du tribunal à surveiller les filles qui montent et qui descendent des voitures, et s’assurer qu’elles chopent pas de coups de soleil aux jambes… Enfin quoi, y sont pas bêtes au point de boire de l’huile de ricin.

Là où se trouve le génie de Charles est dans le fait que, à première vue, Sagamore Noonan a l’air d’un crétin fini, un imbécile, un plouc parfait, sorte d’agriculteur qui n’a jamais bossé dans sa vie, qui ne cultive rien, qui n’élève rien, qui ne paie plus ses impôts depuis 1937 (nous sommes en 1956) mais qui, à l’entendre, bosse comme un fou plus de 18h par jour ! Vu ainsi, il a tout de l’imbécile du village, le gentil benêt.

— Nous, partir et vous laisser comme ça ? Oh! voyons Monsieur Noonan, jamais, fait Otis. Pas vrai, Booger ? Combien de fois le shérif ne nous a-t-il pas répété : « Mes enfants, chaque fois que vous aurez l’occasion de donner un coup de main à M. Noonan, n’hésitez pas une seconde. M. Noonan est un contribuable, et pas seulement ça, un contribuable qui paye ses impôts. Je sais de source bien informé qu’il a payé les siens jusqu’en 1937.

Ne vous fiez pas à l’apparence débraillée et à l’indolence de Sagamore car c’est un génie de le plus pure espèce, mais il le cache bien, et tout le piment se trouve là.

— Hmm, il a fait. Elles sont pas vilaines, les poulettes qu’il a ramassées. Y pourront pas résister. Tu sais, fiston, j’ai eu l’occasion de voir des sacrés organisateurs dans ma vie, mais il est de loin le meilleur.
— Qui ça ? j’ai demandé.
— Qui ça ? Mais qui d’autre que ton oncle Sagamore. Fiston, te laisse jamais avoir par son numéro, les pieds nus, la salopette et tout, c’est un génie. Le seul, le véritable et l’unique génie que j’aie jamais croisé. Ça fait un bail que je l’regarde fonctionner, et il a un sacré coup de main. Ça sert à rien de s’entraîner, faut être né avec. Le bon vieux Barnum aurait jamais pu organiser cette foire aussi bien que l’a fait Sagamore.

— Fiston, il m’a dit. Quand tu seras grand, rappelle-toi juste que c’est Murph qui te l’a dit en premier.
— Qui m’a dit quoi ?
— Que c’est un génie. Le seul, véritable et unique génie que j’aie jamais croisé.

Il compte mieux que personne, sait comment faire pour gagner de l’argent sans trop se remuer, a des bonnes idées et il faut le voir faire tourner en bourrique les flics du coin qui essaient de le coincer depuis des décennies ! C’est délectable de lire comment Sagamore a tout prévu, tout pensé, et comment il leur balance l’affaire avec l’air de ne pas y toucher, sans mentir, bien souvent, ou en trafiquant un peu la vérité.

— Oh, on veut pas vous déranger, a dit celui à la dent en or avec un sourire. On va juste prendre le bocal plein qui est posé à côté de vous. Ça suffira largement pour que le tribunal, euh, les autorités sanitaires, je veux dire, puissent l’analyser.
— Oh, vous parlez de çui-là ? a dit l’oncle Sagamore en soulevant le bocal. Mais les gars, c’est pas de l’eau du puits, ça.

La nouvelle traduction n’était pas un luxe, elle lui rend hommage en utilisant les bons mots et ce fut un véritable régal de le relire après 12 ans, quasi jour pour jour.

Un roman noir qui fait la part belle à un anti-héros et à son frère, qui se joue de l’innocence d’un jeune garçon, de la bêtise de la maison poulaga, qui se joue aussi de la folie des hommes qui, dès qu’une jeune fille en bikini très léger se perd dans la forêt, accourent de tous les côtés, la langue pendante et la bite en l’air (ça, on ne le dit pas mais je suppute).

Un roman noir frais, enlevé, drôle, politiquement incorrect, et qui fait tourner chèvre deux flics et leur chef, sans parler de toute une région.

Un roman noir culte et là, rien pour le cacher, même pas de petits bouts de tissus recouverts de diamants. C’est un diamant à lui tout seul.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°12 – Ruban Moucheté – Lire un livre avec une référence à la mode).

 

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Green Blood : Masasumi Kakizaki

Titre : Green Blood – Tomes 1 à 5

Scénariste : Masasumi Kakizaki
Dessinateur : Masasumi Kakizaki

Édition : Ki-oon (2013) – Série terminée

Résumé :
À Manhattan à la fin du XIXe siècle, misère, criminalité et prostitution ravagent le quartier de Five Points, immense ghetto où échouent tous les laissés-pour-compte du rêve américain.

La pègre, qui a corrompu les autorités, y fait régner sa loi. Au sein de la marée d’immigrants qui transitent par New York jour après jour, le jeune Luke Burns s’efforce de rester honnête et joue les dockers pour survivre.

Il sait, comme tout le monde, que le clan mafieux le plus dangereux de la ville, les Grave Diggers, s’appuie sur des assassins impitoyables pour asseoir son autorité.

Mais ce qu’il ignore, c’est que le plus célèbre et le plus redoutable d’entre eux, le Grim Reaper, n’est autre que son frère aîné, Brad…

Critique :
Un manga aux airs de western… Des grands manteaux, des chapeaux, des flingues… Ça ne peut pas être mauvais, tout ça !

Et en effet, c’était bon, même si, dans ce manga western, on est dans du violent et du parfois « un tantinet exagéré », mais l’ensemble tient la route.

On commence dans un quartier de New-York, il y a fort, fort longtemps, dans les années 1880… La pègre règne sur tout le quartier de Five Points, ghetto habité par des pauvres gens qui crèvent de misère et qui trime du matin au soir. Bref, l’Amérique d’en bas !

Luc Burns est une jeune garçon qui s’en va suer au boulot avec le sourire, il entretient son grand frère, Brad, qui a l’air de pas en foutre une dans la journée, mais ce que Luc ne sait pas, c’est que Brad est le tueur à gage des Grave Diggers. Le fameux Grim Reaper dont tout le monde parle et craint, c’est lui.

Brad Burns est un tueur implacable et sévèrement burné… Ok, jeu de mot foireux, je sais.

Des tons sombres, des visages fermés, des yeux bizarres, parfois, limite globuleux, des morts, du sang, deux clans qui s’affrontent pour être le seul calife à Five Points, bref, que des salopards de chez salopards.

Sauf notre Luc qui reste toujours un optimiste convaincu, un non-violent… Le véritable gentil qui fait preuve d’altruisme, d’empathie, de générosité alors que son frère aîné ne rêve que de vengeance : tuer leur père, Edward King, qui tua lui-même leur mère.

Oui, c’est pas gai, je sais ! Mais c’était pas le monde des Bisounours non plus, en ce temps-là !

Ici, Police, Pègre et Politique sont dans le même bain, ils commencent tous par la même lettre, ce ne doit pas être un hasard… Les flics sont corrompus, arrosés par la pègre pour fermer les yeux et les politiciens ne sont pas des enfants de coeur non plus.

Si les deux premiers tomes se déroulent dans le quartier de Five Points, le reste se passe dans les immenses plaines de l’Amérique, les deux frères étant à la poursuite de leur père, chef de gang lui aussi, dans le but de lui trouer la peau et, chose étonnante, Luc a pris les armes, même si tuer n’est pas toujours facile pour lui.

Pas le temps de s’ennuyer, ça bastonne, ça cartonne, ça complote en coulisses et le Méchant (Kip McDowell) est assez réussi dans le genre psychopathe qui veut devenir calife à la place du calife (Gene McDowell, son père et le chef des Grave Diggers) et qui pense qu’il en a les couilles, qui a déjà tué (des clodos sans défense), et qui, à force de vouloir dégager Grim Reaper, risque de s’en prendre sur la gueule.

De plus, des flash-back émaillent le récit afin de nous faire revivre certaines scènes importantes de la vie de Luke et Brad, ou de l’arrivée sur le continent américain de leur père, Edward King, avec d’autres migrants.

Les dessins sont superbes, nerveux, sombres, rendant bien la sauvagerie de certaines scènes (ou la douceur des autres), ainsi que les décors miséreux des taudis ou des grandes plaines de l’Ouest.

Par moments, je l’ai trouvé un peu trop stéréotypés, avec le Méchant Kip aux yeux qui lui sortent des orbites, ou Edward King, qui est une montagne de muscles un peu trop exagérée. Ceci est un détail…

C’est sombre, sanglant, violent, sans concession, les personnages principaux que sont Brad et Luke vont devoir prendre sur eux, changer, évoluer, se battre, afin de rester en vie et de venger l’assassinat de leur mère.

Si Luke est touchant à être aussi gentil et prompt à aider les autres, Brad a aussi un coeur qui bat sous la cape noire du tueur car il est prêt à tout pour protéger son petit frère. Au final, aucun des deux n’est ni tout blanc, ni tout noir, car chacun pourra passer du côté obscur ou lumineux de la Force.

Bref, une fois que j’eu commencé le premier tome, je n’ai eu qu’une seule envie, me faire les autres et ça tombait bien parce que les 5 tomes qui composent cette série étaient tous disponibles et j’ai pu les avaler l’un à la suite de l’autre.

Un manga western qui se joue dans la fureur et qui a à vous offrir du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Une belle histoire de fraternité entre deux frères que tout oppose dans le caractère et la manière de vivre, ainsi qu’avec leur père, bête assoiffée de sang, prêt à tout pour remplir ses poches.

Une chouette découverte pour moi que ce manga seinen western et roman social !

PS : J’aurais bien mis 4 Sherlock, mais bon, nous sommes dans un manga, malgré tout, mon 3,5 est une excellente cote pour celui ou celle qui voudrait découvrir un manga nerveux, sombre et sanglant (Yvan, tu peux balancer sur le système de cotation…).

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Legend : Brian Helgeland [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 20/52]

Legend est un film de gangsters britannique écrit et réalisé par Brian Helgeland, sorti en 2015.

  • Titre original : Legend
  • Réalisation : Brian Helgeland
  • Scénario : Brian Helgeland, d’après Les Jumeaux de la violence, Londres dans la nuit et C’est rapé, frangin, Londres dans la nuit de John Pearson

1. Synopsis :
À Londres dans les années 1960, les jumeaux Kray deviennent les rois de la pègre.

2. Distribution :

  • Tom Hardy : Ronald Kray / Reginald Kray
  • Emily Browning : Frances Shea
  • Colin Morgan : Franck Shea
  • Christopher Eccleston : Leonard « Nipper » Read
  • David Thewlis : Leslie Payne
  • Taron Egerton : Edward « Mad Teddy » Smith
  • Paul Bettany : Charlie Richardson

Ce que j’en ai pensé :
Londres, les années 60.

Les jumeaux Ronnie et Reggie Kray, les plus célèbres gangsters du Royaume-Uni, règnent en maîtres sur la capitale anglaise.

À la tête d’une mafia impitoyable, leur influence parait sans limites.

Deux frères aussi jumeaux qu’on peut l’être mais différents.

Reggie, c’est la classe, la décontraction, la beauté, les femmes, la gloire.

Ronnie, lui, c’est celui à qui on dirait qu’on a oublié d’insérer quelques pièces fondamentales dans le cerveau. N’allez pourtant pas croire qu’il est débile profond, non, il est dangereux, c’est un psychopathe complètement barge.

Tom Hadry, à lui tout seul incarne deux rôles dissemblables : d’un côté le rôle de Reggie, le frère charismatiques dont la violence est larvée, pas en public et de l’autre,  Ronnie, un personnage moins démonstratif, hanté, homosexuel, incontrôlable, impulsif, délirant et trouble.

Reconstitution détaillée, photographie soignée, rien à redire sur les décors ! On a l’impression d’être dans un film d’époque et si anachronisme il y a, je ne l’ai pas vu puisque je ne connais pas l’époque en détail !

On suit la montée en puissance des frères Kray dans le monde criminel. Ils ont commencé petit, puis, tout doucement, on étendu leur business plus loin, plus fort et sont devenus les maîtres dans la place.

Une  voix-off nous informe des événements dépeints et le côté « historique » est agrémentée de séquences plus intimes visant à mêler grande et petite histoire.

Évidemment, les méchants garçons attirent les filles et quand ils les draguent, ils sont tout gentils, tout sucre, tout miel. Une fois le mariage atteint, on se retrouve devant un autre homme et notre pauvre petite Frances Shea en fera l’amère découverte après avoir subi la cour romantique de Reggie Kray.

Maintenant, je ne sais pas si toutes ces scènes sont réelles ou pas. Difficile d’imaginer les frères Kray en train de manger des biscuits et de prendre le thé chez maman alors que l’un d’eux vient d’assassiner, de sang-froid, un homme devant témoins ou de les voir se retenir de se faire mal quand ils se battront ensemble…

En attendant, on regarde, effrayé la montée en puissance de cette mafia anglaise qui, comme toute les mafias, périclite souvent parce qu’elle s’est montrée trop gourmande ou par les membres de sa propre famille.

Où lorsque la femme de Reggie l’incite à s’éloigner du business parce qu’il le lui avait promis mais n’arrive pas à lâcher l’affaire.

La chute des frères Kray semble inévitable. Mais pas que pour une chose, c’est la somme de petites choses qui fait que… Et il n’y a pas que les frères Kray qui vont chuter dans la seconde moitié du film…

Mais on discutera de ceci après, si vous le voulez bien. Restons dans le positif.

Le plaisir du spectateur vient de la reconstitution mais aussi et surtout du jeu d’acteur de Tom Hardy qui, de policé quand il joue Reggie, devient totalement dingo quand il joue Ronnie.

Et si au départ, Ronnie se tient un peu, au fur et à mesure du film, il devient de plus en plus incontrôlable, devenant même un psychopathe schizophrène sanguinaire quand son frère se retrouve quelques temps au gnouf.

C’est violent, délirant et jouissif. Mais hélas, sur la durée, ça foire un peu dans la seconde moitié du match.

Si le scénario arrive à mettre en lumière toute la complexité des jumeaux Kray, chacun étant capable d’amour et de tendresse (Ronnie avec sa mère) comme de commettre des actes tout simplement ignobles et impardonnables tel le meurtre de sang-froid, et bien, j’ai l’impression que le scénariste s’est reposé sur ses lauriers pour la seconde moitié.

Où alors qu’il est parti pisser les mojitos ou les cafés qu’il avait éclusé… et qu’un autre a pris sa place.

Pourtant, on était bien parti et passer le point de vue à la femme de Reggie Kray était une bonne idée, surtout que la fille, bien que bête à croire que le Reggie va tout plaquer pour elle, n’était pourtant pas une potiche destinée à faire tapisserie. Elle a même des couilles à un moment donnée.

Mais hélas, le scénariste remplaçant s’est un peu trop concentré sur la vie de couple pas facile de Reggie et Frances alors que moi, j’aurais voulu voir plus de pègre, plus de magouilles, plus de conneries qui feront capoter les magouilles car on se disperse et parce que Reggie ne veut pas se séparer du frangin barjot qui pourtant est en train de faire couler le navire.

Et il n’y a pas que les frères Kray qui vont couler à la fin… le film prend un peu l’eau.

Legend retrace la véritable histoire de ces deux frères, remarquablement interprétés par Tom Hardy et nous plonge dans la noirceur stylisée des quartiers de l’East End du Swinging London.

Violent, jouissif, une belle première partie qui s’essouffle un peu et se disperse dans la seconde, hélas.

Cravacher la film ne servira à rien, le cheval de course a cédé sa place au mulet et on termine avec un petit goût de trop peu sur la fin.

Dommage parce que nous étions parti pour inscrire la Légende, malgré tout, le film se regarde avec plaisir et je n’ai pas de regrets, si ce n’est de ne pas avoir assez eu de pègre et un peu trop de vie de couple.

Étoile 3

Le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016 et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

Sept Pistoleros : Chauvel, Ayala & Sarchione

Sept Pistoleros

Titre : Sept Pistoleros

Scénariste : David Chauvel & Bastien Ayala
Dessinateur : Antonio Sarchione
Édition : Delcourt (2012)

Résumé :
Texas, 1899. Sept tireurs d’élites, véritables légendes vivantes, coulent une retraite paisible près de la frontière du Mexique.

Hélas pour eux, depuis la côte Est, les plus grands capitaines d’industrie du pays décident de mettre leur tête à prix.

Leur stratégie : opposer aux sept pistoleros tout ce que la région compte de bandits et desperados, afin qu’ils se massacrent entre eux. 

7 Pistoleros extrait 4Critique : 
Voilà une bédé qui rend hommage aux grands noms et aux films western par le biais de sept pistoleros qui ressemblent un peu, de par leur légende, aux 7 mercenaires.

Nous sommes au tournant du changement de siècle, le monde des cow-boys et des légendes vivantes du tir recule pendant que la civilisation avance. Et si quand toi tu avances, moi je recule, comment veux-tu… comment veux-tu… que tu capitules !

Comme dans « Le tireur » de Glendon Swarthout, ces légendes du six-coups ont vu leur terrain de jeu s’amenuiser à petit feu. On dirait même qu’ils ont tous disparus…

Tous ? Non, un petit groupe résiste encore et toujours… non pas à l’envahisseur, mais à l’avancée du progrès puisqu’ils vivent retranchés et retirés du monde dans une messa, en bordure d’une réserve indienne.

Hors, je ne vous apprendrai rien, mais quand des riches industriels se regroupent pour éradiquer un problème, ça éradique sa race ! Et là, Wilton, le petit journaliste auquel ils ont fait appel a un plan diabolique.

Oui, cette bédé est un hommage aux westerns spaghetti, avec une touche de parmesan et beaucoup de sauce bolo.

Dans les pistoleros, il y en a un qui a le regard terrible du truand Lee Van Cleef, j’ai aperçu le pancho du Blondin, puis un dessin qui avait tout de la scène d’ouverture dans « Once Upon A Time In The West » (celle du quai de gare) et le révolutionnaire européen à tout de James Coburn, celui de « A Fistful of Dynamite ».

Tiens, on a même un chef de guerre mexicain qui nous parle à la Raoul Volfoni avec une réplique des « Tontons flingueurs » mis à la sauce fajita.

— Mais je vais leur montrer qui c’est, le Diable Rouge !! Aux quatre coins du Texas qu’on va les retrouver !! Éclatés en petits morceaux façon tortilla !! Moi, quand on m’en fait trop, je ne me contente plus de tuer, je massacre, j’étripe… À la mexicaine !!

Les dessins sont précis, réalistes, et j’ai apprécié la couleur sépia lors des flash-back nous présentant les 7 pistoleros ainsi que le retour vers le futur, avec le jeune Wilton, vieux, sur son lit de mort.

C’est violent – la fin ayant justifié les moyens – mais c’est jubilatoire parce c’est du bon western que les auteurs nous ont présenté là.

Lorsqu’on referme l’album, on a les tripes serrées parce que même si ces 7 pistoleros n’étaient pas des enfants de cœur, ils étaient tous retirés du circuit et vivaient paisiblement.

Mais rien ni personne ne doit arrêter le progrès et les industriels… Même pas des vies humaines.

Nous sommes si peu de choses…

Étoile 4

Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (64 pages – 680 pages déjà lues pour le Challenge).

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Du Sang Sur la Glace : Jo Nesbø

Titre : Du Sang Sur la Glace                                                      big_2

Auteur : Jo Nesbø
Édition : Gallimard Série Noire (2015)

Résumé :
Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.

Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.

Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.

C’est la jeune épouse – infidèle – de son boss. Et il est chargé de la tuer…

Critique : 
En lisant une critique sur ce roman, j’avais vu qu’un des commentateurs signalait que le livre lui était tombé des mains, et ce n’était pas un compliment.

Non, il ne m’est pas tombé des mains, mais j’ai baillé, somnolé durant ma lecture et failli le refermer avant d’arriver au bout. Il ne fait que 150 pages, c’est vous dire si j’ai passé un moment en enfer.

Pourtant, le pitch avait l’air génial : un tueur à gages, Olav, auquel son patron lui demande d’expédier (tuer) un client. Rien de neuf sauf que le client est la femme du boss.  Et que ce dadais d’Olav va en tomber amoureux.

Il avait pourtant bien commencé, ce petit roman : un tueur à gage pour qui on sent qu’on va avoir de l’affection, le genre de mec qui n’a rien d’un Jason Statham survitaminé et qui nous raconte sa petite histoire, avec une touche d’humour noir parsemé un peu partout.

Ajoutons deux trafiquants de drogue dans la ville d’Oslo dont chacun crierait bien que l’un des deux est de trop dans la ville. Ou que la ville est trop petite pour eux deux. Bref, on sent que l’on s’asseoir sur un baril de poudre, mèche allumée.

L’utilisation d’Olav comme narrateur était bien trouvée, ça permet quelques surprises qui m’ont plus, même si une était téléphonée. Pour l’autre, j’ai été eue.

Où est le problème ? Où le bât a-t-il blessé dans tout cela ?

La manière de raconter est soporifique au possible ! J’ai juste arrêté de bailler durant quelques scènes, pendant quelques paragraphes et bien que ne faisant que 150 pages, j’ai sauté des lignes !

On est loin d’un Dashiell Hammett et de son célèbre « Moisson Rouge ». Loin des autres grands du polar Noir aussi.

Malgré les quelques surprises cachées dans le récit, il ne m’a pas emporté dans la ville d’Oslo, je me suis ennuyée la plupart du temps et je n’ai pas retrouvé l’âme des grands romans Noirs que j’aime.

Les ingrédient sont peut-être là, mais ça manque furieusement de sel.

Une déception pour moi qui apprécie cet auteur.BILAN - Minion tasse dépité - OKChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

Cet homme est dangereux : Peter Cheyney

Titre : Cet homme est dangereux                          big_2-5

Auteur : Peter Cheney
Édition : Série Noire (1945)

Résumé :
Et maintenant que je vous présente Miranda Van Zelden — la beauté faite femme. C’te môme est l’héritière de dix-sept millions de dollars — ça vous la coupe, hein ?

En plus, c’est la reine des tordues, et le plus chouette bout de femme dont puisse rêver un homme d’affaires surmené, le soir, à son bureau… souple comme une panthère et un châssis à bousiller des noces de diamant.

C’est vraiment une pitié qu’une môme comme elle aille fréquenter des boîtes louches.

Critique : 
Au rayon des nouveautés de septembre, il y a le tout nouveau Peter Cheney, cuvée 1945 ! Ça vous en bouche un coin, je sais, j’ai toujours une guerre d’avance sur tout le monde.

Non contentent d’être la nouveauté de l’année 45, c’est aussi le mythique numéro 2 de la collection « Série Noire », même si, niveau chronologie, il se déroule avant « La môme vert de gris », le numéro 1 de la collection. Bien que, à cette époque là, les numéros n’étaient pas inscrits sur la couverture.

Conseil, commencez par cet opus-ci d’abord afin de ne pas vous faire gâcher la surprise que l’auteur nous réserve aux 8 dixième du roman. Surprise qui fut fichue en l’air suite aux premiers paragraphes lus dans « La môme… ».

Alors, qu’avons-nous là au menu ? Des histoires de gangsters et une tentative d’enlèvement sur une belle jeune fille et riche héritière qui plus est.

Comme vous le savez, les gangsters, ça s’associent ensemble, mais c’est toujours dans le but de gruger l’autre, de le rouler, de le doubler et à la fin, on se retrouve avec une soupe de sales types qui se plaignent d’avoir été roulé (avant d’avoir eu le temps de rouler l’autre) et qui veulent se venger en roulant l’adversaire…

Le héros n’est pas un flic, mais un bandit, lui aussi, bien que le lecteur risque de le trouver sympa, quand bien même il descende des truands dans le dos. Je n’en dirai pas plus.

Lemmy Caution, puisque c’est lui le héros, est à l’inverse de la chanson de Sting « A Englishman in New-York » car dans le livre, c’est « A American-man in London ». Et oui, le personnage de Lemmy, américain (au contraire de l’auteur) et il va vivre ses aventures trépidantes dans le Londres des années 30 (livre paru en 36 en Angleterre, quand je vous dis que je suis à la pointe des nouveautés).

Et le style dans tout cela ? Pas facile à lire au départ à cause d’une profusion de personnages et lecture rendue ardue par la profusion d’argot français, alors que Lemmy, dans la V.O parle en slang américain (argot américain)…

Comme l’impression que le texte n’est pas super travaillé dans ses dialogues…

Pendant qu’on est là, j’annonce à Larry que son frère s’est fait buter, et ça lui plaît pas plus que ça, à tel point qu’il brûle de partir de suite pour en descendre un ou deux. Je lui dis de pas s’en faire, qu’avant peu on aura nettoyé tous ces zèbres là, et proprement.

Petite enquête car j’ai peine à croire que le grand Peter Cheney puisse écrire de la sorte, utilisant des termes d’argot qui n’ont rien à voir avec le folklore américain ou anglais.

La traduction est de… Marcel Duhamel, l’ancien agent et traducteur de la Série Noire chez Gallimard. Déjà, ça pue l’oignon ! Sur le quatrième de couverture, il est noté « Texte intégral Série Noire » et là je crie « Bingo, le texte a sans aucun doute été caviardé ».

Gagné, on est bien face à une traduction à la « mord-moi l’fion » ! (pour la rime).

Il faut savoir qu’à l’époque (et jusque pas encore si longtemps que ça), les traductions chez Série Noire était à l’emporte-pièce : on caviardait le texte original (on le censurait), on tranchait dans les romans originaux pour que tous les romans traduits ne dépassent pas les 254 pages.

Des véritables Jack The Ripper chez Série Noire ! Coupe de chapitres, phrases éliminés, paragraphes entiers passés à la trappe, style d’écriture de l’auteur remanié et changé pour mettre de l’argot français et faire en sorte que le lecteur ne se fasse pas péter une neurone lors de sa lecture.

Oui, le roman policier était le parent pauvre, nous étions après la guerre et fallait économiser…

Et c’est là que le bât blesse : toute la richesse d’écriture de Cheney a dû être effacée pour un style à la sous tonton-flingueurs (comme ils le firent durant des années).

Si Cheney voyait son texte traduit, m’est avis qu’il retomberait mort et grosse catastrophe, « Rivages » ne l’a pas retraduit en texte intégral.

Ah que je haïs ces coupes dans les textes ! Ils perdent toute leur essence.

Malgré tout, un bon moment passé avec tout ce petit monde de la truanderie, chacun s’amusant à planter le couteau dans le dos de l’autre. Les bons mots sont légion et les métaphores bien tournées (de l’auteur ? de la traduction ?).

Price est aussi mort que du pâté de cochon.

— T’es marqué, tu le sais très bien, et il va te nettoyer tout de suite. D’ici demain soir tu vas être en train de chanter des hymnes là-haut avec assez de plomb dans le corps pour avoir l’air d’une réclame de fabrique de munitions.

« Quand il en a terminé, tout le monde s’imagine que c’est moi qu’ai appris son métier à Al Capone, et dans le tribunal, les gens me regardent en se demandant si je vais pas leur sortir une mitraillette par le trou d’oreille ».

Mais j’aurais aimé lire le texte en V.O sous titrée pour voir ce qui était passé à la trappe et quels dialogues ils avaient changé. Tout cela ne m’empêchera pas de lire la suite.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.