Un Gentleman à Moscou : Amor Towles

Titre : Un Gentleman à Moscou

Auteur : Amor Towles
Édition : Fayard Littérature étrangère (22/08/2018)
Édition Originale : A gentleman in Moscow
Traducteur : Nathalie Cunnington

Résumé :
Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin.

Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie.

Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.

Trois décennies durant, le comte vit nombre d’aventures retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les bouleversements la Russie soviétique.

Critique :
Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que j’ai deux amours, en ce qui concerne les pays : l’Angleterre et la Russie…

Alors, quand on propose chez Net Galley un roman qui se déroule en Russie et qui commence dans les années 20, moi, je ne me sens plus et je cours partout comme un jeune chien fou.

Imaginez-vous assigné à résidence parce que vous êtes ce que l’on appelle un ci-devant, c’est-à-dire un aristo. La révolution a eu lieu et les comte et autres ducs ne sont plus les bienvenus dans ce pays qui assassina son Tsar et sa famille.

Vous me direz qu’assigné à résidence dans un hôtel de luxe, il y a pire, malgré tout, la cage n’est pas si dorée qu’on le penserait car il a dû quitter sa suite pour aller vivre dans les combles, qu’il aménage du mieux qu’il peut.

On pourrait croire qu’avec un postulat pareil, le roman va être emmerdant au possible vu que le personnage principal ne peut pas mettre un pied dehors.

Détrompez-vous bien ! Car non seulement on ne va pas s’embêter une minute, mais en plus, au milieu de son palace, le comte Alexandre Illitch Rostov, grâce à la presse ou à diverses rencontres marquantes, va voir défiler les grands changements de la Russie et grâce à sa connaissance, il nous contera une partie son Histoire et de sa jeunesse à lui, agrémentée de moult anecdotes intéressantes.

Le comte est un personnage des plus attachants, raffiné, élégant, cultivé, ayant une grande connaissance des vins, bref, un gentleman jusqu’au bout de la moustache, lui qui accepta la sentence de bonne grâce, se liant d’amitié avec le personnel et arpentant les multiples endroits cachés de ce palace qui verra se succéder trois décennies de grands changements politiques.

Fin observateur de la société, notre comte, du restaurant select qu’est le Boyarski, au bar ou dans les salons raffinés du Metropol, notre homme ne perdra pas une miette de l’évolution de son pays, et nous non plus.

Le ton légèrement décalé du narrateur ajoutera une touche d’humour lorsque c’est nécessaire et nous fera un arrêt sur image avant de rembobiner l’histoire pour nous expliquer ce que nous avons loupé, ce qui rend le récit dynamique et fait de nous des voyeurs de la petite histoire dans la grande.

Si le personnage du comte Alexandre est réussi, il en est de même pour tout ceux qui peuplent ce roman qui serait jubilatoire si l’Histoire du pays n’était pas aussi sombre. Malgré tout, l’auteur arrive à nous la restituer avec justesse mais aussi avec une pointe de désinvolture, sans pour autant tomber dans le n’importe quoi ou l’irrespect.

Ce roman, c’est une friandise qui se déguste en croquant dedans ou en la laissant fondre dans la bouche pour la savourer le plus lentement possible.

C’est un bonbon qui sait se faire doux mais possède des pointes acidulées car c’est tout de même une partie de l’Histoire de la Russie qui se déroule en coulisses, et nous savons qu’elle fut loin d’être un long fleuve tranquille.

C’est un roman qui se savoure et qui, en un peu plus de 500 pages, vous donne un bel aperçu de la Russie sans que vous mettiez un pied hors d’un hôtel de luxe.

Une petite pépite que j’ai savourée avec plaisir et pour ça, je remercie vivement l’éditeur et Net Galley de m’avoir accordé le privilège de le recevoir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (315/576 pages).

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Les aventures alsaciennes de Sherlock Holmes : Christine Müller

Titre : Les aventures alsaciennes de Sherlock Holmes

Auteur : Christine Müller
Édition : Le Verger (01/09/2011)

Résumé :
A la fin de l’hiver de l’année 1898, l’Alsace a accueilli 2 touristes très particuliers, en la personne de Sherlock Holmes et de son fidèle ami et biographe, le docteur Watson.

Mais, dans ce périple tout voué à la détente et à la visite de cette belle région aux charmes pittoresques autant que gastronomiques, la seule présence du plus grand détective du monde a suffi à faire surgir les affaires les plus étranges…

Ce petit volume raconte, en 8 nouvelles qui se suivent, l’intégralité de ce voyage d’agrément… au pays du crime !

Critique :
L’avantage du livre est d’être composé de huit nouvelles – ce qui est plus en adéquation avec l’original – et de nous présenter le détective sous un autre jour.

Un Holmes plus brettien que canonique car en lisant, je voyais Jeremy Brett (accompagné de David Burke).

Le Sherlock Holmes de Christine Muller est un portrait de l’acteur, même dans sa gestuelle. Surtout là !

Très « beauté fatale » devant qui, hommes, femmes et enfants s’étalent d’admiration. C’est très plaisant à lire pour nous, les femmes. Même si Watson insiste un peu trop lourdement sur la beauté de Holmes.

Le quatrième de couverture parlait de « fidélité au Canon » holmésien, ce à quoi je répondrai « non » pour la simple raison que Holmes amoureux, c’est anti-canonique, même si j’adore le voir amoureux. C’est juste que c’est une sacrée entorse au Canon.

Ma seule critique est que lorsqu’il essuie un refus poli de la dame, il redevient très vite la froideur incarnée, comme si de rien n’était. Un peu trop rapide, à mon sens.

Attention, cela n’enlève rien au plaisir que j’ai eu de lire cette nouvelle (ni les autres non plus) et à suivre nos deux hommes dans toutes leurs aventures, plus policières qu’amoureuses…

Les enquêtes, tiens, parlons-en. Elles se suivent mais ne se ressemblent pas, agréables à lire, surtout celle du « concombre masqué ».

Par contre, certaines auraient pu être un peu plus développées dans leur final car elles me laissèrent sur ma faim.

Watson est très gourmand, trouve les femmes jolies, s’extasie sur son amitié avec Holmes et l’écoute religieusement parler de son enfance. Parfois il est un peu benêt et ne voit pas Holmes venir, malgré ses gros sabots.

Peut-être parce que la chanson dit « En passant par la Lorraine, avec mes sabots » et que la Lorraine, ce n’est pas l’Alsace. Je ne suis pas Columbo, mais certaines choses, je les ai vues venir de très loin, riant de l’aveuglement du brave docteur.

De plus, malgré des histoires diversifiées, j’ai tout de même trouvé certains coupables, et ce, dès le départ (trois de trouvé et un quatrième un peu plus loin dans la nouvelle)… Chouette, je fus plus rapide que le Maître !

Les quelques détails historiques sur l’Alsace n’empiètent pas sur les aventures et la narration. Cela ne m’a pas donné l’impression de lire un guide touristique et pour moi, ils étaient utiles, preuve que l’auteur a potassé son sujet et à voulu nous faire partager quelques détails de l’Histoire.

Ne pas en parler aurait retiré de la saveur au livre vu la région dans laquelle nous nous trouvions.

Un des reproches que je ferai toujours à SACD c’est de ne pas avoir donné assez de détails « historiques et sociaux » dans ses écrits sur Holmes.

Le Canon fut bien étudié et les huit nouvelles en sont saupoudrées.

Mes critiques iront plutôt aux trop nombreuses allusions à cette fameuse boîte de maroquin vert (de cuir, dans mon Canon) et sa seringue chargée de cocaïne.

En huit nouvelles, l’auteur en parle plus que sur l’intégralité du Canon. Même quand Holmes ne l’utilise pas, Watson en parle, signalant son abstinence.

À un moment, je m’étais dit que si l’auteur n’en parlait pas dans une nouvelle, je sabrerais le champagne et bien, ce ne fut pas le cas.

Je veux bien que dans « Le signe des quatre », Watson signale qu’il est témoin du spectacle de Holmes se piquant, que cela dure depuis plusieurs mois et ce, trois fois par jour, mais bon, pas besoin d’en parler à toutes les pages, je trouve. À la fin, cela devient lourd.

Autre point qui m’a irrité un peu et qui passera avec un peu de pommade, c’est la manie qu’à Holmes de nommer Watson « mon tout bon » ou « ami Watson ».

C’est assez énervant car répétitif. Pas énervant au point d’envoyer valser le livre dans la pièce, tout de même. Je suis passée au-dessus.

Ma foi, l’auteur aurait pu se contenter d’un « cher ami » ou « mon cher ». Quant à Holmes qui se choque en apprenant qu’une simple d’esprit est née, tout comme lui, un six janvier… Passons, voulez-vous ?

Le tout ne m’a pas empêché de savourer le livre et les nombreuses images bien drôles que l’auteur utilise dans ses comparaisons (Holmes qui mange moins qu’un moineau qui fait Carême), l’allusion au détective nommé Persil, non, Poireau, heu, Hercule Poirot, et tout le reste font de ce pastiche un livre très agréable à lire.

Last but not least, si je n’avais pas « lu » Holmes tomber amoureux et Watson lorgner sur de nombreux jupons, j’aurais eu des doutes en lisant certains de leurs faits et gestes (cette manière qu’à Holmes d’entrer dans la chambre de Watson ; de lire que Watson, coincé dans un renfoncement d’un mur, « sentait la densité rassurante du corps de Holmes » ; entendre Holmes dire à voix basse « votre amitié me suffit » après avoir frotté l’épaule de Watson affectueusement).

J’ai failli penser qu’ils avaient une relation ambiguë, ces deux là. On frôlait le texte « double langage » ou alors, c’est moi qui ait l’esprit trop mal tourné…

Anybref, plus une lecture à réserver aux holmésiens de tout poils (ou plumes), ou à d’autres, qui, ayant lu les écrits canoniques, voudraient se faire plaisir avec des écrits apocryphes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).