À l’ombre du convoi – Tome 2 – L’espoir d’un lendemain : Kid Toussaint et José-Maria Beroy

Titre : À l’ombre du convoi – Tome 2 – L’espoir d’un lendemain

Scénariste : Kid Toussaint
Dessinateur : José-Maria Beroy

Édition : Casterman – Univers d’auteurs (2013)

Résumé :
Destins croisés d’un membre de la Schutzpolizei, de la résistance belge et d’une déportée juive allemande qui se retrouvent tous les trois au même endroit la nuit du 12 au 13 novembre 1943 : une voie ferrée entre Malines et Louvain sur laquelle se trouve un convoi de déportés bientôt attaqué par trois jeunes audacieux.

Critique :
Dans ce dernier album, on va en apprendre un peu plus sur Théo, celui qui avait séduit Olya dans le premier tome.

Il ne m’avait pas laissé une bonne impression, en apprendre un peu plus sur sa jeunesse et sur la participation de son père à la Première Guerre Mondiale allait peut-être éclairer un peu plus ce personnage.

Effectivement, dans cet album, on comprend que tous les personnages ont leur destin lié, que ce soit dans les années 30 et 40, ou bien durant la Première Guerre Mondiale. Tout se tient, tout est relié.

Le scénariste continuera aussi de nous donner un cours accéléré sur ce qui précéda la Seconde Guerre Mondiale, notamment avec la guerre civile en Espagne, le bombardement de Guernica par des avions allemands (Hitler voulait tester ses nouvelles armes), ainsi que sur ce que fit le moustachu après son accession au trône, dont la Shoah par balle et ensuite, les camps…

Une fois de plus, c’est un bref résumé, juste les grandes lignes et, pour plagier le slogan d’un grand hebdomadaire français : « le poids des mots et le chocs des dessins ». Comme quoi, avec peu de mots et quelques dessins, on peut faire passer plus qu’avec de grands discours.

Cet album prend aux tripes aussi. On a beau ne donner que les grandes lignes, elles font mal au coeur, elles sont meurtrières, assassines, génocidaires, ces putains de grandes lignes… Hélas, elles ne toucheront jamais le coeur ou le cerveau de ceux qui pratiquent le négationnisme.

Lorsque je lis une bande dessinée, j’apprécie toujours de voir comment était Bruxelles dans le temps, mais ici, voir la Grand Place envahie de casques allemands et leurs drapeaux au mur de l’hôtel de ville, ça la fout mal. Bravo à Jean de Selys Longchamps qui mitrailla, avenue Louise, l’immeuble de la Gestapo (c’était l’oncle paternel de Sybille, la maman de Delphine – les Belges comprendront).

Je suis contente d’avoir découvert (tardivement), ce diptyque consacré à la Seconde Guerre Mondiale et aux déportations. Il y a toujours à apprendre, afin de ne pas refaire les mêmes horreurs (l’Homme apprend-t-il vraiment de ses erreurs ? J’ai un gros doute). Le personnage de Théo est vu sous un autre éclairage et je suis contente que les auteurs aient répondu aux questions muettes que je me posais.

C’est le coeur en vrac que je termine ce dernier album qui était d’une grande intensité et qui a bouclé la boucle de manière fort tragique.

Ce diptyque va directement dans mes coups de coeur.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°32).

À l’ombre du convoi – Tome 1 – Le poids du passé : Kid Toussaint et José-Maria Beroy

Titre : À l’ombre du convoi – Tome 1 – Le poids du passé

Scénariste : Kid Toussaint
Dessinateur : José-Maria Beroy 🇪🇸

Édition : Casterman – Univers d’auteurs (2012)

Résumé :
Belgique, nuit du 12 au 13 novembre 1943, quelque part entre Malines et Louvain. Un convoi de wagons plombés s’est immobilisé sur la voie ferrée. Il vient de quitter Bruxelles, direction Auschwitz.

À son bord, parmi des milliers d’autres, une jeune femme, Olya Van Horn, juive allemande jusqu’alors réfugiée en Belgique.

Elle se remémore la longue suite d’événements tragiques qui, depuis sa ville natale d’Hambourg, dix ans auparavant, l’a finalement conduite dans ce sinistre convoi…

Critique :
Bien des gens pensent encore que les bédés, ce ne sont que des petits Mickeys, du divertissement pour les enfants, mais en aucun cas des lectures pour adultes.

Si vous saviez le nombre de gens qui m’ont seriné cela, durant ma vie d’adulte (dans ma vie réelle, pas sur le Net)…

Heureusement, certains comprennent un jour que non, les bédés ne sont pas que des trucs avec des dessins pour divertir, mais qu’elles peuvent aussi instruire, parler de choses on ne peut plus sérieuses, comme l’Histoire et quelques unes de ses pages les plus sombres.

Ce premier tome du diptyque est horriblement sombre, non pas à cause de sa palette de couleurs (bien qu’aucune ne soit joyeuse), mais en raison du comportement inhumain de l’Homme.

L’histoire commence dans un train, un convoi de prisonniers, coincé entre Malines et Louvain (Leuven, pour parler correctement).

Ce train, muni de barbelés aux ouvertures d’aération, vient de quitter Bruxelles et sa direction est Auschwitz. Le genre de voyage que personne ne voudrait faire. Hélas, la plupart des occupants ne savent pas ce qu’il va se passer. Le lecteur oui et le cœur se serre.

Ensuite, délaissant le train sur ses rails, le scénariste va faire quelques bons en arrière, remontant le fil du temps, donnant à ses lecteurs les quelques grandes lignes de ce qui eut lieu après 1933, revenant un bref instant sur la Première Guerre Mondiale où bien des Allemands Juifs tombèrent pour la patrie et pour rien puisque ensuite, on effaça leur nom des monuments, on leur retira leurs droits de citoyens allemands, on les brima, on brisa leurs commerces, leurs familles, leurs vies…

L’antisémitisme monte chaque jour dans la population allemande, la répression devient de plus en plus terrible et la population allemande (non juive) a le droit de tout faire aux Juifs, rien n’est sanctionné.

L’État, lui, ne se privera pas de confisquer tous les biens, ainsi que l’argent, aux Juifs qu’il déporte. Comme l’Espagne l’avait déjà fait du temps de Torquemada, s’appauvrissant de la sorte, puisqu’elle envoyait ailleurs des travailleurs, des commerçants, des gens prospères qui enrichissait le trésor de la royauté.

La population change très vite de comportement et ne se prive pas de participer aux pogroms, de vandaliser les établissements juifs, leurs maisons… L’effet de meute est présent et même un modéré comme Wilhem, l’ami d’Olya, frappera son père, à terre.

Les dessins des visages sont fort expressifs. Le scénario prend déjà aux tripes, les dessins achèvent de nous les serrer.

Plusieurs personnages vont se croiser, dans ce premier tome, qu’ils soient juifs allemands, soldats ou sale type habillé de noir avec tête de mort sur le képi, ou gamin dans les jeunesses de qui vous savez.

Les destins se recoupent, se rejoignent, s’entremêlent et on se doute que dans le second album, nous connaîtrons le rôle que chacun jouera dans cette abjection génocidaire.

Un premier album qui m’a mise à terre. Et pourtant, je sais ce qu’il s’est passé, j’ai lu beaucoup, j’ai eu souvent mal au bide et malgré tout, ça me fait toujours le même effet : peine, tristesse, incompréhension.

Je respire un grand coup et je vais de suite lire le second…

Chronique du tome 2 publiée à 14h.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°31).

Indeh – Une histoire des guerres apaches : Greg Ruth et Ethan Hawke

Titre : Indeh – Une histoire des guerres apaches

Scénariste :
Dessinateur :

Édition : Hachette Comics (22/03/2017)
Édition Originale : Indeh (Signed Edition): A Story of the Apache Wars (2016)
Traduction : Pascal Bataillard

Résumé :
Année 1872. Au coeur des territoires apaches – vaste région déchirée par des décennies de guerres -, Goyahkla, jeune et brave parmi les braves, vient de perdre sa famille et tout ce qui lui était cher.

Une vision l’amène à rejoindre le chef apache Cochise. Il prend ensuite la tête d’une attaque contre le village mexicain d’Azripe, où il fait montre d’un courage insensé. Ce jeune guerrier est dès lors à jamais transformé : Goyahkla sera désormais Geronimo, héros de tous les Indiens d’Amérique du Nord.

Cette attaque n’est qu’un épisode d’un très long combat. Le mot Indeh, qui signifie « les morts », monte aux lèvres des Apaches, chaque fois qu’ils se battent contre l’ennemi et perdent des êtres chers, en défendant leur terre et leur culture.

Le jour où une paix durable semble avoir été atteinte, la guerre paraît enfin terminée… Mais en est-il vraiment ainsi ?

Critique :
Dans cet épais comics, les guerres Apaches seront vues du côté des Apaches, et non selon le point de vue des Tuniques Bleues.

Heureusement que les mentalités ont un peu changées et que maintenant, on comprend que les colons ont été injustes envers les Amérindiens, cherchant toujours le prétexte pour les exterminer.

Et si pas de prétexte valable, on en inventait un, on mettait en scène des massacres dont on accusait les Indiens et hop, c’était reparti pour un tour.

Dans cet ouvrage, il y a peu d’Homme Blanc qui ont la langue droite. Un militaire sera plus indulgent que ses pairs, plus intelligent aussi, comprenant que Cochise n’a pas enlevé de l’homme qui l’accuse et que tout ceci va mal se terminer.

Qu’il est difficile d’être le seul à s’ériger contre les autres, à défendre ceux que personne ne veut défendre, à faire preuve d’humanité, d’écoute, là où tous les autres ne veulent qu’une seule chose : exterminer la vermine Indienne (ce sont leurs mots, pas mes pensées).

La perfidie et la lâcheté des militaires Blancs atteint des sommets de cruauté lorsqu’ils assassineront Mangas Coloradas, venu négocier la paix et qui finira la tête coupée, mise à bouillir dans un chaudron… Non, les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Les Apaches voulaient la paix, leurs ennemis étaient les Mexicains. Suite à des injustices, leur colère va se concentrer sur les Visages Pâles et bien des innocents vont périr.

Lorsque l’on s’attaque à votre culture, à ce qui fait de vous tient à cœur, à vos terres, à votre mode de vie, pour aller vous parquer dans des réserves stériles et vous y laisser crever de faim, il est normal que l’on se révolte. Qui sème le vent récolte la tempête et nos anglo-saxons auraient dû méditer sur cette maxime.

Les dessins, en noir et blanc, sont sublimes ! Les crayonnés mettent en valeur des personnages, les accentuent, en laissant d’autres en arrière-plan. Le scénario était déjà très fort, mais les dessins finissent de vous clouer au fauteuil et rendent les émotions encore plus palpables.

Chronique d’un génocide dont on ne lui donnera jamais le nom… Pourtant, c’est un génocide qui a eu lieu : les envahisseurs Blancs n’avaient pas encore assez avec l’immensité de ce nouveau continent, ils leur fallait aussi le peu que les Indiens possédaient : des terres riches, du gibier et de l’or, qui n’intéressait pas ce peuple car inutile, pour eux.

Les Apaches se disaient « Indah » (les vivants) et à cause des colons, des militaires, ils devinrent des « Indeh » (le peuple mort) : lorsqu’un Blanc tombait, il était vite remplacé, mais lorsqu’un Indien tombait, personne n’était là pour prendre sa place.

L’Homme Blanc était comme un nuage de criquet fondant sur une contrée…

Un roman graphique d’une intensité rare, d’une puissance folle, bourré d’émotions, qui vous serrent les tripes car c’est aussi la chronique d’une mort annoncée, celle d’un peuple qui s’est fait génocider (néologisme offert) pour l’appât du gain, parce qu’il était différent et que l’on ne tolère pas la différence…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°100], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°97].

Sauver Mina : Catherine Cuenca

Titre : Sauver Mina

Auteur : Catherine Cuenca
Édition : Scrineo Jeune Adulte (10/06/2021)

Résumé :
Irak, 31 juillet 2014.

Amal, jeune yézidie de 16 ans, et sa demi-sœur Mina, 17 ans, préparent avec impatience leurs retrouvailles à l’occasion d’une fête familiale. Trois jours plus tard, leur vie bascule. L’État islamique attaque leur région du Sinjar et ses habitants yézidis, considérés par les djihadistes comme les adeptes d’une secte satanique.

Réfugiée dans la montagne avec son père, Amal échappe de peu au génocide tandis que Mina assiste au massacre des hommes de son village avant d’être capturée avec les autres femmes et réduite en esclavage sexuel.

Avertie du terrible destin de sa sœur, Amal s’engage aux côtés des combattantes kurdes des Unités de Défense des Femmes venues de Syrie pour lutter contre Daech. Elle n’a qu’une obsession: sauver Mina.

Critique :
Voilà une lecture dont j’ai eu du mal à écrire une chronique, tant elle m’a marquée dans ma chair et émue au possible.

Le sujet traité dans ce roman fait partie de ceux que l’on traite peu et dont on parle peu à la télé : le génocide des yézidis et le sort réservés aux jeunes filles et aux femmes de cette ethnie.

Comme dans d’autres génocides, on rassemble tout le monde, on sépare les hommes des femmes, on assassine les hommes en leur tirant dessus et après avoir séparé les mères de leurs filles, on transforme ces dernières en esclaves : elles feront le ménage, seront rabaissées plus bas que terre et violée par les hommes de l’État Islamique.

Pour eux, violer une sabiyya (esclave sexuelle) n’est pas un viol. Pourquoi ? Parce que ces décérébrés endoctrinés considèrent les yézidis comme impurs : l’ange majeur des Yezidis, Malek Taous, l’ange-paon, n’est autre que Sheitan ou Satan. Les djihadistes veulent donc les exterminer…

Oui, je sais que ces hommes ne valent pas la balle qui les transperce. Pourtant, c’est chaque jour que nous perdons l’un des nôtres en combattant ces fous qui agitent Dieu comme un étendard mais qui se rendent coupables des pires péchés en son nom.

De toute façon, les membres de l’état islamique s’arrangent toujours avec leur religion, leur morale, leur conscience : cela ne pose aucun problème de consommer en masse ce qu’ils interdisent aux autres musulmans, comme les drogues, les films pornos, l’alcool… Faite ce que je dis, pas ce que je fais…

Émotionnellement parlant, c’est une lecture très dure, émouvante, prenante, surtout pour les tripes. Le récit va alterner avec deux personnages majeurs : Mina et Amal, sa demi-soeur, qui sera transformée en esclave sexuelles pendant que Mina, elle, prendra les armes pour défendre les siens et retrouver Mina.

Ces deux sœurs sont des portraits magnifiques : Mina, parce qu’elle trouvera le courage que bien des hommes n’ont pas eu et Amal, parce que même esclave, elle essaie de ne pas perdre l’espoir et pensera à défendre des plus jeunes qu’elle.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman jeunesse aborde des sujets violents, même pour un adulte qui a beaucoup lu sur les horreurs perpétrées par des humains sur d’autres, malgré tout, nous ne sommes jamais blindé tout à fait et cette histoire m’a atteint droit dans le cœur, sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire.

Malgré la violence de ce qu’il s’est passé dans le nord de l’Irak avec cette ethnie, l’autrice a su rester sobre dans les descriptions des horreurs commises à l’encontre de ce peuple qui a failli disparaître totalement.

Une lecture coup de cœur, mais une lecture dure puisque tirée d’histoires vraies et que nous savons depuis longtemps que le réalité est souvent pire que la fiction.

Il est dommage que l’on ne parle pas assez de certains génocides, car pour moi, tous doivent être condamnés et tous méritent qu’on en parle, qu’on les dénonce, quelque soit le nombre de victimes…

À lire pour en savoir un peu plus sur les exactions de Daech, même si elles ont lieu très loin de nos pays sécurisés où l’on râle pour des petites choses…

Je n’ai qu’un seul choix : la liberté ou la mort. Si je ne peux pas avoir la première, alors je veux la seconde. Car personne ne peut me faire prisonnière.

Petit pays : Gaël Faye

Titre : Petit pays

Auteur : Gaël Faye
Édition : Livre de Poche (2017)

Résumé :
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups.

Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire.

Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé.

Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Critique :
J’ai 10 ans et je suis insouciant… Voilà comment on pourrait résumer l’enfance de Gabriel au Burundi, fils d’un expat français et d’une mère rwandaise.

Nous sommes en 1992 et je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour ce qui va arriver en 1994, dans le pays voisin, le Rwanda…

Lui ne le sait pas encore, personne ne le sait, personne n’ose imaginer l’indicible qui va se produire dans deux ans, bien qu’il y ait des réfugiés Tutsis au Burundi, qu’il y ait déjà eu des pogroms, des assassinats et que l’ambiance entre les deux ethnies soit des plus tendues. Mais personne ne veut y croire.

Lire le récit de Gabriel est rafraichissant, découvrir son pays (le Burundi), les querelles d’adultes, le divorce de ses parents, aux travers de ses yeux d’enfant, apporte une richesse au récit que l’on aurait pas avec un adulte témoignant.

Lui, tout ce qui compte, c’est jouer avec sa bande de copains, voler des mangues, faire les 400 coups et garder cette amitié éternelle. Ainsi, lorsqu’un de ses amis commencera à faire copain-copain avec leur ennemi du quartier et à changer de comportement, s’enfonçant du côté obscur, Gaby ne saura plus quoi faire…

Comme dans la vie réelle, les amitiés enfantines sont rarement poursuivies à l’adolescence. Comme dans les romans du King qui mettent si bien en scène des bandes de gamins, on en a toujours l’un ou l’autre qui grandit plus vite que les autres, qui ne veut plus jouer à des jeux de gosses, qui devient adulte trop tôt…

Le récit est poignant, même si les descriptions des tueries nous seront épargnées, Gaby n’en ayant pas été témoin. Le récit que sa mère fera à la petite soeur de Gaël glacera à jamais son âme d’enfant et celle du lecteur par la même occasion.

Sans jamais sombrer dans le pathos, ce petit récit relatera une part d’insouciance de la jeunesse avant qu’elle ne sombre, elle aussi, du côté obscur de la Force. Le récit est simple sans être simpliste, Gaël et ses amis étant des gamins plein de malice et cette malice se ressent dans le récit, sauf dans la partie où ça commence à sentir la haine de l’autre.

Un récit bouleversant, tout en pudeur, tout en délicatesse. Poignant !

Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00 : Adam-Troy Castro

Titre : Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (04/11/2020)
Édition Originale : With Unclean Hands (2011)
Traduction : Benoit Domis

Résumé :
Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents.

L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup.

Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée.

En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

« Avec du sang du les mains » est la première enquête d’Andrea Cort. Elle débute à un moment où, complètement déboussolée, Andrea ne tient le coup qu’à la seule force de sa volonté.

Critique :
Voilà encore la preuve que la taille n’entre pas en ligne de compte avec la qualité du récit. Non, non, pas d’allusions sexuelles, ce n’est pas du tout mon genre (menteuse que je suis).

Andrea Cort a tout d’un Sherlock Holmes féminin, sauf qu’elle a du sang sur les mains, qu’elle se balade dans l’espace et qu’elle n’a pas un Watson à ses côtés.

Cette première enquête d’Andréa Cort nous fait découvrir son univers, sa personnalité hors du commun et sa manière de mener les enquêtes, même si dans la mission qu’on lui avait confiée, il n’y avait à priori, pas grand-chose à faire.

Andréa n’est pas une enquêtrice comme on en voit dans les autres romans policiers. Toute jeune, elle a assisté à un génocide où deux peuples se sont exterminés dans une rage folle et Andréa a été reconnue coupable de crime de guerre, puisqu’elle y a participé activement.

Ici, la science-fiction est reine et le polar est le prince consort, même s’il a un rôle important à jouer. Les deux se marient bien et ils virevoltent sans que l’une empêche l’autre de se déployer.

Bon, j’avais vu venir la couille dans le potage… Non pas qu’elle était flagrante, mais tout de même, je me doutais bien que ce qui me semblait anodin devait être important puisque le format court de cette novella interdit d’aller batifoler dans des choses futiles.

Ce qui a de bien avec ce format court, c’est qu’il permet à quelqu’un qui n’est pas familier avec les récits de SF de rentrer dans le genre sans s’investir dans une saga ou un pavé énorme.

Il permet de découvrir un autre univers, une nouvelle héroïne (anti-héroïne plutôt) et de se décider ensuite si ce sera « Stop » ou « Encore ».

Pour moi, c’est décidé, ce sera encore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 84 pages).

L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Wild west – Tome 2 – Wild Bill : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild west – Tome 2 – Wild Bill

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (05/03/2021)

Résumé :
Savez-vous comment Martha Cannary est devenue Calamity Jane, la femme la plus célèbre du Far West, ou encore comment elle a connu Wild Bill, ce vétéran de la bataille de Five Forks et héros de la guerre de Sécession, chasseur de primes, justicier et roi de la gâchette ?

Dans des décors époustouflants, ce western au dessin flamboyant nous entraîne au cœur de la conquête de l’Ouest à travers les paysages les plus emblématiques de l’Ouest américain.

Un monde sauvage, sans foi ni loi. Au lendemain de la guerre civile, alors que les guerres indiennes font rage, Wild Bill est toujours à la poursuite des assassins d’un crime qu’il s’est juré de venger. Sur ce territoire à feu et à sang, il recroisera bientôt Martha.

Dans Wild West, les légendes prennent vie, et plongent au-delà des mythes dans la réalité cruelle d’un enfer impitoyable.

Au plus près du contexte historique, à cette époque de la ruée vers l’or, de la construction du chemin de fer et des massacres de bisons, la saga embarque dans le présent de l’Histoire avec ses odeurs de poudre, de sang et de larmes.

Critique :
Calamity Jane m’avait enchanté, Wild Bill Hickok allait-il faire de même ?

Hormis le fait qu’il porte un peu trop haut son chapeau, sur la couverture, l’album a rempli son contrat et j’en suis sortie plus que satisfaite.

Bon, je passerai sur le fait qu’il ne doit pas être facile pour Martha Cannary (Calamity Jane) de cacher sa féminité au sein d’un bataillon de Tuniques Bleues, que c’est quasi impossible au bout d’un moment, mais ce serait chipoter.

Nous sommes dans un western réaliste, autrement dit, pas chez la famille Ingalls au milieu de la prairie (série bien connue) mais dans un film de Sergio Leone où 3 types aux mines patibulaires font face à celui qu’ils nomment « étranger ». Oui, si tu n’es pas du coin, tu es étranger !

La scène de la mouche et la musique d’Ennio Morricone en moins, on se croirait dans « Il était une fois dans l’Ouest ». Si vous connaissez le film, vous comprendrez que dans ce western réaliste, on a de la violence totalement gratuite car les Humains sont ainsi…

Où qu’il aille… l’homme corrompt tout.

Dans ces plaines, on tue des bisons et on ne prend même pas la peine de retourner la bête pour prendre la peau de l’autre côté… Une gabegie, une fois de plus, comme si les bisons étaient reproductibles à l’infini et que quelque soit le nombre que l’on massacre, Dieu pourvoira à leur remplacement…

Wild Bill est un homme de parole, quand il promet une chose, il va jusqu’au bout et même le diable ne lui fera pas détourner de sa mission, même pas des billets verts.

Des comme lui, on n’en a pas fait des masses. Chasseur de primes, il a tout de même une certaine humanité contrairement à ces cols blancs de Washington qui ne respectent aucun des traités qu’ils ont signés. Le génocide des Amérindiens va s’accélérer avec les parcages dans des camps de la mort, appelés « réserves » pour faire politiquement correct.

De l’autre côté, nous suivrons aussi notre Martha Cannary qui se retrouve dans une situation qu’elle n’aurait jamais pensée et va devoir s’acclimater au milieu d’un peuple qu’elle ne connait qu’aux travers des récits des autres qui les considèrent comme des sauvages barbares.

Les dessins sont toujours extraordinaires, sauf pour les chevaux que j’ai trouvé fort figés, mais les paysages donnaient envie d’aller chevaucher dans ce pays magnifique (dommage qu’il y ait certains américains) et qui aurait pu devenir quelque chose de grandiose si les Hommes qui y mirent pied avaient eu une autre mentalité au lieu d’être avide de toutes les richesses.

Ce deuxième album est riche en détails, riche en Histoire, riche en horreurs humaines et ne se prive pas de taper là où ça fait mal, sans pour autant diaboliser les Blancs et glorifier les Rouges, mais en montrant que les imbéciles sont partout, les assoiffés de violences aussi.

À force d’avoir massacré les Indiens, de les avoir roulés, grugés, volés, mis plus bas que terre, ces derniers ont la rage, ils veulent montrer ce qu’ils valent, défendre leurs territoires sacrés, leurs bisons, leurs familles et une fois que le premier domino des assassinats vengeurs est tombé, impossible d’arrêter les autres car les plus modérés ne seront plus écoutés par les jeunes impulsifs.

Si on peut le lire indépendamment du premier tome, il y a tout de même une continuité et ce serait bête de passer à côté de l’excellent Calamity Jane.

Un album qui sent la sueur, le sang, les larmes, la poudre de fusil, le canasson, les massacres de bisons, d’Indiens, de colons, les injustices et les magouilles des politiciens pour éliminer définitivement le problème des Indiens et pouvoir prendre le reste de leurs territoires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°229], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur , le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Western N°30.

Meurtres à Atlanta : James Baldwin

Titre : Meurtres à Atlanta

Auteur : James Baldwin
Édition : Stock (19/02/2020)
Édition Originale : The Evidence of Things Not Seen (1985)
Traduction : James Bryant et Florence Noblet

Résumé :
Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.

En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible.

Quand James Baldwin, qui s’est toujours senti du côté des plus faibles, est invité à écrire un livre sur les meurtres de ces enfants, il accepte. Après une enquête menée sur place, quatre ans après les événements, Baldwin ne conclut ni à la culpabilité de Williams, ni à son innocence. L’essentiel est ailleurs.

Le drame d’Atlanta agit en effet à la manière d’un révélateur et montre la limite des conquêtes du mouvement des droits civiques. Baldwin décrit une société déchirée par la haine et la peur, par la hantise raciale.

Trente-cinq ans après sa première publication, ce texte n’a rien perdu de sa force ni de sa modernité. Ni, tragiquement, de son actualité.

Critique :
Entre 1979 et 1981, 28 enfants sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.

Petites précisions importantes pour ce qui va suivre : tous étaient noirs et tous étaient issus de familles pauvres.

Ça va mieux situer les choses de connaître l’origine sociale et « raciale » de ces gamins (je n’aime pas le mot « racial » mais il prend tout son sens lorsqu’on lit le roman de Baldwin).

Si ces gamins avaient Blancs et issus d’une classe sociale moyenne ou élevée, les autorités auraient mis le paquet dès le premier disparu ou dès le premier corps sans vie retrouvé.

Ici, l’enquête piétine, on en parle très peu, jusqu’à ce qu’un homme Noir (Wayne Williams) soit arrêté. Il est accusé du meurtre de deux adultes et pourtant, on va lui coller l’assassinat de ces gamins sur le dos, alors qu’aucune preuve ne vient étayer cette accusation.

Le voici donc présumé coupable de 28 morts en plus… Sans qu’il y ait eu arrestation pour ce chef d’accusation. Sans qu’il y a ait des preuves concluantes qu’il ait assassiné ces 28 enfants. Un simulacre de procès aura lieu et le condamner « coupable » permettra de clore les dossiers et de les oublier ensuite. Bravo la justice…

Baldwin va utiliser cette affaire de meurtre et de simulacre de justice pour nous dresser un portrait peu flatteur de l’Amérique (qui est menteuse) et de la société Blanche qui la compose, qui prend les décisions, même si la ville d’Atlanta a un maire Noir. L’État est dirigé par des Blancs, le pays aussi.

La plume de Baldwin est trempée dans l’acide, il frappe dans les couilles de l’Amérique WASP (White Anglo-Saxon Protestant) qui se veut bien pensante, mais aussi dans celles de l’Europe. Il y met les formes mais certains auront besoin de glace posée sur les bijoux de famille pour atténuer la douleur.

Ce court roman/essai de 180 est bourré d’informations, de réflexions, d’Histoire et lorsqu’on arrive à la fin, on se retrouve un peu groggy tant on y a vu défiler de la misère, de la douleur, des peurs, du sang, de l’esclavage, Scarlett O’hara, de la ségrégation, des injustices…

L’intérêt du livre n’est pas tant de savoir si Wayne Williams est coupable ou pas, mais de voir comment la justice s’est arrangée avec les preuves, les témoignages, créant même un précédent dangereux.

Ce sera le fil rouge qui servira à Baldwin de faire un procès à charge contre l’Amérique, les Blancs, l’Europe, l’Angleterre et même la communauté Noire.

C’est un livre à lire et à relire, pour bien s’imprégner de tout ce que l’auteur écrit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°37].