Le petit arpent du bon dieu : Erskine Caldwell

Titre : Le petit arpent du bon dieu

Auteur : Erskine Caldwell
Édition : Le Livre de Poche (1959)
Édition Originale : God’s Little Acre (1933)
Traducteur : E. Coindreau

Résumé :
Un fermier croit pouvoir trouver un vieux tas d’or enterré par son ancêtre. Avant sa recherche, il délimite un arpent de terre, sacré, pour le bon Dieu.

Critique :
Comme le disait si bien Blondin à Tuco dans « Le bon, la brute et le truand » : Toi, tu creuses.

Et ici, pour creuser, ça creuse ! Mais personne ne s’est creusé la cervelle trente secondes pour réfléchir à l’inutilité de faire des trous dans la terre…

Dans la fable de Lafontaine, intitulée « Le laboureur et ses fils », l’homme mourant disait à ses fils qu’un trésor était caché dans la terre et qu’il fallait la retourner.

Ceci pour leur expliquer que le travail était un trésor. Ses fistons le comprenaient à la fin de la fable.

Apparemment, Ty Ty Walden a pris la fable au pied de la lettre, les derniers mots de son grand-père aussi et depuis, il creuse, à l’aide de ses deux fils, pour trouver de l’or, sois-disant enterré là par papy.

Des années qu’ils creusent (presque 20 ans) et ne trouvent rien, mais chaque jour, Ty Ty le sens bien et n’a jamais été aussi proche de mettre la main sur le filon d’or. Un peu comme un jouer au casino qui sent bien que cette fois-ci, c’est le jackpot (qui ne vient jamais).

L’absurdité poussé à son paroxysme : le père et les deux fils creusent depuis des années, les fils creusent là où le père dit de le faire, leurs cultures sont à l’abandon et s’ils n’avaient pas leurs deux ouvriers Noirs, plus rien ne serait planté dans ces terres remplies de trous.

Le petit arpent du bon dieu, lui, désigne en fait un lopin de terre dont la récolte est supposée revenir à l’Eglise, signalé par une croix blanche. Petit arpent qui, au fil des années, a changé maintes et maintes fois de place, puisqu’ils creusent partout et que personne ne voudrait que l’or trouvé revienne à l’Église.

Portraits d’une famille pauvre du Sud des États-Unis, ce roman noir met en scène des cas sociaux, des cas pour la science, des cas irrécupérables dont un père plus borné qu’un troupeau d’ânes qui se fatigue pour rien alors qu’il pourrait dépenser cette énergie à planter quelque chose dans cette putain de terre et faire vivre sa famille.

N’allez pas croire que ce roman noir ne fasse que dans la farce et dans le burlesque, parce qu’il n’en est rien. À un moment donné, le livre bascule dans le concupiscent, dans l’horrible et on comprend que certains aient voulu le faire interdire à l’époque !

Véritable satire sociale, véritable critique sociale car l’auteur va tacler les courtiers qui jouent avec la vie des fermiers en jouant à la bourse le prix du coton, les gros industriels propriétaires des filatures qui paient mal leurs ouvriers et sont prêt à tout pour les empêcher de remettre le courant dans l’usine et faire refonctionner les métiers à tisser.

Ce roman sombre est une véritable descente aux enfers pour les différents personnages qui finiront tous brisés, à divers degrés.

C’est le portrait d’une Amérique Sudiste qui est ouvrière, qui dépend du coton, des filatures, des terres cultivées et qui, une fois qu’elle a perdu son emploi, ne sait plus quoi faire d’autre car elle ne savait faire que ça.

La folie de l’or est une vraie folie et on verra jusque Ty Ty sera prêt à aller pour trouver son filon qui est comme la licorne : il n’existe pas. Il a transformé sa terre en champ de bataille, remplie de trous, comme des tranchées et lorsque la guerre éclatera dans sa famille, tels un bon général, il ne sera bon à rien pour empêcher le sang de couleur sur sa terre.

C’est un récit magnifique, mais horrible, un portrait au vitriol de cette Amérique rurale et pas toujours très instruite, ces paysans incultes, ces rednecks purs jus, de ces fainéants magnifiques (Pluto Swint), de ces travailleurs acharnés qui dépensent leur énergie bêtement (Ty Ty et ses fils, Buck et Shaw), de ces chômeurs qui ne pensent qu’à relancer l’entreprise au lieu d’aller voir ailleurs (Will Thompson), de gens superstitieux au possible et des femmes fatales (Griselda et Darling Jill).

Assurément, la famille Walden, c’est pas la Petite Maison dans la Prairie…  Ou alors, sa version white trash.

Erskine Caldwell mériterait d’être mis lui aussi sur le devant de la scène, au même niveau qu’un Faulkner ou qu’un Jim Thompson car il en est digne et ses portrait de l’Amérique rurale et pauvre est aussi cynique que les deux autres, la loufoquerie en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°57 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Handsome Harry – Confessions d’un gangster : James Carlos Blake

Titre : Handsome Harry – Confessions d’un gangster 

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Gallmeister Americana (03/01/2019)
Édition Originale : Handsome Harry : or the Gangster’s True Confessions (2004)
Traducteur : Emmanuel Pailler

Résumé :
Dans la bande de John Dillinger, il y a Red, Charley, Russell et moi, “Handsome Harry” Pierpont. S’il y avait eu un chef, ça aurait été moi, même John le dit.

Mais John aime avoir sa photo dans les journaux et faire le malin devant les dames, alors on ne se souvient que de lui. Il est le plus cool d’entre nous, je vous le garantis, sur un boulot comme sous les balles.

Nous prenons l’argent là où il se trouve : dans les banques. Sans nous vanter, en matière de casse, nous sommes les meilleurs. Un chauffeur, trois ou quatre gars motivés, une voiture de remplacement, et le tour est joué.

Les journaux disent que nous sommes dangereux, l’Ennemi public n°1 : n’exagérons rien. On ne veut de mal à personne, on aime juste les belles voitures, les jolies filles et les fêtes entre copains.

On sait bien que ça ne va pas durer, que les flics nous attraperont un jour ou l’autre. En attendant, on profite de la vie.

Critique :
John Dillinger… Tout de suite on voit la jolie petite gueule de Johnny Deep dans le film « Public Ennemies »… Sexy baby !

Et bien, oubliez-le car ici, ce n’est pas le grand Dillinger qui est mis sous les feux des projecteurs mais « Handsome Harry » Pierpont et croyez-moi, après cette lecture, vous vous direz qu’il n’a pas eu les honneurs qu’il méritait !

Ce n’est pas très moral de dire ça en parlant de gangsters, de pilleurs de banque, de braqueurs de drugstores, armés et dangereux.

Oui, John aurait appuyé sur la détente. Moi aussi. C’est une question d’autorité mais aussi de respect de soi. Si vous voulez proférer des menaces en l’air, soyez instituteur, pasteur, rédacteur. Pas braqueur.

Ça ne rigolait pas avec eux et ils ont laissé des corps froids sur leur passage. Mais les flics aussi parce que dans le genre « je ne sais pas bien tirer », les flics étaient les champions et se sont même tués entre eux… C’est ballot, ça !

L’autre type s’enfuit et les flics ouvrirent le feu. Le gars réussit à partir, mais dans la fusillade, un flic de l’Indiana fut tué par un autre, d’une balle dans l’œil. Ç’avait dû être un sacré spectacle pour le voisinage.

John téléphona à Matt Leach pour lui dire qu’on avait bien rigolé avec ses cascades de film comique dans l’Illinois, mais est-ce qu’on lui avait déjà dit que la police était censée tirer sur les méchants, pas sur les autres flics ? Peut-être que le Père Noël lui apporterait un manuel du parfait tireur et des règles du parfait petit policier.

L’auteur, à la manière dont il nous met en scène les membres de la bande, arrive à dégager de l’empathie, de la sympathie pour ces braqueurs qui purgent de lourdes peines de prisons et qui, tels les Dalton, cherchent un moyen de s’évader.

Harry Pierpont est le narrateur de cette histoire dont nous aurons déjà le compte-rendu du final dès le départ. De toute façon, pour qui connait un peu l’Histoire des gangsters américains et celle de Dillinger, pas de surprise. Tout le monde sait comment ça se termina.

C’est vraiment drôle (à la fois comique et bizarre) qu’ils se donnent autant de mal pour garder en vie quelqu’un, juste pour pouvoir le faire griller. Même s’ils doivent me porter jusqu’à la chaise.

Les braqueurs de banque, dans les années 30, avaient la cote auprès du public, je parle bien entendu des petites gens, de l’Amérique d’en-bas, de celle qui fut durement touchée par la Dépression et qui n’était pas contre le fait qu’on vole des voleurs qui les avaient volés.

Les criminels, c’est aussi bien des types comme moi que les propriétaires des banques, des assurances et de la Bourse, des usines, des mines de charbon et des champs pétroliers, les propriétaires de cette foutue Loi. Une fois, j’ai dit à John qu’être hors-la-loi, c’était le seul moyen de conserver le respect de soi, et il a répondu, Ouais, c’est la triste vérité.

Lorsque les gens voient la Loi se ranger du côté de ceux qui leur pourrissent la vie, c’est naturel qu’ils soutiennent les hors-la-loi.

Parce que pour ceux qui ne le sauraient pas encore, les banquiers ne sont pas des honnêtes gens, loin de là, ce sont des voleurs eux aussi, juste qu’ils sont bien habillés et qu’ils ne nous mettent pas un flingue sur la tempe pour prendre notre fric, ils sont bien plus subtils que ça. Mais nombre d’entre eux avaient magouillé leurs comptes et un braquage permettait de tout remettre à jour.

Voyons voir, repris-je. Il détourne je ne sais pas combien dans une banque, puis il fait braquer la banque pour cacher ses magouilles, et après il prend un tiers de ce qui reste à la banque ? Et après, ajouta Pearl, il se remet à détourner du fric dans la même banque, lorsqu’elle a récupéré l’assurance. Sympa comme boulot, si on en trouve un comme ça.

Alors oui, l’auteur a réussi à me faire apprécier des gangsters, à souhaiter qu’ils s’échappent de prison et j’ai croisé les doigts pour qu’ils n’y retournent pas, mais contre la Vérité Historique, je ne peux rien et nous n’étions pas dans une dystopie.

Ses personnages sont bien campés, réussis, et on a tout de suite de la sympathie pour Handsome Harry, on a envie de saluer son intelligence, moins sa violence quand il abat de sang-froid, mais en tout cas, on en apprend un peu plus sur la bande de Dillinger, même si personne ne sait toute la vérité puisque les faits divergent et les témoins ne sont pas fidèles.

À dix contre un, aucun des types qui ont écrit sur la bite de John ne l’a jamais vue. Eh bien moi si, et à son maximum, je dis bien. Mary aussi – elle était avec moi à ce moment-là, et j’en parlerai le moment venu. Disons que l’engin de John était, comme le disait Mary, impressionnant. Pourtant – sans vouloir gonfler mes mérites, ha-ha, je dois dire que John ne m’arrivait pas à la cheville.

La seule chose que je n’ai pas trop aimé c’est la manière dont sont présentés les dialogues que l’auteur a englobé dans le texte narratif. Au début, ça passe, mais à la fin, ça devenait lourd et donnait au texte l’impression qu’il avait été écrit par un débutant alors que nous sommes tout de même face à James Carlos Blake.

Bon Dieu, dit John, qui t’a appris à sauter à la corde quand t’étais petite ? Les filles du bordel de Mabel ?
Je me disais bien que je t’y avais déjà vu, répliqua Billie. T’étais toujours là pour les soirées à un dollar, hein ?

Hormis ce petit bémol, tout le reste passe comme dans du beurre, on découvre les fake news de l’époque avec des journalistes prêts à raconter n’importe quoi pour vendre leurs feuilles de choux, on parle de politiciens véreux, des gardiens de prison corruptibles, des balances, de l’amitié, de la fraternité et on vit les poursuites à du 100 à l’heure parce que dans les années 30, ce n’étaient pas les bolides de Fast and Furious mais elles avaient encore des marche-pieds pratiques pour mettre les otages.

Les journaux, eux, continuaient à vendre de la peur. Mais comme toujours, certaines lettres de lecteurs montraient clairement que tout le monde n’en voulait pas à notre scalp. Plein de bons citoyens ne nous trouvaient pas pires que certains politiques, et sans doute bien moins nuisibles que la plupart des banquiers.

J’ajoutai que si Dieu avait créé des êtres plus stupides que des flics et des journalistes, je ne les avais pas encore rencontrés.

Si vous voulez faire un tour dans l’univers carcéral des États-Unis des années 30, vous prendre un peu de la grande Dépression dans la gueule, voir la prohibition se terminer et boire à sa santé, braquer des banques, vous décoiffer la permanente en roulant à 100 à l’heure dans les rues de Chicago (ou dans une autre ville), prendre du bon temps en Floride, baiser avec des mauvais garçons ou vous évader de manière brillante, ma foi, ce livre est fait pour vous.

Si vous avez tendance à être pour la Loi et de son côté, ou banquier, vous risquez de grincer des dents lors de la lecture, surtout devant les réponses de Handsome Harry devant les juges.

Je répondis que je ne le niais pas, mais que j’avais l’honnêteté de commettre mes vols l’arme à la main, et le courage de prendre des risques en cas d’opposition. Au moins, je n’étais pas comme ces présidents de banque menteurs, trompeurs et hypocrites, qui trafiquaient leurs comptes pour dépouiller les veuves et les fermiers de leur propriété et leurs économies. Cette réplique-là fit rugir de rire le public, et le juge tapa du marteau comme un menuisier pressé.

Dommage pour les dialogues insérés dans le texte, sans cela, j’aurais mieux aimé la présentation du texte et je l’aurais trouvé moins laborieux, moins lourd à certains moments.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°18.

Je n’ai jamais recouru aux termes vulgaires à la légère – la grossièreté gratuite est un signe de paresse mentale –, pourtant c’était difficile à formuler autrement : si un type essaye de m’enculer… eh bien, je l’encule.

Des voleurs comme nous / Tous des voleurs : Edward Anderson

Titre : Des voleurs comme nous / Tous des voleurs

Auteur : Edward Anderson
Édition : Manufacture de livre éditions (2013) / Points Roman noir (2014)
Édition Originale : Thieves like us (1937)
Traducteur : Emmanuèle de Lesseps

Résumé :
Oklahoma, 1929. Bowie et deux compagnons, condamnés pour braquages et meurtres, s’évadent d’un pénitencier. Ils ne tardent pas à se remettre à dévaliser les banques selon une technique parfaitement au point, du Texas jusqu’en Floride, tentant de survivre à la Grande Dépression qui ravage le pays.

Dans leur fuite, Bowie rencontre la belle Keechie qui, à défaut de réussir à le remettre dans le droit chemin, le suivra jusqu’au bout de sa course tragique …

Raymond Chandler disait que Tous des voleurs est une des meilleures histoires sur la pègre, « bien meilleure et infiniment plus honnête que « Des souris et des hommes » de John Steinbeck. »

Il juge ce roman comme « la meilleure histoire de truands jamais publié ». Il est « avec ses dialogues crus, rapides et percutants est un excellent roman noir ».

Critique :
Les oldies, c’est mon péché mignon… Mon petit morceau de chocolat noir, amer et fort en goût.

Les romans noirs ayant pour thème la pègre, des bootleggers, des braqueurs de banques, le tout dans une Amérique au temps de la Grande Dépression, c’est un plaisir de fin gourmet.

Je possédais ce roman noir depuis longtemps, j’en étais même arrivée à oublier son existence (j’ai de quoi, vu tous les livres possédés) et c’est grâce à mon Dealer De Lignes que j’ai fait des fouilles dans ma biblio en ligne pour me rendre compte que je l’avais.

Comme si je n’avais rien de plus urgent à lire, je me suis décidée à la déguster sur une après-midi, délaissant quelque peu mon Oliver Twist et, passant de voleurs à des autres, je me suis régalée avec cette petite friandise noire et amère.

L’auteur manie la plume avec brio et ses dialogues sont crus, percutants, sans fioritures, à la mesure des personnages principaux, trois amis, trois braqueurs de banque, récemment évadés de leur prison où ils bénéficiaient d’un régime de faveur.

Pour nos trois amis évadés (Bowie Bowers, Chicamaw et T-Doub), les politiciens, les banquiers, les assureurs, les avocats, sont des voleurs comme eux, sauf qu’eux, au lieu de manier les flingues, ils manient leur langue, et ça marche !

Passant d’une planque à une autre, toujours en cavale, en recherche d’une banque à braquer, de voitures à acheter, incendier, nos trois amis nous ferons partager leur haut fait d’armes (braquages ou meurtres), comptabilisant les banques mises à sac comme d’autres comptent leurs livres lus sur l’année et nous emmenant avec eux dans ces places fortes à dévaliser.

Le seul personnage qui va évoluer sera Bowers, qui, de cerveau de la bande et de plus dangereux, sera le plus calme avec des envies de se retirer des affaires et le moins dépensier, le plus « tête froide » alors que l’indien Chicamaw est un alcoolo agressif et T-Doub un gamin fou.

Il est malheureux qu’Anderson n’ait pas trouvé son public lorsqu’il publia son roman car il est génial du début à la fin, les dialogues sont ciselés aux petits oignons, brut de décoffrage, réalistes et l’action est distillée comme il faut, avec des temps de repos entre deux braquages et deux changements de planque.

Anderson m’a même donné l’impression, un peu comme Dickens dans son « Oliver Twist » de se faire le porte-parole des sans-grades, des laissés-pour-compte, de ceux qui n’ont pas vécu le rêve Américain et qui ont dû passer de l’autre côté de la ligne rouge afin de s’en sortir, sans pour autant devenir des stars comme John Dillinger, même si la presse en a rajouté beaucoup sur nos trois braqueurs afin de vendre ses feuilles de choux.

Un roman noir profond, serré comme un petit café, avec des personnages qu’on se surprend à apprécier, malgré leur profession peu recommandable. Un roman qui nous conte une cavale qui a tout d’une « sans issue » et qui ne pourra se terminer que tragiquement.

Une pépite à découvrir pour tous les amateurs de noir bien serré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (240 pages).

Une poire pour la soif : James Ross

une-poire-pour-la-soif-james-ross

Titre : Une poire pour la soif

Auteur : James Ross
Édition : Gallimard – Folio (1999)
Édition originale : They don’t dance much (1940)

Résumé :
En 1940, à la parution de ce chef-d’œuvre maudit, Raymond Chandler fut le seul à reconnaître une pépite dans « ce récit sordide et complètement corrompu », mais parfaitement crédible, « d’une petite ville de Caroline du Nord ».

Unique à plus d’un titre – il sera le seul jamais écrit par son auteur – ce roman de la Dépression est peut-être le plus brutal et le plus cynique jamais écrit à cette époque; un univers de violence, de luxure et de cupidité où tout le monde triche, en croque, en veut.

James Ross, né en 1911 en Caroline du Nord aux Etats-Unis et mort en 1990, est l’homme d’un seul livre. Une poire pour la soif, paru en 1940, se trouve à mi-chemin, entre Jim Thompson et Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. Un grand classique.

they-dont-dance-much-james-rossCritique :
C’est ce qui s’appelle regarder l’Amérique profonde par le petit bout de la lorgnette. tel un témoin privilégié qui pourrait assister à la corruption qui gangrène et ronge Corinth, une petite ville de la Caroline du Nord, peu après la Grande Dépression.

Ici, les gens bien vont à la messe le dimanche et s’ils veulent s’encanailler avec de la « gniole » ou de la fesse, ils sont priés de le faire avec discrétion.

Jack McDonald est un paumé de chez paumé ! Son coton ne donnera rien cette année non plus, faut payer les impôts, l’enterrement de sa mère qui a eu lieu il y a au moins 6 mois.

Cerné par les dettes, avec juste pour horizon la boisson qu’il écluse à la verticale, notre Jack ne voit pas ce qu’il l’empêcherait de bosser dans le futur roadhouse que Smut Milligan veut ouvrir pour tenter lui aussi de s’en sortir.

Depuis, quand je raconte aux gens qu’un soir j’ai fait tout Corinth avec un dollar en poche et que j’ai pas été foutu de trouver une goutte de gniole, ils disent tous que c’est des menteries ; que ça pourrait jamais se produire à Corinth, une chose pareille.

Quésako un roadhouse ? C’est un truc qui n’existe qu’en Amérique… Une sorte de bar-restaurant, station-service, hôtel (de passe), dancing, tripot clandestin où l’on joue et où l’on boit de l’alcool du gouvernement (on a payé les taxes dessus) ou distillé par Catfish, un homme de main de Smut Milligan.

Attention, pas de putes dans les cabanons loués par Smut aux gens qui voudraient faire la chose sans que cela se sache et ailleurs que sur les sièges arrières d’une bagnole. Smut, il a une conscience – ceux qui ont lu le roman doivent rigoler – et donc, pas de putes ou de maquereaux.

— Mais les gens d’ici louent bien une cabine pour deux heures, des fois.
— C’est différent.
— Ah bon ?
— Ouais. Les gens d’ici qui font ça c’est des gens comme il faut. Les filles, pour la plupart c’est des filles qui font partie de la chorale de l’église, et qui font ça aussi. Les gars viennent des meilleurs familles. Mais si je devais laisser des putes venir ici ce serait différent.

Il est bien dommage que James Ross n’ait réussi à faire publier que ce roman là car il y a dedans un potentiel énorme ! Raymond Chandler ne s’était pas trompé en parlant de pépite car c’en est une que j’ai tenu entre mes mains. Une pépite noire.

Dans un style bien à lui, James Ross nous décrit avec brio cette petite ville de Caroline du Nord, un peu beaucoup raciste, sexiste, cette société phallocrate dont les notables ou ceux qui ont une situation doivent sauver la face et se cacher pour boire de la gnôle ou fricoter avec des filles (ou se faire sauter par des mecs, si vous êtes une fille).

Jack est notre narrateur et il ne s’embarrasse de phrases pompeuses pour nous conter sa drôle de mésaventure, donc, pour ceux qui aiment le phrasé haut-de-gamme, ça risque de pas le faire. N’oubliez pas non plus que nous sommes dans les années 30 et qu’à cette époque là, la population afro-américaine se nommait elle même « négro »parce que tout le monde les nommait ainsi (je ne cautionne pas, je précise, c’est tout).

Entre nous, je ne sais pas s’il y a parmi toute cette galerie de personnage un à sauver, un qui vaudrait la peine que l’on se penche sur lui pour le sortir de cette vie de merde. Ici aussi la politique gangrène le tout et le politicien du coin est aussi pourri que tout les autres, même plus pourri puisqu’il se comporte comme un mafioso… mafiosi puisqu’il est seul.

Quand à notre Jack, il va se retrouver impliqué dans une affaire dont il ne se doutait pas une seule seconde qu’elle prendrait un tour aussi horrible, et restera en spectateur impuissant de la folie furieuse de Smut qui voudrait du fric et qui est jaloux de ceux qui en possèdent.

Un excellent roman noir de chez noir, sans une once de crème ou de sucre, même pas un grain de stévia pour adoucir l’affaire et un final d’un cynisme à aller se pendre au premier arbre qui passe.

Une réalité qui fait froid dans le dos, une description au cordeau d’une société de notables pour qui le qu’en-dira-t-on est plus important que tout, une plongée dans une société de minables (pour les autres) où boire est plus important que tout, où dépenser le peu de fric gagné à la sueur de son front est quasi une institution et où la cupidité des uns entrainera la chute de plusieurs.

Sûr que dans le roadhouse de Smut on ne dansait pas beaucoup (illusion au titre en V.O), qu’on buvait raide, qu’on jouait gros, qu’on crachait sa chique de tabac dans les crachoirs ou au sol et qu’il s’y est passé des vertes et des pas mûres, le tout sous le regard effaré du lecteur.

« Mais tout le monde dans la région savait ce qui se passait dans un roadhouse. Pratiquement tout ce que j’ai écrit comme fiction est basé sur des gens que j’ai connus. »

Ne rentrez pas dans ce roman noir pour y commander un café, mais demandez plutôt à Badeye, Sam ou Jack de vous servir une pinte de raide et méfiez-vous des dés truqués et des cartes biseautées de Smut qui, entre nous, est une véritable enflure de première.

Et surtout, surtout, montrez pas que vous êtes un paumé avec du flouze plein votre portefeuille !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (342 pages).

La terre des Wilson : Lionel Salaün

Terre des Wilson - Lionel Salaün

Titre : La terre des Wilson

Auteur : Lionel Salaün
Édition : Liana Lévi (2016)

Résumé :
Dick Wilson a quitté ce bout de terre misérable au Nord-Ouest de l’Oklahoma avec sa mère alors qu’il était tout juste adolescent.

Quinze ans plus tard, le voici de retour avec chapeau et fine moustache, dans une belle voiture aux pare-chocs chromés.

Retrouver la petite ferme familiale ne va pas de soi, d’autant que des événements déconcertants se sont produits en son absence. Annie Mae, son amie d’enfance, vit à présent avec le vieux Samuel, le père de Dick, un homme rustre et violent dont elle a un enfant.

Dick étouffe sa rancœur derrière des manières affables et des projets ambitieux pour lesquels il embauche Jasper, un pauvre hère du comté.

Qu’espère-t-il trouver dans ce pays désolé ? Peut-être l’or noir dont tout le monde parle. Peut-être l’or jaune – l’alcool – dont il connaît toutes les routes secrètes et qui dans cet état où la prohibition est maintenue, pourrait rapporter gros.

Peut-être quelques réponses à ses propres démons.

Petit Plus : Lionel Salaün renoue avec les paysages de l’Amérique profonde. Celle du début des années 30, de la Grande Dépression et des « dust bowl », ces tornades de poussière qui ont mis à genoux les agriculteurs pendant près d’une décennie. Un monde féroce où seule la fraternité est rédemptrice.

ok_abandoned_farmhouse_hdrCritique : 
Bon sang, qu’elle est âpre et sèche, la terre de l’Oklahoma des années 30 et plus particulièrement celle sur laquelle vécurent cinq fermiers qui, après toutes les sécheresses et les multiples Dust Bowl, s’en sont allé voir ailleurs si l’herbe n’était pas moins jaune et le climat moins hostile.

N’est resté qu’un irréductible, le vieux Samuel Wilson dont sa femme et son fils s’étaient enfuis quelques années auparavant. Le vieux est resté sur cette terre qu’il avait abreuvé de sa sueur et de son sang.

Annie Mae, 14 ans, la fille d’un des voisin, n’a pas voulu partir avec ses parents car elle attendait toujours le retour du fils Wilson, Dick. Alors elle est restée chez Samuel. Et justement, voilà Dick qui s’en revient au pays, mais 15 ans après et dans une belle bagnole.

En peu de pages l’auteur a su insuffler dans son récit toute l’aridité et la dureté de ce petit trou perdu en Oklahoma dans les années 30 – 1935 pour être précise.

La crise financière est passée, les tornades de poussière aussi et le pays est à genou, exsangue, comme ses habitants.

Là aussi, en peu de phrases, l’auteur nous montrera toute la misère des gens qui vivaient des dans camps de fortune, crevant de faim et vivotant avec rien dans des cabanons de fortune.

En peu de mots, en peu de détails, il a su aussi nous montrer combien Samuel Wilson était une brute pour sa femme, son fils et sa mule Jessie, le tout à l’aide de quelques flash-back qui se sont insérés au bon endroit dans le récit, lui donnant encore plus d’émotion et une atmosphère encore plus prononcée.

Chez Samuel Wilson, il n’y a pas que la terre qui est sèche, lui aussi pratique l’âpreté des sentiments envers les siens et quand il a une idée en tête, il ne l’a pas ailleurs.

Sans pour autant donner des circonstances atténuantes à Samuel, le portrait que l’auteur nous brossera de lui ne sera pas non plus tout noir, l’homme a aussi, dans sa vie, morflé et il s’est vengé de la manière la plus salope de son tortionnaire en mettant la main sur sa fille et de ce fait, sur ses terres.

C’est l’histoire d’une vengeance, d’une rédemption, d’une haine larvée, d’un fils qui est devenu plus fort que son père, d’un fils qui voulait retrouver son amour d’enfance, d’un fils qui est devenu une sorte de voyou friqué, d’une fille qui est devenue une femme et une mère de famille et d’un père qui ne veut pas reconnaître ses torts.

Un roman court mais qui m’en a foutu plein la gueule pour moins de 20€, qui m’a emporté sur une terre aride, sous un soleil implacable et m’a fait plonger dans la misère des gens qui avaient tout et qui ont tout perdu à cause des banquiers.

Sans oublier ces pauvres fermiers qui travaillaient sans relâche, du matin au soir, sur une terre qui ne leur donnait pas grand-chose pour la sueur qu’ils y avaient laissée et pour bien souvent tout perdre à cause des Dust Bowl successifs.

Il est court, il est extrêmement bon, mais j’aurais aimé plus de pages tant on aurait pu encore en dire plus sur cette famille éclatée, sur les souffrances de Dick et sur la vie d’errance qu’il a mené après s’être enfui avec sa mère.

Un roman aussi noir que le pétrole qu’on extrayait de certaines terres et qui, en peu de pages, esquisse un portrait peu flatteur des années 30 et d’une partie de ses conséquences.

Étoile 4,5

BILAN - Coup de coeur

Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, Le « Challenge US » chez Noctembule« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Challenge « Polar Historique » de Sharon.

coupe europe livres 2016 bis

[Série] Carnivàle – La Caravane de l’étrange : Une série qui te fera bouffer de la poussière

La Caravane de l’étrange (Carnivàle) est une série télévisée américaine en 24 épisodes de 55 minutes, créée par Daniel Knauf et diffusée entre le 14 septembre 2003 et le 27 mars 2005 sur HBO.

La série créée par Daniel Knauf n’a vécu que deux saisons.

1. Synopsis :

Cette série suit la route d’une fête foraine ambulante (Carnivàle) pendant le Dust Bowl des années trente aux États-Unis. Nous sommes en Oklahoma, durant la Grande Dépression de 1934.

Après la mort de sa mère qui le rejetait par peur et après la saisie de ses terres, Ben Hawkins, un jeune homme doté du pouvoir de guérison et de résurrection, évadé de prison, nouvellement sans domicile trouve refuge au sein de la troupe afin d’échapper à la police.

Il est tourmenté par des rêves étranges et prophétiques qu’il partage avec un prêcheur méthodiste, Justin Crowe, vivant en Californie.

Ces deux personnages seront finalement réunis dans une lutte entre le Bien et le Mal qui est tout sauf manichéenne.

Six saisons étaient prévues, il n’y en aura que 2. Avortée pour raison financière (une faible audience non méritée et la nécessité de trouver un budget pour la série Rome), Carnivale est une série remplie de mystère.

Ce que j’en ai pensé (Saison 1 faite à moitié) : Et bien, c’est assez difficile à expliquer. Conquise ou mitigée ?

Pour le moment, je suis conquise, bien que la série soit spéciale et que le fait qu’elle fut stoppée après 2 saisons, risque de me laisser sur ma faim.

Tant pis, ne boudons pas son plaisir de regarder une série où les images sont si belles, les décors naturels somptueux mais désertiques, les costumes bien dans l’air du temps et où on pourrait presque sentir la crasse qui colle aux habits et à la peau de la troupe de forains dont beaucoup ont tout des freaks (monstres) puisque nous avons une femme à barbe, un homme serpent, des sœurs siamoises, un homme énorme en taille et un nain.

Les premiers épisodes sont assez lents et vous permettent de vous installer dans la troupe qui vient d’accueillir à son bord un jeune et beau garçon, Ben Hawkins, doté d’un étrange pouvoir (mais s’il ne le montre que très peu au début et qu’il le cache devant les autres).

Vous prenez vos marques, apprenez à faire connaissance avec les différents membres de la troupe et leurs particularités pour le moins étranges, limite fantastique (comme cette mère, voyante, qui, paralysée et incapable de parler, le fait par télépathie avec sa fille).

Les personnages sont bien travaillés, complexes, nombreux, mais facile à distinguer, tout ces membres de la troupe hétéroclite : il y a Samson, nain et chef de la troupe qui ne jure que par les ordres du Grand Patron, dont on ne voit jamais le visage, ni même la présence.

Nous avons aussi Rita Sue, la call girl, confrontée en permanence aux désirs libidineux des hommes. Lodz, le voyant aux pouvoirs mystérieux (dont celui de pouvoir lire les rêves) et qui partage une étrange idylle avec Lila, la femme à barbe. Sofie, la diseuse de bonne aventure qui prédit l’avenir à travers les cartes grâce aux pouvoirs de sa mère, paralysée et muette, comme je vous le disais.

Mais ce n’est pas tout, en parallèle, nous suivrons la vie d’un pasteur partageant sa vie avec une sœur protectrice et qui possède une foi qui le métamorphosera. Notre pasteur est confronté à l’arrivée de migrants qui ont fui leur région dévastée par le Dust Bowl et la Grande Dépression.

Il y a un peu de l’œuvre de John Steinbeck dans cette série : même époque que dans « Les Raisins de la Colère », même contexte, même personnes qui ont tout quitté pour aller chercher un monde meilleur du côté de la Californie.

Ce qui m’a frappé directement, c’est l’atmosphère ! Celle-ci est restituée avec un soin et une précision qui forcent le respect, et pas seulement dans les décors, les costumes et les mœurs de l’époque.

On sent le travail de fouilles de la part de Daniel Knauf (le créateur de la série) lorsqu’on entend les dialogues, lorsque l’on découvre les préoccupations et les comportements de certains. Un peu comme si on avait mis en scène un récit trouvé dans un journal de voyage de l’époque.

Ici, ça sent la crasse et la sueur mélangée à la poussière (il pleut si rarement qu’on crache de la poussière), la mesquinerie et les peurs irrationnelles, l’ignorance et la crédulité imbécile, l’avidité et la manipulation. Autant de sentiments qui continuent de prévaloir près d’un siècle plus tard. La situation s’est améliorée, mais bien des choses continuent à l’identique.

La crise de 1929 fait naître les mêmes sentiments que celle que nous avons eu (et avons encore) en 2007-2008. Les gens sont plus vulnérables, ils cherchent un bouc émissaire plus proche que les banquiers et sont avides d’entendre ce qu’ils veulent entendre.

Les promesses qu’on leur aurait faites avant auraient été rejetée, mais en ces temps de disette, on s’accroche au moindre espoir, on est avide de ces promesses si joliment dites et qui laissent entrevoir des solutions qui ne sont pas réalistes.

Ben Hawkins et le Frère Justin Crowe… Deux personnages centraux.

Ben est appelé à un destin extraordinaire, à sauver sinon l’humanité, du moins la communauté qui l’entoure et qu’il connaît. Ce destin, il l’atteindra après avoir emprunté des routes tortueuses et lentes, après avoir fait bien des haltes dont l’explication symbolique est parfois difficile à comprendre.

Frère Justin Crowe : affichant une fausse bienveillance derrière laquelle on sent gronder une furie destructrice qui se nourrit d’elle-même… Justin parle avec un timbre chaud, enjôleur et un rien menaçant envers ces ouailles perdues. Iris, sa soeur, vit avec lui et pousse la servitude au-delà de la dévotion ou de la résignation.

Les différents épisodes vont suivre le destin de ces deux hommes, dans une sorte d’allégorie du Bien contre le Mal.

Le principe qui a tout du manichéisme primaire ne laisse en rien présager de la complexité des rapports entre les personnages, secondaires ou non.  Non, ici, c’est plus fort que ce qu’on pourrait penser de premier abord.

Inutile de vous gâcher le plaisir de la découverte, je ne m’étendrai pas plus sur l’histoire. Disons simplement qu’au sein de Carnivàle, nul ne pourra échapper en son destin.

En visionnant cette série, je comprends aussi mieux pourquoi elle n’a pas trouvé son public : très complexe, du fantastique, remplie de mystères, pas de rythme endiablé à la « 24H chrono », trop allusif, trop allégorique, trop symbolique, très difficile à interpréter et encore plus à résumer avec des mots… et trop chère à produire ! En fait,  Carnivale ne pouvait voir le jour que sur la chaîne HBO (celle de « Game of thrones »).

Moi, j’ai trouvé mon bonheur dans cette série dont l’histoire progresse comme une espèce de valse saccadée, hésitante, animée par un rythme parfois trop rapide et ensuite trop lent, comme si le tempo ou la cavalier n’était jamais en accord avec nos attentes.

Ronald D. Moore reconnaissait à l’époque que Carnivàle était certainement l’une des séries les plus compliquées qui ait jamais été produite.  Je le comprends.

Malgré tout, j’espère que seules les voies de Dieu resteront impénétrables et que la saison 2 répondra à toutes mes questions.

All right children, let’s shake some dust !

3. Personnages :

    • Ben Hawkins : Le héros de la série : Retrouvé orphelin sur la route de Milfay, Ben va rencontrer une troupe de forains. Doté d’étranges pouvoirs, il va apprendre à maîtriser le don qu’il possède, tantôt bénéfique, tantôt dévastateur. Le jeune Ben va petit à petit s’intégrer à la troupe, et tisser des liens avec les forains.

  • Samson – Le chef de la troupe : C’est celui qui dirige les forains et qui s’occupe de gérer l’itinéraire de la troupe. Étant nain, il compense sa petite taille par ses qualités d’homme : il sait parfaitement alterner douceur et fermeté, et déploie tous les efforts du monde pour que chaque membre soit satisfait à l’intérieur de la troupe.
  • Clayton « Johnesy » Jones : C’est le chef des ouvriers, il monte et démonte les chapiteaux et s’occupe du transport du matériel. Autrefois grand joueur de baseball, il a dû mettre un terme prématuré à sa carrière à cause d’une violente agression dont il sortit avec une grave fracture du genou, qui le contraint à boiter. C’est lui qui va proposer le premier de recueillir Ben, trouvé sur la route de Milfay.
  • Sofie – La diseuse de bonne aventure : C’est une jeune et charmante diseuse de bonne aventure. Elle vit avec sa mère, Apollonia, qui est atteinte d’un mal qui l’empêche de parler et de bouger. Sofie peut communiquer par télépathie avec cette dernière. Dans sa roulotte, elle exécute les ordres que lui envoie sa mère quant aux sens à donner aux cartes qu’elle tire pour ses clients. Très proche de « Johnesy », elle a un caractère bien trempé, et est appréciée dans la troupe.
  • Professeur Lodz – Le voyant : C’est probablement un des personnages les plus mystérieux de la série. Il a la roulotte la plus luxueuse de la troupe, qu’il partage avec sa bien-aimée, Lila, qui est la femme à barbe de la troupe. Lodz est aveugle, mais il est doté d’étranges pouvoir, qui lui permettent de voir de nombreuses choses. Tout de suite très intéressé par Ben, il va essayer de se rapprocher de ce dernier pour comprendre son pouvoir. C’est le personnage le moins apprécié par le reste de la troupe, probablement à cause de la crainte qu’il inspire aux autres.
  • Ruthie – La charmeuse de serpents : C’est une foraine appréciée, qui tient un show avec des serpents. Son fils Gabriel, doté d’une force herculéenne, l’aide et contribue à son numéro en tordant des bouts d’acier comme s’ils étaient en caoutchouc. Ruthie incarne la figure de la bonne mère, attachante et très sympathique.
  • Rita Sue Dreifuss – La call girl : C’est la strip-teaseuse de la troupe. Cette mère de deux filles, toutes deux déjà adolescentes, se plaît à exhiber ses formes généreuses. Elle tient le show le plus regardé de la troupe, avec l’aide de ses filles Libby et Dora, toutes deux aussi call girls. C’est la femme de Stumpy, qui fait la promotion des shows organisés par la troupe.
  • Le Grand Patron – Patron suprême de la caravane : On ne le voit jamais, il se terre derrière l’immense rideau de sa roulotte. Seul Samson a le droit de pénétrer dans cette dernière, pour recevoir les ordres que lui transmet le Grand Patron. C’est un personnage extrêmement mystérieux, que personne n’a jamais vu, mais que tout le monde craint, à l’exception de Ben…

4. Distribution :

  • Michael J. Anderson (V. F. : Patrice Dozier) : Samson
  • Nick Stahl (V. F. : Alexis Victor) : Ben Hawkins
  • Clancy Brown (V. F. : Paul Borne) : Frère Justin Crowe
  • Amy Madigan (V. F. : Céline Monsarrat) : Iris Crowe
  • Ralph Waite (V. F. : Michel Paulin) : Révérend Norman Balthus
  • Clea DuVall (V. F. : Vanina Pradier) : Sofie
  • Tim DeKay (V. F. : Marc Alfos) : Clayton « Johnesy » Jones
  • Patrick Bauchau (V. F. : Patrick Floersheim) : Professeur Lodz
  • Debra Christofferson (V. F. : Laurence Crouzet) : Lila
  • Diane Salinger : Apollonia
  • Adrienne Barbeau (V. F. : Véronique Augereau) : Ruthie
  • Toby Huss (V. F. : Nicolas Marie) : Felix « Stumpy » Dreifuss
  • Cynthia Ettinger (V. F. : Véronique Alycia) : Rita Sue Dreifuss
  • Carla Gallo (V. F. : Laura Préjean) : Libby Dreifuss
  • Amanda Aday (V. F. : Vanessa Bettane) : Dora Mae Dreifuss

 

« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le « Le Mois Américain » chez Titine.

Un Nommé Peter Karras‭ – George P. Pelecanos [D.C. Quartet 1]

Titre : Un Nommé Peter Karras‭ – Série D.C.‭ ‬Quartet                      big_5
 
Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2011)

Résumé :
Peter Karras, fils d’immigrants grecs, et Joe Recevo, issu d’une famille italienne, sont liés depuis l’enfance par une forte amitié.

Alors que la Grande Dépression frappait les États-Unis, ils appartenaient à la même bande de gamins dans un quartier pauvre de Washington. Ils ont grandi, participé à la Seconde Guerre mondiale et sont devenus les hommes de main de Burke, un caïd qui prête de l’argent.

Peter n’aime pas intervenir auprès des mauvais payeurs, surtout lorsqu’il s’agit de familles grecques.

Après deux échecs, Burke décide de le corriger. Estropié à vie, Peter devient cuisinier dans le restaurant de Nick Stefanos.

Un soir, il voit débarquer Burke et ses hommes venus racketter son employeur. L’heure de sa vengeance vient de sonner !

Petit Plus : Premier volet d’une passionnante chronique consacrée à Washington, ce récit qui décrit longuement les destins de plusieurs camarades d’enfance, est une réflexion sur l’honneur et l’amitié.

Il se poursuit par « King Suckerman » avec Dimitri Karras, le fils de Peter.

Critique :
DC, vous connaissez ? Non, je ne parle pas du groupe AC/DC ! DC… Washington DC (pour District Columbia), bande de moules.

En suivant le jeune Peter Karras – Spartiate d’origine – lors de sa jeunesse dans les années 30, juste après la Grande Dépression, en passant par la Seconde Guerre Mondiale et jusqu’en 1949, nous suivons aussi la ville de Washington DC dans ce qu’elle a de plus sombre.

De 1933 à 1949, ce sont les quartiers les pauvres que nous explorons aux travers de quelques personnages…

— Ah, ces grecs, si vous leur coupiez les mains, y avait fort à parier qu’ils ne sauraient plus parler.

Des immigrés grecs, italiens, chinois, cherchant tant bien que mal à s’en sortir, afin de nourrir leur famille, que se soit de manière honnête ou via la pègre locale, cette tique qui peut vous sauter un jour sur le dos pour vous pomper une partie de votre sang en vous proposant de vous protéger.

Ce qui est le plus étonnant avec ces immigrés grecs et italiens, qui furent eux-mêmes la cible d’un racisme ambiant, c’est qu’ils refusaient que les Noirs mangent dans leurs restos !

Ce n’est qu’ensuite, lorsque leurs petites gargotes eurent moins de monde, qu’ils ouvrirent leurs salles aux Noirs. Mais je ne devrais plus être étonnée de rien, moi.

L’écriture est agréable, presque « simple », pourtant, ce serait une erreur de dire que l’auteur écrit de manière simpliste. C’est… comment dire… ça ressemble à de la simplicité, mais ce n’est pas de la simplicité ! Simply the best…

— Vous autres, les gars, vous revenez de la guerre, et parce que vous en avez réchappé, vous pensez que tout et tout le monde doit se mettre à genoux devant vous. Tout vous est dû, dans un joli paquet cadeau, avec un ruban autour, rien que pour vous. Parce que vous avez survécu, vous croyez que vous êtes immortel. Mais je vais vous dire un truc : c’est juste un répit qu’on vous a accordé. Un simple répit.

Par contre, c’est sans concession pour cette Amérique des années 30. On plonge dans les quartiers les plus chauds, peuplés d’immigrés, ceux que les gens d’un statut social « plus élevé » ne veulent pas voir dans leurs rues.

Malgré tout, malgré les défauts et la critique de cette ville, on sent qu’il y a de l’amour derrière. L’auteur la connait, cette ville, lui même étant fils d’immigrés grecs, il l’aime, cette ville, mais il ne se prive pas pour la mettre en scène dans ses coins les moins reluisant.

Au niveau des personnages, c’est bien simple, on a l’impression de les connaître, de les côtoyer depuis des années, on les voit grandir, prendre des mauvaises directions…

Ils ont leurs défauts, leurs qualités, leurs péchés aussi, bien que la messe ne soit pas encore dite tout à fait pour tous. La rédemption peut encore avoir lieu.

— Qu’est-ce que tu vas en faire ? demanda Stefanos.
— Je vais faire plaisir aux poissons demain matin, Nico. Voilà ce que je vais faire. T’inquiète pas pour ça, d’accord ? Je m’occupe de ces types, et du caro aussi. T’inquiète pas.
— Je m’inquiète pas, dit Stefanos.
Mais il se demandait déjà quel châtiment Dieu réservait aux hommes qui ôtaient la vie à d’autres hommes.

Dans ce roman noir, il y a une ambiance terrible dans les pages, des atmosphères sombres, des contextes sociaux extrêmement forts, de la pauvreté, de la débrouillardise, du racisme et de l’amitié.

Qui dit pauvreté dit mafia ou pègre… l’argent peut arriver facilement dans votre poche, couler à flot, vous donner la sensation d’une vie facile, sans tracas, mais vous savez aussi que quand on dort avec son chien, il ne faut pas s’étonner de se réveiller avec des puces.

Le chemin le plus facile n’est pas le chemin le plus honnête… Il faut avoir du courage pour rompre avec certains et adopter une vie correcte, exempte de règlements de compte ou de dette.

Durant ma lecture, je me suis attachée à Peter, à Nick, à Costa, à Joe, à Florek… et je n’avais pas envie de les quitter en fermant le livre.

Un grand roman noir qui prend son temps pour planter le décor, ressemblant plus, au départ, à un roman « Historique » sur les conditions de vie des immigrés qu’à un polar et dont la construction nous donne même un petit puzzle chronologique de la vie de Peter Karras.

Excellent ! À déguster sans modération mais en prenant son temps afin que le roman fonde dans la bouche.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez NoctembuleLire,  « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix du Roman Noir étranger du Festival du Film de Cognac – 2001) et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Mr. Shivers : Robert Jackson Bennet

Titre :  Mr. Shivers                                                      big_2

Auteur : Robert Bennett
Édition : Eclipse (2011)

Résumé :
Etats-Unis, époque de la grande dépression. Par milliers, les gens quittent leur foyer, à la recherche d’une meilleure vie. Mais Marcus Connelly n’en fait pas partie. Lui ne désire qu’une chose : la vengeance.

Passager clandestin des chemins de fer, le vagabond couvert de cicatrices qui a tué la petite fille de Connelly rôde dans les campements de ceux qui ont tout perdu. Nul ne connaît son identité mais tout le monde connaît son nom : Mr Shivers.

C’est l’histoire d’une Amérique hantée par la mort et le désespoir. Un monde dans lequel un homme doit affronter une sombre vérité et répondre à une question : jusqu’où peut-on aller pour obtenir satisfaction ?

Critique :
Un mystérieux tueur en série que personne n’arrivait à stopper… Un homme qui décidait de traquer cet assassin qui lui avait ravi sa petite fille, sa route croisant celle d’autres personnes poursuivant le tueur eux aussi… Ça ne pouvait qu’être intéressant ! J’en avais eu l’eau à la bouche en achetant ce roman et c’est donc toute contente que j’ai entamé cette lecture.

La lecture s’est terminée avec la gorge sèche pour cause de récit qui ne m’a pas rassasié le gosier !

Le seul point positif, c’est la description de cette Amérique des années 30, après le krash boursier et la tempête de sable qui dévasta toutes les plantations, obligeant les gens à se mettre en route et à jouer les explorateurs des temps modernes, sillonnant leur pays à la recherche du travail, passagers clandestins sur les trains.

Pour le reste, l’histoire manque de rythme, les moments plus « intenses » étant suivis de moments plus calmes qui ne sont pas intéressants, juste bon à me faire bailler et soupirer. Quand je pense que certains auteurs pourraient me recopier l’annuaire de Saint-Embroisine et me captiver tout de même ! Là, il n’en fut rien.

Les personnages ne sont pas très attachants et le méchant vilain tout plein ne fait pas peur.

Dommage, parce qu’il a tout pour plaire, heu, pour déplaire, ce mystérieux tueur au visage couturé de cicatrices non esthétiques (n’est pas le sexy Albator qui veut) et au palmarès « cadavres » bien rempli. Il semble insaisissable, tuant sans motifs, sans mobiles, sans schéma précis, suivant juste sa route. Les membres de la série « Esprits criminels » y auraient perdu leur latin, avec un tueur pareil. Las… *gros soupir*

Ce tueur étrange, je me suis posée des tas de questions sur lui. Étrange, tout le monde connaît son nom : « Mr. Shivers ». Et tout le monde a des anecdotes sur lui (soit vu de ses yeux vus, soit raconté par d’autres).

Mais voilà, mal exploité, il ne fait même pas froid dans le dos, ce tueur ! Un comble.

Ce qui m’a dérangé aussi, c’est que je ne m’attendais pas à tomber sur du fantastique dans le livre. Et c’est là aussi que le bât a blessé…

Bref, je ne le recommande pas du tout !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon) et au  « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)CHALLENGE - Polar historique CHALLENGE - US