Le camp des morts : Craig Johnson [Walt Longmire 2]

Titre : Le camp des morts                                   big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2010)

Résumé :
Lorsque Mari Baroja est empoisonnée à la maison de retraite de Durant, Wyoming, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il se plonge alors dans le passé mystérieux de cette femme et dans celui de son mentor, le shérif Lucian Connally à la poigne légendaire.

Tandis que l’histoire douloureuse de la victime trouve peu à peu une résonance dans le présent, d’autres meurtres se mettent sur le chemin des deux shérifs. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, son adjointe au langage fleuri et un nouveau venu séduisant, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Le Camp des morts, le second volet des aventures de Walt Longmire, nous emmène au cœur d’une violence qui se terre dans les paysages magnifiques du Wyoming. Et hisse Craig Johnson au niveau des plus grands.

Critique :
Tout comme le bon vin, les romans mettant en scène le shérif Walt Longmire bonifient au fur et à mesure des chais !

Le premier était déjà un bon cru, mais le deuxième le dépasse d’une grande longueur en bouche tout en dégageant un bouquet des plus fleuri, avec des notes de poudre de fusil, de sang et de cadavres.

Une vieille dame décède à la maison de retraite de Durant, Wyoming et l’ancien shérif Connaly certifie à son successeur, Walt Longmire, que Mari Baroja a été empoisonnée !

Et c’est parti pour un tour dans le passé, une remontée de 50 ans en arrière, rien que ça !

Une plongée dans le passé de l’ancien shérif, quelques exhumations de cadavres des placards, des agressions à la pelle, une famille basque qui a de gros intérêt dans l’extraction du méthane, pendant que dehors, la neige se déchaine. Walt va avoir du pain sur la planche.

Puisqu’il y a de la neige, l’enquête prendra son temps, sans que j’ai ressenti la moindre longueur, de plus, nous avons droit à quelques rebondissements entre les agressions et autres meurtres qui se déroulent dans la ville, à croire que le nouveau shérif attire les cadavres comme une bouse de vache attire les mouches.

La galerie de personnages est toujours haute en couleur, surtout les deux assistantes de Walt, Ruby et Vic, son ami indien Henry Standing Bear, son ex-patron qui a un caractère de dogue affamé, sans oublier l’arrivée d’un p’tit nouveau adjoint qui me plait bien, hormis qu’il a un nom à coucher dehors.

Il avait vingt-huit ans,il mesurait un mètre 75, pesait 83 kilos et avait des cheveux et des yeux bruns. Il était apparemment doué en langues; il parlait espagnol, portugais; français et allemand. Il faudrait que je me renseigne sur son niveau en cheyenne et en crow.

Le shérif a des blessures, comme tout le monde, mais on ne tombe pas dans le cliché du flic alcoolo et plus dépressif qu’un rat crevé.

Walt a beaucoup d’humour et les bons mots parsèment le récit. L’écriture de Craig Johnson est une que j’apprécie beaucoup, sans chichis mais une plume qui me fait sourire.

— Vos savez, on entend des choses à Sheridan sur cet endroit qu’on dit si arriéré, mais jusqu’à maintenant je n’y croyais pas vraiment.
— Eh bien, je suis heureux que nous soyons à la hauteur de toutes les attentes.

**

— Non, ça aurait été du vol, et au Bureau du Shérif, nous essayons de nous abstenir de ce genre de choses.

**

— La boîte de Métamucil a disparu.
— Tu plaisantes ?
— Non, je ne plaisante pas et ils ont une crise de chiasse généralisée ici, genre : on dirait que quelqu’un a volé un des Manuscrits de la mer Morte.

Un récit qui vous entraîne dans le Wyoming profond, au fin fond du trou du cul de l’Amérique, dans une ville où j’ai plaisir à poser mes valises pour suivre les pérégrinations de Walt et de son chien, qui, comme celui du lieutenant Columbo, n’a pas de nom !

L’enquête est bien tournée et je vous conseille de vous baisser parce que parfois, les balles vont siffler comme au far-west.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

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Little Bird : Craig Johnson [Walt Longmire 1]

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Titre : Little Bird                                                        big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2009)

Résumé :
Après vingt-quatre années au bureau du shérif du comté d’Absaroka, Walt Longmire aspire à terminer sa carrière en paix. Ses espoirs s’envo­lent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve Cheyenne.

Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d’une jeune Indienne, Melissa Little Bird. Jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd’hui, il semble que quelqu’un cherche à se venger.

Alors que se prépare un blizzard d’une rare violence, Walt devra parcourir les grands espaces du Wyoming sur la piste d’un assassin déterminé à parvenir à ses fins.

Petit plus : Avec Little Bird, premier volet des aventures de Walt Longmire, Craig Johnson nous offre un éventail de personnages pourvus de suffisamment de sens du tragique et d’humour pour remplir les vastes étendues glacées des Hautes Plaines.

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Critique : 
Walt Longmire est tout le contraire de Lucky Luke car il n’a pas la réputation de tirer plus vite que son ombre, bien qu’il sache viser correctement. Non, notre sherif fait plus dans la nonchalance qu’autre chose.

Cela fait 24 ans qu’il est au bureau du shérif du comté d’Absaroka et monsieur apprécierait qu’on lui laisse un peu sa carrière se la couler douce.

Mais méfiez-vous quand même ! « Nonchalance » ne veut pas dire « imbécile » ou « je-m’en-foutisme ». Parce que s’il vous prenait l’envie subite de dézinguer des personnes – même si elles le méritent amplement – il vous traquera afin de résoudre cette affaire.

Alors, qui est mort et pourquoi ? C’est la question que l’on se pose au début du livre : qu’est-ce qui a bien pu pousser ce tireur mystérieux (et d’élite) à descendre Cody Pritchard près de la réserve Cheyenne ?

Certes, ce gars et ses trois copains avaient abusé d’une jeune indienne souffrant d’un retard mental, mais ils sont été appréhendés, jugés et ont purgé une peine d’emprisonnement. Minime, je vous l’accorde bien volontiers, mais pourquoi ce venger deux ans après ??

En tout cas, cela risque de jeter de l’huile sur le feu qui couve entre les deux communautés : les Blancs et les Indiens. Sans compter que le blizzard a des envies folles de s’inviter dans la danse.

Alors Walt va remuer ses 120 kg de masse graisseuse ou sommeille encore un peu de muscle asthmatique et enquêter sur le meurtre. Oh, tiens, encore un cadavre tout froid raide mort, une balle dans le buffet !

Il faudrait se dépêcher, mais Walt ne fait pas partie des enquêteurs rempli d’énergie et qui courent partout, tels que Holmes. De plus, il n’est pas toujours bien accompagné dans sa vie professionnelle (la privée, c’est encore pire) et notre Walt ne sait plus trop à quel sein (saint ?) se vouer car un climat de suspicion s’installe et il se demande s’il peut faire confiance à son ami Indien, Henry Standing Bear.

Ses policiers ne sont pas tous « avec lui » et en plus, tout en enquêtant, il doit aussi penser à sa réélection. Bigre, pour un qui voulait se la couler douce, ça en fait beaucoup !

Les fausses pistes partent dans tous les sens, les suspects sont assez nombreux et impossible de coller les meurtres sur le dos du majordome.

– Ce serait une sacrée merde si le coupable s’avérait être le dentiste ? Je sais que ce n’est pas aussi classe que le majordome, mais les gens seraient drôlement surpris, non ?

Une écriture remplie d’humour et de bons mots, j’ai eu souvent le sourire aux lèvres avec le shérif Longmire.

« Moi, j’dirais que sa connerie n’a pas encore atteint sa pleine mesure, et que la tienne, elle est en train d’enfler à vue d’œil ».

– Billy, tu dis avoir vu un corps ?
– Ouais, c’est vrai
– Il ressemblait à quoi ?
Un silence…
– Ben, à un corps.
J’envisageai de me taper la tête sur mon bureau.

Le shérif Longmire a des soucis dans sa vie, mais elle est un long fleuve tranquille comparé à un Erlendur (de l’auteur Arnaldur Indridasson). Limite rose bonbon… et ça fait du bien de ne pas tomber sur un énième flic alcolo-drogué-désabusé-dépressif-suicidaire.

Les personnages sont bien travaillés, attachants, pas trop désabusés, les paysages sont sauvages et c’est un réel plaisir d’en apprendre un peu plus sur les Indiens d’Amérique (Amérindiens).

Je regardai les traînées de nuages reflétées par la lune. Il avait l’air de faire froid dans la montagne. Nous étions dans la cinquième année d’un cycle de sécheresse et les ranchers se réjouiraient de voir l’humidité s’accumuler là-haut. Au printemps, l’eau porteuse de vie descendrait le long des précipices, faisant pousser l’herbe, nourrissant les vaches, pour qu’on ait des hamburgers et que le shérif soit payé. C’était dans l’ordre naturel des choses, ou du moins, c’était ce que les ranchers me disaient et me répétaient.

– Ce sont les plumes de hibou qui sont signe de mort, les messagères de l’autre monde.La plume d’aigle est un signe de vie, elle renvoie à toutes les activités des vivants: faire la pluie, planter et récolter dans les champs, pêcher en abondance, protéger les maisons et guérir les maladies. Elle est considérée comme le souffle de la vie, incarnant le pouvoir et l’esprit de l’oiseau dont elle était autrefois un élément vivant.

Le rythme est très lent, on rentre doucement dans l’histoire et celui qui cherche du trépidant devra aller voir ailleurs. Malgré la lenteur, je n’ai pas ressenti de l’ennui.

Le final est angoissant et j’ai poussé un cri de surprise.

Un roman noir dans un trou perdu du trou du cul de l’Amérique (c’est vous dire s’il est perdu).

Une belle découverte ! Le récit m’a emmené fort loin de mon pays, pour les plaines sauvages du Wyoming et je compte bien refaire le voyage avec les romans suivants.

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule, le challenge« Il était une fois dans l’Ouest » chez Arieste et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix « Le Roman Noir » en 2010 du Nouvel Observateur).

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur