Enfants de poussière : Craig Johnson [Walt Longmire 4]

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Titre : Enfants de poussière – Walt Longmire 4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2014)

Résumé :
Le comté d’Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé d’Amérique.

Aussi, y découvrir en bordure de route le corps d’une jeune Asiatique étranglée est-il plutôt déconcertant.

Le coupable paraît pourtant tout désigné quand on trouve, à proximité des lieux du crime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme.

Mais le shérif Walt Longmire n’est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite.

D’autant que le sac de la victime recèle une autre surprise : une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à sa première affaire alors qu’il était enquêteur chez les marines, en pleine guerre du Vietnam.

Petit Plus : Enfants de poussière entremêle passé et présent au gré de deux enquêtes aux échos inattendus.

Ce nouveau volet des aventures du shérif Longmire et de son ami de toujours l’Indien Henry Standing Bear, nous entraîne à un rythme haletant des boîtes de nuit de Saïgon aux villes fantômes du Wyoming.

article-2303845-1909A80B000005DC-692_470x610Critique : 
Retrouver Walt Longmire, shérif  du comté d’Absaroka (Wyoming) et toute son équipe, chien compris, c’est comme retrouver de vieux amis.

Avant d’entrer dans le Wyoming, j’avais enfilé ma doudoune, mes gants, mon bonnet, une écharpe… et merde, c’est le mois de juillet ! Allez hop, à poil !

Notre shérif Longmire est bien ennuyé, lui qui voulait passer du temps avec sa fille convalescente, le voilà avec le cadavre d’une jeune vietnamienne retrouvée étranglée à proximité de l’autoroute.

Un suspect ? Oui ! Et de taille !

Les enquêtes de Walt Longmire et de sa fine équipe n’ont rien de « trépidantes », on ne court pas dans tous les sens car ici, on n’est pas dans 24h chrono !

Pourtant, un indien a dû jeter un sort aux pages du livre car il m’était impossible de poser le roman. « Allez, encore un chapitre et puis j’arrête… Allez, encore deux paragraphes… » Résultat, en une journée, il a été dévoré.

Les personnages sont bien travaillés, on prend plaisir à les voir évoluer, s’interroger,… L’équipe qui entoure le shérif n’est pas en reste et c’est vraiment une bande de copains dont je prend plaisir à retrouver à chaque roman. L’Ours étant mon chouchou avec le jeune basque.

Je pensai à mon effrayante adjointe originaire de Philadelphie, au fait qu’elle pouvait tirer, boire et jurer davantage que tous les flics que je connaissais, et au fait qu’elle représentait en ce moment même notre comté à l’Académie de police du Wyoming.

Dans ce roman, le passé et présent s’entremêlent au gré de deux enquêtes : celle au Wyoming, de nos jours, et celle que mena un jour Walt Longmire, alors jeune inspecteur des Marines, au Vietnam. Deux enquêtes à résoudre et ce ne fut pas aussi facile qu’on pourrait le penser.

— Autant chercher une petite bite dans une botte de foin vietnamienne.

Très addictif les chapitres consacrés à la guerre du Vietnam et à l’enquête sur un trafic de drogues. Au début, je me demandais où cela allait nous mener, mais l’auteur connait son job sur le bout des doigts et il nous raccrochera les wagons à la fin de son récit.

— Écoute, ce pays est infesté de drogue, et une grande partie de cette merde vient de notre propre CIA. Il y a du bhanj qui pousse partout, de l’opium dans la montagne et l’héroïne ma thuyi est l’industrie artisanale de choix, par ici. (Il leva sa bière et cogna la mienne.) T’as plus qu’à choisir ton poison. Tiens, mate un peu.

Les guerres ont toujours été des saloperies et celle du Vietnam ne fait pas exception à la règle.

On les avait enroulés dans des ponchos en plastique parce que l’armée avait épuisé son stock de sacs mortuaires. Elle avait aussi épuisé son stock de nourriture, de munitions et de médicaments – les morts étaient l’une des rares choses qui semblaient toujours se trouver en abondance.

En peu de chapitres, l’auteur nous fait vivre au travers des récits les combats féroces et barbares qui eurent lieu, nous parle des gradés qui manquèrent de couilles, de parole, de discernement, qui se cachèrent (courage, fuyons !) et punirent ensuite ceux qui en avaient eu deux (de paires de cojones), tout en faisant enquêter son jeune inspecteur.

Durant l’enquête dans le présent, on jouera au chat et à la souris pour terminer sur une page glauque de l’Histoire car là où il y a de la misère humaine, il y aura toujours des gens sans scrupules pour en profiter et se faire du fric sur le dos des autres.

— Ils ont été exploités par les Vietnamiens, les communistes, les Français, et maintenant, ils le sont par nous. Et lorsque cette guerre criminelle sera terminée, je peux te certifier que ce seront eux qui paieront le prix fort.

Encore une enquête rondement menée par notre shérif préféré, Walt Longmire, de l’Histoire avec un grand I, des Indiens, de l’humour, des fines réparties, de l’amitié, et une plume qui m’entraine toujours dans un autre monde, celui de Walt et de son équipe.

Grand Esprit, garde-moi de critiquer mon voisin tant que je n’ai pas marché une heure durant dans ses mocassins.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (371 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

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Les neuf cercles : R.J Ellory

Neuf Cercles - Ellory [NUM]Titre : Les neuf cercles [NUM]                                     big_5

Auteur : R.J Ellory
Édition : Sonatine (2014)

Résumé :
1974. De retour du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg, Mississippi. Une petite ville tranquille jusqu’au jour où l’on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d’une adolescente.

La surprise est de taille : celle-ci n’est autre que Nancy Denton, une jeune fille mystérieusement disparue vingt ans plus tôt, dont le corps a été préservé par la boue.

L’autopsie révèle que son cœur a disparu, remplacé par un panier contenant la dépouille d’un serpent. Traumatisé par le Vietnam, cette guerre atroce dont « seuls les morts ont vu la fin », John doit à nouveau faire face à l’horreur.

Il va ainsi repartir au combat, un combat singulier, cette fois, tant il est vrai qu’un seul corps peut être plus perturbant encore que des centaines. Un combat mené pour une adolescente assassinée et une mère de famille déchirée, un combat contre les secrets et les vérités cachées de sa petite ville tranquille.

Si mener une enquête vingt ans après le crime semble une entreprise périlleuse, cela n’est rien à côté de ce qui attend John : une nouvelle traversée des neuf cercles de l’enfer.

Critique : 
Ellory a beau être anglais, il nous décrit l’Amérique comme un vrai yankee, à la différence qu’il a du recul pour analyser plus en profondeur sa face cachée, sa face sombre, celle qui est à mille lieues du clinquant ou des airs vertueux de ce pays qui veut jouer le gendarme du monde alors qu’il est un grand voleur…

Qu’elle soit nécessaire, ou même justifiée, ne croyez jamais que la guerre n’est pas un crime.

Le Vietnam… Une sacrée boucherie, un putain de merdier et monstrueuse erreur monumentale selon John Gaines, ancien combattant devenu le shérif de la petite ville tranquille qu’est Whytesburg, Mississippi. Un crime tous les ans et le coupable qui attend les flics tranquillement, des contraventions… Voilà son quotidien. Cool.

Une petite ville tranquille jusqu’au jour où l’on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d’une adolescente qui avait disparu 20 ans plus tôt.

Notre pauvre shérif va faire face à la plus terrible affaire de sa carrière, les morts tombant comme des mouches sous l’action combinée d’un « pchitt » de Baygon Vert et Bleu. C’est vous dire si le croque-mort va avoir du boulot.

Les années 70, dans les romans, j’adore parce que c’est une période sans nouvelles technologies, sans toutes les facilités que nous avons maintenant et cela rend les enquêtes plus « vraies ».

Si en plus on me parle des années 70 en Amérique, là, je kiffe à mort !

L’auteur a su trouver les mots justes pour nous parler de l’ambiance assez plombée de cette époque « post guerre du Vietnam », où les anciens combattants souffraient de ce mal non encore étiqueté qu’est le stress post-traumatique.

On perdait une partie de son humanité à la guerre, et on ne la récupérait jamais.

Cette époque où des mots tels que « respect », « tolérance » ou « égalité des hommes » étaient considérés comme des gros mots et où les membres du sinistre Klan, bien que ne se promenant plus avec des taies d’oreillers sur leurs tronches, étendait encore leurs ombres sur le territoire.

J’apprécie que l’on décortique ces années où la déségrégation, qui aurait dû commencer, n’avait pas eu lieu parce que les hommes Blancs étaient trop cons que pour se rendre compte que nous sommes tous les mêmes ou alors, ne voulaient pas voir la vérité car elle leur faisait peur.

La haine trouvait son fondement dans l’ignorance. Pourtant, la haine des autres était aussi une haine de soi, car au fond, nous étions tous les mêmes.

Ellory nous plonge en plein dans ces années que ce grand pays, sois-disant « démocratique », aimerait oublier.

À travers les souvenirs du Vietnam de Gaines, nous allons mener l’enquête avec lui, à son rythme, entrant dans les maisons et les vies de certains des habitants, traquant les indices quasi inexistants, remontant le fil des événements 20 ans plus tôt.

Bien qu’écrit à la troisième personne, on a l’impression que le narrateur, c’est Gaines, comme si c’était lui qui nous racontait l’histoire.

Les personnages sont forts, le shérif Gaines est un homme que l’on a envie d’aimer (en tant qu’ami), un homme qui m’a ému au travers d’un événement de son existence, un policier qui ne laisse pas tomber son affaire, même s’il n’est pas infaillible et commet des erreurs.

Un homme qui n’a pas peur de s’attaquer à un plus fort que lui.

La plume de Ellory fait mouche et dresse un portrait au vitriol de cette Amérique un peu profonde, où les grandes familles font la loi, où les hautes sphères sont corrompues, où il était si facile d’envoyer les gens en taule… Cette grande nation qui envoya ses jeunes se faire massacrer pour rien au Vietnam.

Se battre pour la paix, c’est comme baiser pour la virginité.

Ils disaient que la conscription, c’était des Blancs qui envoyaient des Noirs se battre contre des Jaunes pour protéger la terre qu’ils avaient volée à des Rouges.

Ce n’était pas la taille, ni l’influence, ni la richesse d’un pays qui permettaient de gagner une guerre dans la jungle. C’était la connaissance. La présence. La compréhension du territoire. Seuls les Vietnamiens possédaient tout ça : ils ne pouvaient donc pas perdre.

La guerre acceptait tout le monde. À la guerre, il n’y avait ni racisme, ni fanatisme, ni intolérance, ni division, ni distinction de race, de couleur, de croyance, de confession, de nationalité, d’âge ou de genre. La guerre pouvait consumer un Vietnamien de 5 ans qui n’avait rien vu de la vie aussi aisément et voracement qu’elle consumait un marine de 45 ans avec une soif insatiable de Viets morts.

La guerre purgeait les hommes de ce qu’ils avaient de meilleur. Elle les purgeait avec du feu, des balles, des lames, des bombes et du sang. Elle les purgeait avec du chagrin et de la douleur, et avec cette espèce d’incrédulité particulière et incommunicable qu’elle engendrait chez tous ceux qui assistaient à la cérémonie de la bataille.

L’ennemi des États-Unis n’avait pas de visage, pas d’uniforme, il connaissait le terrain, ses anomalies et ses particularités, et avait donc toujours l’avantage. Les États-Unis possédaient la puissance de feu, la couverture aérienne, de solides lignes d’approvisionnement, des ressources humaines presque inépuisables, mais ils ne possédaient pas d’ennemi visible. Ils combattaient des fantômes et des ombres. Ils combattaient un cauchemar.

Amis du trépidant, perdez pas votre temps dans ce roman, ici, tout n’est que lenteur calculée, profondeur délibérée, psychologie planifiée, indices proportionnés, récits de guerre calibrés, entremêlés dans une enquête bien ficelée, le tout servi par une plume acérée qui assènera quelques vérités que nous devrions nous méditer.

L’Amérique, la plus grande de toutes les puissances, s’était faite avoir et vaincre par une bande de collabos communistes en sandales. La fierté d’Eisenhower en avait pris un coup. Il avait vaincu l’Allemagne nazie, et, pourtant, il n’était pas foutu de s’emparer d’une bande de terre grande comme la moitié du Texas. Eisenhower était texan. Le Vietnam était un coin paumé au milieu de nulle part. Il était humilié.

Tout le monde savait que la fin était proche, mais la machine de guerre était trop bête et arrogante pour s’avouer vaincue.

Deux Ellory en peu de temps, deux orgasmes littéraires. Ce mec est fort !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015)et Le « Challenge US » (2014-2015) chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - US