Les larmes noires sur la terre : Sandrine Collette

Titre : Les larmes noires sur la terre

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (02/02/2017)

Résumé :

Six ans après avoir quitté son île natale pour suivre un homme à Paris, Moe tente de survivre avec son nourrisson.

Elle est conduite par les autorités à la Casse, une ville pour miséreux logés dans des voitures brisées.

Au milieu de ce cauchemar, elle fait la connaissance de Jaja, Marie-Thé, Nini, Ada et Poule, cinq femmes qui s’épaulent pour affronter la violence du quartier.

Critique :
Qui a encore éteint la lumière ? C’est pas possible de débuter sa vie dans un coin paradisiaque et de se retrouver ensuite dans une Enfer digne de Dante !

« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate », voilà ce qu’on aurait pu noter comme formule d’accueil pour ceux qui entrent à La Casse ! C’est vous dire la sombritude (néologisme offert gratos)…

De ce roman, que je voulais absolument lire, je n’avais pas vraiment lu le résumé avec attention, voulant découvrir l’univers du roman sans l’aide du 4ème de couverture. Rester vierge, en fait !

La Casse… Là, je me suis demandé dans quelle galère j’étais tombée… Pas possible, pour en arriver là, il faut avoir vécu une fin du monde, une catastrophe naturelle, un accident nucléaire… On n’imposerait pas délibérément ça à des êtres humains dans un pays tel que la France tout de même !

Ou alors, je ne suis pas en France, mais dans un autre pays, un pays moribond après les multiples guerres qu’il a subies ??

Non, j’étais bien en France, sans catastrophe naturelle, sans guerre, mais heureusement, dans ce que j’appellerais « un futur » et pas en 2017. Ça fout la trouille tout de même !

La force du roman, c’est que l’auteur a su rester réaliste et donner vie à ses personnages principaux, que ce soit Moe, au départ, qui nous raconte sa vie sur une île des DOM-TOM, sa venue en France et sa descente dans ce qu’elle pensait être un Enfer, sans imaginer qu’il pouvait encore y avoir pire ou les autres personnages qui vont graviter autour d’elle.

On s’attache à Moe, on frémit avec elle, on la voit essayer de s’en sortir, de se trouver un travail, mais la pauvre ne parvient pas à nager dans ce monde de requins, dans cette jungle où la loi du plus fort est toujours en vigueur et la meilleure.

Moe, on la voit chuter, on la voit atterrir à la Casse, endroit où l’on ne voudrait pas se retrouver pour tout l’or du monde, on la suit dans son acclimatation, dans sa découverte des autres femmes qui partagent « sa ruelle » et dans sa descente encore plus bas, afin de réunir la somme nécessaire à son départ de elle et de son enfant.

Oui, pour sortir de là, faut payer son billet de sortie et il n’est pas bon marché. Autrement dit, tu ne sortiras jamais de la Casse. Bienvenue en Enfer !

Pourtant, il y a une once de lumière dans cette Casse, grâce aux autres femmes qui partagent la « cour » avec Moe et qui sont là depuis un certain temps, connaissant tout des us et coutumes de cet enfer sur terre.

Là aussi les portraits sont réussis, leurs histoires sombres, mais racontées de telle manière qu’on aurait, nous aussi, l’impression de les écouter, assises au coin du feu, dans cette petite cour qui réunit quelques carcasses de voitures ou vieille roulottes.

C’est noir, c’est sombre, limite horrible lorsque l’on découvre ces gens que la société ne veut plus, entassés dans une décharge de vieilles voitures, crevant de faim, trimant dans les champs pour un salaire de misère, mourant le plus souvent de faim, de maladies ou à cause des règlements de compte dignes de O.K Corral.

Un petit plaisantin, adepte de l’humour grinçant, aurait même pu ajouter « La travail rend libre » sur un fronton et faire passer les travailleurs-travailleuses de La Casse dessous, lorsqu’ils se rendent aux champs tous les matins, vu les heures qu’ils devaient trimer pour gagner des cacahuètes alors que dans les épiceries de cet Enfer, tout coûte un prix de malade.

Ou comment faire en sorte que les gens qui entrent dans cette Casse, dans cette spirale infernale, n’en sortent plus, le tout avec des moyens simples, sans oublier quelques gardiens armés et munis de chiens.

Un roman noir qui décrit une société dans laquelle je n’aimerais pas vivre… Une plongée en apnée dans une Société qui a rejeté l’autre, le forçant à vivre de manière inhumaine, une Société qui a tout d’une qui pourrait arriver… Restons vigilants !

Un roman bouleversant, émouvant, magnifique, réaliste, sombre, noir, sans édulcorants, sans crème, sans lumière, mais tout au bout, on en voit une petite et elle est merveilleuse.

Sandrine Collette a encore réussi à me faire passer par tout un tas d’émotions et à me lessiver avec un roman fort.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (336 pages).

Nuit mère : Kurt Vonnegut

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Titre : Nuit mère

Auteur : Kurt Vonnegut
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. »

Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge à succès exilé en Allemagne fut en effet le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi.

Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés.

Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

mother-nightCritique :
Voilà un roman qui sort des sentiers battus, aux antipodes de ce que je lis habituellement, et dont, au final, je suis sortie assez secouée.

Howard C. Campbell dit lui-même qu’il est un américain de naissance, un nazi de réputation et un apatride par inclination.

Cet homme que l’on devrait détester nous livre ce récit autobiographique, fictif, de sa vie durant la Seconde Guerre Mondiale en tant que grand propagandiste sur les ondes radios et du côté des nazis.

Récit autobiographie qu’il aurait envoyé à l’auteur, Kurt Vonnegut, depuis sa cellule à Jérusalem dans laquelle il attend son procès.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est qu’au début, on devrait haïr Howard pour ce qu’il a fait, mais au fur et à mesure des pages, on ne sait plus trop quoi penser de lui et la balance penche irrémédiablement vers le mec sympa plutôt que vers le vrai salaud.

L’équilibre étant toujours sujet à caution puisque Howard pourrait nous raconter des carabistouilles… ou pas !

Parce que si cet homme fut un propagandiste, ce ne fut pas vraiment de son fait, mais en tant qu’espion pour les États-Unis !

Dans ses discours farcis à la haine des autres et à la sauce antisémite, ses soupirs, ses toussotements auraient été des codes pour les Américains à l’écoute de ses diatribes haineuses.

Vrai ou pas vrai ?? Sans doute vrai, mais peu de personnes peuvent le confirmer et tout le roman sera rempli de faux-semblants, de ces gens qui pensent être une chose et qui sont l’exact opposé, de ces gens qui se disent purs et qui ne valent pas mieux que les nazis nostalgiques ou les nazis de l’époque du moustachu à la mèche de cheveux noire.

Nous sommes ce que nous feignons d’être, aussi devons-nous prendre garde à ce que nous feignons d’être.

Soyez sur vos gardes durant la lecture…

La plume de l’auteur est facile à lire, le roman se termine en quelques heures, il n’est guère épais (guerre et paix), mais il y a dedans quelques réflexions profondes dont les plus étonnantes sont celles entre Howard Campbell et Eichmann, ce dernier lui demandant s’il devait avoir recours à un agent littéraire ou encore les tournois de pingpong organisés au ministère de la Propagande.

Ici, les salauds ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être et les gentils non plus, tout le monde cache des choses, tout le monde cache ce qu’il est vraiment, et les gens tendent à devenir les personnages dont ils ont endossé les habits pour les besoins de leurs missions.

Nuit mère est un roman étrange, une confession d’un homme seul, d’un homme qui soulève de l’admiration chez les amateurs de la race Blanche et le dégoût chez les autres, exacerbant chez ces derniers des envies de lui casser la gueule puisqu’il fait un parfait bouc émissaire en tant qu’Américain ayant frayé avec l’Ennemi (oubliant de ce côté là que les banques américaines soutinrent l’effort de guerre des deux cotés, aussi bien des yankee que des casques à pointes et des bottines à clous).

Un roman rempli de faux-semblants qui me laisse un peu groggy et perplexe sur la nature Humaine (mais je l’étais déjà).

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Retour à Oakpine : Ron Carlson

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Titre : Retour à Oakpine

Auteur : Ron Carlson
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
La petite ville d’Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c’est à cela qu’aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida.

Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents.

Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d’enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd’hui à un tournant de leur existence.

Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent.

Avec pour décor des images lumineuses et émouvantes de l’Ouest américain, Ron Carlson dépeint toute l’humanité de ses personnages et offre un portrait bouleversant de l’amitié, dans un nouveau roman qui confirme son infini talent à sonder les âmes.

wyomingCritique : 
♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire… ♪

Oui, voilà comment on pourrait résumer ce roman qui ne comporte pas de meurtres, de cadavres ou de tout autre ingrédients qui font monter mon plaisir habituellement.

Ici, c’est une vieille histoire d’amitié entre 4 garçons qui, après la mort du frère aîné de l’un d’eux, se sont séparés, chacun sa route, chacun son destin…

Et puis, un jour, l’un d’eux fait son grand retour à Oakpine : malade du SIDA, Jimmy s’en revient chez ses parents qu’il avait quitté un peu brutalement lorsqu’il était jeune et son père refuse toujours de lui adresser la parole.

Lorsqu’il entendit la voix de son père, il sentit quelque chose se déchirer dans son cœur, comme une feuille de papier qu’on déchire, qu’on déchire lentement, la page d’un livre, mais la déchirure était si ancienne.

Puis, quelques jours auparavant, c’est Mason, avocat, un autre du groupe qui est revenu pour vendre la maison de ses parents… Lui aussi a des vieilles blessures mal refermées et l’impression qu’il est passé à côté des choses essentielles de la vie.

C’est fou comme les grandes amitiés de notre jeunesse résistent souvent peu au passage à l’âge adulte.

Craig, Frank, Jimmy et Mason. De vieux potes qui répétaient dans le garage de l’un, chacun a suivi sa route et ils se sont un peu perdu de vue, totalement, même, pour certains. Ne sont resté à Oakpine que Craig et Frank.

L’écriture est belle, sans pour autant être pompeuse ou « pompante ». Elle est joyeuse, gaie, triste parfois, remplie de souvenirs que ces gamins ont partagés un jour dans cette petite ville du beau Wyoming.

Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité.

La plume de l’auteur vous prend par la main afin de vous montrer cette belle et vieille amitié qui renaît tout doucement de ses cendres, tel le Phoenix, il vous parlera aussi de l’amour qui peut aussi prendre des tournants inattendus ainsi que des espoirs que certains avaient en sortant de Terminale et qui se sont mués en désillusions.

Ce roman n’est pas à lire en espérant qu’il se passera un truc de fou, c’est juste l’histoire de 4 mecs, de leur famille, leurs enfants (quand ils en ont) qui aspirent, eux aussi, à une autre vie, comme leurs parents en leurs temps; ces 4 garçons dans le vent qui, un jour, montèrent leur groupe de musique sans jamais se prendre pour les Rolling Stones.

Ces garçons, qui, comme nous en sortant de notre dernière année, la Terminale (ou la Rétho, en Belgique), avaient de grands projets, de grandes ambitions et qui sont passé à côté de bien des choses.

C’est plus qu’un roman sur l’amitié qui a tout de même perduré, malgré le temps, ce sont aussi des personnages empreints d’une humanité, des gens qui, même sans s’identifier à eux (j’ai jamais joué de la musique dans un groupe), arrivent à vous faire sentir bien dans leurs pages.

Venant d’un petit patelin, moi aussi je me suis exilée ailleurs parce qu’il n’y avait aucun avenir à rester là, tout comme beaucoup de jeunes d’Oakpine firent et feront. La désertion sociale, ça me connait…

C’est un beau roman, c’est une belle histoire…

Ou comment passer un moment de grâce dans un roman…

Étoile 4,5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

(Article écrit avant les attentats qui ont eu lieu, ce matin, dans ma ville de Bruxelles).

Smoky : Will James

Titre : Smoky                                                                       big_5

Auteur : Will James
Édition : Actes Sud (2013)

Résumé :
Smoky évoque la vie d’un cheval dans les grands espaces du Nord-Ouest américain, au début du XXe siècle.

Particulièrement sauvage, il craint les hommes plus que tout.

Mais sa route croisera celle de Clint, un cow-boy qui saura gagner sa confiance et fera de lui l’un des meilleurs chevaux de ranch de l’époque.

Jusqu’au jour où Smoky est volé…

Petit plus : Merveilleuse histoire d’amour entre un homme et un cheval, Smoky est aussi un incomparable témoignage des traditions de l’Ouest américain.

Longtemps avant que la parole des nouveaux maîtres se soit fait entendre, Will James démontrait déjà à quel point la patience, le respect et l’amour permettent d’obtenir le meilleur d’un cheval.

Ce livre est un “classique” pour les amoureux des chevaux aux États-Unis. Publié pour la première fois en 1926, il a connu un succès immédiat et a toujours été édité depuis. Il n’a jamais été traduit en français jusqu’à ce jour.

L’une des plus belles histoires jamais racontées sur les chevaux.

Critique : 
Il est des chevaux qui vous marquent plus que d’autres, des chevaux qu’on oublie jamais. On a beau en avoir monté beaucoup, en avoir croisé des tas, et pourtant, comme le dit si bien Buck Brannaman : « Il y en a un, un jour, qui croise notre route, (…) ce cheval est unique ».

Ceux qui sortent du lot ne sont pas les plus gentils ou les plus faciles. Que du contraire, ce sont souvent les plus dangereux et les plus difficiles à monter qui ont toute notre attention, notre affection… Je vous le confirme. Celui que j’ai le plus aimé fut celui qui me mit par terre et qui manqua de me tuer plusieurs fois, mais jamais par méchanceté.

Ce qui est arrivé à Clint, débourreur professionnel de chevaux dans le ranch « Rocking R » lorsqu’il aperçu le cheval gris souris dans le corral, bon nombre de cavaliers l’ont ressentit. On le voit et on sait que c’est CE cheval là.

Clint est un débourreur qui sait qu’il ne faut pas « briser » un cheval, mais se faire accepter par lui. Ses méthodes sont douces, mais fermes et, entre lui et le cheval, naît tout doucement une amitié profonde. Tout dans le respect.

Le cheval gris souris sur lequel il a jeté son dévolu est baptisé Smoky, mais le lecteur le savait déjà puisqu’il a eu le bonheur de suivre le cheval depuis sa naissance jusqu’à son arrivée parmi les hommes du ranch, à l’âge de cinq ans afin d’être travaillé (même s’il y est déjà venu vers ses 6 mois, pour le marquage).

Petite particularité du récit, l’histoire de la vie du cheval est racontée de son point de vue, mais pas à la première personne. Ce petit artifice du narrateur donne un résultat plus que convaincant car l’auteur s’y connaissait en matière de chevaux, de leur mode de vie, il les avait vécu à leurs côtés et travaillé avec eux toute sa vie.

De plus, le roman est agrémenté par des dessins de l’auteur. Très bien fait, d’ailleurs !

Bien avant les nouvelles méthodes de dressage prônée par de grands cavaliers western, le cow-boy Clint sait que, grâce à sa patience et à sa douceur, il parviendra à ses fins avec Smoky.

Durant 5 ans, il va participer aux roundups (rassemblements des bêtes), monté sur Smoky à qui il apprend le métier. Et le cheval apprend vite, il aime ça et a confiance en son cavalier. Uniquement monté par Clint car il ne tolère personne d’autre. Smoky est un « one-man horse », « le cheval d’un seul homme ».

Si la première partie du texte qui voit grandir Smoky au milieu du troupeau est agréable à lire, la deuxième partie l’est tout autant car on voit le cheval progresser, sans que le récit soit monotone pour autant. Ça se dévore tout seul en une après-midi, d’un coup (290 pages).

Le pire survient lorsque Smoky est volé. Cette partie du récit est plus violente, elle fait mal au coeur du lecteur car Smoky devient une véritable machine à tuer. En perdant son cavalier et on tombant sur un homme sans pitié, quelques chose s’est cassé en lui.

La soumission du cheval, tout à la fin, est particulièrement poignante. J’en ai eu les larmes aux yeux.

Roman de grands espaces, il est plus à conseiller aux amoureux des chevaux, à ceux qui aiment les récit de « nature writing » ou les récits dans le genre de « L’appel de la forêt », « Croc-Blanc »… Pour les lecteurs incultes en matière de chevaux, il y a un petite glossaire à la fin pour mes mots que vous ne connaitriez pas.

Moi je l’ai dévoré avec un état d’esprit que peu auront car Smoky m’a fait penser au cheval qui m’a le plus marqué dans ma vie de cavalière.

C’était mon préféré, celui à qui j’ai tout appris, celui qui ne demandait qu’a apprendre de nouvelles figures, alors que les autres râlaient ferme dès qu’on leur demandait de placer leur tête.

C’était aussi le plus « chaud » en ballade, étant donné que c’était un entier (étalon non reproducteur). Le plus agressif avec les autres mâles, castrés ou non, le plus fougueux, le plus violent, celui qui a failli m’envoyer rejoindre mon Créateur, mais aussi celui qui arrivait au triple galop lorsque j’entrais dans la prairie.

Celui qui m’a laissé le plus grand vide lors de son départ vers d’autres pâturages, ceux qui sont éternels… Comme Clint, j’ai souffert de ce vide, mais Clint, lui, il a retrouvé son Smoky, moi, je n’en retrouverai jamais des comme lui.

Une belle lecture qui me laisse avec une grande douleur dans la mâchoire…

Quelques images plus bas pour que vous puissiez admirer la souplesse des chevaux de monte western.

Le « Challenge US » chez Noctembule,  le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

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Comment vivent les morts : Robin Cook

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Auteur : Robin Cook
Édition : Gallimard (2003)

Résumé :
Où donc est-elle allée, la belle Marianne qui réjouissait par ses chansons la bonne société de ce patelin de la campagne anglaise ?

Et pourquoi reste-t-il invisible, ce chef de la police locale ? Et quel jeu joue-t-il, ce chef d’entreprise des pompes funèbres ? Serait-ce que, dans les petites villes, les malfrats valent largement ceux des grandes métropoles ?

Une étrange et romantique histoire d’amour fou.

Critique : 
Pour moi, dans mes souvenirs, les années 80 étaient géniales, mais j’étais gosse…  Dans ce roman de Robin Cook, l’Angleterre des années 80 n’est pas très folichonne.

Notre flic sergent sans nom de  l’A14, le service « Décès non élucidés », est toujours aussi cynique et il a embarqué son impertinence pour Thornhill, une petite ville à 140 km de Londres.

Pourquoi ? Parce que « La voix » le lui a demandé : on est sans nouvelles d’une habitante depuis 6 mois ! Ce n’est même pas son mari qui a signalé sa disparition, ni même les flics de la ville. Non, juste les commérages qui sont arrivés aux oreilles du Chief Constable et c’est lui qui a prévenu la Criminelle, passant l’eau du bain au service de notre ours mal luné de sergent enquêteur.

Mais les gens ne sont pas disposés à causer… Personne n’a rien vu, ou si peu, personne ne s’est posé de questions, rien, que dalle. Il faudra toute la ténacité et la brutalité du sergent pour dénouer ce sac de nœud.

— J’ai votre rapport et je l’ai lu. Et c’est un petit document tout riquiqui ; c’est une jupe qui ne couvrirait même pas les cuisses d’un moucheron.

— Non, pourquoi voulez-vous que je le sache ? demanda-t-il. [Inspecteur Kedward de Thornhill]
— Vraiment, vous me renversez. Vous êtes censé vous occuper de cette cambrousse. [Le sergent de l’A14]
— Ça ne signifie pas fourrer mon nez dans les affaires des autres.
— C’est pour ça que le public paie votre traitement, dis-je, c’est ce qu’on me répète à longueur de temps. Bon, passons à autre chose. C’est quel genre d’homme, ce Mardy ?

— Foutaises, dis-je. Vous dites que vous êtes flic. HLM, tours, manoirs, la police peut aller où elle veut quand ça lui chante, comme vous le savez parfaitement.
— La famille Mardy est à Thornhill depuis trois siècles.
— Quand bien même seraient-ils arrivés avec Jules César que je m’en ficherais.

La tournure de l’enquête m’a surprise car j’étais loin de me douter de tout ce que cette disparition pouvait cacher !

Mélange d’histoire d’amour intense, de magouilles et de chantages, ce roman comporte aussi quelques gens « d’en bas », tombés à cause de gens plus véreux qu’eux.  Nous sommes dans la fange de la société, celle des laissés pour compte, celle des derniers parmi les tout derniers.

Ici, les plus véreux ne sont pas toujours ceux que l’on croit et la criminalité tient plus du col blanc que du Marcel taché par des traces graisseuses dont l’origine n’est pas garantie mais douteuse.

Tout est pourri dans ce petit royaume où se retrouve concentré tous les maux d’une société à deux vitesses, ainsi qu’une forte dose de corruption. Chacun la ferme parce qu’il a tout à perdre si il l’ouvre.

Portait noir d’une société pourrissante. Le ton du début est grinçant, le sergent est à prendre avec des pincettes, cherchant la bagarre avec tout le monde provoquant le conflit non stop. Cassant même la figure de certaines personnes.

J’empoignai Sanders et le retournai. Je regrettai à présent d’avoir fait ça et de l’avoir frappé avec le râteau. Je sentis que tous, sans exception, nous commettons un tas d’erreurs, que nous le savons, et que pourtant nous devons vivre malgré tout. Il serait préférable d’être stupide, ou peut-être fou.
C’est la faculté de savoir qui cause le vrai martyre de l’existence : nous serions tous plus honnêtes sans la connaissance, et certaines personnes le sont encore. Oui, à présent, je regrettais vraiment beaucoup ce que j’avais fait à Sanders, et je savais que le coup que je lui avais porté était l’expression de mon propre désespoir.
Cependant, j’étais comme dans une galerie de miroirs : j’avais un travail à faire, et à faire vite dans le temps qui m’était imparti, et j’étais perturbé par les Mardy, aussi perturbé que je pouvais l’être, vu que je suis moi-même éternellement perturbé.
Je m’aperçus que j’avais sur moi trois Kleenex et je m’en servis pour essuyer le sang que j’avais fait couler sur le visage de Sanders.
Je trouvai de l’eau dans un seau pour nettoyer l’énorme ecchymose que je lui avais faite au visage.

La seule chose qu’il a à perdre, c’est son job, tout le reste il l’a déjà perdu… Mais niveau enquêteur, il est le meilleur et il le sait.

Un seul point noir dans le roman : un peu trop de bla-bla inutile, parfois. Malgré tout, cela reste un bon roman noir, mais en-deçà d’un « J’étais Dora Suarez ».

Hormis ce petit point noir vite percé, c’est toujours un plaisir de suivre les enquêtes du sergent sans nom de l’A14.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, à Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Trophée 813 du meilleur roman en 1986) , au « Mois anglais III » chez Titine et Lou et au « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Metaphore.

Et soudain, tout change : Gilles Legardinier

Titre : Et soudain, tout change                                              big_4

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Fleuve Noir (2013)

Résumé :
Pour sa dernière année de lycée, Camille a enfin la chance d’avoir ses meilleurs amis dans sa classe. Avec sa complice de toujours, Léa, avec Axel, Léo, Marie et leur joyeuse bande, la jeune fille découvre ce qui fait la vie.

À quelques mois du bac, tous se demandent encore quel chemin ils vont prendre. Ils ignorent qu’avant l’été, le destin va leur en faire vivre plus que dans toute une vie…

Du meilleur au pire, avec l’énergie délirante et l’intensité de leur âge, entre espoirs démesurés, convictions et doutes, ils vont expérimenter, partager et se battre.

Il faut souvent traverser le pire pour vivre le meilleur.

Avec cette nouvelle aventure, Gilles signe un roman comme il en a le secret et qui, entre éclats de rire et émotions, nous ramène là où tout commence vraiment. Cette histoire est aussi la nôtre. Bienvenue dans ce que nous partageons de plus beau et qui ne meurt jamais.

Critique : 
S’il n’y avait pas eu Yvan pour me pousser à lire ce livre, jamais je ne l’aurais ouvert ! Non, mais, une histoire avec des lycéens, racontée par une des lycéenne, très peu pour moi.

Voyez-vous même le 4ème de couverture : « Pour sa dernière année de lycée, Camille a enfin la chance d’avoir ses meilleurs amis dans sa classe. Avec sa complice de toujours, Léa, avec Axel, Léo, Marie et leur joyeuse bande, la jeune fille découvre ce qui fait la vie ».

Persuadée que j’étais qu’avec ce genre de littérature, j’allais me retrouver avec une narratrice à la con; vous savez, une gamine qui passe son temps à faire « Ohhhh nannnnhhh ils me parlent maintenant en plus. Je m’empourpre encore plus hannn » (© Wiitoo qui le fait mieux que moi). Vous voyez ce que je veux dire, un style gnangnan ou neuneu.

Mais puisque qu’Yvan avait écrit une chronique qui ne pouvait que me pousser à le lire et que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis… J’ai franchi le pas, sans avoir peur, puisque jusqu’à présent, tous ses conseils lectures se sont révélés judicieux.

Un seul regret : quand je pense que j’ai failli passer à côté d’un livre aussi drôle, aussi agréable à lire, aussi émouvant, aussi prenant, bref, rien que d’y penser, ça me fait frémir. Ah, mes sales préjugés littéraires, parfois…

Dangereux, d’ailleurs, ce livre, il a failli me faire louper mon arrêt de métro ! Le soir, plongée dans ma lecture, il a fallu un coup de coude de mon homme pour me faire lever les yeux. Je le regarde, l’air de dire « quoi ? » et il me dit « on arrive ». Non, pas possible… ben si. Il était étonné que je n’avais pas encore refermé mon livre, chose que je fais habituellement une station avant notre descente… Addictif !

On peut dire aussi que ce livre m’a fait passer par deux sensations extrêmes : les rires et les larmes. Et parfois, en très peu de temps… Me faire pleurer et ensuite rire aux larmes, ça, fallait le talent de l’auteur pour y arriver.

Durant ma lecture, des gloussements, des pouffements de rire, des éclats de rire, aussi. Heureusement, le fou rire a eu lieu durant ma pause et pas dans le métro, parce que je ne savais plus me ravoir…

En ce qui concerne les larmes… Lors de la lecture des dernières pages, alors que ma gorge était nouée et que l’émotion montait crescendo, mon lecteur MP3, ce traître, en a ajouté une couche en diffusant dans mes oreilles des chansons en adéquation avec les moments émouvants : « Return of the king : The End Of All Things » (LOTR) et « Postcard » de Purcell (oui, le violon de « Orgueil et Préjugés »).

Malgré la lecture aléatoire, j’avais la musique en parfaite harmonie avec les passages plus tristes que je lisais. Comme si j’avais besoin qu’on ajoute de la tristesse à ma lecture !

Ensuite, alors que j’avais toujours un serrement dans l’estomac et une boule au fond de ma gorge, j’ai éclaté de rire avec Tibor et ses facéties avec son « petit pingouin » (ceux qui ont lu sauront de quoi je parle) et voilà qu’après avoir pleuré d’émotion, je pleurais de rire, passant d’un extrême à l’autre… Avant de revenir vers des moments plus tragiques…

Ach, Kolôssâle Konzpiration de la part de ma musique qui a enchainé sur « Agnus Dei » de Mozart (je précise, on ne sait jamais, si Nabilla lisait ces lignes), musique de circonstance pour la fête que nos personnages donnent pour une personne qui nous quitte… Les larmes coulaient et je n’ai pas cherché à les étancher de suite.  Lire en musique, ça décuple les émotions.

Un livre « léger » (pas péjoratif, hein !), une écriture qui m’a emportée, des personnages avec lesquels je serais bien restée 200 pages de plus, c’est frais, drôle, émouvant, on ne s’ennuie pas et mes zygomatiques ont eu du mal à se remettre des petites phrases de Camille, la narratrice.

Je ne sais pas si Jérôme Chevillard l’a dit, mais Einstein, Chaplin et Alexandre le Grand l’ont déjà noté avec des formules parfois très efficaces. Pourtant, ce sont Riri, Fifi et Loulou qui me l’ont appris les premiers : dans la vie, le meilleur peut côtoyer le pire. Bien que n’étant ni un canard, ni célèbre, ni morte, je confirme.

Durant ma lecture, j’avais l’impression de me retrouver dans ma classe de terminale, bien que dans notre classe, ce n’était pas la bonne entente comme dans celle de Camille…

Sérieusement, l’auteur a réussi à se mettre dans la peau d’une jeune fille et il nous en parle avec « justesse ». La bonne atmosphère pile-poil… Alors que j’ai mon diplôme depuis un certain temps, j’étais de retour sur les bancs de l’école.

Franchement, laissez tomber vos préjugés littéraires, ça fait du bien de lire pareil roman, une vraie bouffée d’air frais.

Succombez au virus orange « ESTC », ça vous fera du bien au moral et c’est disponible sans ordonnance.

En tout cas, je compte bien m’acheter les deux autres livres de cet auteur pour m’offrir une autre tranche de rire !

Un coup de cœur de l’année 2013 !!

Meurtres pour rédemption : Karine Giebel

Titre : Meurtres pour rédemption

Auteur : Karine Giebel
Édition : Presse Pocket

Résumé :
Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.

Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes.

Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l’esprit au-delà des grilles. Grâce à l’amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.

Pourtant, un jour, une porte s’ouvre. Une chance de liberté.

Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n’aspire qu’à la rédemption…

Critique : 

Ami lecteur/trice, si tu cherches un roman dégoulinant d’amour, de bons sentiments, de guimauve, de joie et de bonheur, rempli de Bisounours, de preux chevaliers, de jolies princesses et tout et tout, et bien, je n’ai qu’un mot à te dire « Casse-toi de ce livre, pauv’lecteur ! »©.

Pour les autres, bienvenue à CARCÉRAL LAND, le pays d’où on ne s’évade qu’avec des rails de coke… Le pays de la violence gratuite, l’univers impitoyable des matonnes et de des prisonnières, une jungle où il faut écraser les autres pour ne pas se faire écraser soi-même.

Ici, une seule loi, celle de la plus forte. Ici, l’omerta règne en maître. Ici les coups pleuvent, la brutalité se promène dans les couloirs et peut vous tomber à tout moment, de manière arbitraire ou pour délit de « ta tête qui ne me reviens pas ».

A Carcéral Land, la devise pourrait être celle qui était gravée sur le fronton des Enfers, dans « La divine comédie » : Lasciate ogne speranza, voi ch’entrate – Vous qui entrez, abandonnez toute espérance.

Ami lecteur, vous qui entrez dans ce roman noir, attendez-vous à prendre des coups sans possibilité de les rendre, attendez-vous à vous faire remuer les tripes, à les sentir se nouer, à avoir envie de hurler, à avoir vos yeux qui picotent plusieurs fois, à avoir envie de flinguer un tas de gens et à penser jouer le remake de « La grande évasion » pour Marianne.

Ami lecteur, je vous conseille de respirer un grand coup avant d’entamer votre lecture parce que la plongée sera rude et la remontée laissera des séquelles.

Ici, c’est du noir de chez noir ! Du chocolat à teneur cacao de 90% (© jeranjou). Noirceur, ténèbres, mais de temps en temps, un rayon de soleil viendra vous éclairer… et vos yeux en pleureront. De joie ou de douleur.

Attendez-vous aussi à avoir, durant votre lecture, un autre avis sur les maisons d’arrêt ! Je vous explique…

Dans la première partie, nous sommes dans une maison d’arrêt, en compagnie de Marianne. Elle a vingt ans et elle a pris perpète pour plusieurs meurtres.

« Bien fait pour sa gueule ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec. Pourtant, ce n’est pas en enfermant un fauve qu’on va réussir à le calmer… La prison ne rend personne meilleur. Du moins, les exceptions sont rares.

Pour le restant de ses jours, Marianne n’aura pour seul horizon que les barreaux de sa cellule. « Bien fait pour sa gueule, l’avait qu’à pas tuer ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec.

C’est une meurtrière, elle est indomptable, incontrôlable, violente… Daniel Bachman, le gradé et seul homme de cette maison d’arrêt féminine le sait, lui qui l’a souvent collée au mitard après l’avoir rouée de coups.

« Bien fait pour sa gueule, faut les mâter, ces délinquantes ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec.

Pourtant, Justine, une des matonne, sait que Marianne n’est pas si mauvaise que ça et que si on la traite correctement, elle ne vous mordra pas. De plus, brutaliser quelqu’un, ça n’a jamais fait revenir les morts…

Le roman vous plonge dans cet univers carcéral plus que dur, plus que noir, plus que violent, où tous les coups bas sont permis (j’me répète, si jamais certains n’avaient pas bien compris) et durant toute ma lecture, j’ai souffert avec Marianne, cette adolescente qui, malgré ses crimes, est attachante. J’ai aimé son caractère frondeur, fier et borderline.

Fière, mais étant accro aux cigarettes et à l’héroïne, sans un sou en poche, pour obtenir ses deux vices, elle n’aura pas d’autre choix que de s’agenouiller devant le maton Daniel pour fumer son cigare personnel en échange.

En isolement – à cause de son caractère violent qui a causé la mort d’une surveillante dans la prison précédente -, sans visite, sans amour, méprisée, incomprise, battue et humiliée par une matonne surnommée « La Marquise » (en référence à Sade, c’est vous dire le degré de sadisme), obligée de se prostituer pour obtenir des cigarettes, Marianne a déjà entamé sa descente aux enfers depuis des lustres. On descendra avec elle.

Heureusement qu’elle a pratiqué les arts martiaux, cela peut vous aider en prison, parce que des coups, elle en donnera, mais elle en recevra plus que son compte. Certains matons abusent un peu trop de leur statut et de leur force. Il est facile de tabasser une personne qui ne peut se défendre car blessée ou entravée par des menottes.

Durant ma lecture, j’ai pensé à ce qui s’était passé dans des camps, quand les surveillants abusent de leur supériorité sur les détenus et en profitent pour les brutaliser, les avilir, les considérant comme moins que de la merde. Le contexte n’est pas le même, mais le résultat final l’est : le fait de traiter des humains pire que des bêtes.

Vous me direz que les prisonniers des camps étaient innocents, alors que ceux dans les maisons d’arrêt, non. Que les surveillants dans camps étaient des sadiques et que les matons des prisons ne font que leur boulot.

Et moi je vous dirai « Qu’en savez-vous de qui est innocent et de qui ne l’est pas ? ». Je n’ai pas précisé de quels « camps » je parlais… Imaginez que les soldats du pays envahisseur X se retrouvent dans un camps de prisonnier du pays envahi Y…

Les prisonniers du camp ne sont pas si innocents que cela puisque c’est l’envahisseur. Les autres ont-ils le droit de les battre comme des plâtres et de se comporter comme le fit l’envahisseur ? Non. Sinon, ils se descendront à leur niveau et moi, je refuse de me mettre à ce niveau.

C’est ce que j’ai compris en lisant le livre. Marianne a mis un peu plus de temps à le comprendre, elle qui reproduira le comportement de ceux qu’elle méprise sur une pauvre prisonnière qui arrivera dans sa cellule.

Pourtant, Marianne n’a pas toujours été le monstre que la société bien pensante dit. Orpheline élevée par ses grands-parents avares d’amour, elle n’a jamais rêvé que d’intégrer l’équipe nationale de karaté, rêvé de liberté et de voyages en train. C’est tout ce qu’elle voulait, c’est tout ce qu’on lui a refusé.

Bien qu’elle assume ses crimes, elle les considère comme des accidents ou des dérapages. Et c’est à cause de « La Marquise » que Marianne franchira une fois de plus la ligne rouge. Un accident, un malheureux accident qui ne serait jamais arrivé si La Marquise avait fait son boulot au lieu d’aller provoquer Marianne.

La vengeance des matons est terrible quand on s’en prend à l’un des leurs. Marianne en avait déjà fait les frais avant. Pourtant, si les deux surveillantes amochées avaient fait leur travail au lieu de lui chercher des poux, rien de tout cela ne serait arrivé.

Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur nous présente Marianne tantôt en monstre, tantôt en victime. Pas de dichotomie « elles sont méchantes, les prisonnières, elles sont gentilles, les matonnes ».

Les salauds sont des deux côtés de la barrière, et chacun alterne avec son côté sombre de la Force. Et je peux vous assurer que des salauds, il y en aura à l’extérieur, en totale liberté ! Bien pire que les détenues. En col blanc, eux.

Marianne, elle est victime de ses failles, de sa soif d’amour, de ce corps qui sait trop bien se battre, de son trop plein de frustration.

Incapable de ne pas provoquer l’autre, elle sait que son plus grand ennemi n’est autre qu’elle-même. Malgré sa colère et sa haine, elle doit apprendre à se maîtriser, à contrôler ses pulsions meurtrières et vengeresses. Elle est capable d’aimer et d’avoir de l’amitié aussi.

J’ai aimé son histoire avec Daniel, le surveillant qui, de tortionnaire, va devenir le défenseur de cette enfant sauvage.

Le seul qui a réussi à la dompter, à canaliser ses peurs, ses provocations.  Le rayon de soleil de toute cette noirceur.

Ici, ami lecteur, de l’amour tu trouveras quand même, mais pas à la sauce Harlequin… Ce que tu obtiens, tu le paieras au prix fort et on t’en fera baver. N’oublie pas que tu en Enfer et que tes espérances ont fichu le camp.

Dans la seconde partie, on offrira à Marianne le moyen de racheter ses crimes… La descente aux enfers sera encore pire dans cette partie là et mon coeur s’est serré de nombreuses fois, ouvrant les vannes des yeux. Après le soleil, c’est la pluie…

Marianne va souffrir et elle comprendra peu à peu qu’elle est seule responsable de ses actes, qu’elle seule est à l’origine de ce qui lui arrive.

Un livre qui ne m’a pas laissée indifférente, qui m’a fait réfléchir, pleurer, qui m’a serré les entrailles, me laissant le souffle coupé, le mot « non » bloqué plusieurs fois au fond de ma gorge.

Un livre coup de poing.

Ici, tout n’est que béton…

Pourtant, là-bas, dans un coin, le béton s’est fendu, laissant apparaître de la terre. Terre prête à accueillir une graine qui donnera peut-être une fleur ou mieux, un arbre !

J’ai terminé cette lecture anéantie, les yeux picotant étrangement, mes tripes nouées, retournées.

Après une telle lecture, j’ai ouvert un vieux Picsou Magazine. Bizarrement, j’ai trouvé qu’Oncle Picsou était perfide, les Rapetou sordides, que Daisy était cynique, et que Donald était un canard violent…

Non, après un tel roman, on s’arrête de lire durant quelques jours…

Bienvenue à Carcéral Land, le pays d’où on ne s’évade jamais tout à fait.

Et comme le chantait Renaud dans sa « Balade Nord Irlandaise » :

Je voulais planter un oranger
Là où la chanson n’en verra jamais
Il a fleuri et il a donné
Les fruits sucrés de la liberté

Titre participant au Challenge   « Thrillers et polars » de Liliba.

Floris – Tome 1 : Floris, fils du tsar : Jacqueline Monsigny

Titre : Floris – Tome 1 : Floris, fils du tsar

Auteur : Jacqueline Monsigny
Édition : Archipoche (2009)

Résumé :

En 1717, alors que Pierre le Grand rend visite au jeune Louis XV, le hasard le met en présence de la comtesse Maximilienne de Villeneuve-Caramay.

C’est le coup de foudre. Bien que mariée et mère d’un enfant de deux ans, la jeune femme suit le tsar en Russie.

Un périple qui mènera la comtesse, son fils Adrien et Floris, qui naîtra de ses amours avec le souverain russe, de Paris à Moscou en passant par la Turquie, les splendeurs de Saint-Pétersbourg, les rivages de la Baltique et les steppes d’Ukraine.

Les protagonistes de cette aventure connaîtront tour à tour le luxe de la cour, la paille des cachots, la peur des loups, l’attaque des brigands…

Ce roman de coeur et d’épée est l’une des plus touchantes histoires d’amour jamais écrite.

Critique :

Moi qui pensait lire un livre « historico-romantique », je suis tombée dans de l’Harlequino-guimauvien ! Moi qui pensait lire de l’Histoire avec juste « un doigt » de romance (que les pervers se calment à la mention du doigt), on est fort loin d’une « touche » de romance parce que c’était une « louche » !

Diable, j’ai lu des livres qui ne m’avaient pas plu, mais ici, je viens de tomber très, très bas ! Le bouquin illustrerait à merveille le rayon « Vendredi, c’est lecture pourave » du blog d’Altervorace !!

Niveau dialogues, scénario, travail des personnages et tout le Saint tremblement, ça se situe au niveau de vingt mille lieues sous les mer ! Pas le roman de Jules Verne, non, je vous parle de la profondeur abyssale du roman. Oui, c’est aussi bas que ça.

Le 4ème de couverture mentionnait : « Ce roman de cœur et d’épée est l’une des plus touchantes histoires d’amour jamais écrite ». Touchante ? Non ! Lamentable, oui !

Le niveau de ce livre ne vole pas plus haut que le derrière d’un cochon et il est tellement sirupeux du point de vue de l’histoire d’amour que si je l’avais tordu, j’aurais fait provision de miel pour les 10 prochaines années !

Comme le chantait Patriiick : j’m’attendais pas à ça ! Si j’avais su que c’était de la lecture pourave, j’aurais viré mon cerveau et lu pour ce qu’il était. J’vous jure que je suis tombée de haut, et rapidement, en plus.

Vous ne me croyez pas ? Vous voulez des preuves ? Vous allez en avoir, à vos risques et périls pour vos neurones.

Scénario : la comtesse Maximilienne de Villeneuve-Caramay se promène dans les bois (la, la, la schtroumpf, la,la, la), elle a un enfant de 2 ans et vit séparée de son mari, qui court la gueuze à Paris.

D’elle, vous aurez pour description « Fort belle, avec ses longs cheveux bruns et ses yeux violets, elle s’était volontairement exilée dans son superbe château de Mortefontaine ».

Vous comprenez mieux la profondeur abyssale, là ? Description digne d’une rédaction d’une gamine de 7 ans.

Elle croise la route d’un homme qui s’est tordu la cheville à cause de son cheval (oh, un air de « Jane Eyre » mais n’est pas Brontë qui veut) et elle le ramène dans son supeeerbe château… Il lui dit qu’il est l’interprète du Tsar de Russie, Pierre le Grand, qui vient rendre visite au roi Louis XV et au régent, Philippe d’Orléans.

J’ai déjà compris que ce sois-disant baron Pierre Mikhaïlof n’est autre que le Tsar de Russie.

« Chababadabada, chababadabada » ils vont tomber amoureux l’un de l’autre…

On s’en doutait, avec des réflexions telles que : « Maximilienne avait tout à coup un sentiment de bonheur intense qu’elle ne pouvait s’expliquer ».

Bref, après le souper, ils s’en vont aider une vieille bohémienne dont le mari souffre d’une rage de dent, que le Tsar enlèvera avec une pince.

Oui, Maximilienne aide son prochain et ne chasse pas les gitans, bohémiens et autres, non, elle les accueille !

Et c’est durant le retour que le faux interprète mais vrai Tsar lui prendra la main :  « Qu’ai-je fais pour mériter des moments si délicieux ? » lui demande-t-il. Il lui avoue son amour avec un « Maximilienne, je vous aime ».

Et un litre de miel, un ! Parce que après avoir joué au jeu de « Je t’aime, moi non PLUS » (+), ils vont nous sortir le grand jeu avec « Je vais et je viens, entre tes reins »…

Oui, premier chapitre, c’est l’amour fou et partagé et début du deuxième, le Tsar va ôter son calbute pour une partie de culbute ! Virer son falzar pour lui faire admirer l’bazar… et lui fourrer le sceptre qui n’était pas d’Ottokar Ier.

Audiard étant absent lors de l’écriture des dialogues, cela nous donnera des : « C’est donc ça, l’amour ? » murmuré par une Maximilienne toute palpitante et des « Oui, c’est cela ma chérie, je vais t’apprendre à devenir une vraie femme », répondu par Pierre.

Heu, elle a déjà un gosse, elle voit plus ou moins… En plus, si le fait de se faire faire l’amour « correctement » par un homme doit faire de nous de vraies femmes, j’en connais beaucoup qui n’en seront jamais, les pauvres !

Encore pire : « Regarde-moi mon amour, tu es belle, tu es faite pour aimer ». Profond, non ?

Ah non, j’oubliais le « Je t’aime, Pierre, serre-moi contre toi, garde-moi toujours car je t’attendais depuis si longtemps ! » et le encore pire « Maximilienne, tu te donnes à moi sans savoir qui je suis, et tu ne peux imaginer ce que cela représente pour moi. C’est le plus beau de tous les cadeaux ».

Puisqu’il l’a aimé toute la nuit, son légionnaire, nous avons droit à une pensée philosophique d’une des femmes qui peut prétendre au titre de la plus bête de toute la littérature : « Maximilienne ne comprit que plus tard à quel point Pierre avait fait violence à sa nature parfois sauvage pour être si doux et si tendre avec elle ».

Et nous n’en sommes qu’à la page 20 !

Comme prévu, le Tsar ne lui dit pas qui Il est, laissant son ami jouer son rôle de Tsar et même draguer Maximilienne pour être bien sûr de son amour. Diantre, c’est digne d’un Pierre le Grand, ça ? Il n’en sort pas grandi, le pauvre.

Ensuite, il l’emmène avec lui à Paris, voir le petit Louis XV (il est tout jeune, le gamin) et c’est là qu’elle apprend ce que nous savons déjà : Pierre est le Tsar. Le vrai !

Madame boude, monsieur traverse Paris pour la retrouver, sympathise au passage avec le bandit Cartouche et avec Law, le père des actions (on lui doit l’introduction du billet de banque et d’une des premières bourses au monde).

Là, le Tsar a plus des airs d’un jeune Belmondo… et il a d’autres pensées profondes telles que :

« Il désirait éperdument cette femme à la peau douce et fraîche comme un fruit » (il n’a sans doute jamais touché les épines des figues de barbarie)

« Maximilienne se sentait envahie d’une chaleur intense, venue du plus profond d’elle-même » (trop mangé de fayots et une flatulence qui remonte ?)

« Oh, Pierre, comment ai-je pu songer à ne plus vous revoir ? » (Elle songe, donc elle est…)

« L’ange de l’amour déployait sur eux ses ailes et ils se sentaient isolés du monde ». (attendez, je vais vomir !)

Il la reculbute et lui jure de l’aimer pour toute la vie…

Ouais, pourtant, lors d’une fête à Versailles, un orage éclate et le fait de voir les nichons rebondis d’une marquise lui donne envie de lui fourrer le buisson puisque « Une petite aventure ne saurait faire de peine à Maximilienne si elle n’en sait rien ».

Lorsqu’elle le surprit en train de lorgner sur l’opulente poitrine, Maximilienne s’en fut, poursuivie par le Tsar, décidément très en verve car il nous sortira :

« Je suis vraiment incorrigible, je possède la plus exquise des femmes et je m’en vais trousser une marquise qui ne vaut pas plus que la dernière des souillons de cuisine ».

Il la course, entre de force dans une chambre et pousse sa meuf sur un lit.

La suite serait délectable et je vais vous la conter, ce qui est regrettable car le Tsar, très féru de dialogues inoubliables, nous sortira des :

« Je t’aime, je te veux, je brûle de t’aimer » et un « Je te violerai si je veux »car Mâdâme se refuse à lui.

« Je te violerai si je veux » ? Ou était le MLF ?? Les chiennes de garde ? Les flics ? Versailles était-il donc une sorte d’hotel Sofitel ?

Heureusement que Maximilienne « sentait poindre en elle un désir irrésistible au contact du corps viril de Pierre ».

L’avantage, c’est que l’auteur nous dit que c’est à ce moment précis que sera conçu leur fils, Floris ! Pas lors de l’assaut précédent ou de celui de demain, non, non, ce soir là !

Le pire était à venir, parce que Maximilienne va suivre le Tsar, à Moscou, elle est tellement gentille que lorsqu’elle le suit à la guerre, les soldats l’aiment bien, et que, se faisant enlever, un des ravisseurs se battra contre l’autre parce qu’il ne veut pas qu’on la tue, car on ne tue pas une femme enceinte. Oh, que c’est touchant !

Lui aussi deviendra son pote ! Seule l’épouse de Pierre, Catherine, complotera contre elle.

L’accouchement ? Elle mettra au monde un beau rôti de 10 livres… Un bébé de 5 kilos, messieurs, dames ! Rien de moins, rien de plus. Et elle n’était même pas grosse comme une vache à l’engraissement.

Comme le disait mon boucher « Il y en a un peu plus, madame, je vous le laisse ? ».

Le bébé est même né avec une dent mais plutôt que de le nommer Nakunedent, ils le nommeront Floris.

La totale sera atteinte lorsqu’elle présentera Floris, âgé de trois mois à son autre fils, Adrien, âgé de trois ans. Il n’est pas content, l’enfant, de devoir partager sa maman avec un truc vagissant, mais maman est futée et elle lui donne le paquet vagissant et là, miracle, son premier enfant tombe sous le charme de son petit frère !

L’auteur nous précise même qu’Adrien protégera TOUJOURS son petit frère et qu’ils seront inséparables ! Pff, pas drôle, même pas de conflit fraternel, juste de l’amour jusqu’à plus soif !

Même Alexis, le fils du Tsar, qui a comploté contre son père, aimera la nouvelle meuf de son père, avant de mourir, empoisonné.

Ensuite ? J’ai laissé tomber, j’avais déjà perdu trop de neurones dans l’aventure et vous pensez bien que je ne lirai pas le second tome !

Non, ce livre est juste bon pour celui qui veut lire de la lecture pourave ou caler un meuble…

Ah, si vous organisez un camp scout, prenez-le avec vous, pour le feu de camp, c’est tout bon puisque c’est de la guimauve !

ABANDON : Titre participant à l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur.