Les Enquêtes d’Agatha Raisin – Tome 19 – La Kermesse Fatale : M.C Beaton [Par Dame Ida, vieille Agatheuse bénévole]

Titre : Les Enquêtes d’Agatha Raisin – Tome 19 – La Kermesse Fatale

Auteur : M.C Beaton
Édition : Albin Michel (30/10/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 19: A Spoonful of Poison (2008)
Traducteur : Françoise du Sorbier

Intro Babelio : 
Agatha Raisin a le vent en poupe : les affaires s’accumulent, pas le temps de souffler. Tant mieux, elle a horreur du vide, et fait même des heures sup : elle vient d’accepter d’aider le pasteur d’un village voisin à promouvoir la kermesse de la paroisse. Il faut dire que l’organisateur, un certain George Selby, a le bon goût d’être veuf et… beau comme un dieu.

C’est un succès : les visiteurs affluent au village. Mais la kermesse vire à l’hallucination lorsque l’on découvre que plusieurs échantillons de confiture ont été assaisonnés de LSD !

Bien que distraite par le charme du beau George, Agatha doit démasquer le coupable. Sans imaginer un instant que l’objet de ses fantasmes va peut-être lui faire vivre un mauvais trip…

Résumé :
Et bien contrairement aux introductions Babélio précédentes, le résumé proposé ici est très fidèle à ce que j’ai pu lire, et je n’ai pas grand-chose de plus à en dire.

Agatha s’occupe de son agence de détectives, et disant à qui veut l’entendre qu’elle est farouchement décidée à ne plus faire de communication, elle ne résiste que mollement à l’appel d’un Pasteur un peu envahissant qui veut qu’elle l’aide à faire la communication de la kermesse qu’il veut donner pour sauver son clocher…

Elle se laisse convaincre seulement dans l’espoir de pouvoir se rapprocher du séduisant organisateur des festivités qui lui a tapé dans l’œil…

Et pendant la kermesse voilà que des petites vieilles hallucinées se jettent dans le vide ou font des attaques sous l’effet du LSD qu’une main criminelle est allée verser dans les pots de confitures mis en compétition et pour lesquels le public  était supposer voter après les avoir goûtées.

Sérieusement, vous imaginez la scène : des petites mamies bon-chic bon-genre, endimanchées pour aller à la kermesse paroissiale se comportant de manière erratique comme de vulgaires camées ? La grosse marrade !

Agatha doit évidemment résoudre cette énigme pour laver son honneur de communicante, et comme toujours se fait aider de ses amis fidèles, dont l’agaçant Sir Charles, et par son équipe de détective enrichie par une formidable jeune recrue, Toni, apparue dans la précédente enquête et en qui Agatha ne peut s’empêcher de se retrouver.

Et voilà Agatha et sa suite lancée dans une enquête parallèle à celle de la police, investie dans un porte à porte interminable digne des Témoins de Jehova et des interrogatoires nombreux, nous laissant presque penser que tout le village est suspect.

Mon avis :
Agatha reste Agatha. D’un pragmatisme redoutable quoi que manquant parfois de nuance et de jugeote, lorsqu’il s’agit d’enquêter, mais toujours en quête de l’âme sœur bien que tout de même, elle me semble s’être un peu assagie depuis quelques romans.

Elle continue à y penser évidemment… Mais elle semble moins obsédée… Sauf transitoirement quand un bellâtre lui sourit.

Elle devrait se méfier toutefois… Puisqu’il semble que chez MC Beaton, le beau célibataire a toujours un grooooos défaut le rangeant dans la catégorie suspect et rendant impossible la réalisation des désirs affectifs d’Agatha.

Mince quoi… Dans la vraie vie les femmes ne s’arrêtent pas que devant les bogoss… Elles les voient certes… Mais souvent le gars sympa d’à côté qui n’est pas un canon sans forcément être hideux, fait aisément l’affaire quand on se trouve assez de points communs à partager.

Qu’est-ce que vous croyez ? Que Toqué est un canon ??? La bonne blague ! Bon… lui répétez pas que j’en doute, hein… ça reste entre nous !

Anybref, la maman d’Agatha ne semble pas l’avoir intégré et c’est un peu dommage…

Pour Agatha surtout, car à ce rythme… elle s’offrira un refuge pour chat d’ici quelques années et finira bouffée par ses protégés lorsqu’elle décèdera d’une overdose de lasagnes surgelées.

Mais je m’éloigne de ce roman en particulier, même si je regrette de ne pas voir l’auteur de la série autoriser notre Agatha chérie à avoir sa part de bonheur. Elle doit être sadique et frustrée pour vouloir la maintenir dans ce marasme, je trouve…

Car même si on aime se retrouver dans les personnages qui traversent les mêmes épreuves que chacune d’entre nous, on a aussi envie de les voir accéder au bonheur. Si les personnages n’y arrivent pas, quel espoir nous reste-t-il ?

Frustrer Agatha indéfiniment c’est aussi maintenir la lectrice frustrée et au bout du 19e roman cela devient trop douloureux, non ?

Ces réflexions métaphysiques mises à part, comme d’habitude, une intrigue honnête et divertissante dans laquelle on retrouve nos vieux amis, puisque lire les aventures d’Agatha me fait toujours un peu l’impression de mettre mes pieds dans mes charentaises après être restée debout en talons toute la journée !

Un « Agatha Raisin » de bonne facture qui me confirme que MC Beaton s’est ressaisie.

 

Journal d’un amour perdu : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : Journal d’un amour perdu

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (04/09/2019)

Résumé :
« Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine. »

Pendant deux ans, Éric Emmanuel Schmitt tente d’apprivoiser l’inacceptable : la Disparition de la femme qui l’a mis au monde.

Ces pages raconte son « devoir de bonheur » : une longue lutte, acharnée est difficile, contre le chagrin.

Demeurer inconsolable trahirait sa mère, dans cette femme lumineuse et tendre lui a donné le goût de la vie, la passion des arts, le sens de l’humour, le culte de la joie.

Critique :
La perte d’un être cher et adoré est toujours une phase difficile pour tout le monde.

Comment surmonter la peine, le chagrin, le doute, la colère, le déni, la peur, l’angoisse ?

Personne n’a de remède miracle, mais écrire tout cela sur un cahier pourrait-être une solution comme une autre.

C’est ce qu’à fait Eric-Emmanuel Schmitt après le décès de maman avec qui il était très proche.

Une fois de plus, je dois cette lecture à La Grande Librairie (émission du 18/09/2019). L’auteur était venu présenter son livre et j’avais été émue par ce qu’il disait, il avait su me toucher.

J’ai sauté sur l’occasion de découvrir cet auteur autrement que je ne l’avais fait, il y a des années et que, depuis, je refusais de lire alors qu’il n’était en rien responsable (je vous expliquerai plus bas le pourquoi du comment tout ça est arrivé).

Alternant les phases de dépression, de chagrin intense, on sent bien au travers des lignes que l’auteur a plongé fort bas au décès de cette mère qu’il adorait et si je m’attendais à trouver un texte de deuil et puis de remontée vers la lumière, j’ai aussi trouvé que l’auteur nous confiait plus que ça.

Ses pensées vont dans tous les sens, sur tous les sujets, passant de ses chiens à sa nièce, à ses spectacles, qu’il doit continuer, à ses amis, à sa famille, ses voyages, son chagrin, son envie de tout abandonner de la vie et ses réflexions sur bien d’autres sujets.

On pourrait penser que le récit est décousu, mais non, il suit le cheminement de la pensée, des actes d’une personne qui se retrouve plongée dans l’inévitable et qui doit y faire face en passant d’abord par les pompes funèbres et le cimetière.

Il est difficile de parler de ce livre à des gens qui ne l’ont pas lu mais j’ai trouvé que malgré tout, l’auteur restait pudique, même sur ses interrogations sur son père. Malgré le chagrin, il a su aussi offrir des bouffées d’oxygène à ses lecteurs en nous parlant de sa chienne, très majestueuse, et en nous livrant ses pensées canines.

C’est un récit bourré d’émotions, de tristesse aussi, car la mère de l’auteur était quelqu’un d’exceptionnel à ses yeux et même tout court. Une mère qui méritait son statut de mère, quand tant d’autres ne méritent même pas le nom.

C’est un roman que l’on dévore tranquillement, un sourire triste sur les lèvres, mais en se gorgeant de tous les bons mots qui parsèment cet ouvrage et lorsqu’on a terminé, même si on a ressenti une empathie profonde avec l’homme, on sait aussi qu’il a retrouvé le chemin vers le bonheur et vers l’acceptation.

Un roman profond, beau, tendre, triste, mais sans pour autant que l’on se mouche car le récit reste sobre et profond. Plus une mise à l’honneur de sa maman que d’un récit larmoyant. Malgré tout, on est ému, touché car un jour, ce sera à notre tour de dire au revoir à notre maman (là où d’autres l’ont déjà dit).

Une fois de plus, merci à l’émission de François Busnel de m’avoir fait découvrir un auteur qui m’a fait sortir de mes sentiers battus et qui m’a réconcilié avec Eric-Emmanuel Schmitt, ce pauvre auteur qui ne m’avait rien fait mais à qui j’en voulais pour de mauvaises raisons.

De même qu’un jour lointain, tout près d’ici, elle a lâché notre main parce que nous pouvions marcher, elle vient de la lâcher une seconde fois pour que nous continuions le chemin.

Pourquoi cette haine de l’auteur alors qu’il ne m’avait rien fait ? Tout simplement à cause d’un travail que ma petit soeur devait faire sur un de ses romans (Lorsque j’étais une oeuvre d’art).

Nous étions en 2007 (ou 2006), ma frangine me demande de l’aide pour cette fiche de lecture car elle ne savait pas comment la faire, par quel bout la prendre et vu sa dyslexie, il fallait ensuite corriger les fautes.

J’accepte, bien entendu. Mais, une fois de plus, ma sœur avait procrastiné et elle était charrette, comme on dit chez nous (à la limite de la dead line). Elle devait rendre le travail pour le lendemain (bordel de dieu), j’étais claquée de ma journée de travail et il fallait encore suer sur sa fiche de lecture d’un roman que je n’avais pas lu et qu’elle avait lu en diagonale. Bravo !

Laborieusement elle arrive à me donner quelques indications pour rédiger son travail (après que je lui aie sorti les vers hors du nez), je commence à pianoter mais elle m’arrête de suite car les phrases que j’utilisais n’étaient pas les siennes. Le prof allait comprendre… Fallait que j’écrive comme elle ou du moins, pas comme moi !

On y a passé quelques heures, sur ce putain de travail, j’ai sué, elle aussi, je n’en pouvais plus, mais on a réussi à finaliser un brol qu’on a relu, ne tenant plus qu’à la caféine. Il était minuit.

Déjà là, je ne voulais plus entendre prononcer le nom de l’auteur (alors qu’il était innocent) mais lorsqu’elle a eu les résultats de son travail et qu’elle m’annonça que ses points étaient mauvais et que la prof en avait retiré encore à cause des fautes d’orthographes, c’est comme si c’était moi qui avait foiré à l’école.

J’étais fatiguée et ma relecture avait été merdique, laissant des fautes horribles dans le texte. Nous étions busée mais les mauvais points, c’est moi qui me les prenais.

Bref, depuis ce jour, le nom d’Eric-Emmanuel Schmitt me donnait des sueurs froides et des grognements de bêtes enragées. Tout ça pour une putain de fiche de lecture que j’ai dû faire pour ma frangine et dont l’auteur ne pouvait rien.

Le silence entretient le traumatisme. L’individu ne dépasse le traumatisme que lorsqu’il verbalise.

Une mort brusque offre du miel à celui qui se retire, un poison à ceux qui restent.

La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l’incertitude.

On occupe sa jeunesse à se préparer à vivre, sa vieillesse à se souvenir d’avoir vécu. Ce faisant, on rate le présent qui seul existe en tombant dans deux pièges, celui de l’avenir qui n’existe pas, celui du passé qui n’existe plus. Que de temps perdu ! Ou plutôt : que de présent perdu !

La vie en chantier : Pete Fromm

Titre : La vie en chantier

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : A job you mostly won’t know how to do (2019)
Traducteur : Juliane Nivelt

Résumé :
Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi.

Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis.

Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras.

Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.

Critique :
♫ Avoir un seul enfant de toi, ça f’sait longtemps que j’attendais. ♪Le voir grandir auprès de toi, c’est le cadeau dont je rêvais ♫ Qu’il ait ton sourire, ton regard quand tu te lèves le matin ♪ Avec l’amour et tout l’espoir que j’ai quand tu me tiens la main. ♫

Cette chanson de Phil Barney, tout le monde connait… Une chanson triste puisque la mère décède et que le père se retrouve seul avec l’enfant dans ses bras.

Mais nous n’avons jamais su ce qu’il s’est passé entre la naissance et les 10 ans de son p’tit homme, dans sa chanson.

À croire que Pete Fromm voulait nous conter ce qu’il arrive à un papa qui se retrouve seul, avec juste l’enfant qui revient avec lui et la maman qui part pour un long voyage dont on ne revient jamais.

Bordel, quelles émotions en tout genre j’ai dégustées dans ce roman à la fois tendre, touchant, triste, émouvant, mais ô combien merveilleux car jamais l’auteur ne sombre dans la mièvrerie ou le larmoyant.

Non, pas de pleurs dans les chaumières car l’auteur à choisi de nous montrer un père (Ted, Taz de son surnom) qui tire le diable par la queue, qui est dans sa bulle, qui se coupe de tout le monde pour être avec sa fille, qui annihile toute vie sociale et qu’un pote, Rudy, sa belle-mère et la baby-sitter vont essayer de ramener à la vie sociale, pour le bien de la petite Midge.

Souvent j’ai souri durant ma lecture, j’ai été attendrie par cette petite fille qui se retrouve juste avec son père qui ne sait pas trop comment faire avec elle mais qui se débrouille pas si mal que ça, tout compte fait.

Porté à bout de bras par ces trois personnes, lentement, notre jeune père veuf va quitter les sables mouvants qui se trouvent au fond de la rivière et commencer sa lente remontée vers la surface, vers de l’oxygène autre que sa petite Midge.

C’est magnifique, c’est tendre, c’est du bonheur en boite, même si un des chocolats de la boîte était amer (le décès de la mère). Mais je vous jure que tous les autres étaient un concentré d’émotions gustatives qui m’ont touchée au coeur.

Oui, Taz avait une vie en chantier, une maison en chantier mais il a pu compter sur des ouvriers du coeur, des véritables amis, de ceux qui ne vous laisse pas sombrer dans le caniveau, de ceux qui comptent, de ceux qui vous tirent vers le haut, de ceux qui vous tirent de votre prostration, de votre dépression en construisant avec vous une nouvelle vie.

Un vrai coup de coeur, une fois de plus, avec Pete Fromm.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°90.

Whiskey : Bruce Holbert

Titre : Whiskey

Auteur : Bruce Holbert
Édition : Gallmeister Americana (04/09/2019)
Édition Originale : Whiskey (2018)
Traducteur : François Happe

Résumé :
Andre et Smoker ont grandi dans le Pacifique Nord-Ouest, près de la réserve indienne de Colville.

Après le divorce de leurs parents, dont la passion désordonnée n’a résisté ni au temps ni à l’alcool, les deux frères deviennent inséparables. Adultes, ils restent farouchement loyaux l’un envers l’autre.

Aussi, lorsque Smoker apprend que son ex-femme a confié leur fille à une communauté marginale nichée en pleine montagne, Andre n’hésite pas une seconde à tout lâcher pour se joindre à lui.

Commence une quête qui, de bagarres en virées alcoolisées, repoussera les limites de l’amour fraternel.

Critique :
Est-ce parce que j’ai lu un excellent livre (Dites-leur que je suis un homme) que ceux qui suivent me semblent sans saveur ?

Après avoir peiné à en finir un autre juste avant (vous en saurez plus dans les prochains jours, je suis en LC avec Rachel), voilà que celui-ci passe lui aussi à la trappe.

Il avait tout pour me plaire mais durant ma pénible lecture, j’ai eu l’impression d’aller dans un sens alors que le roman partait dans un autre.

Impossible de m’attacher aux personnages des frères Andre et Smoker, impossible de m’attacher à l’histoire d’amour vache entre leurs parents, impossible de m’attacher à leur quête, leurs déboires, leurs vies impossibles…

Anybref, j’ai soupiré maintes et maintes fois et pour finir, j’ai terminé la lecture en diagonale.

Non, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ce genre de chronique… Contrairement à des romans ou des bédés qui ont vraiment quelque chose de merdique à souligner, ici, je n’ai pas vraiment de matière pour faire une chronique assassine…

L’écriture n’était pas gnangnan, l’histoire avait du potentiel, les personnages étaient bien tourmentés, se demandant au fil de leur vie comment être des enfants, des ados, des maris ou des pères.

La narration alternant le présent et le passé était bien utilisée car elle mettait sous le feu des projecteurs les points importants dans la vie de tous les protagonistes, tentant de nous montrer comment tout ce petit monde en était arrivé là, à ce point de non retour, à cette impasse, à cette vie sacrifiée.

Mais voilà, le roman est parti dans une direction et moi dans un autre et jamais nous ne nous sommes rencontré pour passer un bon moment ensemble. Tant pis, ça arrive dans la vie d’une lectrice (ou d’un lecteur) surtout si cette personne dévore les livres tel un cannibale boulimique de littérature.

Bah, j’irai voir ailleurs et ce n’est pas ce qui manque sur ma PAL dantesque et plus haute que la plus haute montagne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°72.

L’Amant de lady Chatterley : D.H. Lawrence

Titre : L’Amant de lady Chatterley

Auteur : David Herbert Lawrence
Édition :
Édition Originale : Lady Chatterley’s Lover (1928)
Traducteur : Pierre Nordon

Résumé :
1918…
Un monde s’achève. La vieille Angleterre expire. C’est dans cet univers bouleversé que naissent les amours d’une aristocrate et de son garde-chasse.

La société de l’époque reconnaîtra à Lady Chatterley le droit et le « devoir » de prendre un amant qui lui donnera l’enfant qu’elle n’aura jamais de son mari.

Ce n’est pas l’adultère qui heurte cette société, mais l’insultant bonheur de deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Critique :
Le poète et écrivain Philip Larkin résume à sa façon le procès et les conséquences de son verdict : On a commencé à faire l’amour en 1963, entre la fin de la « censure Chatterley » et le premier disque des Beatles.

Et bien, c’était pas folichon, le cul, chez les Anglais !

Ils Brexitaient déjà dans le lit conjugal, ces satanés Rosbeef.

Tout est histoire de savoir quand il faut se retirer (ni trop vite, ni trop tard) de ne pas laisser des factures impayées, ou des femmes insatisfaites sexuellement parce que leur Jules la joue à la Chirac (deux minutes, préliminaires comprises).

Et à ceux qui diraient que les femmes sont frigides, je leur répondrai qu’ils sont des mauvaises langues.

Je suppose, mesdames et mesdemoiselles qui lisez ma bafouille, que des amants merdiques, vous avez connu ça vous aussi. Le mec qui tire son coup et puis se vautre à côté pour ronfler, vous laissant sans jouissance, on a toutes connu ça (et les hommes qui aiment les hommes aussi, je ne suis pas sectaire).

Lady Constance Chatterley n’a pas de bol, après avoir été déniaisée dans sa jeunesse, elle a épousée Clifford Chatterley, un intellectuel avec un titre mais ce dernier a perdu l’usage de ses jambes et de tout ce qui se trouvait sous sa ceinture dans les tranchées de 14-18.

Pour la bagatelle, Constance est priée d’aller voir ailleurs – oui, elle a sa permission – et elle a même le droit de choisir un étalon reproducteur, puisque, en 1920, la banque du sperme n’avait pas encore de guichet spécial prévu pour les retraits en liquide.

À ceux qui voudraient lire de la gaudriole, du porno ou autre terme, ma foi, il perd son temps car ce qui était considéré comme pornographique en 1928 ne l’est plus en 2019.

On pourrait dire que le roman est érotique car rien n’est suggéré, on parle de phallus, de con et il parait que dans la V.O, Lawrence utilisait volontiers le mot « FUCK ». Voyez, je le note en majuscule et personne ne va s’émouvoir ou perdre connaissance. Juste ma mère qui me fera les gros yeux. Et encore, s’il elle le voit (risque zéro).

Là où les dents ont dû grincer, c’est que Lawrence frappe aussi sous la ceinture et ne se prive pas de dresser un portrait peu flatteur des classes non laborieuses, celle qui a des dents, du fric, qui est allée à l’école, qui a des biens, qui ne bosse pas, qui fait bosser les autres, anybref, celle qui a des titres de noblesses et des noms à rallonge.

Il [Mellors] avait trouvé chez les gens de la classe moyenne ou des hautes classes une dureté, une sécheresse empesée, une absence de vie réfrigérante, et qui lui faisaient éprouver combien il était différent. Il était donc revenu vers ceux de sa classe. Il y avait retrouvé ce qu’il avait oublié au cours des années: une mesquinerie et une vulgarité absolument détestables. Il avait fini par admettre à quel point les bonnes manières étaient importantes.

— Mais l’inégalité ?
— C’est le destin. Pourquoi Jupiter est-il plus gros que Neptune ? On ne peut pas changer la nature des choses.

L’Angleterre des riches propriétaires qui ont fait leur fortune sur le dos des mineurs s’en prend plein la gueule aussi.

Parlant du déclin de cette Angleterre rurale pour une industrielle, de ces manoirs, châteaux, trop chers à l’entretien, qui se font abattre l’un après l’autre, l’auteur tape une nouvelle fois sous la ceinture, alors que les parties étaient déjà douloureuses. Certains ne veulent pas voir la vérité en face.

C’est cela l’histoire. Une Angleterre en efface une autre. Les mines avaient fait la richesse des châteaux. Maintenant on les effaçait, comme on avait déjà fait pour les cottages. L’Angleterre industrielle efface l’Angleterre agricole. Une signification en efface une autre. La nouvelle Angleterre efface la vieille Angleterre. Faisant partie des classes aisées, Connie s’était accrochée aux débris de la vieille Angleterre. Il lui avait fallu des années pour comprendre que celle-ci était en voie de disparition sous la terrible pression de la hideuse Angleterre nouvelle, et que le processus se poursuivrait jusqu’à son terme.

Revenons maintenant à notre Clifford qui va autoriser sa femme Constance à aller se faire monter par un autre et se faire engrosser, aussi. Mais attention, faut qu’elle continue de l’aimer, son Clifford, faudrait pas qu’elle y prenne du plaisir.

De plus, môsieur Clifford est persuadé qu’un jour, sa machinerie recommencera à fonctionner et là, il pourra lui faire des enfants. C’est beau de rêver.

S’il vous plait, pourrait-on faire un accident de chasse pour Clifford ? Ce personnage n’a rien pour lui et j’ai eu plus souvent envie de pousser sa chaise d’infirme du haut de la colline que je n’ai eu d’empathie pour lui.

— Non, reprit Clifford, si l’on sait s’y prendre, il n’y aura plus de grèves.
— Et pourquoi ?
— Parce qu’on rendra les grèves presque impossibles.
— Mais les ouvriers vous laisseront-ils faire ?
— On ne leur demandera pas leur avis. Cela se fera sans qu’ils y prennent garde : pour leur bien, et pour sauver l’industrie.
— Pour votre bien aussi.
— Bien sûr ! Pour le bien de tous. Mais pour leur bien, encore davantage que pour la mine. Je peux vivre sans les puits. Pas eux. Sans les puits ils meurent de faim. Moi, j’ai d’autres ressources.

Sir Clifford est hautain, égoïste, tyrannique, est pour la persistance des classes sociales, des apparences et pense que c’est lui qui sacrifie son existence pour sa femme et que c’est elle l’insensible. À se demander s’il l’a aimé un jour, Pitié, offrez-lui des lunettes de chez Afflelou ou baffez-le pour qu’il ouvre enfin les yeux.

Ou mieux, payons un tueur à gages pour lui régler son compte, même si, parfois, dans ses discours, il analyse correctement la société et que l’auteur avait besoin de créer un personnage tel que lui pour délivrer son fiel sur la société et son analyse, aussi.

Il lui sacrifiait son existence et elle était insensible. Seules comptaient ses exigences. « Madame et son bon plaisir. » Maintenant l’idée d’avoir un bébé l’obsédait. Quelque chose qui serait à elle, rien qu’à elle, et pas à lui !

Mais maintenant, il pouvait sonner Mrs Bolton. Elle accourait toujours, et c’était un grand réconfort. Elle arrivait en robe de chambre, une natte de cheveux dans le dos, virginale et effacée, bien que la tresse brune fût mêlée de gris. Elle préparait du café ou de la camomille, et faisait avec lui une partie d’échecs ou de piquet. Elle possédait cette étrange aptitude qu’ont les femmes de jouer aux échecs en étant aux trois quarts endormie, et ce, de façon suffisamment convenable pour que l’on prît plaisir à la battre.

Pas de bol pour le Clifford, c’est avec le garde chasse, Oliver Mellors, que sa femme va fauter. Pire, elle va y trouver du plaisir et en tomber amoureuse. Et ça, c’est pas permis.

C’est ça, le grand scandale du roman ! Pas tellement le fait que madame aille voir à côté, puisque le petit oiseau de monsieur son époux ne siffle plus, mais c’est le fait qu’elle jouisse avec son garde-chasse, qu’elle y prenne du plaisir, qu’elle en tombe amoureuse. Et ça, la société bien pensante anglaise ne le tolérait pas.

En 2019, ce roman n’a plus rien de sulfureux, plus rien de porno, plus rien de licencieux, personne ne se choquera du garde-chasse qui tire son coup dans une chasse gardée et qui nomme son pénis « Thomas » et le sexe de sa lady, son con.

Pourtant, cet homme a de l’éducation, a lu des livres, a étudié, a fréquenté des officiers, mais les circonstances de la vie l’ont rendu amer, nihiliste et il a abandonné son beau parler pour reprendre le patois du coin.

À notre époque, on ne s’émouvra même pas de la critique de l’Angleterre de l’après-guerre, on a lu pire, on a lu plus cinglant dans le cynisme, on est allé voter, on a vu les résultats…

Donc, de nos jours, on haussera juste un sourcil là où, il y a 90 ans, on reniflait des sels pour se remettre de ses émotions tout en hurlant à la fatwa sur la tête de D.H. Lawrence avant d’enfermer son roman durant 40 ans dans les jupons de fer de Dame censure.

La lecture était plaisante mais on a tout de même beaucoup de blablas sur la fin et ça commençait à devenir un peu lourd, surtout quand la lady Chatterley nous la jouait petite fille amoureuse avec ses « dis-moi que tu me gardes. Dis que tu vas me garder, que tu ne me laisseras pas te quitter pour aller ailleurs ou avec quelqu’un d’autre. »

Une oeuvre classique sur laquelle j’aurais dû me pencher un peu plus tôt mais, voyez-vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire et se mettre à jour dans ses lectures érotico-classiques (bon, ce n’est pas les « Les onze mille verges » non plus).

Un roman que j’ai apprécié, même si les blablas sur la fin m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

Camargue rouge : Michel Faure

Titre : Camargue rouge

Scénariste : Michel Faure
Dessinateur : Michel Faure

Édition : Glénat (2013)

Résumé :
Dans un tout petit musée de Saintes-Maries-de-la-Mer, on peut contempler le souvenir d’un moment qui semble imaginaire, tellement il fut incroyable…

Au début du XXe siècle, toute la troupe du Wild West Show, Buffalo Bill en tête, se retrouva coincée sur le port de Marseille.

Un riche propriétaire camarguais, el Baroncelli, leur proposa alors de s’installer sur ses terres du delta du Rhône.

Michel Faure, amateur d’histoires savoureuses, ne pouvait pas passer à côté de celle-ci : la rencontre entre les plus grands chefs indiens avec le peuple des gitans et des gardians.

L’extraordinaire confrontation entre les femmes gitanes et les Indiennes, qui se ressemblent tant. Et tout ce qui peut découler d’un tel choc de civilisations : amour, conflit, jalousie. Une histoire authentique, et qui valait bien un beau livre…

Critique :
Pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas encore, je voue un amour aux chevaux, alors, vous pensez bien que la Camargue fait partie d’un lieu où j’aimerais vivre et si en plus, on ajoute à cette région des Indiens Lakotas, non pas pour le fun, mais parce que c’est la vérité, moi, je fonce sur l’histoire.

Entre nous, j’aurais vendu mon âme au diable pour chevaucher avec les guardians ET les indiens. Là, j’aurais atteint le summum de l’extase.

D’ailleurs, apparemment, les Indiens ont pris goût à chevaucher aux côtés des guardians, participer à l’abrivado et trier les taureaux les a rendu heureux comme ils ne l’avaient plus été depuis des lustres.

Si une partie de l’histoire racontée dans cette bédé est de la fiction, le reste, quant à lui, ne l’est pas, car oui, il y a bien eu des Indiens en Camargue, amené avec le Wild West Show de Buffalo Bill et coincé à cause d’un incendie sur le bateau.

Au lieu de appesantir sur les souffrances des Lakotas et des gitans, l’auteur a préféré mettre en avant le fait qu’ils sont des fils du vent, qu’ils vont où ils veulent et que le voyage a toujours fait partie de leur mode de vie, que les réserves ne sont pas faites pour les uns et que la vie sédentaire n’est pas faite pour les autres non plus.

Associés avec les guardians du marquis de Baroncelli, les trois peuples vont fraterniser (gitans, camarguais, indiens).

Durant une bonne partie de l’album, l’émotion va me saisir à la gorge, surtout lorsque la petite-fille de Crazy Horse va revenir en peu de mot sur le massacre de Wounded Knee et sur le fait que cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vu son peuple aussi heureux, aussi libéré.

Certes, l’auteur ajoute une histoire d’amour, mais elle permet de suivre deux personnages importants et de voir que malgré tout ce qui les unit, bien des choses les sépares, surtout que ni l’un ni l’autre ne veut abandonner son peuple.

Ce que j’ai apprécié le plus, ce sont les dessins, magnifiques, surtout des chevaux (mais je viens d’apprendre que Michel Faure dessinait l’Étalon Noir), personnages à part entière, mais aussi le fait que l’auteur ne représente pas les Indiens de manière fantaisiste, qu’il ne sombre pas dans le larmoyant ni dans tout le monde il est beau et il est gentil.

Des gens qui pensent que les Indiens sont des sauvages, il en existait toujours au début du 20ème siècle et nous croiserons ces gens aux pensées bêtes et méchantes, mais vous savez qu’il est toujours de bon ton de traiter l’autre de sauvage… Le 21ème siècle n’a rien changé en cela.

La bédé est réaliste, teintée d’histoire vraie, explorant avec justesse une page méconnue de la grande Histoire, pour mon plus grand plaisir.

Une belle découverte que j’ai faite là et c’est avec un soupir de regret que j’ai refermé cette bédé qui a si bien su mettre en valeur une région, la Camargue et trois peuples (les camarguais, les Indiens et les gitans).

Brooklyn : Colm Tóibín [LC avec Bianca]

Titre : Brooklyn

Auteur : Colm Tóibín
Édition : Robert Laffont (2016) / 10/18

Résumé :
Enniscorthy, sud-est de l’Irlande, années 50. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail.

Par l’entremise d’un prêtre, sa sœur Rose obtient pour elle un emploi aux États-Unis.

En poussant sa jeune sœur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s’occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier.

Terrorisée à l’idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l’Irlande.

À Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires.

Critique :
Auriez-vous oser tout quitter – votre famille, vos amis, votre ville, votre pays, votre continent – pour aller travailler dans une ville et un pays inconnu, vous ? Moi, pas sûre…

Déjà que monter à la capitale était toute une aventure… Et je n’étais pas à l’autre bout du monde, la Belgique, ce n’est pas bien grand.

Pourtant, Eillis a osé le faire. Bon, pas vraiment de bonne grâce, on pourrait dire qu’on ne lui a pas laissé le choix, vu qu’elle ne trouvait pas d’emploi dans sa ville Irlandaise, alors qu’elle avait un diplôme de comptabilité.

Là, je peux dire que j’ai eu une lecture rafraichissante, agréable, dépaysante (comme d’hab) et surtout, je me suis identifiée à Eilis dans certains de ses gros blues. Et je ne vous parle pas de la musique que j’aime…

Si ce roman comporte une histoire d’amûr, le réduire à ça sera criminel car dans le fond, on a aussi du roman noir avec les pauvres gens obligés d’immigrer aux States afin de trouver un emploi, comme bien des Irlandais, entre autre (et pas qu’eux).

Roman noir aussi de par la condition sociale des Noirs qui, en 1950, pourront entrer dans certains magasins qui étaient fréquentés uniquement par des Blancs. On a beau savoir que la ségrégation a existé (et elle existe encore, hélas), lire certains faits provoquent toujours chez moi un malaise certain.

Mon seul bémol sera pour ce passage là : j’aurais aimé que l’auteur approfondisse un peu plus cette partie-là du roman. Certes, on a les réactions choquées des vendeuses, de certaines clientes, des filles de la pension de famille, mais j’ai trouvé que ça faisait peu.

Les personnages sont humains, normaux, bien décrits, avec ses lots de pestes, de timides, de coquines, de mêle-tout.

Eilis, elle, elle oscille entre les deux, n’étant jamais peste, mais jamais effacée non plus. Parfois, j’aurais aimé qu’elle s’affirme un peu plus devant les autres, surtout devant sa mère, qui elle, ne se rend même pas compte qu’elle parle pour sa fille et décide pour elle aussi.

Quant aux lieux décrits, ma foi, j’ai eu l’impression de les voir, de les arpenter, de humer l’air de Brooklyn, me demandant sans cesse ce que j’aurais fait à la place d’Eilis, comment j’aurais réagi.

Anybref, ce roman, c’était une bulle d’air dans mes romans noirs purs jus, un petit bijou à lire, avec des personnages attachants, qu’on se plait à suivre, même si parfois on a envie de les houspiller pour qu’ils se comportent autrement et arrête toutes ces cachoteries.

Un roman que j’ai posé avec regrets sur la table, une fois terminé.

Une LC avec Bianca qui, une fois de plus, donne des chroniques différentes. Son lien est dans son nom, cliquez dessus pour savoir tout, tout, tout… sur Brooklyn !

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N° 25 – Le Pensionnaire en Traitement – un livre dans lequel les personnages vivent en colocation).

Le détective de Freud : Olivier Barde-Cabuçon

Moi, Ida, experte consultante autoproclamée et bénévole des questions de psychologie, psychopathologie, et psychanalyse pour le Blog Cannibal Lecteur tenu par Dame Belette qui ne m’a en rien rémunérée lorsqu’elle m’a mandatée pour procéder à l’expertise de l’ouvrage « Le Détective de Freud » écrit par le susnommé Olivier Barde-Cabuçon, publié aux éditions Actes Sud et commercialisé autour de 25 euros, déclare avoir procédé à cette autopsy (ben oui, comme je fais une autopsie psychologique autant appeler ça une autopsy !) en toute bonne foi, impartialité et loyauté.

Méthodologie : j’ai installé l’objet d’étude sur mon divan pour l’inviter à exprimer sans retenue ni censure ce qui lui était passé à travers les pages. Afin de mieux travailler, je me suis moi-même étendue sur le divan pour avoir le dit livre mieux en main.

Introduction : Au terme du congrès de Weimar réunissant en 1911 la diaspora des premiers psychanalystes, Sigmund Freud lui-même et en personne, demande au jeune Docteur Du Barrail d’enquêter sur le meurtre d’un de leurs confrères français, retrouvé étranglé dans son cabinet.

Aidé d’un détective privé qui se fait curieusement nommer Max Engel en référence à ses idées marxistes, et de Carl Gustav Jung, grand psychanalyste Suisse, voici notre héros parti enquêter dans le Paris de la belle-époque finissante.

Résumé : Le Dr Du Barrail, jeune psychiatre et psychanalyste parisien, acquis aux thèses controversées de Sigmund Freud, s’est rendu au congrès de Weimar de 1911, réunissant les premiers représentants de cette discipline psychanalytique née avec le siècle.

À la fin du congrès, Freud demande à Du Barrail de le rejoindre pour une conversation privée. Il l’informe qu’un de ses confrères français a été retrouvé étranglé dans son cabinet, et que les premiers suspects à retenir se trouvent probablement parmi les patients du défunt.

Freud lui remet les notes sur ses patients, que feu leur collègue lui avait adressées à des fins de supervision. Face aux réticences de Du Barrail qui ne se sent pas l’âme d’un détective, Freud lui rappelle que la quête de la vérité reste aussi une affaire d’analyste, et explique que la psychanalyse est suffisamment au cœur des critiques pour qu’en plus la mort d’un analyste puisse interpeller la suspicion publique…

Du Barrail rentre donc à Paris. Mais qui est cette mystérieuse femme en vert qui en veut autant à sa valise ? Et pourquoi  tant de monde s’intéresse donc aux notes cliniques de son défunt confrère ? Le détective Max Engel parviendra-t-il à l’aider dans cette enquête ?

Et pourquoi Diable, Carl Gustav Jung lui-même, héritier désigné de Freud, lui témoigne-t-il autant de sollicitude ? Nos héros se lancent alors dans une enquête qui les conduira à croiser des hommes politiques influents, et des banquiers qui le sont encore plus…

Des bourgeoises, des prostituées de bas étage ou des demi-mondaines recherchées… Dans un Paris qui s’étourdi de fêtes avant que n’arrive le désastre de 1914…

Ce que j’en ai pensé : Je suis toujours méfiante avec les livres qui s’aventurent sur le registre de la santé mentale, sujet que je connais assez bien et qui me conduit à relever avec intransigeance les invraisemblances cliniques et théoriques témoignant de la grande paresse de la plupart des auteurs lorsqu’il s’agit de se documenter sur le sujet qu’on choisit comme background de son roman.

Des grands noms du thriller français m’ont beaucoup déçue sur ce point, et la façon dont ils écrivent en espérant que ses lecteurs puissent en savoir moins qu’eux et en se contentant de broder sur des clichés éculés, a le don de m’irriter.

Au prix où sont les livres, j’aime au moins que l’auteur manifeste un peu de respect pour les lecteurs qui le font vivre et évite de les prendre pour des idiots.

Vous comprendrez que Dame Belette ne m’a pas mandatée pour rien pour cette autopsy !

Même Dexter Morgan et Hannibal Lecter sont des aberrations à mes yeux, car même si j’apprécie ces personnages, je n’oublie pas, que sur le plan théorique, un traumatisme même grave et spectaculaire ne suffit pas à créer un tueur psychotique !

Mais revenons-en à ce livre…

Le début du roman était plutôt engageant car l’auteur a ici pour une fois fait un véritable travail de recherche sur l’histoire de la psychanalyse et l’histoire du Paris de la fin de la Belle Époque.

On ne peut que saluer cet effort méritant. Il est même allé jusqu’à rendre compte l’état d’avancée des théories analytiques de l’époque (très portées sur la sexualité donc, parfois de manière un peu outrée… là où les analystes d’aujourd’hui se préoccupent davantage du « désir » que de sexe, et se gardent de balancer des interprétations à tout va comme leurs ancêtres) soulignant là où les premiers pionniers de la psychanalyse en étaient de leurs tâtonnements au bout de onze années de recherches (Freud a posé en 1900, avec la publication de « l’interprétation des rêves », la date de fondation du mouvement analytique).

Malheureusement, faire un effort de recherche historique ne fait pas d’un écrivain un professionnel de santé mentale, et lorsqu’il se hasarde à faire parler ses personnages de clinique, la belle ouvrage se fissure un peu et le plâtre s’écaille laissant place à des approximations et quelques clichés…

Au point de faire commettre un passage à l’acte incompréhensible à son héros perdu entre les fantasmes et les réalités objectives vécus par une patiente…

Cela étant, à l’époque… ce genre de choses pouvaient arriver mais… bon… Il était tellement consciencieux ce Dr Du Barrail qu’on en est surpris qu’il puisse faire de telles erreurs de débutant !

Si par ailleurs, la psychologie des personnages réels évoqués est assez conforme à ce qu’on connaît de leur biographie (là encore bravo pour le travail de documentation), je regretterai toutefois que le développement du personnage principal puisse souffrir d’une certaine superficialité, car il est souvent plus décrit par ses actes que par ses mouvements émotionnels ou réflexifs.

Un psychiatre dénué d’une part sombre, ou du moins des cicatrices ou des souvenirs de ses propres souffrances est un peu surprenant. Surtout dans un livre mettant en scène des analystes.

Certes, je n’aurais pas non plus aimé une brochette de portraits de psys fêlés, et malfaisants le cliché par excellence… Mais tout de même, ce personnage-là est tellement lisse, et ses aspérités tellement mineures que ça en devient suspect.

Son compère Max Engel (Engel est l’homme qui a co-écrit avec Marx le manifeste du parti communiste), peut paraître quelque peu caricatural parfois, mais vient apporter un peu de légèreté dans ce monde un peu trop sérieux de psys ! Mais trop de légèreté n’est jamais très bon dans un thriller.

Bien que le Paris des années qui précèdent la première guerre mondiale ait été un terrain propice à développer une intrigue sombre au suspens épais… Je trouve toutefois que l’atmosphère de ce roman manque de densité, réduisant Paris à une grande fête bourgeoise, et en oubliant, ou en évoquant trop rapidement ce qui pouvait se passer de plus glauque dans les coulisses.

La construction de l’intrigue me laisse toutefois un peu perplexe. Elle aurait mérité d’être aussi soignée que l’exactitude de la documentation du background…

Et ce n’est hélas pas tout à fait le cas.

La finalité des actions ou choix des personnages sont parfois un peu difficiles à saisir pour le lecteur, on peut les trouver peu logiques voire parfois naïfs…

En outre, les longues diversions sur les théories analytiques montrent que l’auteur a fait un effort certes, mais elles alourdissent le roman, n’apportant rien ou très peu à l’intrigue, ce qui dans un livre assez resserré de 250 pages me paraît assez peu heureux.

Il en eût fait 500 ou 600, le problème ne se serait pas posé.

Cette disproportion entre le nombre de digressions et l’épaisseur du roman rendent proportionnellement plus mince l’espace dévolu au développement de l’intrigue, ce qui lui fait perdre en densité et en fluidité…

Au point que j’en suis arrivée à me demander si ce roman n’était pas davantage prétexte à développer une certaine culture historique qu’à raconter une histoire réduite au rang de prétexte.

D’ailleurs en allant faire un tour sur le net, j’ai appris que l’auteur, juriste de formation, était surtout connu pour faire des romans historiques, et je crains en effet que ce soit plus son talent d’historien amateur qui cherche à s’exprimer ici.

En résumé : Une Belle-Époque parisienne finissante bien rendue et une solide documentation sur l’état de la psychanalyse en 1911 permettent à l’auteur de camper ses personnages et son intrigue dans un décor et une atmosphère crédibles…

Du mystère… Du suspens… Des surprises… Mais un traitement assez irrégulier de la psychologie des personnages et de la construction de l’intrigue vient malheureusement atténuer mon plaisir de lecture.

J’ai tout de même passé un bon moment, même si je recommanderai ce livre plus aux amateurs d’histoire de la belle-époque et de la psychanalyse qu’aux amateurs chevronnés de thrillers.

 

Elijah : Noël Boudou [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Elijah » de Noël Boudou

Dossier n°05

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié :  Un Flamant Noir, pas rose et des traces de griffes sur du bois…

Date du crime d’édition : 27/02/2017 – corps récent !! Encore frais…

Arme du crime : Une plume qui se plante dans ton cœur.

Traumatismes :  Nombreux ! Dont un cœur et une âme en miette.

Suspects : Noël Boudou et quelques uns de ses personnages qui m’ont pris aux tripes.

Arme du crime probable : Tout est bon pour te faire souffrir

Modus operandi du crime : 222 pages (221b ?) de récit à l’état brut dont un gros pourcentage de pages violentes, comme si tout le gratin des salauds s’étaient donnés rendez-vous dans le roman de Noël.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Putain Noël, pour un premier crime, tu fais fort ! Tu me permets de t’appeler par ton prénom puisque nous nous sommes déjà croisé dans les couloirs du Fesse Bouc. Et puis, je viens tout de même d’autopsier ton roman…

Autopsie réalisée d’une traite, sans déposer le bistouri. Addictif.

Le sujet autopsié est dur, violent, parfois même un peu trop violent, un peu trop trash, mais on sent qu’on a écrit ce bouquin avec des tripes et puis, quelles émotions dans ces pages !

Oui, la violence extrême côtoie sans vergogne la douceur la plus tendre et durant certains moments, qu’ils soient doux ou durs, on a envie de crier à son apprenti d’apporter cette foutue boite de kleenex parce qu’on a une grosse crasse dans l’œil.

Les personnages qui gravitent dans ces pages sont torturés, abîmés, lacérés et on se demande s’il y en a un qui a eu une enfance « normale », avec des parents autre que des brutes épaisses ou s’il y a autre chose que des salauds finis dans ces pages !

Heureusement qu’il y a Elijah, petit bonhomme handicapé et son frère dont nous ne saurons pas le prénom au départ.

Elijah, on l’aime de suite, on a envie d’être tendre avec lui, de le prendre sous notre aile. Et quand il s’adresse à nous dans son journal intime qui se déroule dans sa tête, on lève la tête du récit tant les émotions nous coincent la gorge.

Son frère, lui, c’est violence envers les monstres et tendresse envers son frère, sentiments opposés, qui, tel un maelström fougueux, se bousculent dans sa tête. Et pourtant, on l’aime aussi. Même s’il exagère grave avec les gens qui manquent de respect envers son petit frère handicapé.

Un roman percutant, violent, écrit au scalpel, avec des moments durs qui, selon moi, auraient pu ne pas être insérés dans le roman, mais qui, présentés ainsi, nous donnent une vision peu reluisante d’une certaine société, celle des nantis et des bobonnes qui veulent se faire défoncer la rondelle et pire, si affinités… Mais bon, tout le monde n’aime pas de sexe brutal, si ??

Mon seul bémol sera pour la violence extrême durant certaines scènes car comme on dit en Belgique « Trop is te veel » (« Trop c’est trop »), mais je pardonnerai ces erreurs ainsi que quelques clichés car Noël, de par son final, m’a mis le cœur en vrac, m’a serré la gorge et humidifiés les yeux.

Un autopsie de roman qui m’a laissé l’âme en morceaux et bon courage au légiste qui voudra reconstruire ce puzzle !

Verdict du détective Cannibal ?
Un premier roman percutant, des émotions à l’état brut, un roman écrit d’une plume qui manie aussi bien le sombre que le lumineux et qui les fait se côtoyer pour le meilleur et pour le pire, mais dieu que c’est bon !

Par contre, si un jour j’ai le bonheur de me faire dédicacer ce roman, j’assommerai ensuite Noël avec son roman pour avoir osé me faire chialer mon petit cœur d’artichaut !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

Sans titre 7

Jack the Reader 4

Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

Journaliste à la Gazette Elfique, Stelphique fera quelques zooms sur ces comportements déviants des humains et mettra en lumière, la petite flamme qui anime pourtant ce roman très sombre qu’est Elijah de Noel Boudou…

Il serait peut être temps aussi, de vous prévenir qu’une petite combinaison anti-coup, et un bouclier sont de rigueur pour découvrir ses pages….

Attention, 5,4,3,2,1…Impact !!!!

Elijah, ou « L’accident-miracle »…

Petit être chétif et victime avant même de naitre, déformé avant même d’avoir respiré, il n’a aucune arme face à la violence du monde qui s’ouvre à lui.

La noirceur il la devine, la pressent dans l’odeur de son frère qui fait tout pour lui rendre la vie moins dure…

Le « Frère d’Elijah » , en se battant avec une ferveur sans faille, en lui vouant une attention continue, nous démontre que le handicap est encore source d’exclusion, de bêtise éhontée, de violence gratuite, et de soins quotidiens.

Chaque minute de l’emploi du temps de ce frère dévoué, est consacrée au bien-être de ce gamin, pour qui aucune action n’est une évidence, qui a besoin de l’attention d’autrui pour la moindre chose. Une belle leçon de vie.

Ange presque sans parole, Elijah, nous livrera son petit journal intime intérieur, d’une fraicheur agréable…

La violence conjugale où un fléau qui fragmente encore les familles…

Des milliers de femmes meurent chaque jour sous les coups de son conjoint. C’est un fait. Ahurissant et implacable, mais une réalité insoutenable. Ici, Noel Boudou va explorer cette cellule, où l’homme devient monstre, la femme, victime, et les enfants, impuissants… Une famille fracassée…

Dans ces deux cents pages, on subit les coups, spectateur de cette horreur qui se cache derrière les portes, terrassé par le réseau néfaste de la haine. Rien n’est épargné, à nous autres lecteurs, on aura chaque sensation, chaque blessure physique ou mentale, racontée avec une brutalité sans artifice.

Le frère d’Elijah et Milo, nouveaux héros indestructibles, pour déconstruire cette toute puissance masculine, rallié à la cause féminine à leur petite échelle, duo de violence et frères de sang….

Ils foncent, poings serrés, dans ce gros tas d’immondices, et de vices de ses hommes qui ne craignent plus aucune perversion…

La violence répond à la violence, mais cette fois-ci, elle est du coté des femmes et des enfants, qui sont meurtris intérieurement…

Quand dans le Noir, nait la lumière…

La Terre est terre de contradiction, de Bien et de Mal, qui s’oppose parfois dans le même être… Dans le plus pur des sentiments humains, se trouve aussi une rage sans limites…

En créant cet être imparfait, pétri des pires contradictions, ange déchu aux mais sanglantes, Noel Boudou nous ramène une pointe de douceur dans cet univers de ténèbres et d’horreur qui font qu’on a quelques bouffées d’oxygène d’Amour Rédempteur…

Choquant, bouleversant, presque à vomir ses scènes atroces, mais il n’en reste pas moins qu’il y a une forme de lien très fort qui unit ses deux frères, qui nous renverse aussi le cœur…

Quand une elfe découvre les faits, et rien que l’effet de ces êtres humains en miettes, elle ne trouve plus les mots encore moins, les émotions pour décrire ses impressions.

Mais les fées pleurent, c’est certain, sur cet état de fait et les répercussions de la violence de ces hommes haineux…

Lien vers la chronique originale de Stelphique

Le brouhaha de la salle s’atténuait. Le rapport d’autopsie du médecin légiste et le témoignage de la presse avait enflammé la foule présente et le juge ne cessait de réclamer le silence afin de laisser la parole à l’avocate de la partie adverse.

Droite dans sa robe, cette dernière savait que ses paroles allaient faire vendre du papier et que le peuple, allié à la cause de l’accusé, la livrerait à la vindicte populaire bien après la fin de son réquisitoire.

Elle se sentait seule mais elle se savait intègre. Alors que, le charisme et la gentillesse de l’accusé emportait l’adhésion de chacun, elle ne pouvait oublier et abandonner ses idéaux qui dictaient son choix aujourd’hui.

Elle connaissait son texte sur le bout des doigts, ses arguments étaient prêts. Tout l’amour et la tendresse que l’accusé avait pu mettre dans son texte était certes louable et extrêmement prégnant mais rien n’avait pu masquer toutes ces incohérences et ces redondances dans le texte.

Rien n’avait pu lui faire oublier les lieux communs qui semblaient sourdre par toutes les pages.

Bien sûr, elle avait compris le dessein de l’accusé… Ce dernier ne souhaitait que mettre en exergue la force de l’amour et l’acceptation des différences et la femme en elle respectait cela.

Son personnage principal ne faisait que chercher la rédemption et assurément, une certaine lumière s’échappait des protagonistes de l’affaire.

Mais cette lumière n’avait pas adouci la noirceur et la violence extrême utilisée à outrance, ni ne l’avait empêchée de vouloir jeter ce roman au loin à plusieurs reprises.

Grand mal lui en aurait fait, car elle avait une mission à accomplir. Elle n’avait pas failli.

Malgré toutes les preuves de l’innocence accumulées depuis le début du procès, elle allait tenter de déclamer son texte avec toute la conviction dont elle était capable.

Elle allait dire haut et fort, mais avec indulgence car le casier de l’accusé était vierge, que ce roman n’avait pas su trouver le chemin de son cœur.

Elle paraphraserait sans doute un peu, ferait quelques jeux de manches et regarderait les jurés, mais l’accusé lui-même aussi, droit dans les yeux pour leur asséner son réquisitoire.

Puis elle reprendrait sa place, attendant un verdict dont elle connaissait déjà la teneur. Le doute persistait dans le cœur du jury et lorsqu’il ne reste que le doute… on acquitte.

L’heure était venue. Elle releva la tête, inspira profondément et prit la parole…

Lien vers la chronique originale de Nath Sous les pavés la page.

Les larmes noires sur la terre : Sandrine Collette

Titre : Les larmes noires sur la terre

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (02/02/2017)

Résumé :

Six ans après avoir quitté son île natale pour suivre un homme à Paris, Moe tente de survivre avec son nourrisson.

Elle est conduite par les autorités à la Casse, une ville pour miséreux logés dans des voitures brisées.

Au milieu de ce cauchemar, elle fait la connaissance de Jaja, Marie-Thé, Nini, Ada et Poule, cinq femmes qui s’épaulent pour affronter la violence du quartier.

Critique :
Qui a encore éteint la lumière ? C’est pas possible de débuter sa vie dans un coin paradisiaque et de se retrouver ensuite dans une Enfer digne de Dante !

« Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate », voilà ce qu’on aurait pu noter comme formule d’accueil pour ceux qui entrent à La Casse ! C’est vous dire la sombritude (néologisme offert gratos)…

De ce roman, que je voulais absolument lire, je n’avais pas vraiment lu le résumé avec attention, voulant découvrir l’univers du roman sans l’aide du 4ème de couverture. Rester vierge, en fait !

La Casse… Là, je me suis demandé dans quelle galère j’étais tombée… Pas possible, pour en arriver là, il faut avoir vécu une fin du monde, une catastrophe naturelle, un accident nucléaire… On n’imposerait pas délibérément ça à des êtres humains dans un pays tel que la France tout de même !

Ou alors, je ne suis pas en France, mais dans un autre pays, un pays moribond après les multiples guerres qu’il a subies ??

Non, j’étais bien en France, sans catastrophe naturelle, sans guerre, mais heureusement, dans ce que j’appellerais « un futur » et pas en 2017. Ça fout la trouille tout de même !

La force du roman, c’est que l’auteur a su rester réaliste et donner vie à ses personnages principaux, que ce soit Moe, au départ, qui nous raconte sa vie sur une île des DOM-TOM, sa venue en France et sa descente dans ce qu’elle pensait être un Enfer, sans imaginer qu’il pouvait encore y avoir pire ou les autres personnages qui vont graviter autour d’elle.

On s’attache à Moe, on frémit avec elle, on la voit essayer de s’en sortir, de se trouver un travail, mais la pauvre ne parvient pas à nager dans ce monde de requins, dans cette jungle où la loi du plus fort est toujours en vigueur et la meilleure.

Moe, on la voit chuter, on la voit atterrir à la Casse, endroit où l’on ne voudrait pas se retrouver pour tout l’or du monde, on la suit dans son acclimatation, dans sa découverte des autres femmes qui partagent « sa ruelle » et dans sa descente encore plus bas, afin de réunir la somme nécessaire à son départ de elle et de son enfant.

Oui, pour sortir de là, faut payer son billet de sortie et il n’est pas bon marché. Autrement dit, tu ne sortiras jamais de la Casse. Bienvenue en Enfer !

Pourtant, il y a une once de lumière dans cette Casse, grâce aux autres femmes qui partagent la « cour » avec Moe et qui sont là depuis un certain temps, connaissant tout des us et coutumes de cet enfer sur terre.

Là aussi les portraits sont réussis, leurs histoires sombres, mais racontées de telle manière qu’on aurait, nous aussi, l’impression de les écouter, assises au coin du feu, dans cette petite cour qui réunit quelques carcasses de voitures ou vieille roulottes.

C’est noir, c’est sombre, limite horrible lorsque l’on découvre ces gens que la société ne veut plus, entassés dans une décharge de vieilles voitures, crevant de faim, trimant dans les champs pour un salaire de misère, mourant le plus souvent de faim, de maladies ou à cause des règlements de compte dignes de O.K Corral.

Un petit plaisantin, adepte de l’humour grinçant, aurait même pu ajouter « La travail rend libre » sur un fronton et faire passer les travailleurs-travailleuses de La Casse dessous, lorsqu’ils se rendent aux champs tous les matins, vu les heures qu’ils devaient trimer pour gagner des cacahuètes alors que dans les épiceries de cet Enfer, tout coûte un prix de malade.

Ou comment faire en sorte que les gens qui entrent dans cette Casse, dans cette spirale infernale, n’en sortent plus, le tout avec des moyens simples, sans oublier quelques gardiens armés et munis de chiens.

Un roman noir qui décrit une société dans laquelle je n’aimerais pas vivre… Une plongée en apnée dans une Société qui a rejeté l’autre, le forçant à vivre de manière inhumaine, une Société qui a tout d’une qui pourrait arriver… Restons vigilants !

Un roman bouleversant, émouvant, magnifique, réaliste, sombre, noir, sans édulcorants, sans crème, sans lumière, mais tout au bout, on en voit une petite et elle est merveilleuse.

Sandrine Collette a encore réussi à me faire passer par tout un tas d’émotions et à me lessiver avec un roman fort.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (336 pages).