Bakhita : Véronique Olmi [LC avec Bianca]

Titre : Bakhita

Auteur : Véronique Olmi
Édition : Albin Michel (2017) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Bakhita, née au Darfour au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l’âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d’Italie.

Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir soeur.

Critique :
Lorsque j’ai ouvert ce roman, je ne savais même pas qu’il était tiré d’une histoire vraie… Shame on me. C’est en l’ajoutant sur Babelio que je m’en suis rendue compte.

Pour moi, ça a changé toute la donne et démultiplié les émotions qui étaient déjà fortes après quelques pages.

Darfour, dans les années 1870. Une petite fille de 7 ans, qui vivait tranquille dans son village, est enlevée par des hommes d’un village voisin et livrée au négriers, aux esclavagistes musulmans (les cathos n’ont pas le monopole).

Non, sa destination ne sera pas les États-Unis mais d’autres pays africains où elle sera esclave. Mais avant d’arriver à cette horrible destination, il faudra y aller à pied et le chemin est long, difficile, ardu, violent, où l’humanité est portée disparue depuis longtemps car les captifs sont traités pire que des bêtes, comme des objets.

Le récit de celle que l’on nommera Bakhita (elle a oublié son prénom d’enfant) commence lentement mais jamais la narration, au présent, ne s’essouffle car le lecteur est happé dans cet univers sombre et violent de la traite des Africains par d’autres Africains et j’ai souvent eu la gorge serrée durant ce récit.

Aucune avanies ne lui sera épargnée, ses maîtres, ses propriétaires, traitent leurs esclaves comme des non-humains, comme des jouets offerts à leur enfants et je vous passerai certains détails.

La lumière commencera à poindre lorsqu’elle rejoindra l’Italie, même si, mettant les pieds dans un pays où l’esclavage n’a pas cours, elle reste tout de même la propriété d’un couple et un jeune castrat sera offert en cadeau à un autre. Moi, là, j’en avale ma salive de travers ! Oui, on offre des humains comme on offrirait des jeunes chiots, chatons…

La suite, vous le saurez en découvrant cette biographique romancée… Bakhita est un personnage que l’on aime très vite, aussi bien enfant qu’adulte, elle est émouvante, innocente et le fait qu’elle n’ait jamais reçu d’éducation la fait réagir un peu comme un jeune enfant, sans compter qu’elle mélange plusieurs langues lorsqu’elle s’exprime.

Des émotions, j’en ai eu mon quota en lisant ce récit et j’ai même souffert de conjonctivite car j’ai eu de l’humidité dans le fond de mes yeux, sans compter la gorge nouée à de nombreux moments.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteure nous romance la vie de Bakhita d’une manière sobre, simple, mais empreinte d’un grand respect, sans rien nous cacher, mais en gardant parfois un voile pudique sur certains événements.

Bakhita, c’est une histoire profonde, forte, remplie d’émotions. Une histoire vraie, une histoire sur l’inhumanité de l’Homme mais pas que ça : dans ces pages, dans sa vie, elle a croisé aussi de belles personnes, remplie d’humanité, de compassion, de foi, et qui ont su l’aider à surmonter les horreurs de sa vie et à lui trouver une place, même si, jusqu’au bout, elle s’est toujours sentie esclave.

D’ailleurs, en Italie, dans ce pays où l’esclavage n’existait pas, il fallait une décision de justice pour que la personne soit affranchie. Cherchez l’erreur aussi.

Un roman puissant, généreux, émouvant, et un beau portrait de cette petite fille qui a tout perdu de sa vie (innocence, enfance, famille, pays, langue, souvenirs, identité,…) mais qui a su, grâce à l’aide des autres, s’en construire une autres et être un phare dans la nuit pour d’autres personnes.

Magnifique.

Une LC en décalage avec ma copinaute Bianca qui a moins accroché au récit et qui n’a pas terminé sa lecture. Exceptionnellement, je publie avant elle et sans elle car elle va le terminer à son aise et comme le Mois Anglais arrive à grand-pas, la chronique risquait de n’être publiée qu’en juillet…

Enfant 44 – Leo Demidov – Tome 1 : Tom Rob Smith [LC avec Bianca]

Titre : Enfant 44 – Leo Demidov – Tome 1

Auteur : Tom Rob Smith
Édition : Belfond (2009) / Pocket (2010)
Édition Originale : Leo Demidov, book 1: Child 44 (2008)
Traduction : France Camus-Pichon

Résumé :
Hiver 1953, Moscou. Le corps d’un petit garçon est retrouvé sur une voie ferrée. Agent du MGB, la police d’Etat chargée du contre-espionnage, Léo est un officier particulièrement zélé.

Alors que la famille de l’enfant croit à un assassinat, lui reste fidèle à la ligne du parti : le crime n’existe pas dans le parfait État socialiste, il s’agit d’un accident.

L’affaire est classée mais le doute s’installe dans l’esprit de Léo. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa, elle-même convaincue de dissidence.

C’est là, dans une petite ville perdue des montagnes de l’Oural, qu’il va faire une troublante découverte : un autre enfant mort dans les mêmes conditions que l' » accident  » de Moscou.

Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d’eux des ennemis du peuple…

Critique :
On pourrait dire que cette histoire a commencé avec un chien qui s’est blessé au coussinet et que son maître, diplomate étranger, a emmené chez un vétérinaire consciencieux.

Comme les antibiotiques manquent cruellement, le véto a dû revoir plusieurs fois le chien et ce fut pour lui le début de la fin : on l’a accusé d’espionnage après l’avoir mis sous surveillance.

Mais ce serait trop simple de mettre tout sur le coussinet du pauvre chien car le responsable de cette horreur, c’est le système et tout ceux qui le font tourner, consciemment ou inconsciemment. Parce qu’ils aiment ça ou parce qu’ils le craignent.

Un système où la présomption d’innocence n’existe pas, où les dossiers se montent très vite, où l’on accuse sans preuve, où l’on condamne sans preuves (ou si peu) et où la dénonciation est encouragée et si vous ne dénoncez pas, on vous dénoncera pour non dénonciation. Vous me suivez toujours ?

Bienvenue dans le paradis du communisme, ce système où les inégalités n’existent pas mais où tu feras la file des heures pour un pain tandis que les dirigeants, les membres de la MGB et leur famille, ont accès à des magasins réservés pour eux et fourni en mets fins (vrai chocolat, oranges, citrons,…).

Un paradis où les vols et les crimes n’existent pas puisqu’on a gommé les inégalités (oui, faut le dire vite)… Permettez que je tousse ? Le système ment sur les chiffres, transforme des meurtres en accident et ne vous avisez pas de dire le contraire…

La Russie fait partie de mes pays préférés en littérature, ce roman ne pouvait que m’intéresser, malgré tout, il a traîné longtemps sur mes étagères. La lecture m’a fait mal aux tripes, au coeur, partout, non seulement à cause des injustices criantes, mais aussi des accusations et condamnations sans preuves.

Dans nos pays, des avocates sont obligées de faire des tribunes dans le journaux pour nous expliquer que la présomption d’innocence existe, que si X accuse Y d’un crime abject, il doit y avoir une enquête et que le public ne doit pas hurler « au bûcher » sans même vérifier les dires de l’accusateur/trice, sinon, c’est la porte ouverte à n’importe quoi, notamment à ces systèmes de pays où l’Humain n’a aucune valeur.

Cette Russie communiste, cette Russie de Staline qui broie le peuple est décrite d’une manière qui s’intègre parfaitement bien dans le récit. L’auteur a étudié le pays, ses mœurs, son système, à tel point qu’on penserait le roman écrit par un russe pure souche de l’époque.

Le personnage de Leo est abject et illustre bien les bénéfices du matraquage d’idées toutes faites et d’aphorismes qui ne servent que ceux qui les pondent. Dans sa tête, il sert la mère patrie, le communisme est sain et son pays magnifique. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui souffre de cécité dans ses idées arrêtées et qui met les fautes sur le dos des autres. Pourtant, on peu changer et Leo va ouvrir les yeux…

Un roman sans temps mort, un roman qui vous emporte dans la Russie post-seconde guerre mondiale et qui ne vous laissera aucun répit, surtout du côté de vos tripes, de votre coeur, de votre âme.

J’ai beau connaître le côté obscur de l’Homme, avoir lu des livres sur les horreurs humaines, en avoir abandonnés certains tellement ils étaient effroyables (médecins de la mort dans des camps) et malgré tout, je suis toujours surprise par la perversion humaine, comme si j’étais le lapereau de l’année, la petite fille naïve qui croit toujours aux licornes et aux fées (ok, je connais une fée).

Là, une fois de plus, j’en ai pris plein ma gueule et elle me fait toujours mal.

Lire un roman qui se déroule en Russie est souvent source d’enchantement pour moi, mais j’en paie toujours le prix ensuite car je n’en ressors jamais indemne.

Bianca, qui faisait cette LC avec moi (et qui m’a fait sortir ce super roman qui croupissait dans ma PAL depuis plus de 6 ans) est en tout point d’accord avec moi, même si, tout comme moi, elle a trouvé le mobile un peu léger.

Mais ce n’était pas ça le plus important, c’était tout le reste : le communisme dans toute son inégalité, dans son horreur, le socialisme tel que je le déteste et qui n’avait rien à envier au capitalisme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°209.

Le Train des orphelins – Tome 2 – Harvey : Philippe Charlot & Xavier Fourquemin


Titre : Le Train des orphelins – Tome 2 – Harvey

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Édition (2013)

Résumé :
“La vie est une chienne et moi je ne suis bon à rien. Ne cherche pas à me revoir… Ton père”

Middle West, 1920. Le train des orphelins poursuit son périple vers l’Ouest. A son bord, le jeune Jim se lamente d’avoir perdu son frère, adopté à l’étape précédente. Il ne lui reste plus qu’Anna, sa jeune sœur, le mot que lui a laissé son père sur le quai de gare, et son copain Harvey.

Ensemble, ils vivront encore bien des aventures qui conduiront Jim, près de 70 ans plus tard, aux archives de l’Orphan Train Society à la recherche de son passé et de celui des siens…

Critique :
Le train des orphelins poursuit son voyage et notre vieux monsieur poursuit son enquête, à la recherche de son passé, de sa soeur, de son frère, mais l’Administration de l’Orphan Train Society ne lâche pas ses infos si facilement et au niveau des archives, c’est le Bronx !

Venu du Kansas pour tenter de trouver des réponses, notre Harvey (qui est en fait le petit Jim) s’est retrouvé face à un mur.

Heureusement que Bianca, la technicienne de surface va lui donner un petit coup de pouce.

Ce deuxième album alterne les moments du présent, avec l’enquête du dénommé Harvey à New-York et le voyage de nos orphelins dans le train qui se dépeuple tout doucement.

Un sale gamin à la grande gueule et au coeur dur va jouer un sale tour à notre gentil Jim et ce coup vache va sceller le destin de trois enfants à tout jamais. Lui, il savait se débrouiller et ne faisait pas de sentiments, c’est lui qui tirera son épingle hors du jeu.

Toujours aussi émouvant que le premier, le deuxième tome nous dévoile un peu plus les personnages et les fourberies dont ils sont capables pour s’en sortir et éviter de devoir bosser comme des dingues car c’est ce qui arrive à ceux qui sont pris en charge par des familles rurales : ils deviennent de la main-d’oeuvre bon marché.

On s’attache aux gamins, on aimerait que la chance leur sourie un peu et qu’ils tombent dans des familles aimantes qui ne les transformera pas en bête de somme.

Ces pages des États-Unis est sombre et peu glorieuse et les auteurs nous le retransmettent bien sans pour autant sombrer dans le voyeurisme ou les larmes de crocodile. C’est sobre, profond, violent et bourré d’émotions fortes.

J’ai hâte de savoir ce que sont devenus les autres enfants croisés dans le train et surtout, hâte de savoir comment la quête de Harvey/Jim va se terminer.

Pour se coucher moins bête au soir : de nombreux enfants abandonnés ou maltraités ont été recueillis dans des orphelinats pour échapper à la mendicité et autres dangers de New-York. Parfois tout simplement parce que leurs parents ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. De 1854 à 1929 (oui, tout ça), à peu près 250.000 enfants ont été envoyés dans des familles dans le cadre du programme « Orphan Train Riders ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°63 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le train des orphelins – Tome 1 – Jim : Philippe Charlot & Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 1 – Jim

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2012)

Résumé :
“La vie est une chienne et moi je ne suis bon à rien. Ne cherche pas à me revoir… Ton père”

1990, dans sa résidence huppée de New-York, Harvey n’est pas surpris par la visite de Jim.

70 ans plus tôt, les deux hommes, alors de jeunes garçons, faisaient connaissance à bord d’un train des orphelins ; un système d’adoption mis en place pour endiguer le nombre massif, sur la côte Est américaine, d’enfants sans famille issus de l’émigration européenne.

Embarqués dans un étrange voyage, Jim et son petit frère expérimenteront la fraternité, l’amitié, la confiance, l’entraide, mais feront aussi les frais de la trahison de ceux qui feraient tout, faute d’être bien nés, pour être bien adoptés…

Critique :
Après Jules et Jim, voici Jim et Joey, deux frères nés sous une mauvaise étoile, ou plutôt, avec une mère qui décède en mettant au monde leur petite soeur et un père qui a le gosier plus qu’en pente et qui ne sait plus, ne veut plus, s’occuper de ses gosses.

Le train des orphelins – Orphan Train Riders – a bel et bien existé, durant 70 ans et plus de 250.000 enfants furent transportés d’une ville à l’autre pour être proposé à l’adoption.

Moi, ça me fait froid dans le dos !

Parce que si pour certains ce fut une chance, si dans tout ces pauvres gosses livrés à eux-mêmes dans les rues de New-York, on en a eu deux qui ont fini gouverneurs, combien d’enfants furent maltraités, utilisés comme main-d’oeuvre bon marché, abusés, affamés,…

Sans oublier qu’on leur a parfois changé le prénom pour coller avec celui d’un fils mort, avec la nationalité des adoptants et qu’on leur a supprimé toutes les photos ou lettres de leurs parents, effaçant par là même, leur identité, leur passé, leurs racines.

À cheval sur deux époques, on se retrouve en 1990 avec la rencontre de deux hommes âgés qui donnent l’impression d’être des anciens du train et qu’il y a un lourd secret entre eux.

Mettant en scène une fratrie d’orphelins – Jim, Joey et ensuite leur petite soeur, Anna – voyageant dans un train sans savoir quel seront leur destin, ni dans quelle famille ils échoueront, l’album est touchant, émouvant, mais sans verser dans le larmoyant.

Les enfants ont été de suite adopté par moi car je les ai trouvé réalistes et le petit Joey m’a touchée avec ses peurs, légitimes, son amour pour son grand frère, qui le lui rend bien et sa manière de parler avec ses « Moi j’aime pas… ».

Le cynisme de certaines personnes est bien mis en avant, la cupidité aussi. De l’autre côté, certains étaient persuadés d’oeuvrer pour le bien des enfants, dont le directeur d’un orphelinat qui ne croyait pas à la théorie du mauvais sang et pensait qu’en sortant les enfants de leur milieu, on leur donnait une chance de faire mieux.

Ce premier tome met en place l’univers de ces Trains, nous présentant des enfants que nous allons suivre durant les différents tomes et le côté flash-back a titillé ma curiosité. De toute façon, même sans cela, j’aurais poursuivis ma lecture car j’ai envie d’en apprendre un peu plus sur ces horreurs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°34 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Amityville – La maison du diable : Jay Anson

Titre : Amityville – La maison du diable

Auteur : Jay Anson
Edition : France loisirs (1979)
Édition Originale : The amityville horror (1979)
Traducteur : Jacques de Roussan

Résumé :
Amityville, banlieue de New York, 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de démence, tue à coups de fusil ses parents, ses frères et ses sœurs.

À son procès, il affirme avoir été possédé par une voix qui lui a ordonné de tuer.

Quelque temps plus tard, cette maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence.

La famille Lutz l’achète malgré la tragédie qui s’y est déroulée. Ils n’y resteront que vingt-huit jours.

Petit plus : Pour en savoir plus sur cette maison, voici quelques sites.

Critique :
Quand une connaissance m’avait demandé si j’avais déjà lu « Amityville, la maison du diable », qui parlait d’une maison hantée et que les faits étaient véridiques, j’avais éclaté de rire.

Encore un truc débile pour faire vendre des livres…m’entendais-je encore dire, alors que je tremblais en lisant le livre.

J’avais 16 ans à tout casser. Un peu plus, mais guère moins… Oui, ça fait un sacré bail, je vous en conviens.

Ah ça, on peut dire que c’était une connaissance qui ne me voulait pas que du bien, en me prêtant son livre.

Foutredieu, j’ai claqué des dents, vérifié que ma porte était bien fermée, sursauté au moindre craquement du parquet (parquet en bois dans les chambres, quand j’habitais chez mes parents),… La trouille, je vous le dis !

Surtout que, si ce truc est une arnaque, elle est bien faite puisque, en avant propos du livre (où en annexe, je sais plus) on vous explique que tout cela est vrai…

Stephen King fut responsable de quelques uns de mes tremblements… Mais ce qui ressemblait à la maladie de Parkinson, point de vue tremblement, c’est ce fichu livre qui me l’a donné !

J’aurais bien fait comme Joey, dans la série « Friends » qui avait mis un livre qui lui fichait la trouille dans le congélateur (« Shinning », de King)… Mais Friends n’existait pas encore… Sinon, j’aurais fait pareil !

Âmes sensibles, cardiaques, abstenez-vous de la lecture de ce livre. Sinon, je vous garantis que vous allez trembler et défaillir lors de votre lecture.

Même adulte, j’oserais plus le relire… ce qui est dommage, parce que c’était bien, l’histoire. Brrr… j’en frissonne encore.

 

De sang-froid : Truman Capote

51v0t5jB-rL._SX305_BO1,204,203,200_Titre : De sang-froid                                                                       big_4

Auteur : Truman Capote
Édition : Folio (1972)
Première publication : In Cold Blood (1966)

Résumé :
« De Sang froid » est l’histoire inspirée d’un fait divers de deux jeunes repris de justice qui, le 15 novembre 1959 à Holcomb, petite ville du Kansas, assassinèrent froidement une famille d’agriculteurs. Le récit, chef-d’œuvre de Truman Capote, est le résultat d’un long travail d’investigation mené par l’auteur.

L’écrivain américain a en effet suivi de très près l’enquête policière sur le massacre de la famille Clutter allant jusqu’à interroger lui-même policiers et criminels impliqués. Une investigation qui ne se terminera qu’avec l’exécution des deux meurtriers à laquelle l’écrivain assiste.

Petit Plus : A force de détails, de témoignages, d’observations, Truman Capote raconte ce qui a pu se passer sans jamais prendre parti, ni juger, et crée un genre nouveau, le «roman de non-fiction».

« De Sang froid » (1966) obtient un énorme succès et porte Truman Capote au sommet de la gloire. Le livre est adapté au cinéma par Richard Brooks en 1967.

Critique : 
On aurait pu titrer aussi « Chronique d’un massacre annoncé » puisque d’entrée de jeu, nous faisons connaissance avec la famille Clutter dont on sait que 4 de ses membres finiront avec une balle dans le corps.

Ceci n’est pas une fiction, mais tiré d’un fait divers bien réel qui a eu lieu en novembre 1959, à Holcomb, Kansas.

« Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent « là-bas ». A quelques soixante-dix miles à l’est de la frontière du Colorado, la région a une atmophère qui est plutôt Far West que Middle West avec son dur ciel bleu et son air d’une pureté de désert. Le parler local est hérissé d’un accent de la plaine, un nasillement de cow-boy, et nombreux sont les hommes qui portent d’étroits pantalons de pionniers, de grands chapeaux de feutre et des bottes à bouts pointus et à talons hauts. Le pays est plat et la vue étonnamment vaste : des chevaux, des troupeaux de bétail, une masse blanche d’élévateurs à grain, qui se dressent aussi gracieusement que des temples grecs, sont visibles bien avant que le voyageur ne les atteigne. »

Sans mobile apparent, les quatre membres de la famille du fermier Clutter se font tuer. Truman Capote, tombant sur un article traitant de ce crime a décidé de relater cette histoire avec la plus grande précision.

Ce roman est ce qu’on appelle un « True Crime » car ceci est une reconstruction des faits, avant, pendant, après, ainsi que les conséquences qu’eurent ces meurtres sauvages sur les habitants de la petite ville de Holcomb.

Pensez-vous bien, on avait assassiné un homme qui était respecté, une famille qui allait à l’église tous les dimanches et qui, comme tous les habitants de la petite ville, ne fermaient jamais ses portes à clés.

La question que tout le monde se pose, c’est « Pourquoi eux ? » car il n’y a pas de mobile apparent vu que très peu d’argent volé car monsieur Clutter n’utilisait que des chèques pour payer.

L’auteur utilise tous les codes de la fiction mais dans le but de nous décrire un fait réel. La seule partie qui pourrait être fastidieuse à lire pour certains, c’est celle consacrée au procès. Pour moi, pas de soucis.

Sinon, ça se lit tout seul, la boule au fond de la gorge parce qu’on sait qu’on ne doit pas s’attacher aux membres de la famille Clutter, membres qu’on apprécie (surtout Nancy), malgré l’extrême bigoterie du père (ne boit pas, ne fume pas,…). Clutter est un homme de bien, intègre et honnête, mais on ne trinquera jamais avec une bière, nous deux.

Nancy Clutter est toujours à la course, mais elle a toujours le temps. Et c’est là une définition de ce qu’est une dame.

La première partie, fort importante, comporte la reconstitution minutieuse de tous les protagonistes à cette affaire, et pas à la n’importe nawak : Capote les a mis en scène grâce aux témoignages qu’il avait recueillis sur eux, additionnés des documents qu’il avait consulté. C’est un portrait d’une certaine Amérique des années 50 qu’il nous offre au travers de tout ces gens.

La seconde partie se compose de l’enquête, qui piétine, des rumeurs, qui enflent comme des ballons de baudruche, des pérégrinations de nos assassins et puis de leur traque.

Le lecteur passera beaucoup de temps avec nos meurtriers, apprenant des choses sur leur passé, leur enfance, leurs parents et verront avec horreur comment de marginaux ils sont devenus des criminels de sang-froid.

La psychologie des personnages est bien décrite, fouillée, profonde. Sans leur trouver des excuses (ils n’en n’ont pas), on « comprend » comment tout ce qu’ils ont vécu a fait d’eux des meurtriers putatifs. Les deux hommes sont sensiblement différent et si Dick est une grande gueule, Perry est plus prudent.

La psychologie de la petite communauté est aussi bien travaillée. Comment cette population sans histoires va basculer ensuite dans la paranoïa pure et simple… Comment ces gens ont-ils géré cette tragédie et les conséquences que cela a eu sur leur comportement.

La majorité de la population de Holcomb, après avoir vécu durant sept semaines au sein de rumeurs malsaines, d’une méfiance générale et de soupçons, semblait avoir été déçue d’apprendre que le meurtrier n’était pas l’un d’entre eux.

Ce roman m’a happé. De lent, dans les premières pages, quasi bucolique dans cette description de la vie à la campagne, on se laisserait bien aller à baguenauder si l’auteur ne nous envoyait pas de temps des piqûres de rappel en nous disant que cette famille va mourir.

Du modus operandi des auteurs, vous n’en saurez rien au début, il vous faudra attendre les aveux pour comprendre ce qu’il s’est passé et comment le tout à basculé dans le sang alors que cela aurait pu être empêché.

Ce roman magistral a valu à l’auteur une immense gloire, mais lui a collé une dépression sévère, touché qu’il avait été de sa rencontre avec Perry Smith, l’un des deux assassins. Celui qui, pour moi, avait la psychologie la plus profonde, celui pour qui j’avais ressenti de l’affection, malgré les crimes. Et la pendaison ne résout pas tout…

Il est presque impossible à un homme qui jouit de la liberté et de toutes ses prérogatives de se rendre compte de ce que signifie la privation de cette liberté.

Les riches ne sont jamais pendus. Seulement ceux qui sont pauvres et sans amis le sont.

— Oui, m’sieur, dit le gardien, confirmant cette nouvelle, ils ont eu la peine de mort ».
Dick dit :
— Bien sur. C’est drôlement à la mode dans le Kansas. Les jurys la donnent comme s’ils donnaient des bonbons à des gosses.

Perry et Dick ont été pendus mardi dernier. J’étais là parce qu’ils me l’avaient demandé. Ce fut une épreuve atroce. Dont je ne me remettrai jamais complètement. Je vous en parlerai un jour, si vous pouvez le supporter.

Un roman qui m’a glacé d’effroi devant tant de sang-froid (ou sang-chaud) pour un quadruple crime qui aurait pu ne jamais avoir lieu.

« Est-ce que j’ai des regrets? Si c’est ce que tu veux dire, non. Je ne ressens rien . Je voudrais bien. Mais ça me laisse complétement froid. Une demi-heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait et moi, je riais. Peut-être qu’on n’est pas humains. J’suis assez humain pour m’apitoyer sur moi-même. Je regrette de ne pas pouvoir sortir d’ici quand tu t’en iras. Mais c’est tout. »

À quoi ça tient, la vie, parfois… juste à un fil ténu que n’importe qui peut vous sectionner gratuitement.

Qu’est-ce que la vie? C’est le scintillement d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un buffle en hiver. C’est comme la petite ombre qui traverse les champs et va se perdre dans le coucher du soleil.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur et Le « Challenge US » chez Noctenbule.

Elephant Man – La véritable histoire de Joseph Merrick, l’homme-éléphant : Michael Howell & Peter Ford

Titre : Elephant man : la véritable histoire de Joseph Merrick, l’homme-éléphant

Auteurs : Michael Howell & Peter Ford                       big_3-5
Édition : J’ai Lu (2001)

Résumé :
Pour Tom Norman, homme de cirque et de foire, Joseph Merrick n’est qu’une « attraction », un monstre dont l’atroce laideur et les difformités amusent le public.

Pour le chirurgien londonien qui découvre cet « Elephant-man » presque par hasard, c’est d’abord un cas médical peut-être unique, mais bientôt c’est un homme qu’il voudrait aider, guérir.

Oui, sous cette carapace de peau épaisse et flottante, il y a un homme qui sait lire et écrire et qui retrouve la parole après vingt ans de silence, révélant des trésors de bonté et de sagesse.

Mais quelle peut être la place du « monstre » dans une Angleterre victorienne, bardée de préjugés et d’interdits ?

Critique : 
C’est non sans une certaine émotion que je viens de refermer ce livre consacré à celui que l’on nomma « Elephant Man », né Joseph Merrick.

Il y a très très longtemps, j’avais vu le film et il m’avait impressionné. Dernièrement, dans la série « Ripper Street », le personnage de Merrick était représenté et il m’avait de nouveau touché.

Vous pensez bien que lorsque dans une brocante, je tombais sur ce livre consacré à cet homme, je sautai dessus.

Si le début est un peu « laborieux », c’est parce qu’il est consacré à la personnalité et au chemin de vie du docteur Treves, qui rencontra cet homme dans une foire « aux monstres », en 1884 et à celle de Tom Norman, l’homme de foire qui montrait Joseph contre espèces sonnantes et trébuchantes, à des curieux qui voulaient visiter son attraction.

« Quel qu’eût été le mal qui avait contraint le pauvre Merrick à adopter cette image d’Homme Elephant, M. Norman, en l’exhibant comme monstre, perpétuait la tradition ancienne des foires et des cirques en Angleterre ».

Sans oublier des tas de digressions sur divers sujets tels les foires, le marché annuel et les animaux sauvages, le tout étant nécessaire pour une meilleure compréhension de l’époque.

« Il était impossible d’entrevoir le moindre avenir pour lui, sinon l’engloutissement inévitable dans l’impitoyable mécanique de l’Angleterre victorienne, qui broyait pêle-mêle les déshérités et tous ceux dont la flamme s’était éteinte ».

« Les règles de l’époque étaient fondées sur l’aspect le plus pervers de l’éthique protestante : la prospérité matérielle était la récompense naturelle de la vertu. Joseph Merrick et ses semblables n’avaient pas besoin d’exister ».

Heureusement, une grande partie est aussi consacrée à l’enfance de Merrick, à sa rencontre avec le montreur, son voyage vers Bruxelles avec une autre foire et son abandon dans cette ville, spolié de toutes possessions, livré à lui-même et de ses difficultés à revenir à Londres.

On se rend bien que les auteurs ont fouillés, recoupés, vérifiés, avant de rendre leur récit, entrecoupé d’extraits du récit que fit Frédérick Treves à la fin de sa vie.

Beaucoup d’émotions suintent de ce livre, sans pour autant sombrer dans le pathos ou le voyeurisme.

« Pour dormir, il était obligé de s’asseoir, imitant la position du fœtus, jambes repliées sous la poitrine, bras noué autour des chevilles, sa grosse tête reposant sur les genoux ».

C’est un homme simple, qui aurait aimé vivre comme tout le monde. Sous la carapace de peau épaisse et d’excroissances en tout genre, il y a un homme instruit, qui sait lire, écrire et qui plus que tout, aime parler et rencontrer des gens.

La vie de Joseph Merrick ne fut pas joyeuse après le décès de sa mère, mais il eu beaucoup de chance que ce médecin ait décidé d’attendre qu’on aille chercher Norman au pub, afin de voir – en privé – ce monstre exposé qu’il était.

Sans cela, jamais il n’aurait eu la carte avec le nom de Treves et sa vie n’aurait pas radicalement changée en 1886. Et sans la rencontre avec Merrick, la vie de Treves n’aurait pas été bouleversée non plus.

« Il n’était ni arrogant, ni fier, il ne demandait jamais rien et ne prenait pas comme dû la bonté dont il faisait l’objet. Sa gratitude était pleine d’humilité et venait du fond du cœur. Il avait perdu sa timidité. Il aimait désormais voir s’ouvrir la porte et des visiteurs le saluer ».

L’un sans l’autre, ils n’étaient rien. L’un aidant l’autre, ils étaient tout.

« Nombreux sont ceux qui, ayant bien connu Joseph merrick, ont vanté la finesse de son intelligence, la douceur de sa personnalité, qu’il fallait avoir la patience de découvrir peu à peu sous des dehors repoussants. S’il était naïf, cela n’était que normal pour un être qui s’était vu contraint de ne vivre la vie de tout le monde que dans le secret de son cœur, et qui avait appris la vie du monde dans les histoires romantiques de l’époque. Pourtant, l’absence totale d’amertume chez lui restait motif à étonnement et contrastait étrangement avec la cruauté du destin qui l’avait frappé dans son corps et la dureté abrasive des hommes à son égard ».

Pour ceux qui n’auraient pas envie de lire toutes les digressions, il a y toujours possibilité de ne lire que les appendices de Joseph Merrick et de Frederick Treves qui bien que moins complet que le livre, vous fourniront bien des détails.

Edit 22/12/2014 : Extrait du reportage sur France 2 « Les mystères de Londres » épisode 4/5 :

Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le « Mois anglais III » chez Titine et Lou, Challenge « Victorien » chez Arieste, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea, Lire, challenge « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix Festival Avoriaz), au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Ma PAL fond au soleil » chez Metaphore.