Les naufragés de la Méduse : Jean-Christophe Deveney et Jean-Sébastien Bordas

Titre : Les naufragés de la Méduse

Scénariste : Jean-Christophe Deveney
Dessinateur : Jean-Sébastien Bordas

Édition : Casterman (03/06/2020)

Résumé :
En 1816, les royalistes reviennent au pouvoir. Le commandement de La Méduse est confié à un noble qui n’a pas navigué depuis vingt-cinq ans.

Le 2 juillet, la frégate échoue sur un haut fond au large du Sénégal. 170 passagers s’installent sur un radeau de fortune.

Deux semaines plus tard, le radeau est retrouvé miraculeusement avec à son bord seulement 17 survivants.

Critique :
Le récit du naufrage de la Méduse, je le connaissais, mais cela change tout lorsque c’est dessiné et qu’il y a une mise en abyme entre le naufrage de la frégate et celle de la vie de Géricault, qui, à cette époque, se noie aussi.

Les auteurs, en alternant le récit du voyage/naufrage de la Méduse et des recherches de Géricault pour son tableau ont donné une autre approche à la tragédie et ont évité de sombrer dans le glauque.

Les dessins, en aquarelles, mettent cette histoire bien en valeur : tons chauds lorsque nous sommes en mer et tons plus froids lorsque nous rejoignons Géricault. C’est donc avec les yeux grands ouverts que j’ai commencé ma lecture en découvrant les différents protagonistes : d’un côté, ceux de la Méduse et de l’autre, tous ceux et celles qui gravitaient autour de Géricault.

Les auteurs ont fait un véritable travail d’enquêteurs et Theodore Géricault aussi. Ce dernier voulait peindre de manière originale les naufragés, sortir des tableaux à connotation biblique et frapper un grand coup avec sa toile.

Le montage est lui aussi bien fait puisque l’on a quelques pages sur le voyage de la frégate et ensuite les recherches de Géricault, ses ennuis, ses amours contrariés. S’il n’avait pas de soucis d’argent et pouvait prendre son temps pour exercer son art, notre peintre avait des soucis ailleurs.

Notamment il en aura avec les survivants et témoins du naufrage : Corréard et Savigny qui ne sont pas honnêtes, l’un se mettant en scène comme un héros et l’autre trouvant une fièvre tropicale pour excuser le cannibalisme qui saisit certains des naufragés, quand d’autres mettaient en cause les Noirs qui se trouvaient sur le radeau.

Hé oui, les riches, les bourgeois, le commandant, les dirigeants, eux sont allés dans les canots et les autres, les troisième classe, sont allés s’entasser sur un radeau que l’on n’a pas hésité à rompre les amarres pour s’en débarrasser… Titanic avant l’heure.

Si vous connaissiez les erreurs qui furent commises lors du naufrage et les imbécilités faites par un commandant qui n’avait plus navigué depuis des lustres, pas de panique, cet album vous rafraîchira la mémoire et vous ravira au passage car c’est avec minutie que Géricault mène son enquête, cherche les zones d’ombres, les non-dits, les incohérences dans les différents témoignages, le peintre s’écorchant même avec quelques racistes de bas-étage au passage.

Et en prime, vous saurez tout sur cette toile célèbre, sur son peintre, sur sa réalisation, sa vie, ses amours, ses emmerdes. En prime, vous croiserez Horace Vernet et Delacroix !

Si vous ne saviez rien de rien, pas de soucis non, car après cette lecture, vous saurez tout sur le naufrage ET sur l’élaboration de ce tableau qui est maintenant célèbre. Vous pourrez briller aux repas de famille et en société. Moi-même je me suis cultivée avec délectation car la bédé est un petit bijou de mise en scène intelligente et de dessins superbes.

La folie qui saisit les naufragés sur le radeau est elle aussi bien mise en scène, faite avec réalisme, sans juger, car nous ne savons pas comment nous réagirions, perdu sur un radeau, les pieds dans l’eau salée, sans nourriture, sans eau, sans espoir et sous le soleil…

Certains ont sans doute fait des témoignages douteux afin de ne pas se mettre en cause et se faire juger par une populace toujours prompte à s’enflammer et à vilipender.

Une magnifique bédé qui alterne le récit de la frégate La Méduse avec les recherche de Géricault pour son tableau, une mise en abyme réalisée de main de maître, une biographie de Géricault sans en être une, un récit de naufrage qui tournera à l’horreur mais sans que les auteurs ne sombrent dans le voyeurisme.

Bref, un making of superbement bien fait et si on parle de naufrage, la bédé, elle, ne sombre jamais.

PS : merci à ma soeur de m’avoir offert cet album graphique pour ma Noël. C’était totalement inattendu, surprenant et une putain de bonne idée !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°156].

Murena – Tome 11 – Lemuria : Jean Dufaux et Theo

Titre : Murena – Tome 11 – Lemuria

Scénariste : Jean Dufaux
Dessinateur : Theo

Édition : Dargaud (27/11/2020)

Résumé :
A Rome, au lendemain du grand incendie de juillet 64, l’empereur Néron est en proie au doute. Lucius Murena, son ami, a disparu. Celui-ci aurait-il participé à un complot contre lui, comme certains le prétendent ?

Néron l’a cru, mais ne sait plus quoi penser. L’absence de Lucius le ronge, comme si son propre passé avait disparu, lui aussi. Lucius est entre les mains d’une femme, Lemuria, qui l’a drogué afin de faire de lui l’objet de son plaisir.

Lucius décide de la fuir, car il doit retrouver sa liberté pour se retrouver lui-même. Mais sa mémoire est incertaine. Seul Pétrone peut l’aider à renouer avec celui qu’il était. Pendant ce temps, dans les cercles du pouvoir, des proches de l’empereur fomentent une cabale.

Devenu l’homme le plus recherché de la ville, Lucius rencontre une femme étrange, surnommée  » l’Hydre « . Elle détient un terrible secret.
Un secret qu’elle ne peut partager qu’avec Néron lui-même…

Trois ans après Le Banquet, le retour très attendu d’une série devenue culte et servie par le trait classique de Theo Caneschi, digne successeur de Philippe Delaby.

Critique :
3 ans que je n’avais pas eu de nouvelles de Lucius Murena, de l’empereur Néron… Ça fait long.

Le nouveau dessinateur est toujours excellent, il a réussi à se fondre dans les chaussures de Philippe Delaby, décédé malheureusement.

Son trait s’affirme et je trouve même Néron plus sexy que dans le tome 9, dessiné encore par Delaby. Quant aux couleurs, elles sont lumineuses.

Que se passe-t-il maintenant ?Lucius, drogué, a perdu la mémoire et est devenu le jouet sexuel de Lemuria.

Chez les Romains, les hommes peuvent devenir des sex-toys, la notion de péché n’existe pas. Entre nous, Lucius donne envie de le transformer en esclave sexuel (évitez de me dénoncer sur #ElleAussi, merci).

Réjouissez-vous, mesdames, dans la bédé Murena, il n’est pas rare de tomber sur des beaux mecs avec la tcholle à l’air et Lucius sortant de l’eau en tenue d’Adam est aussi réjouissant pour les yeux féminins que Ursula Andress l’était pour les mecs, lorsqu’elle sortait de l’eau, dans son maillot (James Bond – Dr No).

Je me suis plongée dans ce nouvel album sans aller relire les précédents, et force est de constater que je m’y suis coulée avec facilité, comme si je les avais quitté le mois dernier.

Par contre, ça ne bouge pas beaucoup… On est toujours sur le schéma amour/haine entre les deux anciens copains Néron et Lucius et à la fin, ça risque de devenir redondant. Néron, grand parano, n’arrive jamais à faire confiance à son ami Lucius et le voit dans chaque complot, alors que le mec qui tire les ficelles reste invisible, même sous ses yeux.

Néron, qui ne se mouche pas du coude non plus. Ce gaillard nous rappelle qu’il est d’essence divine… Ah oui, mec, rien que ça… Et les chevilles, Néron, ça va ? Bon, on a beau être d’essence divine, il reste tout de même un type qui ne sait plus trop à qui il peut faire confiance et ça complote grave dans son dos.

Un nouvel album qui ne fait pas avancer le Schmilblick, pas beaucoup d’action pure et dure, mais des tensions (et pas que dans les slips ou sous les jupettes des Romains) latentes qui risquent d’exploser à un moment donné. Mais quand ? Nul ne le sait.

L’album est magnifiquement dessiné, les couleurs sont superbes, colorées, lumineuses, c’est un plaisir de retrouver les personnages chers à mon coeur, mais bon, ça n’avance pas beaucoup… Par contre, c’est un plaisir de revoir Lucius Murena.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°154].

Wild West – Tome 1 – Calamity Jane : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild West – Tome 1 – Calamity Jane

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (24/01/2020)

Résumé :
Le paysage de Monument Valley, Tsé Bii’ Ndzisgaii, comme disent les indiens navajos suffit à évoquer la Conquête de l’Ouest. À l’arrière d’une calèche, un garçonnet joue ♫ Oh Suzanna ♪ au banjo.

Mais derrière ce décor majestueux à la tranquillité trompeuse, la mort rôde pour faucher sur la route le rêve américain.

Le prologue met le lecteur au diapason du climat de violence qui règne dans l’Ouest sauvage, avec ses assassins et ses chasseurs de tête, ses proxénètes et ses prostituées.

Rien n’arrête la marche du progrès. Alors que le chemin de fer se construit, dans un territoire à feu et à sang, qu’importent les ravages et l’exploitation.

Originaire du Missouri, la famille de Martha Cannary, avant qu’elle ne devienne la célèbre Calamity Jane, avait elle aussi échoué dans sa traversée, livrant l’orpheline à elle-même.

Critique :
Ça canarde sec dans les ruelles puisqu’après Soleil, c’est au tour de Dupuis de sortir une série western réaliste qui aux antipodes de ce bon vieux Lucky Luke.

Mettez de côté la vision de Calamity Jane que Morris nous a donné car ici, nous sommes dans le réalisme et donc dans la violence, le sexe, la prostitution, le sang, les tripes, les magouilles et j’en passe.

Réaliste ne veut pas dire que ceci est la biographie officielle de Martha Cannary, future Calamity Jane !

L’auteur prend des libertés avec ce que fut la vie de Martha Cannary mais il le fait avec brio, alors, pourquoi pas puisque ce n’est pas une biographie ? Nous n’étions pas présent, de toute façon.

Ce western au dessins plus vrais que nature nous offre des personnages détaillés physiquement ainsi que des décors soit magnifiques (Nature), soit glauques (rues des villes). Mais le tout est somptueux et les couleurs ont été choisies avec soin car elles correspondent bien à l’ambiance.

Le prologue, qui commence de manière bucolique, est déstabilisant car sur le moment, je n’ai pas très bien compris où il allait s’inscrire dans l’histoire, puis, j’ai étudié les cases et j’ai supposé que la gamine avec ses couettes était Martha Cannary allant vers l’Ouest avec ses parents avant que le voyage ne tourne au drame.

Après ces deux pages d’intro qui ne sont pas restées idylliques longtemps, nous entrons de plain-pied dans une bédé à la violence omniprésente, tenant plus de la série Deadwood que de La Petite Maison Dans La Prairie. Au cas où certains n’auraient toujours pas compris…

Cette superbe bédé ne met pas qu’en scène notre future Calamity Jane qui apprend violemment que dans la vie, il y a les prédateurs et les prédatés, mais elle nous fait aussi croiser la route de James Butler Hickok chasseur de primes, dit Wild Bill, qui lui expliquera que Dieu a créé un instrument qui donne l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes… Sans doute par l’entremise de Samuel Colt…

Ne cherchez pas la bonté humaine dans ces pages, à cet époque et en ces endroits, elle n’existe pas ou alors, elle n’est jamais désintéressée. Les hommes veulent du sexe et font parler la poudre (ils tirent leurs coups dans tous les sens du terme) et les femmes sont soit bonniches, soit prostituées.

Un excellent album western qui nous montre le far-west de manière réaliste et non pas à la mode Lucky Luke. À découvrir !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°150] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

50 nuances de grecs – Tome 1 – Encyclopédie des mythes et des mythologies : Jul et Charles Pépin

Titre : 50 nuances de grecs – Tome 1 – Encyclopédie des mythes et des mythologies

Scénariste : Charles Pépin
Dessinateur : Jul

Édition : Dargaud Empreinte(s) (17/11/2017)

Résumé :
« 50 Nuances de Grecs » remet en scène les plus grands mythes de l’Antiquité grecque dans les situations les plus actuelles…

Hercule à Acropôle-Emploi, Zeus chez son avocate pour négocier les pensions alimentaires, Icare lançant une compagnie aérienne low-cost ou le dieu Pan mis en examen pour ses liens avec un proxénète surnommé « Dionysos-la-Saumure »… : Retrouvez l’Olympe au grand complet, à travers notre héritage commun.

Avec leur oeil malicieux et leur art du détournement, Jul et Pépin revisitent ce patrimoine mythologique, dans une encyclopédie drôle et savante, où défilent tous les travers de notre société !

Critique :
Apprendre en s’amusant, en rigolant, c’est toujours plus intéressant que devant des manuels lourds et chiants.

Surtout que les auteurs n’hésitent pas à mélanger les choses de notre monde avec celle de la mythologie, comme par exemple Thésée dans le labyrinthe qui suit les indications d’un GPS pour trouver la sortie ou des faits d’actualités.

Chaque dieux, demi-dieux, mythes, légendes, a droit à une page ou deux en bédés et ensuite, une page de texte explicatif sur sa personnalité, sa légende, son rôle, son pedigree.

Bref, ça fait au moins 50 nuances de divinités Grecques, qui, comme vous le savez, n’hésitaient pas à s’entremêler entre elles et à se faire des enfants dans le dos, sans oublier que dans ce petit monde, un trou était un trou. Oui, c’est dit crûment, mais c’est ainsi : grande tolérance niveau partenaire de sexe.

Que les parents outrés se rassurent, la bédé reste tout public, même si les explications claires et concises sur chaque portrait est parfois dans sa vérité toute nue : Oedipe et sa mère, par exemple.

Le ton de Charles Pépin est facile à suivre et on ne s’embrouille pas de trop dans « qui est le père de qui » car dans les divinités grecques, c’est aussi touffu que dans les anciennes séries telles que Santa-Barbara ou Amour, Gloire et Beauté, niveau « qui a couché avec qui » (et qui couche…).

Les dessins de Jul sont agréables, bourré de petits détails humoristiques, les cases sont sans bordures et pourvues de peu de décors, mais ça marche dans ce genre d’album.

Un bon moment de lecture, pour se cultiver et rire un bon coup, ce qui fait du bien mais n’est pas remboursé par la sécurité sociale.

West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves : Olivier Peru et Luca Merli

Titre : West legends – Tome 3 – Sitting Bull – Home of the braves

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Luca Merli

Édition :

Résumé :
1870, États-Unis. Depuis la signature du traité de Laramie, aucun homme blanc ne doit fouler le territoire sacré des Black Hills. Pourtant une horde de tueurs viole la frontière interdite.

Ils remontent la piste d’un secret capable de détruire les dernières nations indiennes libres.

Mais le plus grand des chefs sioux est sur leurs traces. Sitting Bull et ses braves se mettent en chasse.

Critique :
Si j’avais trouvé que l’album consacré à Billy The Kid était en-dessous de celui de Wyatt Earp, celui sur Sitting Bull va être classé sur une marche tellement haute que tous les suivants n’arriveront jamais à sa cheville (ou alors, va falloir se sortir les tripes).

Ça c’est de l’album ! Un excellent scénario, du rythme, du suspense, un grand guerrier, des salopards, le tout mis en page par des dessins magnifaïks, mes chéris !

Bref, cette lecture fut un pied monumental, un orgasme littéraire en bande dessinées et oui, la bédé peut être autre chose que des p’tits Mickeys, comme le croit trop de gens ignares qui jugent trop vite, sans savoir.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos Indiens, qui sont tout, sauf des moutons. Les Black Hills sont les terres sacrées pour les Indiens, je ne vous dévoilerai rien en vous disant que dedans, il y avait de riches gisements d’or et que le métal jaune rend fou que les Hommes Blancs, mais pas les Indiens.

La nation de pierre que les Blancs construisent partout est vaste et pleine de merveilles de routes, de cités et de bâtiments magnifiques… Quelle pitié qu’elle soit emplie d’hommes comme ce Jeremiah Marcy. Comment leur monde peut-il enfanter des êtres capables de n’aimer qu’une seule chose au point que tout le reste perde toute valeur ? Est-ce l’argent qui rend les hommes fous ? Qui les pousse à envoyer leurs frères à la mort pour posséder toujours plus de cette chose immatérielle qu’ils appellent la richesse ?

Un groupe d’hommes s’est introduit dans les terres sacrées des Black Hills, poursuivant un autre groupe qui s’est introduit aussi en schmet (roublard, profiteur – mot Marocain) sur le territoire sacré qu’un traité interdit pourtant de fouler, et tout ce petit monde est pisté par un mini commando de peaux-rouges.

Tout le monde est là en stoemelings (en cachette – mot Bruxellois) et notre bande de rastacwér (individus peu fiables – mot Wallon) va trouver une couille dans le pâté, ou plutôt, un truc pas net dans la viande séchée.

Cupidité, vols, envie, colonisation, massacres, mépris, appropriations par la violence, spoliations, déportations, mensonges, reniement de sa parole, coups de putes, bref, tout ce qui fut l’apanage de l’Homme Blanc lorsqu’il mit les pieds sur les terres des Amériques (et ailleurs aussi, ne nous leurrons pas) où les Amérindiens vivaient depuis des siècles.

Oui, tout ça est résumé dans un seul album, en quelques pages pour commencer, juste de quoi bien remettre les faits dans leur contexte et donner au lecteur un portrait de ce que certains furent, à une époque donnée : des salopards d’assassins, des voleurs de Terres, des menteurs. Et comme le chantaient si bien les Poppies ♫ Non, non, rien n’a changé, tout, tout à continué ♪

Cet album est magnifique, je l’ai déjà dit et je m’en fous, je me répète pour que ça rentre bien dans vos petites têtes et je vous conseillerais même de le lire « po n’nin mori bièsse » (pour ne pas mourir idiot, comme on dit en Wallon) ou tout simplement, pour passer un excellent moment en compagnie de Sitting Bull et d’un Blanc pas tout à fait comme les autres.

Un album engagé, un album au rythme trépidant, mais sans jamais aller plus vite que la musique, des personnages forts, sympathiques, attachants (Sitting Bull et le Grayback), des méchants ayant de l’envergure, de la puissance, un ennemi implacable, des conditions météos merdiques et un scénario bien pesé, bien détaillé, qui frappe là où il faut.

Putain, j’en veux encore des comme ça, moi !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°139]. et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Le crépuscule et l’aube – Kingsbridge 0 : Ken Follett [LC avec Bianca]

Titre : Le crépuscule et l’aube – Kingsbridge 0

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (17/09/2020)
Édition Originale : The Evening and the Morning (2020)
Traduction : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert, Dominique Haas

Résumé :
En l’an 997, à la fin du haut Moyen Âge, les Anglais font face à des attaques de Vikings qui menacent d’envahir le pays. En l’absence d’un État de droit, c’est le règne du chaos.

Dans cette période tumultueuse, s’entrecroisent les destins de trois personnages. Le jeune Edgar, constructeur de bateaux, voit sa vie basculer quand sa maison est détruite au cours d’un raid viking.

Ragna, jeune noble normande insoumise, épouse par amour l’Anglais Wilwulf, mais les coutumes de son pays d’adoption sont scandaleusement différentes des siennes.

Aldred, moine idéaliste, rêve de transformer sa modeste abbaye en un centre d’érudition de renommée mondiale.

Chacun d’eux s’opposera au péril de sa vie à l’évêque Wynstan, prêt à tout pour accroître sa richesse et renforcer sa domination.

Critique :
Il y a 3 ans, pour inaugurer notre première Lecture Commune, Bianca et moi avions choisi le volume 3 des Piliers de la Terre : Une colonne de feu.

Nous revoici, toujours de concert, pour le préquel des Piliers de la Terre, celui qui placera la future ville de Kingsbridge là où elle doit être.

Disons d’emblée, Ken Follet fait du Ken Follet, comme d’habitude.

Quesaco ? Et bien, chez lui, les Gentils sont trèèès gentils, sympathiques, bons, le genre de personnes avec qui tu aurais envie d’écluser de la cervoise tiède dans une taverne anglaise… Pardon, de la bière noire, la cervoise tiède, c’est pour Jolithorax, le cousin d’Astérix.

Quant aux Méchants, je vous le donne en mille, ils sont foutrement méchants, avares, ladres, mesquins, mauvaise foi, dominateurs, violents, salopards, cupides, voleurs, manipulateurs, magouilleurs, mauvais perdants et j’en passe.

Anybref, je reprocherai toujours à Follet son manque de nuance dans ses personnages et ce côté manichéen. Pourtant, avec lui, je pardonne. Le seul personnage qui aura un peu plus de nuance, c’est Aldred, un jeune moine que j’ai adoré car il a des failles, des blessures, il doute, son ego peut le mener dans le ravin.

Edgard est un brave garçon, je l’ai adoré, mais son créateur littéraire l’a doté d’un peu trop de qualités, il a solution à tout, il sait tout faire (ou quasi) et Ragna, la femme forte de ses pages, possède elle aussi un peu trop de force.

Ken Follet aime les femmes fortes, les femmes de tête, les femmes qui ne se laisse pas faire, mais cela donne souvent l’impression de déjà-vu, comme s’il recyclait ses différents personnages et montait toujours ses romans sur le même squelette.

Alors que les Piliers de la Terre et la Colonne de Feu foisonnaient d’action, de rebondissements, ce tome-ci est plus calme, hormis au début avec l’attaque des Vikings et puis c’est tout… C’est furtif un viking, ça va, ça vient, ça pille et ça fout le camp en vitesse.

Ne nous y trompons pas, Ken Follet est toujours un merveilleux conteur, sa plume est un plaisir à lire, son dernier roman est rempli de détails de la vie en Angleterre en 997, de la politique de l’époque, de la condition humaine, de la place des femmes, du pouvoir des hommes, des nobles, des hommes de Dieu,…

Sans oublier les lois qui ne sont pas applicables à tout le monde de la même manière. Un homme riche, influent, avec du pouvoir aura la loi pour lui, un pauvre paysan ou une femme non. Heureusement que ça a bien changé et que ce n’est plus comme ça de nos jours… Heu, pourquoi toussez-vous tous et toutes, subitement ???

— Mais l’homme importe plus que la loi, comme vous le savez.

C’est une véritable immersion dans cette fin d’année et dans le début de l’an mille (de 997 à 1007), une immersion grandeur nature, réaliste, manquait plus que l’odeur et le sang, mais niveau action, faut pas vous attendre à des trépidations de folie, c’est assez calme. Par contre, j’aurais aimé qu’on me parle d’Histoire de la sorte, à l’école car jamais elle ne devient indigeste, avec lui.

Honnêtement, je ne me suis pas embêtée mais ça se dévore avec moins d’avidité que les autres pavés de la saga. Certains auteurs peuvent nous surprendre et d’autres pas, Ken Follet fait partie de ceux qui ne surprennent plus car son scénario se déroule souvent sur les mêmes grandes lignes directrices.

Une LC que je qualifie tout de même de réussi, avec ma copinaute Bianca, et un beau voyage dans l’Angleterre sombre, celle des âges crépusculaires où l’esclavage était normal… Ça jette toujours un froid.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°137] et le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

 

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris : Jul et Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (02/11/2018)

Résumé :
Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d’achever la future Statue de la liberté.

Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu’à Paris.

C’est un choc culturel pour le cow-boy qui, non content de traverser l’Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Critique :
Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué que ça que d’arriver à faire un Lucky Luke post Morris qui tienne la route et qui ait des petits airs de ce que nous avions avant.

Hélas, pas de petits jeux de mots savoureux comme Goscinny savait en faire (même si Morris ne le laissait pas faire, ayant les jeux de mots en horreur et n’en voulant pas dans ses Lucky Luke)…

Malgré tout, on a un comique de situation, des petits travers soulignés, comme avec certains parisiens n’aimant pas les touristes, des personnages connus qui traversent les nouveaux pavés devant la Sorbonne et des petits traits d’humour en droite ligne de notre époque à nous (grève des cheminots, fouilles à l’entrée des prisons,…).

Le voyage de Lucky Luke à Paris ne dure pas tout l’album, avant qu’il ne mette les pieds (et les sabots) dans la ville lumière, il parcourra le far-west avec le sculpteur Bartholdi et la main de la statue de la liberté afin de récupérer des sous pour sa construction.

On reste dans la tradition des Lucky Luke avec les saloons et les types louches, le goudron et les plumes, les danseuses légères, les tirs plus vite que son ombre… Bref, du classique de chez classique, mais ça marche toujours parce que c’est ce qui lui sied le mieux.

Juste une petit interrogation : lorsque Bartholdi et Lucky Luke arrivent à Titusville, célèbre ville de l’album « À l’ombre des derricks » (qui se déroule chronologiquement avant la construction de la statue de la liberté), notre cow-boy explique au sculpteur qu’il s’agit d’une ville qui vit du pétrole mais ne fait aucune allusions au fait qu’il a bien connu la ville !

Pour les puristes, nous sommes loin d’un album Morris/Goscinny au faîte de leur art, mais ne boudons pas notre plaisir lorsque l’album est correct, amusant, drôle, bourré de références en tout genre, de comique de situation et de tout ce qui fait que Lucky Luke est savoureux à lire.

Des comme ça, moi, j’en redemande !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°1XX] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton : Achdé et Jul

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (23/10/2020)

Résumé :
Lucky Luke se retrouve bien malgré lui propriétaire d’une immense plantation de coton en Louisiane. Accueilli par les grands planteurs blancs comme l’un des leurs, Lucky Luke va devoir se battre pour redistribuer cet héritage aux fermiers noirs.

Le héros du far-west réussira-t-il à rétablir la justice dans les terrains mouvants des marais de Louisiane ? Dans cette lutte, il sera contre toute attente épaulé par les Dalton venus pour l’éliminer, par les Cajuns du bayou, ces blancs laissés-pour-compte de la prospérité du Sud, et par Bass Reeves, premier Marshall noir des États-Unis.

Critique :
Lucky Luke, comme beaucoup de personnages de littérature, n’a pas le droit de prendre des vacances ou de se reposer : même dans le trou du cul du far-west, il arrive encore à tomber sur des personnes qu’il connaît bien et adios le repos !

Alors, les Dalton, ils font partie du décor, s’ils ne s’évadent pas, ce n’est pas un vrai Lucky Luke.

Par contre, le premier Marshall Noir, Bass Reeves, lui, on ne l’avait jamais vu dans le petit monde du cpw-boy qui tire plus vite que son ombre.

Oui, Bass Reeves, ou le River Bass de la bédé du même nom et qui est plus politiquement correct dans un Lucky Luke que dans la version de Darko Macan et Igor Kordey.

Lucky Luke qui se frotte au racisme du Sud, l’idée est bonne et louable, mais j’ai l’impression qu’on a survolé le sujet sans vraiment entrer dedans et qu’on s’est perdu en cours de route.

Nous sommes dans un Lucky Luke, je comprend que les gars du KKK doivent être caricaturés comme le furent les Indiens, la Cavalerie, les éleveurs, les bandits… Nous sommes là pour rigoler après tout et se moquer de ces gens est une bonne méthode.

Donc, qu’on en fasse des zozos de carnaval ne me dérange absolument pas. Dans l’univers de Lucky Luke, les Méchants sont plus bêtes que méchants, mais c’est la manière dont on résout le problème qui m’en pose un.

Le Deus Ex Machina qui réglera le problème de cet album marchait du temps de Morris et Goscinny mais moins dans les nouvelles aventures… Nous avions manqué de profondeur dans le scénario et j’aurais préféré que l’on règle le problème de manière moins… (titre d’une chanson fort connue sur le Rocher).

En 46 pages, Lucky Luke ne passera pas longtemps dans sa plantation, aura peu de soucis comparé à l’histoire du fermier mit du barbelés sur la prairie ou au milieu des O’Hara et des O’Timmins ou face à un juge et son ours apprivoisé…

On survole le tout, on essaie de bourrer un max de références connues (qui sont amusantes, je ne dis pas le contraire), mais ça nous éloigne du sujet principal : la plantation de coton, l’or blanc du Sud.

Pire, les Dalton feront même tapisserie et nous éloignerons une fois de plus de la plantation pour nous mettre face à des Cajuns et leur manière de parler particulière. Une grande référence du Sud, mais en 46 pages, il faut faire des choix drastiques ou faire plus court.

La présence des Dalton donnera quelques scènes d’humour, notamment leur évasion et leur entrée dans les marais, mais de ce fait, l’auteur survolera le sujet des plantations et des esclaves Noirs qui ne l’étaient plus, tout en l’étant encore.

Même eux sont caricaturés à l’extrême et aucun ne ressort du lot pour rester dans nos mémoires comme est resté Sam, le meilleur verseur de café du Mississippi et du Missouri réunis !

Nous sommes loin des albums de Morris/Goscinny de chez Dupuis où les personnages étaient marquants, fort en gueule, sympathiques, amusants, hauts en couleur, mauvaise foi… Des personnages que l’on n’oublie jamais, qui reste dans nos mémoires, autant les méchants flamboyants tel Joss Jamon que les gentils ou les loufoques. De cet album, je ne retiendrai personne !

Un album qui n’est pas mauvais, loin de là, qui possède de l’humour, des situations cocasses, des petites références à des personnages de notre époque et littéraires, un album qui partait d’une bonne intention mais qui n’arrive jamais vraiment à conclure dans le coton à force de se disperser un peu partout pour arriver à tout caser en 46 pages.

Mais au moins, je ne pourrai pas leur reprocher comme dans les autres albums, de mettre en scène des dialogues de films connus (Les Tontons Flingueurs et Rabbi Jacob) pour « Les Tontons Dalton » et « La Terre promise » sans rien inventer de neuf.

Comme je ne suis pas mauvaise joueuse, je lirai encore les nouvelles aventures de Lucky Luke mais mon or blanc à moi restera les albums du duo Morris/Goscinny qui seront très difficile à égaler.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°128].

Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial : José-Luis Munuera et Béka

Titre : Les tuniques bleues – Tome 65 – L’envoyé spécial

Scénaristes : José-Luis Munuera et Béka
Dessinateur : José-Luis Munuera

Édition : Dupuis (30/10/2020)

Résumé :
Londres 1861. William Russell, journaliste au Times, couvre une grève dans une usine, au grand dam de ses supérieurs qui lui reprochent de se ranger du côté des ouvriers. Pour se débarrasser de lui, la rédaction du journal l’envoie de l’autre côté de l’Atlantique où la guerre de Sécession fait rage.

En Amérique, dans le camp de l’armée nordiste, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield sont chargés d’escorter ce drôle d’observateur anglais, flegmatique et distingué, qui prend des notes sur le champ de bataille en chevauchant une mule.

« La vérité, c’est une question de point de vue ! » s’exclame Blutch dans ce nouveau tome des « Tuniques bleues » coscénarisé par le couple BeKa et Jose Luis Munuera, et dessiné par Jose Luis Munuera.

William Howard Russell (1820-1907) est un journaliste anglais, considéré comme le premier correspondant de guerre. Il a couvert la guerre de Sécession.

Dans l’esprit de la série culte de Cauvin et Lambil, et en attendant la parution du tome 64 en 2021, qui marquera le dernier scénario de Cauvin, les auteurs s’emparent du tandem fétiche pour évoquer l’éternelle tentation d’instrumentalisation de la presse par le pouvoir et la difficulté pour elle de rester objective.

Critique :
Il y deux sortes de passionnés de la bédé : les puristes qui ne veulent pas de reprise par d’autres et les autres que ça ne dérange pas, tant que ça reste dans la ligne éditrices et que les scénarios sont intéressants.

Je me situe souvent le cul entre deux chaises mais pour certaine série (Spirou, par exemple), cela ne me dérange pas la continuité par d’autres alors que pour Blueberry, Astérix, on s’est éloigné de la qualité scénaristiques des albums mères.

Mais je suis ici pour parler de l’album 65 de Tuniques Bleues, paru avant le 64 qui marquera la fin de l’ère Cauvin-Lambil qui prennent leur retraite de cette série mythique. Ça me désole, mais ces derniers temps, les albums des Tuniques Bleues ne m’enchantaient plus au niveau du scénario et je trouvais qu’on tournait en rond.

Le trait de Munuera, je le connais de longue date, ayant lu Les Campbell, Nävis et Zorglub. Malgré tout, après 60 albums dessinés par Lambil (4 premiers par Salvérius), il faut un peu de temps pour s’habituer à une autres manière de dessiner les personnages. Souvent, dans les expressions, je revoyais celles des personnages des autres séries du dessinateur Munuera…

Le scénario est excellent et j’ai été étonnée de voir un journaliste du Times de Londres aller jouer l’envoyé spécial sur la Guerre de Sécession, mais effectivement, c’était logique que d’autres s’intéressent au conflit.

William Russell, le journaliste du Times, a tout son flegme britannique et son but à lui, c’est de raconter la guerre telle qu’elle se déroule, de ne pas cacher le nombre de morts, la folie de ce conflit fratricide, de l’imbécillité de certains généraux, le tout, sans prendre parti pour un camp ou un autre.

Si les ronds-de-cuir et les militaires voulaient un journaliste pour leur tresser des lauriers à leur gloire et à leur cause, ils remarquent vite qu’ils se sont fourré le sabre dans le cul, jusqu’au coude et décident de mettre un bâillon sur ce journaliste qui oublie de censurer ses articles, ou de les tourner dans le bon sens du Nord, comme certains firent durant la Première Guerre Mondiale.

À l’Ouest, il y a du nouveau car cet album, même s’il manie toujours l’humour, va plus en profondeur dans les personnages, dans leurs réflexions, leurs actions et les auteurs n’hésitent pas à montrer ce que peu de gens aimeraient voir : une coalition entre les dirigeants des deux camps ! La guerre est une affaire politique.

Je me suis régalée avec ce tome 65 et cela faisait longtemps que je ne prenais plus autant de plaisir à lire mes Tuniques Bleues, sauf à relire les anciens albums (jusqu’au 27, j’adore, entre le 28 et le 36, c’est inégal, au delà, je ne les relis jamais).

La thématique de la presse utilisée par le pouvoir sur place pour son propre bien à lui, dans le but de faire de la propagande ou de minimiser les faits existe depuis toujours et il n’est pas toujours simple pour un journaliste ou son journal de rester objectif devant des menaces, des dessous de table, des tentatives de musellement.

Et encore, durant la Guerre de Sécession, les journaux n’appartenaient pas à des millionnaires/milliardaires/industriels/ et le chantage à la publicité n’avait pas le même impact que maintenant (même si le nerf de la guerre est toujours le fric, le fric, le fric, le fric – et non pas des frites sur l’air des Tuches).

Un excellent album qui renoue avec ce que j’aimais dans cette série : de l’humour mais aussi de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°121].

La Franc-maçonnerie dévoilée : Philippe Bercovici et Arnaud de La Croix

Titre : La Franc-maçonnerie dévoilée

Scénariste : Arnaud de La Croix
Dessinateur : Philippe Bercovici

Édition : Le Lombard (16/10/2020)

Résumé :
Sulfureuse, mystérieuse, mystique, obscure, la franc-maçonnerie continue aujourd’hui encore d’alimenter tous les fantasmes. Réseau d’influences, société secrète ou discrète, liens avec les Illuminati, origine templière : nombreuses sont les rumeurs qui courent à son sujet.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qu’est-ce qui peut être assez important pour réunir des personnalités aussi différentes que Benjamin Franklin, Mirabeau, Mozart, Rudyard Kipling, Maria Deraismes ou encore Himmler ?

L’historien Arnaud De La Croix et l’auteur de BD Philippe Bercovici nous font pénétrer dans les coulisses de l’ordre maçonnique à l’échelle internationale.

Ils dévoilent la réalité derrière le mythe, en approchant dix-huit personnages-clés, célèbres ou méconnus, qui ont compté dans l’histoire de la maçonnerie et pour qui la maçonnerie a compté.

Critique :
La franc-maçonnerie, on a dit tout et son contraire sur elle et ses membres, les francs-maçons.

Le mystère attire les ragots autant que le miel attire les insectes et moins les gens en savent et plus ils en parlent. Oui, ce sont ceux qui en savent le moins qui en parlent le plus et jamais à bon escient.

Moi-même, passionnée par la chose et qui ai lu bien des ouvrages, j’ai encore découvert des choses et des mythes sont tombés.

La légende était plus belle que la réalité, alors, on a imprimé la légende. John Ford avait raison dans « L’homme qui tua Liberty Valence ».

Le dessinateur Bercovici, je le connais de longue date et ses dessins sont toujours facilement repérables pour moi qui ai lu « Les femmes en blanc », « Le Boss », « Cactus Club » et « Adostars ». Bref, j’étais en terrain connu, le sujet m’intéressait au plus haut point et puisque j’avais accès aux librairies du royaume, je l’ai ajouté à ma pile.

En feuilletant l’album bien épais (240 pages, de quoi occuper ses soirées de lockdown), j’avais remarqué que l’auteur ne perdait pas son temps avec les folklore inutiles et que le scénario n’avait rien d’un « Le Symbole perdu » (Dan Brown) où les Illuminatis sont à chaque coin de rue.

Le titre est presque trompeur car les auteurs ne révèlent pas les rites secrets et  les coutumes de la franc-maçonnerie mais nous en content l’Histoire à travers 18 portraits de personnages aussi divers que variés, connus (Benjamin Franklin, Rudyard Kipling, Heinrich Himmler et Hugo Pratt) ou moins connus (Villard de Honnecourt, William Schaw, Robert Moray, Jean Théophile Désaguliers, Andrew Ramsay,..).

Cet album se lit à son aise car il contient assez bien d’informations mais elles ne sont jamais indigestes car les auteurs ont résumé chaque portrait par des dates clés et par les actions le plus importantes du personnage.

Anybref, c’est instructif, on se cultive à fond, le tout s’en sans rendre compte et avec plaisir. Oui, je sais, tout le contraire de la plupart de nos cours à l’école.

Exit le mythe fondateur, exit toutes les couillonnades ! Sauf pour signaler que ce sont des mythes tenaces ou des couillonnades… On a même des complotistes dans le lot, dont l’abbé Barruel qui imputa la Révolution Française aux francs-maçons et illuminatis seuls, mettant de côté tous les autres facteurs qui y avaient menés.

Chaque portrait se termine par une note qui résume le personnage, nous apprend deux ou trois petites autres choses avant de lancer le personnage suivant. C’est précieux ces petits résumés et une excellente idée.

Il y a souvent une petite note d’humour dans les dialogues, le personnage s’adresse parfois aux lecteurs, ce qui crée un lien entre nous et l’album et rend la lecture encore plus attrayante. On se dit : « Allez, encore un personnage et puis je vais bosser » et finalement, on se fait plusieurs portraits.

C’est didactique, bien fait, adapté autant aux adultes ayant une connaissance de la franc-maçonnerie qu’aux autres qui ne connaissent rien ou aux plus jeunes d’entre nous.

Même si on n’est pas passionné par le sujet de la franc-maçonnerie, le côté Historique est intéressant car c’est 800 ans d’Histoire dont on suit le fil, passant de Paris à Londres et à Boston, survolant des hauts faits Historiques dans le monde, ce qui n’est jamais à négliger pour sa propre culture générale.

Une enquête sur la franc-maçonnerie menée de main de maître, sans surfer sur le côté sulfureux des Illuminatis, une exploration de l’Histoire plus qu’intéressante, des mythes que l’on passe à la moulinette et des explications didactiques, intelligentes, sans jamais que les explications deviennent fades, insipides, indigestes. Bref, une réussite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°118].