Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle : Alejandro Jodorowsky & Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (21/08/2019)

Résumé :
1513, un nuage lugubre obscurcit le ciel de Rome alors que le glas de la grande cloche de l’église San Pietro peinte en noire sonne. Le Pape est mort.

Raphaël et Michel-Ange sont parmi les gardes suisses pour porter son cercueil vers son ultime demeure.

Machiavel, lui, demande en mariage Madame Imperia, la matrone du bordel où il a ses habitudes. Un jour comme un autre dans la ville éternelle…

Critique :
Le pape commence à avoir chaud aux miches, Louis XII veut le destituer, sans parachute doré, cela va sans dire.

Mais le vieux sagouin est machiavélique, encore plus que Machiavel car il sait comment manipuler les foules !

Sans caméras, sans télés, sans Internet, sans journalistes, Jules II va entuber son monde et porter la manipulation au rang d’oeuvre d’art.

Mon Dieu, la crédulité à encore de beaux jours devant elle.

Sans mal juger les personnes de cette époque puisque nous sommes en 1513 et que la religion est toujours l’opium du peuple. Maintenant, les gens ont un autre opium, mais il y en a toujours un, juste qu’il a changé de mains, de visage…

Anybref, avec ce quatrième album, on clôt la saga du Pape Terrible, avec encore une scène de cul dans une fontaine qui est nettement plus explicite que celle qui eut lieu un jour dans une piscine d’un loft sur TF1… La vache, on y va fort (niqué) et on la met profond.

Sexy, le général Gaston de Foix, autant nu qu’habillé… Mais l’amour foudroie ceux qui s’aiment, à tel point que notre Jules II veut devenir à présent un bon chrétien… Sans doute que se faire prendre dans une fontaine d’eau bénite aide à se sentir plus en phase avec sa croyance et le mode de vie honnête qui va avec…

Machiavel est un conteur qui raconte bien les histoires et, tout en s’amusant à jouer la bêbête à deux dos avec Madame Imperia, la matrone du bordel qu’il a demandé en mariage, il nous dévoile les dernières frasques du Pape plus que Terrible.

Les cathos risquent de ne pas aimer ce dernier album, mais bon, le risque est minime, le blasphème n’existe pas chez nous et n’est donc point puni. Taper sur le catho ne comportant aucun danger, allons-y gaiement.

Il est juste dommage que les auteurs ne contrebalancent pas ces hommes d’Église dépravés par de ceux qui étaient justes et faisaient leur job correctement, sans en arriver à ses jeux de pouvoirs malsains.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain et je n’ai pas souvenir que le message de Jésus était celui appliqué par les générations de papes, cardinaux, prêtres et autres. Ou alors, nous n’avons pas lu le même livre. Ou certains nous l’ont interprété comme ça les arrangeaient le mieux, afin de se faire un max de pognon. Mais pas tous.

On a beau avoir encore du cul et de la violence, ce dernier tome donne l’impression d’être plus soft que les précédents et même s’il ne suit pas l’Histoire réelle de Jules II, on sait tout de même que ce dernier n’était pas un homme sympa ni un saint.

Donc, prudence, n’avalez pas des couleuvres en lisant cette saga ! Pour le reste, avalez si vous voulez mais n’oubliez pas de vous brosser les dents après, pour garder l’haleine fraîche.

Une saga à ne pas laisser traîner devant les petits enfants, devant les cathos coincés, devant les coincés tout court. À savourer, à découvrir, sans pour autant la prendre comme parole d’évangile car l’Histoire n’est pas respectée à tous les étages.

Quant au tome 4, non seulement il clôture bien la saga, mais en plus, il nous la fout profond aussi et je ne déposerai pas plainte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°204.

 

Le Hussard sur le toit : Jean Giono

Titre : Le Hussard sur le toit

Auteur : Jean Giono
Édition : Folio (1995)

Résumé :
Le hussard sur le toit : avec son allure de comptine, ce titre intrigue.

Pourquoi sur le toit ? Qu’a-t-il fallu pour l’amener là ? Rien moins qu’une épidémie de choléra, qui ravage la Provence vers 1830, et les menées révolutionnaires des carbonari piémontais.

Le Hussard est d’abord un roman d’aventures : Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France, est chargé d’une mission mystérieuse. Il veut retrouver Giuseppe, carbonaro comme lui, qui vit à Manosque.

Mais le choléra sévit : les routes sont barrées, les villes barricadées, on met les voyageurs en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines !

Seul refuge découvert par hasard, les toits de Manosque !

Entre ciel et terre, il observe les agitations funèbres des humains, contemple la splendeur des paysages et devient ami avec un chat.

Critique :
Hé oui, c’est tout moi, ça ! On est en pleine épidémie de covid19 et moi, je ne trouve rien de mieux que de lire un roman qui parle d’épidémie de choléra…

Niveau puissance mortelle, choléra est un serial-killer qui vous fera sortir une espèce de bave blanche de la bouche, comme si vous recrachiez votre riz au lait.

Je sais, c’est pas très frais… L’auteur a réussi à nous donner l’impression que les cadavres nous entourent et que partout où se pose notre regard, un cadavre ou plus y jonche.

Autre chose qui m’a frappée, c’est la manière dont les gens réagissent à cette maladie qui les frappent sournoisement : hormis le PQ et les réseaux sociaux, on dirait nous face au covid 19…

Les remèdes miracles qui fleurissent, du genre de ceux qui devraient nous faire lever un sourcil de scepticisme (ail, eau de mer, soleil,…), les théories du complot sont de sortie (eau empoisonnée par le gouvernement), les gens qui fuient pour aller voir ailleurs si le choléra leur lâchera les baskets, les hausses des prix, les magouilles, la quarantaine à la va-comme-je-te-pousse, les gens qui prennent les armes, l’égoïsme et la violence qui sort par toutes les pores de la peau.

Alors que je suis indulgente avec les gens qui ont vécu des grandes épidémies aux siècles derniers parce qu’ils étaient dans l’ignorance la plus totale, autant je suis moins indulgente avec mes contemporains qui courent fou, tels des poulets sans tête pour se gaver de papier chiotte, de pâtes, de riz et de patates (bonjour les repas équilibrés).

Bref, en ce qui concerne la description du genre humain et de ses travers, on est dans le réalisme le plus total, surtout que je peux constater tout cela de visu.

Les gens intelligents ou ceux qui me connaissent bien (le cumul est permis) sentent venir l’oignon, la couille dans le potage…

Bon sang, les dialogues ! Mais quelle théâtralité, nom d’une pipe. Autant où il y avait du réalisme dans le comportement des gens, autant il n’y en avait pas dans les dialogues et aussi dans la manière d’agir du personnage principal, Angelo Pardi.

Dans l’adversité, on a les égoïstes et ceux qui donnent de leur personne, je suis d’accord et heureusement, d’ailleurs. Mais là, notre Angelo, il en fait trop. Et trop is te veel. On peut aider son prochain, mais face au choléra, désolée, mais je n’ai pas trop envie de chipoter aux cadavres ou d’essayer de sauver des vies.

La chance peut frapper une fois à la porte et vous faire éviter cette saloperie alors que vous venez de traverser un territoire rongé par le choléra, de chipoter à des malades, de boire au goulot de la bouteille d’un autre… Oui, une fois… Pas toutes les fois !

On a une redondance de ce genre d’aventures hautement dangereuses et notre Angelo, tel un Super Man immunisé contre la kryptonite, s’en sors toujours sans le moindre symptôme. À la fin, ça devient lassant et irréaliste.

Il ne manquait pas beaucoup à Angelo pour qu’il devienne un personnage auquel on s’accroche, qui marque, qui laisse une trace. Idem pour Pauline, je l’ai appréciée, mais je vais l’oublier aussi sec car elle n’a pas été marquante pour moi. Dommage.

L’autre point qui m’a ennuyé, c’est qu’on a souvent des grandes réflexions philosophiques qui ont eu tendance à me faire piquer du nez et sauter des pages, la mention spéciale allant aux deux derniers personnages rencontrés qui m’ont saoulé.

Un roman que je voulais lire en cette période de confinement (même si nous ne sommes pas autant confinés que nos voisins français) pour cause de virus virulent, un roman qui m’a donné quelques sueurs froides, malgré le beau soleil, qui m’a fait constater que ♫ non, non, rien n’a changé ♪ (hormis le papier à s’essuyer le fessier) dans la nature humaine…

Un roman qui m’a laissée froide dans ses dialogues, qui m’a fait soupirer dans ses grands moments de lyrisme ou de philosophie. Les personnages principaux de Angelo et Pauline sont fades, manquant de relief, de caractère et j’ai souvent eu envie de baffer Angelo.

Le mot de la fin sera pour Jacques Brel : Au suivant !

Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1976)

Résumé :
Puisqu’il est impossible de soumettre les Irréductibles Gaulois à la paix romaine par l’usage de la force, Caius Saugrenus, jeune conseiller de César, propose de faire d’eux des décadents, plus préoccupés par l’argent que par les combats contre les Romains.

Envoyé en mission au camp de Babaorum, Saugrenus achète au prix fort les menhirs d’Obélix. Pour répondre à la demande, celui-ci se lance dans la production de masse et devient bientôt l’homme le plus riche et le plus important du village. La jalousie s’installe et les Gaulois n’ont plus entre eux que des rapports régis par l’appât du gain. Les Romains passent des journées tranquilles, le plan démoniaque ourdi par Saugrenus est un succès. Ou du moins le croient-ils…

Critique :
Dommage que à l’école, le prof d’économie n’ait pas utilisé cet album pour nous expliquer la loi du marché…

Gamine, je ne comprenais pas la portée capitaliste de cet album, il me faisait rire pour le cadeau d’anniversaire d’Obélix, l’absurdité de ses vêtements, pour Idéfix qui lui faisait la tronche, pour les répliques des romains, rien de plus.

Moi y en avais rien compris ! Ni remarqué que le jeune Caïus Saugrenus, sorti de La Nouvelle École d’Affranchis ou E.N.A pour les intimes était la représentation d’un Chirac jeune.

La loi de l’offre et de la demande n’auront plus aucun secret pour vous après la lecture de cet album !

Lorsque l’offre de menhirs est supérieure à la demande, il faut que les entreprises  (obélix et Cie) baissent leurs prix, afin qu’elles puissent écouler tous leurs produits… A contrario, si la demande est supérieure à l’offre, il faut que les entreprises augmentent leurs prix…

— Si toi pas pouvoir faire plus de menhirs, moi y en a donner moins de sesterces. Toi, y en a compris ?

Comment vaincre les Gaulois ? Il suffit de les diviser car pour régner, il faut diviser, c’est bien connu et toujours appliqué. Pour les diviser, il faut apporter la jalousie, l’envie, la cupidité… Toujours d’application !

En leur achetant des menhirs, Chirac, heu, Saugrenus, va apporter la zizanie dans le village rien qu’en demandant qu’Obélix lui fabrique plus de menhirs et en montant les prix à chaque fois, sous le regard d’un Obélix qui n’y comprend rien… Mais les autres villageois vont vite comprendre où se trouvent leur intérêt…

Cétautomatix : —Tu veux dire qu’ils n’achetent plus TES menhirs !
Ordralfabétix : —Pourquoi MES menhirs je vous prie ?
Cétautomatix : — Parce que mes menhirs à moi ne sentent pas le poisson faisandé….

Dans cet album, vous aurez un cours sur la production de menhirs, sa publicité, sur la concurrence, la dévaluation des prix, l’inflations des prix, les revendications salariales, sur le cours du sesterce et sur le fait de produire romain à Rome !

Alors qu’habituellement, nos Gaulois résolvent leur problèmes seuls à grands coups sur les romains ou en chassant l’intrus, ici, ils n’auront même pas besoin de lever le petit doigt pour que le système, qui a été poussé à son paroxysme, s’effondre, faisant ainsi passer notre énarque fraîchement émoulu pour le responsable de tous les maux de Rome (devait y avoir un message caché que ceux de l’époque ont compris).

Une aventure pleine d’humour, de situations cocasses et une belle leçon d’économie, sur le capitalisme et sur la division des peuples pour mieux les asservir. Faites du commerce, pas la guerre.

Astérix : — Tous nos copains sont pleins de sesterces ; que vont-ils en faire ?
Panoramix : — Pas grand-chose… J’ai appris qu’il y a une grande crise à Rome, due à je ne sais quoi. Toujours est-il que le sesterce est dévalué.
Astérix : — Eh ?
Panoramix : — Le sesterce y en a plus rien valoir du tout !

PS : album lu bien avant le décès du dessinateur Uderzo. Mais j’ai un retard énorme dans le post de mes chroniques, ou alors, c’est parce que je chronique plus vite que l’ombre de mes doigts sur le clavier. En tout cas, merci à Uderzo pour tous ses dessins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°200.

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

Astérix – Tome 20 – Astérix en Corse : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 20 – Astérix en Corse

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1973)

Résumé :
Pour célébrer l’anniversaire de la bataille de Gergovie, les Gaulois accueillent leurs nombreux amis et s’offrent en apéritif les malheureux légionnaires du camp fortifié de Babaorum. Là, ils libèrent Ocatarinetabelatchitchix, chef de clan corse prisonnier des Romains.

Ce dernier, plus fier encore qu’un Gaulois, prétend alors que les Corses sont le « cauchemar des romains ».

Curieux de découvrir comment les Corses pratiquent le latin au quotidien, Astérix et Obélix décident de s’embarquer pour l’île de beauté, histoire de prouver qu’ils sont les seuls à donner d’authentiques sueurs froides aux Romains.

Et ce sont encore ces derniers qui, malgré eux, vont arbitrer les débats…

Critique :
La Corse ! Quel beau pays… Et cet album fait aussi partie de mes préférés de l’ère Goscinny.

Les clichés y sont légion (romaine ?) mais c’est toujours amusant de se moquer des petits travers des autres, de bonne guerre même puisque eux-mêmes ne s’en privent pas.

La susceptibilité des Corses est mise en avant d’une manière subtile, amusante, même si certains légionnaires auront des sueurs froides à cause d’une soeur.

Un plus jeune ne verra peut-être pas le jeu de mot dans le nom du personnage d’Ocatarinetabellatchitchix, ni dans le fait qu’Astérix lui donne du Omarinella (deux chansons de Tino Rossi), ne comprendrons sans doute pas le truc du bourrage des urnes (là où un Russe comprendra de suite) ou les glaives à cran d’arrêt…

Quand je pense qu’on allait faire des élections pour choisir un nouveau chef. Les urnes sont déjà pleines.

La main sur l’estomac, les multiples références à Napoléon (Corse aussi, faut le savoir), les fromages qui puent, les siestes, les vendettas, la rancune, la fainéantise et j’en passe.

Il était devenu tellement bête qu’avant de lui faire comprendre quelque chose, on avait le temps de tuer son âne à coups de figues molles.

— Oui… c’est une grande armée… Ils sont tous là, mes grognards… Regardez là-bas, la colonne qui arrive en retard… Ah, Osterlix, son chef, a du mal à se lever tôt… C’est qu’il est célèbre chez nous, le sommeil d’Osterlix. 

On ne sait plus très bien… Les vieux disent que le grand oncle d’Ocatarinetabellatchixtchix a épousé une fille du clan Talassotérapix dont était amoureux un cousin par alliance d’un aïeul de Figatellix. Mais d’autres assurent que c’est à cause d’un âne que l’arrière grand-père de Figatellix avait refusé de payer au beau-frère d’un ami intime des Ocatarinetabellatchixtchix sous prétexte qu’il était boiteux (l’âne, pas le beau-frère d’Ocatarinetabellatchixtchix)… C’est très grave en tout cas.

— Euh… J’ai du travail pour vous.
— Non seulement tu es un renégat, mais en plus tu dis des gros mots !

Autrement dit, il plaira sans doute plus à des adultes qu’à des enfants, ou alors, faut que ces gosses soient cultivés à mort. Lorsque je le lisais étant jeune, je riais moins, ne comprenant pas toujours tout, même si j’en captais tout de même plus de la moitié.

Adulte, à chaque lecture, je hurle de rire, tournant les pages de tout l’album avec un sourire béat affiché tant il me fait toujours de l’effet.

Un album qui n’a pas pris une ride, qui, tout comme celui en Hispanie commence par un prisonnier à ramener chez lui et un Ocatarinetabellatchitchix qui a de la présence, de la prestance, bref, un personnage qui marque, comme Pepe, sauf que lui ne retient jamais sa respiration.

Ne vous demandez pas si c’est du cochon sauvage ou du sanglier domestique, dans le cochon Corse, tout est bon, sauf pour les Romains…

Les Corses étaient leur cauchemar mais si en plus ils se font aider des Irréductibles Gaulois, la partie va devenir impossible pour eux. Et si en plus il y a du fromage Corse et un maquis, sûr qu’ils sont perdus et foutus !

PS : gaffe à la soeur de Carferrix… Qu’elle vous plaise ou qu’elle ne vous plaise pas, vous êtes fichus ! Mais si vous êtes susceptibles, vous allez leur plaire.

Carferrix : — Tu as parlé à ma sœur.
Sciencinfus : — Ah ?… Je ne savais pas que…
Carferrix : — Je n’aime pas qu’on parle à ma sœur.
Sciencinfus : — Mais… Mais elle ne m’intéresse pas votre sœur. Je voulais simplement…
Carferrix : — Elle te plait pas ma sœur ?
Sciencinfus : — Mais si, bien sûr, elle me plaît…
Carferrix : — Ah, elle te plaît, ma sœur !!! Retenez-moi ou je le tue, lui et ses imbéciles !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°194.

 

La Cité de feu : Kate Mosse

Titre : La Cité de feu

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (23/01/2020)
Édition Originale : The Burning Chambers (2018)
Traducteur : Caroline Nicolas

Résumé :
France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants s’exacerbent, le royaume se déchire. Le prince de Condé et le duc de Guise se livrent un combat sans merci. Les huguenots sont persécutés, les massacres se succèdent.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, la fille d’un libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant converti dont la vie en danger.

Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique.

Leur quête va les mener vers une ancienne forteresse, où sommeille un secret enterré depuis des décennies.

Après Labyrinthe, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque érudite et captivante.

Elle y donne la parole à ces figures féminines trop souvent oubliées par l’histoire officielle.

D’une efficacité redoutable, La Cité de feu confirme l’inimitable maestria narrative de son auteur.

Critique :
Non, la Kate Mosse qui a écrit ce roman historique n’est pas le mannequin !

Le domaine de prédilection de cette Kate Mosse est la littérature et elle le fait avec brio.

Labyrinthe et Sépulcre datent dans mes lectures, mais j’en ai gardé de bons souvenirs.

France, 1562. Le feu couve entre les catholiques et ceux qu’ils considèrent comme des hérétiques : les huguenots.

Oui, c’est une histoire de culte…

Ou plutôt, une histoire d’intolérance. Pas au lactose ou au gluten, mais au culte de l’autre.

Un constat affolant : rien n’a changé entre le passé et le présent. À l’époque, on a déjà l’impression d’être dans une querelle de bac à sable, entre des sales gamins qui cherchent misère aux d’autres et puis vont l’accuser de tous les torts devant la maîtresse d’école, ou à maman.

La seule différence, c’est que dans cette réalité, il y a des morts, des pillages, des cassages de magasins, la répression est forte et on ne se bat pas à coup de pelle en plastique. De nos jours, l’Humain n’a pas évolué, le bac à sable est toujours là et ça reste violent.

Autre constat, c’est que l’auteur est toujours aussi douée pour immerger son lecteur dans le bon espace-temps, lui donnant l’impression d’arpenter les ruelles de Carcassonne  ou de Toulouse telles qu’elles l’étaient en 1560. D’emblée vous y êtes.

Ses personnages, même s’ils souffrent un peu de manichéisme (mais je pardonne), sont eux aussi bien travaillés, réfléchis et j’ai eu directement de la sympathie pour Marguerite, dite Minou (tiens, mon chat est dans le livre ?) et tous ceux qui vont graviter autour d’elle.

Les actions, les pensées, les agissements de ces personnages me semblent conformes à ce qu’ils devaient être à l’époque, autrement dit, mesdames, brossons-nous pour nos droits, nous n’en avons point ! Minou, elle, prend ses droits et joui tout de même d’une grande liberté et d’un père assez large d’idées, tolérant envers les autres.

Ne vous attendez pas à un récit trépident, nous n’allons pas courir comme des malades, tel le professeur du Da Vinci. Ici, on va piano, sans pour autant que le récit se traîne ou nous endorme, que nenni.

Le récit est riche, le scénario bien travaillé, le récit est intéressant, fait froid dans le dos lorsque nous irons dans les souterrains de l’Inquisition, vous donnera envie de pleurer sur l’imbécillité humaine qui ne tolère pas d’autres manière que celle de l’Église catholique pour pratiquer son culte.

Un roman historique qui envoie du lourd, dont le récit est bien équilibré, les personnages sont attachants, le contexte historique bien présent, sans pour autant virer à l’indigestion car tout le conflit entre catho et huguenots est bien intégré à toute l’intrigue et au final, on ne se sent même pas dépaysé car l’intolérance est toujours ancrée comme une moule à un rocher.

Un roman qui a l’épaisseur d’un pavé, qui en est un (608 pages), sans jamais devenir lourd et pesant et pourtant, le pavé, tu te le prends dans la tronche. Et tu en redemandes.

PS : moi, mon culte, je le mets sur la commode, comme dans un San-Antonio.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°191.

Astérix – Tome 18 – Les lauriers de César : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 18 – Les lauriers de César

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1972)

Résumé :
Rabattre une fois pour toutes le caquet de son beau-frère Homéopatix : voilà ce dont rêve depuis longtemps Abraracourcix. Au cours d’une soirée bien arrosée chez ce lutécien arrogant, le chef gaulois promet de servir à son ennemi intime un ragoût parfumé avec la couronne des lauriers de César.

Et bien sûr, ce sont Astérix et Obélix qui pâtissent des caprices de leur chef ! Les voilà donc à Rome pour tenter de mener à bien cette mission impossible : ramener au Village les lauriers de César !

Critique :
L’alcool nuit gravement à l’intelligence, pousse les gens à faire n’importe quoi et le savoir-faire des brasseurs doit se déguster avec sagesse. Farpaitement !

Rassurez-vous, je ne suis pas de la ligue anti-alccolique, ni pour vous faire la morale !

Juste pour vous dire que si Abraracourcix avait moins bu et s’il n’avait pas détesté autant Homéopatix, son beauf, les lauriers de César ne seraient pas l’enjeu de cet album.

Obélix devrait moins boire aussi, mais lui, c’est toujours drôle.

Si cet album brille moins par ses jeux de mots, il reste néanmoins de bonne facture, notamment avec ce petit retour en arrière effectué dès le départ par Astérix pour nous expliquer ce que lui et Obélix font à Rome.

Leur mission, assez compliquée, qui est de voler les lauriers de César, les fera devenir des esclaves de luxe, des noceurs, des cuisiniers horribles mais au moins, Astérix inventera la recette qui élimine la gueule de bois de suite.

On a de l’aventure, des péripéties en tout genre, des tentatives loupées, des bibelots de luxe, de la trahison, un défi, de la jalousie et de la délation, le tout assaisonné de baffes, même si Obélix ne peut pas en donner de trop.

De bonne facture, même s’il n’est pas mon préféré, il me fait toujours rire, surtout la scène de beuverie entre les deux beaufs et leur ton qui monte, qui monte… Jusqu’au défi fou, juste parce qu’on est jaloux de la réussite de Homéopatix, le frère de Bonnemine…

Rire, c’est le principal, non ? Farpaitement !

Bonnemine : — Je vous ai apporté un coquillage de chez nous… Abraracourcix voulait vous apporter un menhir, comme d’habitude.
Homéopatix : — Mon pauvre Abraracourcix, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse de tes menhirs ?
Abraracourcix : — Tu veux que je te dise ?

— Ils sont beaux, ils sont beaux mes esclaves !
— Qui veut des Goths ? Qui veut des Goths tout frais !
— Suivez mes Thraces ! Suivez mes Thraces !

— En tout cas je n’ai peut-être pas ton d’or mais moi j’ai la gloire !
— Et la gloire, mon cher beau-frère, ça paie les sabots de boeuf ?
— La gloire, ça paie plus que des saboeufs de bot… que les sobafs de … que cette cochonnerie !
— Venez dans mon village toi et Galantine et je vous ferait manger quelque chose que ton or ne pourrait pas payer ! Hips !
— Et quel est donc ce mets raffiné ?
— Il s’agit d’un ragoût… mais d’un ragoût parfumé avec des lauriers …
— AVEC LA COURONNE DE LAURIERS DE CÉSAR ! HIPS !
— Ne l’écoute pas … Il a trop bu.
— Laisse, Bonemine… laisse, il est amusant.
— Amusant, Hein ?… Hips !… Eh tu bien tu verras ! j’enverrai mes hommes à Rome chercher la couronne de lauriers de César,et elle parfumera le ragoût que je t’offrirai dans mon village !
— FARPAITEMENT ! MACHIN A RAISON HIPS !
—  ? ! ?
— LAISSE-MOI, ASTÉRIX ! NOUS IRONS CHERCHER LA COURONNE DE LAURIERS DE CÉSAR À ROME ! FARPAITEMENT !
— DANS MES BRAS OBÉLIX !
— Homéopatix !
— NON ! NON ! PUISQUE TON MANIEUR DE GLAIVE EST MALIN, J’ACCEPTE SON INVITATION !
— MAIS J’AI SA PAROLE QU’IL S’AGIRA VRAIMENT DE LA COURONNE DE LAURIERS DE JULES CÉSAR !
— FARPAITEMENT !
— Et… chère Bonemine vous avez acheté des choses intéressantes à Lutèce ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°190.

Les chevaliers d’Héliopolis – Tome 2 – Albedo, l’oeuvre au blanc : Alejandro Jodorowsky et Jérémy

Titre : Les chevaliers d’Héliopolis – Tome 2 – Albedo, l’oeuvre au blanc

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (2018)

Résumé :
Dix-sept a réussi brillamment son épreuve initiale, il est maintenant Asiamar.

Cependant, aux yeux de ses maîtres, il lui reste manifestement beaucoup de chemin à parcourir pour évoluer vers un véritable chevalier d’Héliopolis.

Passant outre son manque de maturité et d’expérience, la confrérie lui confie une mission de première importance : contrer la montée en puissance d’un dangereux individu auparavant pressenti pour devenir membre.

En effet, son âme s’est laissée corrompre par le pouvoir. Son nom ? Un certain Bonaparte…

Critique :
Qui c’est qui lave plus blanc que blanc ? Non, ce n’est pas Dixan© mais bien Louis XVII, alias Asiamar.

Je ne dois pas vous faire une leçon d’Histoire, vous savez qu’après la Révolution et les dégommages de têtes, vous avez eu un Empereur qui s’est érigé en Roi, même en Dieu.

Ben c’est lui que notre Louis XVII va devoir calmer car il est à la recherche le secret de la vie éternelle.

Je le savais tyran, assassin, assoiffé de pouvoir, j’avais zéro sympathie pour Napo mais on ne peut pas dire que cet album le mette en valeur, que du contraire, il ne le présente pas sous son meilleur jour.

Antipathique, fanatique, sans scrupules aucun, limite exalté et courant derrière l’ésotérisme, comme dans un Indiana Jones, le rayon cosmique en plus. Bon, maintenant, je sais pourquoi il mettait sa main sur son ventre.

Ce deuxième tome va donc se pencher sur celui qui avait un Bonaparte et c’est seulement au début et sur la fin que notre Louis XVII va apparaître dans le but d’éliminer le tyran assis sur son trône, mais lui veut le faire changer sans verser du sang.

D’accord mais les chevaliers d’Héliopolis, dans tout ça, qu’est-ce qu’ils deviennent ? Non pas que l’album était mauvais, il avait du rythme, de l’action, mais j’ai eu comme l’impression que l’histoire principale des Chevaliers n’avançait pas et qu’on était en train de développer un autre arc.

N’ayant pas le troisième album sous la main, je ne sais pas dans quel sens celui-là va aller mais celui-ci, malgré le fait qu’il m’ait tenu en haleine, me laisse perplexe, notamment sur le final.

Le récit est compréhensible, il n’est pas alambiqué, mais je ne sais pas où les auteurs veulent nous emmener et je vais devoir leur faire confiance pour la suite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°189. 

Sans même un adieu : Robert Goddard [LC avec Bianca]

Titre : Sans même un adieu

Auteur : Robert Goddard
Édition : Sonatine (2016) / Le Livre de Poche (03/01/2018)
Édition Originale : Take No Farewell (1991)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
1911, Geoffrey Staddon, jeune architecte plein d’élans et d’espoir, vient de concevoir une magnifique demeure, Clouds Frome. Et il est tombé amoureux fou de la femme de son commanditaire, Consuela Caswell, une jeune Brésilienne perdue dans un mariage de convenance.

Alors qu’il lui a promis de s’enfuir avec elle, il l’abandonne à son triste sort, préférant se consacrer pleinement à ses ambitions professionnelles.

1923, en lisant le journal, Geoffrey tombe sur un article qui lui glace le sang. Consuela Caswell est accusée de meurtre et risque la peine capitale.

Bouleversé par cette nouvelle qui réveille bien des fantômes et ravive son sentiment de culpabilité, il ne peut rester sans rien faire. D’autant plus qu’il est persuadé que Consuela n’a pas pu commettre un crime aussi terrible.

Il n’a pas le choix, il doit revenir à Clouds Frome pour savoir ce qu’il s’y est réellement passé. Il ne se doute pas encore des sombres secrets qu’il va y découvrir et qui vont bouleverser son existence.

Critique :
En vacances, faire des longueurs dans la piscine me détend l’esprit, le vide le cerveau, j’adore ça.

Par contre, en littérature, les longueurs, ça remplit le cerveau d’autre chose car on n’est pas concentré sur sa lecture.

Et des longueurs, nom d’une pipe, il y en avait en veux-tu en voilà, dans ce récit !

D’ailleurs, si je n’avais pas été en LC avec Bianca, je pense que j’aurais sauté directement aux derniers chapitres, afin de savoir le fin mot de l’histoire et le livre aurait fini dans mes étagères de l’oubli.

Heureusement que j’étais en LC, donc, je ne l’ai pas fait… Et heureusement aussi qu’avant la moitié du roman (avant la page 400, donc), on commence à entrer dans le vif du sujet et les longueurs ne seront plus que limitées dans le récit.

Si on retire les longueurs qui m’ont rempli d’une langueur monotone, ce roman possède bien des choses qui valaient la peine qu’on les découvre et donc, que l’on aille jusqu’au bout sans sauter les huit dixième du récit.

L’ambiance, tout d’abord, celle post Première Guerre Mondiale et l’état d’esprit qui va avec, cette société très machiste, qui n’accepte pas qu’une femme soit libre, belle, intelligente. Non, ça leur fout la trouille (comme encore maintenant). Et si en plus elle vient d’ailleurs, alors là, c’est le cumul interdit. D’accord, de nos jours aussi.

Cette société anglaise est très bien décrite, surtout dans ses différences entre les riches, les pauvres, les prolétaires, les hommes et les femmes, les enfants qui n’ont pas de droit, le système judiciaire archaïque, où l’on pend encore, même si on ne le fait plus en public. La France ne sera pas en reste puisque la faiseuse de veuve tranche toujours les cous. C’était il y a 100 ans.

Les personnages sont intéressants aussi, même si j’ai été heureuse que Geoffrey Staddon aille enfin s’acheter une paire de coui…, heu, de roubi…, enfin, vous voyez de quoi je veux parler (des enfants lisent peut-être mes bafouilles). De testicules, en effet.

Parce que nom de Dieu, Geoffrey, j’ai parfois eu envie de t’étrangler ! Spice di counard, va, qui abandonne la femme à qui il a tout promis, à cette femme qui elle prenait tous les risques, dans cette société étriquée de 1910, pour quitter son mari, alors que pour elle, le divorce était inacceptable (elle est brésilienne et pas libérée).

Au niveau de l’enquête, j’ai suspecté tout le monde et s’il y avait eu un chat, il aurait été sur ma liste des suspects aussi. Là, je dois dire qu’à la révélation, après quelques rebondissements, j’ai été sur le cul.

Rien à redire du final, il m’a donné des palpitations cardiaques, il était bourré de suspense, de retournements de situations, de mauvaises passes et de questionnements, jusqu’à la solution à laquelle je n’avais pas pensée.

Par contre, dans les dernières lignes, l’auteur m’a laissée perplexe, sans que je sache ce qu’il arrive vraiment à un personnage, mais dans mon esprit, tout ira mieux pour lui ensuite, c’est ma manière de positiver après une lecture dont plus de la moitié du récit fut longue et dure. J’avoue que j’ai sauté des lignes !

Une LC où Bianca et moi avons eu du mal à avancer mais pour terminer tout de même sur le cul, sans avoir vu venir la résolution. Sans cela, nous aurions eu une lecture intéressante, certes, mais bourrée de longueurs chiantes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°186 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°31].

À l’ombre des loups : Alvydas Šlepikas

Titre : À l’ombre des loups

Auteur : Alvydas Šlepikas
Édition : Flammarion (08/01/2020)
Édition Originale : Mano vardas – Marytė (2011)
Traducteur : Marija-Elena Baceviciute

Résumé :
Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale.

Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation.

Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage.

La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Slepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes.

À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Critique :
Autant parfois où je me plains de roman qui ont trop de longueurs, autant je peux en trouver d’autres bien trop court. Surtout lorsque le récit prend à la gorge, qu’il possède des personnages auxquels on s’attache et dont on aimerait savoir ce qu’il va advenir d’eux ensuite…

Les récits de guerre sont toujours intéressants pour moi dans le sens où je voudrais en savoir plus, explorer la noirceur humaine, qu’elle soit le fait de militaires et concerne des exterminations de masse ou qu’elles soient le fait de gens ordinaires qui ont eu peur des Autres et n’ont pas répondu à leur appel à l’aide.

Je jugerai plus durement le soldat qui fait usage de la force de ses armes à feu face à des civils désarmés que lorsqu’une personne lambda a eu la trouille d’ouvrir sa porte car elle ne savait pas si les gens implorant de l’aide derrière étaient animés de bonnes intentions ou si l’aide qu’elle leur donnerai ne se retournerait pas contre elle.

Dans le confort de son salon, le ventre et le frigo remplis, il est facile de dire que nous aurions agit mieux que les personnages qui se trouvent devant nous, dans ces pages, eux qui ne possèdent que peu de nourriture, eux qui ont peur des soldats, de la menace du Goulag…

Ce roman prend son lecteur aux tripes car il nous fait entrer dans le quotidien d’une famille allemande, celle d’Éva, juste après la défaite, lorsque les soldats Russes font payer aux civils tout ce que les soldats Allemands ont fait subir aux leurs durant leur avancée en Russie. Je ne cautionne ni l’un, ni l’autre.

Le quotidien de ces familles , c’est la famine, la misère, le froid, les privations et les humiliations. Certaines mères vont même jusqu’à proposer certains de leurs enfants à la vente pour obtenir de quoi manger en échange, afin de nourrir les autres, plus jeunes. Ou à se jeter avec leurs enfants dans le fleuve Niémen, afin d’échapper aux privations.

C’est cru, c’est violent et lorsque je lis ce genre de récit, je suis heureuse de ne pas avoir vécu cela. M’imaginer à leur place me serre les entrailles car j’ai remarqué que l’on devenait vite indifférent aux autres, lorsque l’on avait le ventre vide depuis des lustres et que l’on vivait entouré de cadavres.

Je me suis attachée à Éva, à tante Lotte, aux enfants et j’aurais aimé savoir ce qu’il va leur advenir mais le mot « fin » est venu trop tôt, me laissant dans le doute, dans l’angoisse, dans des idées sombres quand à leur avenir.

Une fiction historique basée sur des faits réels, qui explore un pan méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, de ces enfants-loups, ces Wolfskinder qui, en 1946, ont été envoyés par leurs mères en Lituanie, afin de tenter de récupérer de la nourriture pour leur famille, ou dans l’espoir qu’ils y seraient en sécurité.

Émouvant, poignant, glacial, une écriture qui ne masque pas les douleurs des gens, leur condition de vie inhumaine et innommable, sans pour autant chercher le glauque.

Une plume qui nous offre un récit basé sur la réalité, une réalité qui n’est pas belle à voir et qui transformera certains de ces enfants en bête féroce car pour survivre, il faut être le plus fort.

Magnifique mais trop, trop court ! Beaucoup trop court.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°183 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°28].