La Venin – Tome 1 – Déluge de feu : Laurent Astier

Titre : La Venin – Tome 1 – Déluge de feu

Scénariste : Laurent Astier
Dessinateur : Laurent Astier

Édition : Rue de Sèvres (09/01/2019)

Résumé :
Colorado, Juillet 1900.

Emily débarque à Silver Creek, petite ville minière en pleine expansion. Mais la jeune femme est-elle vraiment venue se marier comme elle le prétend ?

Rien n’est moins sûr, car dans l’Ouest encore sauvage où les passions se déchaînent et les vengeances sont légion, les apparences sont parfois trompeuses… Et la poudre dicte toujours sa loi !

Surtout lorsque votre passé est plus lourd que la valise que vous traînez.

Critique :
Dans ce western, Patrick Juvet ne pourra pas chanter ♫ Où sont les femmes ♪ puisque c’est une femme qui tient le haut de l’affiche et qu’elle n’est pas la seule.

Avec des prostituées, une bonne sœur et l’épouse d’un médecin, les femmes ne sont pas en minorités et certaines ont quelque chose dans les tripes.

L’histoire commence dans le passé, lorsque Emily est une jeune fille un peu trop curieuse et désobéissante.

Si la curiosité tue les chats, la sienne attisera les envies de certains messieurs. Attention, je ne la déclare pas coupable. Son seul tort fut de ne pas obéir, le tort de certains hommes est de réfléchir avec leur bite qui leur donne un pouvoir certain.

Cette bédé western est assez difficile à chroniquer car je suis en phase avec des avis contraires dans ma tête. D’un côté, j’ai apprécié que l’on mette une femme à l’honneur dans un western, qu’elle ne soit pas une faible femme, mais une qui en a sous la robe.

Les planches sont de couleurs vives, dans des tons ocres, jaunes ou sombres. Les dessins sont agréables pour les yeux, hormis encore un problème de proportion entre la tête d’un cheval et le reste de son corps.

Le côté historique est bien rendu aussi, grâce aux décors, aux couleurs et aux références qui parsèment cette aventure explosive.

L’action est bien présente et il est difficile de s’embêter, les phylactères sont bien remplis, il y a de quoi lire et l’auteur a joué sur les flash-back pour nous parler de l’enfance d’Emily, même si à la fin de ce premier tome, on ait l’impression de ne pas tout comprendre de sa motivation vengeresse.

Même si, en réfléchissant un peu, il me semble voir le pourquoi. Nous en saurons sans doute plus dans les deux prochains tomes (je l’espère). Les multiples références aux grands westerns, qu’ils soit cinématographiques, historiques ou littéraires sont aussi très plaisant à découvrir.

D’un autre côté, à force de multiplier les clins d’œil, ça devient foutraque, lourd, surtout que cela semble parfois un peu forcé, comme ajouté là pour faire bien, afin d’atteindre un quota de références obligées. Ce n’est que mon impression, elle est peut-être faussée.

Dans cette bédé, on a matière à lire, il y a beaucoup d’action, mais là aussi, trop c’est trop et on a aussi l’impression que l’auteur voulait produire un album survolté, sans vraiment réfléchir au réalisme de toute cette aventure un peu folle où Emily change d’identité comme de chemise.

Malgré mes bémols, je ne serai pas trop sévère sur la cotation car j’ai apprécié le personnage d’Emily et que j’ai passé un bon moment de lecture détente, addictive, remplie de suspense, de mystères, d’action et d’aventures avec un grand A.

Sans être tout à fait conquise, je demande à lire la suite. Ceci est le premier coup de semonce, celui qui doit marquer les lecteurs dans le but de les harponner pour la suite. Le premier coup n’est pas toujours parfait…

En espérant que la suite soit meilleure ou, au pire, de même niveau que ce premier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°34] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 66 pages).

Jeremiah Johnson – Tome 1 : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Jack Jadson

Titre : Jeremiah Johnson – Tome 1

Scénaristes : Fred Duval &Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Jack Jadson

Édition : Soleil (19/08/2020)

Résumé :
Tout le monde connaît Jeremiah Johnson sous les traits de Robert Redford dans le film de Sydney Pollack. Mais peu de gens savent que le personnage a bel et bien existé. Cette série raconte son histoire…

Jeremiah Johnson arriva dans les montagnes Rocheuses au milieu du XIXe siècle pour s’y faire trappeur. Mais l’assassinat de son épouse indienne le conduisit à mener une sanglante vendetta contre la tribu des Crows.

Impitoyable, il mangeait cru le foie de ses ennemis… Une ode à la sauvagerie brute et à la nature.

Critique :
Quoi ? Jeremiah Johnson a bel et bien existé ? Ce n’est pas une légende du cinéma, jouée par le beau Robert Redford ?

Mince alors, tout fout l’camp, ma bonne dame.

Ne me demandez pas ce que j’ai pensé de ce film, je ne l’ai jamais vu. Par contre, je peux vous parler de la bédé…

Première chose : ne pas la laisser traîner si vous avez des gosses. C’est violent, il y a du sang, des meurtres, des éviscérations de bidou…

La deuxième, c’est que vous n’aurez sans doute plus envie de regarder le film (sauf s’il est différent de la bédé) car Jeremiah Johnson est un assassin sanguinaire, sans états d’âmes et prêt à tout pour se venger. Une sorte de Jack The Ripper Johnson, en quelque sorte.

Ce premier tome se lit assez vite, la trame n’est pas compliquée, l’action est présente, et on part à l’aventure, celle avec un grand A.

Sorte d’ode à la nature, aux coureurs des bois, aux trappeurs puants le rat mort, cet album nous montre les débuts de Jeremiah aux côtés d’un trappeur et déjà, on le sent froid, dur au mal et sans états d’âmes puisqu’il scalpe son premier Indien sans avoir la main qui tremble.

Philip Henry Sheridan disait, paraît-il, qu’un bon Indien était un Indien mort, et Jeremiah va s’occuper de diminuer la population des Crows. Comme vous vous en doutez, personne ne lui tiendra rigueur de tuer des Indiens, même s’ils n’ont rien à avoir avec le meurtre horrible de son épouse, enceinte.

Les dessins sont agréables, sans être magnifiques, j’ai même remarqué que certaines têtes de chevaux n’étaient pas bien proportionnées au reste du corps (trop petites) et que certains visages avaient des traits assez carrés. Mais dans l’ensemble, les dessins et les couleurs mettent en valeur les décors grandioses des montagnes, de la neige, des chasses.

Par contre, pour la profondeur, on repassera ! Non pas que ce soit un récit neuneu, pas du tout, juste que les auteurs ont déposés leurs personnages dans les décors et qu’ils se sont contentés de les mouvoir, sans nous en dire plus sur eux, sur leur passé. On voit juste Jeremiah arrivant, jeune, et se faisant rouler, mais c’est tout.

L’album n’est pas mauvais en soi, j’ai même envie de lire la suite, mais il est dans la lignée d’une bédé autobiographique (jusqu’à quel point, je ne le sais) qui ne creuse pas trop la psychologie des personnages principaux et qui se contente de nous divertir. Ce qu’elle fait bien.

Une bédé western autobiographique, qui vous en apprendra des vertes et des pas mûres sur Jeremiah Johnson, personnage réel et tueur psychopathe bouffant les foies crus des Indiens assassinés. Son surnom sera « Dapiek Absaroka », le Tueur de Crows.

J’espère que le tome suivant possède un peu plus de profondeur que ce premier qui nous présente Jeremiah et sa formation auprès d’un trappeur, même si Jeremiah avait déjà des capacités de tuer sans voir sa main trembler.

Une bédé western de divertissement… Pas pour les petits enfants !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°31] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).

L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit : François-Xavier Testu

Titre : Le bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit

Auteur : François-Xavier Testu
Édition : Robert Laffont Bouquins (2014) – 1184 pages !

Résumé :
La méchanceté est un art à la condition d’être drôle et inspirée. Préfacé par un maître du genre, Philippe Alexandre, cet ouvrage offre le florilège le plus complet et jubilatoire qui soit des traits d’esprit, saillies, épigrammes et autres « vacheries » qui ont jalonné l’histoire littéraire, mondaine et politique de l’Antiquité à nos jours.

Certaines époques et certains milieux se sont particulièrement illustrés dans cet exercice vivifiant : les cercles littéraires des XVIe et XVIIe siècles, les salons et la cour de France au siècle des Lumières, le monde politique et la société mondaine de la IIIe République, l’Angleterre postvictorienne, la grande période hollywoodienne de l’entre-deux-guerres…

Autant de moments où la liberté d’esprit et une lucidité aiguisée se sont exprimées sans crainte de démystifier et tourner en ridicule les figures installées du conformisme intellectuel et de l’académisme pontifiant.

Parmi les experts en la matière, on trouve de grands hommes d’État. Clemenceau, l’un des plus féroces, disant à propos du président de la République, Félix Faure, qui venait de mourir : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui. »

Critique :
J’ai toujours adoré les gens qui avaient de la répartie et qui, sans réfléchir, savaient lancer des traits d’esprits dignes des flèches les plus mortelles, crucifiant leurs interlocuteurs en une simple phrase.

C’était tellement plus intelligent ce que Chirac répondit à celui qui le traita un jour de « Connard » que ce que lança Sarkozy à celui qui avait refusé de lui serrer la main.

Après la réplique de Chirac, l’insulteur n’avait plus qu’à aller se terrer dans un tour de souris pour les 1.000 prochaines années. Tandis qus Sarko n’est pas sorti grandi de sa réplique « Casse-toi, pauv’ con ! ».

Évidemment, ces 1184 pages ne se lisent pas comme on lirait un roman, vous risqueriez une indigestion carabinée. Non, ça se feuillette tous les soirs, avant d’aller au lit, afin de picorer quelques belles réparties cinglantes ou juste piquantes.

Cela fait plus d’un mois que je picore et que je tente de retenir les plus intelligentes afin de les ressortir un jour (je ne passerai jamais à la postérité).

Dans ces pages, il y a des illustres très connus et des illustres inconnus (par moi)… Je vous avouerai que j’ai pris plaisir à lire les vacheries ou les bons mots des personnalités connues telles que De Gaulle, Chirac, Mitterrand, Oscar Wilde, Winston Churchill, Groucho Marx, les rois Louis …. que ceux des inconnus (et ce n’était pas le trio d’humoristes bien connu).

Je préciserai que les citations sont remises dans leur contexte : on a donc parfois droit à tout un dialogue avant de découvrir la méchanceté ou alors, l’auteur ajoute une note explicative afin que l’on comprenne le fin mot qui a été dit.

Winston Churchill: Churchill avait accepté comme une corvée de présider un dîner que donnait son gendre, Christopher Soames. Comme il l’avait craint, l’assistance fut extrêmement ennuyeuse. Le maître de maison tenta de relancer une conversation assez morne, et demanda à son beau-père quel avait été, pendant la Seconde Guerre mondiale, le personnage qui lui avait fait la meilleure impression.
« Mussolini », répondit Churchill.
Ce fut une grande surprise dans l’assistance. Comme on lui demandait de s’expliquer, il dit : « Il a fait fusiller son gendre. »

Pas de panique devant les personnalités qui ne vous diraient rien, telle Hélène Chrisoveloni, princesse Soutzo (l’exemple au hasard), chaque personnage est précédé d’une courte biographie (ou plus longue pour les plus illustres) qui vous expliquera l’essentiel.

Les dernières pages seront consacrées à des méchancetés anonymes extraites d’ouvrages du XVIe et XX siècle. Certaines auraient pu finir en blagues.

Si certains traits d’esprits m’ont fait rire, sourire, ou siffler d’admiration, d’autres ne m’en même pas touchés une (et l’autre n’a pas bougé, bien entendu).

Hélas, l’excès nuit en tout et trop, c’est trop ! Il y a parfois trop de blablas avant d’avoir le trait d’esprit (puisqu’il est nécessaire de le remettre dans son contexte) et lorsqu’après avoir lu toute une tartinée, vous vous trouvez face à un trait d’esprit assez pauvre, ou qui fait pchiiitt, c’est assez rageant.

Il est un fait que ce qui pouvait choquer ou être une répartie acerbe aux temps jadis, peut très bien avoir perdu de son mordant à notre époque.

C’est un ouvrage dont il faut picorer les bons mots, bien choisir le personnage qui les dit et à ce propos, une index des personnages cités n’aurait pas été du luxe.

Lu dans son édition Robert Laffont Bouquins de 1184 pages !

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

La Traversée des temps – 01 – Paradis perdus : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des temps – 01 – Paradis perdus

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (03/02/2021) – 576 pages 

Résumé :
Cette Traversée des temps affronte un prodigieux défi : raconter l’histoire de l’humanité sous la forme d’un roman. Faire défiler les siècles, en embrasser les âges, en sentir les bouleversements, comme si Yuval Noah Harari avait croisé Alexandre Dumas.

Depuis plus de trente ans, ce projet titanesque occupe Eric-Emmanuel Schmitt. Accumulant connaissances scientifiques, médicales, religieuses, philosophiques, créant des personnages forts, touchants, vivants, il lui donne aujourd’hui naissance et nous propulse d’un monde à l’autre, de la préhistoire à nos jours, d’évolutions en révolutions, tandis que le passé éclaire le présent.

Paradis perdus lance cette aventure unique. Noam en est le héros. Né il y a 8000 ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque, il a affronté les drames de son clan le jour où il a rencontré Noura, une femme imprévisible et fascinante, qui le révèle à lui-même. Il s’est mesuré à une calamité célèbre : le Déluge.

Non seulement le Déluge fit entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermina son destin. Serait-il le seul à parcourir les époques ?

Critique :
Pour une fois, l’accroche n’est pas mensongère : Yuval Noah Harari a vraiment croisé la route d’Alexandre Dumas et de cette rencontre, est né ce premier tome d’une saga qui semble des plus prometteuses et intéressantes.

En tout cas, si la suite est du même acabit que ce premier tome, les bons moments de lectures sont assurés.

Commençant à notre époque, ce premier tome nous emportera ensuite dans le temps, celui des Premiers Hommes, il y a 8.000 ans (ok, c’était pas les tous premiers !). Pas avec les chasseurs-cueilleurs, mais avec les sédentaires, les premiers agriculteurs (le néolithique).

Quelle fresque ! Quel travail en amont afin de rassembler des données scientifiques et de monter le squelette de cette aventure, avant de l’habiller ensuite de ses plus belles peaux : personnages réalistes, sympathiques (ou pas), ambivalents, qui changent au fil des évènements, dont certains nous laisserons longtemps dans le flou avant qu’une action ne les classe définitivement dans le rayon des salopards.

Un récit qui sans être haletant reste cohérent et emporte avec lui ses lecteurs dans une aventure hors du commun, malgré qu’elle soit composée des ingrédients classiques : un fils qui se cherche, un père qui aime le pouvoir, des manipulations, de la haine, de la colère, de la jalousie, des amours contrariés, de l’amitié, des plantages de couteau dans le dos. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir, dans cette histoire.

Eric-Emmanuel Schmitt est un fabuleux conteur, à tel point que même dans les moments plus calmes, je ne me suis pas ennuyée, je n’ai sauté aucune page et j’ai dévoré ce pavé en deux malheureux jours.

Le déluge revu à la sauce de E-ES, je suis pour ! Il est bien plus plausible que celui proposé en version « augmentée » et fantasmagorique dans une autre saga bien connue et nommée Bible. Maintenant je sais ce qu’il s’est passé et la fiction doit toujours être plus enjolivée que la simple réalité. L’Homme aime les histoires et les raconter, il amplifie donc celle d’une montée des eaux.

Mon seul bémol sera que de temps en temps, je n’avais plus l’impression d’être au néolithique, au temps de premiers semeurs-éleveurs, mais plus dans un village africain, un peu reclus et dont les habitants vivraient encore à l’ancienne, de nos jours.

Certaines idées des personnages avaient des relents contemporains, mais puisque je n’ai pas connu ces temps-là, il se pourrait très bien que les Femmes aient revendiqués des droits ou que d’autres personnages aient des pensées qui s’apparentent à celles de nos jours. Elles ne sont sans doute pas novatrices, nos idées, nos pensées.

Anybref, l’auteur a été chiche sur le côté « accessoires dans le décor néolithique » et il aurait pu y ajouter une grosse pincée de détails sur l’époque où nos ancêtres sont devenus sédentaires, afin de nous y plonger à cent pour cent. Je pinaille, je sais.

Malgré ces petits bémols, mon voyage fut des plus intéressants, des plus agréables, des plus instructifs et je serai au rendez-vous pour la suite des aventures de Noam, lui qui va traverser les Temps. Un projet pharaonique, qui, je l’espère, ira jusqu’au bout.

Une magnifique fresque au temps du néolithique, une relecture du déluge, plus scientifique, plus plausible, moins fabuleux que celui de la Bible, mais bien plus réaliste.

Le petit côté fantastique qui colle au roman ne m’a absolument pas gêné et il nous permettra de suivre certains personnages sur toute la ligne du temps.

Vivement la suite !

Lu dans son édition Albin Michel de 576 pages.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°75] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Golgotha – Tome 1 – L’arène des maudits : Alcante et Enrique Breccia

Titre : Golgotha – Tome 1 – L’arène des maudits

Scénariste : Alcante
Dessinateur : Enrique Breccia

Édition : Soleil (17/03/2021)

Résumé :
Un gladiateur déchu, en quête de vengeance… Un prisonnier mystérieux, détenteur d’un incroyable secret… Un enfant, innocent et maltraité… Trois destins liés à un mythique forteresse qui fait trembler Rome : Golgotha !

Critique :
Un gladiateur déchu, moi, je pense de suite à Russell Crowe, sexy tout plein en jupette, qui a défié un empire dans la reine… Heu, dans l’arène !

Pas de Maximus dans l’arène, mais un Lucius. Un grand gladiateur invaincu, mais en moins sexy que celui du film.

La faute à des dessins qui donnent à la plupart des visages des airs de freaks.

Oui, les dessins étaient spéciaux, j’ai hésité longuement devant eux, mn verdict sera que je n’en suis pas fan, surtout au niveau des visages.

Qui dit gladiateurs, dit combats et pour le dernier combat de Lucius, on ne peut pas dire que le dessinateur se soit foulé le poignet : on ne voit rien ! Comme si, dans un film d’action, au moment le plus important, le cadreur visait les pieds.

À tel point qu’on se demande bien comment Lucius met le guerrier Numide par terre (lui aurait-il parler sèchement, au Numide ?), ni c’est vraiment lui qui semble sortir vainqueur du duel… Là, je suis sortie frustrée de ces scènes de combat.

Se déroulant à Pompeï, en 64 ap. J.C. (on leur dit qu’en 79 il y aura une éruption du Vésuve ?) ce récit commence de la manière la plus classique qu’il soit avec des trahisons et des envies de vengeance. Rien de neuf sous le soleil, donc.

Là où le scénario devient intrigant, c’est avec la présence d’une copie de Jésus de Nazareth (ou est-ce le vrai qui ne nous le dit pas) et de l’élément fantastique, alors que jusqu’à présent, nous étions les pieds sur terre.

Comme pour le Golgotha, on ne sait pas trop où il se trouve (à Rome, oui, mais où ?), ni à quoi il sert vraiment, puisque les dernières cases de cet album se terminent sur l’arrivée de Lucius devant ses portes.

Après la lecture de ce premier tome, je ne sais deviner comment les destins de l’ancien gladiateur Lucius va rejoindre celui d’Eliakim (la copie de Jésus) ou celui du gamin maltraité, même si pour ce dernier, ce sera plus facile (mais saura-t-il qui il est ?).

Une lecture sans trop de prise de tête, beaucoup de mystères et de questions sans réponses pour le moment. En espérant que nous ayons des réponses dans le tome suivant et que tout cela ne parte pas en sucette, comme j’ai déjà fait l’amère expérience ailleurs.

Je demande à lire la suite, ma curiosité est piquée.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Légende – Tome 8 – De mains de femmes : Swolfs, Stéphane Collignon et Ange

Titre : Légende – Tome 8 – De mains de femmes

Scénariste : Ange
Dessinateur : Stéphane Collignon

Édition : Soleil (02/12/2020)

Résumé :
Tristan de Halsbourg a disparu… et sa disparition a fait de lui une légende. Une légende qui pèse sur ceux qu’il a laissé derrière lui : sa soeur Ombeline, devenue duchesse, ainsi que son mari, Alexandre de Hauteterre mais aussi sur Judith qui s’est exilée et rejette l’idée d’un compagnon – tant est forte, dans sa mémoire, l’image de celui qu’elle aurait pu aimer.

Critique :
Choses promises, choses dues, je n’ai pas tardé à lire le tome suivant afin de savoir comment tout cela allait se terminer (ou continuer, ce qui est le cas ici).

Ombeline se réveille enfin ! Depuis le temps qu’elle se cachait derrière l’ombre de son frère, derrière sa légende, depuis le temps qu’elle n’éprouvait pour son mari aucun amour, la voici qui vient de se trouver une paire de couilles afin de sauver son royaume.

Comme quoi, certains murmurent peuvent réveiller les jeunes filles qui se pâment au moindre soucis et qui ne savent pas gérer leur duché. Là, elle y va fort. Très, très fort… Elle y laissera des plumes de vertu, mais au moins, elle a sauvé les fesses de ses concitoyens.

On avait bien redémarré dans le tome précédent et celui-ci ajoute un couche de plaisir à la saga qui avait périclité à un moment donné. Là, on renoue avec les bons scénarios, où rien n’est tout à fait noir, ni tout à fait blanc, mais plutôt rouge sanglant.

La guerre du trône fait rage au Danemark et le jeune futur roi va comprendre quel prix il faut payer pour reconquérir la place que l’usurpateur lui avait piqué. Entouré de rouge, le jeune futur roi, est blanc comme neige devant toute cette violence et ces tripes répandues.

Du côté du duché de Halsbourg, c’est aussi des morts qui se ramassent à la pelle et dans la ville voisine, on se demande s’il faut ouvrir le poulailler aux renards, même si on leur jure, la main sur le coeur, qu’il ne sera fait aucun mal aux poules.

Voilà un tome foisonnant de violences, de sang, de guerres, de stratégies, de questionnements, de politique, de trahisons, de fidélité (ou pas). On a de l’action, mais pas que, car il y a aussi toute une réflexion derrière l’histoire.

Toujours les deux récits en alternance, qui s’emboitent l’un dans l’autre sans que cela entrave la lecture. Et puis, dans ce tome, une fois de plus, les femmes sont mises à l’honneur, même si, pour arriver à quelque chose dans leur vie, il leur faut prendre les armes et combattre avec violence.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Légende – Tome 7 – Neiges : Julie Swolfs, Ange et Stéphane Collignon

Titre : Légende – Tome 7 – Neiges

Scénariste : Ange
Dessinateur : Stéphane Collignon

Édition : Soleil Productions (13/01/2019)

Résumé :
Tristan de Halsbourg a disparu, laissant le duché aux mains de sa soeur et de son époux Alexandre.

Hélas, la dissension règne sur les terres des Halsbourg : entre Ombeline et son mari, entre les brigands de la belle Judith et ceux de la Horde, même entre les paysans et le nouveau duc, alors qu’après des hivers très durs, les troupes de Thierry le Dégénéré s’apprêtent à ravager les frontières….

Tristan, perdu dans les neiges Vikings, va devoir à nouveau, prouver dans le sang sa naissance et sa valeur.

Critique :
Grande reprise pour moi avec les aventures de Tristan de Halsbourg, que j’avais débutée en 2003, avec le tout premier tome, avant que Swolfs ne mette cette saga en pause, comme ce fut le cas avec « Le prince de la nuit » et « Durango (avec des réveils de temps en temps et la parution d’albums).

C’est avec beaucoup d’hésitations que j’ai acquis ce tome, puisqu’en 2012, le tome 6 (Le secret des Eiles) m’avait laissé un goût amer dans la bouche.

Après 9 ans, j’avais espoir que la saga reparte dans le bon sens, celui qui faisait son essence au départ, ou du moins, que l’on arrête de se foutre de la gueule des lecteurs (le fameux tome 6).

Alléluia, la chenille redémarre ! Pas aussi fortement que lors des trois premiers albums (qui étaient géniaux avant que ça ne descende doucement), mais au moins, le scénario revient aux bases de la série.

Deux récits vont s’entremêler dans ce tome 7 : les déboires du duché de Halsbourg, où Ombeline va devoir s’affirmer au lieu de toujours parler de son frère, Tristan, qui n’a pas voulu du duché, pendant que son époux, le duc Alexandre, sera traqué par Thierry le Dégénéré et de l’autre, notre Tristan qui se trouve au royaume du Danemark où, une fois de plus, il y a quelque chose de pourri.

En changeant de dessinateur, il y avait un risque de ne pas retrouver les traits habituels de Tristan… C’est un fait, il a un peu changé, son visage est plus large, ses joues plus rebondies. Il a pris de l’âge, on le voit.

Les dessins des paysages, des personnages, des décors, sont toujours très bien exécutés, d’une grande finesse et les couleurs parfaitement ajustées aux différentes situations. Ni trop faiblardes, ni trop criardes. Parfaites, donc.

Les péripéties de nos différents personnages d’ajustent parfaitement, on suis les deux récits en alternance, peu de temps morts, de l’action et toujours des décisions à prendre sans se tromper pour les personnages.

Anybref, on repart sur de bonnes bases, sur un scénario sain, sur des possibilités de continuer à développer la série, sans pour autant atteindre la puissance des trois premiers tomes.

Vu pas où la saga est passée, c’est un très bon album de reprise qui se termine sur un cliffhanger et je ne tarderai pas à lire la suite, maintenant que je sais que je peux y revenir sans craintes.

Faut juste espérer que la suite de la saga continue sur la voie de ce tome 7 et ne reprenne jamais la route qu’emprunta le tome 6.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°69 – SEX].

 

Les Dernières heures : Minette Walters [LC avec Bianca]

Titre : Les Dernières heures

Auteur : Minette Walters
Édition : Pocket (28/04/2021) – 752 pages
Édition Originale : The Last Hours (2017)
Traduction : Odile Demange

Résumé :
Mois de juin de l’an 1348 : une épidémie monstrueuse s’abat sur le Dorset et décime peu à peu les habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d’atroces souffrances.

Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l’audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Bientôt, les stocks de vivres s’amenuisent et des tensions montent car l’isolement s’éternise. Les villageois craignent pour leur sécurité lorsqu’un événement terrible menace le fragile équilibre.

Les gens de Develish sont en vie, mais pour combien de temps encore ? Et que decouvriront-ils quand le temps sera venu pour eux de passer les douves ?

Critique :
♫ Confinés ♪ On était tout le monde confiné ♪ À voir nos existences s’arrêter ♪  À s’emmerder en se demandant pourquoi ♪ La peste est là ♪

♫ Confinés ♪ Inutile de fuir ou de lutter ♪ C’est écrit dans notre destinée ♪ Vous ne pourrez pas y échapper ♫ C’est gravé… ♪

♪ L’avenir ♪ Malgré nous est totalement plombé ♪ Tous nos désirs de liberté inespérés ♪ Limités, terminés ♫ (*)

Angleterre, 1348… La peste vient de faire une entrée remarquée, exterminant des populations entières dans des petits villages, n’épargnant ni les riches, ni les serfs.

Les conditions d’hygiène de l’époque étaient déplorables, puisque l’on vidait les pots de chambre dans des ruisseaux, sur le seuil de sa maison, que l’on déféquait dans les champs ou que l’on se soulageait là où l’on se trouvait.

Pourtant, à Develish, on est un peu plus propre qu’ailleurs, un peu plus intelligent aussi, plus éveillés, tout ça grâce aux conseils éclairés de Lady Anne. C’est d’ailleurs d’elle que va émaner l’ordre de se retrancher sur le domaine et de n’y laisser entrer quiconque.

Ça vous dirait un p’tit confinement de derrière les fagots ? De voir comment ça se déroule, lorsqu’on ne peut sortir du domaine où l’on s’est retranché ? Et qu’en 1348, Netflix n’existait pas, l’Internet non plus, la télé encore moins, la littérature était pauvre et réservée à ceux qui savaient lire (ils sont peu nombreux), pas de tuto sur You Tube pour apprendre la zumba, la guitare sans peine ou le macramé.

En 1348, pas question de se tourner les pouces, il faut consolider les murs, creuser des latrines, surveiller les réserves de bouffe parce que le supermarché du coin n’a pas encore été inventé. Faudra aussi occuper ses serfs, une fois que le boulot sera terminé et qu’ils ne pourront, aux champs, retourner.

Je ne suis pas exempte de reproches envers ce roman historique, notamment en ce qui concerne les personnages, un peu trop tranchés à mon goût, limite des caricatures, sans aucune nuances ou alors, quand ils en ont, c’est à la grosse louche, comme Thaddeus, le bâtard qui a appris à lire, qui est intelligent, beau mec, calme, pondéré, qui ne possède pas son cerveau dans sa queue et qui, parfois, alors qu’il est paré de toutes les vertus, réagit de manière bizarre, alors qui si un autre avait fait de même, il l’aurait raillé.

Lady Anne est une sainte femme, on la canoniserait bien de son vivant : elle est intelligente, elle sait lire, est instruite, rusée, subtile, est aimée de ses serfs, leur a inculqué des idées de libertés, est à deux doigts d’inventer le socialisme (le vrai) avant l’heure, a donné des conseils sexuels aux femmes et n’hésite pas à remettre en question les dictats de l’Église.

Or nous sommes en 1348, ne l’oublions pas. L’Église a la puissance de croiseurs de combats. Les messages de lady Anne sont beaux, porteurs d’espoir, elle est humaine, réfléchie, ce qu’elle dit est vérité, mais on plonge à fond dans la caricature non réaliste vu l’époque. Elle pourrait le penser mais le dire… Oups.

A contrario, sa fille, Eleanore, est aussi bête que méchante (mais sans faire rire, comme le ferait un Joe Dalton), stupide, bornée, débile, mauvaise foi comme ce n’est pas possible de l’être (Fillon en jupons et en pire). Sans doute a t-elle trop regardé des Disney, car elle se prend pour une grande princesse, la chérie de son papounet d’amour (un débile, crétin, aviné, concupiscent, la totale) et refuse d’ouvrir les yeux quand son monde s’écroule.

On pourrait la comprendre, les certitudes et les illusions qui s’envolent, ça fait mal. Devoir ouvrir les yeux sur son avenir, qui part en couilles, demande du courage, s’inventer un monde imaginaire et accuser les autres de tous les maux peut aider à passer des caps difficiles.

Le problème est que rien ne vient atténuer son portrait et qu’elle s’enfoncera de plus en plus dans ses mensonges, dans sa réalité tronquée, alternée, dans sa haine, son mépris des autres, ses contradictions, à tel point qu’être aussi stupide n’est pas réaliste (un peroxydé blond a fait de même et c’était trèèèès lourd) car c’est le grand écart entre les deux personnages et là, trop is te veel (trop c’est trop).

On a juste envie de balancer la fille dans les douves et ensuite, après repêchage, de la foutre dans les latrines remplies et de déféquer dessus. Il y a des baffes qui se perdent, parfois.

Autant la mère est parée de toutes les vertus (un Christ au féminin) autant sa fille est parée de toutes les tares de la terre et de tous ses défauts (sauf qu’elle est bêêêlle et qu’elle le sait).

Le rythme du roman n’est pas trépidant non plus, il prend le temps de se mettre en place, sans pour autant en profiter pour éclairer le lecteur sur le côté historique (ou si peu). Nous sommes en 1348, il y a la peste, la guerre de Cent Ans, l’auteure aurait pu ancrer un peu plus son récit dans l’Histoire, nous apporter des détails, mais là, c’est assez pauvre.

Si on prenait la tension du récit, on serait dans la chute de tension totale. Votre palpitant ne risque pas grand-chose durant votre lecture.

Le récit n’offrira guère de péripéties aux lecteurs, hormis quand certains iront nous la jouer « En balade », bien que ça ressemble plus à une escapade du Club des Cinq, version enfants gâtés et pleurnichards (pendant une épidémie de peste, d’accord), qu’autre chose. Quelques moments plus intenses que d’autres, mais pas de quoi vous donner de la tachycardie. Le suspense était parti en vacances, sans aucun doute.

Puisque j’en suis à rhabiller le roman pour l’hiver, j’ajouterai qu’il manquait d’émotions, n’ayant pas réussi à me faire vibrer avec son histoire de confinement (qui se passe presque mieux que celui imposé par nos gouvernants), d’épidémie de peste, ni avec ses différents personnages trop parés de toutes les vertus, opposés à d’autres parés de tous les défauts du monde. Ils étaient trop lisses, sans aspérités, sans rien pour équilibrer les portraits.

Avec Ken Follet ou Kate Moss, ça passe, mais ici, ça coince un peu aux emmanchures.

Pourtant, malgré cette volée de bois vert que je viens de lancer sur ce roman (qui en plus possède une suite, argh !!!), je l’ai avalé en deux jours, sans sauter de pages (juste quelques lignes quand je me faisais chier).

Non pas par pur masochisme, n’exagérons pas, c’est juste que je voulais savoir comment tout cela allait se terminer (j’en suis pour mes frais, la suite au prochain épisode), si, à un moment donné, la peste de Eleanore allait ouvrir les yeux et arrêter de répandre ses bubons fielleux sur tout le monde. Et parce que, malgré ma critique sévère, je ne me suis pas trop emmerdée en lisant ce roman… Paradoxe, quand tu nous tiens.

Un roman historique qui aurait pu être un roman noir, mais qui a loupé le coche, qui aurait pu apporter un peu plus de détails sur la vie dans l’Angleterre de 1348 et qui est passé à côté de sa mission, où la Guerre de Cent Ans n’est nullement mentionnée, un roman où les personnages auraient pu être plus équilibrés, moins fades, moins caricaturés à l’extrême, mais qui a failli à ce principe là aussi.

Un roman mettant en scène la peste noire sans que cette dernière soir l’héroïne du récit, où le confinement de toute une population dans l’enceinte du château semble plus facile que ce que nous avons vécu en mars 2020 (avec nos technologies pour nous divertir)…

Sans oublier un manque flagrant de rythme, d’émotions, l’impossibilité pour le récit de vraiment prendre son envol afin d’emporter son lecteur. Le plat avait l’air super mais au final, il manquait de corps (oups) et l’équilibre des goûts n’était pas là. Dommage.

Bianca, ma copinaute de LC, a pensé la même chose que moi de cette lecture (voyez sa chronique). Nous sommes déçues de concert. La pauvre a mis plus de temps que moi à en venir à bout. Ma motivation était que, une fois celui-ci terminé, j’allais pouvoir retourner à mon « Gengis Khan – Tome 03 » qui lui était addictif à fond.

(*) Parodie de la chanson « Destinée » de Guy Marchand (merci à lui, encore une fois, car je lui emprunte souvent sa chanson).

Lu l’édition Pocket faisant 725 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°305], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°58], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Troie – 03 – La chute des rois : David Gemmell et Stella Gemmell

Titre : Troie – 03 – La chute des rois

Auteurs : David Gemmell et Stella Gemmell
Édition : Milady Fantasy (2016) – 637 pages
Édition Originale : Troy, book 3: Fall of Kings (2007)
Traduction : Rosalie Guillaume

Résumé :
Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon.

Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité,et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.

Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, détermine à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.

La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

Critique :
Ces derniers jours, j’ai vécu la guerre de Troie deux fois, chacune étant différente l’une de l’autre puisqu’elles revisitaient la légende et le texte d’Homère (d’alors).

Si avec les Chroniques de St Mary’s 03, j’ai passé plus de temps dans la ville de Troie avant la guerre, j’avais tout de même eu un bel aperçu de quelques batailles, du duel Achille/Hector et apprécié la relecture du coup du cheval de Troie.

Gemmel nous offrira plus de récits de batailles et d’escarmouches, puisque c’est sa spécialité dans ses romans : des combats épiques, au cœur de l’action, au plus près des hommes, respirant leur sueur, sans oublier quelques moments désespérés ou tout semble perdu avant que…

N’y allons pas par quatre chemins, Gemmel fait du Gemmel et, si vous avez lu nombreux de ses romans, vous aurez l’impression de retrouver des situations vues ailleurs, de croiser le même genre de personnages légendaires… Pourtant, si dans certains romans de l’auteur, cela m’a gêné, ici, ce ne fut pas le cas.

Ses personnages sont bien travaillés, ils ont de la profondeur, on s’attache à beaucoup d’entre eux, se demandant quel sort l’auteur va leur réserver, même si on connait certains destins légendaires et que l’on a aucun doute quant à leur mort prochaine.

On peut réécrire une légende, changer le mythe, l’adapter, apporter d’autres théories pour le Cheval de Troie (qui est tout aussi pertinente que celle dans les Chroniques de St Mary’s, même si différente), mais l’on ne peut changer le destin des héros trop profondément ou changer l’issue de la guerre, sinon, on va droit au fossé.

Rassurez-vous, Gemmel n’est pas un imbécile : il a gardé les grandes lignes initiales et a apporté son génie imaginatif pour changer certaines parties, les interpréter à sa sauce, y apporter son grain de sel, son souffle épique (dommage qu’il fut son derner souffle).

L’histoire originale à beau être dans notre mémoire, malgré tout, on ne peut s’empêcher d’espérer que les personnages que l’on apprécie, tels les guerriers Banoclès et Calliadès, Hélicon le Bienheureux (Énée), Andromaque, Xander l’infirmier, Ulysse le conteur ou Hector le guerrier de survivre à cette guerre débile, provoquée sur un motif vieux comme le monde : l’envie de s’approprier les richesses des autres.

Les méchants resteront foncièrement méchants jusqu’au bout, tel Agamemnon, cruel, arrogant, sans cervelle parfois, buté jusqu’au bout, ne voulant pas croire ceux qui lui disaient que le trésor de Priam serait vide puisqu’il a dû le dépenser pour défendre sa ville, acheter des mercenaires, des armes…

Si cette dichotomie est présente pour les grands méchants, elle n’a pas lieu pour les autres personnages qui, bien qu’on les considère comme des amis, n’en sont pas moins des tueurs, des assassins, des pilleurs, comme les autres. Et pourtant, on les aime. Paradoxe, quand tu nous tiens.

Dans ce récit, ne chercher pas l’élément fantastique, il ne s’y trouve pas. Vous ne croiserez pas la route d’un Dieu de l’Olympe, ni même celle d’un demi-dieu tel le Minotaure. Les gens y croient, le moindre phénomène naturel, pour eux, provient des dieux, mais nous, lecteurs, ne nous y tromperons pas et nous ne verront qu’une éruption volcanique, un tsunami, une tempête…

La construction du récit est bien pensée, les moments plus calmes alternent avec des batailles. On vivra l’attente, l’angoisse, la douleur, le stress avant de partir au combat, l’exaltation de la victoire et les émotions seront au rendez-vous, sans pour autant que cela vire à la guimauve à deux balles.

Tous les personnages sont engagés dans une tragédie et hormis le salopard d’Agamemnon que l’on détestera d’emblée, il sera fort difficile de choisir son camp car bien des personnages appréciés se trouveront face à face et pas dans le même camp.

Mon voyage à Troie est terminé et j’ai quitté les murs de cette cité mythique, en ruine, avec le coeur lourd car j’aurais souhaité poursuivre cette aventure avec ces personnages qui m’avaient emportés dans leur quête.

Une saga épique qui monte en puissance au fil des tomes et qui emporte les lecteurs sur son passage, tel un tsunami rempli d’émotions, d’aventures, d’action, de bravoure, de combats, de drames, de tragédies, d’amour, de légende et d’hommes valeureux.

Lu l’édition Milady Fantasy faisant 637 pages (pavé de l’été 2021).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°302], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°55], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.