Une colonne de feu : Ken Follett [LC Bianca]

Titre : Une colonne de feu

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (14/09/2017)

Résumé :
En 1558, les pierres patinées de la cathédrale de Kingsbridge dominent une ville déchirée par la haine religieuse. En Angleterre, Elisabeth Tudor devient reine et le pouvoir passe de manière précaire des mains des catholiques à celles des protestants.

Toute l’Europe se dresse contre elle. La jeune souveraine, habile et déterminée, crée les premiers services secrets du pays, afin d’être avertie à temps des complots qui se trament contre sa vie, des projets de rébellion et des plans d’invasion.

À Paris, Marie reine d’Écosse, proclamée souveraine légitime de l’Angleterre, attend son heure. Jeune femme séduisante et obstinée appartenant à une famille française d’une ambition sans scrupule, elle possède de nombreux partisans qui intriguent pour se débarrasser d’Elisabeth.

Ned Willard n’a qu’un désir : épouser Margery Fitzgerald. Mais lorsque les amoureux se retrouvent de part et d’autre de la fracture religieuse qui divise le pays, Ned se place au service de la princesse Elisabeth. En ce demi-siècle tourmenté où l’extrémisme attise la violence d’Edimbourg à Genève en passant par Paris, l’amour entre Ned et Margery paraît condamné.

Ned traque l’énigmatique et insaisissable Jean Langlais, espion français à la solde des catholiques, ignorant que sous ce faux nom, se dissimule un ancien camarade de classe qui ne le connaît que trop bien.

Elisabeth s’accroche désespérément à son trône et à ses principes, protégée par son petit cercle dévoué d’espions ingénieux et d’agents secrets courageux.

Critique :
« Les piliers de la terre » m’avaient tellement enchanté que je n’avais jamais osé lire la suite (Un monde sans fin), car elle ne se déroulait plus avec les mêmes personnages.

Sans la proposition de Bianca pour une LC, j’aurais zappé cette 3ème partie aussi, ce qui aurait été dommageable tant elle était aussi bonne que le premier tome.

Attention, c’est un sacré pavé ! Ne le laissez pas tomber sur votre pied, vous le casseriez.

Une fois de plus, Ken Follet nous emmène dans sa ville fictive de Kingsbridge en 1558, deux siècles après le premier tome et, aux travers de ses 928 pages, il nous conduira jusqu’à la conspiration des poudres en 1605, pour terminer son récit en 1620.

Durant tout ce périple, nous suivrons des personnages sympathiques, des enfoirés de salopards de première, des monarques, des hommes de pouvoirs, des religieux, des peureux, des courageux, des veules, des magouilleurs, des flagorneurs, des menteurs, des assoiffés de pouvoir,…

Une sacré palette, je vous l’avoue, mais impossible de confondre deux personnages ensemble tant ils sont différents physiquement et mentalement.

Dans leurs pensées, leurs paroles, leurs actes, j’ai trouvé que tout ce petit monde était bien en adéquation avec cette époque, entre les timorés qui craignent de pécher et d’irriter Dieu, ceux qui sont heureux que le curé de la paroisse ou l’Église les ait absous de leurs crimes passés et futurs, tout le monde était d’une justesse qui ferait sourire à notre époque, si nous croisions de telles personnes avec de telles pensées.

Oups, j’oubliais, on en a toujours dans nos sociétés… Tout aussi fous et fanatiques, hélas. Dieu, comme les religions, sont toujours de bons prétextes : quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Avec l’idéalisme des très jeunes, elle affirma préférer mourir plutôt que trahir son Dieu.

Les puritains pouvaient désormais accuser allègrement les catholiques de compromettre la sécurité nationale. L’intolérance s’était trouvé un prétexte.

— Je pourrais être pendu pour cela.
— Vous n’entreriez que plus promptement au paradis.

Impossible de s’embêter, et même pour celui qui n’aime pas trop l’Histoire car Follet a un talent fou pour nous immerger dedans sans nous dégoutter, sans que l’on voit le temps passer, avalant les guerres de religions entre catholiques et protestants,  se passionnant pour les guerres de trônes (même sans les Stark, les Lanister ou les Targaryen), suivant avec passion la diffusion dangereuse des bibles en langue anglaise (seul le latin était admis), tremblant pour les personnages les plus emblématiques, les plus empathiques, croisant les doigts que les salopards s’étouffent en mangeant.

Aux yeux de l’Église, la Bible était le plus dangereux de tous les livres interdits – surtout traduite en français ou en anglais, avec des notes marginales expliquant comment certains passages prouvaient la justesse de la doctrine protestante. Le clergé catholique prétendait que le commun des mortels était incapable d’interpréter correctement la parole de Dieu et avait besoin d’être guidé. Pour les protestants, la Bible ouvrait les yeux des fidèles sur les erreurs du clergé catholique. Les deux camps considéraient la lecture de la Bible comme la question centrale du conflit religieux qui avait déchiré l’Europe.

Les guerres de religions ne datent pas de maintenant, chacun aimant souligner que son culte est meilleur que celui de l’autre, qu’il vénère Dieu mieux que l’autre, qu’il respecte mieux les règles que son voisin,…

— Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenter de se passer d’idoles dans leurs propres lieux de culte ? Qu’ils laissent donc Dieu juger ceux qui ne sont pas de leur avis.

Les textes religieux ont de belles choses en eux, des plus dures aussi, les religions devraient nous élever et à la place, elles ne sont jamais que le prétexte pour certains d’obtenir plus de pouvoir, plus d’argent, plus de place au paradis, oubliant qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’accéder au royaume des cieux.

La plupart des Français ne demandaient qu’à vivre en paix avec leurs voisins, quelle que fût leur confession, mais toutes les tentatives de réconciliation étaient sabotées par des hommes comme les frères de Guise, pour qui la religion n’était qu’un moyen d’accéder au pouvoir et à la fortune.

L’auteur ne prend jamais position pour l’une ou l’autre faction, les catholiques ont leurs défauts, les protestants aussi, chacun reprochant à l’autre ses propres péchés, ses propres exactions, reproduisant les crimes des autres, le tout débouchant sur un bain de sang lors de la Saint-Barthelemy.

La ville abreuvée de haine avait été au bord de l’explosion, attendant que quelqu’un allume la mèche. Pierre était celui qui avait frotté l’allumette. Avant l’aube du dimanche, jour de la Saint-Barthélemy, les rues de Paris étaient jonchées des corps de centaines de huguenots morts ou mourants.

Trois mille personnes avaient été tuées dans Paris et plusieurs milliers d’autres avaient trouvé la mort dans des massacres perpétrés dans d’autres villes.

Ken Follet reste neutre, même si aux travers de ses personnages, il nous livrera quelques petites réflexions très juste.

Sylvie cita un passage de l’Évangile selon saint Jean : « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière car leurs œuvres étaient mauvaises. »

Si tous ceux qui rencontraient des prêtres pusillanimes rejetaient Dieu, il n’y aurait plus beaucoup de chrétiens.

— Ah ! Je comprends. Ce n’est pas ma foi protestante qui te tracasse, c’est ma modération. Tu ne veux pas que tes fils sachent qu’on peut parler de religion posément et avoir des avis différents sans chercher à s’entretuer.

Pour le reste, il nous donne les faits, à vous de prendre position si vous le désirez, ou pas, parce qu’entre nous, les torts sont partagés et je n’ai pas croisé un dirigeant pour en relever un autre. Même si certaines dirigeantes furent plus tolérantes que d’autres.

— Quel est l’intérêt d’une loi que l’on n’applique pas ?
— De satisfaire tout le monde. Les protestants sont contents parce que la messe est illégale. Les catholiques le sont parce qu’ils peuvent tout de même aller à la messe. Et la reine est contente parce que ses sujets peuvent vaquer à leurs affaires sans s’entretuer pour des motifs religieux. Je te conseille vivement de ne pas aller te plaindre auprès d’elle.

— Ce ne sont pas des saintes. Il faut que tu comprennes une chose, Roger. Il n’y a pas de saints en politique. Mais des êtres imparfaits peuvent tout de même changer le monde et le rendre meilleur.

Un style d’écriture qui passe tout seul, pas ostentatoire, pas pédant, simple mais pas simpliste, une fresque magistrale, un voyage dans le temps exceptionnel, des personnages attachants (ou à tuer), travaillés, qui vous donneront une autre vision de l’histoire, qu’elle soit avec un H majuscule ou pas.

Parce que le passé éclaire souvent le présent, qu’il pourrait éviter de reproduire les mêmes erreurs d’antan, et que le fait de lire ce roman fera que vous vous coucherez moins bête (mais vous vous coucherez quand même).

Et puis, pourquoi se priver du plaisir de lire une grande fresque Historique aussi bien contée ? D’ailleurs, je vais me faire le tome deux, maintenant que je suis rassurée sur le fait que Ken Follet peut encore me faire vibrer avec d’autres personnages.

Mais pas tout de suite, ceux-ci sont encore trop présent dans mon cœur.

Allez, juste pour le plaisir, voici l’ancêtre du mojito que j’ai croisé dans les pages…

Elle versa un pouce de rhum dans chaque verre, mélangea une cuillerée de sucre, puis ajouta le jus de citron vert jusqu’à ras bord. Barney prit une gorgée. Jamais il n’avait goûté de boisson aussi délicieuse.
« Ma foi, convint-il. Vous avez raison. C’est la meilleure façon de le boire ».

Et, pour les coquin(e)s, une autre citation, qui, comme le disait si bien Magritte « Ceci n’est pas une pipe ».

S’agenouillant près de lui, elle défit le devant de son haut-de-chausses pour libérer son membre pâle et légèrement incurvé, se dressant dans une toison de boucles acajou. Elle le caressa amoureusement et se pencha pour l’embrasser, arrachant à Ned un soupir de plaisir. Une petite goutte de sperme apparut au bout de son gland, et elle ne put résister à l’envie de la recueillir du bout de la langue.

Lien vers la chronique de Bianca, ma collègue de lecture pour ce pavé monumental.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N° 36 – Historique).

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L’Ami retrouvé : Fred Uhlman

Titre : L’Ami retrouvé

Auteur : Fred Uhlman
Édition : Gallimard (1983)
Date de publication originale :  Reunion (1971)

Résumé :
Âgé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart.

Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence.

C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart.

Critique :
J’ai longuement hésité à le lire, me souvenant, avec effroi, du traumatisme que le livre « Mon ami Frédéric » avait causé en moi (j’étais très jeune et n’avais pas encore bien capté la noirceur de l’Humain).

C’est donc avec appréhension que j’ai ouvert cette longue nouvelle, ou ce court roman, au choix, puisque l’on se situe à cheval entre les deux genres.

Je suis ressortie de ma lecture avec les émotions moins chamboulées que je ne m’y attendais car le roman se concentre plus sur l’amitié qui est née entre Hans Schwarz (16 ans), le narrateur, fils d’un médecin juif, et Conrad von Hohenfels, un jeune aristocrate (même âge).

Nous sommes à Stuttgart, en 1932 et je ne dois pas vous rappeler qu’en ce temps là, il y avait la montée en puissance du régime nazi, mené par un moustachu qui aurait mieux fait de s’étrangler durant son enfance ou durant sa gestation…

On sent monter la peste brune, on pourrait presque entendre le bruit des bottes à clous, on entend certains discours, des slogans, des aboiements que l’on connait, mais cela reste assez ténu, c’est vraiment en arrière-plan.

Ce qui est mis en avant, c’est cette amitié improbable entre le fils d’un médecin juif et un fils issu de la haute bourgeoisie. Une amitié hors norme, impensable, contre-nature, diraient certaines mauvaises langues.

Alors oui, le livre n’est guère épais, mais il est puissant de par ce qu’il évoque, de par ce qu’il sous-entend avec peu de mots, peu de phrases, ses références à une partie sombre de l’Histoire humaine.

Les personnages sont attachants, autant Hans qui a de grands idéaux sur l’amitié, et Conrad, qui traine toute une kyrielle d’ancêtres célèbres et qui se fait traiter avec un infini respect par les autres, impressionnés qu’ils sont par son pedigree royal (canin ?).

Le pire, ou le plus touchant, c’est le père de Hans qui pense que ses compatriotes vont se réveiller et comprendre que le nazisme est une grosse pustule qu’il faut écraser et que d’ici peu de temps, la patrie de Goethe et consorts va virer cette foutaise qu’est Hitler et son nazisme.

Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ?

Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe.

Un roman fort, mais avec moins d’émotions que dans « Mon ami Frédéric » qui nous expliquait les pogroms, tandis qu’ici, tout est en arrière-plan, on s’en doute parce qu’on connait ce qu’il s’est passé.

Et puis, à la dernière ligne, on se prend un V2 dans la gueule, une rafale de mitraillette dans le plexus, on chancelle, on reprend son souffle et là, bizarrement, les yeux se mouillent.

Un roman qui se dévore en peu de temps, mais qui marque l’esprit, même s’il se ne sera pas au fer rouge sur ma peau en plus (ça, c’est réservé aux romans traumatisants qui finissent au freezer).

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (auteur anglais)  et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°5 – Un scandale en Bohême).

Underground railroad : Colson Whitehead

Titre : Underground railroad

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (23/08/2017)

Résumé :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition.

Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Critique :
Quel roman, mes aïeux ! Le genre de lecture dont on ne sort pas tout à fait indemne, même si l’auteur a évité de sombrer dans le gore ou le larmoyant.

Il me faudra un certain temps pour le digérer, l’assimiler, mais impossible de l’oublier, il fera partie de ces livres coups de poing dans le plexus dont, quoi qu’il arrive, laissent une trace dans notre esprit.

Dressant une grande fresque au travers de quelques portraits, l’auteur nous mélange la fiction et la réalité : non, le chemin de fer souterrain n’existe pas, mais l’Underground Railroad, qui a réellement existé, était tout simplement les chemins empruntés par les esclaves en fuite pour arriver dans des états plus cléments ou abolitionnistes.

L’auteur ne nous entrainera pas dans les belles maisons à colonnades, ni dans les bals pour les gens riches avec de belles dames enrubannées, mais dans la misère des cabanons des esclaves de cette plantation où le mot « syndicat » et « repos dominical » sont des horribles gros mots prohibés.

Ils n’existent même pas dans le vocabulaire de ces pauvres êtres et encore moins dans l’esprit de leurs propriétaires. Ben oui, les Hommes Blancs tout puissant qui ont volé la terre des autres sont aussi propriétaires à part entière de ces gens qui furent volés sur leur continent où nés de parents esclaves.

J’ai aimé le fait que l’auteur ne nous dresse pas un portrait manichéen de l’esclavage où les opprimés seraient tous des gens biens, sympas, s’entraidant et ne souffrant pas des horribles mêmes travers que leurs propriétaires Blancs.

Hélas, certains Humains se comporteront comme des salopards, quelque soit le côté où ils se trouvent, et c’est ainsi que certains personnages du roman sont de véritables enfoirés, tels leurs maîtres Blancs et n’hésitent pas à traiter leurs semblables comme de la merde, et même moins que de la merde, car la merde, on ne la fouette pas à sang.

Les États-Unis ne sortent pas grandis de ce roman, une fois de plus, et l’Humain non plus, même si, heureusement, parmi ce monde de salopards, il existe encore quelques bonnes âmes, même si c’est parfois à leur corps défendant, mais je peux les comprendre lorsque je découvre le comportement des autres habitants.

Moi aussi j’aurais eu les foies, les chocottes et je ne sais pas si j’aurais eu le courage de risquer ma vie pour un autre, surtout en voyant le sort réserve à ceux que l’on nomme des traitres puisque acquis à la cause des esclaves.

L’écriture est plaisante à lire, elle se dévore, quant aux personnages, nous en croiserons des forts plaisants (Cora, Caesar,…) et des véritables enfoirés de première (et je reste polie), le tout formant un équilibre réaliste entre des gens simples qui ne veulent que vivre tranquilles et d’autres qui se repaissent de la fuite des Noirs car c’est un marché juteux la chasse à l’esclaves.

Demandez à Ridgeway, il vous le confirmera, lui qui a fait de la chasse aux Noirs un business florissant.

Un roman fort, qui nous parle d’une part sombre des États-Unis qui nous est connue, mais pas toujours dans le détail, comme avec ces chemins et ces gens qui aidaient les esclaves en fuite à arriver dans des états abolitionnistes.

Un roman qui explore une partie moins connue de la fuite des esclaves et qui nous offre une belle métaphore avec ce chemin de fer souterrain, tout en nous dressant un portrait pas toujours brillant des états sois-disant plus cool avec la condition des Noirs car il ne suffit pas de battre à mort une personne ou de lui mettre des fers pour la priver de son libre arbitre.

Un grand roman qui fait froid dans le dos car ce n’est pas si loin que ça dans l’Histoire et qui fait encore plus froid dans les os lorsque l’on voit émerger les suprémacistes Blancs qui reviennent à leurs premiers amours : le tabassage de l’autre qu’ils considèrent comme inférieur à eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine (46ème et dernière fiche).

Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1981)

Résumé :
Blutch et Chesterfield tentent d’échapper à une patrouille Nordiste. Leur but est d’atteindre la fontière Mexicaine où ils seront alors à l’abris. Mais de l’autre coté, chez les Mexicains, deux bandes rivales de bandits sèment la terreur.

Tentant de fuir à nouveau, ils trouvent sur leur chemin le cadavre d’un prêtre et de son serviteur. Afin de se fondre dans la population et de quitter leur uniforme qui mettaient leur vie en péril, il décident d’échanger leur vêtement avec ceux des deux victimes.

Chesterfield, qui possède la même corpulence que le pauvre prêtre, sera El Padre.

Critique :
Cette aventure en terre inconnue ne commence pas par un plan large d’une bataille, mais par nos deux amis poursuivis par un patrouille de Sudistes qui gagne du terrain.

Heureusement, face à eux il y a le Rio Grande qu’ils vont s’empresser de traverser puisque le scénariste a été assez sympa pour leur mettre un gué à disposition.

Les voici donc en terre mexicaine, ce qui n’est pas plus sécurisant que les Sudistes, et en plus, ces enfoirés montent la garde pour ne pas que notre duo retraverse.

Que fallait-il donc faire ? Traverser le Rio Grande ou pousser la chansonnette comme Eddy Mitchell ? Le traverser, pardi, et tâcher de ne pas se faire prendre par les mexicains basanés version guérilleros, les peones étant moins dangereux.

Une fois de plus, le sergent va faire preuve d’inventivité, de ruse et ça ne fonctionnera pas, car ils vont jouer de malchance avec les gris devant eux, un chef indien cruel à leur poursuite et une bande de mexicains mené par un gros type pas commode du tout.

Ce que j’adore dans cet album, c’est que nos deux amis, pour tenter de s’enfuir de cette terre hostile et échapper à Jacomino, le rebelle indien, vont se se vêtir des habits des deux morts trouvés sur leur route : un prêtre et son aidant et notre sergent au caractère bien trempé va devenir El Padre pour les peones du coin, sous la coupe du tyran au sombrero.

Comment s’en sortir coincés qu’ils sont entre ces deux bandes rivales qui ne s’entendent que pour pilier les convois d’armes ?

Les répliques volent bas, Chesterfield a tout d’un Don Camillo énervé et n’hésitera pas à dire à voix haute ce que d’autres auraient peur de penser à voie basse.

C’est un album que j’ai pris plaisir à relire, ayant oublié toute une partie, notamment celle de l’otage, et ma relecture fut une fois de plus placée sous le signe du rire et des sourires devant la mauvaise humeur du sergent et l’hilarité compréhensible de Blutch.

Des situations cocasses, des engueulades, des répliques qui volent dans les gencives, un sergent toujours aussi soupe au lait et un final qui, une fois de plus, ne sera pour récompenser nos deux hommes.

Un de mes préférés à cause de l’humour présent, du scénario drôle et bien pensé, et pour le fait aussi qu’on s’éloigne de la guerre, ce qui n’est pas plus mal, même si nous sommes dans une bédé humoristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus : Raoul Cauvin & Louis Salvérius

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Louis Salvérius

Édition : Dupuis (1973)

Résumé :
Le sergent Chesterfield, le caporal Blutch, Tripps et Bryan sont réaffectés de Fort Bow à un campement nordiste à proximité du Texas. Toutefois, Tripps et Bryan se sont mystérieusement faits porter pâle, ce qui laisse pour la première fois nos personnages évoluer en binôme.

Au campement, le général, un vieil homme à la longue barbe blanche, a eu une idée pour combattre les Sudistes, mais trouve peu de volontaires.

Cette idée est un raid de l’autre côté des lignes ennemies, afin de détruire toute infrastructure pouvant soutenir l’effort de guerre des Confédérés : plantations agricoles, voies de chemin de fer, etc.

Ne trouvant aucun volontaire, le général propose une prime de 1.500 $ pour quiconque s’engagera à accomplir cette dangereuse mission.

Critique :
Le petit Gibus nous aurait gratifié d’un  « Ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu » et le sergent Chesterfield aurait pu nous dire « Moi et ma naïveté, j’aurais mieux fait d’écouter le caporal Blutch ».

Mais comme toujours, le sergent fait une fois de plus preuve d’imbécilité naïve et puisqu’un général l’a flatté et que notre sergent à le respect de la hiérarchie dans le sang, il a dit oui à cette mission suicide consistant à d’infiltrer dans les lignes ennemies pour y faire le plus de dégâts possible.

Au début des Tuniques Bleues, la groupe était 4 : le sergent Chesterfield, le caporal Blutch et les soldats Tripps et Bryan.

Les auteurs, voyant que que des quatre hommes, deux en émergeait, ils en ont profité pour les faire évoluer en binôme et cette aventure est la première à mettre en avant ce qui deviendra un duo aussi célèbre que Laurel et Hardy.

Les dessins de Salvérius avaient perdus de leurs rondeurs dès le tome 2 « Du Nord au Sud » et maintenant, j’apprécie plus le trait que dans ses débuts.

Nos deux nordistes se retrouvent donc en mission d’infiltration dans les lignes ennemies avec le but louable d’y faire le plus de dégâts possible, le tout aidé et guidé par deux mexicains dont un est assez susceptible et a tendance à vous envoyer son couteau pour un mot de travers.

En parlant de mot de travers, dans cet album, le caporal Blutch ne se privera pas de dire à son sergent tout le bien qu’il pense de lui, avec des commentaires acerbes, ce qui lui vaudra un nombre incalculable de coups de poing dans la figure !

Ce qu’il y a de bien avec notre duo, c’est que si Blutch est un lâche qui ne pense qu’à déserter ou fuir le danger, il n’hésitera pas à tout faire pour sauver Chesterfield tombé aux mains des sudistes, même si cela lui voudra une engueulade pour remerciement.

Quant au sergent grassouillet, même s’il claque les talons devant tout gradé, il sait aussi faire preuve d’ingéniosité devant l’ennemi et si ce n’était la malchance qui le poursuit comme une ombre, ses brillantes idées réussiraient.

Mais comme souvent dans leurs aventures, cela se termine mal pour eux, ils ne sont jamais récompensés de leur bonne action et sont toujours aussi naïfs, surtout le sergent…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 4 – Outlaw : Raoul Cauvin & Louis Salvérius

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 4 – Outlaw

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Louis Salvérius

Édition : Dupuis (1973)

Résumé :

Critique :
Le premier dessinateur des Tuniques Bleues fut Louis Salvérius qui mourut en 1972, laissant le sergent Chesterfield et le caporal Blutch orphelins de dessinateur après 4 aventures complètes publiées en album et 2 anthologies reprenant ses premiers dessins, ses premiers gags, les premières apparitions de Chesterfield et Blutch (que je n’aime pas car je les trouve trop gros nez, trop ronds).

Dans les aventures complètes, le trait de son dessin est plus agréable à suivre, il s’est affiné, est devenu plus réaliste, moins grotesque et je prends toujours plaisir à relire ces bédés.

Dans les premiers albums, il y avait un scénario riche, de l’humour, des dialogues croustillants et pas cette impression de stagner durant 46 pages (on ne sent pas trop que je n’ai pas apprécié les derniers albums ??), sans oublier la première case qui s’ouvre sur une scène de bataille ou d’action.

Ensuite, il arrive toujours des bricoles à nos deux hommes, à tel point qu’on se dit qu’une telle poisse, ça ne peut pas exister, qu’un jour, il devrait leur arriver un truc chouette qui ne tourne pas en couille dans le pâté…

— Vous alors ! Il faudrait une caisse d’explosif pour effriter votre moral !
— Quant au votre, n’en parlons pas ! Si vous en avez une particule, elle doit être restée au fond de vos bottes !

Mais ce ne serait pas drôle ! Comme le final, il doit toujours être à la hauteur de ces deux branquignoles dont l’un est obtus, borné, aimant l’armée et le pouvoir de ses galons et l’autre qui ne pense qu’à déserter.

Dans cette aventure, les militaires bornés et stupides en prennent plein leur grade car ils sont toujours juché sur des chevaux frais, ne chargent pas l’ennemi et se contentent de hurler sur les soldats, épuisés, laminés, blessés, sans armes et avec des chevaux fourbus de fatigue.

— Que la troupe se mette en position ! Faites donner la cavalerie !
— C’est qu’ils sont à court de munitions mon général ! Je vais donner l’ordre de leur en faire distribuer.
— Pas le temps, qu’ils se servent de leur sabre, nom de nom !
— Hélas, les trois quarts d’entre eux l’ont perdu dans les combats !
— Alors qu’ils chargent à mains nues ! 

—  Pensez donc, Docteur ! Aller dire tout haut à un général ce que tout le monde pense tout bas ! Faut plus avoir toute sa raison !

Cette aventure va envoyer nos deux compères en enquête pour le compte du général Küstler car les armées sudistes comme nordistes sont la proie des pillards indiens et mexicains et, vous comprenez, ça les dérange dans leur petite guerre entre gens civilisés. Quand je vous disait que les gradés en prenaient plein la gueule…

— Monsieur, que nous nous battions entre nous, c’est normal et de bonne guerre. Nous sommes des gens civilisés que diable ! Mais que vous mêliez à nos querelles des sauvages et des hors-la-loi, et ce pour nous mener la vie dure après chaque combat, voilà qui est lâche et indigne de vous, général Küstler !

Beaucoup d’humour, de répliques drôles, d’aventures, d’action dans cet album où Blutch et Chesterfield auront fort à faire pour trouver qui organise les pillages après batailles et où ces damnés mexicains vont se réfugier une fois leur forfait accompli.

Le tout sur fond de saloperies faites aux indiens par les bandits qui n’hésitent devant rien pour gagner plus tout en éliminant les autres.

— Nos armées sont fières de vous compter dans leurs rangs ! Grâce à vous, elles pourront lutter l’une contre l’autre sans plus être continuellement dérangées par ces hors-la-loi, honte de notre civilisation et plaie de notre pays. Au nom du général Lee … Merci …
—  Au nom du général Küstler … Merci… 

Assurément une chouette aventure de nos deux gaillards qui, pour une fois, se terminent bien, autrement dit, leur dernière charge dans l’album n’est pas humiliante pour eux et Blutch tient sa petite vengeance.

 Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 18 – Blue Retro : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 18 – Blue Retro

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (01/04/1981)

Résumé :
L’album est un flash-back qui raconte comment Blutch et Chesterfield sont entrés dans l’armée de l’Union.

Critique :
Pour tout ceux qui, comme moi, ont lu les Tuniques Bleues dans l’ordre (ou dans un semi-ordre), la première case de ce 18ème album avait de quoi surprendre : le sergent Cornelius Chesterfield dormant dans un véritable lit, son pouce en bouche, avant que sa maman ne vienne le réveiller.

De toute façon, la couverture était des plus explicites : nous allions enfin savoir comme le gros sergent avait croisé la route du maigre caporal et comment ces deux êtres que tout opposait allaient devenir amis.

Si dans les aventures habituelles ces deux là sont aux antipodes l’un de l’autre, on voit qu’il en a toujours été ainsi : le futur sergent, homme adulte, vit encore chez môman et papa et travaille comme garçon boucher chez Mr Graham, tandis que Blutch s’est déjà pris en charge et possède son propre bar.

De leur rencontre aurait pu naître une belle amitié si un jour, alors que Cornelius – fils à sa maman qui n’a qu’un rêve, qu’il épouse Charlotte Graham, la fille de son patron, afin d’hériter de la boucherie – allait demander ladite quenotte à Charlotte (contre son gré), n’avait eu la mauvaise idée d’aller boire un ch’tit canon chez le Blutch.

Les albums des Tuniques Bleues sont souvent satyriques envers l’armée, mais ici, il l’est encore plus en mettant en scène des militaires qui sont obligés, pour recruter de la chair fraiche, de pousser deux hommes à boire plus que de raison et de leur faire signer, traitreusement, leur papier d’engagement.

On a tellement besoin de chair à canon que les nouvelles recrues sont envoyées au front après une formation plus que sommaire : savoir mettre la baïonnette au fusil et puis charger après. Et tant pis s’ils vont au casse-pipe.

L’incurie des généraux est aussi mise en scène de manière tragico magnifique avec deux officiers de l’armée de l’Union qui se canardent depuis des jours sans savoir qu’ils se bombardent entre eux et que les soldats sont tués par leur propres frères d’armes.

Ça ne fera rire que les officiers, qui demanderont le silence, bien entendu.

Malgré le climat de la guerre de sécession, l’album est drôle, rempli de petits gags, de dialogues savoureux, de répliques acides, et explique la naissance du duo Chersterfield-Blutch ainsi que leur engagement dans l’armée, entre un qui ne désirait que ça (Chesterfield) et qui la vomit depuis toujours (Blutch).

À classer dans les tout bons de cette collection.

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Au revoir là-haut : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (21/08/2013)

Résumé :
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Critique :
Gavrilo Princip avait-il la moindre idée en assassinant François-Ferdinand de Habsbourg-Este de ce que son geste allait déclencher dans l’Europe et dans le Monde ?

Si oui, il mériterait qu’on le ressuscite afin de lui faire subir tous les outrages connus et imaginables, car son coup de feu à mis le feu aux poudres, poussant des pays à se faire la guerre, même si on se doute qu’ils n’attendaient tous que ça : le truc qui allaient leur permettre de se rentrer tous dedans.

Mais qui pâtit le plus d’un conflit ? Les soldats, qui ont plus à craindre de leur hiérarchie que de l’ennemi, tapis dans des tranchées insalubres ainsi que les civils qui perdent tous un père, un frère, un fils…

Par contre, pour les crapules, les arrivistes, les magouilleurs, un conflit, c’est du pain béni pour faire du commerce en stoemelings (en noir) et s’en foutre plein les fouilles pendant que d’autres chient dans leur froc de peur car on leur demande d’aller au casse-pipe pour récupérer 2 mètres de terrain.

Mais une fois la guerre terminée, peut-on encore profiter d’un bon plan pour se remplir les poches puisqu’on étaient dans les tranchées et que tout ce qu’on a gagné, ces des trous partout, des blessures violentes ou un traumatisme à vie ? Ou des galons non mérités…

Nous donnant à suivre Henry d’Aulnay-Pradelle, salaud flamboyant, digne des meilleurs fils de pute de la littérature.

Disons le de suite, le surnom qui irait comme un gant à d’Aulnay-Pradelle c’est « sale enculé » et n »y voyez pas dans son cas une passion pour la sodomie, juste un triste constat : c’est un enculé !

Possédant du cran (ce n’est pas un Joffrey Barathéon), du sadisme (mais pas au point d’un Ramsey Snow-Bolton), il a tout d’un Euron Greyjoy, surtout vu son comportement à quelques jours de l’armistice, afin de motiver ses troupes à attaquer la cote 113 et d’y gagner son grade de capitaine.

Face à lui, un couillon de soldat, le pauvre Albert Maillard, doté d’une conscience, lui, mais de peu de courage, toujours à réfléchir, à ne pas oser, à ne pas prendre de décision, castré aussi par une mère qui lui répète sans cesse qu’il est un pleurnichard, pire qu’une fille.

Il va souffrir encore après la guerre, notre Albert, comme s’il n’avait pas déjà assez souffert avant , lui qui a embrassé la Mort à pleine bouche, respirant son souffle fétide.

Ajoutons un troisième larron à ces deux personnages principaux déjà bien esquissés : Édouard Péricourt qui paiera cher son acte d’héroïsme, comme quoi, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

De joyeux il deviendra apathique, pourtant, notre homme aura une brillante idée, niveau magouille, même si au niveau éthique elle est des plus discutable.

Le talent de Pierre Lemaitre est de nous présenter 3 personnages dont aucun n’est tout à fait aimable, même si certains, au départ, donneraient à penser qu’ils sont des gentils et l’autre un charognard d’enculé. Bon, le salaud restera un salaud…

La plume de Pierre Lemaitre m’a emporté dans les tranchées de novembre 1918, dans la France d’après-guerre, celle qui a préféré célébrer ses morts plutôt que ses vivants, me plongeant dans le quotidien de deux hommes qui tirent le diable par la queue pendant que d’autres pètent dans la soie.

Les 100 premières pages décrivent bien l’atmosphère des tranchées, sans trop en faire, sans sombrer dans le pathos, ensuite, on découvre l’envers du décor avec les hôpitaux militaires, où il ne fait pas bon vivre non plus.

Ensuite, on découvre l’imbécilité du gouvernement, le rapatriement des soldats qui se déroule dans le plus grand bordel possible, les soldats démobilisés longtemps après la guerre, l’imbécilité des officiers, les bilans horribles du nombre de morts par jour, tout ça pour rien, pour gagner quelques mètres.

Boucherie, c’est le terme qui convient, abattoir aussi.

La duperie de certains pour gagner des galons, la duplicité de ces mêmes pour gagner du fric sur le dos des pauvres gens. Bien que certaines duplicités soient plus pires que d’autres, je trouve.

Un roman magnifique, dont je comprends qu’il a gagné le Goncourt tant son atmosphère est prégnante, ses personnages forts, cyniques, qui m’ont fait rire, souffrir et donner des envies de meurtre, le tout servi par une écriture magnifique qui joue avec les mots et nos maux.

Lemaître manie sa plume de main de maître (oui, je sais, elle était facile), cette plume qui te titille là où ça fait le plus de bien et procure instantanément une jouissance littéraire.

Une lecture intense qui me fera regarder les cimetières militaires et les monuments aux morts d’une autre manière.

Merci à Bianca pour cette LC car sans elle, ce roman serait toujours sur mes étagères (lien vers sa chronique dans son nom).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

L’histoire en Bandes Dessinées – T1 – L’épopée sanglante du Far West * Face aux Peaux-Rouge et aux hors-la-loi : Joly

Titre : L’histoire en Bandes Dessinées – T1 – L’épopée sanglante du Far West * Face aux Peaux-Rouge et aux hors-la-loi

Scénariste : Octave Joly
Dessinateurs : Cicuendez & Hardy

Édition : Dupuis (1974)

Résumé :
Sous-titré « Face aux peaux-rouges et aux hors-la-loi », cet album est le premier d’une magnifique série consacrée aux petites et grandes histoires de l’Histoire.

Ce premier opus est consacré au Far-West en huit histoires :

« Maha contre le cheval de feu ». Les guerres indiennes contre le chemin de fer qui traversent leurs territoires…

« L’indienne mystérieuse ». L’expédition de Lewis, qui traversera les Etats-Unis, de la côte Atlantique à celle du Pacifique en 1804.

« Sous la menace du colt ». La vie de Samuel Colt, l’inventeur du révolver qui allait révolutionner les armes de poing.

« La momie au chameau ». Des chameaux au Texas. Les indiens en parlent encore…

« Le shérif intrépide ». La vie de Wyatt Earp, shérif de Dodge City.

« Duel à O.K. corral ». Ce titre veut tout dire…

« La diligence de la mort ». Tombée dans un précipice, oubliée, une vieille diligence, retrouvée par Buffalo Bill, sera le clou de son spectacle en Europe.

« Astor fonde Astoria ». La vie de John Astor qui, parti de rien, réalisera une immense fortune et une célèbre dynastie.

Critique :
Ceux qui me suivent depuis un certain temps savent que j’ai été biberonné aux bandes dessinées et que j’ai tété les mamelles de l’hebdomadaire Spirou que possédait mon père.

Chez nous, l’Oncle Paul, c’est un sacré personnage et c’était toujours un plaisir de lire ces belles histoires, ces petites histoires qui éclairaient la grande.

On s’instruisait en se divertissant, on apprenait des choses, on engraissait sa culture générale et on découvrait des tas de choses dont on ne soupçonnait même pas l’existence !

Servi par des dessins réalistes et réalisés par les plus grands auteurs de cette génération (Jijé, Piroton, Malik, Sirius, Hubinon) des années 60-70, les plus belles histoires de l’Oncle Paul ont régalé toute une génération de lecteurs de Spirou, dont moi, qui découvrait les vieux magazines conservés précieusement par mon paternel.

Cet album est donc une compilation, une anthologie de ces célèbres « Histoires de l’Oncle Paul » qui paraissaient dans l’hebdomadaire Spirou.

Ici, pas de chose gentillettes, même si nous étions dans un hebdo jeunesse, on n’est pas non plus dans le monde des Bisounours, et bien qu’on ne voit pas de sang dégouliner, on voit tout de même des morts, de l’esclavage, des gens riches donner des ordres à des plus pauvres ou des Blancs s’enfonçant de plus en plus dans les territoires des Indiens.

Ici, la version du duel à O.K Corral est moins tendre que celle parue dans un Lucky Luke, l’histoire des dromadaires est moins drôle que dans Les Tuniques Bleues et la construction du chemin de fer se fit dans le sang et non l’humour comme dans Lucky Luke.

Nous sommes dans de la bédé réaliste, avec des dessins loin des gros nez, et des scénarios qui doivent coller à l’Histoire, même si on la romance et que l’on ne sait jamais tout.

Ce fut un véritable plaisir de remettre la main dessus et de le relire. En plus, les pages sont plus épaisses que dans une bédé traditionnelle, ce qui donne la sensation d’avoir plus que 44 pages.

Mais hélas, on arrive au bout de l’aventure et il nous faut refermer le livre, avec un soupir de tristesse, mais avec la sensation que l’on vient de vire une folle épopée !

Du tout bon. Rien à jeter.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

L’homme qui mit fin à l’histoire : Ken Liu

Titre : L’homme qui mit fin à l’histoire

Auteur : Ken Liu
Édition :  Le Bélial’ (25/08/2016)

Résumé :
FUTUR PROCHE.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation.

Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’État.

Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes…

L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.

Critique : 
La preuve que rien n’est écrit et que rien n’est jamais gagné… Voilà un court roman (une longue nouvelle ?) qui est encensé de partout et moi, je viens de passer royalement à côté.

Pourtant, le postulat de départ avait tout pour me plaire : Evan, un historien, et Akemi, une physicienne (en couple), inventent un scanner quantique qui permet à un témoin de revivre un moment du passé du monde comme s’il y était lui-même. Limite : un moment revécu devient inaccessible à toute observation ultérieure (problème de la mesure en physique quantique).

Attention, je ne suis pas passée à côté de tout non plus !

Je me suis instruite sur l’Auschwitz asiatique (ne me demandez pas s’il est pire ou moins pire que celui des Allemands,  à ce niveau là, on ne compare pas), cette Unité 731 dont je ne connaissais même pas l’existence, vu qu’on ne m’en avait jamais parlé et que, malgré mes nombreux livres lus sur la Seconde Guerre Mondiale, je n’en avais pas connaissance du tout.

Oui, je suis tombée de haut, j’ai eu froid dans le dos, pourtant, l’auteur nous livre un compte-rendu de certaines des horreurs qui s’y sont passé avec un ton froid, clinique et j’ai trouvé ça dommage, j’aurais aimé ressentir plus d’émotions.

Le problème des dilemmes qui se présentent face à cette possibilité de retourner voir l’Histoire, seul, et puis qu’après plus personne ne puisse y avoir accès est bien traité, on sent les tiraillements, les discussions, les problèmes de consciences des uns et des autres, la question de quelle personne envoyer, les silences du Japon qui ne veut pas que l’on fouille dans ses placards obscurs et peu reluisants, tout cela est bien traité.

Et moi, je suis passée à côté. Ce petit roman de SF ne devait pas être fait pour moi.

À vous de le tester pour voir si vous serez dans la majorité qui l’a apprécié ou si comme moi, l’écriture sous forme de documentaire vous déroutera, ainsi que la froideur de l’écriture.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.