Green Blood : Masasumi Kakizaki

Titre : Green Blood – Tomes 1 à 5

Scénariste : Masasumi Kakizaki
Dessinateur : Masasumi Kakizaki

Édition : Ki-oon (2013) – Série terminée

Résumé :
À Manhattan à la fin du XIXe siècle, misère, criminalité et prostitution ravagent le quartier de Five Points, immense ghetto où échouent tous les laissés-pour-compte du rêve américain.

La pègre, qui a corrompu les autorités, y fait régner sa loi. Au sein de la marée d’immigrants qui transitent par New York jour après jour, le jeune Luke Burns s’efforce de rester honnête et joue les dockers pour survivre.

Il sait, comme tout le monde, que le clan mafieux le plus dangereux de la ville, les Grave Diggers, s’appuie sur des assassins impitoyables pour asseoir son autorité.

Mais ce qu’il ignore, c’est que le plus célèbre et le plus redoutable d’entre eux, le Grim Reaper, n’est autre que son frère aîné, Brad…

Critique :
Un manga aux airs de western… Des grands manteaux, des chapeaux, des flingues… Ça ne peut pas être mauvais, tout ça !

Et en effet, c’était bon, même si, dans ce manga western, on est dans du violent et du parfois « un tantinet exagéré », mais l’ensemble tient la route.

On commence dans un quartier de New-York, il y a fort, fort longtemps, dans les années 1880… La pègre règne sur tout le quartier de Five Points, ghetto habité par des pauvres gens qui crèvent de misère et qui trime du matin au soir. Bref, l’Amérique d’en bas !

Luc Burns est une jeune garçon qui s’en va suer au boulot avec le sourire, il entretient son grand frère, Brad, qui a l’air de pas en foutre une dans la journée, mais ce que Luc ne sait pas, c’est que Brad est le tueur à gage des Grave Diggers. Le fameux Grim Reaper dont tout le monde parle et craint, c’est lui.

Brad Burns est un tueur implacable et sévèrement burné… Ok, jeu de mot foireux, je sais.

Des tons sombres, des visages fermés, des yeux bizarres, parfois, limite globuleux, des morts, du sang, deux clans qui s’affrontent pour être le seul calife à Five Points, bref, que des salopards de chez salopards.

Sauf notre Luc qui reste toujours un optimiste convaincu, un non-violent… Le véritable gentil qui fait preuve d’altruisme, d’empathie, de générosité alors que son frère aîné ne rêve que de vengeance : tuer leur père, Edward King, qui tua lui-même leur mère.

Oui, c’est pas gai, je sais ! Mais c’était pas le monde des Bisounours non plus, en ce temps-là !

Ici, Police, Pègre et Politique sont dans le même bain, ils commencent tous par la même lettre, ce ne doit pas être un hasard… Les flics sont corrompus, arrosés par la pègre pour fermer les yeux et les politiciens ne sont pas des enfants de coeur non plus.

Si les deux premiers tomes se déroulent dans le quartier de Five Points, le reste se passe dans les immenses plaines de l’Amérique, les deux frères étant à la poursuite de leur père, chef de gang lui aussi, dans le but de lui trouer la peau et, chose étonnante, Luc a pris les armes, même si tuer n’est pas toujours facile pour lui.

Pas le temps de s’ennuyer, ça bastonne, ça cartonne, ça complote en coulisses et le Méchant (Kip McDowell) est assez réussi dans le genre psychopathe qui veut devenir calife à la place du calife (Gene McDowell, son père et le chef des Grave Diggers) et qui pense qu’il en a les couilles, qui a déjà tué (des clodos sans défense), et qui, à force de vouloir dégager Grim Reaper, risque de s’en prendre sur la gueule.

De plus, des flash-back émaillent le récit afin de nous faire revivre certaines scènes importantes de la vie de Luke et Brad, ou de l’arrivée sur le continent américain de leur père, Edward King, avec d’autres migrants.

Les dessins sont superbes, nerveux, sombres, rendant bien la sauvagerie de certaines scènes (ou la douceur des autres), ainsi que les décors miséreux des taudis ou des grandes plaines de l’Ouest.

Par moments, je l’ai trouvé un peu trop stéréotypés, avec le Méchant Kip aux yeux qui lui sortent des orbites, ou Edward King, qui est une montagne de muscles un peu trop exagérée. Ceci est un détail…

C’est sombre, sanglant, violent, sans concession, les personnages principaux que sont Brad et Luke vont devoir prendre sur eux, changer, évoluer, se battre, afin de rester en vie et de venger l’assassinat de leur mère.

Si Luke est touchant à être aussi gentil et prompt à aider les autres, Brad a aussi un coeur qui bat sous la cape noire du tueur car il est prêt à tout pour protéger son petit frère. Au final, aucun des deux n’est ni tout blanc, ni tout noir, car chacun pourra passer du côté obscur ou lumineux de la Force.

Bref, une fois que j’eu commencé le premier tome, je n’ai eu qu’une seule envie, me faire les autres et ça tombait bien parce que les 5 tomes qui composent cette série étaient tous disponibles et j’ai pu les avaler l’un à la suite de l’autre.

Un manga western qui se joue dans la fureur et qui a à vous offrir du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Une belle histoire de fraternité entre deux frères que tout oppose dans le caractère et la manière de vivre, ainsi qu’avec leur père, bête assoiffée de sang, prêt à tout pour remplir ses poches.

Une chouette découverte pour moi que ce manga seinen western et roman social !

PS : J’aurais bien mis 4 Sherlock, mais bon, nous sommes dans un manga, malgré tout, mon 3,5 est une excellente cote pour celui ou celle qui voudrait découvrir un manga nerveux, sombre et sanglant (Yvan, tu peux balancer sur le système de cotation…).

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

D’un château l’autre : Louis-Ferdinand Céline

Titre : D’un château l’autre

Auteur : Louis-Ferdinand Céline
Édition : Gallimard (1976)

Résumé :
D’un château l’autre est un roman de Louis-Ferdinand Céline publié en 1957 aux éditions Gallimard. Il dresse un parallèle entre la vie de Céline contemporaine à l’œuvre — en tant que médecin et écrivain, pauvre, maudit et boudé par sa clientèle — et sa vie à Sigmaringen où se sont réfugiés le gouvernement vichyste en exil et de nombreux collaborateurs devant l’avancée de l’armée du général Leclerc.

Critique :
Foutre diable, j’ai essayé et j’y suis pas arrivée !

Depuis le temps que je me disais qu’il faudrait que je découvre l’oeuvre de Céline, en mettant de côté ce que je sais du bonhomme et me contenter de découvrir quelques uns de ses titres les plus emblématiques.

Pour commencer, j’ai préféré m’attaquer à un de ses romans guère épais puisque je sortais totalement de ma zone de confort habituelle (romans noirs, policiers, thriller) et j’ai donc choisi celui-ci plutôt que « Voyage au bout de la nuit ».

Bardaf, ce fut l’embardée puisque je n’ai pas réussi à le lire en entier, parce que j’ai sauté des passages entiers et que j’ai fini par le reposer sur la table, baissant les bras et pestant de ne pas y être arrivée alors que mes petits collègues Babeliotes l’encensent.

Alors, où le bât a-t-il blessé ? Dans la présentation de son texte, avant tout : il révolutionne l’affaire en envoyant aux orties les phrases types sujet-verbe-complément, il abuse des points d’exclamations, de suspensions, oublie les majuscule et, ma foi, j’aurais encore pu m’y adapter sans soucis s’il n’avait pas sauté du coq à l’âne et éructer sur tout et tout le monde.

Sûr que les mots sont des armes, dans sa bouche, dans sa plume, il s’énerve sur tout le monde, tout le monde ne prend pour son grade, il rugit – non pas de plaisir, mais de haine et moi, j’ai capitulé au bout d’un moment parce que je n’en pouvais plus.

Dommage, parce que le Céline, je l’entendais vociférer dans ma tête car il a réussi à transformer ses mots couchés sur le papier en cris dans ma tête, comme s’ils sortaient des pages, mais j’ai pas réussi à accrocher, et j’ai donc jeté l’éponge.

Je ne m’avoue pas vaincue pour autant et je tenterai d’autres romans de l’auteur, en espérant, un jour, arriver à en lire un en entier, sinon, ben, tant pis pour moi.

From Hell : Allan Moore & Eddie Campbell

Titre : From Hell

Scénariste : Allan Moore
Dessinateur : Eddie Campbell

Édition : Delcourt (Octobre 2000)

Résumé :
Whitechapel, 1888 : au cœur de ce quartier pauvre de Londres, où la misère rime avec la déchéance la plus totale, cinq prostituées vont être retrouvées assassinées dans des conditions terrifiantes.

Étranglées, éventrées, mutilées de la plus atroce des façons, elles sont les victimes de celui qui allait devenir le plus célèbre serial killer de l’histoire, et dont l’identité reste aujourd’hui une énigme : Jack l’éventreur.

Et si, derrière ce nom qui a fait couler tant d’encre, se cachait bien plus qu’on a voulu le dire ? Un invraisemblable complot qui réunirait quelques-uns des plus éminents représentants de l’aristocratie britannique, décidés à sauver la couronne d’un terrible scandale.

Critique :
Comment parler d’un pavé pareil ? En commençant pas le début, sans doute.

1888, tout Londres frémi sous les coups de couteau d’un envahisseur : Jack The Ripper. Tout le monde ? Oui ! Sauf l’assassin, bien entendu, qui lui résiste encore et toujours à la police…

Qui a tué les 5 prostituées entre  le 31 août et le 9 novembre 1888 ? Et bien, cette bédé vous offre une réponse et un coupable.

Mais attention, Allan Moore s’est inspiré de la théorie folle de Stephen Knight publiée dans « Jack The Ripper : The final solution », donc, ne prenez pas ce coupable pour argent comptant.

Les dessins sont en noir et blanc, il y a des tas de dialogues à lire et j’en suis venue à bout après une grosse semaine de lecture, le tout fractionné, sinon, ce serait indigeste tant il y a une multitude de détails à ingurgiter car l’auteur ne se contente pas de nous raconter les meurtres, il nous offre aussi une plongée dans le peuple de l’abîme.

Si le coupable désigné dans ce livre est bidon (à savoir William Gull, le médecin de Victoria), le reste ne l’est pas, notamment la description des meurtres et le vie merdique dans les bas-fonds de Londres, à celle époque. Le tout étant bien mis en page.

Dans les appendices, l’auteur nous détaille tout cela plus en profondeur, et souligne que lorsque Campbell a dessiné l’intérieur d’un Workhouse, c’était le véritable Workhouse de Marylbone !

On sent, derrière les dessins, que les auteurs se sont renseignés, ont potassés leur sujet et cela donne un réalisme à cette plongée en eaux troubles, dans cette fange de laissés-pour-compte, dans ce peuple des abîmes que tout  une partie de la ville ne voyait pas.

Le résultat étant que, malgré l’impossibilité pour cet homme d’être le coupable, le tout est tellement bien amené que ça passe comme un couteau bien aiguisé dans la poitrine d’une des victimes de celui qui signa « Jack The Ripper » la lettre « Dear Boss ».

Malgré tout, faut s’accrocher, les dessins en noir et blanc, hachurés, parfois, ne sont pas toujours des plus agréables pour les yeux et la visite du Londres en version métaphysique est assez fastidieuse (mais elle éclaire le côté zinzin de Gull).

Heureusement qu’il y a les pages explicatives en fin d’ouvrage, elles ont éclairé ma lanterne, surtout en ce concernait une partie de jambes en l’air, en allemand, et la vision, par l’épouse, d’un flot de sang sortant d’une église. Le Mal venait d’être conçu.

J’ai bien aimé aussi le dernier appendice « Le bal des chasseurs de mouettes » qui nous laisse voir toutes les théories fumeuses et tous les coupables désignés au fil des années.

C’est sombre, violent, noir, pas de lumière, pas couleur, c’est du lourd quand bien même le livre met en scène ne théorie fumeuse de Knight, celle-là même qui avait été reprise dans « Murder by decret », c’est à dire le complot royal et maçonnique.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), ,   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

On se souvient du nom des assassins : Dominique Maisons

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Titre : On se souvient du nom des assassins

Auteur : Dominique Maisons
Édition : de la Martinière (Oct 2016)

Résumé :
1909. Paris, est à cette époque le centre du monde culturel et politique. Dans ses sous-sols des filles de joie mineures meurent de la syphilis, et des enfants se battent pour se nourrir de rats, menacés par la peste et la rage.

Mais Paris s’en moque, et repousse la misère au-delà de ses murs. Paris regarde vers le ciel et se passionne pour les dirigeables, Paris invente la haute couture, le luxe et le divertissement de masse. Malheureusement, au milieu de ce foisonnement, Paris va aussi inventer le crime moderne et sa médiatisation. La foule va prendre gout au sang, aux aventures immorales, au frisson bon marché.

Dans les pas de Gaston Leroux, d’Alfred Binet, d’Aleister Crowley et d’Edmond Locard, vous poursuivrez le premier meurtrier moderne… Dans un mois, vous vous souviendrez du nom des assassins.

hotel_regina_au_debut_du_20eme_siecleCritique :
Giovanni Riva s’en souviendra aussi, du nom de l’assassin !

Lui qui était déjà plus qu’heureux de bosser au journal « Le Matin », lui qui faisait la fierté de ses parents, immigrés italiens, de le voir bosser dans un grand journal, le voici délogé de ses petites fonctions pour être attaché à l’auteur à succès Max Rochefort, dans le but peu louable de rapporter ses faits et gestes au directeur du journal.

« Giovanni Riva, le fils de l’épicier de la rue Ramponeau, embauché au Matin » : si le quartier avait eu son propre quotidien, à n’en pas douter, cette nouvelle aurait fait la une. […] j’incarnais l’espoir d’une famille, d’un quartier. L’espoir d’intégrer un des bastions de la République française et d’y porter haut les couleurs de ma communauté, en proie à une xénophobie croissante et agressive.

Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il va vivre (et nous faire vivre) la plus formidable aventure et enquête de sa vie !

Giovanni est le Watson de l’écrivain à succès Max Rochefort, celui-ci allant se comporter comme un Sherlock Holmes (le côté dandy voyant en moins), enquêtant, analysant, déduisant et n’hésitant pas à prendre des risques pour faire éclater la vérité.

— Vous m’êtes sympathique, Rochefort, mais nous ne sommes pas en Angleterre. Je ne suis pas ce pauvre Lestrade du Yard qui se trouve sans cesse obligé de collaborer avec un excentrique qui se prétend détective.

Dans ce roman, l’enquête ne fait pas tout, les décors et la reconstitution de la vie à Paris en 1909 est prodigieuse, à tel point qu’on s’y croirait transporté.

La magie de l’écriture et le talent de narration de l’auteur y sont pour beaucoup. Que ce soit niveau voitures, fiacres, pensées des gens en ces temps déjà troubles avec le voisin teuton, sans parler du racisme ambiant et de la séparation récente entre l’Église et l’État…

Ces papiers relataient des émeutes visant des ouvriers italiens, accusés de voler le travail de leurs homologues français, de faire baisser le prix de la main-d’œuvre et de permettre au patronat de bloquer tout progrès social. Des articles remplis d’histoires de lynchages et de morts, de pères de famille estropiés, de haine entre pauvres, la plus idiote de toutes, pendant que leurs exploiteurs se frottaient les mains.

Les usines d’armement tournent à plein régime, les inventions arrivent en masse et la presse connait un essor phénoménal grâce aux nouvellistes qui publient leurs œuvres dans les différents journaux. La littérature populaire est au faîte de sa gloire.

Durant plus de 400 pages, l’auteur nous ballade dans son Paris reconstitué, dans son Paris embouteillé, dans son Paris « clivagé », dans ce Paris qui grandit de plus en plus (et qui sépare les pauvres des riches), tout en nous tenant en haleine avec des meurtres sordides et une innocente jeune fille accusée.

La place des femmes fait aussi partie intégrante de son récit et on ira même faire un tour du côté des pierreuses, c’est à dire les filles de petites vertus… Dont certaines possèdent de l’empathie et de la générosité.

Sur notre droite, un homme s’appuyait au mur de l’hôtel pendant qu’une pierreuse s’épuisait à lui prodiguer une fellation frénétique et vaine tant il paraissait avoir des difficultés à présenter une érection exploitable.

Le tout est réaliste, ambitieux, magnifique, on dévore les pages, on les avale avec gourmandise et on n’a qu’une envie : savoir le fin mot de cette histoire qui nous entrainera aussi dans les airs avant de nous faire redescendre dans la noirceur humaine.

Un voyage époustouflant, du suspense, des personnages attachants (Max et Giovanni vont me manquer), une écriture simple mais pas simpliste, agréable à suivre, du mystère, des mensonges, un peu de politique (nous sommes à 5 ans de la Première Guerre), des retournements de situation, des moments émouvants, des passages à l’asile qui font froid dans le dos et des meurtres sanglants.

Un vrai bonheur de lecture, un excellent roman policier dont on sent que l’auteur a potassé son sujet pour être aussi précis et réaliste dans ses descriptions.

Ce roman c’est aussi une mise en garde contre les dangers de la presse à sensation qui a tendance à relater des faits « criminels » comme des romans feuilletons, afin de vendre plus, donnant par là même une importance aux assassins et faisant tomber leurs victimes dans l’oubli.

Je peinais à le croire, pourtant les œuvres de fiction lui accordaient de plus en plus de place. Le public avait soif de violence et de mystère. Je ne pouvais écarter la perspective terrifiante que les foules en vinssent à admirer les criminels au même titre que les artistes. Aurais-je eu envie de vivre dans un tel monde ?

On se souviendra de ce roman !

— […] nous n’apportons aux lecteurs que ce dont il a soif depuis l’Antiquité, de la tragédie.
– On leur donne le goût du sang. On devrait essayer d’élever l’Homme au lieu de retomber dans les travers des jeux du cirque. Il n’y a plus de différence de ton et de procédé entre vos excellents romans-feuilletons et les articles traitant des « affaires criminelles ». Le spectacle devrait rester le spectacle, et la chronique judiciaire devrait s’en écarter autant que possible. Par votre talent et votre sens de la narration, vous contaminez vos confrères qui, du coup, se mettent à romancer la réalité. Vous finirez par créer des vocations de criminels séduits par le romantisme du crime que vous créez avec ces Rocambole et autres Habits noirs… C’est un jeu dangereux, et on ne cesse d’annoncer de nouvelles séries, toutes plus immorales !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Nuit mère : Kurt Vonnegut

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Titre : Nuit mère

Auteur : Kurt Vonnegut
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. »

Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge à succès exilé en Allemagne fut en effet le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi.

Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés.

Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

mother-nightCritique :
Voilà un roman qui sort des sentiers battus, aux antipodes de ce que je lis habituellement, et dont, au final, je suis sortie assez secouée.

Howard C. Campbell dit lui-même qu’il est un américain de naissance, un nazi de réputation et un apatride par inclination.

Cet homme que l’on devrait détester nous livre ce récit autobiographique, fictif, de sa vie durant la Seconde Guerre Mondiale en tant que grand propagandiste sur les ondes radios et du côté des nazis.

Récit autobiographie qu’il aurait envoyé à l’auteur, Kurt Vonnegut, depuis sa cellule à Jérusalem dans laquelle il attend son procès.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est qu’au début, on devrait haïr Howard pour ce qu’il a fait, mais au fur et à mesure des pages, on ne sait plus trop quoi penser de lui et la balance penche irrémédiablement vers le mec sympa plutôt que vers le vrai salaud.

L’équilibre étant toujours sujet à caution puisque Howard pourrait nous raconter des carabistouilles… ou pas !

Parce que si cet homme fut un propagandiste, ce ne fut pas vraiment de son fait, mais en tant qu’espion pour les États-Unis !

Dans ses discours farcis à la haine des autres et à la sauce antisémite, ses soupirs, ses toussotements auraient été des codes pour les Américains à l’écoute de ses diatribes haineuses.

Vrai ou pas vrai ?? Sans doute vrai, mais peu de personnes peuvent le confirmer et tout le roman sera rempli de faux-semblants, de ces gens qui pensent être une chose et qui sont l’exact opposé, de ces gens qui se disent purs et qui ne valent pas mieux que les nazis nostalgiques ou les nazis de l’époque du moustachu à la mèche de cheveux noire.

Nous sommes ce que nous feignons d’être, aussi devons-nous prendre garde à ce que nous feignons d’être.

Soyez sur vos gardes durant la lecture…

La plume de l’auteur est facile à lire, le roman se termine en quelques heures, il n’est guère épais (guerre et paix), mais il y a dedans quelques réflexions profondes dont les plus étonnantes sont celles entre Howard Campbell et Eichmann, ce dernier lui demandant s’il devait avoir recours à un agent littéraire ou encore les tournois de pingpong organisés au ministère de la Propagande.

Ici, les salauds ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être et les gentils non plus, tout le monde cache des choses, tout le monde cache ce qu’il est vraiment, et les gens tendent à devenir les personnages dont ils ont endossé les habits pour les besoins de leurs missions.

Nuit mère est un roman étrange, une confession d’un homme seul, d’un homme qui soulève de l’admiration chez les amateurs de la race Blanche et le dégoût chez les autres, exacerbant chez ces derniers des envies de lui casser la gueule puisqu’il fait un parfait bouc émissaire en tant qu’Américain ayant frayé avec l’Ennemi (oubliant de ce côté là que les banques américaines soutinrent l’effort de guerre des deux cotés, aussi bien des yankee que des casques à pointes et des bottines à clous).

Un roman rempli de faux-semblants qui me laisse un peu groggy et perplexe sur la nature Humaine (mais je l’étais déjà).

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Aux origines de la pédérastie (petites et grandes histoires homosexuelles de l’antiquité) : Nicolas Carteret

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Titre : Aux origines de la pédérastie (petites et grandes histories homosexuelles de l’antiquité)

Auteur : Nicolas Carteret
Édition : La Musardine (2016)

Résumé :
« Être pédé comme un Grec » : cette insulte populaire témoigne de ce que l’homosexualité des Grecs anciens est désormais proverbiale. Mais que sait-on vraiment de l’amour entre hommes tel que le pratiquaient les Hellènes, deux mille ans avant nous ?

À quoi correspond la notion de pédérastie, si chère à Platon et à ses contemporains, et en quoi diffère-t-elle de l’homosexualité telle que nous la concevons aujourd’hui ?

Donnant la parole aux sources antiques, textuelles et visuelles, Nicolas Cartelet retrace l’histoire d’une pratique aussi bien amoureuse que pédagogique, philosophique et militaire, trop longtemps ignorée ou simplifiée par nos moralistes modernes. Une première partie, introductive et didactique, décrit et explique la pratique de la pédérastie grecque.

Une seconde partie, dans la veine d’une histoire populaire à la Pierre Bellemare ou à la Franck Ferrand, s’attache aux amours homosexuels de personnages mythiques et historiques célèbres.

aux-originesCritique :
Chouette,au prochain repas de famille, j’aurais un autre sujet de conversation croustillant ! Et attention, si je le rendrai croustillant, ce n’est sera pas moins avec des accents d’érudition…

Mais comment est née la pédérastie ? Ou du moins, comment certains hommes ont commencé à pratiquer le frotti-frotta entre eux ? (plus, si affinités).

Voilà un ouvrage très sérieux qui nous raconte la vie des Hellènes et des garçons…

Enfin, d’après l’auteur, les éromènes (ceux qu’on aime) n’étaient pas de trop jeunes garçons, quand aux érastes (ceux qui aiment), ce n’étaient pas non plus des vieux satyres, mais des adultes d’un peu plus de 20 ans.

Bref, la première partie qui m’explique le pourquoi du comment est vachement intéressante, sans être trop technique ou historique : on apprend la place de la femme dans la société grecque de l’époque (cloitrée, chez les familles aisées), l’auteur nous explique que si la pédérastie était normalement pratiquée dans les milieux assez haut de la société, elle était mal vue par le peuple d’en bas.

Le tout étant agrémenté de quelques extraits de céramiques avec des hommes nus.

Non, rien de porno car pour l’époque, la représentation de gros machins était mal vue et s’apparentaient aux satyres.

Franchement, j’ai ouvert grand mes yeux parce que ce n’était pas tout à fait comme je le pensais et on est loin de la débauche de Sodome et Gomorrhe et loin de la pédophilie aussi.

La seconde partie, plus importante 120 pages contre 50), nous raconte, sous forme de petites histoires, l’homosexualité vue avec les dieux de l’Olympe ou avec des personnages ayant véritablement existé, comme Alexandre Le Grand.

Ces dernières, je les ai lues comme on lit des histoires quand on est enfant : une tous les soirs.

Si celles avec Zeus, Apollon, Héraclès m’intéressaient un peu moins (on est dans la mythologie !), si celle d’Achille appartient à la littérature, celles d’Alexandre et de Socrate étaient plus dans le réel.

On sent bien (oups) le travail de l’auteur et rien qu’à voir la bibliographie, on comprend qu’il y a du travail sérieux derrière tout ça.

Mon seul bémol sera pour le fait que j’eusse aimé que la première partie soit plus importante que la seconde, j’aurais aimé continuer de dévorer de l’Histoire grecque et en savoir encore plus.

Anybref, voilà un livre que je n’aurais sans doute pas coché dans les nouveautés de la rentrée, et que, sans l’opération de Babelio, jamais je n’aurais lu, ce qui aurait été dommage pour ma culture et pour les futurs repas de famille.

Vivement la fin de l’année que je leur parle de cette époque où les éromènes ne se faisaient pas sodomiser !

Un petit livre très intéressant que je ne regrette pas d’avoir ouvert car dans le mot « culture », il y a aussi le mot « cul »…

Étoile 3

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Maus – Intégrale : Art Spiegelman

Maus - Intégrale

Titre : Maus – Intégrale

Scénariste : Art Spiegelman
Dessinateur : Art Spiegelman

Édition :Flammarion (1998)

Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.

Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.

Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.

Petit Plus : Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

Ce volume comprend « Mon père saigne l’histoire » et « C’est là que mes ennuis ont commencé ».

Maus04Critique :
Voilà un album que je voulais découvrir depuis longtemps mais je n’osais pas, ayant trop lu sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale…

Peur aussi de ne retrouver qu’une resucée de ce que je connaissais déjà (tout en sachant que l’on ne saura jamais tout).

Peur de replonger dans les cauchemars qui naquirent lors d’anciennes lectures qui furent traumatisantes, peur de me redemander « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? » et peur en imaginant que tout pourrait recommencer un jour…

Mes craintes étaient justifiées ET injustifiées…

Injustifiées car l’auteur réussi un tour de force en nous parlant avec justesse d’un épisode terrible de notre époque tout en lui donnant une autre vision, si je puis m’exprimer de la sorte.

Par autre vision, j’entends bien entendu le fait qu’il ait dessiné les nazis sous les traits de chats et les juifs sous les traits de souris, ce qui donne au récit une autre dimension, sans en enlever l’horreur, mais avec une autre approche puisqu’il raconte l’histoire d’un fils (l’auteur), arrachant le récit de la bouche de son père, rescapé d’un camp.

Un récit dans le récit qui permet de reprendre un peu d’oxygène dans cette enquête qui est terriblement émouvante mais qui jamais ne sombre dans le pathos.

Vladek, le père d’Artie est un personnage à part, un homme qui a gardé ses manies de tout récupérer qu’il avait acquises au camp, ainsi que celle de faire des économies de tout. Il est exaspérant, son fils en à marre et ne sait plus comment faire avec lui.

Le récit du père comprendra sa rencontre avec la future mère d’Artie, la montée du nazisme, les privations, la spoliation, les séparations, les soi-disant « mise au vert » des plus âgés…

Quand aux craintes, elles furent justifiées dans le sens où on a beau connaître l’Histoire, on la redécouvre toujours sous un autre jour, avec tout son cortège d’horreurs, dont celui de devenir bien souvent égoïste, de ne penser qu’à sauver sa peau et de laisser tomber ses anciens amis, ses voisins, ses membres de sa famille…

Malgré tout, certains font preuve de courage et d’abnégation pour aider les autres ou bien peuvent évoluer dans le bon ou le mauvais sens durant les années de privation (d’où mon éternelle question sur ce que moi j’aurais fait moi, sur mon comportement en de pareilles circonstances)…

Tout cela est bien décrit dans cet album et le fait d’utiliser l’anthropomorphisme donne une certaine atmosphère au récit et le rend encore plus fort, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de son père, sans fustiger les uns, sans excuser les autres. Son père explique, il excuse même certains, leur pardonnant leurs abandon. C’est grand…

Et au travers de l’histoire que Vladek raconte à son fils, c’est aussi une histoire vraie qui se déroule sous nos yeux, celle des horreurs qui ont eu lieu, cette déshumanisation d’un peuple et de million d’êtres humains qui ne s’en sont pas sorti.

Une histoire forte, émouvante, un autre regard, et une mise en image de l’indicible. Un album que je relirai dans quelques temps afin de bien n’imprégner du récit et de vérifier que je n’ai rien raté.

« Zahkor » ! (souviens-toi, en hébreu) parce que ce genre d’horreur s’est encore déroulée après (Staline, Mao, dans un autre registre) et continuera encore et encore.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Pulitzer – 1992) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - T2 - Mon retour en France

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Le premier volet de cette histoire s’achevait sur le départ des prisonniers de leur stalag fin janvier 1945, toujours encadrés par leurs geôliers, sous la menace de l’armée rouge soviétique lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie alors en pleine débâcle.

Le second volume de ce grand récit de guerre reprend là où le premier s’était arrêté, toujours sous le regard attentif de l’alter-ego enfantin de Tardi : la longue marche des prisonniers dans un dénuement total et sous des températures extrêmes, la violence des garde-chiourme, la peur que suscitent les troupes russes toutes proches, les expédients pour s’assurer les meilleures chances de survie, les velléités d’évasion et ici et là quelques rares moments de récupération, comme la miraculeuse douche chaude négociée dans les locaux d une ancienne brasserie…

Autant de péripéties authentiques directement inspirées du carnet tenu au fil des jours à la mine de plomb sur « un cahier d’écolier coupé en quatre » par René Tardi, que l’on suit avec ses compagnons d’infortune tout au long de leur marche harassante à travers l’Europe dévastée, en direction de la France et de leurs foyers si longtemps espérés.

Un témoignage d’une force exceptionnelle, et toujours le brio sans équivalent de l’un des plus grands auteurs de la bande dessinée contemporaine.

RT PlancheA_228987Critique :
Pour une fois, j’avais lu la seconde partie avant la première, cette dernière n’étant pas disponible à la biblio.

Bon, ce n’est pas si grave que ça, l’œuvre est à découvrir de toute façon pour l’Histoire qu’elle raconte, pour le passé sombre que la Seconde Guerre Mondiale fit vivre au gens.

Sans compter qu’ensuite, ces prisonniers durent souvent faire face au mépris de ceux qui avait fait la Grande Guerre parce que eux, ils ne l’avaient pas perdue et n’avaient pas été défaits en quelques mois.

Nous avions quitté le tome 1 sur le départ des prisonniers de leur stalag IIB fin janvier 1945 et nous les retrouvons ici, toujours encadrés par leurs geôliers qui ne veulent pas trainer car il sente le souffle de l’Yvan dans leur dos et n’ont pas trop envie de se frotter à l’armée rouge soviétique qui s’est lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie qui est en pleine débâcle.

Comme pour le premier, Jacques Tardi, le fils, se met en scène, accompagnant sur les routes enneigées son père.

Ils traversent des villes dévastées ou qui le seront bientôt et on assiste, impuissant, à l’indifférent du prisonnier Tardi (et des autres) aux actes de violence et de vengeance commis par des prisonniers ou tout autre homo sapiens qui, dans ces conditions, régresse vite au stade d’animal enragé.

— Plus d’une fois, vers la fin, nous avons été salauds avec des civils !

Et leur périple fut long et dur (il suffit de regarder la carte au début de l’album) et ceux qui avaient survécu aux privations du Stalag seront nombreux à laisser leur maigre carcasse sans vie sur le bord des routes, sous des -30°.

Tout en marchant, aux travers de ses questions à son père, Jacques Tardi évoquera aussi des tas de sujets tels les sur le Lebensborn (les couveuses pour « poussins » aryens), les Einsatzgruppen (de troupes qui ratissaient les ghettos et programmaient le suicide forcé des juifs) ou les corps francs (des anciens combattants qui avaient été proches de Hitler à ses débuts).

Nous apprendrons, en même temps que les prisonniers, ce que sont devenus Hitler et son Eva, Goebbels, sa femme et leurs six enfants, Göring, Himmler et j’en passe, tout en traversant des villes bombardées.

Petit supplément, le fils Tardi nous explique aussi le futur des villes qu’ils ont traversés durant ces 5 mois d’errance.

Tels des vaches allant à l’abattoir, poussés vers l’Ouest par des fridolins enragés qui avaient la peur au bide, frappés à coup de crosses, affamés, parqués dans des hangar froids, partageant leurs habits avec leur vermine en tout genre (puces, poux, morpions), ils ont avalés kilomètre après kilomètre, exposés à tous les vents (c’était l’hiver), leur pieds les faisant souffrir, affaiblis et démoralisés.

Comme le premier tome, le second est dans les tons gris, à trois images par page, il est dur, éprouvant, dur avec tout le monde, et une fois terminé, on ressent un grand malaise à cause du traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre, aux civils, à ceux qui se sont gaussés en 39-40 et qui chiaient dans leur froc lors de la débâcle.

Et quand nos prisonniers arrivaient à se libérer eux-mêmes, ils ne savaient pas ou aller pour rentrer chez eux.

Bref, un autre tome d’une excellente qualité de ton, des dialogues entre le père et le fils assez incisifs, une critique de la guerre, un regard sombre sur ces années qui firent passer un bon nombre de gens de vie à trépas ou qui les laissèrent dans un état de traumatisme.

Étoile 4,5

 RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - Jacques Tardi

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Avec Moi, René Tardi, prisonnier de guerre – Stalag IIB, Jacques Tardi concrétise un projet mûri de très longue date : transposer en bande dessinée les carnets de son propre père, rédigés des années durant sur des cahiers d’écolier, où celui-ci tient par le menu la chronique de sa jeunesse, en grande partie centrée sur ses années de guerre et de captivité en Allemagne.

Après avoir, comme on le sait, énormément travaillé sur la guerre de 14 – 18, c’est la première fois que Tardi se penche d’aussi près sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

Ce faisant, il développe également un projet profondément personnel : en mettant en images l’histoire de son père militaire, Tardi explore rien moins que les racines, les origines et les ressorts de sa propre vie.

Ce « roman familial » prend des accents d’autant plus intimes que Tardi a associé au projet deux de ses propres enfants, Rachel (qui assure la mise en couleur) et Oscar (documentation et recherches iconographiques).

Moi PlancheA_175323Critique :
— Ach, fous zavez berdu la guerre, petits françouzes, alors, on fa fou le faire bayer cher dans nos kamps *rire sadique*

Ainsi devait parler le feldwebel « Kolosal Konnard » ou tout autre « Kartoffel-Führer », faisant son dikkenek devant les pauvres soldats français qui venaient de se prendre la pâtée en un temps record.

Ne vous en faites pas, nous les Belges, on se croyait tranquilles car neutres…

On s’était tous foutus le doigt dans l’œil jusqu’au coude et bardaf, ce fut l’embardée.

Tout comme Art Spiegleman l’a fait dans son « Maus », Jacques Tardi tente aussi de comprendre son père au travers de la réalisation de cet album où il se met en scène à ses côtés, lui posant « en direct » des questions, le suivant durant son périple en char ou en tant que prisonnier dans le Stalag IIB, en Poméranie.

On sent du Louis-Ferdinand Céline dans cette haine de René Tardi ressent contre la société qui n’a pas bougé, contre cette armée française incompétente, dépassée, mais qui se croyait la plus forte, contre ces officiers n’ayant pas évolué depuis 14-18 ou depuis les guerres Napoléoniennes et devant la bêtise incommensurable de la guerre…

Le fils, Jacques Tardi, a lui aussi les dents qui grincent lorsqu’il parle au début, rappelant à son père qu’il n’aimait pas l’armée, que la SNCF a transporté gratuitement les Juifs pour les livrer… Alors le père lui dit de se taire et d’écouter.

Vu le calvaire traversé durant son incarcération au Stalag, on sent aussi du Primo Levi (même si les Stalags n’étaient pas des camps d’extermination à proprement parler, ce n’étaient pas non plus des camps de vacances) et, comme j’en parlais plus haut, il y a du Art Spiegelman dans cette obstination à comprendre ce qu’a vécu son père pour pouvoir enfin se réconcilier avec ce paternel taciturne et colérique.

Si je ne suis pas fan des dessins de Tardi, ils ne m’ont néanmoins pas dérangés, c’est sobre, réaliste, le tout dans des tons gris, avec de temps en temps des ciels rouge sang.

De plus, j’ai apprécié cette mise en scène de l’auteur qui s’est dessiné sous les traits d’un jeune gamin de plus ou moins 14 ans et qui dialogue avec son père, nous montrant ainsi son passé de conducteur de char (on ne dit pas tank) avant de se retrouver au Stalag, puis dans une ferme en tant qu’esclave bon marché puis de retour au Stalag.

C’est toute la vie des prisonniers dans un Stalag qui se déroule sous nos yeux, avec les soldats français qui font chier les compteurs allemands, bougeant sans cesse, le black market, la bouffe infecte, le travail inhumain, le traitement des prisonniers aussi, la débrouille, la joie, la tristesse, les prisonniers russes encore plus mal lotis qu’eux et les américains comme des coq en pâte.

L’histoire est dure, sans pitié pour personne, que l’on soit un fritz salaud, un prisonnier lâche, cafteur, un travailleur forcé mettant un peu trop d’ardeur à ramasser les patates pour le grand Reich, ou un officier imbécile.

Et puis, comme pour tout le reste, il y a aussi un peu de solidarité entre certains prisonniers, des amitiés fidèles, des officier bosch un peu plus sympa que les autres.

C’est corrosif, avec un peu d’humour parfois, c’est cinglant et sans édulcorants.

Le genre de lecture dont on ne ressort jamais indemne.

Étoile 5

RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X : Alain Ayroles & Jean-Luc Masbou

Titre : De Cape et de Crocs – Intégrales 1 à 5 – Actes I à X (+Tome 11)

Scénariste : Alain Ayroles
Dessinateur : Jean-Luc Masbou

Édition : Delcourt (2010-2012)

Résumé :
À bord d’un vaisseau turc, un coffre. Dans le coffre, un écrin, dans l’écrin, une bouteille, dans la bouteille, une carte, et sur cette carte… l’emplacement du fabuleux trésor des îles Tangerines !

Il n’en faut pas plus à deux fiers gentilshommes, fins bretteurs et rimailleurs, pour se jeter dans une aventure qui, de geôles en galères, les mènera jusqu’aux confins du monde.

De geôles en galères, d’abordages en duels virevoltants, leur quête de gloire et de fortune les mènera jusqu’à la Lune.

Après, il sera temps pour messieurs de Maupertuis et Villalobos de regagner la Terre. Mais l’amitié, l’amour et le sens de l’honneur s’opposent parfois…

Avant de tirer leur révérence, ils devront affronter d’ultimes et terribles coups de théâtre. Arriveront-ils tous à bon port ?

De cape 9910000031557_pgCritique :
J’avais découvert cette série par son dernier tome, dans mon Lanfeust Mag, lorsque les éditions Soleil et Delcourt avaient fait « Fuuu-Sion » (oui, sur ce coup là, j’ai un peu trop abusé de Dragon Ball Z).

Au départ, je n’avais pas accroché mais c’était normal, je débarquais comme un cheveu dans la soupe, sans rien connaître de l’histoire.

Alors, quelques années plus tard, j’ai décidé de faire un peu mieux connaissance avec cette série en la louant à la bibli.

Putain, j’ai adoré ! Ça c’est ce qui s’appelle le souffle de la Grande Aventure, que l’on soit à Venise, ou sur l’océan à la recherche du trésor des îles Tangerines ou que l’on aille sur la lune… Oui, sur la lune ! Il y a un monde caché et ce fut un plaisir de le parcourir !

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De suite j’ai accroché aux deux personnages principaux : Armand Raynal de Maupertuis, renard de son état, fin bretteur, poète et son comparse, Don Lope de Villalobos y Sangrin, un fier loup espagnol, un bel hidalgo au caractère sanguin, téméraire et impulsif, fin bretteur aussi, mais pas poète pour un sous et qui a la trouille des rats.

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Oui, c’est un truc de fou, ce mélange de personnages humains pour les uns et d’anthropomorphisme pour certains et ça passe tout seul, je dois dire. Les dessins sont un plaisir pour les yeux et quand on prend attention, on remarque foule de détails.

Nos deux protagonistes sont superbement bien esquissés, leurs caractères aussi et puis je l’avoue, j’ai eu un gros coup de cœur pour Eusèbe, lapin naïf mais rusé, grand adorateur de carottes, peureux, mais sachant faire preuve de courage pour sauver ses amis.

Mendoza : — Ce fauteur de troubles recevra pour l’exemple cent coups de fouet, après quoi nous verserons du sel sur ses plaies. Allez-y señor Garcia.
Garde-chiourme : — Je ne peux pas, Capitan… Il est trop mignon !

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Les personnages n’étant pas figés, ils peuvent nous réserver quelques surprises de derrière les fagots.

Les dialogues sont savoureux, les rimes déclamées par Maupertuis pendant qu’il se bat sont fabuleuses, ce ne sont pas des poésies à deux balles, sans compter que les albums sont bourrés de références à Molière, Lafontaine, Cyrano, Rambo, Alien,…

Et si vous ne repérez pas toutes les références, pas de panique, Wiki est là pour pallier à vos manquements !

Une bédé qui vous emportera, vous fera voguer sur l’océan à la recherche d’un trésor, vous emmènera sur la lune, le tout en joyeuse compagnie de personnages qu’on sera triste de quitter, le tout avec de l’humour, des rimes, de la culture disséminée un peu partout, dans un décor digne d’un film de cape et d’épées, le tout aux relents de fantasy brillamment assumée.

Un déchirement au cœur d’avoir terminé cette série et de ne plus pouvoir suivre d’autres aventures de mes chers compères Maupertuis, Don Lope, Eusebe, du raïs Kader et de la belle Hermine.

Mais le plaisir sera de retour dès que je la reprendrai pour la relire encore et encore…

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Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Totem » par Liligalipette (Loup) et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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