Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S. : Yves Sente et André Juillard (Edgar P. Jacobs)

Titre : Blake et Mortimer – Tome 24 – Le testament de William S.

Scénariste : Yves Sente
Dessinateur : André Juillard

Édition : Blake et Mortimer (2016)

Résumé :
Nos héros les plus british mènent l’enquête sur le plus british des dramaturges : William Shakespeare of course ! Mais qui est-il vraiment ?

Entre l’Angleterre et l’Italie, Philip Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown, résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres.

Entre-temps, Francis Blake enquête sur une bande organisée de Hyde Park. Une course contre la montre et des révélations en série : un très grand Blake et Mortimer signé Yves Sente et André Juillard !

Critique :
Être ou ne pas être, telle est la question… L’autre grosse question concerne la paternité des textes de William Shakespeare.

Est-ce bien lui qui les a écrit ou était-ce un autre ? Comment ce petit campagnard a-t-il pu avoir accès à la culture nécessaire pour écrire toutes ses œuvres ? Mystère !

Cet album portant sur Shakespeare va tenter de résoudre cette énigme au plus vite car le chrono tourne et le délai de 100 ans touche à sa fin.

Le chrono tourne peut-être, mais nos amis n’ont pas l’air d’être speedés plus que ça. Ils auraient plutôt tendance à appliquer le Keep Calm et à rester zen en toutes circonstances…

C’est bien, mais pour le lecteur, l’impression de course contre la montre est loupée, le tout manque de dynamisme, c’est mou, fort mou et pour donner un peu d’action, on ajoute des agressions dans le parc et un évitement d’accident avec un camion. Mouais, peu mieux faire, non ?

Autre problème : la présence d’Olrik ! Nom de Zeus, on ne pouvait pas le laisser à la niche, celui-là ?? Il est en prison mais ce méchant éternel et increvable arrive encore à tirer les ficelles et franchement, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase car il ne sert à rien, il n’apporte rien à l’histoire qui aurait pu se suffire à elle-même sans lui mais avec des nouveaux méchants, comme ceux qui se trouvent déjà dans le récit.

En plus de ne pas servir à grand-chose (si ce n’est nous montrer sa tronche), au niveau de ses expressions, elles sont fades, notamment celle où il est en colère… Tout en retenu, sa colère, on est loin de celles de Joe Dalton.

Les grandes perdantes de cet album sont les femmes. Où sont les femmes ? (comme le chantait si bien Patrick Juvet). Oui, elles sont présentes, mais pas vraiment mises en valeur comme elles auraient pu l’être (même si, à l’époque où est sensé se dérouler l’action, elles n’avaient pas vraiment de visibilité).

L’érudite en Shakespeare se tord la cheville, se déchirant un ligament à Hyde Park et hop, on remplace la vioque de 50 ans par sa fille qui ne servira pas à grand-chose non plus, si ce n’est à accompagner Mortimer dans son enquête.

Oui, elle sert juste l’accompagner. J’ai eu l’impression durant ma lecture que le barbu aurait pu se démerder tout seul comme un grand garçon. Ah pardon, j’allais oublier qu’elle lui servira de moteur de recherche sur Shakespeare ! Google avant l’heure ou Siri (au choix).

Les dessins sont toujours en lignes claires, comme les anciens dessins de Edgar P. Jacobs et les couleurs sont fort claires, elles manquent de peps (je me plaignais dernièrement des couleurs trop criardes de « L’inconnue de Tower Bridge).

À propos de Tower Bridge, il y a un bel anachronisme dans le récit : on voit Tower Bridge, dont le début de la construction date du 21 juin 1886 (et dure 8 ans) pour illustrer le récit qu’un personnage fait de la Grande puanteur de Londres de juillet 1858. Oups.

L’autre chose qui m’ennuie toujours dans les récits, ce sont les méchants qui arrivent à s’introduire partout et à écouter aux portes ou derrière des panneaux amovibles. C’est d’un lassant ! Nos amis racontent tout et les autres écoutent, tranquillement. Vieux comme le monde et trop souvent usité.

Anybref, cet album a tout de même des bons côtés : l’explication du pourquoi du comment William Shake, petit provincial sans culture, a réussi à écrire des pièces aussi brillantes, des textes aussi éclairés. Ne connaissant rien de l’histoire du dramaturge, je ne saurais me prononcer quand à la pertinence des explications présentées, mais vu ainsi, elles me plaisent bien.

L’enquête a l’air assez compliquée, lorsqu’on lit les énigmes, mais nos protagonistes arrivent toujours à tout trouver et ce, assez facilement.

Hélas, le récit manque de dynamisme et peut-être d’un chrono au-dessus de certaines cases afin de mieux illustrer le temps qui passe et l’échéance qui se rapproche afin de ne pas donner cette impression de fausse tranquillité.

Un album qui aurait pu être beaucoup mieux avec plus de rythme, plus de femmes fortes avec un vrai rôle et pas celui d’accompagnatrices. Un album où Blake est fort en retrait puisque c’est Mortimer qui a le beau rôle, où les méchants sont discrets comme un coup de poing dans la gueule (on les repère de suite dans les cases) et manquent de charisme.

Bref, pas le meilleur album, mais pas le pire non plus… À lire sans prise de tête.

PS : notons au passage un petit hommage au capitaine Haddock (qui lui au moins avec de la verve, des colères monumentales et plus qu’une seule expression sur le visage, bref, moins raide que nos Blake & Mortimer).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°282], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°35], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

L’accusé du Ross-Shire : Graeme Macrae Burnet

Titre : L’accusé du Ross-Shire

Auteur : Graeme Macrae Burnet
Édition : Sonatine (2017) / 10/18 (2018)
Édition Originale : His Bloody Project: Documents relating to the case of Roderick Macrae (2016)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire.

En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands.

Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles.

Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ? Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins.

Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ?

S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ?

La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

Critique :
Chronique d’une mort annoncée… Dès le départ, nous savons qui est mort et qui l’a tué. Ce que nous ne savons pas, c’est le modus operandi et le mobile.

Retour donc en arrière, quand tout ceci a commencé, grâce à la confession que Roderick Macrae a écrite en prison et dans laquelle il explique toutes les petites choses mesquines, cet harcèlement dont a fait preuve l’homme qu’il a assassiné.

Ce roman est inclassable car il oscille entre le témoignage d’un assassin (ou un innocent ?), un documentaire sur les conditions de vie des années 1860 dans les Higlands, un roman noir (condition sociale), un thriller, une enquête, une fiction ou un véritable carnet de confession d’un condamné…

Cet inclassable aurait pu aussi se nommer « la condition humaine » tant celle-ci est présente tout au long de ses pages de confession. Comme toujours, nous avons les riches propriétaires (laird) et les pauvres qui travaillent les terres du laird. Non, l’esclavage n’est pas mort, il porte juste un autre nom et est d’un modèle différent.

La vie est difficile, la Nature ne fait jamais de cadeau et bon an, mal an, nos paysans essayent de s’en sortir avec le peu qu’ils avaient.

Quand le nouveau constable commence à harceler une famille, à lui chercher misère, juste par plaisir sadique, alors, le fragile équilibre ne tient plus, il bascule et la subsistance même de la famille commence à vaciller aussi. Déjà que tout ne tenait qu’un un fil.

Qu’aurions-nous fait à sa place ? Qu’aurions-nous fait à la place de Roderick, jeune garçon ayant perdu sa mère, vivant avec un père bigot, sans couilles devant le constable, qui ne se complait que dans sa souffrance, est mutique et renfermé ?

Qu’aurions-nous fait face au droit de cuissage quand il n’existe pas de #BalanceTonGrosCochonPervers ? Qu’aurions-nous fait lorsque personne ne peut vous aider parce qu’il a la trouille ou tout simplement parce que le constable est un rusé saligaud et qu’on ne peut l’accuser de rien ? Parce que de toute façon, on n’est rien…

Oui, « paf le constable », je ne voyais pas d’autre solution non plus…

Roderick s’est révolté contre cette société, à sa manière, en silence, sans hurler, sans haranguer les foules, sans rébellion aucune. Un jour, il a pris un louchet (bêche à lame étroite) et un hoyau (petite houe à lame courbe taillée en biseau) et s’en est allé faire du jardinage à sa manière pour dire halte à la tyrannie, à ces règles non écrites que tout le monde doit suivre et que le Seigneur (ou constable) peut adapter à sa guise, à ces rites immuables qui perdurent, à ce statut de paysan qui ne peut changer.

Le récit de Roderick est écrit sans passion, sans émotions, il relate juste les faits, ce dont il se souvient, ce qui s’est passé. Notre jeune homme n’est pas un imbécile, il travaillait bien à l’école, il aurait pu faire autre chose que travailler la terre, mais non, sa place était aux côtés de son père, à retourner des lopins de terre.

C’est un témoignage fort noir, les conditions de vie de ces paysans sont atroces, la subsistance difficile et que l’on soit malade ou en bonne santé, faut bosser et dur, s’il vous plait. Pourtant, il y avait quelques éclats de lumière dans ce thriller témoignage sur la vie dure et difficile des paysans des Higlands…

Un récit bouleversant d’un jeune garçon qui a du prendre une décision forte pour arrêter le cercle vicieux des brimades mesquines, du harcèlement qui les conduisaient tout droit dans la tombe et qui, de par sa condition de paysan, sera toujours considéré comme un sous-homme par les autres, les magistrats, médecins, nobles, seigneurs…

Un récit brillant qui touche en plein cœur, malgré le fait que Roderick utilise un ton neutre pour nous raconter son histoire.

PS : pas de bol, le roman se passe dans les Higlands (Écosse) mais l’auteur est Écossais lui-même et pour le et Le Mois anglais (chez Lou, Cryssilda et Titine), ça ne passe pas… Mauvaise pioche pour le Mois mais bonne pioche littéraire pour mon plaisir de lecture !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°264].

Les enquêtes du Louvre – 01 – Enquête étrusque au Louvre : Carole Declercq [LC avec Bianca]

Titre : Les enquêtes du Louvre – 01 – Enquête étrusque au Louvre

Auteur : Carole Declercq
Édition : City (04/11/2020)

Résumé :
Fougueuse et indépendante, Anna Stein vient d’ouvrir un cabinet d’expertise d’art à Paris, mais sa jeunesse et son sale caractère font grincer bien des dents.

Alors, quand le milliardaire François Borelli lui demande d’inventorier sa collection, c’est enfin la reconnaissance qu’elle attendait.

Mais quelques jours plus tard, Borelli est retrouvé mort. Malade, il avait certes déjà un pied dans la tombe, mais ne l’y aurait-on pas un peu précipité ? Lorsque d’autres cadavres s’invitent dans l’entourage du collectionneur, Anna est obligée de mener l’enquête.

Aidée par un extravagant lord anglais, courtisée par un policier italien et poursuivie par son ancien amoureux, la jeune femme ne sait plus où donner de la tête. Pourtant, elle doit garder les idées claires.

Car dans les eaux troubles du trafic d’art, à vouloir déterrer d’inavouables secrets, elle risque d’être la prochaine victime…

Critique :
YES ! À peine les musées réouverts que j’avais déjà mon billet Thalys pour aller au musée du Louvre à Paris !

Bon, c’est au travers de la fiction que je suis entrée au Louvre sans faire la queue mais je m’en fiche parce que ça a fait du bien.

Pour les fans de meurtres, je risque de doucher vos attentes puisqu’il faudra attendre un peu moins de la moitié du roman (il en fait 280) pour avoir un cadavre et encore, mort naturelle. Et avant le mort naturel ? Ben rien, nada… Pas d’enlèvements, pas de disparitions, pas de courses-poursuites.

Non, non, ne partez pas parce que même en prenant son temps durant plus d’une centaine de pages pour poser sa panoplie de personnages, à la limite de la caricature (mais ils étaient drôles) et planter ses décors, l’auteure ne m’a jamais donné envie de m’endormir ou d’aller voir ailleurs pour des trépidations.

Ne connaissant rien au monde de l’art et des musées, j’ai apprécié d’en apprendre un peu plus, sans que cela devienne indigeste ou lourd, sans que cela vire au cours magistral. À la fin du roman, je ne sais toujours pas grand-chose, mais c’était toujours plus qu’au départ. Je soulignerai aussi que ça ne vire jamais au Da Vinci Code et autres romans dérivés.

Comme je le soulignais plus hauts, les personnages sont assez typés, on est à deux doigts de la caricature mais le ton du roman étant léger (sans être débilitant), les différents protagonistes allaient bien à l’atmosphère générale du récit sans pour autant virer à la série bas-de-gamme produite par une chaîne de télé fort connue pour que l’on s’abrutisse le soir et que l’on offre notre temps de cerveau disponible à Qui-Vous-Savez.

Si l’enquête n’a rien de transcendantal, rien d’exceptionnel, rien qui vous trouera le cul, le ton général fut une bouffée d’air frais pour moi qui avait lu mon lot de romans noirs, sombres et bourrés de morts, de dictature et autre.

C’est bien simple, je l’ai dévoré sur une petite journée, ayant bien du mal à le reposer tant je m’amusais comme une petite folle avec les personnages, dont Anna, son oncle Albert et Thomas Alexander, un lord anglais devenu libraire à Paris et fan de San-Antonio.

Anybref, sans révolutionner la littérature policière, sans avoir des cadavres à toutes les pages, en utilisant la violence avec parcimonie, l’auteure a réussi un agréable petit cosy-mystery à la française en nous faisant entrer dans le monde de l’art et des musées, le tout avec une plume légère, humoristique, sans pour autant être gnangnante ou simpliste.

Roman policier addictif, qui n’essaie pas d’en faire plus pour s’imposer, qui prend son temps sans pour autant que le lecteur ne s’emmerde. Un roman policier qui fait du bien au moral, qui apporte un rayon de soleil dans une journée grise et vous requinque d’un coup après des lectures assez dures.

Un tout grand merci à Bianca de m’avoir proposée cette LC qui est réussie parce que sans elle, jamais je n’aurais coché ce roman et cela aurait été une erreur. De son côté, c’est plus mitigé, elle aurait aimé que le meurtre arrive plus vite et en apprendre plus sur les étrusques. Comme quoi, deux avis différents ! N’oubliez pas d’aller lire le sien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°260].

L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (07/09/2016)

Résumé :
Après avoir soumis dans le sang et dans l’horreur l’empire inca, Pizarro fonde Lima.

Le bâtard, analphabète, trépidant et ambitieux, se retrouve à la tête d’un territoire immense sur lequel il règne sans partage avec ses quatre frères.

Mais les rivalités et les haines auront, cependant raison, de son astre sans précédent…

Critique :
Bon, pour une fois, je vais la faire courte, très courte : dans ce dernier tome, la boucle est bouclée…

On revient aux faits qui se déroulaient dans le premier tome, à savoir l’attaque contre Pizarro et sa fuite.

Oui, la boucle est bouclée, mais sans jamais avoir réussi à m’esbaudir, à m’étonner, à me subjuguer.

Les dessins étaient très agréables, de bonne facture, les couleurs pareilles, mais le scénario manquait de corps, d’esprit, de profondeur.

Les auteurs m’ont raconté une histoire qui ne m’a jamais fait vibrer et pourtant, j’avais espoir qu’à un moment, après le premier tome, qu’ils redressent la barre et approfondissent les personnages, les situations, le scénario.

Ben non ! Bon, ben, tant pis alors…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°255], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 46 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (2014)

Résumé :
Dans les pas de Pizarro et des conquistadors, à la recherche de la légendaire cité de l’or…

Arrivé à Tumbes, Pizarro est informé qu’une guerre civile divise l’empire inca : depuis la mort de Huayna Capac en 1529, ses deux fils, Huáscar et Atahualpa, s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir.

Les autochtones accueillent Pizarro en lui offrant de la nourriture, des plumes et de l’or, puis ils lui demandent gentiment de repartir. Mais Pizarro a d’autres projets…

Avec une poignée d’hommes, il décide de s’enfoncer dans les terres pour chercher Cajamarca, la cité de l’or, malgré les multiples dangers qui s’annoncent…

Critique :
Aaaah, les cités d’or ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai une folle envie de chanter ♫ Esteban, Zia, Tao, les cités d’or ♪

Quand l’aventure m’appelle, je cours vers elle et la dernière fois, j’avais laissé les espagnols devant ce qu’ils pensaient être Cajamarca, la cité de l’or…

Kekette, c’était pas elle et ils vont devoir s’enfoncer dans le pays afin de la trouver, sans GPS et sans Guide du Routard. Le chemin est semé d’embûches et d’indigènes qui ne veulent pas qu’ils viennent dormir chez eux.

Dans ce deuxième tome, ça bouge dans tous les sens et les hommes de Pizarro vont devoir se battre, souffrir mille maux avant d’espérer arriver à cette fameuse citée d’or et certains deviendront fous à force qu’à chaque fois, ce ne soit pas elle.

Huáscar et Atahualpa, les deux fils de l’empereur Huayna Capac (qui vient de casser sa pire), s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir et cela donne des idées à Pizarro : diviser pour régner, c’est déjà connu et profiter des dissidences entre les deux frangins est une riche idée pour se faire couvrir d’or.

La soif de l’or est bien mise en scène dans ce second opus. Elle rend les hommes fous, ils sont prêts à tout pour s’emparer de ce métal précieux, quitte à se tirer dans les pattes, trahir les siens ou tenter de les faire assassiner.

Les dessins sont toujours bien exécutés et les scènes de combats sont précises, détaillées, vivantes. Le récit est bien rythmé mais une fois de plus, il va trop vite et le récit aurait mérité d’être en plus de planches afin de ne pas donner l’impression que l’on va au plus pressé.

Les personnages ne se sont pas vraiment approfondis, ils sont toujours légers et aucun ne se détache vraiment du lot, ce qui est bien dommage. Les dialogues sont corrects mais sans être percutants.

Nous sommes en compagnie d’hommes qui ne veulent que bastonner les autres, Pizarro faisant fi de ses hommes tombés dans des combats stupides uniquement déclenché à la testostérone pour savoir qui a la plus grande… lance, épée.

Si le premier tome m’avait laissé mitigée, celui ne m’a pas non plus conquise-tadors mais au moins, on ne s’embête pas durant sa lecture et, si on met de côté le manque de profondeur des personnages et la rapidité de l’histoire, on passera un bon moment de lecture sans se prendre la tête.

Je me demande ce que le dernier tome me réserve…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°254], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 1 – L’expédition : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 1 – L’expédition

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (26/09/2012)

Résumé :
LES EXPÉDITIONS DE PIZZARO AU PÉROU, LA GUERRE CONTRE LES INCAS ET CELLE ENTRE CONQUISTADORES L’or ! Fabuleux métal, convoité depuis l’aube des temps, rêve des Conquistadors, et de tous les hommes ! Il est encore en ce début d’année un appât pour Francisco Pizarro, fils naturel, analphabète, du navigateur Gonzalo Pizarro Rodríguez de Aguilar.

Mirage doré ! De l’or ruisselant, amassé en tas jusqu’au plafond dans le temple de Cajamarca. Un butin magnifique ! Et pour lequel Pizarro, armé à peine de 180 hommes, 37 chevaux, et 3 caravelles n’hésite pas à conquérir et à soumettre l’empire Inca, en proie alors à une terrible guerre civile.

Mais ce qui le passionne dans cette rapine, dans ce voyage hasardeux, c’est d’abord l’aventure, et surtout Illona, cette femme au visage d’enfant et aux boucles d’or pâle. L’âme du complot !

Critique :
Francisco Pizzaro a voyagé, maintenant, il est est vieux et il se meurt, mais avant de passer de vie à trépas, il va se remémorer ses expéditions vers les pays où l’on n’avait qu’à se baisser pour ramasser de l’or.

Bon, ce n’était pas que pour chercher de l’or, le but était aussi de rapporter des épices et des esclaves. Où ? Dans la fameuse cité de Cajamarca, bien entendu, par au Leclerc du coin.

Direction l’Amérique du Sud où Pizzaro se remémorera aussi son expédition ratée au Panama. Le flash-back dans le flash-back…

Pizzaro ? Au fait, qui c’est ? La minute historique… En 1531, Francisco Pizarro (1478-1541) débarquait sur les côtes péruviennes afin d’entreprendre la conquête de l’empire inca au nom de la Couronne espagnole. On peut dire que Pizzaro était un grand conquérant (en deux mots ?).

Les dessins sont très bien exécutés, les couleurs chatoyantes, les expressions du visage sont bien réalisées. Nous sommes dans du dessin réaliste, très réaliste.

Ce premier album ne nous apprendra rien de neuf sur la duplicité et l’avidité de l’Homme Blanc qui, posant son pied sur une terre qui ne lui appartient pas, la déclare possession de l’Espagne, sans bien entendu demander l’avis des tribus autochtones qui l’habitent.

Si ma première impression est bonne, en creusant un peu, j’aurai quelques bémols à lui adresser, notamment l’absence de repères temporels. Tout le monde ne connait pas les dates des expéditions espagnoles, nom d’un chien ! Ni les localisations. Sans le Net, nous serions dans le flou total.

Le scénario est assez conventionnel, commençant par un homme blessé qui se souvient de ses expéditions… Oui, c’est du déjà-vu, du super déjà-vu, mais bon, ça fonctionne encore bien, même si, avec un deuxième flash-back dans le premier, on commence un peu à se mélanger les pinceaux.

Un autre bémol, qui sera peut-être résolu dans les tomes suivants, c’est le manque de profondeur des différents personnages. Il est plus facile de donner des détails dans un roman que dans une bédé, qui est limitée en cases, mais tout de même, là, on se retrouve avec la même sensation que lorsqu’on commence une série télé après quelques épisodes : on est perdu !

Sauf que dans mon cas, c’est l’épisode premier et il n’y en aura que deux ensuite ! Dommage que l’on n’en sache pas un peu plus pour commencer la saga.

Pour le reste, le scénario est d’un classicisme banal, rien de neuf sous le soleil et la manière de le conter n’est pas exceptionnelle non plus. Nous sommes dans du déjà-vu et rien pour relever les grands con-quérants espagnols qui n’ont aucun scrupules à tuer les indigènes qui leur ont donné à boire et à manger.

La dernière case, par contre, laisse le lecteur sur un dessin magnifique et un cliffhanger énorme. Je n’attendrai pas pour poursuivre ma lecture, même si pour cette mise en bouche, j’aurais apprécié un peu plus d’épices ou du moins, une manière moins classique de raconter un scénario ultra classique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°246], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Blanc autour : Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Titre : Blanc autour

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Stéphane Fert

Édition : Dargaud (15/01/2021)

Résumé :
1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles.

Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace.

Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise.

Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Critique :
Jeune enfant, on m’avait expliqué à l’école que la guerre de Sécession avait eu lieu parce que les vilains du Sud étaient esclavagistes et que les gentils du Nord pas.

Qu’au Nord, les Noirs n’étaient pas traités en esclaves mais en Hommes libres…

Puis, un jour, en lisant l’album « Black Face » des Tuniques Bleues, j’avais appris que si les Noirs n’étaient pas des esclaves dans le Nord, ils n’avaient pas de droits, zéro, nada, que dalle et étaient aussi mal considérés que dans le Sud (et sans doute dans nos pays aussi, ne nous faisons pas plus catho que le pape).

Les dessins sont spéciaux, mais ils ne m’ont pas dérangés une fois que je m’y suis habituée. J’ai aimé le style minimaliste de certaines cases, sans paroles, mais où les expressions affichées sur les visages des gens montraient bien tout le bien qu’ils pensaient qu’une jeune fille noire soit instruite et qu’ensuite, toute l’école pour jeunes filles Blanches devienne une école pour les jeunes filles Noirs.

Nous sommes dans le Nord, l’esclavage est aboli mais n’allez pas croire que les Blancs acceptent que les Noirs aient des droits, ni même le droit à l’instruction car c’est dangereux d’être instruit, de savoir lire, écrire. Le dernier Noir a qui on a appris à lire s’est révolté. Pour eux, pas question ! Déjà que l’on accepte que des jeunes filles blanches soient instruites… Manquerait plus que toutes les femmes le soient !

Les Noirs ont juste le droit d’être leurs bonnes à tout faire, leur homme à tout faire, bref, de bosser librement mais en se taisant, merci bien. Pourtant, si ces personnes qui poussent des hauts cris s’étaient intéressés à ces jeunes filles, ils auraient appris qu’elles venaient quasi toutes de familles afro-américaine appartenant à la middle-class.

Ce roman graphique, sans montrer trop d’horreurs, nous laisse quand même entrevoir entre les lignes, avec des images sans paroles, toute la violence contenue dans ces hordes de gens bien pensants qui estimaient que les jeunes filles Noires ne pouvaient pas être instruites.

Car ils se doutaient que cela ne s’arrêterait pas là, que ça impliquerait ensuite que leur monde allait changer et eux, comme des petits enfants, ne voulaient pas que leur monde change ! Normal, ils avaient le pouvoir… Il ne fallait pas compter non plus sur les femmes Blanches pour jouer la solidarité féminine puisque ces dames étaient des épouses soumises aux avis de leur mari.

Wilfried Lupano use toujours de finesse dans ses analyses de situation, sans manichéisme, ses portraits de personnages sont travaillés et l’auteur explore plusieurs pistes, plusieurs courant de pensées, nous remettant en mémoire que l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

Avec peu de mots il arrive à regrouper tous les comportements aberrants, lâches, violents, disproportionnés, des gens quand ils ne sont pas d’accord avec quelque chose. Certains crient des choses sensées, véridiques, afin d’ouvrir les yeux des filles et le jeune Sauvage, petit garçon Noir libre d’aller où il voulait, sans jamais avoir été instruit, avait tout compris.

Les Blancs de cette Histoire sont instruits, la plupart (surtout les hommes), mais jamais ils n’useront du dialogue, ne s’exprimant que par la brutalité des gestes et des mots, comme s’ils étaient tous mal dégrossis. Et toujours à plusieurs parce que la lâcheté les empêcherait de le faire seul. Ensuite, comme toujours, ils et elles se donneront bonne conscience en disant qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette folie furieuse.

Lorsqu’on connait l’Histoire américaine et que l’on sait qu’à la rentrée des classes 1957, dans les universités, il fallu accompagner les quelques étudiant(e)s Noirs qui y firent leur entrée par des gars de la Easy Compagny, on se dit que le chemin va être encore long et laborieux avant que le regard des gens changent…

Et au vu de l’actualité, je me dis que le regard des gens n’a pas changé autant que ça, malheureusement.

Un magnifique album graphique qui met en scène une partie de l’Histoire dont nous n’avions pas connaissance et je me suis réjouie de l’apprendre parce que dans toute cette merde ségrégationniste, il y avait des gens biens et malgré tout, des lueurs d’espoir.

Non, la liberté n’est pas gratuite, faut aller la chercher, se battre pour l’avoir, pour la garder, mais qui dit liberté dit aussi responsabilités.

Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Roman graphique.

Wild west – Tome 2 – Wild Bill : Thierry Gloris et Jacques Lamontagne

Titre : Wild west – Tome 2 – Wild Bill

Scénariste : Thierry Gloris
Dessinateur : Jacques Lamontagne

Édition : Dupuis (05/03/2021)

Résumé :
Savez-vous comment Martha Cannary est devenue Calamity Jane, la femme la plus célèbre du Far West, ou encore comment elle a connu Wild Bill, ce vétéran de la bataille de Five Forks et héros de la guerre de Sécession, chasseur de primes, justicier et roi de la gâchette ?

Dans des décors époustouflants, ce western au dessin flamboyant nous entraîne au cœur de la conquête de l’Ouest à travers les paysages les plus emblématiques de l’Ouest américain.

Un monde sauvage, sans foi ni loi. Au lendemain de la guerre civile, alors que les guerres indiennes font rage, Wild Bill est toujours à la poursuite des assassins d’un crime qu’il s’est juré de venger. Sur ce territoire à feu et à sang, il recroisera bientôt Martha.

Dans Wild West, les légendes prennent vie, et plongent au-delà des mythes dans la réalité cruelle d’un enfer impitoyable.

Au plus près du contexte historique, à cette époque de la ruée vers l’or, de la construction du chemin de fer et des massacres de bisons, la saga embarque dans le présent de l’Histoire avec ses odeurs de poudre, de sang et de larmes.

Critique :
Calamity Jane m’avait enchanté, Wild Bill Hickok allait-il faire de même ?

Hormis le fait qu’il porte un peu trop haut son chapeau, sur la couverture, l’album a rempli son contrat et j’en suis sortie plus que satisfaite.

Bon, je passerai sur le fait qu’il ne doit pas être facile pour Martha Cannary (Calamity Jane) de cacher sa féminité au sein d’un bataillon de Tuniques Bleues, que c’est quasi impossible au bout d’un moment, mais ce serait chipoter.

Nous sommes dans un western réaliste, autrement dit, pas chez la famille Ingalls au milieu de la prairie (série bien connue) mais dans un film de Sergio Leone où 3 types aux mines patibulaires font face à celui qu’ils nomment « étranger ». Oui, si tu n’es pas du coin, tu es étranger !

La scène de la mouche et la musique d’Ennio Morricone en moins, on se croirait dans « Il était une fois dans l’Ouest ». Si vous connaissez le film, vous comprendrez que dans ce western réaliste, on a de la violence totalement gratuite car les Humains sont ainsi…

Où qu’il aille… l’homme corrompt tout.

Dans ces plaines, on tue des bisons et on ne prend même pas la peine de retourner la bête pour prendre la peau de l’autre côté… Une gabegie, une fois de plus, comme si les bisons étaient reproductibles à l’infini et que quelque soit le nombre que l’on massacre, Dieu pourvoira à leur remplacement…

Wild Bill est un homme de parole, quand il promet une chose, il va jusqu’au bout et même le diable ne lui fera pas détourner de sa mission, même pas des billets verts.

Des comme lui, on n’en a pas fait des masses. Chasseur de primes, il a tout de même une certaine humanité contrairement à ces cols blancs de Washington qui ne respectent aucun des traités qu’ils ont signés. Le génocide des Amérindiens va s’accélérer avec les parcages dans des camps de la mort, appelés « réserves » pour faire politiquement correct.

De l’autre côté, nous suivrons aussi notre Martha Cannary qui se retrouve dans une situation qu’elle n’aurait jamais pensée et va devoir s’acclimater au milieu d’un peuple qu’elle ne connait qu’aux travers des récits des autres qui les considèrent comme des sauvages barbares.

Les dessins sont toujours extraordinaires, sauf pour les chevaux que j’ai trouvé fort figés, mais les paysages donnaient envie d’aller chevaucher dans ce pays magnifique (dommage qu’il y ait certains américains) et qui aurait pu devenir quelque chose de grandiose si les Hommes qui y mirent pied avaient eu une autre mentalité au lieu d’être avide de toutes les richesses.

Ce deuxième album est riche en détails, riche en Histoire, riche en horreurs humaines et ne se prive pas de taper là où ça fait mal, sans pour autant diaboliser les Blancs et glorifier les Rouges, mais en montrant que les imbéciles sont partout, les assoiffés de violences aussi.

À force d’avoir massacré les Indiens, de les avoir roulés, grugés, volés, mis plus bas que terre, ces derniers ont la rage, ils veulent montrer ce qu’ils valent, défendre leurs territoires sacrés, leurs bisons, leurs familles et une fois que le premier domino des assassinats vengeurs est tombé, impossible d’arrêter les autres car les plus modérés ne seront plus écoutés par les jeunes impulsifs.

Si on peut le lire indépendamment du premier tome, il y a tout de même une continuité et ce serait bête de passer à côté de l’excellent Calamity Jane.

Un album qui sent la sueur, le sang, les larmes, la poudre de fusil, le canasson, les massacres de bisons, d’Indiens, de colons, les injustices et les magouilles des politiciens pour éliminer définitivement le problème des Indiens et pouvoir prendre le reste de leurs territoires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°229], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur , le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 54 pages et le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Western N°30.

Le chant du bison : Antonio Pérez Henares [LC avec Bianca]

Titre : Le chant du bison

Auteur : Antonio Pérez Henares
Édition : HC (21/01/2021)
Édition Originale : La cancion del bisonte
Traduction : Anne-Carole Grillot

Résumé :
Il fut un temps où deux espèces humaines coexistaient sur terre : Homo sapiens et Néandertaliens. Que s’est-il passé pour que l’une d’elles disparaisse ?

Chat-Huant est encore jeune lorsqu’il voit arriver dans sa grotte celui que l’on surnomme l’Errant, que tout le monde craint et respecte. La solitude du petit garçon et son intelligence poussent le grand homme à l’emmener avec lui dans son long périple.

Un voyage initiatique commence alors pour le jeune Homo sapiens, qui découvre de nouvelles contrées, de nouveaux horizons, de nouveaux clans, leur art, le pouvoir des femmes… Il va aussi s’approcher de la vallée des Premiers Hommes où vivent Terre d’Ombre et les Néandertaliens.

Mais alors que les Lunes de glace deviennent de plus en plus rudes, alors que chaque nuit est une occasion de mourir, Chat-Huant et Terre d’Ombre comprennent qu’ils ne vont pas avoir d’autre choix que celui de s’affronter pour tenter de survivre.

Extraordinairement documenté, Le Chant du Bison est aussi un roman d’amour et d’aventure au temps de la dernière glaciation. Best-seller en Espagne dès sa sortie, Le Chant du Bison est particulièrement actuel, mettant en lumière les valeurs écologistes et féministes de nos ancêtres néandertaliens.

Critique :
S’il y a bien une matière qui me faisait chier à l’école, c’était celle consacrée à la préhistoire et aux hommes des cavernes… Faut dire aussi qu’on en a bouffé à chaque rentrée des classes, des hommes des cavernes !

La faute n’est pas imputable à nos lointains ancêtres mais à la manière dont les profs donnaient leurs cours, revenant sans cesse sur les mêmes sujets (et j’ai quand même tout oublié) et sur le fait que, nom d’une pipe, j’aurais préféré en apprendre plus sur mon siècle (le 20ème, merci de ne pas remonter plus loin) et sur les deux guerres mondiales que sur les hommes en fourrures qui vivaient dans des grottes.

Une fois adulte, maintenant que l’on sait plus de chose qu’il y a 35 ans (purée, on m’a appris des conneries à l’école !), le sujet est devenue bien plus passionnant ! J’ai dévoré la bédé Sapiens et je me suis jetée comme une affamée sur Le chant du bison.

Il faut saluer avant tout le travail de documentation de l’auteur, ses notes en fin de chapitres étaient remplies de détails historiques, des quelques licences que l’auteur parfois a prises avec l’Histoire. C’était très instructif car tout son récit s’appuie sur des faits avérés ou des preuves découvertes dans les grottes, essentiellement en Espagne et dans le Sud de la France.

Les chapitres sont assez courts, ce qui fait que le récit avance bien, surtout qu’il est en alternance avec les aventures de Chat-Huant, qui fait partie des Peaux Sombres (Sapiens) et de Terre d’Ombre, métis entre une Peau Sombre et un Pattes Courtes.

Les Pattes Courtes ne sont pas une manière polie de parler de personne de petite taille qui souffrent de verticalité contrariée… C’est tout simplement l’appellation d’un Néandertalien, dit aussi Premiers Hommes.

Qu’est-ce qui s’est passé entre les Sapiens et les Néandertaliens ? Pourquoi une race s’est-elle éteinte et l’autre à t-elle prospéré ? Génocide ? Extinction naturelle ? Impossibilité des Néandertaliens d’évoluer comme les Sapiens ont réussi à la faire, développant des armes de jet et racontant des histoires pour fédérer tout le monde ? Les meilleurs enquêteurs sont sur la piste : pour le moment, rien n’est exclu…

L’auteur, dans son roman, nous donne une piste, qui est tout à fait plausible car les Hommes de l’époque n’ont pas tellement changé par rapport à ce que nous sommes maintenant : lutte pour le pouvoir, magouilles et compagnie, mise à l’écart d’un bon élément s’il est susceptible de nous faire de l’ombre, peur des autres (ceux qui sont différents de nous qu’on prend toujours pour des sauvages, des barbares), très haute opinion de nous-mêmes (trop haute)…

Ce récit est une grande aventure qui nous fera voyager dans le Nord de l’Espagne et ce, jusqu’en France, dans le Sud, plus précisément à la grotte Chauvet. Là, j’était en terrain connu puisque j’ai eu la chance de visiter la réplique de cette grotte et putain de nom de dieu, c’était magnifique (mais 1h, c’est trop rapide, j’aurais aimé y flâner, mais ce n’était possible qu’en juillet/août à l’époque où le covid ne pourrissait pas notre vie).

Les personnages sont attachants, autant Chat Huant que l’Errant, que Pavot ou même Terre d’Ombre, qui cherche sa place, lui qui est un sang-mêlé. Hé oui, rien n’a changé !

Si les Sapiens aiment bouger, aller voir ailleurs, changer de territoire, les Néandertaliens sont plus casaniers, n’aimant pas changer de méthode quand une fonctionne très bien, n’aimant pas aller sur les territoires des autres afin de ne pas ramener la merde ensuite. On ne peut pas leur donner tort non plus…

Ce roman n’est pas à lire si vous voulez de l’action pure et dure et un récit qui avance à la vitesse d’un coureur cycliste dopé, dans une descente de montagne. C’est un récit qui prend son temps : celui de planter ses décors, de nous montrer les mœurs de nos ancêtres, de présenter ses personnages et de les approfondir.

Malgré tout, dès la première ligne avalée, j’étais immergée dans mon récit et j’avais du mal à le lâcher car c’était instructif, intéressant, bien écrit et malgré le fait que les dialogues sont courts et peu présent, je me suis attachée aux personnages et me suis gavée de cette histoire qui, si elle m’avait été présentée ainsi à l’école, m’aurais empêché de soupirer sans fin.

Une LC réalisée avec Bianca, qui avait attiré mon attention sur ce roman qu’elle venait de recevoir et j’ai dit oui tout de suite ! Aucun regret car c’était une super lecture qui m’a bien rempli mon petit cerveau. Tourner la dernière page m’a donné un petit coup au cœur car j’étais bien avec ces personnages. Pour Bianca, la lecture fut plus mitigée, trouvant le récit trop dense et contemplatif. Deux avis différents… Suivez le lien pour lire le sien.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°43].