Possédées : Frédéric Gros [LC avec Bianca]

Titre : Possédées

Auteur : Frédéric Gros
Édition : Albin Michel (18/08/2016)

Résumé :
En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions, victime d’hallucinations.

Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Église les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes.

Critique :
♫ Possédées, nous étions toutes possédées ♪ Avoir envie de s’auto-flageller ♫ Et à des bites rêver ♪ Possédées ♪

Le sexe de nos religieuses serait-il devenu l’enfer ? Oui, parce que Satan l’habite (je n’ai pas pu résister au jeu de mot).

Enfin, c’est ce qu’il paraît parce que ce roman, je l’ai survolé de très haut, sautant les phrases et n’arrivant à m’agripper à rien.

Une lecture en travers, voilà comment je désignerais ce que je viens de faire, ne m’arrêtant que sur certains passages, et même eux n’étaient pas intéressants.

Mea culpa, j’ai péché ! Mon père, donnez-moi l’absolution parce que j’ai commis le péché de lecture en diagonale.

Et si vous ne me pardonnez pas, alors, excommuniez-moi, déclarez-moi hérétique, je m’en fous, parce que de toute façon, rien de rien, non, je ne regrette rien.

Si ce n’est de m’être laissée tenter par un résumé aguichant, intéressant, intriguant…

Anybref, une lecture qui ne restera pas dans mes annales (avec deux « n » s’il vous plait, bougre de petits cochons) et niveau bonnes sœurs, ma préférée restera toujours Sœur Marie-Thérèse des Batignolles.

Une lecture à oublier et un livre à bazarder au plus vite.

Ma copinaute Bianca a adoré sa lecture, elle. Voyez son avis, pour avoir une autre opinion que la mienne.

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°40 – Le Manoir de l’Abbaye – lire un livre dans lequel la religion est un sujet important).

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Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants : Ken Follett [LC avec Bianca]

Titre : Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (30/09/2010) / LP (04/01/2012)
Édition Originale : The Century Trilogy – Book 1 – Fall of Giants (2010)
Traducteurs : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Viviane Mikhalkov

Résumé :
En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde…

Cinq familles – américaine, russe, allemande, anglaise et galloise – vont se croiser, s’aimer, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire: la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.

Cette gigantesque fresque brasse toute la gamme des sentiments humains et dresse une galerie de portraits saisissants : des personnages exceptionnels, passionnés, ambitieux, attachants, tourmentés, qui bravent les obstacles et les peurs pour s’accomplir en dépit des tragédies qui les emportent.

Entre saga historique et roman d’espionnage, histoire d’amour et lutte des classes, Le Siècle, la nouvelle épopée de Ken Follett en trois volumes, traverse la période la plus agitée, la plus violente et la plus complexe des temps modernes : la grande aventure du XXe siècle…

Critique :
♫ Qui c’est qui est très gentil ? Les gentils ♪ Qui c’est qui est très méchant ? Les méchants ♫ Qui c’est qui est l’mieux à l’écrit (les gentils) ♫ Qui n’a pas de circonstances atténuants (les méchants) ♪

Cette petite chanson pour illustrer le problème des romans de Ken Follet : le manichéisme de ses personnages et le fait que peu d’entre eux évoluent dans un sens ou l’autre.

Les méchants restent bêtes, méchants et bornés et les gentils sont pourvus de toutes les qualités.

Et vous savez le pire ?? C’est que chez Ken Follet, ça ne me pose que très peu de problème ce manichéisme assumé.

Si en lisant (ou en regardant) Game Of Thrones, je frémis pour chaque personnage que j’apprécie, je sais que chez Ken Follet j’ai peu de risque de les voir mourir. Ce n’est sans doute pas très réaliste, je le sais, mais j’apprécie le fait de ne pas me faire du mauvais sang pour les personnages que j’apprécie.

De plus, dans ce roman, les femmes sont toutes avec des envies d’indépendance, féministes, battantes, intelligentes (je ne m’en plaindrai pas). Je parle bien entendu des femmes ayant un grand rôle à jouer.

Voilà, c’est dit.

Par contre, niveau saga historique, là, le père Follet, il assure un max parce que je viens de lire la Première Guerre Mondiale comme j’aurais aimé qu’on me l’expliquasse à l’école (pour info, on nous a parlé de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg-Este, la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie et la guerre qui commence avec le jeu des alliances et puis, basta, terminé, merci au revoir).

Durant 1.000 pages, l’auteur va nous faire passer de 1911 à 1924, nous montrant les prémices du futur conflit à venir (discussion politiques) et ensuite de ce qui se déroula durant la guerre (certaines batailles), et ce, au travers de plusieurs personnages bien distincts, que ce soit au niveau des nationalités ou de leur origines sociales.

Dommage que en plus des russes, des anglais, des gallois, des américains et des allemands, il n’y ait pas eu le point de vue de personnages belges puisque les allemands ont traversé mon petit pays sans nous demander notre avis.

PS : Ils voudraient le refaire maintenant, ils se retrouveraient bloqués au carrefour Léonard, sur le Ring, sur le pont Van Praet et casseraient leurs chenilles sur nos routes pleines de trous.

L’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur la presse qui fit monter la haine envers les perdants ou qui fit la propagande de la guerre, sur les gouvernements, les officiers ou les aristocrates très va-t-en-guerre (pour ne pas sortir les noms d’oiseaux), sans parler des officiers à qui il n’aurait même pas fallu confier un chien pour aller le faire pisser.

J’aimerais vous parler plus en profondeur de ce livre, de cette saga énorme, de tout ce qu’elle renferme d’important, de vous dire que j’avais l’impression d’y être, que le suspense était tel, à un moment donné, que j’ai espéré que la guerre ne se fisse pas, que Lénine ne prenne pas le pouvoir et que la bataille de la Somme ne se termine pas en boucherie.

C’est vous dire le talent de l’auteur pour me faire espérer des faits que je sais avérés.

L’avantage d’un récit historique romancé, c’est qu’il nous permet de nous attacher à certains personnages et cela rend les discussions politiques moins absconses, moins impersonnelles.

L’avis de ma copinaute Bianca se trouve sur son blog : un lecteur averti en vaut deux ! Et un clavier Azerty aussi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) , le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°27 – Traité Naval – Intrigue en partie politique).

Les Voies d’Anubis : Tim Powers

Titre : Les Voies d’Anubis

Auteur : Tim Powers
Édition : Bragelonne (18/02/2015)
Édition Originale : The Anubis Gates (1983)
Traducteur : Gérard Lebec

Résumé :
Lorsque le professeur Brendan Doyle accepte de donner une conférence sur le poète anglais Coleridge, il est loin d’imaginer qu’il ne va pas tarder à le rencontrer en personne… en 1810 !

Car après avoir accepté l’offre d’un millionnaire ayant percé les mystères du voyage dans le temps, le voilà plongé dans une aventure rocambolesque traversant un Londres peuplé de bohémiens, de mendiants douteux et de sorciers terrifiants, tel ce clown macabre qui règne sur le monde souterrain.

Et pour couronner le tout, Doyle ne peut revenir à son époque, à moins de déjouer les plans malfaisants des mages égyptiens qui veulent ramener leurs anciens dieux à la vie. Mais osera-t-il prendre le risque de changer le cours de l’Histoire ?

Mêlant les thèmes du voyage temporel, du mythe du loup-garou et de la magie noire égyptienne dans le Londres victorien, ce roman qui a remporté les prestigieux prix Apollo et Philip K. Dick, est le grand classique à l’origine du steampunk.

Critique :
Les voies d’Anubis sont-elle impénétrables, comme celle de Dieu ?

Et bien non, elles sont totalement pénétrables, dans un sens comme dans l’autre, mais pas à tout moment car les failles ne sont pas ouvertes partout et en même temps…

Ah, quel voyage fantastique je viens de faire, mes amis ! Dans le temps et dans l’espace.

Nous partîmes en 1983 et pas un prompt saut dans le temps, nous arrivâmes en 1810, à Londres.

Oubliez le Londres de Sherlock Holmes, si la misère est bien présente, si les mendiants et leur confrérie sont bien là a agiter leur escarcelle, nous sommes aussi dans un monde où la magie existe, même, si, au fil des époques, elle perd de sa force.

Difficile de s’ennuyer dans ce roman fantastique, sauf peut-être au départ, qui est un peu poussif, mais ensuite, attachez vos ceintures et accrochez à tout ce qui dépasse.

Dans ces pages de l’édition cuivrée (du plus bel effet) il y a moult personnages différents, en plus du principal, Brendan Doyle, sans que pour autant on puisse les mêler et ne plus s’y retrouver.

Niveau action, on n’est pas volé sur la marchandise, ça bouge, ça saute dans le temps et pour le même prix, vous passerez donc de 1983 à 1810, puis dans les années 1660. N’oubliez pas votre passeport, ni votre crème solaire, car en plus de voyager dans le temps et on ira se balader à Alexandrie (♫ Alexandra ♪).

Les voyages dans le temps… Quand je me mets à réfléchir à la chose, j’en attrape des migraines : comment peut-on influencer le passé alors qu’on vient juste se sauter dans le passé ?

On pourrait le changer, mais le passé n’aurait pas pu être changé à l’avance par nous, puisque l’on vient juste d’y sauter !

Un peu comme si Marty McFly, en chantant Johnny Be Good de Chuck Berry au bal de ses futurs parents, devenait en fait Chuck Berry, qui lui, n’aurait tout simplement pas existé, puisque ce serait McFly qui, en chantant la chanson, l’avait crée. Vous suivez ?

Impossible que ce soit McFly qui soit l’auteur originel de la chanson dans le passé, puisqu’il vient seulement d’arriver dans le passé et que moi, je ne comprend plus ce qui a bien pu se passer dans ces foutus voyages temporels (j’ai jamais rien compris, d’ailleurs).

Bref, grosse migraine en tentant de comprendre ces choses rationnellement, mais si je ne cherche pas la petite bête à la quadrature du cercle des voyages temporels, le tout devient foutrement amusant dans l’histoire.

Un roman abracadabrantesque, comme disait l’autre. Sans compter que nous mélangeons plusieurs mythes, dont celui des Dieux Égyptiens, des voyages dans le temps sans voiture, et que l’auteur récrit le mythe du loup-garou de manière totalement éclairée et jubilatoire.

Anybref, si vous aimez le fantastique, un brin de steampunk (léger, on est à ses débuts), la grande Aventure (avec un A majuscule), les voyages en tout genre, Londres, la mythologie égyptienne, la magie, l’action, le mystère, le suspense, la poésie, je vous conseille d’embarquer pour le Grand Voyage !

Prière de laisser tout objets vous rattachant à votre époque à l’accueil, merci.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule, le Challenge Totem (Loup-Garou) chez Lili Galipette et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

[FILMS] 300 de Zack Snyder (2007)

300 est un péplum américain coécrit et réalisé par Zack Snyder, sorti en 2007.

Tiré du roman graphique 300 de Frank Miller et Lynn Varley, le film donne une vision fantastique de la bataille des Thermopyles en -480 et a été tourné en grande partie à l’aide de la technique d’incrustation afin de restituer l’imagerie de la bande dessinée de Frank Miller.

Zack Snyder a réalisé le film courant 2006.

Le film a recours aux mêmes procédés techniques que le film Sin City (adapté lui aussi d’une bande dessinée de Frank Miller), avec l’utilisation massive d’images de synthèse.

Même si toutes les scènes présentes dans la bande dessinée originale sont fidèlement reconstituées sur grand écran, le scénario a été complété de quelques personnages et scènes supplémentaires :

  • Dans la bande dessinée, Éphialtès, qui finit par trahir les Spartiates (et qui est une sorte de monstre difforme dans le film), tente de se suicider lorsque Léonidas refuse de faire de lui un guerrier. Dans le film, la scène fut tournée, mais coupée au montage.
  • Toutes les scènes se déroulant à Sparte qui impliquent la reine et montrent les intrigues politiques au sein de la cité ont été ajoutées pour renforcer l’unique rôle féminin.
  • Des éléments fantastiques et divers bêtes comme le rhinocéros ont été ajoutés.

Le film a été presque entièrement tourné sur fond bleu et vert, aux Ice Storm Studios de Montréal. Seule la scène de chevauchée des messagers au début du film, impossible à réaliser en studio, a été tournée en extérieur.

Près de 1.300 effets visuels ont été nécessaires, soit une moyenne d’un effet visuel par plan.

Les acteurs ont suivi un entraînement sportif intensif de plus de huit semaines avant le début du tournage.

Dans ce film, les acteurs Gerard Butler et Andrew Pleavin jouent à nouveau ensemble, cinq ans après leur collaboration dans Attila le Hun de Dick Lowry.

Gerard Butler avait là encore le rôle principal, tandis qu’Andrew Pleavin interprétait Flavius Oreste, un fidèle général d’Attila.

Ce que j’en ai pensé :
Oui, je sais ce que vous aller me dire, que ce film ne reflète pas la réalité historique, que cela ne s’est probablement pas déroulé de la sorte…

Que si ça se trouve, Léonidas, avant d’être une enseigne qui vend des pralines (et pas les meilleures), était peut-être un gros looser, un tyran, qu’il a p’t’être même chié dans son froc aux Thermopyles face aux guerriers de Xerxès.

Que les Perses de l’époque disent que ceux de cette époque là n’étaient pas des barbares…

Je sais tout cela, mais malgré tout, 300 fait partie de mes films préférés.

Que voulez-vous, des mecs constitués de belles tablettes de chocolat, torses nus, se promenant en slip de cuir tout en brandissant des longues lances, moi, ça m’excite !

D’ailleurs, là, je viens de le regarder une fois de plus, sur la toute nouvelle télé (l’ancienne a rendu l’âme après 17 ans de services) et sur BRD, en plus !

L’extase totale à chaque combat filmé au ralentit, à chaque débordement sanguin et devant tout ces beaux mâles montrant leurs belles protubérances musculaires (vous pensiez à quoi ??) lorsqu’ils tuent, décapitent, tranchant l’ennemi qui revenait toujours en surnombre. Mes frères tombaient l’un après l’autre devant mon regard, Sous le poids des armes que possédaient tous ces barbares ♫

On pourra leur reprocher une esthétique plombée par des dialogues pompeux, que c’est un atroce film de propagande, que c’est sans scénario, ni personnages…

Mais rien à faire, je suis ainsi, j’adore regarder ce film, ses images, ses ralentis, ses couleurs, et sur grand écran, c’est encore plus mieux.

C’est beau, ces guerriers qui meurent pour sauver leur liberté, leurs familles, leur pays de l’odieux envahisseur qui voulait que Leonidas courbe l’échine devant lui. Namého, et puis quoi encore !

Oui, ça fait très propagande… ça fait très « héros » alors que ceux d’en face sont de vils envahisseurs, commandé par un type qui se prend pour un Dieu et qui ne respecte aucun de ses guerriers, généraux. Un chef qui pense que les autres sont un torchon sur lesquels s’essuyer les pieds.

manichéen, je vous l’avoue, je vous le concède, mais pas moyen, je ne suis pas partiale, si spartiate, d’ailleurs.

De plus, j’ai reconnu la reine de Leonidas : c’est Cercei Lannister !! La coquine jouait dans le film, mais à l’époque, GOT ne passait pas sur l’écran de mon PC. C’est déjà son regard et niveau intrigues politiques, elle a déjà de qui tenir. Mais je la préfère en blonde.

Donc, ne tenez pas compte de ma note, elle ne reflète sans doute pas la réalité, mais je n’y peu rien, j’aime trop ce film.

On ne me refera plus…

Dame Ida contre-attaque

Herma Gesty, nonagénaire chapeauté et brodée de diamants commençait à s’ennuyer ferme à Pâlemoral.

Entre la plastique irréprochable de la femme de son petit fils qui occupait les photographes qui désormais la boudaient, et les diamants gros comme des petits pois que son autre petit fils avait offerts à la roturière divorcée accessoirement actrice qui voulait entrer dans sa famille, Herma Gesty se sentait vieille et dépassée par le triomphe de ce XXIème siècle décadent.

Il était bien loin, le temps où sa grand-mère Mary lui tapait sur les doigts avec une règle en fer lorsqu’elle se trompait dans le choix des dix-huit pièces d’argenterie qu’elle devait savoir utiliser à table lors d’un dîner officiel !

Aujourd’hui on mangeait avec ses doigts à même la barquette en plastique tout juste sortie du micro-onde ! Et exiger qu’une jeune fille arrive vierge au mariage passait pour une survivance d’un vieil ordre patriarcal bourgeois oppressant les femmes !

De là à accepter de devoir payer une fortune pour organiser un défilé haute-couture dans l’allée centrale de la cathédrale Saint-Paul laissant libre au cours à l’imagination la plus audacieuse du Chapelier-Fou, pour que son petit-fils gaffeur en diable passe une bague hors de prix au doigt d’une créature que la moitié de la planète avait déjà peut être vue nue au cinéma… c’est était trop !

Sans compter son vieux Phiphi gâteux qui tirait la tronche en tournant en rond à la maison parce qu’il ne voulait même plus inaugurer les chrysanthèmes sous prétexte qu’à son âge, ça portait malheur…

C’est qu’elle ne supportait plus non plus de voir sa tête depuis qu’elle avait compris que plus aucun chapeau ne parviendrait à cacher les grandeur des cornes qu’il lui avait porté en 70 ans de mariage !

Inspirée par l’exemple d’Agatha Christie, Herma Gesty fit rapidement ses bagages pour partir en fugue !

Après s’être fait aider par trois de ses boys afin de caser ses 18 valises Vuitton dans sa Range- Rover, Herma Gesty pris la route espérant juste ne pas tomber sur un contrôle routier vu qu’elle n’avait plus droit à un passeport depuis belle-lurette et qu’elle ne savait pas davantage ce qu’était devenu son permis de conduite.

Herma Gesty avait reçu quelque jours plus tôt une invitation à prendre le thé d’une certaine Dame Ida qui se disait très liée à l’aristocratie britannique, mentionnant ses contacts avec Lady Gaga et Lady Marmelade qu’Herma ne se souvenait pas avoir déjà croisées…

Elle rencontrait tant de monde il faut dire… Des gens qui la saluaient silencieusement, faisaient une révérence en regardant leurs pieds, et lui lâchaient à peine un « Très honoré » quand elle leur adressait brièvement la parole…

Elle fut simplement contrariée quelques minutes en se rendant compte qu’elle avait pris le tunnel sous la Manche à contre sens, ayant un peu trop vite anticipé le fait qu’on ne roulait pas du même côté en France et en Grande Bretagne…

Cela mis un joli bordel ce jour-là dans la circulation de l’Eurostar, mais le service diplômatique s’arrangea avec le Quai d’Orsay pour mettre ça sur le compte d’une grève de la CGT afin que l’affaire passe inaperçue…

Même de la part des CGTistes eux-mêmes puisqu’ils déposent des préavis de grève tous les jours sans toujours pointer celles qui sont retenues ou non, ni pourquoi on fait grève.

Arrivée près de Paris, elle demanda à son GPS d’éviter le Pont de l’Alma… Se souvenant que son fils avait un jour dit à sa première femme notoirement aussi infidèle que lui, qu’elle finirait sous un pont…

Cette Dame Ida l’avait invité à prendre le thé… Elle lui offrirait bien le gîte et le couvert si elle s’éternisait ainsi que les tableaux ou meubles qu’elle complimenterait ainsi que le voulait l’usage…

***

Dame Ida se trouva stupéfaite en ouvrant sa porte ! La Nonagénaire Chapeautée était là devant elle !

Dans un ensemble bleu électrique agrémenté que quelques rubans verts fluo fichés dans un chapeau ressemblant à une galette des rois légèrement trop fourrée de frangipane. Trois rangs de perles, une broche de diamants et saphirs grosse comme un pomelo chinois complétaient le tableau.

Les mains jointes sur l’anse de son petit sac à main, elle était plantée là avec une meute de cinq ou six corgis remuants et couinant qui semblaient ne pas vouloir s’éloigner du périmètre de son jupon.

Cela rassura Dame Ida ! Il ne faudrait pas que ces sales klebs salopent son salon ! Elle avait fait le ménage la semaine dernière, et la poussière était à peine retombée.

Cela étant si elle avait su qu’Herma Gesty venait, elle aurait pris le temps de passer l’aspirateur…

D’ailleurs cela était surprenant cette visite à l’improviste ! La vieille n’était-elle pas censée s’annoncer par son secrétariat ? Elle n’avait jamais répondu elle-même aux invitations qu’elle lui avait adressée… Ce n’était pas très poli ça !

Aussi Dame Ida se dit qu’elle recevrait la vieille aussi poliment que celle-ci s’était imposée à elle !

Elle la fit assoir dans un de ses fauteuils du salon pour partir préparer des scones et du thé tandis que Pupuce et Choupinou étaient censés lui faire la conversation en essayant d’éviter de s’entre-tuer.

Si la Nonagénaire Chapeauté arrivait à dresser une meute de corgis, peut-être arriverait-elle à calmer ses mioches en pleine crise d’ado ?

Convaincu par cette idée, Dame Ida pris donc bien son temps pour infuser son Earl Grey (Nan ! Le Lapsang, c’est pas pour les invités ! C’est pour elle !), et cuire ses scones.

Putain d’sa mère ! J’ai encore raté mes scones

Évidemment, ces saloperies de scones s’obstinèrent à ne pas lever ! Pourtant c’était bien avec cette recette du fameux cuistot Ricardo que Rachel lui avait filée que Dame Ida avait réussi à sortir une fournée de scones qui avait déchiré grave la race de sa mère !

Et là, ils étaient plats comme des bouses !

Dame Ida les offrit donc à Herma Gesty qui fit une grimace pathétique en les voyant arriver.

Dame Ida eu un choc en entrant dans le salon. Pupuce était à quatre pattes avec les corgis qui grignotaient les pieds des chaises… Choupinou testait la capacité du chapeau de la Nonagénaire à planer comme un frisbee…

Et celle-ci regardait de près les tableaux du salon dans le vain espoir d’en trouver un authentique à se faire offrir.

Dame Ida calma sont petit monde, et l’invita à se rassembler autour de la table basse, et la Nonagénaire commença à critiquer ce qu’on lui proposait.

Les scones étaient évidemment immondes… La crème fraîche n’était pas une clotted cream du Devonshire… Et sa confiture Bonne Mamie n’était pas davantage à son goût… Et le thé avait trop infusé et froid (ben quoi ? Je l’ai mis à tremper au début de la cuisson des scones).

La moutarde commençant à lui monter au nez !

Dame Ida remballa tout son bordel avant même que la Vieille Cousue d’Or ne repose sa tasse et s’enferma dans a cuisine une petite heure avant d’en ressortir avec une tarte Tatin encore fumante et des tasses de café remplies avec la machine que lui avait installée Georges Cloné la dernière fois qu’il était passé par là (en l’absence de Toquéfada).

 

Ma super Tatin du jour :

Après tout, si le café n’était pas bon ce serait de la faute de Georges et concernant la Tatin…

Un ratage devenu une réussite serait certainement mieux reçu qu’un truc qu’on rate à chaque fois qu’on essaie de le réussir.

Dame Ida posa tout ça sur la table basse et demanda à ses enfants d’aller chercher le livre illustré que leur père était en train de réaliser sur sa lutte personnelle contre les hérésies anti-catholiques, et insista particulièrement sur les supplices avec lesquels il parvenait en général à conduire les anglicans à abjurer leurs erreurs, en expliquant à son hôtesse que son tendre et cher allait bientôt rentrer du travail et serait ravi d’avoir une nouvelle partenaire de jeu en attendant l’heure du dîner.

La Nonagénaire mangea toute sa tarte Tatin jusqu’à la dernière miette, bu son café d’un trait et remercia Dame Ida avant de se lever rapidement prétextant un rendez-vous urgent avec son tailleur et son chapelier pour un prochain mariage…

Dame Ida lui répondit très poliment qu’en effet, l’urgence d’un tel rendez-vous sautait aux yeux de quiconque l’aurait croisée.

Après avoir vérifié que tous les corgis étaient bien remontés dans les jupons de leur maîtresse, Dame Ida agita ses mains en guise d’adieux et cria « Vive Napoléon ! Vive Jeanne d’Arc ! »

Quand la vieille fut partie au loin, convaincue qu’on ne s’ennuyait pas tant que cela à Pâlemoral, Dame Ida, colla définitivement la recette des scones dans le Grand Livre des Tortures Inquisitoriales de son mari, parmi la liste des instruments de torture interdits par la convention de Genève en ajoutant « Faire ingurgiter 10 scones au sujet avant de le jeter à l’eau : plus lourd et plus efficace que des bottes de ciment ».

Puis, ravie d’avoir gagné une nouvelle bataille mal engagée contre l’envahisseur anglois, Dame Ida repris une part de tarte Tatin, avec une bonne tasse de Lapsang Souchong !

Une colonne de feu : Ken Follett [LC Bianca]

Titre : Une colonne de feu

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (14/09/2017)

Résumé :
En 1558, les pierres patinées de la cathédrale de Kingsbridge dominent une ville déchirée par la haine religieuse. En Angleterre, Elisabeth Tudor devient reine et le pouvoir passe de manière précaire des mains des catholiques à celles des protestants.

Toute l’Europe se dresse contre elle. La jeune souveraine, habile et déterminée, crée les premiers services secrets du pays, afin d’être avertie à temps des complots qui se trament contre sa vie, des projets de rébellion et des plans d’invasion.

À Paris, Marie reine d’Écosse, proclamée souveraine légitime de l’Angleterre, attend son heure. Jeune femme séduisante et obstinée appartenant à une famille française d’une ambition sans scrupule, elle possède de nombreux partisans qui intriguent pour se débarrasser d’Elisabeth.

Ned Willard n’a qu’un désir : épouser Margery Fitzgerald. Mais lorsque les amoureux se retrouvent de part et d’autre de la fracture religieuse qui divise le pays, Ned se place au service de la princesse Elisabeth. En ce demi-siècle tourmenté où l’extrémisme attise la violence d’Edimbourg à Genève en passant par Paris, l’amour entre Ned et Margery paraît condamné.

Ned traque l’énigmatique et insaisissable Jean Langlais, espion français à la solde des catholiques, ignorant que sous ce faux nom, se dissimule un ancien camarade de classe qui ne le connaît que trop bien.

Elisabeth s’accroche désespérément à son trône et à ses principes, protégée par son petit cercle dévoué d’espions ingénieux et d’agents secrets courageux.

Critique :
« Les piliers de la terre » m’avaient tellement enchanté que je n’avais jamais osé lire la suite (Un monde sans fin), car elle ne se déroulait plus avec les mêmes personnages.

Sans la proposition de Bianca pour une LC, j’aurais zappé cette 3ème partie aussi, ce qui aurait été dommageable tant elle était aussi bonne que le premier tome.

Attention, c’est un sacré pavé ! Ne le laissez pas tomber sur votre pied, vous le casseriez.

Une fois de plus, Ken Follet nous emmène dans sa ville fictive de Kingsbridge en 1558, deux siècles après le premier tome et, aux travers de ses 928 pages, il nous conduira jusqu’à la conspiration des poudres en 1605, pour terminer son récit en 1620.

Durant tout ce périple, nous suivrons des personnages sympathiques, des enfoirés de salopards de première, des monarques, des hommes de pouvoirs, des religieux, des peureux, des courageux, des veules, des magouilleurs, des flagorneurs, des menteurs, des assoiffés de pouvoir,…

Une sacré palette, je vous l’avoue, mais impossible de confondre deux personnages ensemble tant ils sont différents physiquement et mentalement.

Dans leurs pensées, leurs paroles, leurs actes, j’ai trouvé que tout ce petit monde était bien en adéquation avec cette époque, entre les timorés qui craignent de pécher et d’irriter Dieu, ceux qui sont heureux que le curé de la paroisse ou l’Église les ait absous de leurs crimes passés et futurs, tout le monde était d’une justesse qui ferait sourire à notre époque, si nous croisions de telles personnes avec de telles pensées.

Oups, j’oubliais, on en a toujours dans nos sociétés… Tout aussi fous et fanatiques, hélas. Dieu, comme les religions, sont toujours de bons prétextes : quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Avec l’idéalisme des très jeunes, elle affirma préférer mourir plutôt que trahir son Dieu.

Les puritains pouvaient désormais accuser allègrement les catholiques de compromettre la sécurité nationale. L’intolérance s’était trouvé un prétexte.

— Je pourrais être pendu pour cela.
— Vous n’entreriez que plus promptement au paradis.

Impossible de s’embêter, et même pour celui qui n’aime pas trop l’Histoire car Follet a un talent fou pour nous immerger dedans sans nous dégoutter, sans que l’on voit le temps passer, avalant les guerres de religions entre catholiques et protestants,  se passionnant pour les guerres de trônes (même sans les Stark, les Lanister ou les Targaryen), suivant avec passion la diffusion dangereuse des bibles en langue anglaise (seul le latin était admis), tremblant pour les personnages les plus emblématiques, les plus empathiques, croisant les doigts que les salopards s’étouffent en mangeant.

Aux yeux de l’Église, la Bible était le plus dangereux de tous les livres interdits – surtout traduite en français ou en anglais, avec des notes marginales expliquant comment certains passages prouvaient la justesse de la doctrine protestante. Le clergé catholique prétendait que le commun des mortels était incapable d’interpréter correctement la parole de Dieu et avait besoin d’être guidé. Pour les protestants, la Bible ouvrait les yeux des fidèles sur les erreurs du clergé catholique. Les deux camps considéraient la lecture de la Bible comme la question centrale du conflit religieux qui avait déchiré l’Europe.

Les guerres de religions ne datent pas de maintenant, chacun aimant souligner que son culte est meilleur que celui de l’autre, qu’il vénère Dieu mieux que l’autre, qu’il respecte mieux les règles que son voisin,…

— Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenter de se passer d’idoles dans leurs propres lieux de culte ? Qu’ils laissent donc Dieu juger ceux qui ne sont pas de leur avis.

Les textes religieux ont de belles choses en eux, des plus dures aussi, les religions devraient nous élever et à la place, elles ne sont jamais que le prétexte pour certains d’obtenir plus de pouvoir, plus d’argent, plus de place au paradis, oubliant qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’accéder au royaume des cieux.

La plupart des Français ne demandaient qu’à vivre en paix avec leurs voisins, quelle que fût leur confession, mais toutes les tentatives de réconciliation étaient sabotées par des hommes comme les frères de Guise, pour qui la religion n’était qu’un moyen d’accéder au pouvoir et à la fortune.

L’auteur ne prend jamais position pour l’une ou l’autre faction, les catholiques ont leurs défauts, les protestants aussi, chacun reprochant à l’autre ses propres péchés, ses propres exactions, reproduisant les crimes des autres, le tout débouchant sur un bain de sang lors de la Saint-Barthelemy.

La ville abreuvée de haine avait été au bord de l’explosion, attendant que quelqu’un allume la mèche. Pierre était celui qui avait frotté l’allumette. Avant l’aube du dimanche, jour de la Saint-Barthélemy, les rues de Paris étaient jonchées des corps de centaines de huguenots morts ou mourants.

Trois mille personnes avaient été tuées dans Paris et plusieurs milliers d’autres avaient trouvé la mort dans des massacres perpétrés dans d’autres villes.

Ken Follet reste neutre, même si aux travers de ses personnages, il nous livrera quelques petites réflexions très juste.

Sylvie cita un passage de l’Évangile selon saint Jean : « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière car leurs œuvres étaient mauvaises. »

Si tous ceux qui rencontraient des prêtres pusillanimes rejetaient Dieu, il n’y aurait plus beaucoup de chrétiens.

— Ah ! Je comprends. Ce n’est pas ma foi protestante qui te tracasse, c’est ma modération. Tu ne veux pas que tes fils sachent qu’on peut parler de religion posément et avoir des avis différents sans chercher à s’entretuer.

Pour le reste, il nous donne les faits, à vous de prendre position si vous le désirez, ou pas, parce qu’entre nous, les torts sont partagés et je n’ai pas croisé un dirigeant pour en relever un autre. Même si certaines dirigeantes furent plus tolérantes que d’autres.

— Quel est l’intérêt d’une loi que l’on n’applique pas ?
— De satisfaire tout le monde. Les protestants sont contents parce que la messe est illégale. Les catholiques le sont parce qu’ils peuvent tout de même aller à la messe. Et la reine est contente parce que ses sujets peuvent vaquer à leurs affaires sans s’entretuer pour des motifs religieux. Je te conseille vivement de ne pas aller te plaindre auprès d’elle.

— Ce ne sont pas des saintes. Il faut que tu comprennes une chose, Roger. Il n’y a pas de saints en politique. Mais des êtres imparfaits peuvent tout de même changer le monde et le rendre meilleur.

Un style d’écriture qui passe tout seul, pas ostentatoire, pas pédant, simple mais pas simpliste, une fresque magistrale, un voyage dans le temps exceptionnel, des personnages attachants (ou à tuer), travaillés, qui vous donneront une autre vision de l’histoire, qu’elle soit avec un H majuscule ou pas.

Parce que le passé éclaire souvent le présent, qu’il pourrait éviter de reproduire les mêmes erreurs d’antan, et que le fait de lire ce roman fera que vous vous coucherez moins bête (mais vous vous coucherez quand même).

Et puis, pourquoi se priver du plaisir de lire une grande fresque Historique aussi bien contée ? D’ailleurs, je vais me faire le tome deux, maintenant que je suis rassurée sur le fait que Ken Follet peut encore me faire vibrer avec d’autres personnages.

Mais pas tout de suite, ceux-ci sont encore trop présent dans mon cœur.

Allez, juste pour le plaisir, voici l’ancêtre du mojito que j’ai croisé dans les pages…

Elle versa un pouce de rhum dans chaque verre, mélangea une cuillerée de sucre, puis ajouta le jus de citron vert jusqu’à ras bord. Barney prit une gorgée. Jamais il n’avait goûté de boisson aussi délicieuse.
« Ma foi, convint-il. Vous avez raison. C’est la meilleure façon de le boire ».

Et, pour les coquin(e)s, une autre citation, qui, comme le disait si bien Magritte « Ceci n’est pas une pipe ».

S’agenouillant près de lui, elle défit le devant de son haut-de-chausses pour libérer son membre pâle et légèrement incurvé, se dressant dans une toison de boucles acajou. Elle le caressa amoureusement et se pencha pour l’embrasser, arrachant à Ned un soupir de plaisir. Une petite goutte de sperme apparut au bout de son gland, et elle ne put résister à l’envie de la recueillir du bout de la langue.

Lien vers la chronique de Bianca, ma collègue de lecture pour ce pavé monumental.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N° 36 – Historique).

L’Ami retrouvé : Fred Uhlman

Titre : L’Ami retrouvé

Auteur : Fred Uhlman
Édition : Gallimard (1983)
Date de publication originale :  Reunion (1971)

Résumé :
Âgé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart.

Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence.

C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart.

Critique :
J’ai longuement hésité à le lire, me souvenant, avec effroi, du traumatisme que le livre « Mon ami Frédéric » avait causé en moi (j’étais très jeune et n’avais pas encore bien capté la noirceur de l’Humain).

C’est donc avec appréhension que j’ai ouvert cette longue nouvelle, ou ce court roman, au choix, puisque l’on se situe à cheval entre les deux genres.

Je suis ressortie de ma lecture avec les émotions moins chamboulées que je ne m’y attendais car le roman se concentre plus sur l’amitié qui est née entre Hans Schwarz (16 ans), le narrateur, fils d’un médecin juif, et Conrad von Hohenfels, un jeune aristocrate (même âge).

Nous sommes à Stuttgart, en 1932 et je ne dois pas vous rappeler qu’en ce temps là, il y avait la montée en puissance du régime nazi, mené par un moustachu qui aurait mieux fait de s’étrangler durant son enfance ou durant sa gestation…

On sent monter la peste brune, on pourrait presque entendre le bruit des bottes à clous, on entend certains discours, des slogans, des aboiements que l’on connait, mais cela reste assez ténu, c’est vraiment en arrière-plan.

Ce qui est mis en avant, c’est cette amitié improbable entre le fils d’un médecin juif et un fils issu de la haute bourgeoisie. Une amitié hors norme, impensable, contre-nature, diraient certaines mauvaises langues.

Alors oui, le livre n’est guère épais, mais il est puissant de par ce qu’il évoque, de par ce qu’il sous-entend avec peu de mots, peu de phrases, ses références à une partie sombre de l’Histoire humaine.

Les personnages sont attachants, autant Hans qui a de grands idéaux sur l’amitié, et Conrad, qui traine toute une kyrielle d’ancêtres célèbres et qui se fait traiter avec un infini respect par les autres, impressionnés qu’ils sont par son pedigree royal (canin ?).

Le pire, ou le plus touchant, c’est le père de Hans qui pense que ses compatriotes vont se réveiller et comprendre que le nazisme est une grosse pustule qu’il faut écraser et que d’ici peu de temps, la patrie de Goethe et consorts va virer cette foutaise qu’est Hitler et son nazisme.

Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ?

Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe.

Un roman fort, mais avec moins d’émotions que dans « Mon ami Frédéric » qui nous expliquait les pogroms, tandis qu’ici, tout est en arrière-plan, on s’en doute parce qu’on connait ce qu’il s’est passé.

Et puis, à la dernière ligne, on se prend un V2 dans la gueule, une rafale de mitraillette dans le plexus, on chancelle, on reprend son souffle et là, bizarrement, les yeux se mouillent.

Un roman qui se dévore en peu de temps, mais qui marque l’esprit, même s’il se ne sera pas au fer rouge sur ma peau en plus (ça, c’est réservé aux romans traumatisants qui finissent au freezer).

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (auteur anglais)  et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°5 – Un scandale en Bohême).

Underground railroad : Colson Whitehead

Titre : Underground railroad

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (23/08/2017)

Résumé :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition.

Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Critique :
Quel roman, mes aïeux ! Le genre de lecture dont on ne sort pas tout à fait indemne, même si l’auteur a évité de sombrer dans le gore ou le larmoyant.

Il me faudra un certain temps pour le digérer, l’assimiler, mais impossible de l’oublier, il fera partie de ces livres coups de poing dans le plexus dont, quoi qu’il arrive, laissent une trace dans notre esprit.

Dressant une grande fresque au travers de quelques portraits, l’auteur nous mélange la fiction et la réalité : non, le chemin de fer souterrain n’existe pas, mais l’Underground Railroad, qui a réellement existé, était tout simplement les chemins empruntés par les esclaves en fuite pour arriver dans des états plus cléments ou abolitionnistes.

L’auteur ne nous entrainera pas dans les belles maisons à colonnades, ni dans les bals pour les gens riches avec de belles dames enrubannées, mais dans la misère des cabanons des esclaves de cette plantation où le mot « syndicat » et « repos dominical » sont des horribles gros mots prohibés.

Ils n’existent même pas dans le vocabulaire de ces pauvres êtres et encore moins dans l’esprit de leurs propriétaires. Ben oui, les Hommes Blancs tout puissant qui ont volé la terre des autres sont aussi propriétaires à part entière de ces gens qui furent volés sur leur continent où nés de parents esclaves.

J’ai aimé le fait que l’auteur ne nous dresse pas un portrait manichéen de l’esclavage où les opprimés seraient tous des gens biens, sympas, s’entraidant et ne souffrant pas des horribles mêmes travers que leurs propriétaires Blancs.

Hélas, certains Humains se comporteront comme des salopards, quelque soit le côté où ils se trouvent, et c’est ainsi que certains personnages du roman sont de véritables enfoirés, tels leurs maîtres Blancs et n’hésitent pas à traiter leurs semblables comme de la merde, et même moins que de la merde, car la merde, on ne la fouette pas à sang.

Les États-Unis ne sortent pas grandis de ce roman, une fois de plus, et l’Humain non plus, même si, heureusement, parmi ce monde de salopards, il existe encore quelques bonnes âmes, même si c’est parfois à leur corps défendant, mais je peux les comprendre lorsque je découvre le comportement des autres habitants.

Moi aussi j’aurais eu les foies, les chocottes et je ne sais pas si j’aurais eu le courage de risquer ma vie pour un autre, surtout en voyant le sort réserve à ceux que l’on nomme des traitres puisque acquis à la cause des esclaves.

L’écriture est plaisante à lire, elle se dévore, quant aux personnages, nous en croiserons des forts plaisants (Cora, Caesar,…) et des véritables enfoirés de première (et je reste polie), le tout formant un équilibre réaliste entre des gens simples qui ne veulent que vivre tranquilles et d’autres qui se repaissent de la fuite des Noirs car c’est un marché juteux la chasse à l’esclaves.

Demandez à Ridgeway, il vous le confirmera, lui qui a fait de la chasse aux Noirs un business florissant.

Un roman fort, qui nous parle d’une part sombre des États-Unis qui nous est connue, mais pas toujours dans le détail, comme avec ces chemins et ces gens qui aidaient les esclaves en fuite à arriver dans des états abolitionnistes.

Un roman qui explore une partie moins connue de la fuite des esclaves et qui nous offre une belle métaphore avec ce chemin de fer souterrain, tout en nous dressant un portrait pas toujours brillant des états sois-disant plus cool avec la condition des Noirs car il ne suffit pas de battre à mort une personne ou de lui mettre des fers pour la priver de son libre arbitre.

Un grand roman qui fait froid dans le dos car ce n’est pas si loin que ça dans l’Histoire et qui fait encore plus froid dans les os lorsque l’on voit émerger les suprémacistes Blancs qui reviennent à leurs premiers amours : le tabassage de l’autre qu’ils considèrent comme inférieur à eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine (46ème et dernière fiche).

Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre : Raoul Cauvin & Willy Lambil

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 17 – El Padre

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Willy Lambil

Édition : Dupuis (1981)

Résumé :
Blutch et Chesterfield tentent d’échapper à une patrouille Nordiste. Leur but est d’atteindre la fontière Mexicaine où ils seront alors à l’abris. Mais de l’autre coté, chez les Mexicains, deux bandes rivales de bandits sèment la terreur.

Tentant de fuir à nouveau, ils trouvent sur leur chemin le cadavre d’un prêtre et de son serviteur. Afin de se fondre dans la population et de quitter leur uniforme qui mettaient leur vie en péril, il décident d’échanger leur vêtement avec ceux des deux victimes.

Chesterfield, qui possède la même corpulence que le pauvre prêtre, sera El Padre.

Critique :
Cette aventure en terre inconnue ne commence pas par un plan large d’une bataille, mais par nos deux amis poursuivis par un patrouille de Sudistes qui gagne du terrain.

Heureusement, face à eux il y a le Rio Grande qu’ils vont s’empresser de traverser puisque le scénariste a été assez sympa pour leur mettre un gué à disposition.

Les voici donc en terre mexicaine, ce qui n’est pas plus sécurisant que les Sudistes, et en plus, ces enfoirés montent la garde pour ne pas que notre duo retraverse.

Que fallait-il donc faire ? Traverser le Rio Grande ou pousser la chansonnette comme Eddy Mitchell ? Le traverser, pardi, et tâcher de ne pas se faire prendre par les mexicains basanés version guérilleros, les peones étant moins dangereux.

Une fois de plus, le sergent va faire preuve d’inventivité, de ruse et ça ne fonctionnera pas, car ils vont jouer de malchance avec les gris devant eux, un chef indien cruel à leur poursuite et une bande de mexicains mené par un gros type pas commode du tout.

Ce que j’adore dans cet album, c’est que nos deux amis, pour tenter de s’enfuir de cette terre hostile et échapper à Jacomino, le rebelle indien, vont se se vêtir des habits des deux morts trouvés sur leur route : un prêtre et son aidant et notre sergent au caractère bien trempé va devenir El Padre pour les peones du coin, sous la coupe du tyran au sombrero.

Comment s’en sortir coincés qu’ils sont entre ces deux bandes rivales qui ne s’entendent que pour pilier les convois d’armes ?

Les répliques volent bas, Chesterfield a tout d’un Don Camillo énervé et n’hésitera pas à dire à voix haute ce que d’autres auraient peur de penser à voie basse.

C’est un album que j’ai pris plaisir à relire, ayant oublié toute une partie, notamment celle de l’otage, et ma relecture fut une fois de plus placée sous le signe du rire et des sourires devant la mauvaise humeur du sergent et l’hilarité compréhensible de Blutch.

Des situations cocasses, des engueulades, des répliques qui volent dans les gencives, un sergent toujours aussi soupe au lait et un final qui, une fois de plus, ne sera pour récompenser nos deux hommes.

Un de mes préférés à cause de l’humour présent, du scénario drôle et bien pensé, et pour le fait aussi qu’on s’éloigne de la guerre, ce qui n’est pas plus mal, même si nous sommes dans une bédé humoristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus : Raoul Cauvin & Louis Salvérius

Titre : Les Tuniques Bleues – Tome 3 – Et pour quinze cents dollars en plus

Scénariste : Raoul Cauvin
Dessinateur : Louis Salvérius

Édition : Dupuis (1973)

Résumé :
Le sergent Chesterfield, le caporal Blutch, Tripps et Bryan sont réaffectés de Fort Bow à un campement nordiste à proximité du Texas. Toutefois, Tripps et Bryan se sont mystérieusement faits porter pâle, ce qui laisse pour la première fois nos personnages évoluer en binôme.

Au campement, le général, un vieil homme à la longue barbe blanche, a eu une idée pour combattre les Sudistes, mais trouve peu de volontaires.

Cette idée est un raid de l’autre côté des lignes ennemies, afin de détruire toute infrastructure pouvant soutenir l’effort de guerre des Confédérés : plantations agricoles, voies de chemin de fer, etc.

Ne trouvant aucun volontaire, le général propose une prime de 1.500 $ pour quiconque s’engagera à accomplir cette dangereuse mission.

Critique :
Le petit Gibus nous aurait gratifié d’un  « Ben mon vieux, si j’aurais su j’aurais po v’nu » et le sergent Chesterfield aurait pu nous dire « Moi et ma naïveté, j’aurais mieux fait d’écouter le caporal Blutch ».

Mais comme toujours, le sergent fait une fois de plus preuve d’imbécilité naïve et puisqu’un général l’a flatté et que notre sergent à le respect de la hiérarchie dans le sang, il a dit oui à cette mission suicide consistant à d’infiltrer dans les lignes ennemies pour y faire le plus de dégâts possible.

Au début des Tuniques Bleues, la groupe était 4 : le sergent Chesterfield, le caporal Blutch et les soldats Tripps et Bryan.

Les auteurs, voyant que que des quatre hommes, deux en émergeait, ils en ont profité pour les faire évoluer en binôme et cette aventure est la première à mettre en avant ce qui deviendra un duo aussi célèbre que Laurel et Hardy.

Les dessins de Salvérius avaient perdus de leurs rondeurs dès le tome 2 « Du Nord au Sud » et maintenant, j’apprécie plus le trait que dans ses débuts.

Nos deux nordistes se retrouvent donc en mission d’infiltration dans les lignes ennemies avec le but louable d’y faire le plus de dégâts possible, le tout aidé et guidé par deux mexicains dont un est assez susceptible et a tendance à vous envoyer son couteau pour un mot de travers.

En parlant de mot de travers, dans cet album, le caporal Blutch ne se privera pas de dire à son sergent tout le bien qu’il pense de lui, avec des commentaires acerbes, ce qui lui vaudra un nombre incalculable de coups de poing dans la figure !

Ce qu’il y a de bien avec notre duo, c’est que si Blutch est un lâche qui ne pense qu’à déserter ou fuir le danger, il n’hésitera pas à tout faire pour sauver Chesterfield tombé aux mains des sudistes, même si cela lui voudra une engueulade pour remerciement.

Quant au sergent grassouillet, même s’il claque les talons devant tout gradé, il sait aussi faire preuve d’ingéniosité devant l’ennemi et si ce n’était la malchance qui le poursuit comme une ombre, ses brillantes idées réussiraient.

Mais comme souvent dans leurs aventures, cela se termine mal pour eux, ils ne sont jamais récompensés de leur bonne action et sont toujours aussi naïfs, surtout le sergent…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.