Les Filles des autres : Amy Gentry

Titre : Les Filles des autres

Auteur : Amy Gentry
Édition : Robert Laffont (19/01/2017)

Résumé :
ÊTES-VOUS BIEN CERTAINE DE CONNAÎTRE VOTRE FILLE ? D’AILLEURS, EST-CE VRAIMENT LA VÔTRE ?

À 13 ans, Julie Whitaker a été kidnappée dans sa chambre au beau milieu de la nuit, sous les yeux de sa petite soeur. Dévastée, la famille a réussi à rester soudée, oscillant entre espoir, colère et détresse.

Or, un soir, huit ans plus tard, voilà qu’une jeune femme pâle et amaigrie se présente à la porte : c’est Julie.

Passé la surprise et l’émotion, tout le monde voudrait se réjouir et rattraper enfin le temps perdu. Mais Anna, la mère, est très vite assaillie de doutes.

Aussi, lorsqu’un ex-inspecteur la contacte, elle se lance dans une tortueuse recherche de la vérité – n’osant s’avouer combien elle aimerait que cette jeune fille soit réellement la sienne…

Critique :
Sans les avis positifs de mes petits camarades de Babélio ou des copinautes de blog, j’aurais fait l’impasse sur ce roman qui avait tout d’un « déjà-lu et déjà-vu ».

Une fille qui disparaît et qui revient 8 ans après, semant le doute dans l’esprit de certains membres de sa famille, on sent venir le récit téléphoné, puisqu’il y a autant de chance que ce soit bien elle qu’une autre. C’est du 50/50.

Que pouvait-on faire de mieux que ce qui a déjà été fait, écrit, tourné, raconté ?

La famille Whitaker avait tout pour vivre tranquillement : le mari, Tom, la maman, Anna, et leurs deux filles, Jane et Julie. Tout a basculé quand Julie s’est faite enlever et qu’elle est revenue, 8 ans plus tard… Est-ce bien elle ?? Ou pas…

Une resucée cette histoire, sans aucun doute…

« Femme de peu de foi »… Voilà ce que je suis, car jamais je n’aurais pensé qu’on puisse faire du neuf, donner une sacré dose de suspense et torturer ainsi le lecteur avec un pitch aussi bancal que celui de « Est-ce bien toi ? » Ou pas…

Entrez dans ce roman vierge de toutes certitudes car elles vont valser, tanguer, prendre l’eau, avant de remonter à la surface, triomphantes… Ou pas !

Plusieurs morceaux de choix dans ce roman bourré de suspense : on y découvre  le récit de l’enlèvement, la vie de la famille ensuite, déchirée, bancale, avec la sœur cadette qui se chercher et la mère qui ne sait quoi faire face à sa seconde fille.

Puis Julie revient (ou c’est pas elle ?) et là, on découvre la famille qui doit se refaire après ce retour brutal et le récit de son emprisonnement.

Autant la perte du membre de la famille était traumatisante et avait laissé un trou béant, autant sa réapparition est facteur, elle aussi, de troubles, de chamboulements et de questions.

Et puis, dans cette histoire, il y a une autre histoire qui elle, se déroule à rebours : on commence par le personnage final avant de revenir au premier de la liste et là, je vous jure que vous vous poserez des tas de questions !!

Le pire est que tout est criant de vérité ! On ne se contente pas de faire un roman à suspense et de balancer les faits pour faire sursauter nos cœurs ou faire tourner nos méninges, non, on nous donne aussi des scènes de la vie familiale quotidienne qui ne sont pas des plus tendres, vu la situation vécue par la famille.

Difficile de parler de ce roman car on aurait peur de dévoiler trop, mais sachez qu’il ne faut pas le biffer, tel son titre et ne pas se fier à son pitch qui a l’air banal tant il a été conté.

Les personnages sont attachants, on ne sait pas toujours de quel côté les prendre, ni de quel côté ils sont, mais leurs comportements est réaliste et leur psychologie est bien travaillée, surtout en ce qui concerne leur comportement après la disparition de Julie (et après son retour), avec les associations de disparitions d’enfants ou dans leur rôle de parents qui pensent connaître leurs enfants.

Un roman à suspense, mais pas que… (comme aurait pu le titrer les éditions La Jouanie).

Un roman brillant, bien construit, qui laisse la place au mystères, aux doutes, aux espoirs, aux peurs, aux révélations inattendues… Mais je ne vous dirai pas dans quel ordre.

Un roman qui prouve que l’on pouvait faire du neuf et du super bon sur un pitch éculé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Deux sœurs : Barbara Garlaschelli

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Titre : Deux sœurs

Auteur : Barbara Garlaschelli
Édition :Payot et Rivages (2007)

Résumé :
Deux sœurs à l’approche de la quarantaine. Célibataires encore séduisantes. Elles vivent ensemble depuis toujours dans la maison léguée par leurs grands-parents.

Amelia, la brune, est institutrice et gère le quotidien. La blonde Virginia, elle, rêve à travers les feuilletons télévisés qu’elle regarde à longueur de temps. le rythme paisible des journées cache les failles et les douleurs de leur vie, hantée par de lourds secrets.

Quand arrive dans ce huis clos le trop séduisant Dario, représentant de commerce et joueur impénitent, l’équilibre précaire des deux sœurs s’effondre pour basculer dans l’horreur.

Construit en courtes séquences, ce thriller psychologique incisif tient en haleine jusqu’au dénouement. Par ses personnages tourmentés et sa noirceur, il évoque le Stephen King de Misery.

Deux sœurs a reçu le prix Scerbanenco en Italie.

sorelle-780978887684gra_1_250x380_exactCritique :
Crevons de suite cet abcès qui me fait mal au sujet de ce roman dont on me dit, en 4ème de couverture, qu’il évoque le « Misery » de Stephen King… Non, non et non !

Certes, nous avons un homme retenu prisonnier par deux quadragénaires dont l’une – Amélia – est une véritable tyran envers sa sœur mais hormis cette détention, nous sommes très loin du calvaire enduré par l’écrivain Paul Sheldon et loin d’Annie Wilkes, l’infirmière sadique et azimutée.

Rendons à Stephen King ce qui est à Stephen King : nous sommes loin de  son Misery…

Attention, cela ne veut pas dire que ce roman-ci n’est pas bon ou qu’il est chiant, loin de là !  Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

De la tension, on en aura ! Du huis-clos est inscrit au programme. Du suspense aussi, grâce à la construction du roman qui n’est pas linéaire dans le temps, ce mélange entre passé et futur rendant la tension encore plus vive.

Les personnages sont bien décrits, travaillés, et autant le portrait que l’on nous brosse d’Amélia, la sœur aîné, fait froid dans le dos, autant celui de sa sœur Virginia donne envie d’être son amie, elle qui a un monde imaginaire où elle aime se réfugier, elle qui n’est jamais allée plus loin que le pont, elle qui reste à la maison, vivant sa vie par procuration, devant son poste de télévision (merci J-J.G).

Ces deux sœurs ont eu une enfance un peu bizarre, entre un père partit courir une autre femme que la sienne, une mère aux abonnés absents, étant uniquement présente de corps mais pas d’esprit, nos deux gamines ont donc été élevées par leurs grands-parents et elles ne se sont jamais mariées, restant dans la maison familiale, vivant l’une pour l’autre.

Là où l’auteure excelle, c’est dans la mise en place des événements, plongeant un (renard) séducteur – Dario – qui aime jouer avec les femmes dans une maison (poulailler ?) où deux sœurs vivent seules en étant tout l’une pour l’autre, avec une douce rêveuse et une qui aime avoir la main mise sur cette sœur, justement.

Le renard aurait mieux fait d’aller voir après d’autres poules… Ou de ne pas se frotter à l’une et puis à l’autre.

Le huis-clos est oppressant – à cause d’Amélia – le jeu de séduction est subtil, tout en douceur, tout en coups de poignards dans le dos, et on n’en sortira que pour faire des incursions dans le passé et en savoir plus sur nos deux sœurs et sur l’événement traumatisant qui s’est passé dans leur enfance.

Ce roman, une fois entamé, difficile de ne pas vouloir aller jusqu’au bout ! Il n’est pas épais, se lit très vite et est délectable au niveau de ses personnages.

Bien que l’intrigue soit du déjà-lu, elle est traitée d’une manière qui vous fera froid dans le dos dans les dernières lignes.

Amélia n’est pas Annie Wilkes, loin de là, mais elle a une part d’ombre qu’il vaut mieux ne pas trop explorer.

PS : Il vaut bien un 3,75 Sherlock !!

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  Le Mois du polar 2017 chez Sharon (Février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (198 pages).

PeaceMaker – Tome 3 : Ryoji Minagawa

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Titre : PeacrMaker – Tome 3

Auteur : Ryoji Minagawa
Édition : Glénat (18/01/2012)

Résumé :
Toujours à la recherche de son frère, Hope Emerson se retrouve pris avec ses compagnons dans le piège d’Iconoclast, la ville champ de bataille.

Parviendront-ils à sortir vivants de cet enfer où tous les coups sont permis ?

peacemaker-tome-3-tome-3Critique :
Continuerais-je cette série ou pas ? Oui, sans doute encore un tome pour voir si ça me plait toujours et si non, je l’abandonnerai sans un remords, mais avec des regrets car j’aurais aimé suivre les aventures de nos amis les flingueurs (qui ne sont pas des Tontons).

Où le bât a-t-il blessé ? Dans le fait que j’ai l’impression que ce tome n’est là que pour nous promener dans une grosse baston entre tireurs en tout genre et de nous remplir un numéro sans devoir trop se casser le cul pour le scénario et son avancée.

Nos amis, tout juste échappés de la ville Tarkus étaient en train de souffler un brin et les voici surpris et emprisonnés par Conny, une Crimson Executer des plus charognes, des plus infâmes, des plus difficile à vaincre car capable de dissimuler son « aura » aux autres, mais capable de sentir sur des autres.

Elle aurait pu les flinguer sur place, mais préfère les faire entre dans la ville d’Iconoclast, une ville en ruine, une ville qui ni plus rien d’autre qu’un vaste champ de bataille où s’affrontent et s’entretuent des duellistes, des mercenaires, des ninjas, des terroristes, des snipers, des bandits…

Celui qui survit est proclamé le vainqueur. Bien entendu, il n’y a pas de règles, hormis celle de tirer plus vite que les autres et tous les coups vaches sont permis !

Ma foi, ce genre de scènes dans une ville en ruine aurait été balaise pour un tome final, mais pas vraiment pour un tome 3 car on n’a pas l’impression d’avancer d’un poil dans leur affaire…

Les dessins de la ville en ruine sont super, nos amis vont devoir se sortir les tripes pour vaincre Conny la maîtresse des lieux, celle qui n’a jamais été battue sur son terrain de jeu et Hope va nous montrer qu’il est capable de développer un aura puissant. Oui, nous flirtons souvent avec le fantastique.

Pas de temps mort, certes, des tas de morts, of course, des combats en veux-tu en voilà, du sang, des tripes – ah ben non, ça reste propre quand même – et des duels sans la musique enivrante d’Ennio Morricone.

Niveau action, j’ai été servie, mais niveau avancée de leur enquête, je me sus sentie frustrée.

C’est pour cela que j’hésite à poursuivre cette série… Ma foi, si je trouve les suivants en seconde main, je risquerai le coup, parfois, on a un tome un peu fourre-tout et ensuite, ça repart.

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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Peace Maker – Tome 2 : Ryoji Minagawa

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Titre : Peace Maker – Tome 2

Scénariste : Ryoji Minagawa
Dessinateur : Ryoji Minagawa

Édition : Glénat (2011)

Résumé :
Peace Emerson et ses compagnons franchissent la mer vers une terre inconnue, à la recherche de son frère.

Mais la traversée ne sera pas de tout repos : ils sont toujours la proie des tentatives d’assassinat des Crimson Executers, et ce ne sont là que les préliminaires des nouveaux dangers et des révélations qui les attendent sur le nouveau monde de Tarkus.

peace-maker-9782723480413_pgCritique :
Avec beaucoup de retard je viens de découvrir la suite des aventures de Hope Emerson, un tireur émérite et de ses deux compagnons de route : Kyle Palmer, l’intello et Beat Gabriel, un tireur tout aussi excellent que Hope.

Sans oublier la petite Nicola Crimson, fille du chef des Crimson Executer, recherchée par les membres de sa « famille » depuis qu’elle a pris la fuite et qu’elle est protégée par Hope Emerson et ses deux amis.

On commence par un voyage mouvementé à bord de ce qui ressemble furieusement à un transatlantique (et je ne sais pas vraiment en quelle époque nous sommes) en direction de Tarkus.

Pas le temps de se reposer, ça fuse de partout avec le Crimson Executer qui veut faire sauter le paquebot. Va falloir toute l’ingéniosité de Kyle et l’adresse au tir de Hope et de Beat pour en venir à bout et terminer façon croisière s’amuse, enfin !

Le pays de tarkus a tout du Moyen-Orient de par la physionomie de ses habitants et de leur habillements. Et si on pensait se reposer un peu, c’est rappé de nouveau !

Ce deuxième tome met en avant du suspense et des tirs de fous, réalisés à pleine vitesse dans une des premières voitures Ford ou sur une motocycle qui commence par « Harley »…

Bon, on va me la faire à moi, c’est tout bonnement impossible de ne jamais rater ses cibles quand on fonce à toute berzingue, mais on n’est pas ici pour le réalisme des choses mais plus pour le fun et passer un bon moment en faisant parler la poudre.

On a des mystères, de l’action, de la morve de gamine qui coule de partout, des magouilles, un assassinat qui a tout de politique et sans doute une injustice quand au coupable présumé.

Ma foi, je passe un bon moment avec nos tireurs professionnels, j’apprécie les personnages principaux, leurs côtés sombre héros et j’ai bien envie de savoir ce qui va leur arriver dans l’avenir.

Verdict ? Je continue la série !

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

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Peace Maker – Tome 1 : Ryoji Minagawa

Peace Maker - Tome 1 - Ryoji Minagawa

Titre : Peace Maker – Tome 1

Scénariste : Ryoji Minagawa
Dessinateur : Ryoji Minagawa

Édition : Glénat (2011)

Résumé :
L’Ouest sauvage version manga.

Hope Emerson, fils du célèbre Peace Emerson, a hérité de son père l’étrange technique du Spot Burst, un tir multiple qui fait de lui le gunner le plus redoutable de l’Ouest des États-Unis.

Un talent qui finalement le transforme en cible pour tous les mercenaires désireux de se faire un nom… ou mandatés par un riche millionnaire du nom de Philip Crimson qui semble étrangement déterminé à l’abattre.

peace-maker-blog_mCritique :
La critique disait que c’était un seinen musclé absolument jouissif et, bien qu’il me faille plus pour me faire jouir (on parle bien de littérature, je vous jure), j’ai tout de même passé un agréable moment avec ce manga à la sauce western.

Pour ceux qui ne sont pas amateurs de mangas dans l’âme, un seinen est un manga pour jeune homme de 15 à 30 ans.

Hope Emerson est une jeune homme affamé, avec un air un peu bête, et transportant dans son sac un magnifique Colt Single Action Army, appelé aussi un « pacificateur » mais qui refuse de s’en servir pour tuer des innocents.

À première vue, tout le monde prend Hope Emerson pour un guignol, un mec qui ne sait pas se servir d’une arme, mais si, il peut le faire ! Yes, he can ! Par contre, par dans des duels pour gagner de l’argent, mais pour tuer des bandits et des salopards.

Un Lucky Luke sans cheval, sans cigarette, sans Rantanplan et sans les Dalton, mais Hope tire aussi vite que lui, bien que pas plus vite que son ombre.

Si l’auteur reprend les codes du western spaghetti, il les mets à sa sauce et sans les pâtes, je dirais car bien que nous ayons des gens qui voyagent dans des attelages tirés par des chevaux (y aurait-il un magaka qui sache dessiner les chevaux correctement et les traits d’attelage aussi ??), les villes sont construites en dur et nous n’avons donc pas le charme des maisons en planches de nos bons vieux western.

Exit aussi les cow-boys juchés sur leurs selle, montant leurs fidèles destrier. Par contre, nous avons des bandits, les « Crimson Executers » au look assez étrange : un géant maniant avec aisance une mitrailleuse, qu’on vient de l’inventer, apparemment puisque Hope Emerson n’en avait jamais vue (Gatling en inventa une en 1862, mais a la taille d’un petit canon et il y avait aussi les Nordenfeldt et Gardner en 1880, en autre, mais pas aussi épurée que celle du manga), ou un grand type aux yeux qui font peur et entièrement recouvert d’une protection contre les balles.

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Autre bizarrerie, il ne semble pas y avoir de shérif ou de police dans les villes car je n’ai pas vu l’ombre d’une étoile. Étrange…

Les dessins sont corrects, hormis les chevaux et certains visages qui laissent à désirer et à chaque méthode de tir nouvelle, on nous explique son nom et la manière dont elle est exécutée, ce qui donne plus de réalisme à la chose.

Les dialogues sont assez drôles, avec, notés en tout petit sous le dialogues, comme si on les avait ajouté après.

On a du mystère avec la tuerie entière dans le village de Faden, dont Nicola, petite fille, semble être l’unique survivante (on en apprendra plus sur elle au fil des pages), le souffle de la future grande aventure à la fin de ce premier tome, de l’humour, un personnage principal qui a tout du looser qui ne sait pas garder 1$ sur lui, ni jouer au cartes, qui ne donne pas non plus l’impression que c’est un excellent tireur car il ne la ramène pas.

Une belle découverte que je compte poursuivre avec les tomes suivants, ne devant pas attendre deux mois pour lire la suite.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

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CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Le Chant de la Tamassee : Ron Rash

Chant de la Tamassee - Ron Rash

Titre : Le Chant de la Tamassee

Auteur : Ron Rash
Édition : Seuil (2016)

Résumé :
Ruth Kowalsky, 12 ans, se noie dans la Tamassee, rivière de Caroline du Sud, alors que ses parents pique-niquent tranquillement à quelques mètres de là.

Le courant étant trop fort à cet endroit, les plongeurs ne parviennent pas à dégager son corps, coincé sous un rocher à proximité d’une chute.

Le père de la victime, un banquier qui a des relations, obtient l’installation un barrage amovible pour détourner le cours de l’eau vers la rive droite, contre l’avis des gens du cru qui connaissent le danger encouru.

Une guerre s’engage alors avec les écologistes locaux, qui se targuent du Wild and Scenic Rivers Act, loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l’état naturel d’une rivière qui a obtenu le label » sauvage ».

Très vite, le fait-divers prend une dimension nationale, le cirque médiatique se déchaîne de répugnante manière et des enjeux plus importants que la digne sépulture d’une enfant se profilent : pouvoir local, chantage politique, intérêts financiers.

Une jeune photographe de presse, Maggie, native du comté où se joue le drame, est chargée de couvrir les événements.

Consciente que l’opinion publique soutient les parents, elle penche affectivement du côté des protecteurs de la nature : comme elle, plus d’un lecteur hésitera entre les deux camps.

ShowCritique : 
Munie de mon billet d’avion, je me suis envolée avec Air Ron Rash pour un voyage dont je me doutais que j’en reviendrais conquise et charmée mais aussi éprouvée par la profondeur des textes et des personnages.

Direction le comté d’Oconee, en Caroline du Sud, là où coule une rivière, frontière naturelle entre la Caroline du Sud et la Géorgie.

Vous mettez un orteil dans l’eau en Caroline du Sud et quelques mètres plus loin, vous êtes en Géorgie ! C’est amusant et la petite Ruth Kowalsky n’en pensait pas moins lorsqu’elle voulu aller se mettre à cheval sur la frontière.

En franchissant la Tamasse, c’est le Styx qui l’attendait dans un trou bien traitre de cette rivière tumultueuse et bardaf, ce fut l’embardée, ou plutôt, la noyade pendant que papa et maman avaient le dos tourné.

La rivière, cette garce qui n’en fait qu’à sa tête, elle qui bénéficie de la protection du Wild and Scenic Rivers Act (loi fédérale interdisant à quiconque de perturber l’état naturel d’une rivière qui a obtenu le label » sauvage »), la voilà qui décide de ne pas laisser remonter le corps de la gamine et le garde bien coincé sous un rocher.

C’est là que les Romains s’empoignèrent…

Ron Rash nous emmène une fois de plus dans une petite ville peuplée d’habitants que certains qualifieraient de « culs terreux », notamment le père de la gamine noyée qui pour le moment se heurte de plein fouet à des écolos gauchistes qui refusent d’entendre parler de l’érection d’un barrage provisoire (pour quelques heures durant) sur leur rivière sauvage.

De ce qui ne pourrait être qu’un banal fait divers, l’auteur s’applique à nous décrire une région sauvage au travers de ses habitants et du regard que portent les autres sur ces gens qui ne vivent pas vraiment comme eux.

Un dilemme cruel se joue sous nos yeux : la sauvegarde d’une rivière, l’envie de ne pas créer un précédent en accordant le droit de monter un barrage amovible et celle d’accorder à des parents éplorés le droit de récupérer le corps de leur fillette pour l’enterre dignement.

Brennon semblait abasourdi. « Êtes-vous en train de me dire que vous ne voudriez pas que je construise ce barrage s’il s’agissait de votre fille ? » a-t-il demandé.

Luke a rendu les photocopies à sa voisine. Il a ôté ses lunettes et les a remises dans la poche de sa chemise. « Je n’ai pas de fille, a-t-il dit, d’une voix qui n’était plus belliqueuse mais presque tendre. Pourtant, si j’en avais une, qu’elle était morte et que je savais que rien ne lui rendrait la vie, je ne vois pas de meilleur endroit que la Tamassee où je voudrais que son corps repose. Je voudrais qu’elle soit là où elle ferait partie de quelque chose de pur, de bon, d’immuable, ce qui nous reste de plus proche du paradis. Dites-moi où, sur cette planète, il y a un endroit plus beau et plus serein. Indiquez-moi un lieu plus sacré, monsieur Brennon, parce que je n’en connais pas. »

Deux journalistes pour couvrir les débats dans cette petite ville : Maggie Glenn, native du comté et Allen Hemphill, finaliste à un prix Pulitzer, vont être, eux aussi, les acteurs de ce drame qui se joue à guichet fermés.

Sans juger l’un ou l’autre point de vue, l’auteur nous décrit les événements qui vont découler de tout ceci.

De sa plume toujours aussi enchanteresse, il déroule son récit tout en faisant bouger ses personnages sur un grand échiquier, nous confrontant à leurs soucis, leur vie, leurs emmerdes et leurs rancœurs, telle Maggie envers son père.

Nous n’avions rien ajouté. Tout ce avec quoi nous pouvions nous blesser, nous l’avions dit. Nous étions donc restés plantés là en silence, papa et moi, comme des boxeurs qui ont asséné meurs meilleurs coups et constatent que leur adversaire est toujours debout.

L’Enfer est toujours pavé de bonnes intentions et ce sera au lecteur d’établir son propre jugement, s’il le désire.

Qui est responsable de tout ce merdier ? Les parents qui ont eu deux secondes d’inattention ? Les parents parce qu’ils veulent absolument récupérer le corps de la gamine après 5 semaines d’immersion dans l’eau ?

Le concepteur du barrage qui a pris tout le monde de haut, pensant qu’ils n’étaient que des culs-terreux ? La rivière qui ne se laisse pas dompter ? Ou bien tout le monde est coupable à différentes échelles, donnant tout ce gâchis ?

À vous de le décider, mais ce ne sera pas facile… Il y a du pour et du contre des deux côtés et ma décision, sans cesse, oscilla.

Un roman fort, une fois de plus, des personnages bien décrits, en peu de mots, attachants et exaspérants parfois. Normal, ils sont humains.

Lire Ron Rash, c’est entrer de plein fouet dans une région, dans la vie des habitants, dans leur intimité et assister, impuissant, aux déroulements des choses. C’est toujours puissant.

Un récit qui m’a envouté mais avec moins d’émotions que celles ressenties durant la lecture de « Une terre d’ombre ».

Étoile 4,5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (231 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Toutes les vagues de l’océan : Víctor Del Árbol

Titre : Toutes les vagues de l’océan                                         big_5

Auteur : Víctor del Árbol
Édition : Actes Sud (2015)

Résumé :
Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils.

Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina.

La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants.

Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé.

La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.

Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un xxe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

Critique : 
♫ Je vais et je viens entre… ♪

Non pas « entre tes reins » bande de coquins, mais « entre différentes époques » !

C’est cette phrase qui vient de tourner dans ma tête au moment de prendre le clavier pour pondre une critique pas évidente sur un roman qui m’a boulversifiée (néologisme offert).

Putain de roman ! Putain de fresque historique qui, comme une toile d’araignée, est vaste, ramifiée, mais où tout ramène en un seul point : Elías Gil, figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Par contre, il vous faudra attendre la fin pour découvrir la toile dans son entièreté et savoir ce qui s’est passé en juin 1967, jour de la disparition d’Elías Gil, ancienne figure importante du communisme.

Le roman n’est pas résumable, trop dense, sachez juste que vous allez voyager dans les époques troubles, voguant entre les années 30 et 2002.

Vous suivrez Elías Gil, jeune espagnol, et ses trois compagnons dans la Russie des années 30, vous serez torturé et déporté avec d’autres prisonniers, qui, comme vous, ne seront coupables que d’avoir été au mauvais endroit ou d’avoir critiqué le pouvoir.

Violez, tuez, tant que vous le faites avec patriotisme. Mais ne dites pas du mal du pouvoir ou de la mère à Staline…

Pourquoi étaient-ils tous ici ? À cause des mines d’uranium, des exploitations minières, de la folie de quelques bureaucrates qui avaient besoin d’une grosse quantité d’esclaves pour coloniser la Sibérie. Le prétexte qui l’avait enchaîné à cette terre était sans importance.

Le pouvoir communiste a besoin de main-d’œuvre pour creuser un grand canal ou pour coloniser la Sibérie. Allez hop, déporté, affamé, humilié, vous serez. Le passage sur l’île de Nazino, surnommée ensuite « Cannibal Island » est un des plus terribles.

Ce qu’un humain est capable de faire pour survivre… Jusqu’à devenir comme celui que vous haïssez…

Parfois, il ne pouvait s’empêcher d’établir une comparaison avec Igor Stern et sa meute, et il pressentait qu’il était devenu tout ce qu’il haïssait.

Vous assisterez à l’arrivée de Franco au pouvoir en Espagne et vous ferez la guerre du côté des Russes, avant de revenir dans votre Espagne natale.

On voyage dans les époques, mais aussi dans les pays : Espagne, Russie, Sibérie et France.

Les personnages sont travaillés minutieusement : entre Gonzalo Gil, avocat et fils d’Elías, qui cherche à enquêter sur le suicide de sa sœur, son père, Elías, disparu quand le fils avait 5 ans, et dont il n’a plus beaucoup de souvenirs, sinon ceux qu’on lui a fait.

L’homme est-il bien comme son fils l’a toujours cru ? Sa soeur n’avait-elle pas raison lorsqu’elle avait dressé de lui un portrait au vitriol, se faisant répudier par sa père en même temps.

Le flic véreux, les truands, le pédophile, le salaud, la mafia russe… Tout ça s’imbrique avec un réalisme qui donne des sueurs froides. De plus, il est des silence tout aussi meurtriers, aussi lâches, aussi violents que certains actes innommables. Surtout lorsqu’on ne veut pas voir la vérité.

On ne s’ennuie pas, on frissonne, on a peur, on tremble devant les pages sombres de l’Histoire (une de celles dont on parle trop peu) et on se rend compte que les plus salauds ne sont pas toujours ceux désignés comme tels.

— Tu en appelais à l’éthique pour torturer et tuer, lui, il appelait cela simplement du pragmatisme. Il était convaincu de l’inévitable nature corrompue de l’être humain et toi tu cachais tout cela sous la répugnante théorie de l’idéalisme.

Au final, on est sonné, estomaqué, lessivé, lavé ! On a beau critiquer nos politiciens, les trouver véreux, se plaindre du système qui est mal foutu, mais ce n’est rien comparé au communisme de Staline. Rien au regard de ce qu’un système politique peut faire à ses compatriotes. Rien à côté de cet illogisme qu’était la pensée de ces hommes qui en ont déshumanisés d’autre.

[…] Il a été condamné pour trahison et envoyé dans un goulag en Sibérie. D’après les autorités russes, il ne s’était pas battu avec assez de conviction. Qu’il soit encore en vie était la preuve irréfutable de sa lâcheté. Il est resté onze ans en Sibérie.

Un tout grand roman noir qu’il vaut mieux aborder en toute connaissance de cause car il ne vous laissera ni de marbre, ni indemne. Gardez tout de même un Tchoupi à côté pour lire ensuite. On n’est jamais trop prudent…

— Ce qui les rend méprisables, ce n’est pas ce qu’ils font, c’est leur façon de faire, leur répugnant échafaudage de mots et de concepts absurdes, qui justifie et nettoie leur conscience. Voilà pourquoi derrière leur bureau et leurs rapports, ils peuvent devenir des tueurs.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le mois Espagnol de Sharon.

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre 2 OK

Un long moment de silence : Paul Colize

Titre : Un long moment de silence                                 big_5

Auteur : Paul Colize
Édition : Manufacture de livres (2013) / Folio Poche (2014)

Résumé :
1920, Wladyslaw ouvre sa pharmacie à Lwów.
1948, trois jeunes Italiens attendent la sortie des élèves du Brooklyn College devant leur coupé Hudson rouge.
1952, un homme poursuit une fillette sur le parking enneigé de l’aéroport de Stuttgart.
1989, une femme prend trop vite une courbe du Ring de Bruxelles.
2012, Stanislas déshabille une femme qu’il connaît à peine.

POLAR - Grand_Place_11Critique : 
Ce roman possède ce que j’appellerai le « double effet Kisscool » (celui que seuls les anciens connaissent)… Tout comme le célèbre bonbon, j’ai eu droit à deux explosions : un « bang » en lisant la solution et un « triple bang » dans la gueule en lisant les dernières lignes.

Il y a deux récits dans ce roman. Le premier concerne Stanislas Kervyn qui voudrait savoir pourquoi on a commis un attentat au fusil mitrailleur, à l’aéroport du Caire, en 1954, fauchant son père puisqu’il faisait partie des 21 victimes innocentes. Savoir aussi qui l’a commandité, qui était visé dans la foule…

Bref, il a grandi avec une place manquante, celle de son père, il avait des questions, il a enquêté, écrit un livre et quand il pensait que tout était terminé, un vieil homme vient tout remettre en question.

Le second récit concerne un jeune homme, Nathan Katz qui a survécu aux terribles « 186 marches » du camp de Mauthausen. Arrivé à New-York, il va s’engager, avec un groupe, à traquer les anciens nazis et à les éliminer.

Quel était le point commun entre ces deux histoires qui à un moment donné, sont en alternance ? Durant toute ma lecture, je me suis posée la question et j’ai tenté de trouver la solution, bien que Yvan, ici présent, m’ait dit que je ne la trouverais jamais… Il avait bien raison.

Si la solution de l’affaire m’a fait pousser un « ah oui, j’y avais pas pensé, joli ! », le mot de l’auteur à la fin m’a filé un coup de poing dans l’estomac.

Encore un auteur qui pourra se vanter d’avoir réussi à me laisser muette, offrant ainsi à mon homme un long moment de silence.

L’auteur a réussi le pari fou de tenir son lecteur en haleine (sans courses poursuites), avec un quatrième de couverture qui ne dévoile rien de l’histoire et qui ne donne pas envie d’aller voir plus loin.

Niveau personnages, fallait oser aussi nous pondre un type aussi détestable que Stanislas Kervyn : égocentrique, mal poli, en guerre avec la terre entière, égoïste, tyrannique, colérique et j’en passe. Je veux bien qu’il a perdu son père dans l’attentat alors qu’il n’avait qu’un an, mais en vouloir au monde entier ne changera rien.

Stanislas a aussi un problème avec les femmes parce qu’il ne leur « fait pas l’amour » mais il les baise à la hussarde, à la brutale, par devant, par derrière, il s’en moque. Pour lui, elle ne sont rien.

Nathan Katz, par contre, est un jeune homme sympathique, bien que sa manière d’agir ne soit pas toujours très « kasher » (« catho » n’ira pas dans ce cas-ci).  Il aura au moins le mérite de nous faire réfléchir aux notions de « vengeance » et de « pardon », ainsi que sur l’imbécilité des guerres.

Le récit, l’histoire, les personnages, tout est profond et bien travaillé.

Pas de temps mort, les chapitres, courts, s’enchainent et les deux histoires s’alternent, le présent faisant suite au passé, nous abandonnant toujours à un moment où l’on voudrait poursuivre, avant de se rejoindre pour l’explication finale à laquelle je n’avais pas pensé.

Deux romans de mon concitoyen lus et deux réussites ! Chapeau bas, monsieur Colize.

Ses derniers mots me trottent encore dans la tête…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)BIBLIO - Pedigree PALCHALLENGE - US CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil