La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des Temps – 03 – Soleil Sombre

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (02/11/2022)

Résumé :
Poursuivant sa traversée de l’histoire humaine, Noam s’éveille d’un long sommeil sur les rives du Nil, en 1650 av. J.-C. et se lance à la découverte de Memphis, capitale des deux royaumes d’Égypte. Les temps ont bien changé.

Des maisons de plaisir à la Maison des morts, des quartiers hébreux au palais de Pharaon se dévoile à lui une civilisation inouïe qui se transmet sur des rouleaux de papyrus, qui vénère le Nil, fleuve nourricier, momifie les morts, invente l’au-delà, érige des temples et des pyramides pour accéder à l’éternité.

Mais Noam, le coeur plein de rage, a une unique idée en tête : en découdre avec son ennemi pour connaître enfin l’immortalité heureuse auprès de Noura, son aimée.

Avec le troisième tome du cycle de La Traversée des Temps, Éric-Emmanuel Schmitt nous embarque en Égypte ancienne, une civilisation qui prospéra pendant plus de trois mille ans.

Fertile en surprises, Soleil sombre restitue ce monde en pleine effervescence dont notre modernité a conservé des traces, mais qui reste dans l’Histoire des hommes une parenthèse aussi sublime qu’énigmatique.

Critique :
Bienvenue à Memphis ! Non, pas dans le Tennessee, mais en Égypte !

Si on a tous en nous quelque chose de Tennessee, il est plus difficile d’avoir en nous une vie dans l’Égypte ancienne.

Puisque la littérature peut nous faire voyager dans l’espace, elle sait aussi nous faire voyager dans le temps. Après avoir arpenté le Néolithique et m’être pris un déluge sur la tronche (Paradis Perdus), après avoir assisté à la construction et la chute de la tour de Babel dans la Mésopotamie (La porte du ciel), place maintenant à l’Égypte des pharaons, celle qui vit l’exode des Hébreux sous l’égide d’un certain Moïse.

Avec brio, Eric-Emmanuel Schmitt continue de mettre en scène des petites histoires pour nous raconter l’Histoire (la grande), revisitant par la même occasion, les grands faits bibliques, les mettant à hauteur d’Homme, les expurgeant de leur côté fantastique.

Noam est un personnage attachant, même s’il peut aussi être exaspérant, par moment, mais dans le fond, je l’aime bien, il est réaliste, on prend plaisir à le retrouver. Noura, la femme qu’il aime et qui, comme lui, est atteinte d’immortalité, est plus calculatrice, plus manipulatrice et elle m’a exaspéré avec sa jalousie, alors qu’elle ne s’était pas privée pour aller avec d’autres hommes.

Dans ce troisième tome, c’est la société égyptienne qui est mise à l’honneur et elle est moins glamour que dans les reportages télés qui parlent de découvertes de tombeaux de pharaon ou de vestiges historiques.

Sans pour autant utiliser des esclaves, les pharaons avaient tout de même mis leurs sujets sous servitude. Il faudra toujours des petites mains pour construire des grands stades… heu, pyramides ! Rien n’a changé, tout, tout à continué ! Ah, non, on a inventé les casques de chantiers, au moins !

Dans ce roman, il n’y a pas que des aventures, de l’amour, de l’amitié, il y a aussi des réflexions sur le vieillissement, sur la médecin, le pouvoir, son hérédité, sur le fait que ceux en bas de la pyramide sont toujours les plus mal lotis, comparés à ceux qui se pavanent dans les hauteurs, les premiers de cordée qui, sans les petits du bas, ne seraient rien. Les seules choses qui ruissellent, ce sont les misères et les malheurs, pas les richesses (ou alors, entre riches).

Il me faudrait trop de place pour parler de tout ce qui m’a plu, dans les réflexions de l’auteur (au travers celles de Noam), mais sachez que je les ai trouvées intéressantes, intelligentes et non dénuées de fondement.

Mon premier bémol sera pour le fait que le Méchant soit le même à travers les âge : Derek. Un peu réducteur, je trouve, j’aurais aimé que nos personnages affrontent d’autres salopards, d’autres égoïstes, d’autres enfoirés. Le second pour les quelques longueurs de texte, à certains moments.

Oui, je cherche la petite bête, parce que dans le fond, le vrai fond, j’ai passé un bon moment de lecture, hors du temps, dans cette Égypte ancienne que j’aurais aimée arpenter. Les quelques longueurs n’ont pas réussi à entraver mon plaisir de lecture et mes retrouvailles avec cette grande fresque Historique.

Les intermezzo, entre deux parties, sont toujours le bienvenu, puisqu’ils nous montrent nos héros, à notre époque. Le suspense est bien mené, dans ces petits morceaux et on a toujours hâte d’en savoir plus.

Pour le prochain tome, on quitte l’Égypte (dommage !) pour se diriger vers la Grèce au IVe siècle avant J.C.

Une fois encore, l’auteur réussi à prouver qu’il est un grand conteur et qu’il y a moyen de mélanger des petits histoires dans la grande, sans pour autant lui porter préjudice. Le tout sans jamais être rébarbatif ou que l’Histoire devienne un cours magistral d’université.

Vivement la suite !

 

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Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 4 – Destins croisés

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Je marche dans une guerre qui broie tout : les hommes, les femmes, les enfants, les paysages… Rien, ni personne, ne lui échappe… Même mes souvenirs semblent vouloir mourir… Je marche dans une guerre noire, mais je garde l’espoir qu’il y ait au bout… …une lumière.

Critique :
Nous retrouvons Gavin, le soldat américain, là où nous l’avions laissé, sur la plage de Omaha Beach, bien que depuis le précédent album, il ait avancé avec son unité.

Unité décimée, bien entendu. Malgré tout, pas le choix, faut avancer, faut aller se mesurer, une fois encore, avec les soldats allemands, qui n’ont plus rien à perdre, qui savent très bien qu’après, ce sera l’Allemagne qui sera envahie par les autres, alors, ils se battent avec l’acharnement de ceux qui sont désespérés.

Peu de dialogues, au début de cet album, mais le scénariste nous fait partager les pensées de Gavin, qui, bien qu’enfonçant des portes ouvertes, n’en restent pas moins pétries de vérités.

Les dessins sont toujours magnifiquement bien réalisés et toute la violence des combats est bien rendue. Pas de manichéisme, heureusement, entre les soldats américains et allemands, les salauds comme ceux qui n’ont rien demandé se trouvant des deux côtés de la barrière.

Une fois de plus, beaucoup d’émotions dans ce quatrième tome, qui termine d’une belle manière, le récit commencé dans le précédent et s’attache à nous montrer des petites histoires dans la grande, notamment une malencontreuse erreur d’un soldat qui lui pèsera sur le cœur et un beau geste de pardon d’un autre côté.

L’album ne tournera pas que autour de Gavin, nous suivrons aussi une jeune fille dans la résistance, dans les hôpitaux de fortune sur le front où les hommes estimaient que les femmes n’étaient pas capables d’être autre chose qu’infirmière et dans la ville de Paris où les résistants de la 13ème heure se vengeront en tondant des pauvres femmes…

Ce second tome clôt correctement le diptyque consacré à Gavin et au débarquement de Normandie.

Un bel album, aussi bon que le premier, même si différent.

Airborne 44 – Tome 3 – Omaha Beach : Philippe Jarbinet

Titre : Airborne 44 – Tomes 3 – Omaha Beach

Scénariste : Philippe Jarbinet
Dessinateur : Philippe Jarbinet

Édition : Casterman (2011)

Résumé :
En 1938, un jeune franco-américain de 17 ans, Gavin, est en vacances avec ses parents sur la côte normande. Il y tombe amoureux d’une séduisante jeune française, Joanne, et va vivre sur place, l’espace de quelques semaines, le plus bel été de son existence.

Six ans plus tard, le 6 juin 1944, dans la ligne de mire des batteries allemandes, Gavin s’apprête à remettre les pieds sur le sol normand, au sein de la première vague d’assaut en passe de débarquer à Omaha Beach. Son esprit est plein du souvenir de Joanne, avec qui il a correspondu des années durant.

Mais depuis avril 1944, Joanne n’a plu écrit. Pour elle, Gavin va s’efforcer de survivre…

Critique :
Gavin Jentro va débarquer sur une plage de Normandie, mais pas pour des vacances, cette fois-ci.

Si je vous dis que nous sommes le 6 juin 1944, je pense que vous comprendrez tout de suite dans quelle horreur Gavin et bien d’autres, vont mettre les pieds.

Quelques années plus tôt, en 1938, notre Gavin, dont la mère est Normande, était venu passer des vacances dans le coin, sans penser une seule seconde qu’un jour, il y reviendrait en tant que soldat et que la belle plage serait souillée par le sang et les corps de milliers de soldats morts.

Des corps morts pour les cormorans, comme le chantait quelqu’un (même s’il ne parlait pas des soldats, mais d’un navire).

Il avait connu l’amour avec Joanne, les étreintes, les promenades à vélo, le sexe et l’amour, celui avec un grand A.

Cette bédé, qui ne met pas en scène des soldats de la 101e aéroportée (US Airborne), n’en reste pas moins criant de vérité, tant les événements mis en scène sont réalistes, bien que romancé, puisque Gavin et les autres personnages, américains ou allemands, sont issus du scénariste.

On a beau détester les guerres, les trouver inutiles, sanguinaires, horribles, cela ne m’a jamais empêché de vouloir en savoir plus et donc, de lire des récits de la Seconde Guerre Mondiale, surtout.

Comme les deux premiers tomes m’avait enchanté, j’ai décidé de poursuivre ma lecture de cette série et bien m’en a pris.

Heu, sauf que j’aurais dû prendre aussi le tome 4, puisque cette histoire est un diptyque et que là, je crève de ne pas connaître la suite… Bien que je m’en doute, car j’ai remarqué un détail important et que j’ai compris ce qui était vraiment arrivé à un personnage.

Dans cette série, les personnages ne sont pas manichéens, tout le monde aura son mot à dire : résistants et collabos, soldats allemands et soldats libérateurs. On a la trouille dans les barques, mais aussi dans les bunkers, et tout le monde joue sa vie, dans cette affaire (sauf les plus hauts gradés, planqués).

Même si le jeune soldat allemand n’a pas envie de tuer les soldats qui débarquent, c’est ça ou mourir, sous les balles de son officier en premier, puis sous celle de l’ennemi ensuite (oui, pour les soldats allemands, les Anglais, Américains, Canadiens, étaient l’ennemi).

Les dessins sont très réalistes, eux aussi, et les tons pastel leur allaient à ravir, même durant le débarquement et sa grande boucherie sanglante.

Un grand album et une série qui est réussie, jusqu’à présent !

Un bon anniversaire à Sherlock Holmes !! 

 

Blackwater – 03 – La Maison : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 03 – La Maison

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (05/05/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 3: The House (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
1928 à Perdido. Alors que le clan Caskey se déchire dans la guerre intestine et sans merci que se livrent Mary-Love et sa belle-fille, et tandis que d’autres crises – conjugales, économiques, existentielles – aux répercussions défiant l’imagination se profilent, dans les recoins sombres de la maison d’Elinor, la plus grande de la ville, les mauvais souvenirs rôdent et tissent, implacables, leurs toiles mortelles.

Critique :
Cette fois-ci, je suis retournée à Perdido sans traîner en chemin tant j’avais hâte de retrouver la famille Caskey.

Si je devais expliquer pourquoi à quelqu’un qui n’a jamais lu cette saga, je pense que j’aurais du mal à lui donner de bonnes raisons, tant c’est un tout.

L’élément fantastique est toujours présent, en tapinois, planqué dans le placard et dans le personnage d’Elinor.

Il fiche la trouille, même utilisé avec parcimonie, à la limite de l’horrifique que n’aurait pas renié Stephen King.

Le suspense ? Oui, il est présent, mais ce n’est pas l’élément principal de cette série, ni ce qui fait coller mes doigts aux pages.

Tout le sel de cette saga familiale tient dans ses personnages, dans les atmosphères, dans les dialogues, dans le contexte historique de l’Alabama, terre ségrégationniste, où les Noirs n’occupent jamais que des places subalternes, domestiques, ouvriers, sans réel espoir de se hisser au-dessus de leur condition, d’être premier de cordé. Pourtant, il y a des rues à traverser !

Un personnage important est Mary-Love, la matriarche castratrice, qui aime ses enfants, qui les aime trop et qui voudrait que cet amour soit exclusif : donc, pas de mariage et si mariage il y a, faut vivre chez elle, dépendre entièrement d’elle, dont une dépendance financière, ce qui ne plait à aucun enfant qui souhaiterait sa totale indépendance.

Elle fait partie des gens que l’on aimerait aller balancer dans l’enclos des alligators, mais cela leur donnerait des aigreurs à l’estomac. On la déteste, tout en la comprenant et en compatissant à sa demande d’amour exclusif, qui ne peut avoir lieu.

Ses manigances sont brutales, tout en étant en finesse et comme Elinor ne répond à rien, on se demande toujours quel prochaine merde elle va lui faire. Sur le final, Mary-Love et Elinor auront une discussion qui m’a passionnée et dégoûtée, tant Mary-Love étant dans le déni le plus total.

J’avais trouvé Elinor un peu en retrait dans le volume précédent, mais dans celui-ci, qui se déroule sur plusieurs années, elle va monter en puissance, se montrer intraitable et rabattre toutes les cartes. Sans que l’on sache vraiment quelles sont ses motivations secrètes.

Le seul bémol de ces romans, c’est qu’ils se lisent trop vite. Ou alors, c’est moi qui les dévore avec trop d’appétit. On avance dans le récit, mais bien des choses restent encore cachées et je n’ai qu’une envie, c’est de découvrir ce qui se cache sous tout cela.

Une saga qui m’a happée dès le départ, sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi, juste que c’est prenant, addictif, rempli de mystères et que c’est bon.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°98].

Blackwater – 02 – La Digue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 02 – La Digue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (22/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 2: The Levee (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Tandis que la ville se remet à peine d’une crue dévastatrice, le chantier d’une digue censée la protéger charrie son lot d’imprévus : main-d’œuvre incontrôlable, courants capricieux, disparitions inquiétantes…

Pendant ce temps dans le clan Caskey, Mary-Love, la matriarcale, voit ses machinations se heurter à celles d’Elinor, son étrange belle-fille, mais la lutte ne fait que commencer. Manigances, alliances contre-nature, sacrifices, tout est permis.

À Perdido, les mutations seront profondes, et les conséquences, irréversibles.

Critique :
Ayant un peu délaissé la petite ville de Perdido et la famille Caskey, je me suis empressée d’acheter le tome 2 (et le 3), afin de poursuivre ma découverte de cette saga familiale.

Tout comme pour le premier tome, j’ai eu du mal à lâcher celui-ci, tant j’étais impatiente de savoir si le digue allait se faire et s’il y allait avoir des morts.

Mais avant de jouer au maçon et au terrassier, j’ai suivi la passe d’arme entre Elinor et sa belle-mère, Mary-Love Caskey, castratrice de ses enfants.

Cette mère aime ses enfants, elle les étouffe, ne les laisse pas vivre leur vie, ne souhaitant même pas qu’ils se mariassent, ou alors, à ses conditions et en continuant de vivre avec elle.

La preuve, son fils, Oscar, qui gère la scierie familiale, ne touche qu’un salaire dérisoire, sa mère refusant qu’il puisse prendre son indépendance. S’il a besoin d’argent, il faut qu’il lui en demande, pareil pour les courses du ménage… Il serait temps que les enfants foutent leur mère dans la rivière.

Si Elinor est un peu en retrait dans ce deuxième tome, Sister, la sœur d’Oscar, sera mise en avant, lui donnant même la possibilité de tenir tête à sa mère, la fille ayant tiré des leçons des emmerdes que son frère a eu avant de se marier.

Le côté fantastique est toujours présent, mais tapi dans un recoin sombre. La scène la plus crue arrivera sur la fin du récit, dans toute sa violence, dans toute son ignominie.

Elinor n’est pas un ange, mais à ce petit jeu, Mary-Love Caskey a de quoi voir venir, elle qui ne s’embarrasse pas des personnes, réglant leur vie tel un dictateur, plaçant ses pions là où elle veut qu’ils aillent. Certes, elle n’a pas de sang sur les mains…

Comme pour le premier tome, celui-ci est addictif, sans pour autant qu’il y ait de l’action, des péripéties ou un suspense à couper au couteau.

Non, ce qui est important, dans la saga, ce sont les atmosphères, lourdes de mystères, ces petites allusions que l’auteur fait en fin de son roman et qui sentent bon le Stephen King, les monstres tapis sous les lits.

Ce qui fait tenir ce récit, ce sont les personnages, véritable glaise qui fait tenir les briques ensemble, comme l’argile qui compose cette digue… Sans eux et les mystères, le récit s’effondrerait.

Un roman fantastique qui colle aux mains et qu’il est difficile de poser ! Si la saga continue dans cette qualité de récit, je sens que je vais bien m’amuser.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°96].

La véritable Histoire vraie – Tome 03 – Hitler : Bernard Swysen et Ptiluc

Titre : La véritable Histoire vraie – Tome 03 – Hitler

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Ptiluc

Édition : Dupuis (01/03/2019)

Résumé :
Si la Seconde Guerre mondiale et la Shoah sont bien le point d’orgue du règne d’horreur d’Hitler, l’histoire a commencé bien avant cela.

Pour comprendre comment et pourquoi l’indicible a pu se produire, il faut remonter un peu avant la naissance d’Hitler lui-même, au moment où son père adopte ce patronyme. Toute l’enfance d’Adolf Hitler, ses choix, ses échecs vont former un homme complexe et vont le mener à son « combat », comme il le raconte lui-même.

Convaincu comme beaucoup d’hommes de son temps de la culpabilité des Juifs après la Première Guerre mondiale, il va développer un antisémitisme violent. Recruté par un parti politique en 1919, celui-ci va servir de terreau pour ses aspirations. Il se découvre alors un talent d’orateur qui va lui permettre d’électriser les foules et, malgré les approximations qu’il raconte, de les rallier à son parti. Il en prendra le contrôle quelques mois après… la machine est alors lancée.

Les deux auteurs reviennent sur ce parcours surréaliste et sur cet enchaînement de circonstances atroces qui ont permis à Hitler d’accéder au pouvoir. Au fil des pages, des histoires plus petites se dessinent en creux, comme celle de Kurt Gerstein, officier nazi qui aura tout fait pour prévenir les forces libres des camps d’extermination, ou celle de von Gersdorff, qui a fait partie de la résistance au sein même du parti nazi.

Critique :
Peut-on rire de tout ? Il paraît que oui, mais pas avec tout le monde…

J’ajouterai qu’on peut rire de tout, à conditions de le faire intelligemment et que, sous couvert de l’humour, on parle de choses vraies, de faits avérés et qu’on n’aie pas peur d’utiliser à bon escient l’humour noir, sarcastique, ironique.

Après Staline, je me devais de lire l’autre salopard, Hitler (et je suis loin d’en d’avoir pas terminé avec tous les salopards d’assassins de masse du 20ème siècle).

Même scénariste, même dessinateur, ce qui veut dire que l’on continue dans l’univers animalier, dans l’anthropomorphisme et je dois dire que la tête de rat va comme un gant à Hitler, sans vouloir offenser les rats, bien entendu.

Comme pour les autres bédés, on commence avec l’enfance et la jeunesse du sujet, on nous présente ses parents (ce ne sont pas des gens qu’on a envie d’apprécier), les études du vrai méchant, ses folies, ses lubies, ses pensées, ses illogismes, sa haine, ses raccourcis faciles, le fait qu’il ne supporte pas les contradictions, le tout baignant dans sa méchanceté crasse, dans ses délires de dictateurs pas encore formé tout à fait.

Lors des pages consacrées à la Première Guerre Mondiale, j’ai croisé Milou, avant de tomber sur les Dalton, puis sur Tintin. Le tout étant parfaitement intégré dans le récit et servant juste de clin d’oeil, comme pour une phrase tirée de rabbi Jacob.

L’humour noir est présent, les auteurs sont sarcastiques, mais jamais insultant pour les gens qui ont souffert de ces horreurs. Afin d’illustrer la montée du racisme et de l’antisémitisme, ils utiliseront deux personnages, un professeur et son aide, Juifs, qui, après avoir voulu aller en Amérique (No), en Pologne, en Belgique, se retrouveront finalement en France, à trembler devant les soldats allemands qui défilent sur les Champs Élysées.

Les pages consacrées aux camps de la mort seront en noir et blanc, les prisonniers auront tous des visages de souris, comme dans l’excellente bédé Maus de Art Spiegelman. Sans entrer dans les détails, les deux auteurs arrivent très bien à faire passer les émotions dans ces quelques pages. Les soldats américains, eux, auront des têtes de Mickey.

Cette bédé à beau faire de l’humour, elle n’en reste pas moins une bédé historique, qui parle de faits historique et met en scène le moustachu végétarien qui aimait les animaux (comme quoi, on peut aimer les animaux et faire subir aux Hommes des atrocités avant de les exterminer).

Les auteurs nous montrent aussi comment l’homme moustachu n’aimait pas être contredit, s’adressait toujours à des foules acquises à ses idées, utilisant des phrases simples, du populisme, des raccourcis faciles… Et comment il se débarrassa de ses SA et de tous ceux qui auraient pu lui faire de l’ombre ou le contester.

Le récit n’est pas exhaustif, mais donne assez bien des petits détails, comme Hugo Boss, le tailleur des costumes pour Nazis et du personnage de Kurt Gerstein, de l’institut d’hygiène, qui découvrira la terrible réalité des camps de concentration… Cet homme tenta d’alerter le monde, mais il ne fut pas écouté.

J’ai souvent entendu dire que l’Adolf était arrivé au pouvoir légalement, par les urnes, mais cette bédé nous explique que ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’est passé : le rat s’est fait nommer chancelier de la république de Weimar, alors que le président Hindenburg avait toujours refusé de le nommer. Non, non, il n’a pas été élu chancelier par les Allemands.

Cette bédé est remplie de petites choses intéressantes, impossibles à résumer dans ma pauvre chronique. La bédé est copieuse, bien faite, intelligente et raconte les choses dans toute leur simplicité, mais aussi dans toute leur atrocités.

Et pendant que le rat montait, pendant que le rat prenait le pouvoir, prenait les pays limitrophes, les gouvernements européens fronçaient les sourcils, levaient un doigt menaçant, mais se laissaient berner, endormir, par les belles promesses du petit caporal… Et de nos jours, personne ne voit venir non plus. ♪ Anne, ma soeur Anne, si je te disais ce que je vois v’nir ♫

Bon, si vous n’avez pas encore compris, cette bédé est excellente (mais ceci n’est que mon avis, bien entendu) et mériterait d’être lue par plus, peut-être que certains comprendraient qu’avec ce genre d’idéologie, on va droit dans le mur, droit dans des guerres, dans les violences, dans le sang…

Que c’est le sang des civils qui coule le premier, puis celui des proches du dictateur, quand il en a marre de voir votre gueule, quand il pense que vous allez lui faire de l’ombre, le contester, remettre en question ses ordres, que vous les avez mal exécutés… C’est parano à l’extrême, un dictateur et bien seul… Il ne peut faire confiance qu’à son chien.

Une bédé qui parle de l’Histoire avec humour, mais sans jamais que ce dernier ne dénature les propos, les faits, les horreurs. On sourit, mais le récit nous fait souvent ravaler notre sourire.

Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur : vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre.

La cité des nuages et des oiseaux : Anthony Doerr

Titre : La cité des nuages et des oiseaux

Auteur : Anthony Doerr
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (14/09/22)
Édition Originale : Cloud cuckoo land (2021)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Un manuscrit ancien traverse le temps, unissant le passé, le présent et l’avenir de l’humanité.

Avez-vous jamais lu un livre capable de vous transporter dans d’autres mondes et à d’autres époques, si fascinant que la seule chose qui compte est de continuer à en tourner les pages ?

Le roman d’Anthony Doerr nous entraîne de la Constantinople du XVe siècle jusqu’à un futur lointain où l’humanité joue sa survie à bord d’un étrange vaisseau spatial en passant par l’Amérique des années 1950 à nos jours. Tous ses personnages ont vu leur destin bouleversé par La Cité des nuages et des oiseaux, un mystérieux texte de la Grèce antique qui célèbre le pouvoir de de l’écrit et de l’imaginaire.

Et si seule la littérature pouvait nous sauver ?

Critique :
Il vaut mieux être bien concentré sur sa lecture, lorsque l’on commence à lire ce gros pavé de 690 pages car l’auteur nous présente plusieurs personnage, le tout étalé sur des époques différentes.

Qu’est-ce qui pourrait relier Zeno (1940, 1950, 2020), Seymour (2014, 2020), Konstance (2156), Anna, et Omeir (1450), alors qu’ils ne se connaissent pas ?

Sans oublier qu’ils ne sont pas sur les mêmes lignes du temps…

Est-ce que les récit allaient se croiser ? Bonne question, j’en étais à la moitié du roman et je n’en savais pas plus. Il faut ajouter à ces différents récits, des extraits d’un manuscrit, celui d’Antoine Diogène, narrant les aventures (fictives) du berger Aethon à la recherche d’une utopique cité céleste.

L’inconvénient, c’est qu’au début, tout semble décousu, on saute les époques, on passe d’un personnage à l’autre, les chapitres sont courts, ce qui fait qu’à peine remis dans le bain de l’histoire, on resaute déjà dans le temps (ou d’un personnage). L’avantage, c’est que chaque arc narratif est très riche et que les personnages sont travaillés, ne manquant pas de profondeur.

La littérature est au centre de ce récit, que ce soit avec la bibliothèque municipale, avec des textes anciens datant d’avant l’imprimerie ou dans le futur, avec des livres qui sortent de leur étagères pour s’ouvrir là où se trouve le renseignement que vous avez demandé. Est-ce que la littérature peut aider des gens ? Les sauver ? C’est à ça que le livre va répondre et entre vous et moi, je le pense, oui.

Le bandeau-titre disait « Un chef d’œuvre »… Heu, c’est peut-être abusé. Bien que des copinautes aient notés, dans leurs chroniques, que cette lecture faisait partie de leurs meilleures.

Non, ce roman ne fera pas partie de mes coups de coeur, et ce, malgré que je n’ai pas grand-chose à lui reprocher, si ce n’est 100 pages en trop, ce qui n’est pas grand-chose lorsqu’on en a 690… Lu en trois jours, ce qui en fait un roman addictif.

Mais… Il ne m’a pas fait vibrer. Le récit me semblait plus écrit pour des jeunes adultes que pour des adultes tout court. L’écriture de l’auteur est agréable, sa plume n’utilise pas des mots compliqués, ses décors étaient bien décrits, les personnages aussi, mais il manquait les émotions pour me faire vibrer réellement.

Beaucoup de sujets de société sont abordés dans ce récit (écologie, les guerres, l’homophobie, la survie, société de consommation,…), hélas, c’est trop lisse, consensuel, sans peps. Limite réducteur…

Il paraît que la critique est facile, ce qui est réducteur, car si l’on reste honnête, la critique n’est pas un art aisé, la preuve en est avec ce roman qui me laisse le cul entre deux chaises :  il est lisse, mais j’ai aimé ses atmosphères, son histoire, ses personnages, sa construction. Il ne m’a pas emporté, mais il ne m’a pas déplu non plus.

C’est un sacré pavé et je n’ai pas perçu son épaisseur, je ne me suis pas ennuyée dans son récit, même si je lui reproche une petite centaine de pages en trop. Quant à son final, il m’a bien plu, il était inattendu pour un personnage.

Alors non, ceci n’est pas un chef d’œuvre, mais ce n’est pas non plus un mauvais roman et il vaut la peine d’être découvert. Aux lecteurs et lectrices ensuite de se faire leur propre avis.

Amère patrie – Intégrale : Christian Lax et Frédéric Blier

Titre : Amère patrie – Intégrale

Scénariste : Christian Lax
Dessinateur : Frédéric Blier

Édition : Dupuis – Aire libre (2018)

Résumé :
Jean Gadoix, Ousmane Dioum ; deux jeunes gens que rien ne destinait à se rencontrer, jetés dans les mêmes tranchées en 1914…

L’un sera fusillé sur une fausse accusation, l’autre survivra à la guerre mais subira l’offense répétée du racisme ordinaire, dans cette France des années 1920.

À travers les destinées particulières de Jean et d’Ousmane, c’est le destin d’une génération sacrifiée mais aussi le combat quotidien de femmes contre l’injustice, le mensonge et la calomnie, que nous raconte Lax sans complaisance ni faux-semblants, avec l’oeil de la vérité.

Critique :
Deux jeunes garçons qui préfèrent chasser, braconner, pêcher, plutôt que d’aller à l’école…

L’un habite en France (Jean Gadoix), l’autre au Sénégal (Ousmane) et rien ne prédisposait ces deux gamins à se retrouver face à face, un jour.

Sauf qu’en 1914 commença la Grande Guerre et que les généraux, la Patrie, a besoin de jeunes vies à faire faucher par l’ennemi teuton, de tirailleurs, de chair à canon.

Cette bédé commence gentiment, nous sommes encore loin de la guerre, nos jeunes gamins sont insouciants, mais pas de trop. L’un doit aider son père à la ferme, l’autre fait ce qu’il faut pour échapper au colons Blancs qui veulent l’envoyer à l’école.

Dans cet album, ça sent la ruralité, le colonialisme et même la campagne ne sent pas bon. Elle sent la sueur, la pauvreté, la misère, le travail harassant de le terre, avant que ce soit aussi le travail difficile dans les mines. Au Sénégal, ça sent mauvais les mariages forcés, les lois tribales.

Cet album, c’est l’histoire de multiples drames. Celui d’un accident, celui du travail épuisant pour nourrir sa famille, celui de la guerre, de ses tranchées, de la jalousie, de l’envie, de haine, d’une mesquinerie que l’un paiera très cher et d’un acharnement pour réhabiliter celui qui fut jugé comme un traître à la patrie.

Mais ce sont aussi des amitiés qui tiennent le coup, d’amour, de ténacité, de personnes qui se serrent les coudes, face à l’adversité et aux coups du sort.

C’est aussi la constatation d’un racisme solidement ancré dans le cœur des Français, de ces peuples que l’on exposaient comme des animaux exotiques, de la rancœur entre ceux qui ont fait la guerre, ceux qui ont échappé à la mobilisation, ceux que l’on a accusé de fuir le front, des insultes, de ces accusations qui n’en finissent jamais et qui se répercutent sur la famille, sur un fils…

La condition des femmes est aussi mise en avant, ainsi que le féminisme qui commençait à monter, et dont les mâles ne voulaient pas entendre parler. Ben non, hors de question de nous donner des droits, un salaire égal, le droit de vote…

Dans cet album, les auteurs frappent aussi là où ça fait mal, mais ils le font sans haine, juste en nous le montrant, de manière simple, réaliste : regardez bien, c’était ainsi à l’époque (et ce n’est pas encore tout à fait changé, hélas).

Le récit est prenant, les auteurs ont pris le temps de nous immerger dans l’époque, dans l’enfance de nos personnages principaux, afin que nous apprenions à les connaître, qu’ils deviennent des amis. Et il ne faut pas longtemps pour que nous nous y attachions.

Pas de manichéisme, pas de pathos inutile. Les méchants sont des gens ordinaires, victimes de leur haine, de leur racisme, de leur jalousie,… Nous aussi nous pourrions facilement tomber dans leurs travers, il suffit d’une fois, d’une colère, d’une envie de vengeance, d’un sentiment d’injustice, d’en sentiment de puissance dû à un uniforme, de l’argent, du pouvoir. Restons toujours vigilants.

Une bédé qui, bien qu’étant une fiction, s’appuie sur des éléments réels, tangibles, sur des faits de société, des faits de guerre, sur l’Histoire. Les auteurs ont mélangé le tout et cela donne un récit dramatique, beau, émouvant, touchant. Les dessins ont bien mis tout ça en page.

Une belle intégrale, rassemblant les deux albums, mon seul bémol étant que j’aurais aimé en avoir plus… Lorsqu’on aime une bédé, on n’en a jamais assez.

L’enfant d’Oradour : Régis Delpeuch

Titre : L’enfant d’Oradour

Auteur : Régis Delpeuch
Édition : Scrineo – Jeunesse (16/05/2019)

Résumé :
Originaires de Moselle, Roger et sa famille ont été contraints de fuir leur région et de se réfugier à Oradour-sur-Glane où ils mènent une vie heureuse. Jusqu’au 10 juin 1944, jour où des soldats nazis allemands encerclent le village.

Critique :
Pour ma très grande honte, ce n’est qu’il y a une dizaine d’années que j’avais appris, par une connaissance, le massacre d’Oradour-Sur-Glane.

J’étais tombée des nues de ne jamais en avoir eu connaissance, malgré les nombreux ouvrages lus sur la Seconde Guerre Mondiale. Il est un fait que j’avais lu beaucoup sur les camps de concentration et le débarquement.

Oradour n’est pas une ville de mon pays, non plus. J’avais connaissance des massacres perpétrés par les Allemands durant la Première Guerre Mondiale, à Dinant (Belgique) : 674 hommes, femmes et enfants avaient été exécutés par armes à feu en différents endroits de la ville, le 23 août 1914.

Des années durant, sur le pont de Dinant, le drapeau allemand n’a jamais flotté, en compagnie des autres drapeaux de l’Europe.

Le 10 juin 1944, 30 ans après, la division Das Reich, assassinait des civils à Oradour, faisant 643 victimes. Un acte abject, horrible, gratuit, perpétré par des soldats armés, face à des civils désarmés, dont les femmes et les enfants entassées dans l’église.

Toutes ces histoires de massacres sont toujours horribles, glaçantes, terribles…

Commencer par un roman jeunesse pour approcher de plus près ce massacre était une bonne idée, cela a évité trop de détails horribles dans le récit. Après, il sera temps de passer à des récits adultes, mais en attendant, commençons petitement.

Je pensais ce récit romancé, mais non, il est véridique ! C’est l’histoire vraie de Roger Godfrin, seul enfant rescapé, grâce à sa désobéissance et sa méfiance des allemands. Parfois, désobéir est salutaire. Mais à quel prix ? La vie sauve, oui, mais orphelin…

Ce court roman prend le temps de nous présenter l’histoire de la famille Godfrin, chassé de Moselle (village de Charly), par les allemands qui la voulait uniquement peuplée d’allemands, puisqu’ils avaient repris l’Alsace-Lorraine.

Arrivés en tant que réfugiés à Oradour, leur vie va être agréable, en France libre, sauf qu’ils ne savaient pas qu’ils se trouvaient au mauvais endroit… Mais ça, personne ne le savait à l’avance !

Le massacre, nous n’y assisterons pas, puisque nous suivrons les pas du jeune Roger, courant à perdre haleine, se demandant bien ce qu’il se passe dans le village et se retrouvant, blessé, à rester dans l’ignorance durant de nombreux jours.

La couverture n’est donc pas correcte dans le sens où Roger n’assiste pas à l’incendie de l’église après l’explosion.

Ce qu’il s’est passé exactement, il l’apprendra après et sa vie restera peuplée de cauchemars.

Nous aurons juste droit à sa mère, se trouvant avec la population sous la menace des nazis, demandant de pouvoir rejoindre ses enfants, situés un peu plus loin qu’elle, à un soldat de la Das Reich parlant parfaitement le français. Putain, ça fait toujours plus mal au bide, même s’il lui répond qu’il est un enrôlé de force…

Ce récit est tout en délicatesse, sans trash, tout en pudeur, sans verser dans le voyeurisme. Des adultes sont plus à même d’affronter de telles horreurs, pour les enfants, il vaut mieux éviter des détails horribles.

Comme Roger, ils ne seront pas les témoins directs de la barbarie humaine et nazie.

Un cahier explicatif à la fin de l’ouvrage donnera un peu plus de détails.

Un bon début pour commencer… Un roman tout en émotion et en délicatesse, malgré le sujet traité.

Crazy Horse – Une vie de héros : Joseph Marshall III

Titre : Crazy Horse – Une vie de héros

Auteur : Joseph Marshall III
Édition : Albin Michel – Terre indienne (2007)
Édition Originale : The journey of Crazy Horse (2004)
Traduction : Renaud Morin

Résumé :
Avec Sitting Bull et Geronimo, Crazy Horse est l’une des figures les plus charismatiques de la résistance indienne aux États-Unis. Sa personnalité, son étonnante victoire sur le général Custer à Little Big Horn, sa mort tragique et prématurée en 1877 ont fait de lui un véritable héros qui, aujourd’hui encore, fait figure de symbole pour les Indiens d’Amérique. »

Les coutumes qu’il a pratiquées, les traditions qu’il a suivies, les valeurs qu’il a incarnées sont encore viables aujourd’hui parce qu’il a fait son possible pour les conserver. Il les a défendues en vivant en accord avec elles et en se battant pour elles.

Pour toutes ces raisons, Crazy Horse sera toujours mon héros », dit l’écrivain et historien lakota Joseph Marshall.

Jamais encore l’un des siens n’avait entrepris de raconter le destin exceptionnel du chef sioux.

Dans ce livre émouvant, fruit d’années de rencontres et de recherches, l’auteur du Cercle de la vie brosse un portrait  » intime  » de Crazy Horse et nous invite à découvrir de l’intérieur la passionnante culture des Indiens des Plaines.

Critique :
L’Homme Blanc a réussi le tour de force de transformer des gens autonomes en personnes assistées ! Du socialisme inversé, en quelque sorte.

C’est du très mauvais socialisme celui qui asservi les gens, ce clientélisme juste bon à s’assurer la passivité (ou les votes, chez nous) de ces nouveaux assistés, qui sans les colis alimentaires, auraient bien du mal à subsister là où les a parqué, alors qu’avant, ces Indiens n’avaient besoin de personne pour survivre.

Pas de quoi pavoiser, l’Homme Blanc est roublard, il se réservera toujours le droit de diminuer les colis donnés, de ne pas respecter les contrats, de ne pas en donner autant d’années qu’il avait été prévu et les colis n’étaient jamais composés que de nourriture avariée, casseroles, instruments agraires ou vêtements défraichis. Oui, le peuple de Red Cloud a été eu… ♫ Paroles et encore des paroles ♪

Cette biographie de Crazy Horse, basée sur des témoignages et sur les récits oraux de ses ancêtres Amérindiens, est romancée. Non pas que l’auteur a raconté des choses fausses, mais contrairement à d’autre livres sur les chefs Indiens, il met en scène l’Histoire, même s’il n’y a pas de dialogues.

Elle commence avec sa naissance et son enfance. Jeune enfant aux cheveux clairs, il était souvent la cible de moqueries des autres gamins (nous n’avons pas le monopole), mais jamais il ne se rebella, ne s’énerva et il acquit ainsi un statut de guerrier juste, pas un fou prêt à tout, mais un homme réfléchi.

Tout allait bien dans la tribu des Sioux, jusqu’à ce que l’Homme Blanc emprunte la piste avec ses chariots, ne chassent les bisons de par sa présence massive, de par ses chasses massives, de par sa frénésie de l’or, de par ses envies de s’étendre et parce que l’Homme Blanc, telle une nuée de sauterelles, détruisait tout sur son passage, Nature, animaux et être humains qui ne vivaient pas comme eux.

Il est marrant (si j’ose dire) de voir que là aussi, le conflit a commencé avec une vache ! Je dis ça parce que gamine, à l’école, nous avions appris l’histoire de la Guerre de la Vache (qui a donné son nom à une route et qui fit 15.000 morts – merci Wiki), histoire célèbre dans mon plat pays (avec la bataille des éperons d’or).

Ici, tout pareil : une vache maigre se promène, sans propriétaires, arrive dans le campement des Indiens, qui la tue, la mange et lorsque le proprio Mormon hurle à l’assassinat de sa vache, ça dégénère, car il refusa les deux bons chevaux proposés en dédommagement par les Indiens et ensuite, des soldats vinrent au campement et tuèrent un chef qui était paisible. Et tout bascula ensuite…

Cette biographie romancée est très intéressante, une fois de plus, c’est une mine de détails, d’Histoire, de culture du peuple des Sioux (divisés en plusieurs peuples) et mon sel regret sera que l’auteur parle peu de la bataille de Little Big Horn.

Dommage, parce que c’est une bataille importante (même si on connait les détails). Par contre, on aura des récits d’autres batailles. Ce sera dans les pages additionnelles que je comprendrai pourquoi l’auteur ne s’est pas appesanti sur Little Big Horn.

Comme toujours, les Indiens ont été trompés par les Hommes Blancs, grugés, les traités n’ont jamais été respectés et la langue des Blancs est resté fourchue en tout temps, en tout lieu.

Les Indiens, lassés de fuir, lassés de se battre contre des soldats qui ne connaissaient rien de l’honneur (comme les autres tribus indiennes contre qui ils se battaient), ont bien souvent déposés les armes, laissé les Blancs emporter leur chevaux et se sont laissé asservir et corrompre par l’Homme Blanc, qui a réussi à monter les Sioux entre eux, donnant du pouvoir à des hommes qui ne l’auraient jamais eu dans leur tribu. On n’est jamais aussi bien trahi que par les siens…

L’ouvrage se termine par la mort de Crazy Horse, assassiné par l’un des siens, sans doute un meurtre commandé par Red Cloud qui voulait rester calife et ne pas partager le pouvoir avec un autre chef, même si Crazy Horse ne demandait rien. La peur de perdre le pouvoir, ça fait toujours agir les humains de manière violente.

Une belle biographie sur ce chef charismatique, une mine d’information pour celles et ceux qui sont intéressées par le sujet, car il n’est pas le seul dont l’auteur parlera.

Le portrait d’un être humain, avec ses défauts, ses qualités. D’un homme qui se dévouait pour son peuple, qui aidait ceux qui n’avaient pas grand-chose (les veuves), parce que c’était son devoir et qu’il n’était pas égoïste, comme d’autres.

Un portrait réalisé au plus juste, loin des clichés habituels qu’on nous a fourré dans la tête, loin des Indiens assoiffés de guerre, de sang, de scalps et de toutes ces conneries des films où les gentils cow-boys, les merveilleuses Tuniques Bleues, affrontaient les vilains méchants Indiens.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022 (dernière fiche).