Pawnee : Patrick Prugne

Titre : Pawnee

Scénariste : Patrick Prugne
Dessinateur : Patrick Prugne

Édition : Daniel Maghen (2013)

Résumé :
Alban, jeune soldat français envoyé en Louisiane et porté déserteur, partage à présent la vie des indiens Minetaree. Solidement lié d’amitié avec le trappeur Toussaint Charbonneau, il a abandonné tout espoir de retrouver Louis, l’ami qui l’avait accompagné en Amérique avant de tomber aux mains des Pawnees. Sa décision est prise, il va rentrer en Europe…

Malheureusement, son chemin croise celui de guerriers Shawnees, et d’une bande de miliciens.

Si ces derniers sauvent la vie d’Alban, ils se révèlent d’une sauvagerie et d’une cruauté bien supérieure à celle des indiens qu’ils sont censés combattre…

Critique :
C’est le hasard le plus pur qui m’a fait prendre cette bédé, qui était plus épaisse et plus haute que les autres qui se trouvaient rangées dans le même espace, dans une bouquinerie.

L’inconvénient, c’est qu’apparemment, l’on retrouve dans ces pages les personnages de « Frenchman » et que je n’ai pas lu cet album.

Bon, ce n’était pas trop grave, avec le peu d’indications reçues dans le récit, j’ai tout de même compris l’essentiel.

Les dessins et les couleurs de cette bédé sont magnifiques, des vraies œuvres d’art à l’aquarelle qu’on aurait envie d’accrocher dans son salon.

Le récit se passe en 1811, dans l’ouest du Mississipi, où le jeune Alban, soldat de Napoléon, a déserté et vit chez les Minetarées. Lassé de ne pas avoir retrouvé la trace de son ami, Louis, il décide de retourner en Europe, sans savoir qu’Angèle, sa sœur vient d’arriver sur le continent et fait route vers Philadelphie.

En Amérique, c’est le bordel ! Les soldats français et anglais se tapent sur la gueule, les Indiens ont compris qu’il fallait aussi se battre et ne pas se laisser marcher sur les pieds et des miliciens ont assassinés de Pawnee, juste pour le plaisir.

Mélangeant habillement le contexte historique et les errances d’Alban et de sa soeur, l’auteur développe dans son récit une histoire de vengeance, une histoire de miliciens qui se font dégommer, silencieusement, un par un. Mais qui les attaque ? Je ne dirai rien de plus.

Le scénario est classique au possible. Rien de neuf sous le soleil. Malgré tout, on s’attache aux personnages d’Alban et d’Angèle, on se sent plus proche des guerriers Pawnee, luttant pour leur survie face à la nuée de sauterelles qu’est l’Homme Blanc et on suit le fil du récit avec plaisir, angoisse et on se laisse prendre dans les bras du suspense.

À noter qu’à la fin de l’album, il y a des crayonnés de l’auteur, des petites merveilles qu’on regarde avec beaucoup d’attention.

Une belle découverte ! Maintenant, je vais me mettre en chasse et tenter de trouver les autres albums de cet auteur, et surtout le premier !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°53] et Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

John Tanner – Tome 1 – Le captif du peuple des Mille Lacs : Christian Perrissin et Boro Pavlovic

Titre : John Tanner – Tome 1 – Le captif du peuple des Mille Lacs

Scénariste : Christian Perrissin
Dessinateur : Boro Pavlovic

Édition : Glénat (11/09/2009)

Résumé :
1789, Nouveau Monde. John Tanner a 9 ans, il est le fils d’un pasteur fermier qui vit avec ses enfants, sa seconde épouse et deux esclaves noirs dans une petite ferme du Kentucky.

Un matin de printemps que son père est aux champs avec le frère aîné et les boys, John, qui a eu l’interdiction d’aller dehors, parvient à déjouer la surveillance de sa belle-mère et de ses sœurs, et filer en douce. Il est alors kidnappé par deux Indiens Ottawa…

Amené de force dans leur tribu, il est alors adopté par une vieille indienne qui voit en lui la réincarnation de son fils parti quelques mois plus tôt. Par la force des choses, John deviendra un membre à part entière de la tribu, puis un guerrier, et prendra part aux guerres contre les Blancs…

Critique :
La couverture avait attirée mon regard : le dessin de l’Amérindien étais superbe et je me suis laissée tenter. J’ai eu raison, d’ailleurs.

Cette bédé est le véritable récit de la vie du jeune John Tanner, sale gamin qui n’obéissait pas et qui s’est fait enlevé, à l’âge de 9 ans, par deux Indiens Ojibwe.

Le récit de sa captivité n’est pas un long fleuve tranquille.

Remplaçant un fils mort, l’épouse de Manitugeezik, son ravisseur, le considère comme son fils et l’aime, par contre, avec les autres fils, c’est compliqué, sans parler avec Manitugeezik qui, lorsqu’il a bu, a la main lourde.

Le récit prend son temps, notamment en nous montrant la vie dans cette tribu des Indiens Ojibwe : le travail des femmes, des enfants, les règles à suivre, la chasse, avant de basculer sur une autre tribu, celle des Ottawa, mais bien plus pauvre que la première.

Les dessins sont magnifiques, réalistes, détaillés et les couleurs, dans des tons assez doux, donne à l’ensemble un certain cachet, pour ne pas dire un cachet certain.

En 1789, les colons avaient déjà pris possession de beaucoup de terres, mais pas encore de toutes, comme ce fut le cas ensuite. Le scénariste nous retranscrit, au delà de ce récit de captivité horrible, tous les problèmes des Indiens, notamment l’alcool et la peur de perdre leurs terres face à l’avancée de l’Homme Blanc.

Le pauvre John ne trouve pas sa place parmi la tribu, il n’a pas été élevé comme leurs enfants, pleurniche, n’est pas aussi performant qu’eux, a du mal avec la langue.

On se dit que s’il venait, après quelques années, à retrouver les siens, il aurait à nouveau du mal à s’intégrer, étant perçu comme un étranger à la culture, après avoir séjourné dans la culture Indienne. Bref, le pauvre John serait le cul entre deux chaises, non accepté des deux côtés.

Un bel album, un superbe découverte et il me tarde de découvrir la suite.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 89 pages) et Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Louisiana, la couleur du sang – Tome 2 : Léa Chrétien et Gontran Toussaint

Titre : Louisiana, la couleur du sang – Tome 2

Scénariste : Léa Chrétien
Dessinateur : Gontran Toussaint

Édition : Dargaud (22/01/2022)

Résumé :
Ce deuxième volume de la trilogie « Louisiana » poursuit la saga d’une famille de planteurs dans le sud des États-Unis au XIXe siècle.

Après le décès d’Augustin, patron tyrannique du domaine, sa veuve tente de prendre en main son destin, malgré les conflits qui l’opposent à son fils revenu d’Europe et sa fille aux idées progressistes.

Ce chapitre met de nouveau en lumière la violence d’une société dominée par les hommes sur fond de racisme symbolisé par l’esclavagisme, à la veille de la guerre de Sécession qui fera éclater ce modèle.

Critique :
1961, nous retrouvons Louise Soral, notre grand-mère, mettant en ordre des documents, avant de reprendre le fil de son récit, celui qui eut commença en 1805, dans une plantation sucrière, dans le Sud de l’Amérique.

Laurette, la mère de Joséphine, est en fait la grand-mère de Louise Soral.

Depuis le décès de son mari, Laurette pète un câble, parlant toute seule, devenant raciste (ce qu’elle n’était pas du tout avant) et oubliant que son mari s’est fait sauter le caisson.

Antoine, le frangin de Joséphine est revenu et il n’a pas changé : un buveur, un violeur, un profiteur, un mec qui pense que les autres lui appartiennent et que les esclaves sont des objets dont on peut disposer à l’envi, surtout les femmes.

Les personnages de Laurette et Joséphine ne sont plus les mêmes, elles sont bien différentes des deux personnes du premier album. Jeune, Joséphine était amie avec une jeune esclave de la plantation, maintenant, elle ne supporte pas que son fils aime une fille Noire. Ce qui, à cette époque, une telle relation (avec de l’amour et l’envie de se marier) n’était ni morale, ni légale.

Nous sommes loin des idées larges qu’avait la Joséphine du début, de sa tolérance. Elle utilise même des mots honni à notre époque (mais pas à la sienne, bien entendu).

La preuve que tout le monde change, en bien ou en mal. Par contre, l’Histoire se répète, comme toujours, puisqu’elle est un éternel recommencement. On a beau avoir eu l’envie de changer les choses, une fois adulte, une fois mariée et avec un enfant, Joséphine a relégué ses rêves, ses projets.

Quant aux hommes, ils restent les mêmes, surtout son frère et Joséphine a cette horrible impression que la malédiction familiale ne recommence.

J’étais contente que le personnage de Marie Laveau, la prêtresse vaudou, soit plus présente dans cet album. Afin d’asseoir son pouvoir, elle doit acquérir un grand savoir, notamment sur les petits secrets des hommes… C’est le prix à payer pour rester libre, elle qui cumule le fait d’être une femme et Noire de peau.

J’ai préféré cet album au premier, il est sombre, mais d’une manière différente du premier et les personnages avaient moins ce côté manichéen, limite caricatural. Certes, voir Joséphine changer à ce point n’est pas agréable, mais c’est plus conforme à son époque et au moins, elle a plus de nuances.

En prenant de l’âge, les personnages deviennent ce qu’ils n’auraient pas voulu devenir avant. Hormis Jean, le fils de Joséphine, qui, même devenu adulte, reste tolérant, veut changer de vie, épouser la fille Noire qu’il aime toujours. Vous pensez bien que môman Joséphine n’est absolument pas d’accord.

Lorsque Joséphine n’avait pas de responsabilités, il était doux de rêver et de jurer que jamais l’on ne deviendrait comme ses parents ou les autres adultes (on passe par ce moment nous-même, ado), et puis boum, une fois mise devant les responsabilités et une plantation à faire tourner, on finit par devenir comme les autres, ceux qui ricanaient devant l’égalité des races (concept de races qui n’existent pas, en plus).

Ce deuxième album fait aussi le lien entre la narratrice, notre vieille grand-mère (qui a 100 ans, alors) et Jean, le fils de Joséphine.

Les dessins sont toujours réalistes et les coloris, même dans les tons sombres, mettent bien en valeur le travail de graphisme.

Un bon deuxième album, meilleur que le premier, selon mon avis (mais qui ne vaut pas grand-chose), même si, sur la fin, Joséphine dépasse les bornes de toutes les limites… Ah la salope !

Dommage que je ne possède pas le troisième album, celui se termine sur la guerre de Sécession qui se profile et j’aimerais savoir ce qu’il va arriver aux membres restants de cette famille : Joséphine, son fils Jean, son épouse et leur petite fille, Louise…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°42], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 01 – La Crue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (07/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 1: The Flood (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever.

Mais c’est compter sans l’apparition , aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

Critique :
« Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite », comme le disait si bien Jeanne D’Arc sur le bûcher. La ville de Perdido (Alabama du sud) pourrait dire (si elle savait parler) : « Le jour de la crue, j’ai été cuite ».

Submergée par les flots de la Perdido et de la Blackwater, la ville est recouverte d’eau, de boue, tout est dévasté.

La première chose qui m’a attiré, dans cette saga de 6 romans, ce sont les couvertures ! Purée, elles sont magnifiquement ouvragées. Alors, pourquoi pas ?

Ce premier tome pose les bases de la famille Caskey, une famille qui a fait fortune dans le bois, avec une scierie. Nous sommes en 1919 et à cette époque, les Noirs peuvent servir les Blancs, mais pas s’asseoir à leur table.

Les premières pages du livre sont intrigantes : la crue a eu lieu et Oscar Caskey, en barque avec Bray, un de ses employés (Noir), trouve une femme dans l’hôtel de la ville. Elle n’a pas été prévenue de la crue. Bizarre, bizarre se dit Bray (et les lecteurs aussi). Surtout lorsqu’il remarquera la hauteur où l’eau s’est arrêtée, à ce premier étage !

Elinor est un personnage énigmatique. Le côté fantastique vient d’elle. Sans en dire plus, soit les mystères qui l’entourent n’en sont pas (effet d’optique dû au soleil), soit il y a un truc qui sent mauvais dans son cas. Pour moi, ça pue, méfiance !

On ne peut pas dire que l’action est présente dans ce premier tome. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher. Les mystères qui entourent le personne d’Elinor, m’ont happé, tel le courant puissant de la rivière.

De plus, j’ai apprécié les autres personnages, même si nous sommes en présence d’une mère limite castratrice, qui ne veut pas que ses enfants partent ailleurs, que son fiston se marie… Mary-Love, puissante matriarche du clan Caskey, est une roublarde, mais elle pourrait tomber sur pire qu’elle.

Oui, à Perdido, ce sont les hommes qui bossent, mais ce sont les femmes qui décident, qui tirent les ficelles, qui manipulent. Girl power ! Attention, les femmes Blanches, bien entendu. N’oubliez pas que nous somme en Alabama du Sud et en 1919 ! Machiavel pourrait trouver à qui parler, avec certaines femmes, dont Mary-Love et Elinor.

La plume de l’auteur est aussi fluide que les cours d’eau, elle glisse toute seule et on a envie de voguer sur les flots de ces deux rivières qui se rejoignent en créant un tourbillon mortel. Merde alors, je viens de succomber aussi à la maladie de l’année : Blackwater ! Paraît que ça se soigne facilement, en lisant tous les tomes. Je vais me soigner, alors !

Sans que ce soit le livre de l’année, l’univers mis en place par l’auteur m’a bien plu, sans pour autant que je puisse vous dire précisément pourquoi. Sans doute grâce au contexte historique (ségrégation raciale), à cette famille peu ordinaire et au personnage mystérieux de Elinor, que l’on n’arrive pas à cerner.

Les tensions, les secrets cachés, le petit côté fantastique maîtrisé, tout ça m’a fait plonger dans ce roman avec plaisir. Je compte remettre mon maillot de bain et aller à nouveau nager dans les eaux troubles de la famille Caskey prochainement.

Alors, qui plongera aussi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°41] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Louisiana, la couleur du sang – Tome 1 : Léa Chrétien et Gontran Toussaint

Titre : Louisiana – Tome 1 – La couleur du sang

Scénariste : Léa Chrétien
Dessinateur : Gontran Toussaint

Édition : Dargaud (13/09/2019)

Résumé :
La Nouvelle-Orléans, 1961. Louise, vieille femme au crépuscule de sa vie, décide de rompre le lourd silence qui entoure l’histoire de ses ancêtres, propriétaires d’une plantation de canne à sucre dans le sud des Etats-Unis au XIXe siècle.

Qu’ils soient blancs, noirs, créoles ou esclaves, catholiques ou adeptes du culte vaudou, tous vont s’aimer, se détester, s’unir ou se séparer, retrayant la vie intime de cette plantation créole.

Critique :
Scarlett O’Hara et Rhett Butler… Personnages phares du livre « Autant en emporte le vent », de Margaret Mitchell (1936) et héroïne du film du même nom, multi oscarisé.

1961, des gamines lisent le roman et demandent à leur mamy de leur parler de l’époque des plantations, ce que leur aïeule refuse de faire, avant de se confier à sa dame à tout faire.

L’Histoire américaine est remplie de squelettes dans les placards, de sang, de meurtres, de racisme, de génocide et l’esclavage tient une importante place dans ce passé que l’on voudrait cacher sous les tapis. Les coupables sont morts depuis longtemps, mais l’esclavage moderne n’est pas une utopie, il existe toujours.

Cette bédé, très sombre, très réaliste, nous plonge dans une plantation de cannes à sucre, bien avant la Guerre de Sécession, à une époque où l’esclavage régnait en maître, la ségrégation aussi, ainsi que les coups de fouet.

Les esclaves Noirs devaient se taire et subir, mais pas qu’eux, les épouses des planteurs n’avaient guère plus de droit, si ce n’est celui d’être condescendant envers leurs inférieurs, c’est-à-dire les esclaves ou les Noirs avec un peu plus de liberté.

Oui, l’épouse du maître et sa fille ont beau être féministes et progressistes, malgré tout, la mère n’apprécie pas qu’une personne Noire lui parle en égale. Nous sommes dans les années 1800, il ne faut pas trop leur demander non plus.

Déjà que pour l’époque, c’est quasi fantastique de trouver des personnes qui possèdent une conscience humaine et une qui a compris que les différences entre les races n’existaient pas, que leurs esclaves avaient une âme. Ça ne devait pas courir les rues, des prises de conscience pareilles, à l’époque.

Les dessins de cette bédé sont très réalistes, de même que le contexte abordé. C’est sombre, violent et à ne pas laisser traîner devant des enfants. Les comportements des hommes sont crus, ils boivent, considèrent leurs esclaves comme du bétail et se servent dans les femmes (ou les très jeunes filles), comme bon leur semble.

De l’autre côté, l’épouse et la fille sont au-dessus de la mêlée, plus humaines, plus intelligentes. On est à la limite du manichéisme, le portrait de la mère étant compensé par cet orgueil qui lui fait dire qu’une femme Noire n’a pas à lui parler en égale. Gaffe à ne pas se prendre les pieds dans le tapis avec des considérations du XXIè siècle dans un récit se déroulant au début XIXè.

Ce premier tome m’a donné envie de lire le suivant, afin de voir où le récit va nous emmener, notamment durant la Guerre de Sécession qui va se profiler et le retour du fils, Antoine, qu’on a exilé en France après ses frasques totalement folles.

Et puis, on a envie de savoir où se situe la grand-mère qui raconte l’histoire dans toutes cette fresque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°31], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 57 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : La Traversée des Temps – 02 – La Porte du ciel

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (03/11/2021) – 581 pages

Résumé :
L’éternité n’empêche pas l’impatience : Noam cherche fougueusement celle qu’il aime, enlevée dans de mystérieuses conditions.

L’enquête le mène au Pays des Eaux douces la Mésopotamie où se produisent des événements inouïs, rien de moins que la domestication des fleuves, l’irrigation des terres, la création des premières villes, l’invention de l’écriture, de l’astronomie.

Noam débarque à Babel où le tyran Nemrod, en recourant à l’esclavage, construit la plus haute tour jamais conçue. Tout en symbolisant la grandeur de la cité, cette Tour permettra de découvrir les astres et d’accéder aux Dieux, offrant une véritable « porte du ciel ».

Grâce à sa fonction de guérisseur, Noam s’introduit dans tous les milieux, auprès des ouvriers, chez la reine Kubaba, le roi Nemrod et son architecte, son astrologue, jusqu’aux pasteurs nomades qui dénoncent et fuient ce monde en train de s’édifier.

Que choisira Noam ? Son bonheur personnel ou les conquêtes de la civilisation ?

Dans ce deuxième tome de la saga La Traversée des Temps, Eric-Emmanuel Schmitt met en jeu les dernières découvertes historiques sur l’Orient ancien, pour nous plonger dans une époque bouillonnante, exaltante, prodigieuse, à laquelle nous devons tant.

Critique :
Le premier tome m’avait emporté au néolithique, m’avait fait vivre un déluge, devenu ensuite, au fil des récits, LE Déluge biblique.

J’avais fait la connaissance de Noam, devenu Noé pour les récits, de Noura, la femme qu’il aime plus que tout et de Derek, celui qui était devenu un sale type.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai replongé dans cette folle aventure qui décortique l’Ancien Testament, qui nous fait vivre une partie de ses grands épisodes, nous le montrant sous un autre jour et qui nous fait vivre aussi les débuts de l’Humanité.

Le côté Historique est bien rendu, on sent le travail de l’auteur derrière son récit, qu’il nous conte avec une facilité déconcertante, même si, le début de ce deuxième tome est un peu long et répétitif.

Noam, toujours amoureux de sa Noura, la cherche partout, marche énormément, découvre le Monde après un long sommeil réparateur (dans le sens premier du terme) et à un moment donné, j’ai eu l’impression que l’on tournait un peu en rond, tel un chien après sa queue.

Heureusement, une fois arrivé à Babel, le récit va redevenir intéressant, bouger, nous apprendre des choses, nous présenter des personnages intéressants et hautement attachants, tel la reine Kubaba et Gawan le sorcier (qui n’en est pas vraiment un, vous connaîtrez son truc si vous lisez le roman).

La tour de Babel, celle qui va s’écrouler… Je ne divulgâche pas, tout le monde connaît l’Histoire, le récit, la légende (biffez les mentions que vous ne gardez pas), de plus, la tour est représentée sur la couverture.

Par contre, je resterai muette sur l’autre épisode important de l’Ancien Testament dans lequel Noura aura une importance capitale, bien que je n’aie pas aimé son comportement de manipulatrice.

Dans ce récit, une fois de plus, la fiction se mêle habillement et intelligemment avec l’Histoire de l’Humanité et l’Ancien Testament. L’imaginaire est au pouvoir, le fantastique aussi (immortalité), sans jamais que cela devienne trop lourd.

La politique est bien présente, avec ses jeux de pouvoirs, ses guerres, ses ruses pour en éviter une, les débuts de l’espionnage, de l’écriture et la mégalomanie d’un roi qui ne se sent plus péter et se fait construire un immense phallus pour causer avec les Dieux. Faut de viagra©, sa tour débandera…

Le reproche que je ferai à cet opus, c’est le Grand Méchant, Nemrod. Oui, je sais, il existe des dictateurs, des tyrans encore pire que lui, plus sadiques, plus meurtriers, plus mégalos, bref des salopards qui n’auront aucunes circonstances atténuantes. Dans le rôle de l’ordure de service, il est parfait : seul, parano, violent, toujours à la recherche de plus de richesses…

Ce n’est pas le personnage de Nemrod que je remets en question, c’est l’homme qui se cache derrière le roi. Ceux et celles qui l’ont lus savent de qui je veux parler.

S’il y a bien un truc que je n’aime pas, en littérature, ce sont les méchants récurrents. Si Joe Dalton me fait rire, j’apprécie quand l’auteur crée d’autres méchants, au lieu de prendre toujours le même. D’accord, le méchant de ce roman est immortel aussi, mais j’espère qu’il ne va pas s’introduire dans toutes les peaux de tous les salopards de l’Histoire, sinon, je vais faire un malheur. De la diversité, que diable !

Hormis ce bémol, le récit m’a captivé et j’ai dévoré les 580 pages sur deux jours. Le projet de l’auteur est ambitieux : raconter, en 8 volumes, l’Histoire de l’Humanité. Mais le raconter à la manière de Dumas, avec des aventures, de la flamboyance, des amitiés (et sans ghost writer j’espère).

À la fois récit initiatique, quête, roman d’aventure, d’amour, roman historique, biblique, politique, religieux, polar, ce deuxième tome confirme tout le plaisir ressenti dans le premier, malgré mes bémols. Schmitt est un formidable conteur et je serai au rendez-vous pour la partie Égyptienne.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°006] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Les chroniques de St Mary’s – 05 – Hier ou jamais : Jodi Taylor

Titre : Les chroniques de St Mary’s – 05 – Hier ou jamais

Auteur : Jodi Taylor
Édition : HC (20/02/2020)
Édition Originale : The chronicles of St Mary’s, book 05: No Time Like the Past (2015)
Traduction : Cindy Colin Kapen

Résumé :
À l’institut St Mary, les historiens n’étudient pas seulement le passé, ils le visitent.

La jeune historienne docteur Madeleine Maxwell et son équipe ont finalement récupéré de leurs blessures et la vie reprend tranquillement son cours à l’institut… jusqu’aux prochaines catastrophes.

Prise au piège dans le grand incendie de Londres, puis piégée aux Thermopyles, Max doit lutter pour remettre l’Histoire sur les rails. Et éviter de voir le monde occidental bouleversé.

Mais il va d’abord falloir passer la  » fête de St Mary « , qui promet de très mal finir pour tout le monde.

Une seule chose est certaine, rien n’est jamais « tranquille » à St Mary !

Critique :
Quand vais-je enfin comprendre qu’il est impossible de se la couler douce en allant passer du temps à l’institut St Mary ? Moi, je voulais juste déguster des Margarita, boire du thé, manger des biscuits et rigoler avec des potes.

Alors oui, j’ai bu des cocktails, j’ai mangé des biscuits, j’ai tellement bu du thé que je me suis vidée, j’ai ri, ricané, pouffé de rire, mais pour la tranquillité, faudra aller voir ailleurs !

J’ai assisté à une scène de ménage violente dans un manoir, avant de le voir brûler et d’y avoir risqué ma peau, j’ai eu des emmerdes à l’expo universelle de Londres, puis je n’ai rien trouvé de mieux que d’aller à la cathédrale Saint-Paul, à Londres, durant le grand incendie de 1666, j’ai ensuite organisé une journée portes ouvertes, je me suis pris une balle, des caillasses à Florence avant de finir avec les Spartes, aux Thermopyles.

C’est bien simple, j’ai utilisé tous les jours de congés maladies disponibles…  Mais bon, qu’est-ce qu’on se marre tout de même ! Faut bien rire, face à toutes les catastrophes qui nous tombent sur le paletot, à St Mary, là où même la plus banale enquête sur un événement historique majeur peut tourner en eau de boudin.

Après quelques thrillers, j’avais besoin d’un peu de calme et au lieu de prendre un cosy-mystery bien tranquille, je suis repartie volle gaz (ou volle Petrol, bref, très vite) à l’institut St Mary. Pourquoi ? Parce que c’était l’assurance de retrouver des personnages qui me sont chers, que j’apprécie et de me payer une tranche de bonne humeur.

L’écriture de l’autrice est jubilatoire, sans pour autant que cela tourne en farce ridicule ou en non sens. Le contexte historique des voyages dans le temps est bien respecté. Oh, pardon, je voulais bien sûr dire : des enquêtes sur les événements historiques majeurs depuis l’époque contemporaine. La dernière qui a parlé de voyages dans le temps à dévalé des escaliers sur son pet (son cul).

Tout en lisant, je révise mon Histoire, celle avec un grand H (et non un grand I), l’observant avec un autre regard, la vivant de l’intérieur.

On pourrait lui reprocher d’appliquer toujours la même recette : mettre ses personnages en danger durant un voyage temporel, quel qu’il soit, même le plus basique comme la visite de l’expo universelle de Londres en 1851, au Crystal Palace.

On pourrait aussi reprocher l’utilisation des mêmes méchants, encore et toujours… Méchants qu’on ne peut pas dézinguer sans risquer d’influencer sur son futur ou son passé.

Oui, effectivement, les tomes se suivent et se ressemblent, la même recette est appliquée, puisqu’elle fonctionne bien. L’autrice ne se renouvelle guère, sauf dans le précédent, avec la police du temps et les univers parallèles.

Pourtant, ça passe toujours facilement avec moi, car ce sont les personnages qui font tout, ainsi que l’écriture, pétillante, simple, agréable à suivre, de Jodi Taylor.

Les règles établies par nos historiens ou les membres de la sécurité ne sont pas toujours suivies à la lettre, comme nous-même le faisons, avec les règles de sécurité. Ne pas intervenir durant une mission est parfois difficile, il faut avoir un mental d’acier pour ne pas aider une personne et il est normal que nos amis succombent parfois au désir de sauver un autochtone croisé. Ils sont humains.

Une lecture qui fut agréable, ponctuée de sourire, de pouffements de rire, de ricanements bêtes de ma part.

La lecture qui me fallait au bon moment, sans trop de prises de tête (quoique, avec Izzie la harpie…), qui m’a instruite avec l’Histoire, sans pour autant que cela devienne lourd et qui, cerise sur le gâteau, m’a amené aux Thermopiles, pour une bataille mythique entre les Spartes et les soldats de Xerxès. Comme si j’y étais, les odeurs de sang et de sueur en moins.

Un cinquième tome qui continue dans les pas des premiers, après un changement de direction dans le 4 et qui est toujours aussi jubilatoire que les précédents.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°01].

Le Bureau des Affaires Occultes – 02 – Le Fantôme du Vicaire : Éric Fouassier [Par Dame Ida, créature inquiétante qui hante les coins sombres des bibliothèques]

Titre : Le Bureau des Affaires Occultes – 02 – Le Fantôme du Vicaire

Auteur : Éric Fouassier
Édition : Albin Michel (22/04/2022)

Résumé :
Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné. Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité ?

Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l’auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif.

L’avis de Dame Ida :
Un peu lapidaire le résumé Babelio, non ? Oui, Valentin est appelé par une jolie aristobourge qui s’inquiète de voir son mari tomber sous la coupe d’un médium prétendant le mettre en contact avec sa fille défunte qu’il avait eu d’un précédent mariage…

Oui Valentin ne croit pas plus que cette dame à ces âneries et est prêt à venir démontrer l’escroquerie…

D’autant qu’en ces périodes de changements politiques instables, les préfets de police changent tous les quatre matins et qu’à chaque fois c’est la pérennité du bureau des affaires occultes qui se trouve menacée si Valentin de montre pas d’édifiants résultats.

Qui plus est, ce bureau serait d’autant plus facile à fermer qu’il en est le seul inspecteur, et que l’adjoint qu’on vient de lui donner, malgré son implication, ne représente pas une équipe pléthorique difficile à réaffecter en cas de fermeture du service.

Cette nouvelle affaire est donc cruciale, mais… Elle n’est pas la seule qui occupera Valentin, toujours décidé à retrouver le Vicaire, religieux dévoyé machiavélique à l’âme noire et nauséabonde avec qui il a quelques comptes personnels à régler depuis le volume précédent. Et croyez-moi, ça le préoccupera bien plus que son affaire de médium, tout au long du livre.

Ben oui ! D’où vient le titre du roman à votre avis ? Aucun rapport avec ce qui semble à première vue n’être qu’ un abus de faiblesse et de crédulité de la part d’un médium supposé escroc.

Dame Belette ne vous l’avait-elle pas dit dans son billet concernant le premier Opus des Enquêtes de Valentin Verne ?

Ne vous avait-elle pas fait part de ses regrets de ne pas avoir eu d’éclaircissements sur ce fameux Vicaire dont l’ombre planait déjà dans le premier volume, mais qui n’avait pas été récompensé selon ses mérites par la fraîche caresse de sa nuque par le couperet de la Veuve au petit matin en place publique comme on le faisait à l’époque?

Une belle époque où l’on savait vivre et où faute de télévision et d’internet, on savait proposer d’édifiants spectacles pour distraire la population qui se levait tôt ; ou surtout qui se couchait plus que tard puisque le public des exécutions capitales était surtout composé de fêtards noctambules qui après une nuit blanche venaient terminer « joyeusement » leur fiesta par une petite décapitation avant d’aller se coucher… on savait s’amuser y a pas à dire !

Et ben voilà ! Vous saurez tout ! Enfin presque… Car si vous vous êtes déjà approprié l’atmosphère du premier volet, vous vous doutez bien que le monstrueux homme d’Eglise pour à qui la soutane ne sert que de raison sociale et de couverture à défaut d’être une véritable vocation, gardera une petite part de mystère.

Je ne peux hélas vous en dire trop à ce sujet car il me faudrait cruellement spoiler et ôter à ce roman toute sa substantifique moelle. On dira juste qu’avec toutes les affaires qui agite l’Église Catholique en ce moment… ce vicaire là en rajoute une sacrée couche.

Je souscris aux bémols jadis posés par Belette, et je commencerai par eux pour pouvoir en terminer sur la note très positive que ce roman mérite.

Oui, on va finir par le savoir que Valentin est beau, bien fichu et pété de thunes… Et on le saura aussi que sa copine Aglaé, actrice (qui manque toutefois d’un peu de profondeur psychologique, je trouve) est également trèèèèès belle… Et qu’elle est étrangement vertueuse si l’on considère la vie des actrices de l’époque qui en réalité n’étaient pas autre chose que des cocottes (prostituées de luxe ayant un métier officiel à côté pour donner le change) …

Si le personnage d’Aglaé n’a pas beaucoup de profondeur psychologique, pour celui de Valentin c’est autre chose. Déjà il s’appelle Verne. Comme Jules. L’auteur a décidé d’en faire un adepte des vérités scientifiques bien décidées à faire sortir le monde d’une vision enchantée où l’occulte flirte avec l’obscurantisme.

Car oui, tandis que le positivisme de la fin du XIXe siècle et la science mettaient la religion à mal, les « brillants esprits » de l’époque se cherchaient des théories fantastiques alternatives pour offrir un peu de sursis à l’âme et aux forces de l’esprit.

Valentin est l’incarnation des idéaux de son époque qui voyait en la science la clé de l’édification universelle… Et l’affaire de spiritisme sur laquelle il devra travailler est quant à elle l’expression des résistance des vestiges de la « pensée magique » de cette époque face à la science.

Et puis sans vouloir spoiler pour celles et ceux qui auraient manqué le premier volume (je recommande fortement de lire les livres dans l’ordre !!!), Valentin a bien morflé dans sa jeunesse et il en paye encore lourdement le prix… Et sa chérie aussi indirectement.

Cela étant… j’ajouterais volontiers un petit bémol supplémentaire, lorsqu’il est question des difficultés que rencontrent les tourtereaux qui se tournent autour en peinant à conclure.

OK, repousser le moment de conclure est aussi un artifice très pratique pour l’écrivain qui veut bien faire monter le désir chez ses lecteurs en même temps qu’il diffère la satisfaction de celui pouvant exister entre ses personnages…

OK, avec ce que Valentin a vécu on peut comprendre que ce soit un peu compliqué…

OK, cette complication est parfaitement crédible… Mais… elle aurait pu être un peu mieux décrite ou développée sur le plan psychologique.

Le voile de pudeur qui permet de ne pas entrer dans les détails peut certes rester crédible vu l’époque dans laquelle l’action se déroule, mais peut-être l’auteur aurait-il pu aller plus loin ?

Mais on ne se crispera pas là-dessus car le mieux est parfois l’ennemi du bien et se hasarder sur les sables mouvants de la psychologie est souvent très casse-gueule pour les auteurs car c’est un sujet difficile à maîtriser assez pour être crédible et éviter le ridicule.

Je reconnais aussi que ce bémol dans le bémol devient carrément sibyllin pour qui n’a pas lu le livre. Donc lisez-le et vous comprendrez. En dire plus serait du divulgâchage en règle. Notamment pour celles et ceux qui n’auraient pas encore lu le premier opus.

Et loin de moi l’intention de gâcher la lecture de ce roman bien écrit, bien construit, divertissant et très bien documenté. L’intrigue s’enracine dans l’Histoire avec beaucoup d’adresse et de talent, nous faisant rencontrer au passage quelques personnages ayant réellement existé et ce, sans jamais faire outrage à ce que l’Histoire nous a transmis d’eux.

Les explications contextuelles sont amenées sans pesanteur aucune, sans jamais paraître artificielle, les scènes de la vie quotidienne se mêlent aux passages descriptifs et aux intrigues de manière vivante et authentique.

Faire du polar historique est un art difficile. Il faut maîtriser divers sujets : l’organisation de la police à l’époque, les mœurs de l’époque, le langage populaire des brigands de l’époque, le contexte politique, économique, les courants artistiques, culturels etc.

Et Monsieur Fouassier a manifestement très très très bien travaillé son sujet. On le sent tout au long de ce livre qui devient une véritable machine à remonter le temps, et les notes de bas-de-page et les références annoncées en fin de livre viennent compléter ce constat.

Les deux intrigues traitées en parallèle sont glauques et retorses. L’auteur cherche à les rendre complexe évidemment, mais les habitués des romans policiers pourront cependant voir parfois vers où il nous conduit quant à la résolution des intrigues.

D’ailleurs je dois avouer que mon intuition m’avait déjà permis d’anticiper quelques coups de théâtres dans l’affaire du Vicaire, et de deviner dès les premiers chapitres, voire dès sa présentation initiale, l’identité de la personne responsable des drames accompagnant l’intrigue du médium.

À moins que je ne sois médium moi-même ? Je vais songer à une reconversion professionnelle un de ces jours… Il paraît que ça gagne bien…

Le jeu de piste angoissant que le Vicaire « proposera » (lui laissait il le choix ?) à Valentin nous demandera en revanche d’être plus patients puisque les éléments nous seront distillés qu’au fur et à mesure de la progression de notre héros dans sa quête (à ce niveau là ce n’est plus une simple enquête) où les découvertes macabres et douloureuses se suivent, faisant monter le niveau d’angoisse peu à peu.

Le suspense est bien ménagé, chaque fin de chapitre nous laissant sur notre faim et nous encourageant à lire le suivant, le degré d’action et de tension montant crescendo lors de la lecture.

Résultat… Je me suis couchée toujours plus tard que prévu pendant les quelques jours qu’a duré ma lecture…

Voilà pourquoi je n’étais pas en forme au boulot ces derniers jours ! C’est à cause du Sieur Fouassier Madame la Cheffe de Sévice !

Et si le Sieur Fouassier finit par nous laisser un peu sur notre faim lors des dernières pages, c’est je l’espère pour nous éprouver notre désir de retrouver ses personnages pour un troisième volume qui est déjà virtuellement dans ma PAL avant même qu’il ne paraisse.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’auteur projette de reprendre sa plume…

 

La maison des jeux – 01 – Le serpent : Claire North

Titre : La maison des jeux – 01 – Le serpent

Auteur : Claire North
Édition : Le Bélial’ Une Heure-Lumière (24/03/2022)
Édition Originale : The Gameshouse, book 1: The Serpent (2015)
Traduction : Michel Pagel

Résumé :
VENISE, 1610. Au coeur de la Sérénissime, cité-monde la plus peuplée d’Europe, puissance honnie par le pape Paul V, il est un établissement mystérieux connu sous le nom de Maison des Jeux. Palais accueillant des joueurs de tous horizons, il se divise en deux cercles, Basse et Haute Loge.

Dans le premier, les fortunes se font et se défont autour de tables de jeux divers et parfois improbables.

Rarement, très rarement, certains joueurs aux talents hors normes sont invités à franchir les portes dorées de la Haute Loge.

Les enjeux de ce lieu secret sont tout autre : pouvoir et politique à l’échelle des Etats, souvenirs, dons et capacités, années de vie…

Tout le monde n’est pas digne de concourir dans la Haute Loge. Mais pour Thene, jeune femme bafouée par un mari aigri et falot ayant englouti sa fortune, il n’y a aucune alternative.

D’autant que l’horizon qui s’offre à elle ne connaît pas de limite. Pour peu qu’elle gagne. Et qu’elle n’oublie pas que plus élevés sont les enjeux, plus dangereuses sont les règles…

Critique :
Bien souvent, entre moi et une novella de chez Le Bélial, ça passe ou ça casse. Ici, ça passe tout en cassant la baraque !

Cette novella fantastique a tout d’un Game Of Thrones (en version non sanguine), tant la politique et les manipulations en tout genre sont légions.

Le plus haut poste est à pourvoir, au Tribunal Suprême et les prétendants au trône sont des pions que quatre joueurs vont déplacer au fil du jeu, utilisant d’autres personnes comme des cartes à jouer.

Thene, notre joueuse, est une jeune fille juive, mariée de force à un crétin qui avait des vues sur son argent. Si son mari perd des sommes indécentes au jeu, Thene, elle gagne et c’est pourquoi elle sera choisie pour participer à ce jeu grandeur nature, mis au point par la mystérieuse Maîtresse des Jeux, la maîtresse de la Haute Loge.

Ce jeu, c’est comme un jeu d’échec grandeur nature, une sorte de partie de cartes, un jeu de tarot, sauf que c’est tout ça, sans être ça… C’est le jeu des rois. Le principe est de faire gagner son pion, oups, pardon, sa pièce. Interdiction de tuer l’adversaire.

Thene est une jeune fille intelligente, attachante, même si on saura peu d’elle (comme quoi, il est possible de créer des personnages attachants sans en dire trop).

La novella se suffit aussi à elle-même, avec peu de pages (154), tout est dit : le suspense est maîtrisé, le jeu est abouti, d’une grande stratégie, les personnages clairement identifiables, l’univers est riche, travaillé, ce qui donne un jeu politique des plus subtils où rien n’est jamais vraiment sûr et où les illusions pourraient être présentes. Politique et illusion sont des synonymes.

On est tellement pris dans le récit que l’on arrive à oublier que les pions sont des êtres vivants et que c’est avec leur vie que l’on joue, puisque ceux-ci sont redevables à la Maison des Jeux et qu’ils sont « prisonniers » des tentacules de la maîtresse. Et on peut tenir les gens de mille et une façon.

Et puis tout à coup, paf, l’autrice nous rappelle que ce ne sont pas des numéros, ou des cartes à jouer, mais des êtres humains ! Merci pour cette piqûre de rappel au travers des pensées de Thene.

Bravo aussi d’avoir mis une femme en premier plan, alors qu’à cette époque, la femme n’avait aucun droit et on nous le rappellera quelques fois, notamment au travers du comportement des hommes. Une femme est sous-estimée, ce qui est une grave erreur (mais pas grave, continuez de le penser).

Une novella magistrale, faite de complots, d’alliances, de crochets du pied, de poignard dans le dos, de pardon ou non, de stratégie implacable, de calculs savants, de lâcher prise pour mieux sauter, de retournements de situation, de réflexions poussées… C’est implacable, c’est retors, c’est magistral et on le lit d’une traite afin de savoir ce qui va se passer.

Le petit plus est ce narrateur, qui semble tout observer, être omniscient et qui s’adresse à l’héroïne Thene comme s’il était une sorte de Jiminy Cricket virevoltant autour de sa personne.

Une lecture captivante, une lecture où le fantastique est présent, mais c’est ténu, tout en étant une pièce maîtresse de l’échiquier. Pas de magie à la HP, mais un univers qui est clairement différent et où certaines choses sont possibles, comme de vivre très longtemps.

Une fois de plus, j’ai bien fait de persévérer avec les novellas de cette collection. Ce n’est pas toujours des rencontres marquantes ou appréciées, j’ai eu mon lot de déception littéraire, mais quand ça paie, ça paie bien !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°240] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Les Chroniques de St Mary’s‭ – ‬04‭ ‬-‭ ‬Une trace dans le temps : Jodi Taylor

Titre : Les chroniques de St Mary’s‭ – ‬04‭ ‬-‭ ‬Une trace dans le temps

Auteur : Jodi Taylor
Édition : HC (2019)
Édition Originale : The Chronicles of St Mary’s, book 04: A Trail Through Time (2014)
Traduction : Cindy Colin Kapen

Résumé :
Dans ce quatrième tome, l’institut va devoir se battre pour survivre.

Max et Leon se sont retrouvés et espèrent bien mener une vie paisible… mais ils n’arrivent même pas jusqu’à l’heure du déjeuner. Du XVIIe siècle à l’Égypte ancienne, de Pompéi à Southwark, ils se lancent sur la ligne du temps, jouant un jeu de cache-cache périlleux. Mais ils finissent par retourner à St Mary où de grands dangers les attendent.

Jodi Taylor transporte le lecteur dans l’Histoire avec toujours autant d’humour, alors que la dernière bataille de St Mary est pratiquement désespérée.

Débordé, en infériorité numérique et avec son bâtiment sur le point de s’écrouler, comment l’institut pourra-t-il survivre ?

Critique :
Si je vous dis « Tourte aux cailles », les cuistots en chef me diront qu’il faut bien doser les équilibres, parleront de la pâte qui doit être légère, du goût de la viande, de la sauce, ou autres conceptions purement culinaire.

Les végans purs et durs hurleront, tandis que les polissons du fond de la classe, les amateurs de contrepèteries, hurleront de rire.

L’humour, c’est ce que j’apprécie aussi dans la saga des Chroniques de St Mary’s.

L’élément fantastique, les voyages dans le temps possible, l’Histoire que l’on découvre sur place, les personnages hauts en couleurs auxquels on s’attache très vite, l’écriture de l’autrice, le suspense, l’action, les aventures… Sont autant d’éléments qui, réunis ensemble avec intelligence, m’ont fait de suite apprécier cette saga.

Nous avions quitté Max (Madeleine Maxwell) lors de la bataille d’Azincourt, en très très mauvaise posture et je me demandais bien ce que ce quatrième allait me réserver. Je n’ai pas été déçue, bien que déstabilisée !

Les voyages temporels qui existent, c’est une chose à laquelle j’adhère totalement, mais l’existence d’univers parallèles dans lesquels existent plusieurs St Mary’s, c’est déstabilisant. Intelligent, peut-être, mais il est temps de maîtriser son histoire pour ne pas en perdre le fil rouge.

Pari gagné, l’autrice a su renouveler ses aventures, tout en gardant ce qui en fait aussi tout le sel : les voyages temporels.

Puisque Max et Leon sont poursuivis par la police du temps (vous n’avez pas envie de les croiser), ils vont souvent faire des sauts temporels, ce qui nous permettra de voyager dans l’Histoire et dans le temps, sans passeport.

C’est toujours intéressant et bien documenté, sans jamais devenir lourd. Hélas, lorsque l’on est poursuivit, on n’a pas vraiment le temps de faire du tourisme temporel et j’ai eu la sensation de n’avoir pas eu assez de mon marché sur la Tamise gelée, du couronnement d’Akhenaton (le pharaon, pas le chanteur) et des derniers instants de Pompéi.

Le personnage de Max est toujours la même, toujours aussi entêtée, ne sachant jamais se taire, bref, c’est une femme avec de la poigne, un cerveau, une langue acérée et c’est ainsi que je l’apprécie. Ses réflexions sont toujours enrobée d’humour ou de cynisme et je pouffe souvent de rire durant ma lecture.

Une fois de plus, on ne s’embête pas dans les aventures de Max et de l’institut St Mary’s, qui, quelque soit son incarnation, reste toujours égal à lui-même.

Si j’avais trouvé que Max avait eu tort de réagir aussi excessivement, suite à ce que Leon avait fait lors de leur voyage à Troie (dans le tome 3), je l’ai mieux compris dans ce quatrième tome et maintenant, je l’accepte. Max a aussi révisé ses jugements.

Ce quatrième tome pourrait donner à penser qu’il n’est qu’un tome de transition, ou que l’autrice allonge son histoire afin de faire plus de romans, pourtant, il ne me semble pas que ce soit le cas. Il a parfaitement sa place dans la lignée des autres, même s’il est différent et que les choix de max et Leon auront une importance capitale pour la suite des romans.

Bien que certains rebondissements ne soient là que pour faire frémir les lecteurs/trices (morts de certains personnages, qui reviennent ensuite dans d’autres incarnations), la série garde tout de même sa ligne directrice et réussi à renouveler son récit avec d’autres univers parallèles et cette fameuse police du temps.

En espérant tout de même que dans les prochains tomes, on reste un peu plus longtemps sur place, durant les missions Historique, que je voyage un peu…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°227] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).